Bad boy or hero ?
243 pages
Français

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Description


Succomber au bad boy qui hante ses rêves ? Ce n'était pas dans ses plans, et pourtant...



Owen, bad boy tatoué, sauve Claire, dix-sept ans, qui se fait agresser à la sortie du lycée. Malgré une force de caractère et un charisme évident, il disparaît aussi vite qu'il est apparu, ne laissant pas à la jeune femme le temps de le remercier.

Il a beau lui avoir évité un viol collectif, elle plonge en Enfer. Une seule personne peut la sauver, lui.

Quelle n'est pas sa surprise quand elle le découvre, un soir, sur le pas de sa porte.

Au gré de leurs rencontres, ils tissent un lien unique, fort, évident.

Entre tatouages et vieilles cicatrices, Owen cache pourtant un lourd passif.




Et si ses secrets faisaient de lui l'âme la plus brisée des deux ?

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 33
EAN13 9782376528784
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0037€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Mady Flynn
Bad Boy or Hero ?



ISBN : 978-2-37652-878-4
Titre de l'édition originale : Bad Boy or Hero ?
Copyright © Butterfly Editions 2021

Couverture © Butterfly Editions - Shutterstock
Tous droit réservés, y compris le droit de reproduction de ce livre ou de quelque citation que ce soit sous n'importe quelle forme.
Cet ouvrage est une fiction. Toute référence à des événements historiques, des personnes réelles ou des lieux réels cités n'ont d'autre existence que fictive. Tous les autres noms, personnages, lieux et événements sont le produit de l'imagination de l'auteur, et toute ressemblance avec des personnes, des événements ou des lieux existants ou ayant existé, ne peut être que fortuite.
ISBN : 978-2-37652-878-4
Dépôt Légal : juillet 2021
15062021-1430-VF
Internet : www.butterfly-editions.com
contact@butterfly-editions.com

« Le fond du problème, c’est que même si tu les vois arriver, tu n’es pas préparée à affronter des événements de cette importance. Personne ne demande à ce que sa vie change. Pas vraiment. Mais elle change.
Qui sommes-nous ? Des désespérés ? Des marionnettes ?
Non.
Des événements essentiels vont se produire, tu n’y pourras rien.
C’est ce que tu feras après qui est important. Quand tu sauras enfin qui tu es. »
Buffy, Saison 2, Acathla 1/2
1



Tremblante, gelée, les ongles profondément enfoncés sur mes genoux serrés, je regarde par la fenêtre, l’esprit loin, si loin, depuis trop longtemps déjà. Perdue dans mes songes, je sursaute avant de tourner la tête pour en revenir à mon interlocutrice.
— Et le lycée ?
— Je ne compte pas y retourner, réponds-je simplement, d’une voix parfaitement neutre.
Une question qui ne fait plus débat, un choix mûrement réfléchi et une solution qui s’imposait.
— Nous ne sommes qu’en novembre, me fait-on alors remarquer, vous avez encore le temps d’y penser.
— C’est tout réfléchi, terminé-je en lui accordant un sourire aussi faible que triste.
Ça n’a pas été de gaieté de cœur de tout abandonner, tout laisser derrière moi. Ma vie, celle que j’étais. Mais c’est bel et bien terminé, tout est terminé.
À dix-sept ans seulement, ma vie s’est brisée. Il y a deux mois déjà, mais c’est comme si c’était hier. Si frais dans ma mémoire que je dois croiser les bras sur ma poitrine pour venir enserrer mes épaules et me cacher, courbée en deux. La douleur est encore trop profonde, physiquement, pour que je sois capable d’en parler.
— Claire, regardez-moi, n’abandonnez pas.
— C’est trop...
— Trop difficile de vous y replonger ?
Je ne veux plus, je n’en ai plus la force.
La psychiatre me parle d’une voix trop douce, tendre, presque maternelle pour que je puisse sortir de mon état de choc. Il me faudrait une bombe nucléaire, là, à moins d’un mètre pour que je me décide à courir... Si seulement… J’ai envie de fuir, d’échapper à la mort. Ce qui est loin d’être une évidence.
— Je ne veux plus y penser...
Bien que cette scène tourne en boucle dans ma tête, jour et nuit. Chaque heure de la journée, ça me hante.
— Leurs voix, leurs rires…, tenté-je.
— Et leurs visages ?
Je secoue la tête. Non, ça, j’ai effacé. Tout comme le déroulement de cette scène. Ce qui, normalement, n’arrive qu’aux autres m’est arrivé à moi...
Peu après la rentrée des cours, lors de mon année de Terminale, ma vie a basculé. J’avais l’avenir devant moi, des projets plein la tête. Adolescente heureuse, épanouie, insouciante et sage. Une jeune femme que l’on ne remarque pas. Du moins, je le croyais.
Il était 18h11 à ma montre lorsque les portes du tramway se sont ouvertes. Mon sac accroché au bras, mon smartphone à la main, comme tous les jeunes de mon âge, je suis descendue, loin d’imaginer que l’on puisse me suivre.
— J’entendais leurs pas se rapprocher derrière moi, mais je ne me doutais pas...
— À aucun moment, vous ne vous êtes retournée ?
Pourquoi me faire ça ? M’obliger à me replonger dans mes souvenirs, rouvrir une plaie béante.
Je sais qu’elle cherche à creuser pour m’aider à me libérer de mes regrets. C’est moi, la victime... et, pourtant, j’ai toujours cette atroce sensation que j’aurais dû être plus vigilante, que tout est de ma faute. Si j’avais lâché ce maudit portable. Remettre à jour mes posts Insta’... au moment de me faire pousser dans une ruelle sombre.
— Dites-le, Claire, racontez-moi.
— Pas encore, s’il vous plaît. Je ne veux plus…
… le raconter.
— Je sais combien c’est douloureux pour vous, mais chaque fois, vous vous remémorez un détail supplémentaire et c’est très important pour vous en libérer. Jamais vous ne pourrez avancer, tant que le puzzle ne sera pas complet.
Elle est sincère. Après tout, c’est son travail de m’accompagner sur le chemin de la guérison.
— Et si je ne veux pas ?
Je refuse de revivre ça, de me rappeler à ces sensations. Les premières caresses, les premiers attouchements... non consentis.
Une bouche qui s’écrase sur ma gorge, un souffle rauque à mon oreille. Des doigts qui glissent sur ma peau qui se hérisse de chair de poule. Des mots crus, des surnoms salaces, des insultes.
— Trois, gémis-je d’une voix aiguë.
Je me griffe les cuisses, mais la douleur physique ne sera jamais comparable à ce que je m’inflige, jour après jour. J’inspire profondément pour ravaler les larmes que je sens monter, comme à chaque entretien avec ma psychiatre. Je lève la tête, espérant que l’expression sur son visage me donne le courage de continuer.
— Peut-être quatre garçons m’ont entraînée avec eux dans un coin sombre. Jusqu’au fond d’une rue étroite, loin des regards et de mes appels au secours.
— Vous ne les avez pas vus ?
— J’ai gardé les yeux fermés.
— Tout le temps ?
Comme pour éviter d’en garder un quelconque souvenir. Comme si ça pouvait suffire. Je le regrette parfois et m’en sens terriblement soulagée quand la nuit tombe chaque soir.
— On m’a plaquée contre un mur... froid, me rappelé-je avec un violent frisson.
Cette goutte d’eau glacée, qui a coulé dans mon cou, s’est infiltrée dans le col de mon manteau. Je m’en souviens aussi précisément que les rires qui résonnent sans arrêt dans ma tête.
Ça les amusait. J’étais terrifiée, complètement paralysée.
Même sans avoir à immobiliser mes bras, je crois que je me serais tenue droite comme un « I », sans gémir, sans les supplier, sans les regarder, sans opposer aucune résistance.
— Je... je n’ai pas bougé.
— Vous ne pouviez pas, tente-t-elle de me rassurer.
— J’aurais pu essayer, la contredis-je. J’aurais dû me défendre. Mais je n’ai pas bougé.
Sur le moment, j’ai pensé que ce serait parfaitement inutile. Je voulais que ça se termine, le plus vite possible.
— Claire.
La voix se fait plus forte et intense pour me rappeler à elle. Lorsque le cahier est refermé en un bruit sec, je sursaute.
— Regardez-moi, demande-t-elle en se penchant sur son siège.
C’est devenu impossible, depuis presque deux mois. Je garde les yeux rivés au sol et refuse de croiser le regard de qui que ce soit.
L’âme de chacun se reflète dans ses iris. Dans celles de mes proches, j’y perçois la peine, la douleur, la compassion, et ça m’est insupportable de deviner la pitié que je leur inspire.
On ne se rend pas compte que notre vie peut basculer d’une seconde à l’autre. Un été, tu profites de sortir avec tes amies, tu prends des cours particuliers pour assurer ton année de Terminale et voir la fierté sur le visage de tes parents. Tu te sens en sécurité dans ce monde, tu ne doutes pas que l’horreur, l’innommable est là, tout autour de toi, et que l’Enfer peut s’ouvrir sous tes pieds, à n’importe quel moment. Celui où tu t’y attendras le moins, évidemment.
Une jeune fille, croquant la vie à pleines dents, se retrouve soudainement plongée dans le noir. Et elle ne trouve pas l’interrupteur.
À vrai dire, je ne le cherche plus. J’ai mal, tellement mal partout. Dans mon cœur d’abord, le ventre noué du matin au soir malgré les anxiolytiques prescrits et un furtif passage en maison de repos. Cependant, la présence des autres patients et le fait de ne pouvoir m’enfermer à clé a renforcé mon sentiment d’insécurité.
C’est ça, la vérité...
— Je ne me sens plus en sécurité nulle part.
— Vous placez toujours votre bibliothèque devant la porte ?
Un tour de clé ne suffisait pas. J’ai commencé par déposer une chaise à l’entrée de ma chambre, avant de monter d’un cran et de déplacer ma lourde bibliothèque pour être certaine que personne ne puisse entrer.
Je n’ouvre plus les volets de ma fenêtre, je reste plongée dans le noir, toute la journée, terrifiée sous mes draps. Une crise de paranoïa délirante que rien ne peut calmer.
J’ai peur qu’en sortant, même accompagnée de mes parents, ils puissent me retrouver, me reconnaître.
— Je n’ai rien vu, déploré-je alors.
Et suis donc incapable de tourner la page. Tous les hommes sont des chasseurs, des prédateurs, des loups. Et j’étais un petit agneau tellement facile à capturer.
— Ne faites pas ça, me demande-t-elle tout bas.
Je me rends compte que je commençais à griffer inconsciemment mes poignets, puis tire sur mes manches pour les cacher. Des poignets encore douloureux, qu’ils ont serrés si fort pour m’immobiliser.
Depuis combien de temps me suivaient-ils ? Je n’en sais rien ! Je ne sais rien et ça me tue à petit feu.
Ça me dévore d’avoir été aussi stupide.
Peut-être étaient-ils dans le tram avec moi ? Peut-être m’ont-ils repérée à la sortie du lycée ?
Je ne savais pas que la vie pouvait être si fragile... que tout pouvait basculer. Un moment, tu regardes ton profil Instagram, et la seconde d’après, te voilà plaquée contre un mur, une main froide et rêche pour te couvrir la bouche.
Une voix immonde, salace, répugnante, t’interdisant de crier, d’appeler à l’aide.
— Laisse-toi faire et tout se passera bien, récité-je.
Combien ils étaient ?
Je n’en ai aucune idée, je ne veux pas le savoir.
Combien de mains se sont promenées sur mon corps, remontant à ma poitrine par-dessus mon soutien-gorge ?
Je me retenais de respirer, retardant au maximum cette nausée que je sentais monter dans ma gorge, et qui reste présente encore maintenant, en permanence.
Une longue, très longue apnée comme pour espérer que mon cœur allait se calmer pendant que ces hommes abusaient de moi, de mon corps qui n’avait encore jamais été effleuré.
La première fois, ma première fois.
— Je l’ai mordu, me rappelé-je dans un flash, j’ai mordu ses doigts.
J’en écarquille les yeux de ne m’en souvenir que maintenant. Un déclic, aussi instinctif que ce réflexe.
Au moment où j’ai entendu le son de ma boucle de ceinture, ils allaient descendre mon pantalon, insinuer leurs doigts crasseux pour toucher mon intimité et il en était hors de question !
— Et vous avez crié ?
— Je...
J’essaie de me souvenir, mais rien ne me revient. J’ai gardé les yeux fermés si fort que j’entrevoyais des étoiles se balader sous mes paupières. En apnée, un avant-bras posé en travers de ma gorge, écrasant ma trachée pour me maintenir collée au mur, j’ignore si un seul son a pu passer la barrière de mes lèvres.
— Je ne m’en rappelle plus.
— Et donc... vous ne vous souvenez toujours pas de qui vous a ramenée chez vous ?
Je secoue la tête, les yeux emplis de larmes. J’aspire ma lèvre inférieure pour ne pas pleurer. Non, pas encore. Mon crâne ne le supportera pas. J’ai l’impression que mon cerveau est au bord de l’implosion. Mes tempes cognent fort lorsque je me penche pour venir masser mon mollet gauche, pris d’une crampe.
— Il ne vous a rien dit ?
— Non.
Ça, j’en suis certaine, parce que je me souviens de toutes les voix. Graves, adolescentes. Des abrutis, une bande de connards qui ont profité d’être à plusieurs pour abuser de l’innocence d’une jeune fille incapable de se défendre.
J’aurais pu donner des coups de pieds, en vain, essayer de remuer les bras pour me dégager, mais ils étaient plus forts que moi.
— C’était prémédité, reniflé-je.
Tout s’est passé trop rapidement pour que ce soit de l’improvisation. Maintenant, à cause d’eux, j’appréhende chaque sortie. On ne peut jamais savoir ce que quelqu’un a dans la tête, ce qui signifie que nous ne sommes en sécurité nulle part.
Plus jamais.
À aucune seconde.
Ma vie était un beau ruban de soie rouge, espoir, gaieté, insouciance. Aujourd’hui, c’est un mince bout de ficelle qui s’étiole. Il va casser, je suis brisée.
— Je vous remercie, dis-je poliment en me levant alors que le patient suivant vient de sonner à la porte.
— Attendez, si vous souhaitez...
— Non, c’est bon, la coupé-je.
Personne ne peut m’aider, car personne ne peut effacer ce qui m’est arrivé. Ma mémoire est bloquée sur ce qui doit représenter un quart d’heure de ma vie.
Les pires minutes.
Noël approche. Lorsque je sors du cabinet, après avoir envoyé un petit sourire en direction de ma psychiatre, qui m’a accompagnée jusqu’à la porte, les guirlandes clignotent au-dessus de ma tête, dans la rue.
Mon père m’attend devant la porte, comme à chaque fin de séance, trois fois par semaine.
Il ne me pose plus aucune question. Nous avons dépassé ce stade, celui où mes parents s’imaginaient qu’une psychothérapie serait la solution.
Oui, certains détails me reviennent. Mais que l’on retrouve ou non ces hommes, ces ordures, ces chiens, ça ne changera rien.
Ma vie ne sera plus jamais la même. Parce que j’ai perdu foi en l’être humain.
2



Agitant la main devant ses yeux, alors qu’elle tient un stylo près de son cahier d’ordonnances, je proteste vigoureusement :
— Non, non, plus de prescriptions, s’il vous plaît.
— Mais, Claire... vous ne tiendrez pas longtemps à ce rythme. Sans manger, sans dormir.
Je lâche un drôle de rire sarcastique qui résonne dans le bureau et me fait frissonner. C’est le rire désabusé de quelqu’un qui n’a plus rien à perdre, qui se sent si vide que même la douleur disparaît parfois lorsque l’épuisement est à son paroxysme.
Comment dormir quand, chaque fois que je ferme les yeux, j’imagine ces mains sur moi, parcourant mon corps à des endroits que je n’explorais pas encore, que je préservais ?
Ils ne l’ont pas fait. Ils n’ont pas pu aller jusqu’au bout de leur sordide projet. Quelqu’un les en a empêchés.
J’ai d’abord senti le froid de ma boucle de ceinture contre ma peau, le bruit horrible de la braguette que l’on descend, et puis... plus rien. Zéro. Le noir. Comme un film qui s’arrête brusquement, dont la bobine est en train de se consumer.
Évidemment, dans mon esprit, tout est déjà noir, flou, trouble, mêlé et surréaliste. J’ai vécu ce moment comme si mon corps ne m’appartenait plus et ne me le suis jamais réapproprié depuis.
Sous la douche, je ne me regarde pas. Les miroirs ont tous disparu de ma chambre.
J’ai brûlé les photos, les albums. Cette fille n’existera plus jamais. Un traumatisme, on lit ça parfois, on en fait de beaux romans, des histoires tragiques. Mais la douleur, aujourd’hui, je sais qu’elle est largement sous-estimée.
Je ne me plains pas, je ne pleure pas, je ne demande rien. Surtout pas de médicaments. Non, je ne suis pas à soigner. On ne peut pas gommer des faits avec des molécules pour m’embrouiller davantage l’esprit. Car, tôt ou tard, la vérité reviendra me frapper comme un coup de poing au visage.
— Que diriez-vous d’une hospitalisation de quelques jours ? Une petite semaine pour vous reposer, propose-t-elle à nouveau.
— Et laisser mes parents complètement seuls pour Noël ? Il en est hors de question ! refusé-je tout net.
Ils s’inquiètent pour moi, je m’inquiète pour eux, ça n’aide personne, et c’est un cercle vicieux duquel nous ne sortons plus.
Il m’arrive de quitter la maison, accompagnée de ma mère, tête baissée, les yeux fixés sur mes baskets, les mains enfoncées dans les poches, de la musique dans les oreilles. Je me coupe du reste du monde. Les gens me font peur. Je ne veux plus croiser aucun regard, entendre une seule voix ou même respirer un parfum.
La panique n’est plus aussi intense que les semaines qui ont suivi mon agression. J’ai compris que je devrais réussir à m’en remettre, car ces types, ces minables, ne pouvaient pas avoir le dessus. Je ne dois pas les laisser gagner.
Mais maintenant, je sais aussi de quoi sont faits les hommes, ce qu’ils veulent, ce qu’ils cachent au fond d’eux, ce qui les dévore. Cette envie insatiable et ce désir qui les poussent au pire.
Je le sais, et ça me terrifie.
Comment oser imaginer que l’on puisse me prendre la main, me laisser enlacer avec douceur, sans me souvenir qu’ils en veulent toujours plus ? De la gentillesse sans aucune arrière-pensée ? Conneries !
J’ai perdu mon innocence et cette naïveté qui me caractérisaient bien. Sans être rêveuse, j’envisageais l’avenir comme n’importe quelle adolescente, dans les bras d’un beau et grand jeune garçon qui serait aux petits soins pour moi. Alternant entre moments de complicité, confessions et tendresse.
Avant que tout ça n’arrive, j’étais drôlement naïvement utopiste. Je rêvais de dates romantiques... de ballades main dans la main, de baisers légers dans le cou.
Aujourd’hui, je me souviens de cette langue baveuse sous mon oreille, la voix lascive d’un monstre qui me presse le sein, appuyant son érection naissante contre ma cuisse, se frottant à moi comme un gros pervers, abusant de ma situation de faiblesse. Comment est-ce que ça a pu seulement les exciter ?
J’aurais dû lui mordre les doigts plus fort, qu’il se souvienne de moi comme je vais le garder à jamais dans la peau.
— Laissez-moi vous aider, demande-t-elle d’une voix douce, d’un timbre chaque fois plus maternel.
Je ne me sens pas menacée en sa présence.
Un homme ? Non, je n’aurais pas pu. Comme je me suis totalement fermée aux agents de police venus m’interroger à mon domicile.
Mais cette psychiatre est tendre, patiente, compréhensive. Elle me laisse me souvenir, petit à petit, de la réalité de ce qui s’est passé ce soir-là.
J’en refuse encore une majeure partie, préférant me réfugier dans le déni, me protégeant ainsi de détails que mon esprit ne supportera pas. J’en ai déjà tellement à gérer.
— Personne... personne ne le peut.
C’est ma conviction profonde. Mes parents, les psys. Même si ces connards étaient un jour identifiés, ça n’empêcherait pas que je considère désormais tous les hommes comme des prédateurs, des dangers.
Retourner à l’école ? Peut-être à la rentrée prochaine.
En attendant, je vais retrouver mon père, qui me ramènera à la maison. J’irai m’enfermer dans ma chambre, m’enroulerai dans ma couette, me blottissant en position fœtale dans mon lit, de la musique en fond sonore, le regard rivé sur le mince filet de lumière qui passe entre les volets.
Personne.... Rien ni personne ne pourra me sauver de ces ténèbres. De cet enfer qui s’ouvre un peu plus chaque matin sous mes pieds.
Perdre espoir en l’avenir, lorsque l’on a seulement dix-sept ans, nous fait nous sentir encore plus minable. Je m’en veux de ne pas savoir comment me battre.
C’est seulement... que je me sens vide, épuisée. Ce corps n’est plus le mien, mon cœur bat si rapidement que j’en ai des nausées et des migraines constantes. Mes mains, mes pieds sont gelés.
Tout a changé, en quelques minutes. Il me faudra des mois, peut-être des années pour rattraper ça.
La psychiatre déchire l’ordonnance de son calepin pour, ensuite, me la tendre. Je la récupère, sourcils froncés, mais avec un soulagement non dissimulé. Il n’est pas rare que j’arrive à m’endormir profondément sous l’effet des sédatifs. Cependant, le malaise revient toujours aussi étouffant à mon réveil.
Je la plie en deux avant de la ranger dans mon petit sac, puis de cacher mes mains en tirant sur mes manches.
Je ne serrerai pas la sienne. Il n’y a plus moyen de me toucher, de passer près de moi, de me frôler, de me regarder droit dans les yeux. Tant de choses si simples que j’ai perdues en une fraction de seconde.

— Quoi ? demandé-je, surprise, alors que mon père a coupé le moteur.
D’habitude, il redémarre sans un commentaire ou même un regard pour moi. Évidemment, il ne me fixe pas directement, pourtant son silence m’intrigue.
Je dépose mon sac entre mes pieds avant de serrer les genoux. Je griffe doucement mes cuisses, bien trop fines, puis relève légèrement la tête.
La jointure de ses doigts blanchit tant il serre le levier de vitesse sur ma gauche.
— Papa ? Est-ce que... quelque chose ne va pas ?
Il ne dit rien, mais sourit. Un vrai, beau et grand sourire. Une idée me vient alors à l’esprit, la première, la plus évidente.
— Ils... ils les ont retrouvés ?
— Non, mon cœur, s’empresse-t-il de répondre.
Je ne peux m’empêcher d’être envahie par une bouffée de déception. J’aimerais tant pouvoir les regarder. Mettre un visage sur les voix, me débarrasser de ces monstres, de ces énergumènes sans foi ni loi. Il faut que je sache qui ils sont, pour cesser de les chercher partout, de les croire constamment derrière moi à me guetter.... à me chasser.
Si seulement j’avais ouvert les yeux, ne serait-ce qu’une petite seconde.
Rien que pour pouvoir les décrire aux policiers. Éviter ainsi qu’ils recommencent, qu’ils s’en prennent à une autre fille.
Car ils le feront, c’est certain. Et je m’en veux, j’ai cette épée de Damoclès au-dessus de ma tête constamment. Les imaginer suivre une autre étudiante jusque chez elle, pour la pousser dans un coin et abuser de son corps. Si, moi, j’avais eu le courage d’assumer, de les regarder, de chercher à enregistrer le moindre détail les concernant, peut-être que les agents de police n’auraient pas été aussi déçus au moment de quitter la maison.
— Alors... qu’est-ce que... qu’est-ce qui te fait sourire comme ça ?
Sa fossette ne trompe pas. Sous une barbe fournie, il sourit. La mâchoire légèrement crispée, toujours de profil, il ne me regarde pas, pour ne pas risquer de me brusquer, mais je devine son visage radieux depuis des mois. Sa bonne humeur – sa joie ? – finit par me gagner moi aussi, tant il rayonne.
— Il est là, Chérie.
— Il est là, répété-je bêtement.
— Il est revenu, explique-t-il.
Se tournant de trois quarts, retenu par sa ceinture de sécurité, la pâle lumière des réverbères illumine un visage qui a retrouvé un semblant d’espoir.
— Qui ? demandé-je sans comprendre.
— Il est venu prendre de tes nouvelles, juste avant que je ne vienne te chercher.
— Mais qui ? relancé-je, un peu agacée.
Je suis même tentée de le secouer par le bras pour le sortir de son état d’adolescent surexcité. Il faut avouer que c’est amusant de le voir ainsi, au naturel. Mes parents cherchent tant à me protéger qu’ils ont tendance à s’oublier eux-mêmes.
Les mots sortent dans le désordre, un peu trop vite pour que je puisse suivre, mais ça commence à s’éclaircir.
— Il a frappé à la porte et s’est présenté. Je l’ai reconnu tout de suite, tu penses bien !
— Papa ! crié-je en frappant mes cuisses douloureusement.
Il est sur son petit nuage et je ne capte rien à ce qui se passe. Pourquoi il a l’air si enjoué ce soir, si heureux ?
— L’homme qui a sauvé mon petit bébé.
— L’homme qui...
Je ne peux terminer ma phrase.
Comme je l’ai expliqué à la psy, et même en y mettant toute ma volonté, j’ai lâché, j’ai tout lâché.... au moment où cet homme est venu à mon secours.
Je me souviens que du bruit de la braguette, puis, plus rien. Un bras sous mes jambes, une paume chaude contre ma joue.
Je n’ai pas ouvert les yeux et lui suis littéralement tombée dans les bras. Épuisée, ça n’avait rien d’un film romantique.
Je crois qu’au fond de moi, j’ai su que ce calvaire était fini. Et j’ai su aussi... que je pouvais lui faire confiance.
3



Une fois dans ses bras, je me suis évanouie. Lorsque j’ai repris conscience, ma mère répétait mon nom en boucle, ses larmes me tombant sur le visage. J’étais allongée sur le canapé du salon, mes parents autour de moi.
Je me souviens la panique dans le son de sa voix et sa respiration rapide contre mes lèvres.
En état de choc, j’ai roulé pour m’éloigner d’elle, question de réflexe, réflexe de survie. Je suis tombée sur le tapis, avant de me redresser, de m’adosser contre le fauteuil adjacent et de ramener mes jambes contre ma poitrine. Je les ai entourées de mes bras, le teint livide, tremblant comme si j’avais passé la nuit entière sous une pluie battante par moins quatre degrés.
J’étais pétrifiée, paralysée.
Vous savez ce que ça fait de se réveiller d’un cauchemar ? Imaginez une seconde maintenant qu’il soit réel.
Après des semaines où j’ai espéré un signe de sa part, cet homme, mon sauveur, ne s’est jamais manifesté. S’est-il battu avec eux ? Les a-t-il simplement fait fuir ? Je n’en sais rien.
Il a raconté à mes parents avoir fouillé dans mon portefeuille pour trouver mon adresse, puis m’a raccompagnée, inconsciente, dans ses bras.
Il a sonné à la porte avant de m’abandonner à mon père et de s’effacer aussi vite qu’il est apparu.
Il n’a pas cherché à être remercié, reconnu, félicité.
Je n’ai ni son nom ni même un numéro à contacter.
— Comment ? Pourquoi ? demandé-je, plus surprise que choquée.
— Il veut te voir, prendre de tes nouvelles.
Magnifique... je suis superbe à voir. Un coup d’œil dans le rétroviseur extérieur me confirme que mes cernes n’ont jamais été plus creusés. J’ai honte, tellement honte de me laisser aller. Qu’il me voie ainsi renforce mon sentiment de culpabilité. Il m’a sauvée et je me comporte encore en victime, au lieu d’aller de l’avant et de prendre ma revanche sur la vie.
Mon cœur s’est brisé et je crois même qu’en six-mille ans d’existence, l’homme n’apprendra pas comment en recoller les morceaux. Des drogues, des médicaments, du repos, du temps. Oui, du temps, il m’en faudra.
— Il... est-ce qu’il est toujours là ? tenté-je avec une légère pointe d’espoir qui fait trembler ma voix.
— Il voulait repartir quand il a su que tu n’étais pas là. Mais ta mère l’a convaincu de rester, le temps que je passe te chercher.
— Est-ce qu’il... comment est-il ?
— Claire, répond-il simplement.
Évidemment, il ne va pas m’en dessiner le portrait-robot, là, derrière son volant, enclenchant la première pour s’engager sur la route.
Pourquoi avoir attendu tout ce temps pour revenir vers moi ?
Je croyais qu’il m’avait oubliée. Et s’il avait vu des choses humiliantes qu’il n’arrive pas non plus à effacer ?
Les secondes passant, les kilomètres nous séparant de la maison ressemblent à des aiguilles que l’on me planterait dans le corps.
Comment me présenter à cet homme, quoi lui dire alors que j’ai été quasiment nue devant lui, puis dans ses bras ?

Lorsque mon père se gare dans l’allée, j’ai les yeux fixés sur la longue Ford noire restée près de la route.
Il n’a pas osé se garer devant chez moi, comme s’il avait longtemps hésité avant de venir sonner.
Des semaines que j’aurais tellement aimé savoir qui remercier.
Sans lui, il n’y aurait plus rien à reconstruire. Je dois bien admettre que j’ai beaucoup pensé à lui. Il est toujours dans un coin de ma tête, comme une lumière, un point de repère.
La psychiatre me demande souvent de penser à des choses positives, me dit que, pour avancer, il faut voir le bon en chaque être humain. Et quand je pense à lui, mon cœur se calme, mon stress diminue, mon anxiété s’efface, ma peur s’atténue.
Oui... il existe des gens bien sur lesquels on peut se reposer, littéralement. Des bras dans lesquels on peut s’abandonner, en toute confiance. Comment je l’ai su ? L’instinct.
Un torse puissant contre lequel on s’endort, l’oreille contre son cœur, en captant chaque battement.
Tirant sur mes manches par réflexe, je cache mes mains tandis que mon père s’occupe de mon sac.
— C’est vraiment quelqu’un de gentil, tente-t-il de me rassurer.
Comme si je pouvais en douter. Malgré tout, je lui en veux de m’avoir laissée sur le pas de la porte.
Qu’aurait-il pu faire d’autre ? Me préparer une soupe en attendant que je me réveille ?
Son retour dans ma vie est déjà un miracle.
Je crois... j’imagine que j’ai besoin de lui pour avancer. Car il représente la seule lueur d’espoir dans tout ce chaos. Il est l’étoile qui scintillait dans la nuit noire.
Dans quelques instants, je vais découvrir son visage. En attendant, il y a une chose dont je me souviens avec une troublante clarté : son parfum. Mon nez a frotté sa chemise, son pull ? J’ai inspiré profondément et j’ai su... j’ai su que je pouvais tout lâcher.
Entourée par son odeur, en sécurité dans ses bras, j’ai perdu conscience.
Mes parents n’ont pas su me le décrire avec exactitude. Ce qu’ils ont vu, ils gardent le secret ! Simplement un homme, tenant dans ses bras leur fille à la veste manquante, au tee-shirt déchiré, au jean taché.
Bon sang, ce que je devais faire peine à voir !
Et ça me rend malade de croiser le regard de cet inconnu, qui m’a rencontrée pour la première fois, le pantalon sur les chevilles, qui a dû le remonter, me rhabiller avant de passer un bras sous mes jambes pour me soulever.
Devinant que je n’arriverai pas à faire un seul pas, il n’a rien dit. Je n’ai pas entendu le son de sa voix. Il m’a soulevée, puis serrée fort contre lui, contre son torse chaud et puissant. Son parfum était si...
Ça transcendait complètement avec ce que je venais de traverser. Comme passer d’un désert aride au Paradis, comme se coucher dans un bain tiède après une longue journée harassante.
Oh oui, j’ai tout lâché, et sans hésiter. J’ai respiré son parfum, frôlé son cou du bout de mon nez avant de plaquer ma joue humide contre son pectoral.
— Tu es prête ?
Face à mon silence, alors que je reste adossée à la portière, fixant la porte d’entrée, je n’en suis pas sûre. Je ne sais même pas quoi lui dire. Un simple « merci » serait parfaitement ridicule.
Ce que je souhaite réellement, c’est qu’il me raconte ce qui s’est passé pour que je puisse enfin m’en libérer.
J’ai besoin de savoir, ce qu’il a vu, ce que l’on m’a fait.
Car ce que je m’imagine est sûrement mille fois pire que la réalité. Je sais seulement que mes sous-vêtements n’ont pas bougé. Une « chance ».
— Si tu veux, intervient mon père face à mon absence de réaction, je peux lui demander de revenir une autre fois...
— Non, le coupé-je immédiatement.
Certainement pas ! J’attends depuis si longtemps de le rencontrer. Il est un rêve dans ma mémoire. Une ombre ; un vague souvenir ; un parfum. Si mes parents ne m’avaient pas expliqué, je serais restée dans le flou, ne sachant comment j’ai pu quitter cette maudite ruelle.
Mon père tend un bras vers moi, non pas pour que je prenne sa main, mais simplement m’encourager à faire un pas. Un premier, puis un second. Tout s’enchaîne machinalement alors que ma tête et mon corps ne sont plus connectés l’un à l’autre.
Les yeux ronds comme des soucoupes, mes genoux se plient à peine, mon allure est robotique. Mes lèvres sont sèches au moment d’y passer le bout de ma langue, les ongles profondément enfoncés dans mes paumes.
Je marche vers la porte, comme des milliers d’autres fois, pourtant l’allée ne m’a jamais semblé aussi longue. Mon cœur s’emballe, différemment. C’est étrange. Ce n’est pas du stress, ni de l’anxiété, mais de l’impatience. Une frénésie qui me chatouille le ventre, une curiosité qui me trouble la vue et m’empêche de quitter des yeux le numéro inscrit au-dessus d’un pot de fleurs suspendu.
Je veux le retrouver. Plus que ça, j’en ai besoin. Je le ressens ainsi au fond de moi comme la lumière d’un phare surplombant l’océan en pleine tempête. Je me moque bien de son nom, de son âge, de sa profession, et je ne veux pas l’entendre s’excuser pour ces deux mois de silence ni me dire combien il est désolé pour moi.
Je veux le retrouver, lui, ce que je connais de lui : ce parfum qui ne me quitte jamais. Cette odeur à laquelle je pense chaque fois que je suis submergée par une crise de panique.
Il est le seul à savoir me calmer. Plus puissant que n’importe quel anxiolytique. Ça ne s’explique pas, mon esprit me ramène à lui.
J’ai eu tant envie de le revoir, sortant parfois même simplement pour espérer le croiser, mes sens en alerte.
Ce soir, il est bel et bien là. Revenu pour moi.
Je me demande ce qu’il peut vouloir. Se faire pardonner de m’avoir ignorée depuis ce triste jour ? Ou bien s’est-il soudainement souvenu de la fille qu’il a aidée alors qu’il décorait son sapin ? En cette période de fêtes qui approche, la joie ambiante est quelque peu ternie par le passé et je suis sa BA de l’année ? Il veut en finir avec toute cette histoire ?
J’arrive en premier devant la porte et tends le bras, les yeux fermés au moment de prendre une profonde inspiration.
Manqué... la porte s’ouvre avant que mes doigts ne rencontrent le métal de la clenche.
Je n’ai pas besoin d’ouvrir les yeux. Inutile de lever la tête, inutile d’enlever la capuche qui me cache du reste du monde.
En inspirant profondément, je le reconnais.
C’est lui.
Le seul que j’ai gardé dans mon cœur. Celui qui sauve mon esprit chaque fois que je crois chavirer.
Ce parfum, je le reconnaîtrai jusqu’à mon dernier souffle. Comme une femme se souviendra toute sa vie du nom de son premier amour.
— Bonjour, Claire.
Et, pour la première fois depuis des mois, les ongles toujours enfoncés dans les paumes, bloquant ma respiration, papillonnant plusieurs fois des yeux pour chasser mes larmes... je relève la tête, afin de découvrir son visage.
4



Immobile face à lui, mon regard se pose d’abord sur un jean noir retenu par une ceinture en cuir finement tressée. Je remonte ensuite vers une chemise blanche parfaitement repassée. Le tout agrémenté d’une veste en cuir de la même couleur que la ceinture.
Élégant, simple et très grand, mon sauveur n’a pas de visage. Du moins, je n’ai pas le cran de remonter si haut.
— Bonjour, Claire, balbutie-t-il. Je... Ça me fait plaisir de te revoir et de constater que tu vas bien. ...

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