Brûlure
215 pages
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Brûlure , livre ebook

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Description

La vie de Serena est bouleversée quand elle est obligée de quitter la France pour déménager à San Francisco. Nouveau pays, nouveau lycée, nouveau quotidien, son monde vacille. Heureusement, elle peut compter sur sa sœur Lucy pour la soutenir. Et puis, très vite, Serena tombe sous le charme de Bradyn, l’un des garçons les plus populaires du lycée. Mais, il y a Aaron, qui l’attire irrésistiblement. Ce rockeur ténébreux à la réputation aussi sombre que son regard vient chambouler son univers et ses certitudes.


Elle est déchirée entre raison et passion.
Il cache des secrets qu’elle veut à tout prix découvrir.
Amour, amitiés, révélations et trahisons...
Que lui réserve cette nouvelle vie ?



Plongez dans cette romance aussi palpitante qu’émouvante.

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Informations

Publié par
Nombre de lectures 1
EAN13 9782378122836
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Chapitre 1
M e voilà dans notre nouvelle voiture, achetée avec l’argent de l’ancienne, vendue avant de partir. Elle n’est pas grandiose, les freins font un drôle de bruit, mais ils fonctionnent. C’est le principal. Ça, au moins, est similaire au passé. Je suis en colère contre mes parents. Ils ont décidé, sans nous consulter ni moi ni ma petite sœur Lucy, de quitter la France. Ce n’est pas un simple déménagement, c’est un exil !
Leur dernière folie, ces innocents. Changer de vie. Le rêve américain, la terre de toutes les réussites, paraît-il. Moi, je n’y crois pas. Leurs revenus étaient convenables dans notre pays natal, je ne comprends pas leur choix. Ils ouvrent un modeste restaurant français, pensant que le fait de l’établir aux États-Unis leur assurera le succès. Peu importe, ils ont tout prévu, tout calculé, et je suis certaine qu’ils parviendront à le rentabiliser.
Le seul point positif est que nous parlons tous anglais à la perfection, grâce à ma grand-mère maternelle. Elle s’adressait à nous dans sa langue natale. Sans elle, j’aurais douté de ma capacité à me faire comprendre et suivre les cours dans ce pays si distinct du mien. Merci, grand-ma, si tu pouvais être avec nous en ce moment, tu saurais quoi me dire pour me rendre le sourire.
— Comment trouves-tu les rues de San Francisco ? demandé-je à Lucy.
Depuis que nous avons quitté l’aéroport, elle n’a pas décroché un mot. Elle regarde par la fenêtre, l’air triste. Comme je la comprends ! Nous avons tout perdu : nos amis, nos amours, nos petites habitudes, et surtout, nos repères. Elle et moi avons toujours eu un lien très fort. N’ayant qu’un an de plus qu’elle, je l’emmène partout. Nous avions les mêmes amis, les mêmes sorties et la même vie, bien que nous soyons très différentes l’une de l’autre.
— Jolies, admet-elle, bougonne. Et immenses. Serena ?
— Qu’y a-t-il ?
— Tu te rends compte qu’en seulement vingt-quatre heures, tout a changé ? Tu as eu dix-sept ans, et nous sommes célibataires, constate-t-elle, fâchée.
J’acquiesce en silence, pensant à mon adorable petit copain qui aurait tout donné pour moi… Il n’est pas très grand, mais quand je me blottis au creux de ses bras, je me sens comme à la maison. Ses yeux espiègles me décrochent un sourire, même dans les moments difficiles. Il a un air de gamin qui vient de faire une bêtise. Enfin, c’est terminé... En toute sincérité, j’adorais mon petit ami, je savais pourtant que je ne finirais pas ma vie avec lui. En revanche, lui était bien plus amoureux. Cela me déconcertait souvent d’ailleurs, et me mettait mal à l’aise parfois. Voir cet amour si fort, mais ne pas pouvoir lui offrir une réciprocité aussi intense me brisait le cœur pour lui. Il n’est pas naïf, il devait le sentir, mais s’en contenter, imaginant que c’était sans doute mieux que rien. Selon ma vision du véritable amour, nous n’avons qu’une âme sœur. Et je ne l’ai pas encore trouvée. Mais j’ai le temps, après tout.
Malgré nos différences, Lucy et moi sommes complémentaires et fusionnelles. Un regard suffit pour que le sens de nos pensées soit saisi par l’autre. Un seul souffle, un seul geste, et la seconde sait ce qui va se produire, ou ce qui vient de l’être. Il est rare, et je dirais même presque impossible, que nous nous cachions quelque chose. Par exemple, elle replace à l’instant une mèche derrière son oreille, je devine alors qu’elle a les larmes aux yeux. Je pose ma main sur la sienne, et la rassure en silence, lui promettant que je serai toujours là pour elle. Je souhaite à tout le monde de connaître une relation comme celle-ci.
Bien que nous roulions depuis à peine vingt minutes, cela me paraît une éternité. Plus nous nous éloignons de l’aéroport, plus le sentiment de solitude s’agrandit. Comme si le fil qui nous lie à notre ancienne vie s’étirait à l’infini, mais pas sans mal ; il est sur le point de se rompre. Tout cela me semble si loin. Ma sœur et moi avons pris la décision de couper tout contact avec nos amis et petits amis. Cela nous paraît plus sain de nous éviter la déception. Il est bien connu que lors d’une telle séparation, nous nous promettons fidélité et nous jurons de nous retrouver très vite, mais qu’au final, il ne reste rien que le manque de l’autre.
Loin des yeux, loin du cœur.
Le lien familial est le seul que je pense incassable et susceptible de résister à la distance géographique. Un membre de la lignée généalogique que nous n’avons pas côtoyé depuis longtemps sera toujours le même pour nous, la relation n’aura pas souffert de l’absence. Comme si ces fils s’informaient de la vie de l’être éloigné, invisibles et inaudibles.
Je n’ai vu la nouvelle maison qu’en photo. Bien sûr, nous n’allons pas vivre dans le quartier riche de San Francisco, mais pas non plus dans le plus pauvre, à mon grand soulagement. Il aurait été malvenu de sortir de chez nous la peur au ventre. C’est une modeste bâtisse au crépi blanc, en bon état, avec des volets électriques. Nous avons tout de même chacune notre chambre de prévue, pas de quoi se plaindre. Petite pièce, mais agréable et confortable.
Je ne connais la culture américaine que par les films et les séries TV. D’après eux, il n’y a que le fonctionnement du lycée et quelques lois qui diffèrent. Il nous reste un mois avant la rentrée scolaire. Mes parents se sont chargés de nous inscrire, dans le quartier huppé de la ville. Ici, j’ai le droit de conduire, à condition de passer le permis, ce que mon père m’a promis de m’offrir ce mois-ci, ainsi qu’à ma sœur l’année suivante. Ayant déjà commencé les leçons en France, je devrais l’obtenir sans trop de difficultés. Avec l’argent que j’ai économisé depuis mon enfance et grâce à mes jobs d’été, je me suis payé une petite automobile, d’un meilleur état que celle de mes parents. Mon père l’a achetée lors de son débarquement à San Francisco. Ainsi, je pourrai emmener ma sœur tous les matins et la récupérer le soir.
— Quand est-ce qu’on arrive ? demande Lucy, me tirant de mes pensées.
— Dans cinq minutes, mon ange. Au bout de la rue, nous tournons à droite et nous y sommes.
— Ce n’est pas trop tôt, cingle-t-elle, encore mécontente.
Ma mère lance un regard inquiet à mon père, qui s’empresse de lui caresser la main. Elle doit croire que nous ne leur pardonnerons jamais. Mais elle a tort, pour ma part, c’est presque fait. Ce serait égoïste de soupçonner qu’ils ont fait ça sans nous considérer dans l’équation. Ils ont également tout quitté, après tout. La seule différence est que c’est leur choix, aussi dur soit-il. Les yeux de ma sœur lancent des éclairs. Et, comme on dit en France, si elle avait eu des fusils à la place, elle les aurait tués.
Une longue rue bordée de petits pavillons tous identiques nous fait face. Quelques arbres donnent l’impression que la nature est toujours présente, mais les habitations ne possèdent que de minuscules jardins qui se limitent à deux allées sur les côtés, environ trois mètres devant et guère plus derrière. Nous récupérons les valises dans le coffre, puis suivons nos parents à l’intérieur, pour découvrir les lieux.
— Le salon n’est pas très étendu, mais tous nos meubles y rentrent, remarqué-je, satisfaite.
La décoration est comparable à celle de notre ancienne propriété. Les mêmes tableaux trônent sur les murs d’un blanc immaculé. Mon père est venu un mois avant nous pour tout installer.
— Tu as planté quelques fleurs, papa ! observé-je avec plaisir, par la fenêtre.
— Le portail est rouillé, râle ma sœur, m’arrachant un sourire.
En la tirant par le bras, je l’emmène prendre possession de nos chambres.
— Ça correspond bien à ton tempérament de feu ! m’exclamé-je en contemplant les teintes chaudes qui parent les cloisons de la sienne.
— Oui, j’adore le lit à baldaquin ! Je sens que je vais être bien ici, c’est déjà ça.
Un petit soupir m’échappe. Avec un peu de chance, ma sœur oubliera vite ceux que nous avons laissés derrière nous. Elle me serre dans ses bras un long moment, puis nous passons dans la mienne, qui se trouve juste en face.
— Les couleurs sont aussi douces que toi ! s’émerveille Lucy.
Nous restons là à contempler notre nouveau « chez-nous » quelques minutes, puis chacune va déballer ses affaires.
Une fois tous mes vêtements rangés, j’installe mes paires de chaussures dans le bas de l’armoire. Puis je branche mon ordinateur personnel à la prise sous le bureau avant de me rendre compte que ma mère a établi une liste de fournitures scolaires et a chargé mon père de bien vouloir se les procurer. Tout est posé dans des poches en plastique. J’appelle ma sœur pour nous les partager et faire le tri de manière rapide.
— Il ne nous manque rien, sauf peut-être un nouveau sac de cours. Le mien est bien trop abîmé, je ne peux pas arriver le premier jour avec un vieux de cent ans ! m’indigné-je.
— Il m’en faut un neuf aussi, annonce-t-elle en tentant d’emporter toutes ses affaires.
— Attends, je t’aide à ramener tout ça dans ta chambre.
— Merci, sœurette ! Nous allons être bien ici…
Elle fait une pause puis reprend :
— N’est-ce pas ? Je veux dire, nous nous ferons de nouveaux amis, et puis tout nous paraîtra normal dans peu de temps, pas vrai ? s’assure-t-elle, anxieuse.
— Ne t’inquiète pas, ma puce, en un rien de temps, tout sera comme si nous avions toujours vécu là…
Elle semble satisfaite de ma réponse. Je ne suis pas sûre de ce que j’affirme, mais j’ai un bon pressentiment. Et surtout, je l’espère de tout cœur. Ma mère frappe à la porte.
— Les filles, vous êtes installées ?
— Oui, maman, affirmé-je. C’est parfait, papa a fait du beau travail, nous allions le remercier.
— Très bien, je suis contente que cela vous plaise. Je sais que c’est dur pour vous, de devoir tout quitter…
— C’est fait maintenant, c’est trop tard, lance ma sœur.
— Lucy, ma chérie… Je suis désolée de vous faire subir ça, mais vous verrez, dans quelques jours, vous ne voudrez plus repartir, je vous le promets, dit-elle en déposant un baiser sur chacun de nos fronts.
Nous remercions notre père pour tout ce qu’il a fait pour qu’on se sente bien ici, puis nous échangeons nos premières impressions, rigolons des anecdotes sur ses aventures lors de ses premiers jours aux États-Unis. Il nous raconte qu’au début, il ne comprenait pas un traître mot de ce que la population pouvait lui dire, l’accent américain étant différent de l’anglais dont nous avons l’habitude.
Puis nous passons à table. Ma mère a préparé un repas léger, mais nous n’avons pas très faim. La fatigue du voyage et le contrecoup de la séparation prennent le dessus. Nous souhaitons donc bonne soirée avant d’aller nous coucher dans nos lits respectifs. Que c’est agréable d’allonger mes jambes et de pouvoir détendre tous mes muscles ! Je m’endors tout de suite, épuisée, mais Lucy me réveille en plein milieu de la nuit.
— Serena…, chuchote-t-elle. Serena…
— Quoi ? grogné-je.
Je ne supporte pas d’être sortie de ma léthargie, cela me met de mauvaise humeur. J’ai l’impression d’avoir été écrasée par un bus. J’ouvre les yeux tant bien que mal. Je scrute le noir pour m’apercevoir que Lucy guette mes réactions. Elle a l’air triste.
— Je suis désolée, je sais qu’il est tard, mais… Je me sens trop seule. Je peux dormir avec toi cette nuit, s’il te plaît ?
— Bien sûr, viens, l’invité-je, défaisant les draps du côté gauche.
Elle grimpe sur le lit et se glisse sous les couvertures. Je me tourne vers elle pour l’observer quelques secondes. Je perçois son mal-être comme si c’était le mien. Bien que je sois malheureuse, j’arrive à relativiser avec plus de facilité que ma sœur. Elle sanglote, ce qui me brise le cœur. Je la prends dans mes bras pour la consoler, tentant de la rassurer, de lui prouver que nous nous suffisons l’une à l’autre. Je n’ai besoin de personne à part elle et mes parents. J’apprécie mes amis, mais c’est différent. Je ne sais pas l’expliquer.
***
Un rayon de soleil caresse mon visage, me sortant de mon sommeil sans rêves. D’abord, je ne comprends pas où je suis, la chambre ne m’est pas familière, puis je soupire en découvrant l’heure trop matinale pour un jour de vacances. Je sursaute brusquement en heurtant ma sœur. Mon petit bond réveille Lucy.
— Salut, murmure-t-elle.
— Salut, comment ça va ? m’inquiété-je.
— Je ne sais pas trop, pour l’instant, j’ai l’impression d’avoir la gueule de bois, comme si j’avais bu des litres d’alcool…
— C’est parce que tu as pleuré, un bon café et tu seras fraîche comme la rosée, plaisanté-je pour dédramatiser la situation.
— Quel est ton secret pour faire comme si de rien n’était ?
— Eh bien, je me répète que si nous sommes là, c’est parce que c’est notre destin et que quelque chose de bien plus intense nous attend. Qu’en dis-tu ?
— Que tu maîtrises tes émotions à la perfection, mais que tu ne peux pas me mentir à moi. N’oublie pas, je te connais par cœur…
Je baisse la tête, percée à jour. Comment ai-je pu espérer la duper ? Je ne croyais tout de même pas qu’elle goberait que j’allais bien ? Mon existence a été bouleversée, de manière irrévocable. Je viens de quitter mon petit ami, non pas par choix, mais parce que je ne le reverrai jamais, tout comme mes amis. Il n’est plus là pour me dire qu’il m’aime, pour me serrer contre de lui… Et mes potes non plus, pour m’assurer que tout ira bien. L’adieu a été douloureux, je n’arrivais pas à me détacher de leurs bras. Il a fallu que ma mère m’en arrache et me conduise jusqu’à la voiture.
— Serena…
Lucy marque une pause avant de reprendre :
— Je devine combien tu souffres, et tu as le droit de le montrer. Tu n’as pas besoin d’être forte pour moi. Tu détestes perdre le contrôle des événements et dans ta vie, tout est réglé à la minute près.
— Comment tu sais ça ? m’étonné-je en relevant les yeux.
— Je te l’ai dit, tu ne peux rien me cacher, tout comme moi envers toi. Même si le moindre changement te déboussole, tu dois lâcher prise de temps en temps. Pour ton bien, libère ce que tu ressens.
Une larme coule sur ma joue. Je n’ai jamais parlé de ça à personne. L’insaisissable versatilité de la vie me rend folle. Et le fait de ne plus rien maîtriser à présent me hante. Elle seule était apte à le deviner. Je m’efforce de ne jamais laisser paraître ma douleur, de toujours avoir le sourire. Les gens n’ont pas besoin que je me plaigne de mon sort. Et puis, la plupart vivent bien pire. Ma sœur m’étonne souvent, mais là, elle m’a abasourdie. Je croyais pourtant vraiment bien jouer le jeu.
— Tu es extraordinaire, reconnais-je en riant à travers mes larmes.
— Ne t’inquiète pas, je suis la seule à pouvoir m’en rendre compte. Tu es une parfaite actrice !
Nous prenons notre douche, chacune notre tour, pendant que l’autre va saluer les parents, levés depuis déjà une heure. Ma mère nous suggère d’aller flâner pour nous familiariser avec le coin. Nous n’habitons pas très loin du Golden Gate Park, vingt minutes à pied, tout au plus. Et en bus, le trajet est encore plus rapide. Le lycée se trouve deux ou trois kilomètres plus loin, au nord, à proximité de la San Francisco State University et des plus grands clubs de golf de la ville. Ce loisir considéré comme sport ne me fascine pas du tout, bien au contraire. Je n’en ai jamais compris l’intérêt.
— Très bien, allons-y, ça nous changera les idées, décide ma sœur.
— D’accord, mais à pied, ce sera plus facile pour retenir le chemin.
— Oh, Serena… Pour…
Mais je lui coupe la parole et lui intime de ne pas se plaindre. Elle râle dans sa barbe tout en courant pour me rattraper. Ma mère nous rejoint, deux paquets à la main. Elle nous a préparé un petit panier-repas chacune.
— Merci, maman, tu penses vraiment à tout, apprécié-je.
Elle nous embrasse et nous regarde partir, le sourire aux lèvres.
— Bisous, à ce soir ! crié-je en claquant la porte.



Chapitre 2
I l est dix heures passées lorsque nous quittons la maison. Les rues se ressemblent toutes, les mêmes bâtiments, arbres, couleurs. Le désert. Les habitants doivent être en vacances. Nous ne croisons aucun jeune de notre âge. Nous nous baladons près de quinze minutes, d’un pas lent, prenant le temps d’examiner les quelques vitrines des magasins. L’endroit est plutôt joli. Lucy commence à s’impatienter. Elle déteste marcher, et en ce moment précis, c’est moi qu’elle hait. Je lui signifie que nous sommes bientôt arrivées au Golden Gate Park et elle arrête de gigoter.
— Tu crois vraiment qu’on parviendra à reconstruire une vie ici ?
— Je ne sais pas… Mais une chose est sûre, je refuse de ne plus parler notre langue maternelle.
— Moi aussi, rétorque-t-elle.
— Je te propose quelque chose. Entre nous et à la maison, nous n’utiliserons que le français. Qu’en penses-tu ?
— C’est parfait ! s’exclame-t-elle, souriant de nouveau.
— Promis ? demandé-je en lui tendant l’auriculaire, comme lorsque nous étions petites.
— Oh, le sceau de la sincérité ! se rappelle-t-elle, enthousiaste.
Nous continuons de marcher, bras dessus, bras dessous, lorsqu’apparaît devant nous une interminable étendue de verdure. Je n’ai jamais vu un parc comme celui-là en France. Quelques joggers courent, certains à bout de forces, d’autres au début de leur effort. D’autres encore promènent leurs chiens, les caressant de temps en temps. Des groupes d’amis d’une vingtaine d’années sont assis et discutent dans le calme, rient parfois de la blague d’un des leurs. Des personnes seules lisent des livres qui semblent être passionnants à en juger par leur concentration impressionnante. Des sons gutturaux me parviennent, me laissant percevoir le sens de certaines conversations. Je vais devoir m’y acclimater, le français est tout de même beaucoup plus gracieux à l’oreille. Lucy choisit un banc où s’installer. Il est dix heures trente. Le soleil est déjà haut dans le ciel et réchauffe ma peau en douceur.
— C’est magnifique ici ! s’émerveille Lucy.
— Tu sembles avoir recouvré la parole. C’est le premier truc que tu dis depuis que tu t’es retrouvée face à cet immense parc.
— Il est géant ! mime-t-elle en tendant ses deux bras sur les côtés. Je me sens minuscule à côté.
— Mais tu es petite, il faut t’y faire ! la taquiné-je.
— Oh, ça va, madame la Grande Perche, grogne-t-elle pour se venger.
Lucy ne mesure qu’un mètre cinquante-cinq tandis que j’atteins le mètre soixante-dix. Elle en est encore jalouse parfois. C’est son complexe majeur, elle est persuadée qu’elle ne fera jamais femme.
— Comment tu imagines la rentrée ? lui demandé-je, curieuse.
— L’avantage de ce lycée géant, c’est que nous passerons inaperçues, enfin peut-être pas aux yeux de tous, mais pour la plupart, nous serons comme eux. Nous ne serons pas les seules nouvelles.
— Je nous vois déjà nous perdre dans nos emplois du temps, soupçonné-je, amusée.
— Il ne faudrait pas que l’on se trompe de classe.
— Tu te feras des copains très vite.
Lucy est une fille extravertie. Je ne me fais pas de bile pour elle, dès la première heure de cours, elle se sera intégrée à un groupe d’amis.
— Je parie que tu sais comment tu vas t’habiller !
— Et tu as raison, rougit-elle. Je mettrai ma minijupe blanche, celle qui moule. Avec mon haut bleu turquoise à peine décolleté pour ne pas faire trop provocant quand même.
— Contente que tu t’en soucies…
Elle n’apprécie pas mon commentaire, mais passe au-dessus. Je n’approuve pas son look et elle en a conscience. Elle n’adhère pas au mien non plus, féminin, mais beaucoup plus discret. Je dois la laisser faire ses expériences. Un jour, elle comprendra qu’une poitrine dénudée n’est pas nécessaire pour plaire aux garçons. C’est une très jolie fille et elle n’a pas besoin d’une montagne d’artifices pour que les autres la remarquent. Pour ma part, je ne sais pas encore comment je vais m’habiller, j’y réfléchirai en temps voulu, inutile de se tracasser avec ça un mois à l’avance.
Je regarde ma montre, déjà 12 h 30. La matinée est passée à une vitesse inouïe. Nous discutons depuis deux heures de tout et de rien, surtout de nos angoisses respectives.
— Tu crois qu’ils nous ont oubliées ? dit-elle en croquant dans son sandwich.
— Lucas et Ryan, ou tout le monde ?
— Eux, répond-elle sans vouloir préciser leurs noms.
— Ils nous aimaient, je pense qu’ils en sont au même point que nous. Ils tentent de passer à autre chose.
— Ça me ferait mal qu’il sorte avec une autre dès maintenant. J’ai besoin de temps pour tourner la page. Ce n’est pas comme si j’avais souhaité cette séparation.
— De toute façon, nous ne le saurons jamais. Et c’est en partie pour ça que nous avons choisi de couper les ponts, non ?
— Si, tu as sans doute raison. N’empêche qu’il me manque et que je me demande ce qu’il fait en ce moment, dit-elle d’une voix triste.
Et je me trouve dans le même cas. Que fait Lucas en cet instant ? Pleure-t-il mon absence dans les bras de son meilleur ami, ou se console-t-il dans ceux d’une jolie demoiselle ? Tout ce dont je suis sûre, c’est qu’il avait l’air anéanti lorsque je lui ai fait mes adieux. Il m’a serrée contre lui plus fort que jamais, comme s’il pensait être capable de me retenir. Comme si la décision dépendait de moi et que j’allais changer d’avis d’une minute à l’autre. Comme si j’avais pu choisir de rester. Ne me quitte pas, m’a-t-il supplié… Ces mots résonnent toujours dans ma tête, comme si je pouvais encore faire demi-tour et les satisfaire. Je continue de sentir la pression de sa main tentant de me retenir un instant, avant que ma mère ne m’emporte, de revoir son regard implorant me fixant jusqu’à ce que je disparaisse au coin de la rue.
— Tu te souviens quand Ryan a couru derrière la voiture ?
— Oui, c’était romantique, répond-elle d’une voix douce, des étoiles plein les yeux.
— Sacré Ryan !
— Tu peux parler, le tien t’a à peine laissé dire au revoir aux copains. Il te serrait si fort que j’ai cru qu’il allait finir par t’étouffer, plaisante-t-elle.
Chacune adorait le chéri de l’autre. Nous faisions de nombreuses sorties tous les quatre, nous nous entendions à merveille.
Lorsque nous reprenons notre balade, les rues sont plus larges, toujours bordées d’arbres, mais ceux-là sont bien plus somptueux. Les bâtiments, souvent sur trois étages, arborent des façades bicolores sublimes, laissant entrevoir derrière leurs hautes portes d’entrée transparentes, de grands halls luxueux. Nous sommes loin de notre misérable crépi. Il n’y a que des maisons. Quelques magasins ont fermé pour deux petites heures, le temps de la pause déjeuner. Seuls les bars et les restaurants animent le quartier. Quelques passants vêtus avec goût et élégance pressent le pas pour rejoindre un repas d’affaires pour lequel je les soupçonne d’être en retard.
Nous sommes presque arrivées, mais Lucy insiste pour prendre le bus, prétextant être à bout de forces. J’ai marché assez longtemps et accorde cette faveur à ma sœur. Trois ou quatre arrêts plus loin, nous descendons juste en face de l’école. Comme on peut s’en douter, elle est fermée jusqu’en septembre. On ne voit pas grand-chose, si ce n’est une cour gigantesque, entourée de verdure et plusieurs bâtiments en briques rouges. De jolis bancs, tout droit sortis d’un parc, habillent les coins recouverts de pelouse. C’est un bel établissement, bien plus spacieux que nos lycées français.
D’après ma mère, cette institution fournit à leurs élèves des conditions confortables et haut de gamme, que ce soit au niveau des lieux ou du matériel scolaire. J’essaie d’imaginer cet endroit vivant, empli d’âmes étudiantes qui discutent et rient ensemble. Mais aucune image ne me vient, je n’arrive pas à me rendre compte. Tout sera si nouveau. J’aurai sûrement du mal à me faire à l’idée que je ne serai pas avec les mêmes personnes suivant les matières. Ma classe d’anglais sera différente de celle d’histoire et ainsi de suite. Bizarre ce système, j’espère juste ne pas m’y perdre. Lucy se tait. Elle aussi tente d’imaginer comment sera cet endroit le jour de la rentrée.
Le centre commercial se trouve un peu plus loin, mais il commence à se faire tard et nous sommes fatiguées. Nous décidons de revenir un autre jour. Je vais être très occupée les jours suivants, je devrai assister aux cours de code, puis passer l’examen, finir mes heures de conduite pour me familiariser avec les routes et la signalisation américaines, puis réussir l’épreuve finale. Et tout ça en un mois !



Chapitre 3
D eux semaines passent sans que je m’en rende compte. Je vais aux cours de code tous les matins, puis l’après-midi, en échange d’un peu d’argent de poche, je me rends au restaurant de mes parents pour les aider à peindre et monter les meubles. Le moniteur s’est engagé à me donner mes heures de conduite avant la fin des vacances. J’ai hâte que tout ça soit terminé, que je puisse enfin faire ce dont j’ai envie. Je décide de m’octroyer quelques heures pour me changer les idées avant l’examen. Nous ne sommes toujours pas allées acheter nos nouveaux sacs de cours et je propose à Lucy de nous en occuper tout de suite, ce qui l’enchante.
Cette fois, nous prenons le bus jusque là-bas, il nous dépose juste en face du centre commercial. Une fois à l’intérieur, nous faisons le tour du rez-de-chaussée pour analyser les enseignes. La plupart nous sont totalement inconnues. Il y a un monde fou. À croire que les habitants se retrouvent tous là, car les rues ressemblent à celles d’une ville abandonnée, ou du moins dépeuplée. Lucy se dirige à droite, vers le premier magasin.
— Lucy, les vêtements ne sont pas ce que nous cherchons en priorité.
— Je sais, bougonne-t-elle. Allons à l’étage, il n’y a rien d’intéressant ici.
Nous empruntons l’escalator situé en plein milieu du hall. Les gens paraissent pressés, comme animés d’une tension commune. Tous s’y prennent à la dernière minute pour acheter les fournitures scolaires. Les cours débutent dans deux semaines et personne ne semble être prêt. Le brouhaha des Américains qui s’exclament à toutes les phrases me surprend. Le français est beaucoup plus modéré, je n’ai pas l’habitude de m’extasier sur chaque mot. Je me sens telle une intruse, rien ne me rapproche d’eux, tout m’en éloigne plutôt. J’ai la désagréable impression de vivre à côté de la plaque.
Lucy et moi entrons dans la première boutique de sacs que nous trouvons, mais le choix n’est pas large et nous continuons notre route dans une seconde, aussi peu intéressante.
— Peut-être là, propose-t-elle, devant un magasin plus attrayant.
— D’accord, il y a tous les styles ici.
Lucy fait le tour des rayons, admirant chaque pièce comme une pierre précieuse. Pour ma part, j’établis plutôt la liste de leurs points forts et de leurs faiblesses, tout en recherchant un minimum d’esthétique. Ma sœur me rejoint aussitôt, elle détient un don pour faire du shopping plus vite que son ombre. Ou bien peut-être a-t-elle un œil de lynx ? Quel que soit son secret, elle m’impressionne toujours, en une poignée de secondes, elle a terminé et fait son choix. Je suis un peu plus longue à la détente.
— Regarde comme il est beau ! s’émerveille-t-elle en me montrant l’heureux élu.
— Il est joli, bien qu’il ressemble plus à un sac à main qu’à un de cours, la taquiné-je.
À la pointe de la mode, couleurs voyantes… Il lui correspond bien. Ses yeux noisette pétillent de bonheur, cela me réchauffe le cœur. L’avantage du shopping, c’est qu’il nous remonte le moral.
— Et toi alors, tu as trouvé ?
— J’hésite entre celui-là et un autre plus loin, dis-je en me déplaçant pour lui montrer le second.
— Le premier, avec ce cuir lisse blanc et marron, il est superbe. Il te va à la perfection, tranche-t-elle. À la fois discret et élégant.
Écoutant les bons conseils de ma sœur, je passe en caisse. Nous nous dirigeons vers la sortie du centre commercial, nos paquets à la main et le sourire aux lèvres.
— C’est dingue ce que les gens peuvent être pressés ! s’impatiente Lucy, après s’être fait bousculer plus d’une fois.
Soudain, je vois un jeune courir droit sur nous. Il ne semble pas décidé à modifier sa trajectoire ni à s’arrêter avant de nous percuter. J’ai juste le temps d’écarter Lucy, la poussant avec un peu trop de violence sur le côté.
— Mais t’es folle ou quoi ? Qu’est-ce qui t’a pris ?
— Je t’ai sauvé la vie, tu as failli te manger un idiot en pleine figure, réponds-je avec un calme olympien alors qu’elle a crié.
— Tu n’étais pas obligée de me brusquer aussi fort, boude-t-elle… Mais merci.
— C’était moins une, fait une voix derrière nous.
Je me tourne pour voir qui s’adresse à nous. Un jeune homme nous fixe, le regard rieur. Il semble être de l’âge de Lucy, bien que je ne sois pas beaucoup plus vieille. Je ne peux m’empêcher de noter qu’il est plutôt mignon. Ses cheveux blonds ébouriffés et son bermuda à carreaux lui donnent un air de surfeur. Je suis certaine à ce moment précis que le cœur de ma frangine a fondu.
— Par chance, ma sœur était là pour me sauver, dit-elle dans un sourire aguicheur.
— Oh, vous êtes nouvelles ici ? Vous avez un subtil accent dont j’ignore l’origine, mais c’est adorable, nous assure-t-il en jetant un regard à Lucy.
— Oui, nous sommes françaises. Nous venons de déménager aux États-Unis.
— Je vois, bienvenue à San Francisco dans ce cas ! Mais il vous reste sans conteste certaines petites choses à apprendre. Je m’appelle Hayden Brant, se présente-t-il en tendant sa main vers la mienne, puis vers celle de Lucy.
En France, nous aurions fait la bise. Mais les Américains saluent toujours de cette manière lorsqu’ils ne se connaissent pas. Mon père nous a prévenues, suite à certaines déconvenues.
— Enchantée, je suis Lucy Laurent, et voici ma grande sœur, Serena.
— Jolies demoiselles, vous m’en voyez ravi. Je dois partir maintenant, mais peut-être voudriez-vous que je vous enseigne ces quelques petits trucs avant la rentrée ?
— Avec plaisir, s’empresse-t-elle d’accepter.
— Je vous donne mon numéro, attendez, dit-il en sortant un stylo de sa poche.
— Non, je te laisse le mien, comme ça, on sera sûres de ne pas te déranger.
Lucy a la technique, elle a compris à ses dépens qu’il ne faut jamais prendre celui d’un garçon, mais lui céder le nôtre. Elle m’a prouvé qu’ils donnent suite plus souvent. Elle lui emprunte le stylo puis ouvre la main gauche d’Hayden. Elle y note les chiffres lentement, s’assurant de leur lisibilité et veillant à stimuler l’intérêt du jeune homme. Lorsqu’elle a terminé, elle me saisit par le bras et m’entraîne vers la sortie, avant qu’il ait pu ajouter quoi que ce soit.
— Tu aurais pu lui dire au revoir quand même.
— Non, ça entretient l’intrigue. Il rappellera.
***
Une vingtaine de minutes plus tard, le bus nous dépose à l’angle de notre rue. Franchissant la porte, j’annonce notre retour. Mes parents ont l’air fatigués, mais pas inquiets. Nous leur avions laissé un mot pour les prévenir de notre escapade.
— Alors, vous avez trouvé ce que vous cherchiez ? nous demande ma mère en regardant du coin de l’œil les sacs en plastique.
Nous lui montrons nos achats qu’elle juge superbes, puis passons à table. Nous leur contons nos aventures et mon père taquine Lucy sur son attirance pour le jeune homme. Nous aurions peut-être dû nous taire… Mon assiette terminée, je m’éclipse, suivie de près par ma frangine. Une fois assise sur mon lit, ma sœur lâche un petit rire.
— Qu’est-ce qui te fait glousser ? m’étonné-je.
— Je repensais à Hayden. Il est très mignon, rougit-elle.
— Oui, pas mal. Attendons de voir s’il te rappelle.
Elle doit descendre de son nuage. Elle a tendance à précipiter les choses et s’enflammer un peu trop vite à mon goût.
— Tu crois que la vie est la même que dans les séries ? s’inquiète-t-elle.
— Tout ne doit pas être vrai.
— Je me demande ce qu’il va nous raconter.
— Sans doute nous fera-t-il découvrir la ville, des endroits sympas. Peut-être qu’il nous expliquera qui est qui, nous montrera les clans, etc.…
Toutes les deux perdues dans nos pensées, les yeux dans le vide, nous tentons d’imaginer ce qu’il peut bien en être ici. Si le quotidien ressemble à celui de la télé, alors nous avons du souci à nous faire. Nous ne faisons pas partie de l’élite, et j’espère de tout cœur ne pas être membre du club des persécutés.
J’appréhende le premier jour. Viendra-t-on me parler, m’aidera-t-on à trouver les salles, ou au contraire, fera-t-on de moi une tête de Turc ? Il me faudra être forte et savoir me défendre, pas en usant de mes poings, bien sûr. Les mots ont toujours été mes alliés. Lorsqu’on m’embête un peu trop, je reste très calme, ne laissant paraître mon agacement que par le ton de ma voix et les termes choisis, combinés avec habileté. Je ne crie jamais. La sérénité fait partie de moi. Bien plus qu’un prénom, il représente ma nature.
Avec toutes ces aventures, j’en ai oublié que je passe mon code demain matin. Ma sœur me fait répondre encore à quelques questions, puis je décide d’aller me coucher, pour être en forme.
— Tâche de ne pas en rêver, m’intime-t-elle, me menaçant de l’index.
— J’essaierai.
Elle dépose un baiser sur ma joue puis s’échappe en sautillant jusqu’à sa chambre. Plongée dans le noir, je me rends compte à présent à quel point je suis fatiguée. J’entends frapper à la porte, puis ma mère entre. Elle s’assoit sur le bord du lit et caresse mes cheveux.
— Merde pour demain, ma puce.
C’est une habitude française. « Bonne chance » a la réputation de porter malheur. Il ne faut surtout pas répondre, sinon cela en annule l’effet. Je me contente de sourire, tandis qu’elle sort de la chambre, tout aussi discrète qu’à son arrivée.



Chapitre 4
L e lendemain matin, j’ouvre les yeux avant que mon réveil ne sonne. Une boule au ventre me tord les entrailles. Il ne faut pas que je me loupe. Ma douche est plus rapide que jamais et, incapable d’avaler quoi que ce soit pour le petit-déjeuner, je m’installe devant la télé pour penser à autre chose en attendant. Mais rien n’y fait. Mon cerveau se torture dans tous les sens, je fais défiler dans ma tête tous les panneaux, les lois, etc.
— Je peux le faire, j’ai juste à me détendre, murmuré-je pour moi-même.
Mon père me fait signe que nous partons. Le trajet me paraît court. Une trentaine de jeunes de mon âge attend devant un petit bâtiment aux portes closes. Ici, c’est différent de la France, nous passons l’examen...

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