Catalina
170 pages
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Catalina , livre ebook

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Description

Elle

Enfermée dans la solitude depuis la disparition de mes parents, je tente d’effacer les souvenirs atroces de ce macabre assassinat. J’ai grandi dans la foi. J’ai trouvé un certain apaisement dans la religion chrétienne. Pratiquante assidue, je me rends quotidiennement à l’église de mon quartier. C’est dans ce lieu sacré que j’ai rencontré un homme aussi mystérieux qu’intrigant. Ma famille était étroitement liée à un puissant cartel. Il m’est impossible d’échapper à mon passé, mon destin est désormais scellé...

Lui

Ils m’ont brisé en ôtant la vie de celle que j’aimais.
J’ai accepté cette mission dans le but de me rapprocher de mon ennemi. Je veux détruire leur existence comme ils l’ont fait avec la mienne.
Elle n’était qu’un numéro de dossier, désormais, je donnerais ma vie pour elle...

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 1
EAN13 9782957656554
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0030€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Catalina

Allison.B
 
 
 
 
« Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayant cause, est illicite et constitue une contrefaçon, aux termes des articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. Tous droits réservés. Les peines privatives de liberté, en matière de contrefaçon dans le droit pénal français, ont été récemment alourdies : depuis 2004, la contrefaçon est punie de trois ans d’emprisonnement et de 300 000 € d’amende. »
 
© 2019. Allison.B
 
© First Flight éditions.
 
Image : 123rf
 
Illustration : Lanagraph
 
ISBN : 978-2-65766565-5-4


Table des matières
Prologue
Chapitre   1
Chapitre   2
Chapitre   3
Chapitre   4
Chapitre   5
Chapitre   6
Chapitre   7
Chapitre   8
Chapitre   9
Chapitre   10
Chapitre   11
Chapitre   12
Chapitre   13
Chapitre   14
Chapitre   15
Chapitre   16
Chapitre   17
Chapitre   18
Chapitre   19
Chapitre   20
Chapitre   21
Chapitre   22
Chapitre   23
Chapitre   24
Chapitre   25
Chapitre   26
Chapitre   27
Chapitre   28
Chapitre   29
Chapitre   30
Chapitre   31
Chapitre   32
Chapitre   33
Chapitre   34
Chapitre   35
Chapitre   37
Chapitre   38
Chapitre   39
Chapitre   40
Chapitre   41
Chapitre   42
Chapitre   43
Chapitre   44
Chapitre   45
Chapitre   46
Épilogue
Fin


Prologue
 
 
Je m’appelle Catalina Rodriguez, je suis d’origine mexicaine. Je vis depuis l’âge de quinze ans chez ma tante Maria, surnommée «   La Mama   » dans notre quartier.
J’habite dans le Bronx, au huitième étage, dans un appartement insalubre, entourée de mes quatre cousins. La cité, tristement célèbre pour son taux de criminalité le plus élevé à la périphérie de New York, est aujourd’hui un tout petit peu moins enclin à la violence. Du moins, c’est ce qu’affirment les médias et les politiciens, néanmoins, il suffit de passer une journée en bas des tours, pour remarquer que leur théorie est fausse. Les bagarres de rues, la corruption, les trafics, les incendies, les balles perdues et parfois même le viol : voilà ce que la télé ne diffuse pas aux infos, pourtant, c’est notre réalité. J’en ai eu la preuve encore hier soir. Je rentrais de l’école et j’ai failli être la victime d’une fusillade en pleine ruelle. J’ai dû me réfugier dans le hall d’un immeuble voisin pour ne pas être touchée par les tirs qui fusaient de part et d’autre. Si je n’avais pas eu l’habitude de ce genre de règlement de compte entre gangs rivaux, j’en aurais tremblé d’horreur. Malheureusement, ces situations sont notre quotidien et l’inquiétude que je ressentais en venant vivre ici s’est transformée en une fatalité.
Dans le Bronx, le taux de chômage est nettement supérieur à la moyenne nationale, et les jeunes vendent de la drogue aux plus riches pour s’en sortir. De toute façon, ce sont les habitants qui créent et imposent leur loi à tous, les autorités ont déserté depuis bien longtemps. Personne ne se soucie de nous, c’est peut-être mieux ainsi. Avant je vivais dans un quartier résidentiel plutôt sympathique. Notre maison était parfaite, une façade couleur pastel, un jardin toujours entretenu et pour conserver le véritable cliché de l’américain moyen : une clôture blanche qui entourait un parterre de fleurs. Je me sentais en sécurité, mais depuis la mort de mes parents, mon mode de vie a radicalement changé. J’ai appris à me contenter de peu, l’important c’est que notre famille soit unie, soudée, peu importe les difficultés que nous devons affronter.
La seule possibilité de m’en sortir dans la vie est d’avoir assez de bagages, de diplômes, pour espérer partir de ce quartier. C’est pour cette raison que je me bats tous les jours pour atteindre cet objectif. Aujourd’hui, je suis au 12 th grade 1 au «   Charter School   ». La religion m’ayant été enseignée depuis mon plus jeune âge, je suis croyante et pratiquante. Je me rends tous les matins à l’église au coin de la rue pour prier. Le pasteur me dit de garder espoir, qu’un jour je pourrais quitter ce quartier malfamé et trouver un homme bon pour moi.
Il avait tort, j’aurais dû implorer plus fort et écouter mon cœur qui me disait de partir loin avant qu’il ne soit trop tard… Je m’appelle Catalina Rodriguez, j’avais dix-sept ans quand mon destin a fini par me rattraper…
 
 
Chapitre   1
Catalina
 
 
Le son de mon vieux réveille-matin ne cesse de hurler dans mes oreilles alors que j’essaye de grappiller quelques minutes supplémentaires en me cachant sous l’oreiller. Les premiers rayons de soleil traversent le fin rideau de soie démodé de ma petite chambre, j’ouvre doucement les paupières. Ma nuit a été agitée, comme toutes les autres depuis deux ans. Je revois les corps sans vie de papa et maman, leur peau blafarde, leurs yeux vitreux et grands ouverts. Je ressens encore le désespoir, le sang, et la mort… Chaque fois, c’est la même chose, cet incessant cauchemar qui me hante, m’anéantit, me perturbe. Je n’en peux plus de revivre ces évènements, je me sens épuisée alors que la journée ne fait que commencer.
À la maison, j’ai pris l’habitude de me lever bien plus tôt que je ne le devrais. Avec cinq enfants, ados et jeunes adultes, c’est une vraie fourmilière et j’ai très vite compris qu’il fallait parfois me priver de quelques heures de sommeil pour pouvoir partir à l’heure à l’école.
Quand je vivais avec mes parents, ce n’était pas du tout la même ambiance ni le même train de vie. Je n’irais pas jusqu’à dire que l’argent coulait à flots, mais mon assiette était remplie à chaque repas. Je n’avais que quinze ans lorsqu’ils ont disparu, j’ai pourtant l’impression que c’était hier. Je me suis retrouvée du jour au lendemain chez ma tante, membre d’une famille nombreuse. J’ai encore parfois du mal à trouver ma place et j’aspire au calme de mon foyer d’autrefois. Étant la plus âgée des filles de la maison, je me sens beaucoup plus responsable que je ne devrais l’être à mon âge.
Parmi mes cousines, il y a Rosa, trois ans, c’est la petite princesse. Avec ses petites joues toujours roses et ses jolies bouclettes brunes, c’est notre rayon de soleil à tous. Veronica, quatorze ans, je ne leur avouerai jamais, mais c’est ma cousine préférée. C’est elle qui me comprend le mieux, et à qui je me confie le plus. Elle est solitaire et renfermée, tout comme je l’étais à son âge. D’ailleurs, à dire vrai, je le suis toujours. C’est certainement pour cette raison que nous sommes si proches elle et moi.
Maria, ma tante était très heureuse de m’accueillir quand l’assistante sociale a frappé à la porte de son petit appartement. Certes, j’étais une bouche de plus à nourrir, mais elle s’en fichait, elle savait au fond d’elle, qu’un jour ou l’autre, ce moment arriverait. Quant à moi j’ai été soulagée de ne pas devoir être trimbalée de foyer en foyer. Je ne connaissais pas beaucoup ma tante maternelle, j’ai dû l’apercevoir à deux ou trois repas de famille. Je me rappelais qu’elle était très gentille, du peu de souvenirs qu’il me restait d’elle et j’avais à l’esprit que quitter mon quartier serait une bonne chose pour ma sécurité. J’ai débarqué avec une minuscule valise sur le pas de sa porte, timide et apeurée. La dame des services sociaux s’est occupée de mon dossier rapidement   ; qui voudrait faire traîner un cas comme le mien, et avoir ma mort sur la conscience   ? Car oui, c’était l’un des dangers que j’encourrais à rester chez moi.
Maria est la sœur aînée de maman et à chaque fois que je pose mes yeux sur son doux visage de Mexicaine, je pense à ma mère et mon cœur se brise en un millier de petits morceaux. Elle lui ressemble tellement que c’en est douloureux. Une peau dorée, des yeux noirs, une silhouette fine et des lèvres charnues. Quand elles étaient plus jeunes, beaucoup les prenaient pour des jumelles, mais leur similarité s’arrêtait là.
À seize ans, maman a rencontré un portoricain, Javier, mon père. Très vite, elle est tombée enceinte et ma grand-mère l’a fichue à la porte. Je ne l’ai pas connue, car elle est décédée peu de temps après ma naissance, et de toute façon maman n’avait jamais plus repris contact avec elle. À l’époque, elle est donc partie vivre dans la famille de papa. Très rapidement, ils ont accumulé de nombreux problèmes, principalement financiers. Ils ont enchaîné des petits boulots pour pouvoir survivre et m’accueillir dans de bonnes conditions. Javier s’est mis à fréquenter des gens peu recommandables. Le genre de mecs qu’on n’a pas envie d’approcher, qui vous retournent le cerveau et se servent de vous dans leur propre intérêt. Ils vous manipulent à tel point qu’ils arrivent à vous faire croire que vous ne pouvez plus vivre sans eux et leur fameuse «   protection   ». C’est comme ça que mes parents se sont retrouvés à faire partie du cartel le plus puissant et le plus violent de toute l’Amérique. C’était de l’argent facile et un boulot à la hauteur de leurs maigres diplômes étant donné qu’ils ont quitté l’école très jeunes.
Je sais tout ça, car je l’ai vécu pendant mon adolescence et aussi parce que Maria me raconte certaines histoires parfois, elle ne veut pas que je prenne le même chemin que ma mère. Ce genre d’engrenage nous tombe dessus sans qu’on ne s’en rende compte. C’est souvent quand il est trop tard qu’on ouvre les yeux. Un peu comme un insecte pris dans une toile d’araignée : la toile se tisse peu à peu, on se débat tranquillement pensant pouvoir s’en sortir, tant que le piège ne s’est pas totalement refermé puis vient le moment où on ne peut plus bouger, on se sent démuni. On finit par cesser de se battre, laissant notre tortionnaire puiser dans nos dernières forces, attendant notre heure arriver.
C’est exactement ce qui s’est passé avec mes parents alors qu’ils se sont battus pour s’en sortir, mais ce n’était pas suffisant. Ils voulaient s’extraire de cette impasse, vivre enfin normalement et surtout protéger leur fille adorée. Le chef du cartel n’a pas du tout apprécié, il a fait appel à ses sbires pour les assassiner lâchement. Personne ne doit se mettre en travers de son chemin.
En rentrant de l’école ce jour-là, c’est le parfum de la mort dont je me souviens le plus. Une odeur de viande froide macérant dans du sang. Même après deux ans, cet effluve ne me quitte plus, j’ai toujours l’impression de l’avoir dans les narines. Puis quand les souvenirs me reviennent, c’est à leurs membres déchiquetés que je pense. La couleur vermeille répandue dans toutes les pièces. L’hémoglobine séchée sur la plupart des meubles témoignait de leur lente agonie, je doute qu’ils soient morts sur le coup. C’était un véritable massacre qui avait eu lieu dans ma propre maison. À l’époque les dirigeants du cartel souhaitaient que mes parents servent d’exemple. Le message était clair, ils ne voulaient plus qu’un autre membre de l’organisation ne les quitte.
Même à cet âge, je comprenais le fonctionnement. Je me demande parfois, si j’avais été là, aurais-je été tuée de sang-froid moi aussi ou auraient-ils eu pitié d’une pauvre petite innocente devenue orpheline à cause d’eux   ? Bien sûr que j’y serais passée, ces gens-là n’ont aucune considération pour l’être humain. L’enquête avait conclu à un cambriolage qui avait mal tourné. Je n’ai jamais cru à cette histoire et malgré mon témoignage sur les activités de mes parents, personne n’a jamais voulu m’écouter, ou plutôt, ils n’ont pas souhaité s’aventurer sur ce terrain-là. Selon les enquêteurs, aucune preuve n’était assez tangible pour établir que leur assassinat était relié au cartel.
Une main se pose sur mon épaule alors que je me remémore ce que j’ai éprouvé. Je ne m’étais même pas rendu compte que mes pas m’avaient directement portée vers la cuisine. Ça m’arrive de plus en plus d’avoir des absences, de ne pas savoir où je suis ni comment je suis arrivée là. C’est parfois flippant, mais je pense que c’est dû au traumatisme que j’ai subi, je n’en ai jamais parlé à qui que ce soit, surtout pas à un professionnel et ce, malgré l’insistance de ma tante.
Je sursaute comme à chaque fois que l’on entre en contact avec ma peau. Je ne supporte plus que l’on m’effleure depuis ce drame.
Je touche la croix accrochée à mon cou pour me rassurer, c’est le seul souvenir qu’il me reste de mes parents avec leur photo dans ma chambre.
— Tout va bien   ? me lance Arturo.
Je hoche la tête pour lui répondre que oui, mais au fond de moi, ce n’est pas le cas, car j’ai envie de lui demander de l’aide. Tous ici savent ce que j’ai vécu, certains m’acceptent avec mes fêlures, d’autres les ignorent.
Arturo et moi nous nous comprenons. Nous avons tous les deux ce point commun, celui de chercher notre place au sein de cette famille. Il est encore trop jeune pour suivre le même chemin que son frère aîné. Je prie chaque jour pour qu’il ne le prenne jamais.
Je l’ai surpris une fois, à l’angle d’une ruelle. Il embrassait un de ses copains, pas le genre de baiser amical… je n’en ai jamais parlé à personne. Je l’ai seulement mis en garde en restant vague. Si quelqu’un apprenait qui il est vraiment, ça le tuerait…
Son frère Alejandro, vingt ans, est le plus âgé de la fratrie. Je n’ai pas du tout confiance en lui. Il a de mauvaises fréquentations et j’évite de me frotter à lui autant que possible, quitte à m’écraser. Il est impulsif et à certains moments ses réactions me font peur. D’ailleurs, il se fait rare en ce moment, il arrive quelquefois qu’il ne donne aucun signe de vie pendant quatre ou cinq jours. J’en suis ravie, car il cause beaucoup de soucis à Maria. Alejandro n’est pas à sa première peine de prison et sans doute pas à la dernière.
Leur père, mon oncle, est mort il y a trois ans juste après la naissance de Rosa, la petite dernière de la famille, ils n’ont donc plus de figure paternelle. Maria m’a affirmé que c’est à partir de ce moment-là qu’Alejandro a déconné. Peut-on vraiment le blâmer alors que la cité est remplie de délinquants et de caïds   ?
Je me précipite vers la seule salle de bains de l’appartement avant que toute la famille ne se lève. La tapisserie est jaunie, toute l’habitation semble figée dans le temps. Je fais couler l’eau du robinet émaillé et me lave rapidement. Ici on n’a le droit qu’à une douche ou un bain par semaine. Chaque enfant a son jour attitré, le mien c’est le mercredi. Toute petite économie est bonne à prendre et nous l’acceptons.
Maria travaille comme femme de ménage dans une maison bourgeoise hors du Bronx, ce sont les seuls revenus de la famille. Elle perçoit également une subvention pour Veronica, Arturo et moi qui mangeons tous les midis à la cantine de notre établissement. En dehors de ça, Alejandro tente d’aider sa mère, mais c’est de l’argent sale et Maria refuse catégoriquement de l’utiliser quand cela est possible. Ce qui n’arrive que très rarement puisque les fins de mois sont difficiles.
Quant à moi, je n’ai que dix-sept ans, alors je n’ai pas le droit de travailler légalement. Il m’arrive de faire du babysitting dans le voisinage. Je ne récolte pas grand-chose, mais cela nous permet de faire quelques courses.
Une fois débarbouillée, je me regarde dans la glace endommagée qui se trouve au-dessus du lavabo. Je suis plutôt jolie avec mes yeux noisette, et mon sourire aux dents parfaitement blanches contrastant avec ma peau dorée. Je me trouve belle. Pas parfaite, non, mais digne de mes origines latines. Après tout, de quoi puis-je être fière à part de mon physique   ?
Ma garde-robe est très ordinaire et peu remplie. Ce matin j’ai donc opté pour un t-shirt gris simple — il est tellement vieux qu’il n’a plus de forme à force de passer à la machine — ainsi qu’un jean bleu foncé pour me fondre dans la masse. J’évite de me montrer dans des tenues trop «   extravagantes   » quand je me promène dans le quartier.
Alejandro ne veut pas avoir honte de moi. Ici, si tu t’habilles un peu trop bien ou trop court à leur goût «   d’homme macho   », tu te fais siffler et souvent ce n’est pas bon pour ta réputation. J’attache mes cheveux en une queue de cheval, comme chaque jour, car les laisser détachés est synonyme de sensualité, voire d’appel au sexe, selon, encore une fois leur théorie.... Je tiens à ma virginité, ça fait partie de mon éducation, surtout de mes croyances. Je n’ai d’ailleurs jamais eu de petit-ami, j’ai trop peur de ce que pourrait penser ma famille. J’applique tout de même un peu de fard à paupières juste histoire de me sentir un peu mieux dans ma peau puis je repars en direction de la cuisine.
J’entends déjà le brouhaha de mes cousins qui se disputent dès le petit déjeuner. Arturo rouspète sur Veronica qui, selon lui, passe trop de temps à se préparer le matin. Je préfère ne pas me mêler à leur bavardage pour la simple bonne raison que je ne veux pas prendre parti pour l’un ou l’autre.
J’ouvre le placard, sors le pain, la confiture et les céréales. Nous avons de la chance la table est bien garnie, je m’en lèche les babines.
Il faut que j’emmène Rosa chez la voisine de palier avant de partir. Elle fait la nounou quand Maria travaille beaucoup trop tard ou lorsqu’un enfant tombe malade. C’est le cas de ma petite cousine qui couve un méchant virus depuis hier soir. Je ne sais pas ce que l’on ferait sans elle. Heureusement que le bus dessert un arrêt pas loin de l’appartement sinon nous devrions aller à l’école à pied et avec tout ce petit monde, ce serait une organisation encore plus complexe que celle que nous avons réussi à instaurer.
Une fois le petit déjeuner familial pris, je laisse mes cousins finir de se chamailler, tandis que j’emmène Rosa à deux portes d’ici. Je toque et April m’ouvre en robe de chambre.
— Salut, Cat   ». Coucou, mon bébé, dit-elle à la petite déjà pleine d’énergie malgré son rhume.
Rosa fonce chez sa nounou sans même se retourner vers moi. Quelle chipie   !
— Je finis les cours une heure plus tôt aujourd’hui, l’un de mes professeurs est absent. C’est donc moi qui irai récupérer Rosa.
— Pas de souci, ma belle. Passe une bonne journée.
— Merci, toi de même, je lui réponds avant qu’elle ne referme.
J’aime beaucoup April, elle s’occupe très bien de Rosa. Elle n’a pas la chance d’avoir d’enfant, je n’en connais pas la raison, mais elle nous rend service sans demander un sou à ma tante. Elle est au courant de notre situation, enfin surtout celle de Maria qui doit travailler dur et qui n’a plus son mari pour l’aider.
Je file ensuite en direction de l’église comme chaque matin avant de prendre le car. Sauf que cette visite changera ma vie à tout jamais.
 
Chapitre   2
Catalina
 
 
En ce début de printemps, il fait plutôt beau dans le Bronx. Pas moins de dix-sept degrés au lever du soleil. Pourtant, un petit vent frais s’engouffre doucement sous mon t-shirt délavé. Je frissonne et mes tétons pointent sous mon vêtement. Je regrette déjà d’avoir oublié d’emporter une veste, juste au cas où.
Je ne me sens pas vraiment en sécurité en traversant la rue sous les faibles éclairages des réverbères dont certains sont cassés et ne servent plus que de décoration. Quelques voitures garées le long du trottoir de la tour vibrent au rythme sourd de musique hip-hop. Adossés sur le capot, une bande de jeunes fument et rient. On pourrait penser que ce sont des lève-tôt, mais je crois qu’ils ont fait la fête toute la nuit et qu’ils sont encore debout à cette heure matinale. Je les connais ces garçons, ce sont des amis d’Alejandro. Ils sont plutôt sympas avec moi, mais j’évite tout de même de les approcher d’un peu trop près. Ce sont juste des connaissances et plus ils se tiennent éloignés de moi, mieux je me porte. Un peu plus loin, se trouvent deux jeunes ados, ils ont l’âge d’Arturo, seize ans environ. Ils servent de guetteurs au coin des rues pour sauver la peau des dealers. Ces gamins prennent ce travail pour un jeu, ça les amuse de jeter des caillasses sur les policiers quand ils leur arrivent de faire des descentes. Mais ce qui les attire le plus, c’est bien évidemment la liasse de billets que leur tendent les caïds en fin de journée. Ces pauvres gosses n’ont souvent aucun repère et ont quitté l’école depuis trop longtemps. Mes cousins ont cette chance que peu de jeunes possèdent ici, une maman qui travaille et qui les pousse dans leur scolarité. Elle n’est pas souvent là, mais le soir, quand elle rentre, elle consacre son temps en aidant ses enfants à faire leurs devoirs. Elle aimerait tellement qu’ils réussissent dans la vie et ne se tuent pas à la tâche chaque matin comme elle est obligée de le faire.
Maria souhaiterait partir d’ici, s’enfuir pour vivre dans le Queens. Ce n’est pas si loin du Bronx, mais c’est un quartier beaucoup moins dangereux et qui offre une vie plus agréable pour ses habitants. Seulement vingt minutes en voiture séparent ces deux lieux, et pourtant tout un monde les différencie. Ma tante est consciente que ce n’est pas son modeste travail de femme de ménage qui lui permettra de réaliser son rêve . Elle a déjà beaucoup de mal à joindre les deux bouts alors mettre un peu d’argent de côté semble utopique. Le mien, c’est de la voir heureuse, tout simplement. Je ne lui serai jamais assez reconnaissante de m’avoir recueillie chez elle. C’est un choix qu’elle a fait sans réfléchir malgré sa situation financière précaire, mais elle m’assure chaque jour que c’était la meilleure décision qu’elle ait prise. Je l’aime, peut-être autant que ma propre mère, et j’espère un jour l’aider à se sortir de ce trou à rats.
Je mets donc toutes les chances de mon côté en travaillant suffisamment à l’école, j’espère ainsi décrocher une bourse d’études à la fin de l’année pour pouvoir partir à l’université et m’éloigner enfin de ce quartier. Mais dans l’établissement où je me trouve, ce n’est pas toujours facile de suivre les cours. Les mecs foutent le bordel et se fichent d’être au bahut, tandis que du côté des filles, la plupart sont enceintes ou maquées. Difficile de se faire des amies dans ces conditions, d’ailleurs, je n’en ai pas réellement.
Il y a Andréa, avec qui je m’entends bien, mais sa famille n’est pas croyante alors elle en profite pour se faire tous les garçons de la ville. Je me demande comment elle fait pour ne pas être en cloque avec tous ces gars qui lui passent dessus. Je ne devrais pas parler ainsi de mon amie, elle a tout à fait conscience de son comportement, mais se fiche de ce que les autres peuvent en penser. En dehors de cette différence entre nous, je l’apprécie beaucoup et c’est une fille très gentille.
J’arrive devant l’église Salem United, boulevard Castle. C’est le seul lieu de culte presbytérien dans le Bronx. Elle est petite, mais suffisante pour les habitants d’ici. Bien que notre communauté soit fortement croyante, les gens qui viennent prier se font de plus en plus rares. Quelquefois, il arrive que Veronica m’accompagne pour se confesser, mais elle ne s’y attarde pas.
Quant à Maria, elle n’a plus mis un pied ici depuis que son mari est décédé. Elle refuse d’aborder le sujet, alors, à la maison c’est devenu tabou sans que je n’en connaisse la véritable raison. Il faudrait que je demande à Veronica un jour, peut-être qu’elle en sait un peu plus.
Je pousse les deux lourdes portes en bois et l’atmosphère du lieu m’envahit : je me sens chez moi. Je perçois dans le silence, des bruits étouffés de gens qui chuchotent et qui prient à mi-voix. Je respire l’odeur si particulière du bois ciré, de l’encens et de l’humidité. Je savoure l’instant et me sens apaisée. Comme chaque matin, j’avance, essayant de ne pas déranger les croyants et me dirige vers la chapelle latérale. Je ne vois pas le pasteur Hernandez, il doit être dans son bureau.
J’allume un cierge tout en restant debout et ferme les yeux. Mon corps est en harmonie avec mon esprit, plus rien n’existe autour de moi, je suis dans ma bulle. Mes prières sont concises et communes, j’aspire juste à une vie paisible, sans problème. Que Maria puisse trouver un travail moins fatigant et qui lui permette de vivre plus aisément. Qu’Arturo soit en paix et que l’on ne juge pas ses choix. Qu’Alejandro s’adoucisse et qu’il reprenne enfin son existence en main. Que Veronica et Rosa restent en bonne santé et qu’elles soient heureuses.
Je fais le signe de croix et je m’apprête à quitter le lieu sacré quand le pasteur m’interpelle tranquillement. Je n’avais pas vu qu’il était sorti de sa tanière. Ses yeux noirs entourés de profondes rides me scrutent. Je le salue et lui souris chaleureusement.
— Catalina, comment te sens-tu aujourd’hui   ? me demande-t-il.
Il se fait du souci pour moi, cela fait une semaine que je ne suis pas venue à l’église et il s’en est aperçu. J’ai eu un petit passage à vide, je n’arrivais plus à réciter une seule prière.
— Très bien et vous, mon père   ?
— Je vais bien, merci beaucoup. Catalina, laisse-moi te présenter Fernando, il sera à mes côtés pendant quelque temps. C’est un stagiaire.
Je n’avais même pas remarqué la présence de ce jeune homme. Pourquoi est-ce que le révérend Hernandez aurait besoin d’un stagiaire   ? Je ne l’avais jamais aperçu avant aujourd’hui. Je pose mon regard sur l’inconnu en question. C’est un homme à l’allure distinguée, vêtu d’un costume sombre. Sa peau est aussi bronzée que la mienne, ses origines ne laissent place à aucun doute : il est mexicain tout comme moi. Ses yeux me parcourent avec curiosité, ils sont presque noirs, intimidants. Son visage est agréable, c’est un bel homme. Une croix en or dépasse de sa chemise, il se tient droit comme un piquet, les mains dissimulées derrière son dos. Puis, il finit par me sourire, dévoilant ses dents parfaites. Il est à la fois charismatique et mystérieux. Il dégage une aura presque inquiétante. J’ai l’impression de l’avoir déjà vu, mais impossible de me rappeler où.
Je lui tends la main, la sienne est chaleureuse.
— Ravi de vous connaître, Catalina. Le révérend Hernandez dit que vous êtes la chrétienne la plus assidue de son église, j’espère donc que nous aurons l’occasion de nous revoir.
Il parle d’une voix calme et sincère, pourtant quelque chose me gêne dans ses propos, comme s’il m’ordonnait, en un sens, de revenir. C’est une sensation étrange, un mal-être en sa présence. Je hoche la tête, car je ne sais pas quoi répondre à cela.
— Passez une bonne journée, Catalina, me lance le père Hernandez avant d’ajouter : que Dieu vous bénisse.
Le moins qu’on puisse dire c’est que le regard de ce futur prêtre me perturbe.
Je tourne les talons, me cognant le tibia sur le coin d’un banc en bois. Je continue comme si de rien n’était, fermant les yeux un instant pour oublier la douleur qui me lance dans la jambe. Je quitte le chœur de la maison de Dieu et me dirige vers l’arrêt de bus le plus proche. Veronica et son frère sont déjà là ainsi que quelques autres étudiants.
Je monte dans le bus quelques minutes plus tard, mon esprit tente de retrouver où j’aurais pu croiser ce fameux Fernando. Je m’installe à côté de ma cousine et prends le siège près de la fenêtre. Heureusement que celle-ci est ouverte sinon je pense que la chaleur aurait eu raison de moi. Je pose mon front sur la vitre et laisse mon esprit vagabonder.
Je regarde le paysage de tours en béton défiler en me frottant la jambe encore douloureuse avant de me rendre compte que nous sommes déjà arrivés au lycée.
 
Chapitre   3
Catalina
 
 
Je m’assure toujours que mes cousins rejoignent leur classe avant de partir vers la mienne. Ce lycée 2 n’est pas très bien réputé alors je veux simplement être sûre que tout se passe bien pour eux. Je suis devenue un peu leur seconde mère, Maria étant très occupée avec son travail. La plupart du temps, c’est moi qui réceptionne les appels des établissements scolaires quand il y a un problème. Cela ne dérange pas les directeurs qui ont l’habitude de voir ce genre de schéma familial dans le Bronx. C’est également moi qui me rends aux réunions trimestrielles et qui signe leurs carnets et bulletins scolaires.
Depuis que je vis ici, j’ai l’impression d’avoir raté mon adolescence, comme si j’étais passée du statut d’enfant à celui d’adulte. Pourtant, seulement deux ans me séparent de ma vie d’avant, mais j’ai la sensation qu’un siècle s’est écoulé depuis le drame.
Je leur dis à tout à l’heure, il arrive qu’on se rejoigne à la cantine quand nos horaires correspondent.
La cour est bondée comme chaque jour. Le sol en béton est recouvert de mégots, de papiers, je dois regarder où je pose les pieds pour éviter de marcher sur une seringue usagée. Plusieurs groupes se sont déjà formés, se toisant, prêts à s’affronter à tout moment. Il y a d’un côté les migrants qui viennent d’entrer sur le sol américain, de l’autre les afros, mais il y a aussi les fascistes. Très souvent des émeutes éclatent entre les différents gangs, mettant en danger la vie des centaines de lycéens.
Les élèves de 12 th grade comme moi prennent leur temps pour pénétrer en classe, ils s’en fichent d’être en retard ou non, de toute façon ceci n’aura aucune conséquence pour eux. Ils vont à l’école juste pour que leurs parents touchent les aides sociales, ils se foutent de recevoir ou non leur diplôme. Quant aux profs, ils commencent leur cours même s’il n’y a qu’un seul élève présent.
Je traverse les derniers mètres qui me séparent d’Andréa alors qu’Hector siffle en me voyant, un joint dans une main. C’est tout à fait courant de voir ce genre de comportement dans l’établissement. Il y a bien quelques surveillants qui passent par-là, mais ils font comme s’ils ne remarquaient pas les élèves fumer toutes sortes de substances illégales. C’est aussi la raison pour laquelle j’accompagne mes cousins, pour éviter qu’on ne leur propose d’essayer «   juste une fois   ». Hector, c’est le caïd de la classe et il a jeté son dévolu sur moi depuis le début d’année. Il est plutôt mignon je l’avoue, mais il ne m’intéresse pas. En fait, pas un seul garçon ne m’intéresse, pourtant l’image de ce Fernando que j’ai croisé ce matin s’impose à moi sans que je ne sache vraiment pourquoi. C’est peut-être son côté mystérieux qui m’attire et aussi le fait que ce soit un homme de Dieu. Ça doit forcément être quelqu’un de respectable et rien que pour cette raison, je m’autorise à penser à lui.
Hector insiste, mais je continue mon chemin, il déteste que je l’ignore, ça entache sa réputation et touche son ego.
Me voilà arrivée devant la salle B14, mon premier cours de la journée. Andréa discute avec Diego et Marco deux camarades de classe. Elle ne peut pas s’empêcher de flirter, je crois que c’est plus fort qu’elle. Il faut bien admettre qu’elle attire l’œil. Elle me dépasse d’une tête, ce n’est pas difficile, je ne mesure qu’un mètre soixante-cinq. Elle a de longs cheveux noirs qui ondulent jusqu’aux fesses, des lèvres ourlées parfaites et des yeux chocolat en forme d’amandes. Que dire de son corps   ? Elle a ce qu’il faut, là ...

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