Ce qui nous guérit
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Description

Lorsqu’une attirance improbable naît entre un tatoueur genderqueer d’une vingtaine d’années et un vétérinaire plus âgé d’une petite ville, tous les deux sont contraints d’affronter leur passé pour avoir une chance de vivre un avenir plein d’amour.


Quatre ans auparavant, Padraig Donovan a perdu son mari, le seul homme qu’il ait jamais fréquenté. Aujourd’hui, sa vie se résume à son travail qu’il aime, à une grande maison vide et à la possibilité d’un avenir solitaire.


Les expérimentations de Kaos avec le maquillage l’ont conduit à l’hôpital aux mains de son ex désapprobateur. N’ayant nulle part où aller, il s’enfuit à Acker, dans le Wisconsin... et tombe sur un veuf sexy et l’homme le plus gentil qu’il ait rencontré de toute sa vie.


Padraig et Kaos savent qu’il y a quelque chose entre eux qui vaut la peine d’être exploré, et tandis qu’ils élèvent ensemble un chiot et font face aux hauts et bas de leurs emplois respectifs, ils s’intègrent dans la vie de l’autre d’une manière inattendue. Le fait d’être avec Kaos, qui est si différent des hommes qui l’ont toujours attiré, ouvre un nouveau monde passionnant pour Padraig. Mais pourra-t-il convaincre Kaos de confier son corps à un autre homme... sans parler de son coeur ?

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 6
EAN13 9782382281871
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0041€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Publié par
JUNO PUBLISHING
2, rue Blanche alouette, 95550 Bessancourt
Tel : 01 39 60 70 94
Siret : 819 154 378 00015
Catégorie juridique 9220 Association déclarée
http://juno-publishing.com/
 
 
 
Ce qui nous guérit
Copyright de l’édition française © 2021 Juno Publishing
Copyright de l’édition anglaise © 2019 Tia Fielding
Titre original : Four
© 2019 Tia Fielding
Traduit de l’anglais par Lou-Rose Léni
Relecture et correction par Valérie Cavaillès, Agathe P, Miss Relect Addict
 
Conception graphique : © Mary Ruth pour Passion Creation
Tout droit réservé. Aucune partie de ce livre, que ce soit sur l’ebook ou le papier, ne peut être reproduite ou transférée d’aucune façon que ce soit ni par aucun moyen, électronique ou physique sans la permission écrite de l’éditeur, sauf dans les endroits où la loi le permet. Cela inclut les photocopies, les enregistrements et tout système de stockage et de retrait d’information. Pour demander une autorisation, et pour toute autre demande d’information, merci de contacter Juno Publishing :
http://juno-publishing.com/
ISBN : 978-2-38228-187-1
Première édition française : octobre 2021
Première édition : septembre 2019
 
Édité en France métropolitaine
 
 
Table des matières
Avertissements
Dédicace
Note de l’auteur
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
À propos de l’Auteur
Résumé

 
 
 
 
Avertissements
 
 
 
 
 
Ceci est une œuvre de fiction. Les noms, les personnages, les lieux et les faits décrits ne sont que le produit de l’imagination de l’auteur, ou utilisés de façon fictive. Toute ressemblance avec des personnes ayant réellement existées, vivantes ou décédées, des établissements commerciaux ou des événements ou des lieux ne serait que le fruit d’une coïncidence.
 
Ce livre contient des scènes sexuellement explicites et homoérotiques, une relation MM et un langage adulte, ce qui peut être considéré comme offensant pour certains lecteurs. Il est destiné à la vente et au divertissement pour des adultes seulement, tels que définis par la loi du pays dans lequel vous avez effectué votre achat. Merci de stocker vos fichiers dans un endroit où ils ne seront pas accessibles à des mineurs.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Dédicace
 
 
Pour tous mes compagnons non-binaires.
Vous êtes aimés.
 
 
 
 
 
 
Note de l’auteur
 
 
Ce livre est une histoire d’amour entre un homme gay et une personne non-binaire.
Kaos aime le label genderqueer, qui résume pour lui tous les aspects de la façon dont il choisit d’exprimer son identité. Il ne met pas vraiment de mots concrets ni même de pensées sur sa sexualité. Cela ne compte pas vraiment pour lui. Il aime simplement certaines personnes, et dans cette histoire, il se trouve qu’il aime Padraig. Beaucoup.
Il n’y a pas une seule façon d’être quoi que ce soit, et il n’y a certainement pas de mauvaise ou de bonne façon. Moi, l’auteur de ce roman, je m’identifie aussi comme genderqueer, mais mon expression de genre est très différente de celle de Kaos.
Certaines personnes n’aiment pas les étiquettes, et moi non plus, sauf si c’est une étiquette que j’ai choisie pour moi-même.
Veuillez respecter les étiquettes des autres, même si vous ne les comprenez pas.
 
 
 
Ce qui nous guérit
Acker, terre de rencontres #2
 
 
 

 
 
 
Tia Fielding
 

 
Chapitre 1
 
 
 
 
Kaos plaça le dernier carton à l’arrière de sa Toyota déglinguée et ferma le hayon. Quand il se retourna, Lake se tenait près de la porte du studio, l’air déchiré.
— Je ne veux pas que tu t’en ailles, dit-elle doucement lorsqu’il arriva près d’elle et qu’il entra dans son espace personnel.
Ce ne fut qu’à cette distance qu’il put voir sa lèvre trembler. Elle était une dure à cuire et avait été son roc, mais elle avait deux coureurs dans une course qui ne pouvait se terminer que par une guillotine sur la ligne d’arrivée.
— Je sais, bébé, je sais.
Kaos enroula ses bras autour d’elle et la laissa pleurer contre son épaule. Il soupira et se détendit dans l’étreinte, prenant du réconfort là où il pouvait en trouver.
Il jeta un coup d’œil sur le côté, à la fenêtre du studio qu’il avait peinte un an auparavant. Cette putain de pieuvre allait lui manquer, ainsi que la plupart de ses clients réguliers et même le personnel. Tous, sauf un des propriétaires, le grand frère de Lake et l’ex de Kaos, Trev.
— Tu m’appelles, d’accord ?
Sa voix était petite et fragile, tout ce qu’elle n’était pas. Elle était une amazone, quelques centimètres de plus que lui, et comme son frère, toute en muscles qui nécessitaient très peu d’exercices.
— Bien sûr, bébé. Je suis désolé, je dois y aller, chuchota Kaos dans son cou.
— Oui.
Elle prit une profonde inspiration, s’endurcit, puis le lâcha.
— Peut-être que je viendrai te voir un jour.
— Quand je saurai où m’installer, je t’enverrai une adresse, ma belle. Je te le promets.
Il la serra encore une fois, pour leur bien à tous les deux, puis se recula.
Ils entendirent le grondement familier du SUV de Trev s’approcher, et Kaos réprima un frisson. Il fit un autre sourire à Lake, puis essaya de marcher vers sa voiture calmement. Il n’avait pas peur. Il n’avait pas peur, putain . Plus jamais.
Kaos dut admettre que c’était lui qui était en retard. Trev était à l’heure. Kaos était censé être déjà parti.
S’il quitta la place de parking un peu trop vite, il se justifia avec l’ordonnance restrictive qu’il avait obtenue contre Trev. Kaos ne voulait pas qu’elle soit violée pour quelque chose que lui aurait fait, pour Lake. Dans tous les cas, Kaos partait. Trev pouvait garder son magasin, sa sœur et leur putain de quartier. Ce n’était pas juste que ce soit lui qui doive partir. Mais il n’aurait jamais foutu en l’air le travail des autres, et les gars du studio avaient besoin de Trev. Et Kaos, eh bien… il pouvait faire face. D’une manière ou d’une autre.
 
 
Il roulait sur la I-55 quand son portable sonna dans son support sur le tableau de bord, mettant automatiquement en sourdine sa playlist. Il sourit quand le nom de Makai apparut sur l’écran. Kaos avait hâte d’avoir une photo pour accompagner le nom, comme il l’avait fait pour tous ses amis. Il glissa son doigt pour répondre à l’appel et s’assura que le téléphone était sur haut-parleur.
— Hé, mon frère. Comment ça va ?
Kaos sourit. La pensée d’aller vers l’homme qui avait été comme un grand frère pour lui ces deux dernières années en prison le rendit heureux.
— Hé, Kaos. J’ai pensé que je devais prendre de tes nouvelles.
Le ton de Makai était affectueux, ce qui semblait être inné chez lui.
— Tu arrives vers quelle heure ?
— Eh bien, je vais faire un arrêt à Madison, prendre une chambre de motel bon marché quelque part et manger un truc. Dormir autant que je peux, puis conduire jusqu’à vous demain.
— Ça te fait combien d’heures de route… ?
— Cinq aujourd’hui, cinq demain. Si la Toyota peut le supporter et moi aussi.
— D’accord, fais-nous savoir quand tu seras en ville pour qu’on puisse aller manger un morceau au resto. Emil a envie d’un milk-shake à la myrtille.
L’affection dans les mots de Makai fut si évidente que Kaos sourit. Il était tellement heureux pour son ami qu’il ne pouvait pas le décrire.
— Oui, je vais faire ça. On se parle demain.
— Conduis prudemment, K.
Kaos attendit que Makai termine l’appel pour voir si sa musique continuait à jouer après. Quand ce fut le cas, il sourit et attrapa son coca dans le porte-gobelet. Il prit une gorgée et serra la canette contre sa poitrine d’une main, tout en conduisant de l’autre.
En balançant la tête sur des airs des années quatre-vingt-dix et des vieux airs de famille, il continua sa route vers Madison. Il avait cherché sur Google quelques motels et prévoyait de choisir le plus proche après quelques heures de route supplémentaires. Il commençait à avoir faim, alors peut-être qu’il s’arrêterait dans une ville en chemin pour manger un fast-food, même s’il ne s’adonnait généralement pas à ce genre de choses.
La chanson changea, et sa playlist se mit sur l’une des chansons préférées de sa grand-mère, « Heartbreaker » de Pat Benatar. Souriant tristement et sentant sa poitrine se serrer, il fredonna. Il était peut-être plus du genre à aimer Love is a Battlefield , mais il pouvait aussi apprécier cette chanson.
 
 
Kaos avait fini par manger tous les encas que Lake lui avait achetés pour le trajet et il était encore affamé lorsqu’il arriva à Madison. Une fois qu’il eut obtenu une chambre dans un motel, il se doucha, se changea, puis jeta un regard nostalgique à sa trousse de maquillage quand il la repéra dans son sac. Malheureusement, ce n’était ni le moment ni l’endroit pour cela. Il devait d’abord être en sécurité.
Il explora un peu les environs et conduisit jusqu’à ce qu’il trouve une pizzeria. Il se gava de pizza végétarienne et de gressins parce qu’il le pouvait. Au moins, il n’avait pas mangé de frites et de cochonneries plus tôt. Rassasié, mais pas de façon agréable, il retourna au motel et s’endormit vers vingt et une heures.
Les habitudes de sommeil de Kaos faisaient que, soit il dormait beaucoup, soit il ne dormait pas du tout. Il pouvait dormir quatre heures par nuit pendant une semaine. D’autres fois, il pouvait facilement dormir treize heures d’affilée si personne ne le réveillait ou s’il n’avait pas à travailler. La prison avait été insupportable pour lui. Soit il avait été impatient que le matin arrive, soit il s’était senti comme un zombie les jours où il avait eu besoin de plus de sommeil que ce que l’horaire strict lui avait permis.
Après le trajet, il savait qu’il aurait besoin d’un long repos, car les voyages l’épuisaient toujours. Quand il se réveilla finalement vers dix heures du matin, il ne fut pas surpris.
Il y avait un message de Lake lui souhaitant bon voyage et lui disant d’être prudent, et la même chose de Makai. Cela faisait du bien d’avoir une famille qui l’attendait, même s’il laissait derrière lui l’ancienne. Ils n’étaient pas liés par le sang. Tous les deux s’étaient choisis depuis que sa grand-mère était décédée pendant qu’il était en prison, cinq ans auparavant.
Cela n’avait plus d’importance maintenant, vraiment. Il avait besoin d’avancer, et sa grand-mère lui avait toujours appris à faire ce qu’il fallait pour survivre. Là, c’était lui qui survivait. Rester dans le Missouri aurait été une condamnation à mort pour lui, car parfois les vieilles habitudes étaient difficiles à briser, même lorsque c’était une personne et non une substance. La toxicité n’avait pas d’importance. Une habitude était une habitude.
Il ne voulait pas penser à Trev, et pendant qu’il se lavait, il regarda sa peau dans le miroir. La dernière pensée qu’il adressa à son ex fut la reconnaissance d’être loin de lui. Dans ce monde, dans sa nouvelle vie, le fard à paupières ne signifiait pas des bleus le lendemain. Dans cette vie, il pouvait faire ce qu’il voulait sans crainte.
Ce fut dans cet état d’esprit qu’il s’habilla d’une longue jupe noire, déplorant l’absence de collants et de talons. Ses Chucks noires feraient l’affaire. Comme il semblait y avoir du soleil dehors, il ajouta un débardeur noir après avoir décidé qu’il pouvait être aussi bizarre qu’il le souhaitait. Il brossa ses cheveux blonds en arrière, puis il prit cinq minutes de plus pour mettre du vernis à ongles noir, juste pour se sentir mieux dans sa peau. Il enfila sa veste militaire préférée, parce qu’on était en novembre et que dans cinq heures, il serait dans un endroit beaucoup plus frais.
Ce ne fut que lorsqu’il se regarda dans le miroir, juste avant de quitter la chambre de motel, qu’il réalisa qu’aujourd’hui était une journée féminine. Cela n’allait pas être sans risques supplémentaires, mais là encore, s’il ne s’arrêtait pas dans un endroit trop beauf, il serait probablement en sécurité. D’après ce que Makai lui avait dit, la ville d’Acker acceptait les gens bizarres, pour la plupart.
Il devait juste y aller et tout irait bien, non ?
 
 
Il était un peu plus de seize heures lorsqu’il s’arrêta finalement devant un bâtiment de deux étages. Il y avait un grand panneau indiquant qu’il s’agissait du Tripod, le restaurant et les quelques autres commerces qu’il cherchait.
Se sentant soudain étrangement nerveux, Kaos passa ses doigts dans ses cheveux et se regarda dans le rétroviseur. Il s’agissait juste de Makai, son frère. Bien sûr, ils ne s’étaient pas vus depuis quelques années, mais quelle importance ?
Kaos sortit de la voiture et regarda autour de lui en enfilant sa veste et il sourit. C’était exactement comme Makai lui avait décrit au téléphone. Il y avait quelques commerces de chaque côté de la route à deux voies, et c’était tout. Il pouvait voir l’épicerie de l’autre côté de la rue, avec le bureau de poste attenant et ce qui devait être la clinique vétérinaire.
Il y avait un garage à l’extrémité du long parking du côté de la rue du Tripod, et quelques autres commerces qui semblaient être florissants pour une si petite ville.
Un camion cabossé tourna dans le parking et se gara juste à côté de la Toyota de Kaos. Le jeune homme assis sur le siège passager avait des cheveux bouclés, de grands yeux bleus et un sourire sur le visage. Il n’ouvrit pas la portière et resta à l’intérieur. Puis un homme imposant, souriant d’une oreille à l’autre, s’approcha de la voiture et Kaos fut pris dans son étreinte.
— Te voilà ! gronda Makai dans son oreille.
Kaos fondit contre lui. Il ne put s’en empêcher, car le vieux sentiment d’être totalement en sécurité l’envahit, le faisant pleurer.
— Hé, c’est bon, Kaos, je te promets. Tu vas bien maintenant. Quoi qu’il se soit passé, tu vas bien maintenant. Tu es là, avec nous, d’accord ?
Makai le serra contre lui et murmura dans ses cheveux pendant ce qui sembla être de longues minutes.
Kaos se ressaisit et prit une grande inspiration avant de s’éloigner de lui.
— Salut, grand frère, dit-il, avec un sourire un peu humide.
Kaos put voir les larmes dans les yeux de Makai qui essayaient de déborder. Ce dernier se recula alors et l’homme qui ne pouvait être qu’Emil sortit de la voiture.
— Voici l’amour de ma vie, Emil Newman. Emil, voici Kaos, mon frère.
Kaos ne fut pas sûr de ce à quoi il s’était attendu, mais ce n’était pas le petit sourire timide d’Emil qui se blottit contre Makai.
— Salut, Emil. Ravi de te rencontrer.
— Moi aussi. J’ai beaucoup entendu parler de toi.
Emil évita le regard de Kaos et ne lui tendit pas la main pour la serrer, mais Makai l’avait prévenu que ce serait très probablement le cas. Il n’avait pas dit pourquoi. Apparemment, c’était à Emil de raconter son histoire, dans la mesure où il voulait bien la partager, et Kaos pouvait respecter cela.
Le ciel était devenu gris lorsqu’il avait été à une trentaine de kilomètres de la ville, et maintenant il commençait à pleuvoir légèrement.
— Bon, nous allons continuer à l’intérieur, d’accord ? dit Makai qui les dirigea vers le bâtiment.
Il ressemblait à n’importe quel restaurant où Kaos avait déjà été, et quelque chose dans cette familiarité le mit à l’aise, même si les quelques personnes assises aux tables et dans les boxes lui jetèrent des regards curieux. Il avait probablement l’air bizarre pour eux, avec sa longue jupe et sa veste vert armée qui contrastait hideusement avec. Mais il ne put se résoudre à s’en soucier quand Makai lui sourit par-dessus son épaule.
Ils se dirigèrent vers un box qu’Emil sembla avoir choisi près des fenêtres. Dès qu’ils s’assirent, une femme, à l’air sympathique, avec Leah écrit sur son badge, s’arrêta à leur table.
— Salut, les garçons. C’est votre ami ?
Elle leur sourit et tendit la main à Kaos.
— Bonjour, je m’appelle Leah. Je possède cet endroit avec mon mari, Stuart. Bienvenue en ville.
— Je suis Kaos, et merci.
Il lui sourit en lui serrant la main. Elle semblait vraiment amicale et gentille.
— Alors, que puis-je vous offrir, messieurs ?
Elle sortit un bloc-notes et un stylo de son tablier, les regarda et attendit.
Makai et Emil avaient déjà passé leurs commandes. Si Kaos était honnête, il était un peu surpris qu’ils n’aient pas simplement dit qu’ils voulaient comme d’habitude. Ils semblaient si à l’aise ici.
— Je prendrai le milk-shake à la myrtille, un café au lait et les macaronis au fromage semblent bons. Une salade d’accompagnement aussi, dit Kaos après avoir regardé le tableau noir indiquant le plat du jour de la semaine.
— Tout de suite !
Elle partit et Kaos cligna des yeux après elle.
— Elle est efficace, dit Makai en lui souriant.
— C’est ce qu’on dirait, approuva Kaos.
— J’aime bien ta jupe, dit soudainement Emil d’une manière calme, presque timide.
Kaos tourna son regard vers lui et Emil rougit légèrement. Il était vraiment très timide.
— Merci. J’aime aussi que tu portes du vernis à ongles. Ça me donne l’impression d’être moins bizarre.
Kaos hocha la tête en regardant les mains d’Emil, qui portaient du vernis bleu.
— Hé, personne ici n’est bizarre, dit Makai fermement, mais d’une voix douce.
— J’ai fait soirée-vernis avec Joy hier quand ils sont venus, expliqua Emil. Je ne fais pas mes ongles si souvent ces jours-ci. Jouer de la guitare est un enfer pour le vernis, donc j’ai donné au gamin la plupart des miens et j’ai gardé quelques flacons.
Ce fut la plus longue phrase qu’Emil avait prononcée jusqu’à présent, et Kaos sentit qu’il pourrait s’ouvrir assez rapidement, tant que le sujet était important pour lui.
— Joy est l’enfant qui vit de l’autre côté du lac avec vous, c’est ça ? demanda Kaos, creusant dans sa mémoire.
— Oui, iel 1 vit là-bas avec sa mère, Lotte. Nous gardons Joy pour elle si elle travaille et que son petit ami ne peut pas le surveiller. Après tout, nous sommes beaucoup à la maison, ajouta Makai.
— Iel est non-binaire ?
Kaos voulait être sûr.
— Oui, c’est pour ça que j’ai su comment réagir face à iel le premier jour où je suis arrivé en ville, parce que je te connaissais d’avant, dit Makai.
Il sourit puis baissa la tête et prit un air penaud.
— Désolé, je ne voulais pas faire ton coming-out.
— Hé, je suis ici en jupe, dit rapidement Kaos.
Il regarda Emil, qui sembla avoir une révélation.
— Attends ! Tu es le compagnon de cellule dont Makai disait qu’il était genderqueer, 2 non ?
Il eut l’air très heureux de l’avoir compris.
— Tu ne lui as pas dit ? Pourquoi ? demanda Kaos à Makai.
— Ce n’est pas à moi de raconter cette histoire.
— Tu dis souvent ça, mais il y a des choses que tu ne peux pas cacher, le réprimanda Kaos.
Puis il regarda Emil à nouveau.
— Oui, ça doit être moi. Ça fluctue selon comment je me sens. Le pronom il me convient, mais elle ne me dérange pas les jours plus féminins. Ce n’est pas un problème. Il m’arrive de devenir une femme pendant plusieurs jours d’affilée. Parfois, je fais ça…
Il fit un geste vers ses vêtements actuels qui étaient quelque part entre les deux.
— … et la plupart du temps, je porte des vêtements de garçon.
— Hé, si ça te va à toi, dit Emil qui lui sourit chaleureusement.
— Voici vos boissons, et je vais vous apporter la nourriture dans une minute, dit Leah, en posant leurs verres.
Elle s’éloigna à nouveau.
Ils avaient une vue sur la porte depuis le box, ou plutôt, Kaos en avait une, avec la façon dont il était tourné. Ainsi, quand un homme plus âgé, à peu près de l’âge de Leah, entra, il le remarqua immédiatement.
Il avait un air de renard argenté, et la façon dont il se tenait fit immédiatement appel à quelque chose en Kaos. Sa posture qui n’était pas tout à fait militaire et la façon dont il sourit à Leah suggéraient que c’était une bonne personne.
— Qu’est-ce que tu regardes ? demanda Makai, en se tournant pour regarder. Oh, c’est le docteur Donovan, le vétérinaire d’en face. Il s’occupe de nos chats.
— Oh.
Kaos détourna son regard.
— Il est gay, dit Emil à voix basse, en souriant à Kaos.
Kaos gloussa et souffla sur son café, puis secoua un peu la tête.
— Merci pour l’info. Je ne pense pas en avoir besoin, cependant.
Le vétérinaire passa sa commande au comptoir et se dirigea vers les tables près de la fenêtre. Quand il arriva à la leur, il s’arrêta.
— Hé, Makai, Emil.
— Salut, Doc, dit Emil d’un ton détendu qui surprit un peu Kaos.
— Hé, le salua Makai. C’est mon ami Kaos. Il va rester en ville quelque temps.
Kaos tendit la main et essaya de ne pas réagir à la façon dont la grande main chaude enveloppa la sienne, plus fine.
— Bienvenue à Acker. Je suis Doc, le vétérinaire local, dit-il en lui souriant poliment. Personne ne veut apprendre comment se prononce réellement mon prénom, alors on m’appelle Doc.
— Je ne m’appelle pas vraiment Kaos non plus, même si mon vrai nom serait plus facile et nécessiterait moins de l’épeler, je pense. K-A-O-S. Ravi de vous rencontrer.
— P-A-D-R-A-I-G. Padraig. De même.
Cela ressemblait plus à « paw-drig », donc Kaos comprit.
Il reçut un regard étrange de Makai, mais décida de laisser tomber pour le moment.
Doc tourna son attention vers les autres.
— Comment vont Mouse et Spike ?
— Ils vont plutôt bien. Nous devons prendre rendez-vous pour stériliser Spike, cependant, dit Emil. Pauvre garçon.
— Oui, nous ne voudrions pas qu’il répète les erreurs de son père, dit Doc avec empathie. Même si tout s’est très bien passé, cela aurait pu être bien pire pour tout le monde, y compris pour Mouse.
— M’en parle pas, dit Makai, qui frissonna délicatement pour un homme aussi grand.
— Appelez quand vous voulez le rendez-vous, et nous trouverons une heure.
Doc se recula lorsque Leah vint déposer leurs assiettes.
— Bon appétit.
— Merci, murmura Kaos, en regardant déjà son repas.
Bon sang, il avait faim. Il avala pratiquement tout ce qu’il y avait dans son assiette, et le temps qu’il arrive au milk-shake, Emil et Makai le regardaient avec de l’amusement dans les yeux.
— Quelqu’un a oublié de s’arrêter pour manger en chemin, observa Makai.
— Oups ?
Kaos se sentit un peu gêné.
— Je sais, mais j’étais concentré sur la route et… vous savez comment ça se passe.
— Oui. Eh bien, nous avons presque terminé aussi, donc nous pouvons rentrer à la maison après. Sauf si tu veux quelque chose à l’épicerie ?
— Je peux faire ça demain si tu as l’essentiel pour ce soir ? Je paierai les prochaines courses. Je sais que j’ai l’air maigre, mais je mange beaucoup.
Kaos sourit.
— Oh, oui, je me souviens que nous étions tous les deux un peu affamés la plupart du temps en prison. Satanée bouffe de prison, grommela Makai.
Il poignarda vicieusement un morceau de tomate et l’enfourna dans sa bouche d’un air de défi.
Kaos gloussa et partagea un regard avec Emil.
— Il mange toujours comme un ogre ?
— Nous essayons de manger sainement, nous avons des régimes particuliers pour différentes raisons. On peut te vider une étagère du frigo si tu veux des trucs séparés, par contre.
— Je mange sainement aussi, donc je doute que ce soit trop différent de ce que je préfère de toute façon. Je n’aime pas manger de cochonneries. Ça me colle aux hanches, dit-il doucement, faisant rire Emil.
Makai les regarda avec tendresse et Kaos sentit un nouvel élan d’amour familial l’envelopper.
 
 
Le trajet jusque chez Makai et Emil ne fut pas long, et Kaos gara sa Toyota sur le côté de la petite place de parking près du chalet.
Il sortit de la voiture pendant qu’Emil entrait dans la maison, tandis que Makai l’attendait non loin. Il avait cessé de pleuvoir, mais le ciel était encore un peu gris. Il allait probablement y avoir de la neige fondue bientôt s’il faisait encore plus froid, alors Kaos voulait profiter du beau temps tant qu’il en avait.
— Prends ton sac et nous le laisserons dans les escaliers. Je vais te montrer la propriété avant qu’il ne commence à neiger, dit Makai.
Kaos sourit en faisant ce qui lui avait été demandé.
— C’était quoi ce regard bizarre quand j’ai parlé à Doc ?
Il jeta un coup d’œil à Makai lorsqu’ils se dirigèrent vers le hangar.
— Hein ?
Makai ouvrit les doubles portes.
— Qu’est-ce que tu veux dire ?
— Quand il a épelé son nom, tu nous as lancé ce regard.
— Oh, ça.
Makai gloussa.
— Quand je suis arrivé ici le premier jour, j’ai rencontré Lotte et Joy, et nous avons épelé nos noms l’un pour l’autre, parce que Joy avait une « journée garçon », donc il était Joey.
— Donc c’est leur façon de gérer les questions de genre ? demanda Kaos en entrant dans l’abri.
L’espace ressemblait tellement à Makai, cela le fit sourire.
— C’est magnifique. Tout est à sa place.
— Oh oui, c’est la seule façon dont je peux travailler. Il y a des choses à l’arrière que j’ai terminé récemment. Et je répare aussi quelques trucs pour les gens en ville.
Il ramassa ce qui semblait être un pied de table et le tendit à Kaos.
— C’est une partie du cadeau de Stuart à Leah pour son anniversaire. Elle a une table qui est dans la famille depuis longtemps, mais les pieds sont en mauvais état. Je lui en fabrique de nouveaux, et je m’assurerai que le dessus sera aussi beau que possible.
— C’est très joli. Tu vas les sculpter ?
Il désigna les autres pieds de table sur l’établi.
— Oui. Des animaux de la forêt, des pommes de pin et d’autres choses encore. C’est un peu un défi, mais j’aime ça.
Makai sourit.
— Et pour ce qui est de Joy, iel t’en dira plus sur le fonctionnement de son identité. Iel a peut-être cinq ans, presque six maintenant, mais iel est génial et en sait beaucoup plus sur les questions de genre que je n’en ai jamais su.
— C’est juste.
— Viens, je vais te montrer le lac, dit Makai.
Il éteignit les lumières et ferma les portes derrière eux.
— Il y a du bois de chauffage là-bas, dans le petit abri. Nous avons une cheminée, et je suis sûr qu’elle va bientôt servir plus.
— Oui, il doit faire vraiment froid ici.
— Oh, crois-moi, c’est le cas. Je ne l’ai pas encore expérimenté, mais Emil dit qu’il veut faire du patin à glace sur le lac quand il sera bien gelé. Apparemment, il y a longtemps, il aimait patiner et il veut apprendre à Joy. Jason, c’est l’adjoint qui sort avec la mère de Joy, jouait au hockey. J’ai l’impression qu’il y aura des matchs sur le lac plus tôt que prévu.
Ils s’arrêtèrent dans la cour, là où elle commençait à descendre vers le lac.
— C’est tellement beau, souffla Kaos.
Bien sûr, il avait apprécié la nature en conduisant dans l’état, mais cela semblait si… paisible.
— Et c’est si calme, s’émerveilla-t-il.
— Oui. C’est la maison de Lotte et Joy.
Makai désigna de l’autre côté du lac une maison à deux étages, un peu à l’écart de la rive. Kaos ne put voir les détails à cette distance, mais elle lui sembla agréable.
— Ce sont vos plus proches voisins ?
— Oui, tu prends à droite au lieu de prendre à gauche et tu te rapproches de chez eux, tu finis par utiliser cette sorte de raccourci qui mène à une route plus grande qui va au camping près d’un autre lac au nord-est.
Makai fit un geste vague.
— Tu veux descendre jusqu’au quai ?
— Nan, je vais attendre un temps plus clément.
Il commençait à y avoir un peu de brume et Kaos ne voulait pas être trempé.
— Je veux rencontrer vos enfants.
Makai sourit.
— Ils sont géniaux. Les parents d’Emil sont leur grand-mère et leur grand-père. Leurs mots, pas les nôtres, d’ailleurs.
— C’est génial, mon frère, dit Kaos avec émotion. Je sais que tu as dit que tes débuts avec son père n’ont pas été des plus agréables.
— Qui peut le blâmer ? Je suis arrivé en ville avec mes bagages, et c’est lui le shérif.
Makai haussa les épaules comme si ce n’était pas grave, et peut-être que cela ne l’était pas, mais…
Se sentant soudainement inquiet, Kaos demanda.
— Tu penses que je devrais lui parler aussi ?
— Oui. Enfin, pas parce qu’il va penser que tu es un problème….
Makai se mordit la lèvre inférieure pendant un moment alors qu’ils marchaient, puis arrêta Kaos quand ils arrivèrent près du chalet.
— Écoute, quelque chose de vraiment mauvais est arrivé à Emil quand il avait dix-sept ans. Ce n’est pas mon histoire, comme je l’ai déjà dit au téléphone, mais c’était à cause d’un trafic de drogue, donc…
Kaos siffla.
— Oui. Je pense que c’est mieux si je le rencontre et que je lui raconte mon histoire avant qu’il ne sorte mon dossier de quelque part ou quelque chose comme ça.
— Exactement.
Makai ouvrit la porte et Kaos attrapa son sac. Ils furent immédiatement accueillis par des miaulements et des ronronnements forts, du moins jusqu’à ce que les chats réalisent que ce n’était pas seulement leur papa qui entrait.
— Oh-oh, c’est un étranger ? demanda Emil depuis le canapé.
Puis il se moqua des chats, qui reculèrent subtilement.
— Qui est avec Papa Makai ?
— Hé, les enfants, venez ici, dit Makai.
Il prit le chat orange aux poils mi-longs. Il se tourna vers Kaos avec le chat dans ses bras.
— C’est Spike. Il n’est pas le plus malin de la maison, mais il tient ça de son père, car Mouse est l’animal le plus intelligent que j’aie jamais rencontré.
Mouse, entendant son nom, miaula bruyamment.
Kaos posa son sac et s’agenouilla sur le sol pour la rencontrer en premier.
— Vous êtes une jolie demoiselle, n’est-ce pas ?
Il lui tendit la main, attendant le reniflement et le verdict.
Makai posa Spike et le petit chat marcha vers Kaos aussi, mais resta un peu derrière sa mère. Mouse se frotta contre la main de Kaos, puis s’approcha pour renifler ses vêtements et finit par se dresser sur ses pattes arrière pour sentir attentivement son visage. Elle sembla se décider et lui donna un coup de tête sur le menton en ronronnant.
Makai gloussa.
— Et c’est le sceau d’approbation de Mouse.
Ayant la permission, Kaos caressa sa fourrure gris foncé et la gratta derrière les oreilles. Puis elle s’écarta et laissa son fils venir saluer leur nouvel ami humain.
Spike sembla vouloir se glisser sur les genoux de Kaos, mais il ne réussit pas, car il était agenouillé, alors Kaos se leva et fit le tour des chats avec précaution. Il se dirigea vers le canapé et s’assit à l’autre bout, remarquant comment Emil se déplaça un peu, aussi subtil que soit le mouvement.
— Je suis trop près ? demanda Kaos, inquiet d’avoir mis Emil mal à l’aise.
— Non, il me faut juste du temps pour me détendre avec de nouvelles personnes. Tant que tu peux supporter que je sois effrayé de temps en temps et que tu essaies de ne pas me surprendre, tout ira bien.
— C’est bon à savoir.
Puis, dans l’esprit d’honnêteté et de partage qu’Emil avait en quelque sorte, Kaos dit :
— Je n’aime pas les mouvements rapides. Ceux qui lèvent la main, ce genre de choses.
Makai lui lança un regard depuis sa place de l’autre côté d’Emil et fronça les sourcils.
— On parlera de ça plus tard si c’est d’accord ?
— Oui, donne-moi quelques bières et je vais parler.
Emil gloussa sombrement.
— Nous ne préférons généralement pas cette méthode ici, mais parfois ça aide.
— Ou pas ? demanda rapidement Kaos.
— Non, non, c’est bon. Une fois, c’est bien, et tu peux boire si tu le souhaites. Ma thérapeute préfère juste que nous parlions réellement de choses en étant sobres et avec elle dans la pièce. On a été, et je cite, « des garçons stupides », il y a quelque temps…
Le sourire d’Emil fut empli de dérision, mais il y avait clairement de l’humour dans son expression et celle de Makai, donc cela ne devait pas être trop mauvais.
— Eh bien, si tu veux te joindre à nous chaque fois que nous parlons, c’est d’accord. Je suis dans votre maison, donc tu devrais savoir tout ça aussi. Makai dit toujours que ce n’est pas à lui de raconter les histoires des autres, dit Kaos sur un ton taquin.
Emil rit.
— Oui.Ça marche.
— Bien.
Spike choisit ce moment pour sauter sur les genoux de Kaos qui eut rapidement des poils orange partout sur sa jupe noire. Il décida de reconnaître sa défaite à ce moment-là. C’était ici qu’il resterait pour l’instant, et les chats étaient là en premier. Leurs poils faisaient partie du lot.
 

 
Chapitre 2
 
 
 
 
Padraig se frotta le visage et essaya de se concentrer sur les résultats de laboratoire d’un de ses patients canins. D’une manière ou d’une autre, le jeune homme du restaurant, Kaos, continuait à apparaître dans ses pensées. Padraig n’était pas sûr de savoir pourquoi. Bien sûr, Kaos avait une belle structure osseuse, ses cheveux blonds et sa peau légèrement bronzée étaient séduisants, mais il avait déjà remarqué des hommes sans que cela signifie rien.
Il pouvait dire que Makai était beau à sa façon, et il était relativement nouveau dans la ville. Kaos ne devait pas être beaucoup plus vieux qu’Emil, bordel. Même s’il y avait un intérêt – et il n’y en avait certainement pas – Padraig n’aimait pas les hommes plus jeunes. Une vingtaine d’années, c’était une trop grande différence d’âge. Il n’allait pas être le daddy de quelqu’un.
...

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