Ce qui nous oppose
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Description

Elle a des milliers de raisons de l’éviter. Il n’en a qu’une seule de l’approcher.   À écouter pendant votre lecture :   Your Call — Secondhand Serenade   Titre original : Ce qui nous oppose © Céline Musmeaux Tous droits réservés   © 2021 NYMPHALIS Collection : Soft Romance 20 Traverse de la montre — 13011 Marseille   ISBN : 9791033802402 Dépôt Légal : décembre 2021 Crédit photo : Вадим Пастух Conception graphique : Céline Musmeaux   Cette œuvre est une fiction. Elle est l’unique fruit de l’imagination de son auteur. Les noms propres, les personnages, les intrigues et les lieux sont donc inventés ou utilisés dans le cadre de cette création. Toute ressemblance même minime avec des personnes réelles, vivantes ou décédées, des entreprises, des événements ou des lieux particuliers, serait de ce fait fortuite et relèverait d’une pure coïncidence. Maeva 1 Arriver à la station de ski en navette ? Folklorique ? Sympa ? Non, juste beaucoup moins cher qu’en taxi au départ de la gare ferroviaire… Je suis nauséeuse quand je descends du minibus après avoir supporté les dénivelés, les chants du groupe d’enfants de la colonie ramassé quelques kilomètres plus tôt, et bien entendu, mon estomac vide depuis des heures. J’émets un long soupir en sortant mon téléphone pour consulter l’adresse de l’hôtel huppé dans lequel je dois effectuer un remplacement pour les vacances de Noël. — OK. Je vois.

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Informations

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Date de parution 11 janvier 2022
Nombre de lectures 6
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0000€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Elle a des milliers de raisons de l’éviter. Il n’en a qu’une seule de l’approcher.
 
À écouter pendant votre lecture :
 
Your Call — Secondhand Serenade
 
Titre original : Ce qui nous oppose
© Céline Musmeaux
Tous droits réservés
 
© 2021 NYMPHALIS
Collection : Soft Romance
20 Traverse de la montre — 13011 Marseille
 
ISBN : 9791033802402
Dépôt Légal : décembre 2021
Crédit photo : Вадим Пастух
Conception graphique : Céline Musmeaux
 
Cette œuvre est une fiction. Elle est l’unique fruit de l’imagination de son auteur. Les noms propres, les personnages, les intrigues et les lieux sont donc inventés ou utilisés dans le cadre de cette création. Toute ressemblance même minime avec des personnes réelles, vivantes ou décédées, des entreprises, des événements ou des lieux particuliers, serait de ce fait fortuite et relèverait d’une pure coïncidence.

Maeva 1
Arriver à la station de ski en navette ? Folklorique ? Sympa ? Non, juste beaucoup moins cher qu’en taxi au départ de la gare ferroviaire…
Je suis nauséeuse quand je descends du minibus après avoir supporté les dénivelés, les chants du groupe d’enfants de la colonie ramassé quelques kilomètres plus tôt, et bien entendu, mon estomac vide depuis des heures. J’émets un long soupir en sortant mon téléphone pour consulter l’adresse de l’hôtel huppé dans lequel je dois effectuer un remplacement pour les vacances de Noël.
— OK. Je vois. C’est carrément à l’écart…
Blasée, je me mets en route.
Un job, c’est un job ! Et je manque cruellement d’argent depuis que je vis seule. D’ailleurs, je suis une habituée des jobs étudiants et de l’intérim. Il faut bien survivre !
Après vingt bonnes minutes de marche, je parviens à l’hôtel.
À première vue, il semble fidèle aux photos que j’ai reçues de mon oncle, mais également du site Internet le présentant comme un cinq-étoiles.
Je m’avance pour pénétrer dans le bâtiment tout en dénouant mon écharpe.
— Allons-y…
Dès que j’entre, la chaleur me surprend en comparaison avec l’extérieur. Je déboutonne mon épais manteau en fausse fourrure tout en jetant des coups d’œil autour de moi.
Le hall est immense. Je devine rapidement l’emplacement du bar, de la salle à manger puis de la réception.
En face de moi se trouve mon futur poste de travail. Un homme d’une trentaine d’années en costard tiré à quatre épingles attend sagement le client en s’occupant sur son smartphone. D’ailleurs, je n’en aperçois aucun. Aussi, je regarde ma montre.
Bientôt dix-sept heures… Où sont-ils ?
Les portes s’ouvrent dans mon dos. Je sens l’air froid soulever mes cheveux. Un homme d’une vingtaine d’années me dépasse et rejoint la réception.
C’est ce genre de client dont je vais devoir m’occuper dès demain ! Cela sent le mec friqué à plein nez, fils à papa, sûr de lui et de l’argent qu’il a en poche.
Blasée, je sors mon téléphone pour envoyer un message à mon oncle.
 
[16 h 43 — Je suis arrivée. J’attends dans le hall.]
 
Lorsque je relève la tête, je m’aperçois que ce mec m’observe.
Décidément, je n’avais pas vu son visage, mais il a vraiment tout d’un type plein aux as que même la nature a gâté.
Avec de grands yeux vert gris, des cheveux bruns et une gueule de play-boy, il m’accroche, du moins, il croit avoir une prise sur moi quand il décolle légèrement ses doigts du comptoir pour me faire signe. Je réponds d’un simple sourire de politesse. Après ça, il échange quelques mots avec l’homme à l’accueil.
Eh, allez ! Encore un que je vais avoir sur le dos durant tout son séjour…
Je vaque à mes occupations, tout du moins, je fais semblant que c’est le cas en vérifiant si mon oncle a bien eu mon message. De toute évidence, il doit être occupé puisque ce n’est pas le cas.
Génial ! J’aurais préféré qu’il se pointe rapidement afin d’éviter que ce charo des beaux quartiers ne vienne rôder autour de moi.
J’ai beau l’espérer, je n’y échappe pas. Une voix masculine m’interpelle avec un léger accent dont je ne détermine pas l’origine :
— Besoin d’un coup de main, Mademoiselle ?
Stupéfiée d’être qualifiée de « mademoiselle », je le regarde s’avancer vers moi en me tenant prête à placer une distance entre nous. Quand il attrape ma valise, je la retiens.
— Merci, mais je vais me débrouiller.
Surpris, il me répond avec un petit sourire forcé :
— Je suis un gentleman. Ce serait me déshonorer que de refuser mon aide.
De toute évidence, je viens de tomber sur un client blindé avec une très haute opinion de sa personne, mais surtout de ses origines sociales. Le sourire crispé également puisque je vais être bientôt à son service, je tente de lui expliquer ma position :
— C’est que…
Il me coupe aussitôt :
— On est entre nous ici. Tu n’as pas besoin de faire des manières.
Je lève un sourcil parce qu’il se plante en beauté me concernant. Il rectifie immédiatement :
— On peut se tutoyer, n’est-ce pas ?
Sceptique face à ce Don Juan parfaitement assumé, j’entrouvre les lèvres pour lui répondre. Mais ce type n’est pas vraiment du genre à laisser parler les autres. Il me coupe encore la priorité d’un air fier :
— Ce soir, j’organise une fête. Ce sera une bonne occasion pour nous de faire connaissance.
Mes dents grincent. Je déroule lentement mon écharpe en soupirant puis je m’efforce encore une fois d’éclaircir ce malentendu :
— Je…
Il m’impose :
— Ne me fais pas l’offense de refuser. Je vais me vexer !
Perplexe, je tente de décliner quand même :
— Je crois que…
Il tire sur ma valise en insistant :
— Suite royale, à partir de vingt-deux heures. Si je ne t’y vois pas, je viendrai te chercher.
Je fais rouler ma valise vers moi du bout des doigts.
— Je crois qu’il faut…
Ce gosse de riche m’interrompt encore en me tendant la main.
— Je manque à la politesse la plus élémentaire. Moi, c’est Archie.
J’observe ses doigts en me disant que tout cela va m’attirer des problèmes.
Moi, aller à une soirée mondaine ? Il croit sérieusement que je suis l’une des leurs ? Le pauvre ! Je peux tout juste tenir le rôle de Cendrillon avec la robe de soirée que je me suis offerte l’an dernier pour les fêtes. Je ne ferai pas illusion face aux femmes de son standing. Elles vont tout de suite comprendre à la qualité de mes vêtements que je ne suis pas du même monde qu’elles…
Comme il a des gants, il les retire en pensant que c’est ce qui me gêne.
— Désolé. On vient de passer plusieurs heures sur les pistes.
Perplexe, je serre sa main afin de ne pas trop le braquer. Il me demande vivement :
— Où sont tes autres valises ? Un équipier s’en occupe ?
Il s’élance vers la réception avec la ferme intention de faire le coq devant moi. Aussi, je me précipite dans ses pas.
— Je n’ai que ça ! Je…
Appuyé contre le comptoir, il sourit.
— Ce serait bien la première fois que je vois une femme voyager sans un quart de sa garde-robe emballé dans des valises. D’où tu sors ?
Je le reprends :
— Pardon ?
Avec son regard clair, il m’étudie avant de lancer :
— Nouvelle riche, c’est ça ? Ton joli visage ne me dit rien.
Je lève un sourcil.
De toute évidence, il s’imagine que mon « joli visage » a sa place dans son tableau de chasse.
Pour le faire redescendre sur terre, je prends une profonde inspiration afin de lui expliquer la situation. Seulement, deux autres mecs, du même style que lui, entrent en riant fortement. Il se redresse et m’impose encore :
— Attends-moi une seconde. Je vais te présenter mes amis.
« Archie » s’élance vers eux, mais je n’ai aucune intention de faire la connaissance des futurs clients à qui je vais devoir faire des courbettes pendant toutes les vacances. Je file en douce dès qu’il a le dos tourné. Le réceptionniste me barre néanmoins la route.
— Mademoiselle, où vous allez comme ça ?
Je lui réponds d’un grognement :
— Je suis la nouvelle intérimaire, mon oncle m’attend.
Il me remet aussitôt en me faisant signe d’aller patienter dans l’arrière-salle derrière la réception. Pendant qu’il décroche son téléphone pour prévenir mon oncle, j’observe du coin de l’œil cette jeunesse dorée dont je suis loin de faire partie.
Moi, aller à l’une de leurs fêtes ? Il est mignon… Tellement adorablement hautain et induit de sa personne ! Rien que sa combinaison de ski vaut plus cher que toute ma garde-robe. Et puis, même s’il voulait simplement être accueillant ou que par un miracle quelconque, je lui aurais tapé dans l’œil, il va vite changer d’avis quand il me croisera à mon poste de travail demain.
Je suis amère, aigrie même quand je l’étudie.
Le clivage est évident. Lui et moi, on n’est pas du même monde. Je ne sais pas d’où vient son accent, mais il n’est pas français malgré sa maîtrise parfaite de la langue. Il doit être un gosse de riche en vacances au ski et qui doit claquer plus d’argent en une soirée que moi, en toute une année !
Quand il se retourne pour me chercher, je me dissimule en ayant le cœur battant la chamade.
Qu’est-ce que je fais ? Pourquoi je me cache ? Je n’ai pas à avoir honte de quoi que ce soit ! Je suis une femme indépendante qui finance ses études en travaillant.
Je relève la tête pour aller mettre les choses au clair. Cependant, la voix de mon oncle me surprend :
— Tu es déjà là, Maeva ?
Coincée par son arrivée dans la pièce, je m’élance vers lui.
— Bonsoir, Tonton.
On se fait une accolade avant qu’il ne me pousse vers la porte qu’il vient de franchir.
— Viens, je vais te montrer ta chambre.
Je reprends mes esprits.
Je gérerai plus tard ce gosse de riche. Pour l’instant, je dois m’installer et prendre connaissance du poste que je dois occuper, car c’est une occasion en or pour moi. Mon oncle ne m’offrira pas de seconde chance. Il a gravi les marches une à une pour atteindre le poste de chef de réception. Il attend la même rigueur de ma part. Alors, fricoter avec un type blindé, ce n’est pas à mon programme…
 
2
— Tu as fait bon voyage ?
C’est ce que me demande mon oncle en ouvrant ma chambre. Je lui réponds en toute franchise :
— La navette m’a tuée !
Il sourit tout en poussant ma valise à l’intérieur.
— Tu vas avoir le temps de te reposer. Je te formerai demain matin.
Je retire mon lourd manteau en soupirant :
— La clientèle est plutôt jeune.
Il va dans mon sens :
— Oui, l’adresse est plébiscitée par la jeunesse dorée depuis l’an dernier.
Perplexe, j’accroche mon manteau au portemanteau.
— J’ai des choses à savoir à propos d’eux ?
Surpris par ma question, il déclare :
— Ce sont des jeunes de ton âge…
Je commente :
— Avec un compte bancaire à plusieurs milliers de zéros derrière la décimale ?
Il pouffe :
— Tout à fait. Ils aiment s’amuser, skier et faire la fête.
J’annote :
— Il paraît qu’il y en a une, ce soir.
Mon oncle qui était en train de vérifier les plis sur mon lit relève la tête.
— Comment tu sais ça ?
Je hausse les épaules.
— J’y suis invitée.
Contrarié de ce fait, il soulève ma valise pour la poser sur le matelas. Je précise néanmoins :
— Je ne compte pas m’y rendre, si cela t’inquiète.
Il me rappelle :
— Quand bien même ils te paraissent sympathiques, ce sont nos clients. Il y a une frontière entre eux et nous.
J’agite mes cheveux.
— Je sais.
Il s’écarte de ma valise avant de m’apprendre :
— Cela dit, si tu y as été invitée, tu dois t’y rendre. Le client est roi.
Surprise, je vais commenter ce fait :
— Mais…
Il m’informe :
— Ce ne sont pas des gens à contrarier. Fais simplement une apparition pour satisfaire l’ego de celui qui t’y a invitée, et disparais en douce dès que son attention se détournera de toi.
Je croise les bras.
— Je ne suis pas une escorte, hein ?
Mon oncle fronce les sourcils.
— Qu’est-ce que tu racontes ? Tu veux que ta mère me tue ?
Il ajoute vivement :
— Je ne t’ai pas dit de proposer tes charmes à ces jeunes hommes. Je te conseille seulement de ne pas te les mettre à dos.
Il tapote mon épaule.
— Jusqu’à demain matin, tu n’es pas une employée de l’hôtel. Tu peux faire ce que tu veux. Rien ne t’empêche d’aller à cette soirée pour t’amuser. Dès lors que tu auras revêtu ta tenue de réceptionniste, tu disparaîtras à leurs yeux.
Je résume :
— Donc, je ne suis pas encore employée, mais je dois me plier aux désirs de ce client. Le tout, pour ne pas entamer son ego de gosse de riche le temps d’une soirée, car à l’aube, je deviendrai invisible puisqu’inférieure à lui ?
Mon très long commentaire lui fait hausser les épaules.
— C’est plus ou moins ça ! Si tu n’y vas pas, il va te prendre en grippe parce que tu l’auras humilié. Alors que si tu y vas, il sera content d’avoir obtenu ce qu’il voulait et il t’oubliera vite.
Perplexe, je bougonne :
— Bref ! Je fais la pute d’un soir…
Tonton me gronde :
— Surveille ton langage, Maeva. C’est un cinq-étoiles ici. La clientèle n’est pas la même que dans les hôtels où tu as travaillé jusqu’à présent.
Recadrée, je soupire :
— OK. Je vais y faire une rapide apparition pour satisfaire l’ego de ce…
Je me mordille la lèvre afin de ravaler mes mots. Mon oncle accroche ma tenue de réceptionniste au portemanteau.
— Tu as une robe de soirée ?
Je hausse les épaules.
— J’ai de quoi jouer les Cendrillons d’un soir.
Mes sarcasmes le font sourire. Il m’avertit :
— Pas de contact physique de quelconque nature, OK ?
Je m’assieds sur le bord du lit pour retirer mes chaussures.
— Ne t’inquiète pas pour ça. Je sais où est ma place.
Il regarde sa montre.
— Je vais devoir te laisser. J’ai encore du travail.
Il embrasse ma joue avant de me recommander :
— Ne t’y attarde pas.
Je valide d’un hochement de la tête. Mon oncle quitte la pièce. Du coup, j’agite mes cheveux.
— Génial, me voilà non officiellement « escorte girl » d’un gosse de riche pour la soirée.
Blasée, je décide d’aller prendre une douche pour me réchauffer et me détendre après ce long voyage en train puis en minibus.
— Archie, hein ? C’est bien un nom de riche, ça !
J’ôte mon pull puis je décroche mon soutien-gorge. Comme j’ai oublié de sortir ma trousse de toilette, je retourne dans la pièce principale, les seins nus. Dans cette « chambre de bonne » avec pour seule ouverture une petite fenêtre carrée donnant directement sous le toit, je ne risque pas d’être vue.
C’est la première fois que je vais travailler dans un tel établissement. Je suis formée à la réception. J’ai déjà été serveuse, femme de ménage, réceptionniste et je suis habituée aux clients relous. Mais de toute évidence, ce sera différent ici. « Le client est roi », c’est cynique. Je ne suis la chose de personne et encore moins, d’un gosse de riche ! Malgré cela, je vais me plier aux règles de la politesse plus qu’à celle du service. Ce soir, je vais me faire belle et leur montrer qu’on peut être pauvre, être belle et avoir du charisme. Je ne serai pas leur jouet.
Je prends ce qu’il faut pour me laver et me démaquiller puis je retourne dans la salle de bains.
Cet Archie, je l’ai vu venir à des kilomètres. S’il croit que je vais terminer dans son lit, il peut s’accrocher. Je vais simplement lui montrer que pour une éternelle pauvre, j’ai ma propre valeur qui n’a rien à voir avec l’argent que son papa met sur son compte en banque…
 
3
— À partir de vingt-deux heures, hein ?
Après avoir regardé l’heure sur mon téléphone, je mets un peu de laque sur mes cheveux pour faire tenir mon brushing. J’applique ensuite un peu de rouge à lèvres afin de terminer mon maquillage. Apprêtée, je lève mon majeur pour exprimer ma frustration.
— Eh bien, j’aurais une heure de retard, connard ! Je ne suis pas ta pute, et encore moins l’une des vôtres.
Tout en ayant l’impression de jouer le rôle d’une escorte, j’enfile mes talons avant de coincer la carte me servant de clé dans l’élastique de mon soutien-gorge dos nu. Agacée, je marmonne encore :
— Je vais me ridiculiser, c’est tout.
Pour éviter de rajouter du faux au faux, je ne porte aucun bijou. Je retourne dans la salle de bains pour m’observer dans le miroir.
Ma robe bleu gris détone tout juste avec ma peau pâle et mes cheveux blonds. Mais mon maquillage « smoky eyes » et travaillé me donne un air plus sophistiqué. Je soupire :
— Quand il faut y aller…
Je m’élance vers la sortie de la chambre. Une fois dans le couloir, je me dirige vers l’ascenseur.
Tonton m’a dit que la suite royale se trouvait à l’étage inférieur au mien.
Du coup, je suppose que c’est bien insonorisé entre les étages puisque je ne perçois pas la musique…
Dépitée, je m’introduis dans la cabine puis j’appuie sur le bouton. Face au miroir, je vérifie que mon rouge à lèvres n’a pas bavé sur mes dents.
J’ai vraiment l’impression de devoir aller faire le tapin…
Lorsque les portes de l’ascenseur s’ouvrent dans mon dos, j’entends cette fois la musique. Les battements de mon cœur s’accélèrent. Je me laisse guider par le son vers la porte légèrement entrouverte.
Déranger les autres, ça n’a pas l’air de lui traverser l’esprit.
Déterminée à ne pas me laisser rabaisser, je relève la tête et je pousse doucement la porte. Je suis tout de suite dans l’ambiance quand un employé de l’hôtel me saute poliment dessus.
— Mademoiselle ? C’est une soirée privée.
Je lui réponds avec une pointe de sarcasme :
— Je sais. Vous croyez que je porte cette robe et ces talons hauts pour me promener dans les couloirs de l’hôtel comme une « dame blanche » ?
Je précise :
— Archie m’a invitée.
Surpris par mon répondant, il s’excuse aussitôt :
— Je suis désolé, Mademoiselle…
Il s’écarte avant de refermer correctement derrière moi.
Je suppose que je ne viens pas de me faire un ami, mais je gérerai ça demain.
À l’intérieur, des personnes allant de la vingtaine à la trentaine sont en train de danser une coupe de champagne à la main. On m’en propose d’ailleurs une :
— Mademoiselle ?
Je refuse d’un mouvement de la tête. Je cherche ensuite mon « playboy » de service pour le saluer puis filer en douce.
Où peut-il être ?
Il y a tellement de monde dans la suite que je me demande d’où sortent ces personnes.
Il y a autant de clients descendus ici ?
Perplexe, je me mets à déambuler dans la pièce principale.
Au moins, on peut dire qu’ils savent faire la fête !
Autour de moi il y a des jeunes de mon âge, ou un peu plus, qui dansent, boivent, s’amusent tout simplement. J’agite mes cheveux en étant légèrement étourdie par l’ambiance.
S’ils n’étaient pas si luxueusement vêtus, on pourrait presque se croire en boîte de nuit.
Tout à coup, j’aperçois ce tocard fortuné qui me force à me sentir si inférieure.
Le voilà !
Archie a un pull de Noël ou du moins, un pull en laine que seuls les riches peuvent porter avec classe tant les motifs sont criards. Il discute avec une fille qui n’a d’yeux que pour lui. Modérément irritée par ce fait, je pouffe de dépit.
Mais qu’est-ce que je fous là ?
Presque jalouse, je me surprends à l’observer, tapie dans un coin.
Ma robe est ridicule en comparaison de la sienne. Ses bijoux sont si…
Nous avons une sorte de « eyes contact » furtif. Il sourit en me faisant signe qu’il m’a repérée. Je me montre complètement désintéressée par sa présence. Je me mets même à marcher jusqu’au buffet pour aller goûter les mets servis.
Voilà, il m’a vue ! L’affaire est réglée.
J’attrape un petit four puis je le porte discrètement à mes lèvres.
C’est juste succulent…
Comme j’ai été invitée, autant que je profite un peu de la fête. Je me sers du bout des doigts sans la moindre honte.
Après tout, fuck !
Étant donné que je me suis échappée à l’autre bout de la suite, je pense que mon hôte ne va pas me tomber tout de suite dessus. Je me régale donc sans me soucier des gens qui m’entourent.
Tonton avait raison. Personne ne remarque ma présence si ce n’est lui. Mais comme il était en charmante compagnie, il doit être satisfait de m’avoir vue de loin.
Je me dirige vers les desserts pour aller en picorer quelques-uns. Un serveur me représente une coupe de champagne.
— Mademoiselle ?
Je décline l’alcool pour rester les pieds sur terre.
— Non, merci.
Il s’écarte quand une voix masculine et particulièrement irritante à mon oreille me fait frémir :
— Tu te caches près du buffet ?
Archie attrape la coupe sur le plateau.
— C’est un très bon millésime.
Surprise, j’ai le cœur qui s’emballe quand il me la présente sous le nez.
— Crois-moi, tu ne t’empoisonneras pas avec !
Je me rappelle les consignes de mon oncle : « sourire et accéder aux désirs de cet abruti de gosse de riche ». Aussi, je pousse sa main pour accompagner la coupe jusqu’à mes lèvres. Audacieuse, je goûte à ce champagne que je n’aurais jamais pu m’offrir. En réaction, il pose ses doigts délicatement sur ma hanche pour me murmurer :
— Je suis content que tu sois venue.
Un frisson me parcourt en sentant que son invitation n’était pas désintéressée, comme je m’en doutais.
Je ne serais pas sa Cendrillon d’un soir. Il peut s’accrocher s’il pense que je vais lui tomber dans les bras et coucher avec lui. Je ne suis pas venue ici pour vivre un conte de fées qui ne pourrait que mal finir. Je suis là pour le travail…

4
Son souffle chaud frôle mon oreille.
Il est charismatique et séduisant. Malgré cela, il n’obtiendra rien de moi parce que je ne suis pas idiote, je ne crois ni aux contes de fées ni à ceux de Noël ! Je ne suis qu’une petite intérimaire qui joue avec le feu juste avant de prendre son service. Dès que j’aurai revêtu ma tenue de réceptionniste, la réalité sera piquante et cruelle : je n’ai rien à faire avec un type pareil !
Je repousse doucement la coupe quand il éclate de rire sans exprimer le fond de sa pensée. Inquiète qu’il me grille tout de suite, je déclare en me tournant vers lui :
— Tu es satisfait ?
Le fait que j’ose enfin en placer une le fait sourire. Il rebondit immédiatement :
— Oui, mais je le serai d’autant plus quand tu auras dansé avec moi.
Stupéfiée, je ne peux pas m’empêcher de lui pouffer au nez avant de finalement lui prendre la coupe de champagne pour la terminer d’une traite.
Il est vraiment gonflé, celui-là !
Piqué dans son ego, il me demande :
— J’ai dit quelque chose de drôle ?
Je pose ma coupe vide sur le plateau d’un serveur passant près de nous avant de lui répondre :
— Tu ne doutes de rien. Qui te dit que j’ai envie de danser avec toi ?
Mon attitude, définitivement rebelle face à lui, va sans doute m’attirer des problèmes. Mais il se met encore à rire comme si je venais de balancer une blague.
Il se moque de moi ?
Perplexe, c’est à mon tour de me sentir offensée par son comportement.
— Quoi ?
Archie déclare :
— Tu me fais rire, c’est tout !
Je lève un sourcil et j’entrouvre les lèvres pour lui exprimer ce que j’en pense. Cependant, pas du style à renoncer, il me propose en rebondissant aussitôt :
— Du coup, tu veux danser ?
Je regarde autour de nous discrètement.
Je suppose que si je refuse, il va forcément se sentir humilié devant tous ses amis friqués. Et après ça, il m’en voudra à mort, hein ?
Pour éviter la catastrophe, et histoire de ne pas être une proie trop facile, je joue avec lui :
— Donne-moi une raison d’accepter.
Séducteur, il se penche pour me chuchoter :
— Je suis un excellent danseur.
Cela me décroche un léger sourire.
— Ah, oui ?
Je le repousse mollement, car il me colle un peu trop à mon goût.
— Prouve-le.
Après une courte hésitation parfaitement légitime puisque je le prends de haut, Archie me tend la main.
— Mademoiselle ?
Comme il se croit dans un bal d’un autre siècle, je m’éloigne du buffet pour aller danser un peu plus loin. Il me retient du bout des doigts.
— Où tu vas ?
Je me retourne lentement avant de me mettre à onduler sous ses yeux. Tout en suivant le rythme de la chanson diffusée, je lui démontre que c’est moi qui mène la danse. Surpris que je me passe de ses manières de gosse de riche, il répond à mon défi comme si nous faisions une « battle » de danse. Chaque fois qu’il se rapproche, je lui échappe, le forçant ainsi à me suivre dans l’espoir d’obtenir ce qu’il désire.
Hum… Jouer avec un client friqué, ce n’est pas une très bonne idée…
Lorsque le son change encore, je m’éclipse parmi les autres danseurs pour disparaître.
À quoi je joue ? Je ne suis pas en boîte de nuit, mais dans une suite royale d’un cinq-étoiles. À l’aube, je serai réceptionniste et il sera l’un des clients à qui je devrais cirer les pompes…
Je me dirige vers la sortie au moment où il m’empoigne.
— Tu joues à cache-cache ?
Mon cœur détone quand il m’attire à lui en plaçant lentement mon bras autour de son cou.
— La fête ne fait que commencer…
Je ne sais pas si c’est la coupe de champagne qui m’enivre ou le charisme de ce gars, cela dit, je me retrouve à danser à son contact quand je désirais à l’origine rester loin de lui.
Il m’a bien eue !
J’esquisse un sourire crispé.
— Tu es direct…
Archie hausse les épaules.
— Parce que je ne connais toujours pas ton identité ?
Réveillée par cette réalité, je lui échappe encore, mais il me retient par le bout des doigts à nouveau.
— Tu t’enfuis ?
Mon ego me pousse à lui répondre :
— J’aurais des raisons de te fuir ?
J’en vois des tonnes dans mon esprit, néanmoins, il déclare avec une pointe de fierté :
— Aucune.
Piégée par cette affirmation, je ne peux de toute évidence pas l’éconduire maintenant que tout son intérêt se porte sur moi. Je repousse l’échéance en me remettant à danser. Satisfait, il s’approche lentement de moi, un peu comme si je l’avais hypnotisé.
— Je préfère.
C’est ce qu’il me murmure en accompagnant une nouvelle fois ma main sur son épaule. Ce rapprochement fait s’accélérer mon cœur. Je presse sa nuque en regrettant amèrement de ne pas être dans une simple boîte de nuit avec un homme de mon « standing ».
— Vraiment ?
Je n’entends que son ricanement léger de satisfaction quand nos corps se mettent à onduler l’un contre l’autre.
Il est vraiment…
Je ferme les yeux et je suis la cadence de son corps guidant le mien.
Je ne dois pas céder à la tentation. Archie n’est pas un homme pour moi, même pour une seule nuit.
Je tente de garder cette idée en tête tandis que nous enchaînons les danses à m’en faire perdre la notion du temps.
Ding dong ! Les douze coups de minuit vont bientôt sonner. Il ne faut pas que je me laisse séduire par ce charo des beaux quartiers…
5
Au bout d’une heure d’un corps à corps grisant et alcoolisé à coups de coupe de champagne, son front touche le mien tandis que sa main au creux de mes reins me presse contre lui.
Si seulement j’étais en boîte de nuit, qu’il était un mec lambda, j’aurais pu sans doute finir la nuit dans son lit. Malheureusement, il est loin d’être le genre de type avec qui je peux avoir une aventure d’un soir ou plus sans en payer les conséquences…
Lorsque son nez frôle le mien et que ses lèvres viennent au contact des miennes, j’ai la lucidité de le repousser doucement. Cependant, il me reconduit d’une pression douce, mais ferme à ses lèvres. Pour me protéger de la tentation qu’il représente, j’applique mes doigts contre sa bouche pour que cette dernière ne vienne pas se coller à la mienne. Cette rencontre chaude, étourdissante, me donne l’impression d’être pour de bon une « Cendrillon » d’un soir. Il sourit sous mes doigts.
— Tu n’en as pas assez de jouer avec moi ?
Mon cœur s’accélère quand il s’écarte pour mieux replonger vers mes lèvres. Malgré la tentation et le plaisir que cela représenterait pour moi de céder à ce frustrant flirt, j’esquive encore en me retournant lentement.
Qu’est-ce que je fous ? Je suis dingue ou quoi ? Je suis restée bien trop longtemps et j’ai beaucoup trop joué avec lui. Il n’a pas tort, ce qu’il se passe entre nous depuis tout à l’heure ne peut conduire qu’à une belle connerie de ma part : coucher avec lui !
Tout en agitant mes cheveux, j’invente une excuse pour mettre fin à ce flirt dangereux. Je m’écrie :
— J’ai trop bu !
Je fais semblant de tituber en prenant la direction de la sortie de la suite. Néanmoins, Archie me reprend à son contact et me murmure avec son accent étrange :
— Si tu as la tête qui tourne, va t’allonger un instant avant que tu ne t’évanouisses.
Ses yeux vert gris trahissent son désir pour moi. Je décline :
— Je vais plutôt aller me coucher. Je suis fatiguée. Après tout, j’ai fait un long voyage.
Il m’étudie avec une légère inquiétude.
— Je te raccompagne ?
Je lui désigne ses invités.
— L’hôte ne peut pas disparaître, n’est-ce pas ? Je t’ai déjà trop accaparé.
Frustré que ça s’arrête de cette façon, il tente de m’arracher un nouveau baiser que dans d’autres circonstances j’aurais accepté. Malgré l’alcool que nous avons tous les deux dans le sang, j’esquive encore. Ses lèvres terminent contre mon front qu’il embrasse à défaut d’obtenir plus de ma part.
— OK, j’ai compris.
Je n’aime pas beaucoup ce qu’il vient de dire avec tant d’insatisfaction.
Est-ce que j’aurais dû l’embrasser ?
Je remue légèrement la tête.
Impossible. Qu’est-ce qu’il aurait pensé de moi à l’aube si…
Je me mordille la lèvre.
Qu’est-ce que ça peut me foutre ? Enfin, j’aurais eu des problèmes si…
Il s’écarte et saisit mes épaules. Mon cœur bat la chamade lorsqu’il me murmure :
— Je ne peux pas te laisser partir comme ça.
Au moment où nos regards se croisent, je sais que j’ai fait une terrible erreur de venir ici et surtout de m’y attarder aussi longtemps.
Merde ! Il est frustré ! Du coup, il n’est pas près d’oublier sa soirée ! Et moi, ça va me coûter un max de problèmes !
Perdue dans ses yeux verts, je cherche une solution pour me sortir de là.
J’ai trop joué avec le feu ! Je suis en train de brûler…
Je fais un pas en arrière très lentement. Par conséquent, il me laisse m’échapper tout en me proposant :
— Un verre d’eau, peut-être ?
J’acquiesce. Il se redresse :
— Je vais te trouver ça.
J’opine encore en feignant le malaise. Il m’assure :
— Ne bouge pas. Je reviens tout de suite.
Mon cœur se serre.
Je ne peux pas tenir cette promesse.
Dès qu’il me tourne le dos pour aller chercher un serveur, je m’évade de la suite comme une voleuse, ou plutôt comme si les douze coups de minuit venaient de sonner pour la « Cendrillon » de paille que je suis et qu’il fallait que je me barre vite fait d’ici avant qu’une catastrophe n’arrive.
Je suis complètement folle ! Pourquoi j’ai dansé avec lui ? Pourquoi j’ai flirté de cette façon avec l’interdit ?
Je tire sur la poignée de la porte pour me faufiler à l’extérieur. Le cœur battant à s’en rompre, je me mets même à courir pour qu’il ne me rattrape pas.
Pourquoi j’ai le cœur qui bat si fort ?
Pourquoi j’ai les tripes si retournées ?
J’appuie comme une dingue sur le bouton de l’ascenseur.
— Vite… Vite !
Avant que Archie n’ait finalement le temps de comprendre que je l’ai planté en beauté, je suis à l’intérieur et les portes se referment. Soulagée d’avoir réussi à m’enfuir de ce piège que j’ai moi-même construit, je remonte à ma « chambre de bonne » en haletant.
La magie est terminée. L’alcool, le désir, l’interdit, je ne m’y frotterai plus avant la fin de mon séjour ici. C’est bien trop dangereux avec ce Don Juan dans les parages !
Après cette course folle digne d’un remake de Cendrillon, je jette un œil au miroir. Les joues rouges à cause de l’alcool et de l’excitation de ma fuite, je souffle un grand coup.
— Qu’est-ce que j’ai foutu ?
En quelques secondes, je suis à mon étage. Je sors de l’ascenseur en titubant légèrement. Pour le coup, l’alcool et le contrecoup me font tourner la tête. Je m’appuie contre le mur, les mains tremblotantes de la tension que j’éprouve.
Est-ce que j’ai fait tout ce que je devais éviter de faire ? Est-ce qu’il va m’en vouloir ?
Après m’être raclé la gorge, je récupère la carte que j’avais coincée dans l’élastique de mon soutien-gorge.
Je vais prendre cher. Oui, je sens que le retour de bâton va être violent quand il s’apercevra que je n’étais qu’une réceptionniste et que je me suis amusée avec lui.
J’ouvre ma chambre, je retire mes talons puis je me glisse directement sous la couette. J’appuie sur l’interrupteur du bout des doigts tout en étant nauséeuse et fatiguée.
J’ai bien failli céder à la tentation. Mais une nuit avec lui ne m’aurait menée à rien de toute manière. Pire qu’un coup d’un soir, il m’aurait hantée pendant toutes les vacances, et cela aurait causé de sérieux problèmes à moi ainsi qu’à mon oncle. Demain, je ferai en sorte d’être invisible à ses yeux. Après tout, ce n’était qu’un flirt éphémère pour lui. Il passera sans doute très vite à autre chose tandis que j’aurais d’autres chats à fouetter que de penser à lui !
 
Archie 6
Lorsque j’ai enfin ce maudit verre d’eau, je fonce là où j’ai laissé cette jolie blonde aux yeux clairs. Seulement, je suis surpris de ne pas la trouver à cet emplacement. Inquiet, je regarde autour de moi.
Où est-elle passée ?
Les battements de mon cœur s’accélèrent. Ma tête tourne légèrement quand je ressens une sorte de panique. L’alcool, la musique, la frustration, tout génère un cocktail dangereux dans mon esprit. J’attrape un serveur pour le questionner vivement :
— Où elle est passée ?
Étonné, il me dévisage.
— Qui ?
Je lui réclame :
— La blonde avec qui je dansais !
Il survole également autour de nous avant de conclure :
— Je ne la vois pas, Monsieur.
Je lui impose :
— Cherchez-la. Elle ne se sentait pas bien.
Immédiatement, il fait signe à ses collègues de se rassembler afin de la retrouver. Anxieux, je vérifie chaque pièce de la suite de peur qu’un autre ait profité de mon absence pour abuser de son ivresse.
Où est-elle ? Où est-elle ?
Après avoir visité chaque recoin de ma suite, je recroise le serveur. Il m’apprend :
— Elle n’est plus là, Monsieur.
Il me précise :
— La personne chargée de surveiller la porte dit qu’elle est partie, il y a un bon quart d’heure.
Je pose le verre sur son plateau en soupirant :
— Je veux son nom et le numéro de sa suite.
Il m’étudie avant de cafouiller :
— Monsieur, ce sont des informations confidentielles. Je n’y ai pas accès.
Je fonce dans ma chambre afin d’utiliser le téléphone de service pour joindre la réception. Dès que la personne de permanence décroche, je lui demande :
— J’ai besoin du nom et du numéro de suite d’une cliente.
Après une courte hésitation, il me répond :
— Monsieur, je ne suis pas autorisé à donner ce type d’information. Vous savez que la confidentialité des clients est notre priorité.
Devant son baratin, je m’assieds sur le bord du lit pour lui servir le mien :
— J’ai de l’argent. Beaucoup d’argent…
Il hésite, je le sens à sa respiration.
— Je pourrais perdre mon emploi si…
Je ricane :
— Je peux payer une année de salaire, même deux pour cette information.
Un long silence suit, il cède :
— Qui cherchez-vous ?
Je passe outre le fait que tout s’achète quand on y met le prix pour lui décrire ma beauté glaciale :
— Une jeune femme qui est arrivée en fin d’après-midi. Blonde, yeux bleus, très jolie…
Avec une certaine déception, il m’annonce :
— Je ne trouve aucune nouvelle réservation pour une femme seule.
Ma gorge se noue. Je déduis :
— Pour un couple ?
Il vérifie avant de me répondre :
— Rien, Monsieur. Je suis désolé.
Je lui impose :
— Vérifiez encore.
Après quelques secondes, il affirme :
— Je suis désolé, mais nous n’avons enregistré aucune nouvelle arrivée depuis trois jours.
Je lui assure néanmoins :
— J’étais pourtant là quand elle s’est présentée à la réception vers dix-sept heures. Et, il y a un instant encore, elle dansait avec moi !
Gêné, il soutient en retour :
— Je ne remets pas en cause ce que vous avez vu, mais mon écran m’indique que nous n’avons enregistré personne.
Agacé, je me contente de lui annoncer :
— Très bien, j’en parlerai demain au chef de la réception. Merci.
Je raccroche. Soucieux, je souffle dans le creux de ma main pour vérifier mon haleine, et d’une certaine façon, mon alcoolémie.
Je n’ai pas rêvé, n’est-ce pas ? Elle était là, glaciale, mais flamboyante. J’ai encore son parfum en tête et la sensation de sa peau chaude sous mes lèvres…
Je tire sur ma lèvre inférieure.
Elle m’a posé un lapin ou elle s’est sentie mal au point de partir en douce ?
Je me mordille la lèvre.
Pourquoi n’est-elle pas enregistrée à l’hôtel ? Est-elle avec un homme ? Un parent ? Une sœur ? Une amie ?
Les battements de mon cœur s’accélèrent avec une certaine frustration à la clé.
Elle était belle à m’en damner. J’ai rarement eu une telle attirance. Je la voulais, quitte à attendre jusqu’à l’aube qu’elle dégrise sans la toucher.
Contrarié, je me laisse tomber sur le matelas tandis que la fête bat son plein dans la pièce à côté.
J’espère qu’elle est bien arrivée à sa suite…
Je ferme les yeux.
Qui qu’elle soit, je la retrouverai. Qu’elle soit avec un homme, un parent ou je ne sais qui d’autre, nous terminerons cette danse qui m’a dérobé ma patience et que sais-je d’autre ?
Migraineux, enivré et terriblement frustré, je murmure :
— Dire que j’étais à deux doigts de l’embrasser…
Je frotte mon visage avant de me relever pour aller faire bonne figure devant mes invités.
C’est bien la première fois qu’une femme s’enfuit en ma présence. D’habitude, elles en ont pour mon argent, mon titre et elles sont prêtes à tout pour une nuit avec moi. Cependant, cette jolie blonde a fait tout l’inverse. À dix-sept heures, elle a disparu d’un claquement de doigts. Et elle vient de me refaire le coup à minuit ! Peut-être qu’elle ne sait pas qui je suis ? Et si c’est le cas, comment réagira-t-elle en l’apprenant ?
 
Maeva 7
Quand le réveil a sonné à six heures du matin, je n’étais pas prête à affronter ma journée…
Avec une jolie gueule de bois, je coiffe mes cheveux en chignon pour faire plus « sophistiquée ». Vêtue de ma tenue de travail, je n’ai plus rien à voir avec cette Cendrillon qui s’est frottée à ce prince friqué. Mon maquillage est également plus léger, d’autant plus que je vais porter mes lunettes de confort pour les écrans. Je soupire donc :
— Il ne me reconnaîtra peut-être pas comme ça ?
Tirée à quatre épingles, j’enfile mes lunettes, mes talons puis je me dirige vers la sortie de ma chambre. Je rejoins rapidement la salle derrière la réception qui comporte aussi le bureau de mon oncle. Il est sept heures moins dix quand j’y parviens. Je frappe puis j’entre. Mon oncle est en train de se faire un café. Il me propose :
— Bonjour, Maeva. Un café ?
J’accepte bien volontiers :
— Bonjour, oui.
Il me tend la tasse avant de m’observer.
— Comment s’est passée la soirée ?
Dépitée, je lui apprends :
— Ne m’en parle pas, j’ai la migraine.
Il ricane :
— Tu as bu ?
Je grimace.
— Trop ! Je me suis laissée entraîner par…
Comme il me fixe, je précise :
— Je n’ai couché avec personne, OK ?
Tonton fronce les sourcils.
— Je n’ai rien dit.
Je lui rétorque tout de même :
— Cela se lit sur ton visage, Tonton.
Il hausse les épaules.
— Tu as vingt ans, et je ne suis pas ton père.
Je lui assure :
— Je n’ai fait que danser, manger et boire.
Il me tend un croissant.
— Ne te justifie pas, Maeva. Tu es une grande fille.
Blasée, je mords dans la viennoiserie puis je la mâchouille tandis qu’il m’informe :
— C’est assez simple. C’est un poste de réception comme les autres. La seule chose à noter, c’est la confidentialité des clients. Tu ne dois en aucun cas renseigner qui que ce soit sur les personnes descendues à l’hôtel.
J’avale ce que j’ai en bouche avant de marmonner :
— Normal.
Tonton complète :
— Concernant ton attitude, le sourire est de mise en toutes circonstances. Et surtout, dispense-toi de commentaire, quoi qu’on te dise ou te demande. Contente-toi de rester le plus proche possible du « Oui, Monsieur. » ou du « Non, Monsieur. », pareillement pour une femme.
Je conclus :
— Pas d’embrouille, pour résumer.
Il tapote mon épaule.
— Voilà.
Je fais rouler mes yeux.
— OK.
Je pense aussitôt au fait que j’ai allumé l’un des clients durant la soirée et que ça risque de poser problème. Comme j’y réfléchis très consciencieusement, Tonton me réclame :
— Un problème ?
J’hésite puis je l’informe :
— J’ai dansé avec un type, hier. Il ne s’est rien passé de plus, mais…
Il fronce les sourcils.
— Mais ?
J’annote simplement :
— Il aurait bien aimé que ce soit le cas à mon avis.
Il me demande immédiatement :
— C’est ton cas également ?
Je botte en touche :
— Je ne crois pas aux contes de fées. Donc qu’il m’attire ou non, il était hors de question que ça aille plus loin.
Il baisse les yeux puis il soupire :
— Je t’avais dit de rester loin d’eux…
Je lui rappelle :
— C’était compliqué étant donné qu’il voulait me serrer depuis le départ !
Mon oncle pose son index sur ses lèvres.
— Moins fort…
Je termine mon café avant de conclure :
— De toute façon, dès lors qu’il saura que je ne suis qu’une petite réceptionniste de passage, ça le calmera.
Il acquiesce d’un mouvement de la tête.
— Oui. Je vais tâcher de te placer sur les plannings du matin, cette semaine. Il y a très peu de passage, et ces jeunes-là sont rarement debout avant midi.
Je ricane :
— Oui, dans une semaine, j’aurai disparu de son esprit.
Sur cet accord, il me désigne l’accueil.
— Je vais te montrer comment fonctionne notre logiciel de réservation.
On se dirige vers le comptoir en bois. En quelques minutes, il m’explique le fonctionnement de l’ordinateur, du logiciel et celui du standard. Cela n’a rien de sorcier. Il me conseille encore :
— Si jamais vous vous croisez et que cela pose problème, préviens-moi. Je temporiserai pour toi.
Je remue la tête.
— Tu n’as pas à te mettre en danger pour un flirt d’un soir qui ne s’est conclu que sur mon départ discret. Je suis grande, je vais…
Une voix me fait soudain frissonner. Je reconnais l’accent d’Archie dans mon dos. Il semble être au téléphone. À ma réaction, Tonton me fait signe d’aller à l’arrière. Je m’y précipite comme une adolescente prise sur le fait accompli. J’entends néanmoins leur conversation.
— Hier, une jeune femme est arrivée à l’hôtel en fin d’après-midi. Vous connaissez son nom ?
Je me frappe le front. Après une courte hésitation, mon oncle déclare :
— Vous savez que ce genre d’informations est confidentiel, prince Archie ?
Stupéfiée, je bredouille :
— Prince Archie ?
Ce dernier se met à rire doucement :
— Et vous n’êtes pas achetable, n’est-ce pas ?
Tonton lui rétorque :
— Bien entendu.
Dépité, il tapote le comptoir en lui imposant :
— Quand vous la verrez, dites-lui de passer me voir.
Mon oncle répond :
— Oui, Votre Altesse.
Archie ricane :
— Ne soyez pas si cérémonieux. Ici, je suis un client comme les autres.
Je perçois ses pas s’éloigner. Tonton me fait mourir de peur en s’adressant à moi :
— Tu l’as entendu ?
Je sors de la salle en bougonnant :
— Il attendra la fin de mon service.
Il fait mine de m’étrangler avant de rouspéter :
— Je croyais que tu n’avais fait que danser avec lui. Je peux savoir ce qu’il te veut ?
Je hausse les épaules.
— Obtenir ce qu’il n’a pas eu ?
D’un simple regard, mon oncle me fait sentir que ça ne lui plaît pas. J’abaisse donc les yeux.
— J’irai mettre les choses au clair après mon service.
Il me rappelle :
— Excuse-toi, et cela passera sans doute.
Je valide d’un hochement de la tête. Il s’éloigne tandis que je soupire d’embarras.
Quel charo ! Il ne peut pas m’oublier ? Et puis, qu’est-ce qu’il fait debout à sept heures du matin alors qu’il a fait la fête toute la nuit ?
Je réajuste ma veste de tailleur.
C’est bien ma chance ! Je vais devoir faire des courbettes devant ce prince ! Je n’en ai ni l’envie ni la force. D’autant plus que c’est lui qui s’est trompé sur mon compte. OK, j’aurais pu l’avertir et me montrer claire. Mais il ne m’en a pas vraiment laissé l’occasion. Et puis, merde ! Je n’ai pas de compte à lui rendre !
 
Archie 8
Réveillé à l’aube par un appel de la principauté, je déambule dans les rues enneigées depuis près d’une heure. Je commence à geler. Aussi, je souffle sur mes doigts en revenant vers l’hôtel.
Personne ne veut me renseigner sur elle. C’est assez frustrant !
Mon téléphone se remet à sonner. Je décroche en voyant qu’il s’agit de mon garde du corps :
 
— Où es-tu ?
 
Je lui réponds :
 
— Je rentre à l’hôtel.
 
Il me rappelle :
 
— Tu ne peux pas te balader comme ça sans surveillance !
 
Je hausse les épaules, parce qu’il s’agit de l’un de mes amis proches :
 
— J’avais besoin de faire le vide. J’ai la gueule de bois.
 
Contrarié, il m’impose :
 
— Je te rejoins.
 
J’affirme :
 
— J’entre dans le bâtiment. On se retrouve pour le petit-déjeuner ?
 
Blasé, il me sermonne :
 
— Même si tu penses passer inaperçu ici, si quelqu’un te reconnaît…
 
Je l’interromps :
 
— Ça n’arrivera pas. Je te laisse, j’entre dans le hall.
 
Dès que j’ai raccroché, je soupire en levant les yeux vers la réception qui se trouve en face de moi. Je suis surpris d’y voir une jeune femme blonde à lunettes, le nez braqué sur l’écran derrière le comptoir. Par politesse, je m’adresse à elle :
— Bonjour.
Elle relève aussitôt les yeux. Lorsque nos regards se croisent, je marque une hésitation.
Je rêve ou…
Elle me demande d’une voix mielleuse :
— Vous avez besoin de quelque chose, Monsieur ?
Perturbé par la ressemblance entre ma belle et cette réceptionniste, je m’approche pour discuter avec elle.
— Vous êtes nouvelle ?
Tout en fixant à nouveau l’écran, elle me répond :
— J’effectue un remplacement pour les vacances.
Cette voix, elle ne m’est pas étrangère même si l’intonation est très clairement différente. Je m’appuie contre le comptoir pour l’étudier.
C’est elle, hein ?
Amusé par la situation, je lui lance :
— Vous avez un souci avec les réservations ?
Ses prunelles bleues se relèvent. Quand nos regards se croisent, mon sourire devient radieux. Je lui réclame :
— Toi, ici ?
Je jette un œil à son prénom noté sur la broche que je lis à voix haute :
— Maeva.
Je précise :
— Quel doux prénom !
Elle me fusille aussitôt de son regard clair.
— Je suis en service, Monsieur.
Perplexe, je tends la main vers ses lunettes.
— Tu croyais que…
Elle marque un écart.
— Vous ne pouvez pas me toucher, Monsieur.
Choqué, j’éclate de rire :
— Tu ne disais pas ça quand tu te frottais à moi, cette nuit !
En colère, elle a bien du mal à se retenir de me répondre. Mais je suis tellement content de l’avoir retrouvée que je lui propose :
— Tu as pris ton petit-déjeuner ?
Maeva, puisque j’ai enfin son identité, me rétorque :
— Je travaille.
J’affirme :
— Ce n’est pas une réponse.
Elle me souffle :
— Oui.
Déçu, je la taquine :
— Pourquoi tu as l’air si furieuse ?
Je lui rappelle :
— C’est moi qui devrais être en colère d’avoir été trompé.
Du coin de l’œil, elle me fait clairement comprendre que l’envie de me tuer lui traverse l’esprit. J’annote donc :
— On s’expliquera après ton service, c’est ça ?
Elle me répond :
— Je ne suis pas autorisée à fréquenter les clients de l’hôtel.
Perplexe, je remarque :
— Hier…
Elle me coupe :
— Hier, je n’avais pas encore pris mon poste.
Curieux, je l’interroge :
— C’est pour ça que tu t’es enfuie comme une voleuse ? Tu avais peur que…
Le téléphone se met à sonner. Sauvée par cet appel, elle m’impose :
— Laissez-moi faire mon travail.
Elle décroche sous mon regard amusé.
Tiens donc ! Une employée de l’hôtel ? Celle-ci, je ne m’y attendais pas. Maeva a du culot et un sacré charisme pour me tenir tête de cette façon. Pourquoi me repousse-t-elle ? Est-ce réellement parce qu’elle tient au règlement ? Ou est-ce qu’elle s’imagine que je n’en vaux pas la peine ? À moins qu’elle ne sache pas encore qui je suis ?
 
Maeva 9
Il va rester là jusqu’à quand ?
Depuis une demi-heure, Archie est adossé au comptoir et il m’observe sans dire un mot. Je fais en sorte d’effectuer mon travail sans tenir compte de sa présence. Cela finit tout de même par l’agacer :
— Tu vas m’ignorer longtemps ?
Je lève les yeux vers lui.
— Vous avez besoin de quelque chose, Monsieur ?
Il sourit.
— Tu es obligée de jouer à ce petit jeu ?
Je lui désigne la caméra du menton. Il y jette un œil avant de soupirer :
— Tu as peur de perdre ton travail ? Tu sais, je peux te donner le double ou le triple, voire dix fois plus que ton salaire.
En me sentant insultée par sa proposition, j’abaisse légèrement mes lunettes et je lui dis :
— J’ai l’air d’une escorte, Monsieur ?
Archie me dévisage.
— Quoi ?
Je répète ma question de façon plus crue :
— J’ai l’air d’une pute ?
Je complète :
— Votre Altesse ?
Surpris que je connaisse son identité, il se redresse et s’offusque :
— Je n’ai jamais dit ça… Je…
Je lui assure :
— Me proposer de l’argent en échange de…
Son regard change brusquement. Il m’accuse d’un air furieux :
— Tu m’as piégé, c’est ça ?
Il regarde autour de lui nerveusement avant de me prévenir :
— Tu ne sais pas dans quelle merde tu t’es mise ! Mes avocats vont te tomber dessus et…
Je le calme direct :
— Et quoi ?
Nous échangeons un long regard tandis que je lui précise :
— C’est vous qui me harcelez depuis que vous êtes là. Je ne vous ai rien demandé. Alors, au lieu de monter sur vos grands chevaux et de m’accuser de n’importe quoi, circulez.
Je suppose que ce n’était pas vraiment la bonne réponse à lui donner. Choqué, il me dévisage sans savoir si je lui mens ou pas. Comme mon oncle a dû voir ce qu’il se passait grâce à la caméra reliée à son bureau, il intervient.
— Il y a un problème, Votre Altesse ?
Perdu, il exige :
— Qui est cette femme ?
Tonton lui apprend :
— Il s’agit de ma nièce, Maeva. Je l’ai personnellement recommandée pour ce poste d’intérimaire.
Il ajoute :
— Je vous prie de m’excuser si elle vous a causé le moindre tort.
Il se courbe pour s’excuser tout en appuyant sur l’arrière de mon crâne pour que je le fasse également. Humiliée, je ne suis pas près de pardonner ce qui vient de se passer. Archie soupire :
— Relevez la tête. Vous n’êtes pas obligés d’aller aussi loin.
Mon oncle se redresse et m’ordonne :
— Excuse-toi.
Je jette un œil vers lui en ayant envie de rugir un « Eh puis quoi encore ?  ». Cependant, je fusille Archie du regard avant de me repentir platement :
— Je suis désolée, Votre Altesse.
Je m’incline en me mordillant la lèvre. Il marmonne :
— C’est bon. Ce n’était pas grand-chose.
Mon envie de lui éclater la bouche monte d’un cran.
Pas grand-chose ? Mais je vais le tuer, celui-là ! Je suis obligée de m’excuser qu’il m’ait prise pour une pute !
Rageuse, je relève la tête en ayant les yeux brûlants de larmes de fureur. Il hésite, se gratte la nuque et me réclame :
— On peut se parler en privé ?
Je vais pour refuser lorsque mon oncle me pousse à obtempérer :
— Vous pouvez utiliser mon bureau.
Tout en faisant des courbettes pour lui désigner le chemin pour nous rejoindre de ce côté du comptoir, Tonton lui précise :
— Je suis vraiment désolé qu’elle vous ait causé des soucis. Elle ne savait pas qui vous étiez jusqu’à ce matin. Elle…
Il lui fait signe d’arrêter.
— Je vous ai dit que c’était bon.
Ses yeux ne se détachent pas des miens quand il mentionne :
— Je veux simplement échanger quelques mots avec votre nièce.
Il lui indique d’entrer dans la salle. Il me colle ensuite une tape discrète en me mimant : « excuse-toi encore ». Je soupire en le voyant s’introduire dans le bureau de mon oncle.
Génial ! J’ai l’impression d’être à l’école…
Dès que je pénètre la pièce à mon tour, je sens que l’atmosphère a changé. Mon oncle ferme la porte.
— Je vais m’occuper de la réception.
Archie s’appuie contre le bureau et croise les bras. On se regarde de travers une bonne minute avant qu’il ne se redresse pour s’avancer vers moi.
— Tu t’es bien amusée, hier soir ?
Qu’il soit prince ou clochard ne change rien au fait que je ne le laisserai pas avoir le moindre geste déplacé envers moi. Aussi, je lui rétorque :
— L’alcool et les petits fours étaient excellents. Merci de m’avoir invitée, Votre Altesse.
Comme je replace le contexte, il ricane :
— Tu t’es bien gardée de me dire qui tu étais.
Je riposte sans me soucier de la politesse :
— Parce que tu m’as laissé l’occasion de te le dire ? Monsieur « je m’écoute parler » ?
Stupéfié, il pose sa main près de mon visage et me rappelle :
— Tu sais à qui tu t’adresses ?
Le cœur sur le point de rompre, je ne me laisse pas rabaisser :
— À un être humain ?
Son autre paume frappe le mur.
— Que tu sois la nièce du bras droit de l’hôtel ne te protégera pas si tu as l’intention de te servir de moi pour gagner de l’argent.
Vexée, je lui souffle au visage d’un ton glaçant :
— Tu peux te le carrer là où je pense ton fric. Je ne suis pas une pute ni pour toi ni pour qui que ce soit d’autre !
Il se penche vivement pour m’embrasser, mais je le repousse violemment sans tenir compte de son rang.
Jamais ! Non, jamais je ne le laisserai croire que je peux être sa pute ! Je ne suis pas à vendre, ni maintenant, ni jamais !
 
Archie 10
De toute évidence, cette furie n’a pas peur de moi. Repoussé assez brusquement, je marque un recul pour la dévisager.
— Qu’est-ce que tu veux ?
Elle cherche la poignée près d’elle tout en me répondant :
— Que tu me foutes la paix !
Surpris, j’attrape son bras.
— Calme-toi… Je…
Furieuse, elle se débat.
— Lâche-moi.
Pour éviter un scandale, je la supplie :
— Je vais te libérer, mais calme-toi avant parce que…
Les yeux dans les yeux, elle me grogne :
— Tu as peur de quoi ? Tu crois que je vais balancer qu’on a dansé ensemble, et que…
J’appose mes lèvres contre son front. Elle sursaute en cherchant à me repousser encore :
— Arrête ça !
Je la libère aussitôt. Maeva retire ses lunettes avant de me pointer avec.
— Je ne sais pas qui tu es, d’où tu viens, combien tu pèses en or ou je ne sais quoi d’autre, etc. Et je m’en fous, OK ?
Toute haletante de colère, elle semble avoir peur de moi. Alors, je recule. Elle complète :
— Je suis ici pour donner un coup de main à mon oncle et toucher mon salaire. Pigé ?
Je n’ai pas le temps de répondre qu’elle me recommande :
— Hier, je suis venue pour m’amuser, et parce que mon oncle m’avait conseillé de ne pas froisser ton ego en refusant ton invitation. Tout ce qu’il s’est passé ensuite…
Je lève les mains.
— Entendu. Tu es innocente !
Elle défait son chignon.
— Ce n’est pas comme si tu avais le droit de me juger.
Je retrouve ma beauté glaciale, enfin, quelque peu enflammée. Elle ajoute :
— Dès qu’on sortira d’ici, on ne se connaît plus.
Je rectifie à mon tour :
— Et si je ne suis pas d’accord ?
Elle croise les bras et me demande de but en blanc :
— Tu crois que j’en ai quelque chose à faire de ton avis ?
Le choc étant passé, je souris.
— Tu as un sacré caractère. Tu es sûre que tu es faite pour ce style de métier ?
À son seul regard, je comprends qu’elle n’a pas envie de rire. Je m’appuie contre le bureau puis je m’excuse :
— OK. Admettons que je me sois emporté pour rien, tu veux bien me pardonner ?
Maeva lève un sourcil.
— Comme si tu en avais quelque chose à faire…
Je tente de calmer encore le jeu.
— Jusqu’à la preuve du contraire, tu as dit toi-même que j’étais un être humain.
Elle soupire :
— Je te pardonne, content ?
J’ose lui souffler :
— Pour que mes excuses soient complètes, il faut que tu acceptes un rencard avec moi.
Elle s’esclaffe :
— Mais bien sûr !
Amusée à en avoir les larmes aux yeux, elle me réclame :
— Où est la caméra ? C’est un piège ? Si c’est une blague, c’est vraiment bien joué. Un prince, une suite royale, une jolie fête et… pécho la petite blonde qui vient d’arriver !
Vexé, je me lève et je m’avance vers elle.
— Pardon ? Je…
J’ai du mal à comprendre son dialecte. Aussi, elle s’agite en marmonnant des trucs que je ne comprends pas très bien. Je finis par la bloquer contre le mur afin de lui demander :
— Qu’est-ce que tu racontes ? Tu crois que c’est un jeu ?
J’affirme tandis que ses yeux bleus me fusillent avec colère :
— Cette nuit quand on a dansé ensemble, je…
Une larme lui échappe et roule sur sa joue. Je tente de l’effacer, mais elle détourne son visage.
— Peu importe.
Elle annote :
— Je suis une employée et tu es un client friqué qui peut me coller un procès si je lui dis un mot de travers. L’histoire s’arrête là.
Elle m’annonce avec une audace certaine :
— Je vais devoir rattraper les minutes que je viens de perdre ici. Alors, la conversation est close, Votre Altesse ou je ne sais pas quoi d’autre !
Maeva ouvre la porte et se faufile à l’extérieur. Cette fois, je ne la retiens pas. Assommé par cette discussion, j’ai bien du mal à accepter que pour la première fois de mon existence, je viens de me faire rejeter.
Elle vient de me mettre une sacrée claque. Mon titre, mon argent, moi, elle n’en veut simplement pas. C’est bien la seule à m’avoir manqué de respect de cette façon. Oui, elle est l’unique femme à m’avoir fait me sentir comme les autres, si ce n’est plus bas que terre…
Quelques minutes après son départ, des coups sont portés à la porte :
— Prince Archie ?
Laminé après cette défaite cuisante, je me redresse.
— Oui ?
Le chef de la réception entre en s’excusant :
— Je suis désolé si ma nièce…
Je secoue la tête.
— Tout va bien, ne vous inquiétez pas.
Perplexe, il regarde à l’extérieur puis il m’informe :
— Si elle vous dérange, je peux la renvoyer.
Vexé, ou plutôt blessé, je ricane :
— Vous plaisantez ? Pourquoi pensez-vous qu’elle me dérange ?
Piqué dans mon ego, j’affirme même :
— Au contraire, elle est amusante.
Il courbe la tête.
— S’il vous plaît, Votre Altesse, ne lui faites pas de mal. Elle est jeune et inexpérimentée dans ce genre d’établissement.
Je tapote son épaule.
— Vous me prenez pour qui ? Ce n’est pas mon style.
Mon téléphone se met à sonner. Aussi, je lui fais signe que je dois répondre. Il m’indique une manière différente de quitter les lieux. Alors, je jette un œil vers la réception. J’aperçois Maeva de dos.
Elle a refait son chignon…
Les tonalités me poussent à décrocher.
Lui faire du mal ? Ce n’était pas mon intention. Je voulais juste la revoir et conclure d’une tout autre façon notre danse d’hier soir. Mais elle en a décidé autrement. Je ne vais pas user de mon pouvoir et de mon argent pour la contraindre à m’appartenir. Si elle doit être à moi, elle le sera de son plein gré.
 
Maeva 11
Après une matinée chaotique, je termine mon service. La relève est arrivée. Je l’informe de plus ou moins ce qu’il s’est passé ce matin, sans mentionner le drama avec le prince Archie.
Ça m’a vraiment bien énervée…
Il est quatorze heures, mon oncle est parti discuter avec les clients. Aussi, je vais sauter l’étape repas pour aller me mettre au lit.
J’espère que je ne lui ai pas attiré de problèmes. Il m’a dit que c’était bon, mais j’ai quand même proposé de partir.
Pour éviter l’ascenseur et les clients, je prends l’escalier. Tandis que je monte les marches, je détache mes cheveux en soupirant :
— Je suis crevée…
J’agite ma tignasse pour l’assouplir. Une voix me surprend alors :
— Tu as terminé ?
Un frisson me parcourt quand je me retourne pour voir qu’il s’agit de ce fichu prince à deux balles. Une rose à la main, il fonce vers moi.
— Je te dois des excuses plus sérieuses, Maeva.
Stupéfiée, je lui rappelle :
— J’ai été claire, Monsieur. Je…
Il me colle la rose sur les lèvres.
— Chut ! Accepte-la.
Je refuse avec dédain :
— Non.
Il fronce les sourcils.
— Tu sais que tu as mauvais caractère ?
Quitte à mal finir autant le faire dans la dignité. Je réponds :
— Tu sais que cela ressemble à s’y méprendre à du harcèlement sexuel ?
Il descend d’une marche.
— Pardon ? Je ne fais qu’offrir une rose à une jolie demoiselle.
Face à son air offensé, je fais rouler mes yeux.
— Jolie demoiselle…
Fatiguée d’être restée debout pendant des heures, je n’ai pas envie de me battre pour une foutue fleur. Je descends d’une marche pour l’accepter.
— Donne.
Il me la tend avant de gravir la marche qui nous sépare.
— Tu es toujours en colère ?
Mon seul regard lui répond. Il me rappelle :
— C’est plutôt à moi d’être furieux. Je…
Je le coupe :
— Si tu avais su dès le départ qui j’étais, tu ne m’aurais jamais invitée à ta petite fête et…
Il saisit mon menton et presse ma lèvre avec son pouce. Surprise par son geste, je me perds dans ses yeux verts quand il me murmure :
— Et nous n’aurions jamais flirté ensemble ? C’est ce que tu allais dire ?
Coincée par ce fait, je fais un pas en arrière.
— Exactement.
Je m’élance vers les étages. Cependant, il me retient d’une prise ferme.
— C’est ça ton problème ? C’est pour ça que tu m’as planté hier et que tu refuses de me parler ?
Médusée, je fais un mouvement violent pour me dégager. Mais cet enfoiré me tire vers lui. Je dévale les deux marches qui nous séparent pour tomber dans ses bras. Quand je heurte son torse et que je lève la tête, il sourit.
— Tu m’as pris pour qui ?
Le cœur sur le point de rompre, je ne sais pas si c’est une menace ou une accusation. Je me redresse pour lui échapper.
— Je m’en fous de qui tu es ! Je…
Archie me tire à nouveau vers lui. Fatiguée de ses enfantillages, je lui réclame :
— Qu’est-ce que tu veux, hein ?
Les yeux dans les yeux, il me répond :
— Ton attention ?
Je pouffe :
— Tu me laisses le choix ?
Il desserre lentement sa prise.
— Oui.
Surprise, je l’observe tandis qu’il me libère.
— J’ai pensé à toi toute la soirée puis toute la nuit.
Je lève un sourcil tout en soupirant :
— Épargne-moi ta…
Archie descend d’une marche avant de me lancer fièrement :
— Si tu n’en veux pas, une autre se fera un plaisir de te remplacer.
Entre humiliation et jalousie, je lui jette sa rose à la figure.
— Tiens ! Tu lui offriras dans ce cas-là !
Je me retourne, le cœur sur le point de rompre, et je m’élance. Il déclare :
— Tu ne vas pas avoir de regret ?
Je l’ignore en me mordant la lèvre. Il m’annonce encore :
— C’est dommage, tu me plaisais vraiment !
Je lève les yeux au ciel tout en marmonnant :
— Quel emmerdeur   !
Archie me rattrape aussitôt pour me demander :
— Tu as changé d’avis ?
Ahurie, je lui crie :
— Non ! Mais bordel ! Tu es lourd !
En réalisant ce que je viens de dire, je masque ma bouche avant de m’enfuir. Il éclate de rire. Furieuse qu’il se moque de moi, je me retourne pour lui expédier mon talon à la figure.
— Tais-toi !
Ma chaussure le heurte en plein visage, ce qui le fait cesser de rire. Il tâte sa lèvre en émettant un rictus amer :
— Tu cherches les problèmes, toi…
En me rendant compte que j’ai dépassé les bornes, je dévale l’escalier à toute vitesse pour m’excuser. Seulement, je rate une marche. J’essaie de me raccrocher à la rampe. Cependant, il me manque quelques millimètres pour la saisir. Face à ma chute programmée, je ferme les yeux. Néanmoins, Archie me rattrape à son contact d’une prise ferme.
— Je te tiens !
Le nez dans son horrible pull de Noël, je tremble comme une feuille morte à l’idée que ma vie et celle de mon oncle tombent entre ses mains.
J’ai abusé. Je n’aurais jamais dû lui parler de cette façon. Il est le prince d’un trou perdu que je ne sais pas situer sur une carte alors que je suis une étudiante fauchée. S’il veut se foutre de moi, il n’avait qu’à le faire. Pourquoi je prends ça si à cœur ? Je cherche vraiment les problèmes…
 
Archie 12
Je viens de rattraper de justesse cette belle et cruelle créature. Tremblante, elle n’ose plus bouger. Aussi, je lui réclame :
— Tu t’es fait mal ?
Maeva se redresse lentement. Ce plongeon dans ses yeux bleus fait palpiter mon cœur de Don Juan. Confuse, elle me souffle :
— Merci.
Sa voix soudain toute fragile me laisse perplexe.
— Tu as eu peur ?
Elle essaie de monter sur la marche supérieure, mais elle ne la trouve pas. Je la retiens donc contre moi.
— Où tu vas comme ça ? Calme-toi.
Je l’accompagne doucement pour qu’elle repose ses pieds correctement sur le sol. Sous le choc, Maeva agite ses cheveux tout en soupirant comme une âme en peine. Je tâte ma lèvre qui est en train de doubler de volume avant de la taquiner :
— Comment vas-tu réparer ça ?
Ses yeux perçants se lèvent vivement vers moi. Avec une pointe de colère, elle s’excuse :
— J’ai dépassé les bornes. Désolée, Votre Altesse.
Je souris.
— Tu trouves ? Jamais une femme ne s’était comportée comme ça avec moi.
Je précise :
— Tu m’as blessé.
Elle me propose :
— Je vais aller chercher un glaçon en cuisine pour votre lèvre.
Le fait qu’elle repasse au vouvoiement m’agace. Je la retiens quand elle descend d’une marche.
— Reste ici. Tu tiens à peine sur tes jambes.
Elle riposte :
— N’importe quoi !

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