Chrysalide de mon coeur
142 pages
Français

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Chrysalide de mon coeur , livre ebook

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Description

Nellyne a toujours cru au prince charmant et aux grandes histoires d’amour. Alors quand Rick, l’homme de sa vie la quitte, son monde s’écroule.


Trahie, abandonnée et complètement anéantie, elle enfouit sa douleur dans les méandres de son cœur. Les seules émotions qu’elle s’autorise à ressentir sont celles qu’elle vit par procuration en regardant, en boucle des films romantiques.


Anesthésiée par les sentiments artificiels, elle plonge peu à peu dans la mélancolie jusqu’à commettre l’impensable.


Une aide inattendue lui permettra de donner une deuxième chance à son destin. En s’éloignant de son passé, Nellyne deviendra une autre, plus forte, plus déterminée que jamais à être heureuse.


Mais lorsque d’un simple regard, elle sera happée dans un tourbillon de doutes, parviendra-t-elle à faire les bons choix ? Car tout le monde le sait, les belles histoires se lisent, mais ne se vivent pas !


Et si, depuis tout ce temps, elle passait à côté du bonheur qu’elle touchait pourtant, du bout des doigts ?

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Informations

Publié par
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EAN13 9782957656516
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0030€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Chrysalide
de mon cœur
 
 
Mag Fanpeyra
 

 
 
 


 
«   Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayant cause, est illicite et constitue une contrefaçon, aux termes des articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. Tous droits réservés. Les peines privatives de liberté, en matière de contrefaçon dans le droit pénal français, ont été récemment alourdies : depuis 2004, la contrefaçon est punie de trois ans d’emprisonnement et de 300   000 € d’amende.   »
 
©2020 Mag Fanpeyra
 
©First Flight éditions
 
Dépôt légal : Avril 2021
 
Image : Pixabay
 
Illustration : Lanagraph
 
ISBN : 9782957656516


Table des matières
Prologue
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 19
Chapitre 20
Chapitre 21
Chapitre 22
Chapitre 23
Chapitre 24
Chapitre 25
Chapitre 26
Chapitre 27
Chapitre 28
Chapitre 29
Chapitre 30
Chapitre 31
Chapitre 32
Chapitre 33
Chapitre 34
Chapitre 35
Chapitre 36
Chapitre 37
Chapitre 38
Chapitre 39
Épilogue

 
Prologue
 
 
 
Je le déteste à en crever   ! Comment a-t-il pu me plaquer sans réelle explication   ?
Après tout ce que nous avons vécu ensemble, Rick m’a zappée de sa vie d’un simple claquement de doigts. Du jour au lendemain, je ne l’ai plus vu. Plus d’appel, plus de message ni de nouvelles, rien. Notre lien que je songeais éternel, il l’a anéanti. Réduit à l’état de poussière, identique à une tempête qui balaye tout sur son passage. Une période, une époque ancrée en moi tel un souvenir douloureux… je suis déchirée   !
Au départ, je ne pensais pas ressentir autant d’affection pour lui. Nous étions de simples camarades de classe, mais il y a eu ce petit quelque chose d’indescriptible entre nous. Rapidement, et tout naturellement, on s’est fréquentés à l’extérieur du collège, et puisque nous habitions dans le même village et qu’il y avait peu de distractions, nous passions notre temps libre ensemble. J’avais picolé ma première bière avec lui, fumé ma première cigarette… et au fur et à mesure, notre complicité grandissait. Notre relation, notre amitié se sont alors transformées.
Dès que ses yeux noirs se posaient sur moi, je perdais tout contrôle. Il avait comme on dit, un regard singulier, particulier   ! Aussi brûlant que polaire, comme le feu et la glace fusionnés… et moi j’étais totalement éprise sous ses prunelles ténébreuses.
Lorsque Rick parlait, hypnotisée, je buvais ses paroles. Quand il me touchait, je vibrais sous ses doigts, j’étais littéralement sous son emprise. Je l’aimais follement et il n’y avait plus que lui qui comptait   !
À seize ans, nous étions devenus inséparables. Il était mon petit copain, mon premier amour et je lui avais tout offert. Mon temps, mes pensées, mon corps… ma virginité.
Il avait pour ainsi dire, mon âme et tout mon être entre ses mains. L’été dernier, ses parents nous ont éloignés en l’inscrivant dans un lycée à l’étranger. Rick a donc quitté la France pour intégrer la grande et prestigieuse «   Academy music Arts   » en Suisse. Cette école était l’unique chance pour qu’il suive un cursus professionnel, mêlant études, discipline exigeante et sa passion : la musique   ! Alors, même si son départ a été un déchirement, je comprenais ce choix pour son avenir. Virtuose né, il avait cette capacité, celle de nous transporter à travers les notes de son piano. Il maîtrisait cet art du bout de ses doigts et cela procurait un véritable sentiment de bien-être. Il était doué, brillant, et avoir une place dans cet internat était une vraie chance.
À la veille de son envol, Rick m’avait fait des tas de promesses en me regardant droit dans les yeux. On devait s’appeler régulièrement, faire un FaceTime tous les soirs, flirter et s’aimer malgré la distance. Il devait revenir à chaque période de vacances scolaires… On aurait dû s’aimer au-delà des kilomètres, mais les semaines ont défilé, et il était de moins en moins disponible. Submergé par le travail comme il disait, il avait peu de temps libre jusqu’à ce fameux soir où j’ai reçu son horrible message. Il m’a larguée par texto, le lâche, sans réelle explication.
Aujourd’hui, presque trois cent soixante-cinq jours après son départ, je ne l’ai plus vu, et pire, il s’est comme évaporé. Son numéro de téléphone ne fonctionne plus. Ses réseaux sociaux ont été supprimés, il a carrément disparu de la planète et notre histoire s’est éteinte à tout jamais. Le plus blessant, ce qui me fait le plus souffrir, c’est que j’avais une totale confiance en lui, en ses paroles… en sa sincérité.
J’imaginais être une de ces filles qui avaient trouvé le garçon de leurs rêves… À présent, je me sens trahie, humiliée et abandonnée par la seule personne que j’idolâtrais   ! Je pensais vraiment qu’il était mon idéal… mon futur époux. Qu’on allait vivre ensemble, se marier, fonder une famille… car depuis ma plus tendre enfance, je croyais au prince charmant, autant que j’adulais le père Noël, c’est idiot   ? Sans doute   ! Mais une chose est sûre, c’est que j’étais sous l’influence de cette nouvelle génération qui grandit au rythme des contes enchantés d’antan. Au milieu de somptueux châteaux, des princesses, des forêts magiques, des chevaux blancs, et surtout de beaux rois prêts à délivrer leurs reines. Ensuite, j’étais comme nourrie à travers la télévision.
Depuis mon plus jeune âge, je me suis abrutie de tous les épisodes des séries à succès des années 1980. Du «   Club Dorothée   » en passant par les feuilletons Young américains : «   Beverly Hills, Hartley cœurs à vif, Melrose place, Models Inc, alerte à Malibu   » … et j’en oublie certainement. Je rêvais d’être à la place de toutes ces héroïnes. Je voulais faire comme elles. Avoir les mêmes expériences au collège, au lycée, pendant les soirées organisées, lors du bal de promo, celles d’Halloween, de Thanksgiving   ; mais aussi, dans des maisons de confréries sur le campus, avec des fêtes où les jeunes boivent dans de gros gobelets en plastique rouge. Je souhaitais vivre comme eux, toujours avec deux personnages que tout oppose, mais qui sont fatalement attirés l’un par l’autre. Bousculant, transformant leur vie pour concrétiser une relation des plus romantiques   ! Toutes ces images m’ont donné à croire aux sentiments et à l’amour fallacieux que j’avais avec Rick, mais… ce n’était qu’un leurre. Il n’est jamais revenu   !
Suite à sa rupture et à ses non-dits, je me suis torturé l’esprit. Je cherchais une logique à son mutisme et mon cœur a tellement pleuré son attitude, son silence, qu’au fur et à mesure, j’ai abandonné tout espoir. Mes émotions et ma passion ont alors élu domicile dans les tréfonds de mon âme, laissant à la place une colère et une haine qui augmentaient progressivement   !
Démunie de Rick, l’homme de ma vie… ce menteur, ce manipulateur , c ’est comme si le monde s’était dépeuplé. Je me sentais délaissée. Perdue, anéantie, avec une impression de vide dans la poitrine. Je n’avais plus aucune perspective ni envie. Une partie de moi s’était éteinte. Je n’avais plus personne à aimer et mon cœur meurtri était devenu une pierre pour mes proches.
Alors depuis, tout ce que je m’autorise à ressentir, est superficiel. Engendré uniquement par des films et séries de romance que je regarde sans cesse comme un besoin incontrôlable. C’est ce que j’appelle survivre par procuration   ! J’en suis consciente, mais je m’en fous… Car sur mon petit écran, je visionne un tas de scénarios et m’identifie aux acteurs. Comme si c’était moi qui vivais les histoires, sans éprouver la moindre crainte d’être une nouvelle fois aimée puis… abandonnée.
Voilà ce qu’est devenue ma vie, une existence factice depuis que Rick, ce connard, m’a quittée   ! 
 
Chapitre 1
 
 
 
J’ouvre un œil, agressée par un rayon de soleil qui s’échappe du volet. Je grogne en relevant aussitôt la couette sur ma tête, je veux me rendormir   ! Je ferme fort les paupières, me tourne d’un côté puis de l’autre, recroqueville mes jambes, m’enroule comme un nem dans le drap, mais rien n’y fait, je suis bel et bien réveillée. Je maudis cette nouvelle journée, ma triste «   réalité   »   ! Bordel, il y a à peine quelques minutes encore, j’étais dans les bras du merveilleux danseur, Johnny   ! On était dans un lac, il était torse nu, moi habillée en blanc et on s’entraînait pour une chorégraphie : une figure super importante. Un porté chic, où je devais rester suspendue au-dessus de sa tête, alors qu’il me tenait à bout de bras. Et puis, cette satanée boule de feu galvanise mon visage au moment où… j’allais embrasser Johnny   ! Merde, c’est toujours pareil, je me réveille à la minute où l’instant devient plus croustillant   ! Je rage et m’injure, je ne suis qu’une conne.
Depuis des mois, je me lève de plus en plus tard. Souvent, je fais la sieste l’après-midi pour éviter de penser, mais cette semaine, j’ai découvert de nouveaux dramas coréens que je visionne en boucle, si bien que le sommeil est presque optionnel. D’ailleurs, je commence à connaître par cœur les répliques de chaque acteur, dans tous les films. C’est devenu mon unique passe-temps. J’adore rejouer les scènes à haute voix, toute seule dans ma chambre   !
Lentement, j’efface tout ce qui m’entoure en fixant droit devant moi, un point invisible. Je respire profondément et aujourd’hui, je m’imagine dans un palais illuminé par des guirlandes rutilantes , avec des odeurs d’encens qui virevoltent dans l’air, un tas de voilages et de teintures aux différentes couleurs façon Bollywood   ! Je prends une voix plus rauque, pour chaque réplique masculine et à l’inverse, je la clarifie et la fluidifie pour le personnage féminin.
 
—    Êtes-vous amoureuse de moi   ?
— Vous pourriez tout aussi bien me demander si je respire   !
— Jamais tu ne m’as manqué, Paro   !
— Jamais, Dev   ? Jamais, tu es sûr   ?
— En général, on se rappelle bien ce qui est important et tu ne l’es pas   !
— Tu as raison, Dev, il n’y a que toi qui comptes…
— Tu as additionné les secondes pour montrer que tu pensais à moi, sans te dire que je pensais à toi chaque seconde…   ! Tu as allumé la lampe, mais c’est moi qui me consumais, idiote   !  
 
Voilà, je ne peux pas me retenir, une grosse boule se forme dans ma gorge et je fonds de nouveau en larmes.
Je me retourne d’un bond dans le lit et enfouis la tête dans les coussins en hurlant de toutes mes forces   !
Pourquoi Rick ne m’aimait-il pas avec autant de compassion et de bienveillance   ? Comme dans ce film indien, entre Devdas et Paro   !
— Pourquoi   ? dis-je à haute voix en me redressant.
Je ressens une dangereuse étincelle prendre ampleur dans mes entrailles. Mes larmes disparaissent pour laisser place à la colère qui se répand dans tous mes membres. Tout en balançant mes oreillers à travers la pièce, je maudis la terre entière   et me lamente une nouvelle fois   ! Je les hais tous et blasphème de rage. Je déteste Rick et ses enfoirés de parents qui nous ont séparés. Je beugle et insulte mon père qui s’est barré avant même ma naissance. J’en veux à tous les hommes … à leurs promesses, à leurs sentiments, aux menteurs et surtout à moi   ! Pourquoi suis-je encore éprise de cet enfoiré et pourquoi je n’arrive pas à surmonter cette désolation qui me consume de l’intérieur   ?
Un énième sanglot s’échappe d’entre mes lèvres. Je suis cassée, brisée, pulvérisée par un amour sans retour. J’ai tellement mal, mon cœur ne cesse de geindre de douleur .
Épuisée par avance d’affronter une nouvelle journée de tourments, j’allonge le bras vers la table de chevet. J’attrape mon portable et vérifie l’heure : treize heures trente… Déjà   ? Lasse, j’essaye de me raisonner et prends une grande respiration. Je me passe une main sur le visage. Je dois me lever, il le faut.
Difficilement, je quitte le lit   !
Droite sur mes jambes, la tête me tourne et j’ai un violent mal de cœur… je crois qu’hier soir, j’ai encore oublié de manger. D’ailleurs, ces derniers jours, c’est de plus en plus fréquent, mais de toute façon, rien ne reste dans mon estomac. J’endosse et subis mon état.
Comme un automate, je sors de ma chambre et me tiens de chaque côté du mur du couloir, en avançant jusqu’à la salle de bains.
Au bout de quelques minutes, assise sur le rebord de la baignoire, je scrute les carreaux gris pailletés, en faisant un tour d’horizon comme si je les découvrais pour la première fois. Maman a fait des travaux cet été, as-tu oublié   ? sifflé-je à haute voix.
J’expire et inspire longuement en baissant la tête. Mon regard vitreux inspecte mes bras blanchâtres posés sur mes frêles cuisses. Lentement, j’étudie mon poignet à l’endroit où ce petit tatouage devait signifier quelque chose   ! Pour ça aussi j’ai été conne, avoir incrusté dans ma peau de l’encre indélébile pour lui. Ce stupide dessin de deux notes de musique devait nous représenter   ! Je le déteste   !
Une larme menace de couler, encore   ! Je renifle et retiens mes sanglots en me levant. Je serre les poings, crispe la mâchoire et avance doucement pour m’observer dans le miroir, je ne me reconnais plus. J’ai tellement changé en un an   ! Mes joues rebondies sont devenues creuses. J’ai le teint blanc cadavérique et mes fringues sont mal ajustées. Mais ce qui me choque le plus, ce sont les gros ronds noirs qui entourent l’orbite de mes yeux. Je suis à l’opposé de ressembler à Satine, la sublime et talentueuse chanteuse dans le film «   Moulin Rouge   ». Actuellement, je serais plutôt comme un personnage de Tim Burton, ou à la limite… j’aurais pu faire la doublure de Bella dans «   Twilight   », au moment où elle accouche de sa fille, Renesmée. Mon corps incarne la maigreur. Mes cheveux n’ont plus d’éclat. Mon visage est terne, il ne reflète aucun sentiment et tout simplement, ce qui me fait face me répugne. Je me dégoûte   !
Qu’est devenue ma vie   ? Je n’ai plus d’espoir, plus d’envie et je me vois dépérir de jour en jour. Je n’en peux plus. Il faut que tout s’arrête…
Je n’ai plus la force de continuer avec cette douleur qui me compresse, qui me consume. Non, j’en ai assez de vivre ainsi et je hais ce foutu tatouage sur mon poignet.

Chapitre 2
 
 
 
TOC TOC   !
— Ça va, ma chérie   ? Nellyne, réponds-moi s’il te plaît, Nellyne…   !
Ma mère tambourine derrière la porte. Elle s’assure, une fois de plus de mon état… enfin, je devrais dire qu’elle me flique encore plus étroitement, dès que je suis seule.
À longueur de journée, elle m’assomme avec des «   ça va   ?   » «   Tu te sens comment   ?... Que fais-tu…   ?   » Ses excès de haute surveillance durent depuis le jour où j’ai eu la brillante idée d’effacer ce foutu tatouage.
J’étais assise dans le bac à douche et munie d’une lame de rasoir prête à entailler mon poignet lorsque ma mère est entrée dans la salle de bains juste à ce moment-là. Forcément, elle l’a interprété comme étant un geste d’autodestruction.
Une tentative de suicide.
C’est enchaîné alors, une violente dispute entre nous. Elle hurlait derrière moi, scotchée à mes talons, et moi, je faisais les cent pas dans l’appartement. D’ailleurs, guidée par la colère, j’ai envoyé valser du revers de la main tout ce qu’il y avait sur mon passage. J’avais beau lui expliquer que je voulais seulement effacer cette encre de ma peau… ma mère ne m’écoutait pas   ! Depuis, sa vigilance a triplé et je me sens étouffée, épiée, inspectée, comme si je n’étais qu’une gamine de cinq ans.
— Oui, maman. Tout va bien. Je me lave et j’arrive, PROMIS   !
À présent, j’utilise ce petit mot «   promis   » à chaque fin de phrase. C’est pour la rassurer davantage. Vaguement, je l’entends baragouiner à travers la porte. Puis elle souffle fort et s’éloigne, enfin.
De nouveau seule, je me prépare sans grand intérêt. Comme toujours… je ne sortirai pas de la maison. Mais cela fait tellement plaisir à maman de me voir quitter le gros peignoir usé et d’être habillée… Alors, j’essaye de faire un minimum d’effort. Et puis, plus vite je passerai quelques instants avec elle en faisant semblant que tout va bien, plus vite je pourrai retourner dans ma chambre. Ainsi, je regarderai pour la sixième fois… je crois, «   In the mood for love   » 1 avec Mr Chow et Mme Chan. Ensuite, je visionnerai «   True Romance   » 2 avec ma seule véritable amie, la boîte de mouchoirs XXL.
Impatiente, je prends une douche rapide. Simplement, je me vêts d’un tee-shirt noir et un legging de la même couleur. Je coiffe mes longs cheveux qui s’éparpillent en cascade dans mon dos et voilà, je suis prête. Je clopine jusqu’au salon. Lorsque je rentre dans la pièce, j’aperçois ma mère et une femme d’une quarantaine d’années. Celle-ci assise au bout de la table, tourne sa cuillère bruyamment dans une de nos tasses. Son visage est fermé. Elle soulève la tête, son regard semble m’étudier en silence. Un sourire se dessine au coin de ses lèvres. Je la détaille à mon tour quelques secondes et remarque derrière elle, deux hommes en blouse immaculée installés sur le canapé. Ils m’examinent aussi sans bouger. Je les trouve ridicules et je pense qu’ils ne leur manqueraient plus que des lunettes, et on pourrait les confondre avec les «   Men in Black   », mais en blanc   ! Contrariée par leurs insipides attitudes, j’essaye de les déstabiliser en leur offrant mon regard le plus sombre. Mais comme des statues, les deux ne cillent pas d’un poil   ! Aucune réaction, même pas lorsque je leur tire la langue.
— Nellyne, s’il te plaît, arrête ça et viens t’asseoir   ! On doit te parler, me dicte ma mère, froidement.
On   ? C’est qui «   on   »   ? Madame qui boit je ne sais quoi dans un de mes mugs préférés, ou les «   Men in White   »   ? Sceptique, je prends place à ses côtés et alors qu’elle entame un long monologue… celui-ci s’avère interminable. Je l’écoute sans grand intérêt. Elle parle et jase non-stop pendant d’innombrables minutes et mon mal de tête refait surface. L’esprit ailleurs, il me tarde qu’elle finisse son allocution pour retourner dans ma chambre, face à Clarence et Alabama devant mon écran plat. Mais les minutes qui s’enchaînent me paraissent des heures illimitées. Je suis si désintéressée et ennuyée que je ne tiens plus sur mon siège. Je remue et commence à jouer avec mes doigts sous la table. J’en profite pour retirer de petits morceaux de peau, autour de mes ongles.
— Tu as compris, ma puce   ? C’est pour ton bien   ! J’ai eu très peur   ! Je t’aime tellement, mais c’est la seule solution ! Je n’y arrive plus et te voir aussi attristée et malheureuse depuis des mois, c’est trop   !
Je fronce les sourcils. Je soulève la tête et l’interroge droit dans les yeux.
— Mais de quoi parles-tu, maman   ?
— Bonjour, Nellyne, je me présente, je suis Adeline. Ce que ta mère veut dire, c’est que notre établissement est un endroit sécurisé pour les jeunes comme toi, en difficulté. Entourée par des professionnels, tu seras aidée et suivie. Tu bénéficieras aussi de cours et d’activités. C’est une sorte de deuxième chance. Tu seras accompagnée moralement pour une meilleure réinsertion ultérieure .
À présent, mes yeux me piquent. Ma respiration s’accélère. Mes épaules montent et descendent sur le même rythme effréné.
… Je crois que je viens de comprendre   !
— Tu veux m’enfermer chez les déséquilibrés, maman, c’est ça   ?
— Ma puce, s’il te plaît…
— Tu penses que je suis cinglée, une folle   ? continué-je avec véhémence.
— Bien sûr que non, Nellyne, tu n’es pas folle. C’est justement pour t’aider que nous sommes là, renchérit la femme en bout de table.
Je me retourne violemment et me lève. Aussitôt ma chaise tombe à la renverse dans un bruit assourdissant.
— Je parle à ma mère, pas à vous   !
Les deux colosses qui étaient sagement assis il y a à peine une seconde, m’entourent de chaque côté. L’un d’eux pose sa main sur mon bras.
— Ne me touchez pas   !
C’est à cet instant précis que commence une lutte sans fin dans l’appartement.
Je me débats de toutes mes forces. Je cours, griffe, mords… J’esquive pour échapper à leur poigne, mais c’est comme si j’étais une criminelle. Ils n’abandonnent pas et font tout pour me capturer vivante.
… Ils souhaitent m’emmener…
J’observe ma mère en la suppliant du regard. Je ne veux pas partir. Je désire rester ici, dans mon univers, dans ma chambre, enfermée et toute seule. Où est mon Hardin Scott 3 , mon milliardaire Christian Grey ou mon vampire Edward pour venir me sauver   ? Je hurle, insulte, implore, mais rien n’y fait. Me voilà coincée et ceinturée dans une grande voiture noire pour me transporter vers le lieu de ma sentence.
Lorsque l’auto démarre, je ne me retourne pas pour regarder l’investigatrice de ma condamnation. Elle doit être sans doute, en train de pleurer, ma mère, hé bien tant mieux… ou tant pis. Je m’en fous… je la déteste   ! Je lui en veux terriblement, car elle aussi, elle m’abandonne lâchement. Comme Rick depuis plus d’un an. Exaspérée et écœurée contre tous, je ferme les yeux et colle mon front contre la vitre froide.
— Tu ne vas pas te taper la tête, Nellyne   ? demande Adeline assise sur le siège passager.
Celle-ci me fixe dans le petit rétroviseur. Je me recule du verre, et la scrute de biais, méchamment   !
— Pourquoi, si je le fais, vous me ramènerez chez moi   ?
— Nonnn   ! Mais je ne souhaite pas que tu te fasses du mal. La sécurité et la bienveillance avant tout, tu vois ce que je veux dire, n’est-ce pas   ?
Mais qu’est-ce qu’elle raconte   ? Je ne suis pas débile   ! À moins qu’elle fasse allusion à mon poignet… Mais merde   ! Je désirais seulement effacer le tatouage, c’est tout   ! Pourquoi personne n’en est convaincu   ?
— J’suis pas une dégénérée, madame. Et si vous pensez que je suis assez stupide et déprimée pour me faire du mal, et bien croyez ce que bon vous semble. Je m’en fiche   !
— Je n’ai jamais dit ça   ! Et appelle-moi Adeline, s’il te plaît . On va passer beaucoup de temps ensemble.
— Super… J’en meurs d’impatience   ! je réponds en plaquant violemment mon dos contre la banquette.

Une heure plus tard, nous arrivons dans l’immense centre pour «   jeunes perturbés   » perdu au milieu de nulle part, en pleine forêt. Sous la demande d’Adeline, j’attends docilement dans la salle d’accueil alors qu’elle remplit les papiers de mon admission avec la secrétaire. Je parais calme, mais dans mon cerveau, un tas d’idées fusent non-stop. Il faut absolument que je m’échappe…
Discrètement, je regarde les grandes portes vitrées de l’entrée et un scénario pour les franchir se modèle dans mon esprit. Bizarrement, cela me fait penser à Michael dans «   Prison Break   » 4 . Comment déguerpir de ce bâtiment   ?
Doucement, je glisse de ma place et passe sur le siège d’à côté tandis que mes yeux fixent toujours le dos de mon administratrice. Je répète mon geste sans faire le moindre bruit. Plus que quelques malheureux centimètres… et j’atteindrai les portes. Je me relève très lentement, mais au même moment une main chaude se pose sur la mienne.
— Mauvaise idée   ! C’est inaccessible, elles s’ouvrent uniquement avec un badge.
Un jeune garçon est assis à côté de moi. Je retire promptement mon bras. Merde… je ne l’ai ni vu ni entendu s’approcher. Je l’analyse vite fait. Son visage est allongé, quelques mèches brunes tombent sur son front et ses iris de couleurs différentes sont… extrêmement surprenants. L’un est bleu et l’autre marron. D’ailleurs, ils pétillent de malice et ils sont sublimés par de petites taches de rousseur qui parsèment ses joues.
Sa bouche s’étire. Il murmure.
— Salut, moi c’est Paul. Polochon pour les intimes. Alors, quelle est ton histoire   ? Pourquoi es-tu ici   ? Schizophrène, bipolaire, pyromane, dépressive ou peut-être nymphomane   ?
Il réussit à me décrocher un semblant de sourire avec sa question. Pourtant, je ne réponds pas et le fixe toujours   !
— OK, je comprends   ! Quand on arrive, on n’a pas forcément envie d’étaler sa vie   !
— Paul, s’il te plaît, laisse Nellyne tranquille, et retourne dans la salle commune   ! intervient gentiment Adeline.
Le garçon se lève, pose sa main droite sur le côté de son front, comme un salut militaire.
— Oui, chef   ! dit-il en rigolant.
Il s’éloigne un peu, dans le long couloir blanc qui s’étend face à nous, mais avant de s’effacer par une des portes, il pivote et me fait un clin d’œil en criant :
— Hé, la nouvelle, Nellyne, c’est ça   ? Si tu as besoin d’un prompt chevalier, je serai ravi de te servir.
Son allure décontractée et la facilité si naturelle de m’aborder éveillent ma curiosité. Serait-ce lui mon futur «   Robin des bois   », mon «   Aladdin   » … mon sauveur   ?


Chapitre 3
 
 
 
Assise sur une des chaises blanches placées en demi-cercle, je les observe. Notre petit groupe de parole quotidien est un peu particulier. Il est organisé autour d’une seule personne servant d’exemple. Un « cas » pour nous convaincre que c’est accessible. Enfin, que c’est possible d’avoir une existence à la suite de «   blessures mentales ou physiques   ».
Cet homme, fait de peau et de chair, parle de son combat contre la dépression destructrice   ! Cet individu qui a séjourné au centre il y a quelques années, nous raconte son histoire. Lorsque sa vie a basculé la nuit de ses dix-huit ans. Après une énorme soirée alcoolisée pour fêter sa majorité avec ses amis, son monde était devenu un enfer… un cauchemar. Chaque jour, il revivait dans son esprit la scène du drame et à chaque fois, son subconscient essayait de changer les événements… un peu comme dans le film «   L’effet papillon   ».
Son récit est carrément poignant   !
Il est l’unique survivant d’un terrible accident de voiture et sa culpabilité d’être en vie l’a entraîné dans une tourmente infernale. Nous le considérons tous et personne n’ose parler, ni même bouger. Il est le seul protagoniste de l’atelier «   paroles   ». Pourtant, rares sont les fois où les séances se déroulent aussi paisiblement. Nous sommes tous tellement différents… Chacun a ses propres démons, ses blessures, ses névroses, ses moments de «   pétage de plombs   », mais, malgré le degré de nos maux respectifs… on nous apprend à nous écouter ainsi qu’à nous soutenir. D’ailleurs, aujourd’hui notre assemblée est totalement captivée et raisonnablement calme. C’est ce que nous étudions jour après jour… et c’est ce que je fais, depuis que je suis internée   !
À présent, le centre est mon quotidien. Mon nouveau chez-moi et les patients sont devenus ma seconde famille… Enfin, pas tout le monde.
Assise à côté de moi, il y a Melan, elle a deux ans de plus que moi. Elle a de longs cheveux teints de différentes couleurs et elle souffre d’agoraphobie, mais aussi d’ochlophobie 5 . Pourtant, cette fille est ordinaire, agréable et complaisante, rien ne laisse paraître ses maux qui l’empoisonnent.
Dès mon arrivée, entre nous deux il y a eu… comme une connexion inexplicable et très vite nous avons sympathisé. Depuis, nos discussions sur nos sentiments, nos peurs, nos ressentis peuvent durer des heures et des heures, et j’apprécie sa compagnie. Elle est vraiment chouette   !
À sa droite, avachi sur son siège, c’est Bobby. Nous l’appelons Bob l’éponge. Son truc à lui, c’est qu’il a la fâcheuse tendance à copieusement absorber   ! Le pauvre, en réalité, il a une forte addiction aux apéros bien arrosés, mais en plus, à n’importe quelle heure de la journée. Son problème avec l’alcool avait presque changé sa personnalité   ; or, depuis quelques semaines, celui-ci s’est nettement amélioré. Il n’a plus touché à une goutte de téquila. Il est enfin libéré… il est sobre. Je suis contente pour lui, dans quelque temps, il sortira d’ici pour rejoindre sa copine et son fils Paolo qui vient tout juste de souffler sa première bougie.
Plus loin, il y a Ingrid. Un peu comme moi, elle est arrivée dans le centre à la demande de ses parents. Elle souffre de nombreuses pathologies lourdes, et parfois, pète un plomb sans raison. Dès son admission, elle a eu droit à une chambre individuelle. On la voit rarement, car elle ne participe pas aux ateliers ni aux activités collectives extérieures et encore moins aux cours proposés. Elle me fait de la peine à rester seule comme un animal meurtri au fond d’une cage. Pourtant plusieurs d’entre nous ont essayé de sympathiser avec elle, mais elle refuse et part aussitôt en crise d’hystérie. Alors maintenant, on la laisse dans son coin. On a bien compris qu’elle n’était pas prête de se sociabiliser   !
À sa gauche, c’est Manon, une petite rousse aux yeux marron clair. Sa passion… son hobby ou son tic est de tirer sans cesse sur l’élastique noir qu’elle a au poignet. Elle est arrivée il y a deux jours et je ne la connais pas vraiment.
Par contre, celle qui est à côté d’elle, c’est Kaïna et c’est bien le contraire. Souvent les gens la confondent avec un homme   ! C’est à cause de son physique, car elle est grande, mince, avec une poitrine quasi inexistante et des cheveux courts. Toujours habillée avec des fringues de mecs, elle a le style «   Tomboy   »   ! Elle est née avec un corps de femme, mais son esprit et ses aptitudes sont ceux d’un gars. De ce fait, le problème de son choix sexuel l’a conduite dans un perpétuel conflit identitaire   ! À son arrivée, elle était en retrait, mais un peu comme nous tous, elle a pris de l’assurance et maintenant, elle assume complètement qui elle est vraiment. D’ailleurs, un soir après l’avoir motivée à participer à un atelier improvisé «   soins de beauté   » entre filles, à la fin il ne restait plus que nous deux. Les autres étant parties se coucher, nous, nous avons continué à cancaner. Puis de fil en aiguille, j’ai ressenti quelque chose à son égard et j’ai franchi une limite que je n’aurais jamais imaginé pouvoir transgresser un jour   ! Comme dans le film «   La Vie d’Adèle   », j’ai exploré un univers de voluptés inconnues. J’ai littéralement succombé au plaisir entre ses mains. Percevoir ses doigts ainsi que sa bouche sur mon corps et goûter sa peau sucrée… c’était incroyable et carrément grisant   ! Au début, j’avoue, c’était très perturbant. J’étais très gênée lorsqu’elle a commencé à effleurer la couture de mon soutien-gorge, en me regardant droit dans les yeux. Je n’ai pas bougé jusqu’au moment où elle a empoigné fermement un de mes seins. À travers le tissu en coton, je sentais la paume de sa main chaude et mes tétons ont réagi aussitôt en se durcissant. Je ne savais plus quoi faire , or, tous mes sens s’animaient. Sans doute Kaïna a dû s’en rendre compte, puisqu’après, c’est elle qui avait posé ses lèvres humides sur les miennes. Sa langue gourmande est entrée lentement dans ma bouche pour m’accorder une danse des plus voluptueuses. S’est enchaînée ensuite, une nuit inoubliable qui m’a offert un feu d’artifice de sensations   ! Sur l’instant, je me sentais parfaitement bien, libre, maîtresse des soubresauts que je ressentais dans mon bas-ventre. Il n’y avait plus qu’elle, moi, et nos deux corps brûlants de jouissances partagées   ! C’était complètement fou et j’ai adoré baiser avec elle… avec une « fille-garçon ». Pourtant, je ne suis pas lesbienne et même après notre première nuit, on ne s’est jamais considérées comme un véritable couple… mais, de temps en temps , on s’octroie des rendez-vous nocturnes pour assouvir nos désirs. Et cela nous convient parfaitement. On s’amuse bien, on se fait jouir sans vraiment éprouver de sentiments amoureux…
Enfin, pour en revenir à notre groupe de soutien, il en manque un à présenter. Assis en face de moi, c’est Paul, dit «   Polochon   ». Alors lui, en revanche, c’est une tout autre histoire. Tandis que nous sommes tous détendus, lui me fixe en triturant un fil qui dépasse de son jeans, au-dessus de son genou. Au début, lors de mon arrivée au centre, Polochon était cordial, gentil, un peu comme le protecteur des lieux. Il m’avait, pour ainsi dire, prise sous son aile et j’étais tellement ravie de me sentir importante à ses yeux, que sans m’en rendre compte, il a su tisser un lien de confiance… Je le croyais honnête. Quand j’y pense, il a été fort, très fort, ce manipulateur   ! Car sous son air angélique de prince bienveillant, en réalité, se cachait un véritable monstre. Un Voldemort   ! Mais ça, évidemment, je l’ai découvert bien plus tard… et aujourd’hui, il évite à tout prix de me regarder. Il redoute que je balance devant tout le monde ses baisers, ses caresses, et ma respiration qui se saccadait sous la pression de son corps qui m’écrasait. Il a sans doute peur que je raconte comment il m’a plaquée au sol, sa main sur ma bouche pour étouffer mes supplications   !
Oui, c’est ça, j’en suis certaine, maintenant il a la trouille   ! Cela se lit dans ses yeux à chaque fois que je le lorgne méchamment, il baisse la tête. D’ailleurs, son enthousiasme a disparu et son visage a perdu de sa superbe, il se décompose de jour en jour, probablement rongé par les remords.
Cette nuit-là, j’avais encore une fois fait confiance à un beau parleur que je croyais sincère   ! Heureusement, poussée par un élan d’adrénaline que je ne me connaissais pas, mon geste intuitif, un gros coup de genou bien placé, lui a coûté une contorsion douloureuse de ses bijoux de famille. Au fond de moi, même si je ne suis pas très fière, je ne regrette absolument pas, car ça a été la seule façon de l’arrêter et d’échapper à son emprise. Quelques jours après, j’ai entendu dire qu’il a eu des «   problèmes   » et qu’actuellement il éprouve des difficultés… d’édification… enfin, il a du mal à bander. C’est moche ce qui lui arrive, mais à présent, il a bien compris que lorsqu’une fille dit non, c’est stop   ! Et tant pis si sa queue garde des séquelles.
— Nellyne, s’il te plaît, explique-nous ce que le mot «   guérir   » représente pour toi.
Une voix douce me sort de mes pensées. C’est celle d’Adeline, ma psy. Cette femme que j’ai appris à connaître est finalement sympa. Elle est devenue non seulement ma confidente, ma psychologue, mais aussi le guide de ma raison. Elle est comme mon petit Jiminy Cricket 6 , toujours avec de très bons conseils.
Elle me regarde et m’invite à me lever pour prendre la parole sur le mot «   guérir   ». Moi, je n’aime pas trop ce mot, je trouve qu’il sonne faux   ! Peut-on vraiment guérir d’une absence, d’un manque ou d’une trahison   ? Je ne pense pas, ou tout du moins, pas totalement, et c’est un facteur de changement de caractère. Pour ma part, je n’ai pas «   guéri   » du départ et du silence de Rick, non, mais cela fait partie de moi et de mon passé. En contrepartie, j’ai réussi à surmonter ma tristesse en acceptant les faits au lieu de les subir   ! Et j’ai fait de même pour l’histoire avec Polochon. Tout reste au fond de moi, et c’est comme une ancienne blessure avec une cicatrice en guise de souvenir, afin que plus jamais un homme n’abuse ni de ma personne ni de ma confiance   !
Je ne donnerai plus mon cœur et mes émotions aussi facilement, je ne serai plus cette fille naïve et fragile   !
Depuis presque… je ne sais même plus exactement depuis combien de temps je suis internée, mais… c’est comme une renaissance. Une nouvelle moi est née. Une seconde chance à la vie avec des changements, tel un papillon sortant de sa chrysalide   !
Vivre entre ces murs m’a permis de découvrir qui j’étais réellement et je ne suis plus obligée de m’abrutir devant des films pour ressentir des sentiments virtuels. Je ne dis pas que j’arrêterai d’en visionner, mais du moins, je n’ai plus ce besoin de regarder l’amour, la tristesse, la passion et la folie à travers des jeux d’acteurs   !
À présent, je suis prête à m’attacher ou détester, guidée par mes propres envies. Et dès demain lors de ma sortie du centre, je compte bien en profiter. Croquer la vie à pleines dents.
Oui, une nouvelle Nellyne a pris possession de mon corps   !

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