Code Alpha
267 pages
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Description

Lorsque les Stiix ont débarqué à bord de leurs gigantesques vaisseaux, Cole Liederman a vu sa famille mourir sous ses yeux. Des années plus tard, il n’a plus rien du petit garçon effrayé par les extraterrestres. Aujourd’hui, lui et la Résistance les combattent et tentent de mettre un terme à leur invasion. Un objectif que la mission Code Alpha pourrait bien permettre d’atteindre.


La tâche n’a rien de simple, d’autant plus lorsque l’équipe se voit ajouter de nouveaux membres imprévus, dont le capitaine Eryk Pras. Entre lui et Cole, une certaine tension s’installe et provoque quelques étincelles bien ambiguës. Et si Cole aimerait régler l’affaire par un délicieux corps-à-corps, Eryk, lui, souffre encore trop de la disparition de son compagnon pour s’abandonner à cette attirance.


Leur temps est de toute façon compté, car si Code Alpha échoue, l’humanité pourrait ne jamais se remettre de cette nouvelle défaite.



#Romance MM #Science fiction #Extra terrestre #Militaire #Mission

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 4
EAN13 9782493747044
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Marcus McDeheim
CODE ALPHA
En territoire ennemi
Éditions Haro
 
N° ISBN Papier : 978-2-49374-705-1
N°ISBN Numérique : 978-2-49374-704-4
© Éditions Haro 2022, tous droits réservés.
© Haro et Adobe Stock, pour la présente couverture.
© Milo est une marque des Éditions Haro
Suivi éditorial et correction : Jennifer Verbeurgt
Dépôt légal : Février 2022
Date de parution : Janvier 2022
Éditions Haro :
200 route de Bordeaux, 40 190 Villeneuve de Marsan
Site Internet : www.editionsharo.fr
 
Art L122-4 du CPI : Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l'auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite. Il en est de même pour la traduction, l'adaptation ou la transformation, l'arrangement ou la reproduction par un art ou un procédé quelconque.
 
Art L335-2 du CPI : Toute édition d'écrits, de composition musicale, de dessin, de peinture ou de toute autre production, imprimée ou gravée en entier ou en partie, au mépris des lois et règlements relatifs à la propriété des auteurs, est une contrefaçon et toute contrefaçon est un délit. La contrefaçon en France d'ouvrages publiés en France ou à l'étranger est punie de trois ans d'emprisonnement et de 300 000 euros d'amende. Seront punis des mêmes peines le débit, l'exportation, l'importation, le transbordement ou la détention aux fins précitées des ouvrages contrefaisants. Lorsque les délits prévus par le présent article ont été commis en bande organisée, les peines sont portées à sept ans d'emprisonnement et à 750 000 euros d'amende.
 
Art L335-3 du CPI : Est également un délit de contrefaçon toute reproduction, représentation ou diffusion, par quelque moyen que ce soit, d'une œuvre de l'esprit en violation des droits de l'auteur, tels qu'ils sont définis et réglementés par la loi. Est également un délit de contrefaçon la violation de l'un des droits de l'auteur d'un logiciel définis à l'article L. 122-6.
 
 
À tous ceux qui, comme moi, savent que nous ne sommes pas seuls dans l’univers.
Prologue
J’ai toujours pensé que les extraterrestres envahiraient la planète à la manière des vieux films de science-fiction que mon père regardait à la télévision le samedi après-midi, c’est-à-dire sous un déluge de rayons laser avec, en fond sonore, un opéra composé de sifflements métalliques, d’explosions bruyantes et de ronflements de moteurs à fusion.
En réalité, ils sont arrivés sur la pointe des pieds, sans faire le moindre bruit. La NASA et le SETI 1 n’ont rien noté d’inhabituel sur leurs écrans radars, les radiotélescopes sont restés sourds, aucune alerte n’a été donnée. Le calme le plus total sur les ondes. Je me souviens qu’il a fait très sombre dans la maison lorsque les premiers engins sont apparus dans le ciel. Le sol a simplement frémi sous nos pieds, les assiettes et les verres ont à peine tremblé dans le lave-vaisselle. Seul notre chat est monté à l’étage en miaulant. Intrigué, mon père est sorti sur le pas de la porte pour voir ce qui se passait. La plupart des habitants du quartier ont eu la même réaction que lui. Je l’ai très vite suivi sur le palier pour me serrer contre sa hanche.
Dehors, on se serait crus lors d’une éclipse solaire. Il ne faisait pas tout à fait nuit, mais c’était suffisant pour tromper les lampadaires de notre rue, qui se sont allumés un par un.
Tous les voisins avaient le nez en l’air. Même le chien de Mme Baker est resté planté là, sans bouger, à fixer l’étrange machine suspendue au-dessus de nous. C’était un vaisseau de la taille d’une ville, aux contours irréguliers, parcouru par un réseau très élaboré de faisceaux lumineux sinistres. Devant cet engin massif, je me suis mis à trembler. Afin de calmer mon inquiétude grandissante, mon père s’est empressé de glisser un bras dans mon dos. Lorsque nos regards se sont croisés, j’ai lu dans le sien quelque chose que je n’avais encore jamais vu auparavant : de la terreur.
J’aurais aimé qu’il me dise qu’il n’y avait rien à craindre, que c’était un grand jour pour l’humanité, que tout allait bien se passer, mais il ne l’a pas fait. Sans doute parce que chacun de ses mots aurait sonné comme un mensonge.
Soudain, tout est devenu très calme autour de nous. Je ne me souviens pas d’avoir entendu un silence aussi étourdissant au cours de ma vie d’adulte. C’était comme si tous les sons avaient disparu de la surface de la terre, comme s’ils avaient été aspirés par magie. Il y a eu, ensuite, un éclat aveuglant quelque part au loin.
Ma mère a fini par nous rejoindre avec ma sœur en pleurs dans les bras. Quand elle a prononcé le prénom de mon père, sa voix était si faible qu’on aurait dit un murmure. Ce dernier s’est alors tourné vers elle pour lui serrer la main.
J’ai su à cet instant précis qu’un événement significatif venait de se produire et que rien ne serait plus jamais comme avant.
Première Partie
Cole
Des années plus tard
 
Notre maison est en ruine, il y a des débris partout, des arbres déracinés, des corps sans vie. Le souffle de l’explosion m’a rendu sourd d’une oreille. Quelque part, pourtant, un bébé pleure, une femme crie et un homme appelle au secours. J’ai la tête dans un étau, mais, hormis quelques égratignures et une bosse qui gonfle sur mon front, je ne suis pas blessé. Une odeur âcre de combustible brûlé m’attaque les narines et une fumée noire, épaisse, me pique les yeux. Le sol autour de moi est recouvert de tuiles, de briques, de planches. Le vent soulève des cendres et quelques feuilles de journaux noircies. Il transporte également toute une panoplie de nouvelles senteurs, comme celles des corps carbonisés, du plastique fondu ou bien celle de la terre labourée par les ogives ennemies. Parmi les débris traînent des photos prises par mon père, des dessins que j’ai gribouillés, des vêtements de ma mère et une poupée de ma sœur. C’est toute une vie qui gît, là, dans les décombres de notre maison. Ma vie d’avant. Je prends soudain conscience de ce qui vient d’arriver, du chaos qui m’entoure, de la réalité de l’événement. Sans bouger d’un pouce, je cherche des yeux les membres de ma famille. Ils sont introuvables. Sûrement morts. Soudain, une voisine s’approche de moi en m’appelant par mon prénom. Elle me caresse la joue gauche, me parle doucement. Sa main est glaciale. Je ne saisis pas ce qu’elle me dit et…
Un coup sec dans les côtes me réveille en sursaut.
— On arrive, grommelle une voix étouffée derrière un foulard.
J’ai encore fait ce même cauchemar, celui qui me hante depuis mon enfance. Les images s’imposent à mon esprit avec une redoutable clarté. Peu à peu, ma vue se fait plus nette. Les contours d’une silhouette se tenant au-dessus de moi se dessinent. Tout me revient en une seconde : l’époque dans laquelle je vis, l’endroit où je me trouve, les gens qui m’accompagnent.
— Ne t’avise pas de recommencer, Jackson, grogné-je d’une voix menaçante. Je ne suis pas un sac de patates.
— Ça fait cinq minutes que tu couines dans ton sommeil.
Je fronce les sourcils, pose un regard meurtrier sur mon camarade.
— C’est toi qui vas couiner si tu te casses pas de là tout de suite, grogné-je.
Jackson Smith me toise une dernière fois, secoue la tête en lâchant un juron que je préfère ne pas relever et se courbe pour regagner sa place.
Je reprends doucement mes esprits en effleurant mon arme. C’est un fusil à détonation ionique qui envoie de multiples rafales capables de réduire un Stiix en bouillie. Le savoir tout contre moi me rassure. Par réflexe – ou par habitude, je ne sais pas –, je vérifie que mon couteau est toujours dans son étui et qu’il me reste assez de munitions dans les poches. Par le passé, je me suis déjà retrouvé sans rien devant un de ces fumiers d’envahisseurs. Je m’en suis sorti de justesse avec une luxation de l’épaule. Ce jour-là, j’ai eu de la chance, car les Stiix sont des durs à cuire. Depuis, j’assure toujours mes arrières en ayant sur moi le plus de cartouches possible.
La route est jonchée de nids de poule et les secousses sont rudes. Je n’arrête pas de me cogner l’arrière de la tête contre les parois du véhicule tactique qui nous transporte et cela ne fait qu’aggraver ma mauvaise humeur.
— Cole ! m’interpelle soudain Ronnie, un camarade assis un peu plus loin. Attrape !
Il me lance un morphocasque, bleu nuit, fabriqué dans le même composite que nos tenues de camouflage. Muni de capteurs qui étudient la morphologie de son porteur, il épouse parfaitement la forme du crâne dès qu’on l’enfile. J’active aussitôt les différentes fonctionnalités, et de nombreuses informations apparaissent sur la visière souple et transparente, telles que ma fréquence cardiaque, mon taux de sucre, ma température…
— Merci, dis-je.
— Pas de quoi.
Ronnie renifle en cherchant à accrocher mon regard, mais je baisse le menton pour ne pas accéder à sa silencieuse requête.
Je connais Ronnie depuis deux ans. C’est le médecin-infirmier de la bande. Avant d’intégrer la Résistance, il était interne en chirurgie dans un hôpital universitaire qui a été bombardé par l’ennemi. Ronnie a survécu trois jours dans les décombres avant qu’une équipe de secours ne le trouve. À l’instar de plusieurs d’entre nous, il a perdu presque toute sa famille durant les premiers jours de l’invasion. Je crois qu’il a encore une tante qui vit près de l’ancienne frontière suisse, mais je n’en suis pas sûr. Féru de psychologie, Ronnie ne peut pas s’empêcher d’essayer de sonder l’esprit des gens qu’il rencontre, du troufion de base au plus haut gradé, ce qui lui a valu plusieurs surnoms comme doc , fouineur ou encore l’emmerdeur. Moi, je l’appelle tout simplement par son prénom, parce que j’estime qu’on a passé l’âge de se filer des sobriquets. La psychologie, ce n’est pas mon truc non plus. C’était peut-être une matière intéressante autrefois, mais à présent que les Stiix ont débarqué, je trouve qu’il y a des choses plus importantes à accomplir que d’essayer de comprendre d’où proviennent les angoisses ou les tocs de quelqu’un.
De toute façon, l’Homme a toujours été une espèce dérangée et je ne vois pas ce qu’on peut faire pour y remédier.
— Encore un de tes foutus rêves ? me questionne Ronnie.
— Je n’ai pas envie d’en parler, réponds-je.
— Ce n’est pas bon de garder ça en toi, me bassine-t-il.
Un truc que j’ai oublié de préciser à propos de Ronnie, c’est qu’il est particulièrement tenace.
— J’ai dit que je ne voulais pas en parler.
— Ça te ferait pourtant du bien de…
— Ronnie, bon sang !
J’ai fait exprès d’amplifier ma voix, histoire qu’il n’insiste plus. Ce dernier lève les mains en signe de reddition. Je me resserre sur moi-même, non parce qu’il fait froid, mais parce que je me sens quelque peu idiot de m’être emporté aussi vite et sans véritable raison. Ronnie cherche simplement à m’aider. J’aimerais lui dire que je suis désolé, sauf que les mots restent coincés dans ma gorge. Les autres font mine de n’avoir rien entendu.
L’atmosphère est tendue.
Notre véhicule continue son chemin à travers les impacts de bombes et les gravats. On roule depuis l’ouest de la France vers P’ris – Paris, autrefois. Enfin, ce qu’il en reste. Avant, il nous aurait fallu un peu moins d’une matinée pour relier la côte atlantique à l’ancienne capitale de la France, mais à cause de l’état des routes et des patrouilles de Stiix, nous ne progressons pas vite, d’autant que nous ne roulons que de nuit. Il est primordial de passer inaperçu.
Instinctivement, je jette un regard en biais vers notre précieux chargement, puis remonte lentement vers la vitre coulissante, derrière laquelle je distingue une partie du visage de Draax. Un frisson me traverse tandis que je m’attarde sur son profil. Il fixe la route éclairée par la lumière jaunâtre des phares avec un mélange de confiance en lui et de crainte d’être surpris par une bande d’envahisseurs.
Je songe à notre tentative avortée de relation. Nous n’avons jamais été amoureux l’un de l’autre, notre histoire n’ayant été que purement sexuelle, mais le fait est qu’en ces temps difficiles, nous y avons trouvé notre compte. Quand il nous arrivait de dormir ensemble, Draax me prenait toujours dans ses bras dès que je me réveillais en sueur et haletant. Je ne serais pas contre le fait qu’il me serre contre lui, là maintenant. Draax ne m’a jamais questionné sur mes cauchemars. J’imagine qu’il doit penser que ça ne le regarde pas ou peut-être qu’il s’en fiche tout simplement. C’est bien son style.
En principe, les résistants que nous sommes ne sont pas autorisés à nouer ce type de relation. Par compassion ou simplement par crainte de se mettre Draax à dos, personne dans notre entourage n’a toutefois jamais rien balancé à nos supérieurs. Et puis, entre nous, il serait malvenu de nous dénoncer alors que Jackson sort avec Sélène, l’unique fille de la bande, depuis dix-huit mois. Ronnie prétend que, dans le sud, les enfants issus des amours de deux résistants sont automatiquement séparés de leurs parents. D’après lui, il existerait des pouponnières d’État cachées sous terre, dans lesquelles on formerait les bambins à la guerre en vue d’en faire de futurs combattants. J’ai du mal à y croire, mais tout est possible à notre époque.
Je fixe tour à tour Jackson et Sélène, qui pianote sur un ordicom , l’air concentrée. Je parie qu’avec elle, ça ne se passerait pas comme ça si on essayait de lui enlever son enfant. Ami ou ennemi, il se prendrait une balle entre les deux yeux. Peu importe que ce soit pour le bien de l’humanité. Elle n’hésiterait pas une seule seconde.
Tout à coup, un choc violent fait lever l’avant du véhicule, puis l’arrière, nous secouant tous à l’intérieur. Dans l’habitacle, j’entends Ian, le conducteur, jurer avant de ralentir et de couper le moteur quelques mètres plus loin.
À l’arrière, on se jauge les uns les autres, attentifs et méfiants.
— C’était quoi, ça ? demande Jackson en retirant les écouteurs de son audiopad.
— On ne va pas tarder à le savoir, réponds-je.
Sélène rabat l’écran de son appareil.
— Détendez-vous, les mecs, prononce-t-elle d’une voix chaude et légèrement accentuée. On a dû rouler sur un débris.
La tacticienne a vu juste.
Draax fait coulisser sa vitre.
— Un pneu a éclaté, nous informe-t-il. Jackson, tu surveilles le paquet. Les autres, en position. Ian, tu vas jeter un œil.
Je suis presque soulagé de descendre. Je n’en peux plus d’être assis. Les muscles de mes cuisses sont tétanisés, j’ai des crampes aux mollets et le cul en feu. Je règle mon casque afin de m’assurer une bonne vision et saute hors du véhicule, suivi de près par Sélène et Ronnie. Je n’ai pas le temps de détendre mon corps de ses crispations que je suis déjà en mode commando. Sur le qui-vive, je m’assure qu’il n’y a pas de visiteurs en embuscade. Mes deux comparses agissent de même et nous encerclons le blindé, la crosse de nos armes contre l’épaule, prêts à tirer.
— Faut changer la roue avant, déclare Ian. Les autres ont tenu bon.
— Magne-toi, lui intime Draax. On est à découvert ici.
Ian s’active du mieux qu’il peut.
Lui non plus n’a pas envie de rester dans les parages plus longtemps. Par-dessus mon épaule, j’aperçois au loin l’ombre des buildings encore debout, celle de certains monuments autrefois célèbres ainsi que quelques lumières dorées qui vacillent, probablement des feux de camp. P’ris est une des rares cités à être encore aux mains des humains. Durant les premiers jours de l’invasion, les habitants ont essuyé des tirs et des bombardements à n’en plus finir, causant des millions de victimes. Trouvant refuge dans les longs couloirs du métropolitain, les survivants ont fini par s’organiser et riposter. Depuis, ils font ce qu’ils peuvent pour survivre.
Draax longe la route que nous venons d’emprunter. Équipé d’une écolampe fixée sur son rétrofusil, il inspecte le bitume déformé par les intempéries et le manque d’entretien.
— Ne t’éloigne pas trop, lui conseillé-je sur un ton impératif via le micro intégré à mon casque.
Mais il ne m’écoute pas.
Sélène s’approche de moi, inquiète.
— Qu’est-ce qu’il fout ? me demande-t-elle.
— Je crois qu’il cherche sur quoi on a roulé.
— Je n’aime pas trop cet endroit. On doit se tirer d’ici rapidement.
Ma coéquipière retourne auprès du véhicule.
— Draax, dis-je. Reviens vers nous.
—  Minute, beau gosse , réplique-t-il aussitôt dans un flot de grésillements.
— Reviens, je te dis !
Je me tourne vers Ian, qui termine d’installer la roue de secours, puis me reporte sur Draax.
— Magne-toi ! m’écrié-je dans le micro.
—  Beau gosse, tu me rappelles qui commande ici ?
Il est de moins en moins visible dans l’obscurité à cause de la distance qu’il met entre nous et lui.
— C’est toi, concédé-je.
—  Merci de t’en souvenir.
J’allume ma thermo-vision et distingue aussitôt les oscillations de température de Draax qui, accroupi, semble intrigué par un objet posé en travers de la route. J’ignore ce que c’est. L’image n’est pas totalement nette.
—  Putain ! crie-t-il soudain dans mon oreille. Ce n’était pas un accident ! On a roulé sur une mine.
Je le vois se relever en toute hâte. Au même moment, des silhouettes apparaissent dans les champs qui bordent la route.
— Draax ! hurlé-je en tirant un premier coup de semonce sur une des créatures. Cours !
Mon tir a alerté Ronnie et Sélène, qui viennent aussitôt me prêter main-forte. Draax est un homme terriblement bien charpenté, mais en raison de sa masse musculaire, il ne se déplace pas aussi vite qu’il le faudrait. Je vois apparaître de plus en plus d’ennemis dans son sillage. Tout en courant, Draax tire derrière lui. Bon viseur, il manque rarement sa cible.
— Il faut dégager de là, maintenant ! s’écrie Sélène.
— On ne peut pas l’abandonner ! m’indigné-je. Ian, t’en es où ?
— J’ai presque fini ! grogne-t-il.
Nous continuons de soutenir notre compagnon comme nous le pouvons. Des balles explosives sifflent de chaque côté de lui.
Ian termine de donner son dernier tour d’écrou et se redresse.
— On peut y al….
Un projectile l’atteint en plein milieu du front et sa tête explose comme un melon. Je regarde son corps décapité s’affaler sur le sol.
La colère me submerge et je me mets à avancer en shootant droit devant moi. Les Stiix tombent comme des mouches.
— Ils sont trop nombreux ! constate Jackson. On n’en viendra pas à bout.
Tout à coup, Draax s’effondre, touché à la jambe droite. Son cri de douleur résonne dans la nuit.
Quand nous arrivons à sa hauteur, je remarque qu’une balle perforante lui a déchiqueté la cuisse. Nous nous mettons en cercle autour de lui. Jackson jette au sol un petit boîtier qui fait apparaître un dôme d’énergie.
C’est un bouclier de sa confection supposé nous protéger.
— Il ne tiendra pas très longtemps, nous prévient-il.
Ronnie se penche sur Draax et commence par lui faire un garrot avec la ceinture de son pantalon.
— Il perd beaucoup de sang, nous fait-il savoir.
Je ne peux m’empêcher de jeter un œil à la blessure. La cuisse de Draax n’est qu’un amas de chair sanguinolente et d’éclats d’os brisés.
— Laissez-moi là, gémit Draax en s’allongeant.
— On ne laisse personne derrière, affirme Jackson.
Ronnie sort une seringue d’une poche de sa veste et, sans ménagement, plante l’aiguille dans la jambe de notre lieutenant.
— Ça va soulager la douleur, explique-t-il.
Les Stiix ne sont plus qu’à quelques mètres de nous. Leurs pupilles luisent dans la nuit comme celles des chats. Leurs impacts de tirs ricochent sur le bouclier magnétique, mais pour combien de temps encore ?
— Le chargement est plus précieux que ma vie ! s’écrie Draax une fois sa cuisse anesthésiée. Cassez-vous d’ici !
Je jette un œil en direction du véhicule. La porte arrière est grande ouverte.
Draax cherche à se redresser.
— File-moi ton arme ! m’ordonne-t-il.
— Hors de question.
— Jackson ?
—  Nope  !
— Nom de Dieu, s’énerve Draax. Le dôme va céder d’un instant à l’autre ! Et vous avez tous une mission à remplir, alors ne discutez pas !
Sélène se colle à moi.
Je sens sa main se refermer sur mon biceps gauche.
— Tu sais qu’il a raison, dit-elle avec fermeté. On doit partir. On n’a pas d’autre choix. C’est trop important.
Une injure s’échappe de ma gorge.
Le film protecteur commence à se fissurer.
— D’accord, fais-je à contrecœur. On s’y prend comment ?
— Dès que le champ de force disparaît, explique Draax, vous filez sans vous retourner jusqu’au blindé. Je vais tellement les canarder qu’ils vont s’en souvenir. Je terminerai avec un joli feu d’artifice.
À cela, je le vois serrer entre ses doigts une grenade à explosion courte.
Je pose une main sur son épaule.
— Draax, dis-je d’une voix plus plaintive que je ne l’aurais cru, je…
— Qu’est-ce qu’il y a, Cole ? Tu vas chialer ?
Draax ne m’a jamais appelé par mon prénom en public. C’est quelque chose qu’il réservait pour les rares fois où l’on s’envoyait en l’air. Je comprends que c’est sa façon de me dire adieu.
— Tu as toujours été un sale con, dis-je.
— Ouais, rétorque-t-il. Et toi, t’es pas un si bon coup que ça.
Il me fait un clin d’œil et l’ébauche d’un sourire illumine une demi-seconde son visage. Un Stiix s’approche du champ magnétique. Il sait qu’il ne peut pas le traverser, tout comme il sait que nous ne pouvons pas en sortir.
Un pas en arrière, il pousse une sorte de feulement pour prévenir les autres.
— On va se faire tirer dessus comme des lapins, assure Jackson.
— Vous êtes prêts ? hurle Draax.
Lorsque le mur d’énergie cède enfin, je fonce tête baissée, suivi par mes trois compagnons. Derrière nous, Draax s’en donne à cœur joie. Grâce à sa diversion, nous parvenons assez facilement au véhicule.
Tout à coup, une détonation plus puissante que les autres fait trembler le sol sous nos pieds. Je ne peux m’empêcher de me retourner, persuadé que Draax vient de mourir.
À ma grande surprise, ce dernier n’a pas activé son ogive.
En fait, l’explosion provient d’un hélicoptère qui survole notre position en tirant sur tout ce qui n’est pas humain. J’entends bientôt des voix masculines venir d’un peu partout et une équipe d’hommes lourdement armés surgit de nulle part pour nous mettre en joue.
Eryk
Personne n’était préparé à un tel événement. Comment les humains auraient-ils pu l’être ? L’attaque a été soudaine et brutale, pour ne pas dire d’une redoutable efficacité. Technologiquement supérieurs, méthodiques, les Stiix ont envahi la terre en seulement trois jours. Les premières frappes ont détruit les principales grandes villes du monde, puis les troupes au sol ont fait le reste. Certaines régions ont été complètement rayées de la carte et des populations entières ont été décimées. Pourtant, malgré l’ampleur du désastre et le nombre de victimes, l’humanité a survécu. Les rescapés se sont regroupés, de nouveaux décideurs sont apparus. Les gens se sont rebellés, plus que jamais unis face à l’ennemi.
Nous avons connu quelques victoires et de nombreuses défaites, mais nous sommes encore là.
Sauf toi .
Eryk Pras essuie les larmes qui lui brûlent les joues. Il a beau se raisonner, il ne parvient pas à contenir ses pleurs. Il cherche au plus profond de lui la force de ne pas crier, mais sa peine est si vivifiante qu’il finit par se mordre un poing pour étouffer le bruit des sanglots. La douleur physique est un bon remède. Elle lui permet de garder le contrôle quand il se sent partir ainsi. Eryk n’a pas le droit de montrer son chagrin. Il passerait pour une mauviette aux yeux de ses hommes, et sa légitimité serait remise en question.
Surtout, son père n’accepterait jamais qu’il s’abaisse à un tel comportement.
« Les faibles ne commandent pas, a-t-il toujours affirmé. Les faibles ne guident pas. Ils restent à la traîne derrière les plus forts et ils se font tuer. »
Les mots du colonel William Pras tournent en boucle dans la tête de son fils alors que des souvenirs remontent à la surface, principalement ceux de son adolescence difficile dans les casernes militaires. Les lits au carré, les pompes au lever du jour, l’étude des armes à feu, les aboiements, les ordres. Tout revient.
Tu m’avais débarrassé de tout cela, Caleb . Tu m’avais guéri.
Assis dans un fauteuil, les coudes posés sur ses cuisses, Eryk serre entre ses doigts un écran portable diffusant une courte vidéo. Il la connaît par cœur. Combien de fois l’a-t-il visionnée ? Sûrement des centaines, et néanmoins, il est traversé par les mêmes émotions quand il voit surgir le visage de son amant décédé.
C’est tout ce qu’il reste de sa vie passée avec Caleb. Ce petit moment fugace, ces quelques minutes immortalisées sur une puce électronique.
Ça et les souvenirs.
La vidéo montre son compagnon en train de rouspéter parce qu’il n’aime pas être filmé. Très vite, cependant, le brun à lunettes se met à éclater de rire.
Ton rire me manque tellement.
Malgré le conflit, le quotidien difficile, ils étaient heureux ensemble. Comme d’habitude, la souffrance d’Eryk se mue en une colère stimulante. Il donne un violent coup de pied dans le tiroir ouvert d’un casier métallique devant lui. Cet accès de rage lui fait du bien, l’apaise. En relevant la tête, le capitaine croise son reflet dans un petit miroir accroché au mur. De minuscules vaisseaux sanguins ont éclaté dans ses yeux et ses iris paraissent étrangement plus gris que bleus. En glissant une main dans ses cheveux blond foncé, il se redresse, fait pivoter son fauteuil et jette le dispositif sur son bureau.
Il faut te ressaisir , se dit-il en s’efforçant de se concentrer sur le tas de documents éparpillés sous ses yeux. C’est du passé . Caleb est mort .
Eryk se donne plusieurs petites tapes sur les joues, se torche le nez du revers de la main et se penche sur un rapport d’inventaire des stocks de nourriture disponible. L’écho du rire de Caleb s’attarde dans sa tête.
À peine a-t-il entamé sa lecture que quelqu’un se présente à lui en toute hâte.
— Capitaine !
Eryk relève la tête. Il montre encore les stigmates de son récent coup de mou, mais dans la pénombre de son bureau, cela peut passer pour de l’épuisement. Eryk dévisage longuement le visiteur. Ce dernier a, quoi ? Une vingtaine d’années à tout casser ? Il en fait dix de plus avec son gabarit de rugbyman, son nez cassé et la fine barbe qui recouvre ses joues.
Il n’a rien connu d’autre que la guerre, se dit Eryk en essayant de se souvenir de son prénom.
— Qu’est-ce qu’il y a ? demande-t-il, la voix enrouée.
La jeune recrue le fixe avec insistance et avec autre chose qu’Eryk connaît bien. Ce n’est pas la première fois que quelqu’un se permet un tel affront, mais la plupart du temps, impressionnés par sa carrure ou à cause de son charisme habituel, les plus intimidés finissent par détourner le regard.
Excepté celui-là.
Il n’y a pas que du respect dans ses yeux , relève Eryk. Il y a également du désir . C’est vrai que ça se produit parfois .
Même s’il n’en fait pas état, son orientation sexuelle n’est un secret pour personne dans les rues de P’ris et il arrive que cela fasse naître quelques pensées libidineuses chez certains, surtout dans les moments de relâchement ou lorsque la solitude devient trop difficile à supporter. Eryk a oublié qu’il pouvait plaire.
— Je t’ai posé une question, lâche-t-il froidement au bout d’une minute afin de ramener le troufion à la réalité.
Ce dernier sursaute sur place.
— Une situation nécessite au plus vite votre intervention, monsieur, dit-il.
Depuis quelque temps, Eryk Pras a l’impression que le moindre problème dans la cité réclame son assistance.
Il se frotte le front, agacé.
— Qu’est-ce qui s’est passé encore ?
— Hertz et son équipe ont été attaqués dans le secteur 4.
— C’est grave ?
— Un de nos hommes a reçu un coup de couteau à l’épaule. Un autre a été blessé à la tête. D’après les premiers rapports, il semble que les résidents aient refusé de partager leurs rations de vivres. Il s’en est fallu de peu pour que ça dégénère en émeute.
Ça devait bien finir par arriver, songe Eryk.
— Tu as dit dans le secteur 4, c’est bien ça ?
— Oui, capitaine.
— Je pense qu’il est temps que j’aille rendre une petite visite au padre Lotman .
Et que je remette ces gens dans le droit chemin.
— Bien, capitaine.
...

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