Combattant
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Combattant , livre ebook

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Description


Le dévouement et l’intelligence ont donné à Blair Cummings une longueur d’avance dans le Bureau. Son travail est accaparant mais gratifiant. Il ne lui laisse pas beaucoup de temps pour une vie amoureuse, même si Blair ne croit pas en l’amour. Fraichement trentenaire, il n’a connu qu’une seule relation à long terme en raison de son incapacité à se consacrer à autre chose qu’à son travail et à sa famille.


Né dans une famille aussi prospère que détestable, Howard Manning Tullor Junior a fui son nom de famille au point de se retrouver dans les bras de Satan lui-même. La liberté a un prix élevé, mais Mannie est prêt à le payer, ce qui le met sur la voie d’un agent du FBI calme et décontracté.


Leur attirance est inattendue et pourtant bienvenue. Blair semble avoir enfin trouvé quelque chose valant la peine de se battre, mais Mannie, toujours hanté par les fantômes du passé, se demande s’il pourra tourner la page. Tous deux travaillent à leur avenir, mais une romance naissante peut-elle survivre lorsque le passé et le présent se heurtent ?


Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 5
EAN13 9782384400270
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0041€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Publié par
JUNO PUBLISHING
2, rue Blanche alouette, 95550 Bessancourt
Tel : 01 39 60 70 94
Siret : 819 154 378 00015
Catégorie juridique 9220 Association déclarée
http://juno-publishing.com/
 
 
 
Combattant
Copyright de l’édition française © 2022 Juno Publishing
Copyright de l’édition anglaise © 2019 T.M. Smith
Titre original : Fighter
© 2019 T.M. Smith
Traduit de l’anglais par Christelle S.
Relecture et correction par Valérie Cavaillès-Miss Relect Addict
 
Conception graphique : © Mary Ruth pour Passion Creation
Tout droit réservé. Aucune partie de ce livre, que ce soit sur l’ebook ou le papier, ne peut être reproduite ou transférée d’aucune façon que ce soit ni par aucun moyen, électronique ou physique sans la permission écrite de l’éditeur, sauf dans les endroits où la loi le permet. Cela inclut les photocopies, les enregistrements et tout système de stockage et de retrait d’information. Pour demander une autorisation, et pour toute autre demande d’information, merci de contacter Juno Publishing :
http://juno-publishing.com/
ISBN : 978-2-38440-027-0
Première édition française : janvier 2022
Première édition : juillet 2019
 
Édité en France métropolitaine
 
 
Table des matières
Avertissements
Dédicace
Prologue
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 19
Chapitre 20
Chapitre 21
Chapitre 22
Chapitre 23
Chapitre 24
Chapitre 25
Chapitre 26
Chapitre 27
Chapitre 28
Chapitre 29
Chapitre 30
Épilogue
À propos de l’Auteur
Résumé

 
 
 
 
Avertissements
 
 
 
 
 
Ceci est une œuvre de fiction. Les noms, les personnages, les lieux et les faits décrits ne sont que le produit de l’imagination de l’auteur, ou utilisés de façon fictive. Toute ressemblance avec des personnes ayant réellement existées, vivantes ou décédées, des établissements commerciaux ou des événements ou des lieux ne serait que le fruit d’une coïncidence.
 
Ce livre contient des scènes sexuellement explicites et homoérotiques, une relation MM et un langage adulte, ce qui peut être considéré comme offensant pour certains lecteurs. Il est destiné à la vente et au divertissement pour des adultes seulement, tels que définis par la loi du pays dans lequel vous avez effectué votre achat. Merci de stocker vos fichiers dans un endroit où ils ne seront pas accessibles à des mineurs.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Dédicace
 
 
À la mémoire de Lucian Liam O’Corvi
 
Si je devais partir demain,
Ce ne serait pas un adieu,
Car je t’ai laissé mon cœur,
Alors ne pleure jamais.
L’amour qui est au fond de moi,
T’atteindra des étoiles,
Tu le sentiras venant du ciel,
Et il guérira tes cicatrices .
 
Si je devais partir - Auteur inconnu .
 
 
Combattant
Survivant #3

T.M. Smith
 

 
Prologue
 
MANNIE/JUNIOR
 
 
Été 2008
Le cœur battant la chamade, Junior fouillait dans la petite armoire de la pièce qu’il en était venu à considérer comme sa cellule.
— Où es-tu ?
Ses mains tremblaient et il fit tomber plusieurs chemises de leurs cintres avant de soupirer de soulagement lorsqu’il trouva son sac à dos miteux rangé dans une boîte dans le coin. Fourrageant dans le contenu, il vérifia la poche intérieure avec fermeture éclair et trouva le téléphone portable prépayé et plusieurs centaines de dollars encore bien planqués. Lorsqu’il se pencha pour ramasser les vêtements tombés, il s’effondra sur ses genoux.
— Respire Junior, respire.
Il ferma les yeux et se concentra sur le ralentissement de son pouls qui battait trop rapidement.
— Inspire, expire, inspire, expire, murmura-t-il.
Hyperventiler ne l’aiderait pas vraiment, et il savait que le temps jouait contre lui. Il avait patiemment attendu ces six derniers mois l’opportunité d’échapper aux abus qu’il subissait depuis des années. Connaître les conséquences de son plan – s’il était découvert – n’était plus un facteur de dissuasion. Junior pouvait soit tenter de s’enfuir et se faire attraper, soit rester et continuer à être brisé, battu, et peut-être même tué. Il n’avait pas vraiment le choix.
Il alluma son téléphone et afficha le fil de conversation avec son meilleur ami, Pete, la seule personne avec qui Junior avait gardé le contact quand il s’était enfui de chez lui et avait emménagé avec Bruce. De toute façon, ce n’était pas comme si sa famille l’avait cherché, alors qu’ils aillent se faire voir. Junior s’arrêta, les doigts survolant l’écran, et se demanda si c’était vraiment réel. La télévision n’était autorisée que lorsqu’il la regardait avec Bruce – seulement ce que son amant tyrannique voulait qu’il voie – et les journaux n’étaient jamais apportés dans l’appartement. Mais si sa famille essayait de le retrouver, ne seraient-ils pas capables d’enquêter sur sa disparition et de découvrir où il se trouvait ?
— Non. Arrête, Junior. Tu peux penser à tout ça plus tard. Concentre-toi !
Il y avait deux messages de Petey, le premier demandant s’ils étaient toujours d’accord, le second juste trois mots :
Petey : Où es-tu ?!?!
Les mains tremblantes, il tapa une réponse rapide :
Junior : Dehors dans cinq minutes, je t’appelle dès que la voie est libre.
Junior fut brièvement distrait par la petite voix résonnant dans sa tête.
« Tu n’es rien sans moi. Tu m’entends, Howard ? Rien ! »
Ses épaules s’affaissèrent. Le badinage haineux de Bruce le fit tressaillir et l’homme n’était même pas dans la pièce. Au cours des trois dernières années, l’avocat s’était donné pour mission de trouver de nouvelles façons de torturer Junior. Cela avait-il été un jour de l’amour ? se demandait-il. Probablement pas. Plus probablement, un script non écrit pour un film d’horreur . La violence psychologique et la famine n’étaient que la partie émergée de l’iceberg pour le jeune amant de Bruce Pearson. Dès le début, il avait essayé de dissuader Bruce d’utiliser son vrai prénom, Howard. Mais l’homme l’avait dit avec tellement d’amour et de désir, du moins au début, que Junior s’était surpris à aimer le son de ce nom qui roulait sur la langue de son amant. Assis sur le sol du dressing, sa poitrine se soulevant alors qu’il luttait pour reprendre le contrôle de ses émotions, il se rappela comment son rêve était devenu un cauchemar.
Être le petit-fils d’un des juges les plus puissants de Washington n’avait pas toujours été une bénédiction. Junior avait appris à se défendre contre les brutes qui se moquaient de lui – le petit-fils maigrichon et maladroit du juge sans état d’âme – avant même d’être adolescent.
Alors, quand Bruce l’avait giflé la première fois, Junior avait riposté. L’avocat habituellement apprêté et composé avait alors entrepris de le tabasser. Pour ajouter l’insulte à la blessure, Bruce l’avait banni dans la chambre d’amis, qui était devenue sa cellule, pendant une semaine. Tuan, l’homme de main de Bruce, lui avait rendu visite quelques fois par jour avec un sandwich et de l’eau, lui offrant une claque sur le côté de la tête et le traitant de sale pute en quittant la chambre, fermant la porte derrière lui.
Pourquoi était-il resté si longtemps ? Pourquoi s’était-il laissé abuser mentalement et physiquement ? Être dégradé par un homme qui professait continuellement son amour pour lui dans un souffle… puis jurait de le tuer si jamais il essayait de partir dans le suivant ?
L’horloge comtoise Howard Miller dans le hall d’entrée sonna, le bruit soudain se répercutant sur toutes les surfaces planes de l’appartement, tirant en sursaut Junior de ses pensées. Il avait eu tellement peur qu’il s’était presque pissé dessus. Il détestait cette satanée chose – elle lui rappelait celle, presque identique, qui se trouvait dans la propriété de son grand-père à Seattle.
Expirant un souffle tremblant et clignant des yeux afin de repousser les larmes, il chassa les graines du doute que Bruce avait semées dans son esprit.
Il se leva sur des jambes tremblantes et se fraya rapidement un chemin à travers la pièce, fourrant des vêtements, son chargeur de téléphone et quelques livres dans le sac à dos usé. Il ne put éviter de se regarder dans le miroir lorsqu’il alluma la lumière de la salle de bain, les ampoules fluorescentes rendant les éraflures et les bleus sur son visage incandescents contre sa peau pâle. Il glissa sa brosse à dents et son rasoir électrique dans la poche latérale du sac et actionna l’interrupteur sur le mur, plongeant une fois de plus la pièce dans l’obscurité afin de pouvoir prétendre que le martèlement dans sa tête n’était pas dû au fait que Bruce l’avait cognée contre la tête de lit la veille au soir alors qu’il le prenait par derrière, en proférant des mots d’amour et de haine dans le même souffle.
Se déplaçant rapidement jusqu’à la porte d’entrée, Junior aspira une bouffée d’air et attrapa le loquet, le tournant et retenant sa respiration tandis qu’il jetait un coup d’œil dans le couloir, ne le relâchant que lorsqu’il vit que la voie était libre.
Il se précipita vers l’ascenseur et appuya sur le bouton du hall d’entrée comme un enfant excité, son pouls martelant dans ses oreilles, provoquant un bruit blanc presque assourdissant alors que les chiffres décomptaient atrocement lentement. Une minute, il fixait l’acier noir, essayant de ne pas faire d’hyperventilation, et la minute suivante, il se tenait du mauvais côté des grandes portes vitrées qui promettaient la liberté.
La perspective de la libération dansait dans ses veines comme de l’héroïne, le frisson à la fois terrifiant et exaltant. Certain qu’il n’était qu’à quelques pas de la délivrance, Junior sortit rapidement du bâtiment, prenant un moment pour s’acclimater aux sons ambiants de la ville.
Son cœur faillit bondir hors de sa poitrine lorsqu’une main familière saisit son bras, le tirant vers la Town Car de l’enfer, vers Bruce.
Sa vie défila devant ses yeux – tant d’avenues et d’opportunités qu’il allait manquer.
Junior pouvait voir la haine et la colère dans le regard d’obsidienne de Bruce.
Il n’y avait pas d’amour, pas de gentillesse, et il n’y aurait pas de répit.
— Stupide putain, lui grogna Tuan à l’oreille avant de le pousser dans la voiture.
Trébuchant sur ses pieds, il tomba sur le sol, levant les yeux vers Bruce et priant. Pas pour le pardon, mais pour la pitié, la pitié de Dieu, parce qu’il n’y avait qu’une seule chose dont Junior était certain : sa tentative d’échapper à la prison l’avait rapproché de l’enfer.
Comment ? Se mordant la lèvre inférieure, Junior se maudit intérieurement. Il avait été diligent pour garder le téléphone et l’argent cachés, changeant de cachette tous les jours.
— Imagine ma surprise, Howard, quand Tuan a attiré mon attention sur ta petite cachette d’argent.
Les narines de Bruce s’évasèrent alors qu’il crachait, sa salive s’envolant de ses lèvres retroussées vers l’œil de Junior, le faisant loucher.
Junior ne vit pas la main de Bruce, mais il la sentit, la gifle violente réveillant la douleur de la veille sur sa joue et le faisant tomber sur les fesses.
— Je ne t’ai pas dit ce que je ferais, Howard, si jamais tu essayais de partir ?
Et puis les doigts qui avaient autrefois caressé doucement sa joue s’enroulèrent autour de son cou et serrèrent, la voix de Bruce un chuchotement bas et inquiétant dans son oreille alors que des points dansaient devant ses yeux.
— Je t’avais prévenu, Howard.
Cela l’énervait que la dernière chose qu’il entende sur cette terre soit le nom dont il s’était tant battu pour se démarquer.
Une pensée lancinante martelait son cerveau comme une armée de fourmis. Défends-toi, imbécile ! Mais il n’y avait plus de combat en lui. Bruce lui avait ôté toute défiance depuis longtemps, et maintenant il allait mettre à exécution sa menace de le tuer.
 

 
Chapitre 1
 
BLAIR
 
 
Automne 2009
Avec un bâillement, Blair se retourna et s’étira, ses muscles protestant au mouvement, encore endoloris par les neuf heures passées à travailler sur la terrasse avec son père la veille. L’offre d’engager quelqu’un pour terminer le projet avait été déclinée, son père demandant que Blair prenne un congé et vienne lui rendre visite pour qu’ils puissent le faire eux-mêmes.
« Comme au bon vieux temps. Si je me souviens bien, tu aimais nos projets sur la maison. »
La fraîcheur de l’air lui piquait la peau et il remonta la couverture jusqu’à son cou, repliant un bras sous sa tête alors qu’il était allongé là, profitant du calme et de la paix du matin. Un bruant fauve perché dans l’épicéa devant la fenêtre de sa chambre chantait une chanson claire et nette, dont les notes riches et sifflées le firent sourire. Il n’y avait pas d’oiseaux faisant de la belle musique devant son appartement à Dallas. L’arôme du café noir flottait dans la maison, perçant ses sens avec le parfum doux et savoureux des grains torréfiés. Cette odeur vivifiante le tira du lit, et il enfila un tee-shirt avant de prendre son épaisse robe de chambre en flanelle, qu’il enfila en passant la porte et en se dirigeant vers l’escalier. S’arrêtant dans l’embrasure de la porte juste à l’extérieur de la cuisine, Blair s’appuya contre le cadre et observa ses parents dans leur routine matinale. Les longs cheveux de sa mère, d’un blond vénitien, tombaient sur ses épaules en ondulations lâches. Elle parlait doucement, détaillant ses plans pour la journée tandis que son père hochait la tête toutes les quelques secondes, les yeux fixés sur le journal étalé le long du large îlot que Blair avait aidé à construire avant qu’ils n’emménagent dans la maison. Il n’y avait pas d’armes ou de criminels, pas de chaos, ce qui était devenu la norme dans sa vie depuis qu’il avait obtenu son diplôme et pris un poste au FBI. C’était juste une journée simple et ennuyeuse et il s’en réjouissait.
— Blair, chéri, bonjour.
Sa mère lui fit signe d’entrer dans la cuisine, lui versant déjà une tasse fumante d’un extraordinaire café brun et épais. Elle glissa la tasse vers lui et lui tapota la main avant de se retourner vers la cuisinière.
— Le repas est presque prêt, vous devez vous remplir le ventre avant de commencer à travailler sur la terrasse. Vous devriez avoir fini aujourd’hui, tu ne crois pas, Lewis ?
Encore une fois, son père hocha simplement la tête, les yeux sur le journal, un « Uh -huh » presque inaudible étant sa seule réponse. Sa mère se racla la gorge et attendit que son mari lève les yeux, lui lançant un regard enjoué, mais sévère.
— Oui, Judy chérie, nous avons presque fini.
Lewis Cummings fit claquer le journal dans ses mains, lançant à sa femme un regard espiègle et recevant en réponse un regard plus sévère. Judy Cummings, ancienne enseignante devenue bibliothécaire à temps partiel, était passée maître dans l’art de fixer avec un sourcil arqué et pouvait obliger les politiciens à divulguer des secrets d’État, si elle était encline à le faire.
Il prit la tasse en céramique dans ses mains, inhala profondément le délicieux arôme avant d’en prendre une longue gorgée, puis soupira.
— Tu fais le meilleur café, maman.
— Merci, mon chéri. Voilà pour toi.
Elle posa une assiette devant lui et devant son père sur le journal. Apparemment, elle pensait que c’était leur dernier repas, vu la montagne de nourriture qu’elle avait préparée. Des œufs, du bacon, des saucisses, des pommes de terre rissolées, des toasts au levain et un mélange de fruits frais étaient empilés sur chaque assiette.
— Je me rends au marché fermier dans environ une heure et puis au marché de fruits de mer pour des crevettes fraîches. Vous avez besoin de quelque chose les garçons pendant que je suis dehors ?
— De la bière, dirent les hommes Cummings à l’unisson.
— Eh bien, c’est une évidence, ricana-t-elle en ouvrant le lave-vaisselle et en commençant à charger les plats de l’évier.
Lewis siffla, puis lâcha un grognement taquin à la vue de Judy qui secouait ses fesses alors qu’elle se penchait pour mettre une assiette dans le panier.
— Argh. Non. Arrêtez ça, maintenant ! railla Blair en faisant mine d’avoir un haut-le-cœur.
Ses parents approchaient des soixante ans et étaient mariés depuis plus de trente ans, et pour autant qu’il puisse en juger, ils étaient éternellement en phase de lune de miel. Toujours affectueux et rarement en colère l’un contre l’autre, il trouvait que ses parents étaient des modèles pour un mariage heureux.
En ricanant, son père lui donna une bonne claque dans le dos.
— Vraiment, mon fils ? Tu sais comment toi et ta sœur êtes arrivés ici, n’est-ce pas ?
Blair se boucha les oreilles et secoua la tête, essayant d’effacer cette image mentale.
— Tais-toi ou je m’en vais et tu peux finir cette satanée terrasse tout seul.
Heureusement, avant que Lewis ne puisse formuler une réfutation, le portable de Blair sonna.
Tirant le téléphone de la poche de sa robe de chambre, Blair marmonna «  Juste une seconde » et entra rapidement dans le salon, fermant les portes derrière lui.
— Agent Landers, que se passe-t-il ?
Le ton nasillard de Rory, originaire de la Virginie-Occidentale, explosa dans l’oreillette, et Blair grimaça, appuyant sur le bouton de volume jusqu’à ce que le timbre de son partenaire ressemble moins à un cri plaintif.
— Combien de fois dois-je te dire de m’appeler Rory ?
— Désolé, Rory. Que se passe-t-il ?
Blair étouffa un rire quand Rory grogna. Les deux hommes avaient à peu près le même âge, mais pour l’affaire sur laquelle ils travaillaient, Blair avait endossé le rôle de Kian Douglas, un lycéen de dix-huit ans sur le point d’obtenir son diplôme avec mention et de partir à l’université avec une bourse de baseball. Rory, qui était plus dans l’ombre que Blair, jouait le rôle d’un flamboyant et excentrique steward.
— Je dois voir avec toi quelques changements de programme. Il peut y avoir quelques conflits, donc nous devons régler ça maintenant.
Blair écouta Rory énumérer les détails, tirant son portable personnel de son autre poche et ouvrant l’application calendrier pour saisir les détails et les dates que Rory lui donnait. Bien sûr, tout ce qu’il entrait dans l’appareil n’apparaissait pas tel quel ; ils avaient un algorithme de séquences de chiffres qu’ils utilisaient pour les dates et une liste d’identifiants mémorisés pour les personnes et les lieux – le protocole pour les appareils en dehors des canaux sécurisés.
Appuyée contre le comptoir, sa mère attrapa sa tasse et le regarda avec méfiance quand il revint dans la cuisine.
— Un appel du travail ? Tu dois rentrer plus tôt ?
L’inquiétude et l’anxiété étaient évidentes dans la voix de sa mère. Blair fit le tour de l’îlot, l’attira dans ses bras et l’étreignit, se penchant pour s’adapter à sa taille d’un mètre cinquante. Elle était petite et presque fragile à l’œil nu. Mais bon sang, cette femme était courageuse. C’était Judy, et non Lewis Cummings, qui avait appris à Blair, alors âgé de onze ans, à tirer, et tous les deux s’étaient rapprochés au stand de tir pendant que ses hormones se déchaînaient entre dix et treize ans. À cette époque, il faisait encore sa taille, mais quelque part entre le collège et le lycée, il avait eu une poussée de croissance, et en moins d’un an, il était passé d’un mètre soixante-dix à un mètre quatre-vingt-dix. Le corps de Blair s’était peut-être épanoui tôt, mais son apparence était restée jeune. En fait, c’était son apparence qui l’avait amené au bureau du directeur du Bureau pour un entretien pour la mission qu’il effectuait actuellement. Il n’y avait pas beaucoup de personnes de vingt-cinq ans qui pouvaient passer pour en avoir dix-sept – pas au sein du FBI, du moins.
— Non, maman. Tu es coincée avec moi pour quelques jours de plus.
Avec un sourire, elle fit un pas en arrière et lui fit un signe d’au revoir.
— Très bien. Finis ton petit déjeuner avant qu’il ne soit froid, Blair.
Dès qu’il s’assit à côté de son père, il nota que l’homme manigançait quelque chose en voyant le sourire narquois sur son visage. Après un regard à son assiette, Blair remarqua immédiatement que le bacon qu’il sentait encore dans l’air frais et vivifiant était absent. Lentement, il tourna de grands yeux dans la direction de son père.
— Pourquoi, espèce de sale voleur de bacon !
Lewis s’inclina en arrière sur sa chaise et rit. Le son fut à la fois bruyant et étrangement apaisant ; des yeux entre le gris et le bleu dansaient avec hilarité. Blair ne put que secouer la tête et sourire. Les cheveux autrefois blond foncé avec une pointe argentée, étaient maintenant plus blancs que blonds, remarqua Blair en étudiant les traits de son père. Des rides profondes s’étaient installées autour de ses yeux et de sa bouche, signes d’un homme qui louchait et souriait beaucoup. Un claquement fort provenant de l’avant de la maison le prit au dépourvu et Blair sursauta, son corps se crispant alors qu’il se levait rapidement, cherchant à atteindre une arme qui n’était pas là. Son neveu de trois ans déboula dans le couloir en hurlant lorsqu’il vit Blair, les bras écartés alors que le bambin se jetait sur Blair.
— Unca Bear ! cria Timothy, tapant dans ses petites mains boudinées.
— Doucement, la gâchette.
Lewis posa ses mains sur les épaules de Blair, le contact seul le calmant. Son père se pencha et pinça la joue de Timothy.
— Nous parlerons de ça plus tard.
Et n’était-ce pas une promesse… ce qui était pire qu’une menace.
— Viens me voir, petit-fils !
Lewis prit le bambin et le jucha sur sa hanche, racontant au petit garçon la cachette secrète de chocolat de Nana alors qu’ils quittaient la pièce avec Judy sur les talons de Lewis.
— Oh, merci.
Sa sœur, Rachel, entra lentement dans la cuisine, les épaules affaissées, la tête basse.
— J’ai besoin d’un verre.
Elle attrapa deux verres à vin dans le placard, se retourna et les posa sur l’îlot, puis ouvrit d’un coup sec la porte du réfrigérateur et en sortit deux bouteilles de vin.
Blair regarda avec fascination sa grande sœur verser du vin dans le premier verre, le remplissant presque à ras bord, et le tendre à son mari, Lloyd. Le deuxième verre qu’elle remplit ne pouvait même pas être qualifié de gorgée – elle le poussa vers Blair avant de retourner la bouteille et commencer à engloutir un charmant Riesling 2005 sec jusqu’à ce que Blair le lui arrache.
— Je ne joue une personne de dix-huit ans qu’à la télévision. Dans la vraie vie, je suis Bruce Wayne et je peux fumer, boire et même baiser comme tout le monde .
Rachel toussa et s’éclaircit la gorge en tendant la main vers la bouteille.
— Espèce de salaud ! Donne-moi ça.
Blair rit et fit un pas en arrière, tenant la bouteille en l’air avec ses longs bras et reniflant lorsque sa sœur essaya de l’escalader pour l’atteindre.
— Ce n’est pas très professionnel, Docteur Fleming.
Elle lui grogna dessus, les yeux plissés, et lui donna quelques coups sur la poitrine, sa frustration étant évidente et tout à fait satisfaisante.
Toujours aussi autoritaire et désireuse d’avoir le dernier mot et d’obtenir tout ce qu’elle voulait, sa sœur avait choisi le domaine médical lorsqu’elle s’était inscrite à l’université de Washington. Rachel était une psychiatre diplômée qui possédait un cabinet florissant au cœur de Seattle, avec son partenaire de travail et de vie, son mari, Lloyd Fleming. Les deux s’étaient rencontrés à l’université et s’étaient immédiatement épris l’un de l’autre.
— Bébé, tiens, ouvre l’autre bouteille.
Lloyd ouvrit l’opercule, enleva rapidement le bouchon et versa un verre plein pour sa femme.
Rachel prit le verre des mains de son mari, regardant Blair et tirant la langue à son frère avant de le vider d’un trait.
— Tu réalises qu’il est…
Blair regarda l’horloge du micro-ondes.
— … à peine dix heures du matin.
Faisant le tour de l’îlot, elle s’installa sur la chaise que leur père avait récemment quittée et soupira.
— Ces deux jours ont été difficiles, Blair. Désolée si je suis une garce de mauvaise humeur.
L’opportunité d’embêter sa sœur avait beau être une occasion qu’il saisissait habituellement jusqu’au bout, il pouvait voir dans ses yeux qu’elle était vraiment bouleversée.
— Qu’est-ce qui se passe, Rach ? Parle-moi. Je peux peut-être t’aider.
— Nous avons perdu un patient la nuit dernière.
Lloyd compléta le verre vide dans la main de sa femme. Rachel essuya ses yeux, reniflant avant de prendre une gorgée cette fois-ci au lieu d’une lampée.
Blair gémit, se frappant mentalement.
— Bon sang, Rachel. Pourquoi n’as-tu pas commencé par ça ? Maintenant, je me sens comme une vraie merde.
Attrapant sa sœur, il l’entoura de ses deux bras, la serrant contre lui pendant qu’elle pleurait. Lloyd lui frotta le dos, croisant le regard de Blair et lui murmurant « Merci ».
Elle renifla, essuyant ses yeux et son nez avec la manche de sa robe de chambre, riant doucement lorsqu’il tenta de la fusiller du regard.
— As-tu déjà perdu quelqu’un ? Un témoin ou un collègue agent ?
— Pas encore.
Et même s’il espérait que cela n’arriverait jamais, Blair savait que la possibilité était là. Bon sang, c’était un cours à l’académie. Voyons voir, il y avait Comment vivre la perte d’un témoin 101, avec la Privation de sommeil, la Négociation d’otage, et Comment faire face à un enlèvement et à la torture.
— Nous faisons ce que nous pouvons, Rach, et même si nous espérons pouvoir tous les sauver, certains vont passer entre les mailles du filet. Essaie de ne pas être si dure avec toi-même, sœurette.
Elle renifla, bouscula Blair malicieusement et posa sa tête sur son épaule quand il la tira vers lui.
Timothy se précipita dans la cuisine avant qu’il ne puisse dire autre chose, grimpant sur la chaise sur les genoux de sa mère pour lui raconter les bonbons qu’il avait l’habitude de sortir en douce du bureau de Grand-ma avec l’aide de Grand-pa. Blair regarda pour voir sa mère debout dans le couloir sur la pointe des pieds, son père se penchant pour rencontrer ses lèvres avec les siennes, et il ne put retenir un sourire. Brièvement, il rêva à l’idée de lui et d’un plus un. Voir à quel point ses parents et sa sœur étaient heureux dans leur mariage le faisait réfléchir. Et tout aussi rapidement, il mit cette pensée de côté. Il n’y avait pas de place dans sa vie pour une personne significative. Un jour, peut-être, mais il ne perdrait pas le sommeil parce qu’il était célibataire.
— J’ai une idée merveilleuse. Pourquoi ne viens-tu pas au marché avec Grand-ma, Timmy, pour laisser ta mère et ton oncle parler un moment.
Judy enfila son caban, enroula une écharpe en cachemire violet autour de son cou et attrapa son sac à main sur le comptoir.
Poussant un cri de joie, Timmy sauta des genoux de sa mère, sprintant vers sa grand-mère et parlant à tue-tête.
— Je peux monter le cheval au magasin ? Il mange des pièces. Tu as des pièces, Grand-ma ? Maman a toujours des pièces pour le cheval.
Le paquet compact d’énergie nucléaire continua à parler, sa voix étant un murmure sourd une fois la porte d’entrée fermée.
— Maintenant que mon adorable petit-fils qui ne devrait pas être soumis à un langage grossier est parti…
Lewis remplit sa tasse de café, posa le pot vide dans l’évier, puis se retourna et s’appuya contre le comptoir.
— Pourquoi est-ce que tu pleures ?
Leur père désigna sa fille avec la tasse.
— Et pourquoi réagis-tu comme un flic dans une négociation d’otage ?
Lewis regarda son fils de travers.
Bon Dieu, l’homme ne rate rien . Blair songea sérieusement à sortir en courant et à aller au magasin avec sa mère.
 

 
Chapitre 2
 
MANNIE
 
 
Été 2010
Mannie bâilla et s’adossa à sa chaise, étirant ses bras tout en tordant son cou, essayant de faire disparaître les courbatures qui s’étaient installées au cours de plusieurs heures de travail presque sans interruption. Il n’avait eu le temps que pour une pause toilette en passant par la cuisine pour remplir sa bouteille d’eau et prendre une pomme. Une violente migraine l’avait immobilisé pendant deux jours, ce qui lui avait fait prendre du retard sur la conception du site Web qu’il mettait au point pour une nouvelle maison d’édition de petite presse.
— J’y suis presque, murmura-t-il.
Mettant à jour la nuance de bleu de pâle à ardoise, il enregistra le programme et le sauvegarda sur chacun des trois disques durs externes qu’il conservait avant d’éteindre son ordinateur portable.
— Enfin !
Mannie frappa dans ses mains et se leva, étendant ses longs bras, effleurant le plafond du bout des doigts. Épuisé, il poussa la chaise puis, il éteignit la lampe de bureau, attrapa sa bouteille d’eau vide et bâilla à nouveau. Il savait qu’il devait manger, mais à la place, il remplit un verre au robinet, dont il vida rapidement le contenu. S’appuyant contre le comptoir, il remplit à nouveau le verre, buvant beaucoup plus lentement, ses yeux se posant sur un duo d’abeilles qui tournaient autour des tournesols dans le jardin. Elles étaient si sauvages et insouciantes, sans peur et inconscientes de tout ce qui les entourait, à part les fleurs, et apparemment, l’une l’autre. Mannie sourit, se rapprocha de la vitre et plissa les yeux, regardant les insectes noirs et jaunes planer dans les airs pendant quelques secondes, presque l’un sur l’autre, avant de s’envoler et de filer à travers les pétales dorés une fois de plus.
Je me demande ce que ça fait d’être si… libre  ? La question resta dans son esprit, pour lui et lui seul, une question qu’il s’était posée un million de fois au cours des deux dernières années. Au début, il avait utilisé tout son temps à guérir et à réapprendre à être humain. De petites choses le tourmentaient encore : un souvenir brumeux d’avoir mis un pied devant l’autre, son cerveau brisé qui faisait des erreurs et provoquait une confusion qui ne faisait qu’attiser les flammes de l’anxiété qui couvaient dans les entrailles de son existence. Il n’était plus emprisonné dans l’antre de Bruce, mais les chaînes des blessures qu’il avait subies en tentant de s’échapper s’enroulaient autour de lui comme un serpent, le serrant et le tordant jusqu’à ce qu’il soit épuisé et démuni. Il se demandait souvent si les blessures allaient guérir un jour, s’il y aurait un moment où il n’aurait plus envie de ramper hors de sa propre peau.
Mannie secoua la tête et cligna des yeux, rinçant le verre avant de le poser dans l’évier. Il se retourna, traversa le court couloir et entra dans sa chambre, puis s’écroula sur le matelas moelleux. Il envisagea de prendre une douche – il avait travaillé sur des projets consécutifs ces deux derniers jours dans le même tee-shirt et le même survêtement, et il devait être mûr. Le problème fut que dès qu’il s’allongea sur le lit, son esprit commença immédiatement à s’éteindre et ses paupières devinrent lourdes. Un souvenir tenta de percer le brouillard dans sa tête un peu trop tard ; il était déjà trop loin de l’autre côté du sommeil, la conscience passagère.
 
 
Chaque centimètre carré de son corps lui faisait mal, la douleur si vive qu’il avait du mal à respirer. Son cœur battait si lentement… Il essaya de se concentrer sur quelque chose, n’importe quoi, pour ne pas s’évanouir complètement. Où était-il ? Pourquoi avait-il si froid ? Sa tête palpitait et sa gorge lui donnait l’impression d’avoir avalé une boîte de lames de rasoir, l’agonie si intense qu’il s’évanouit de nouveau… pour combien de temps, il ne le savait pas. Quand il revint à lui, il vit l’ombre de quelqu’un qui s’éloignait et fut instantanément terrifié, mais pourquoi ? Lever son bras s’avéra difficile ; il jura qu’il lui fallut dix minutes pour convaincre son corps de faire ce qu’il voulait. Se concentrant malgré la douleur, il passa ses doigts engourdis dans ses cheveux, clignant des yeux, se demandant si le sang était sur sa main ou dans ses yeux… Tout était si rouge. Oh mon Dieu. C’est… Je… Je suis en train de mourir . Le mot « mourir » pulsait dans son esprit, des lettres sur un écran noir peint en cramoisi. Il frissonna et combattit l’envie de dormir, avec l’intention d’appeler à l’aide. ...

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