Comment séduire un libertin
260 pages
Français

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Description

Polissons, libertins et coquins prennez garde…
Lady Julianne Gatewick se trouve dans de beaux draps. Cela a commencé lorsque le meilleur ami de son frère, pour lequel elle a longtemps nourri un tendre secret, a accepté d’agir comme son chaperon pour la Saison des débutantes, seulement pour la séduire lors d’une valse osée.
Mais quand la musique s’est tue et que la haute société chargée d’espoir attendait que le Comte de Hawkfield se déclare envers elle, il a plutôt manifesté son désintérêt. Plutôt que de succomber à l’humiliation, Julianne fait ce que toutes jeunes filles vives d’esprit venant récemment d’être cruellement abandonnées feraient. Elle rédige en secret un guide pour les dames afin de séduire les libertins impénitents… et il devient le scandale le plus chaud de Londres.
Tous les libertins honorables savent que les soeurs d’amis sont interdites. Mais soudainement, Julianne possède une étincelle de malice dans les yeux à laquelle Hawk ne peut résister. Malgré tous ses efforts pour la repousser, il passe ses journées à écouter son rire et ses nuits à rêver de ses baisers. Il a toujours évité les ingénues et leur mère en quête de mariage, mais est-ce que l’homme le moins enclin au mariage a finalement rencontré chaussure à son pied?

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 18 janvier 2019
Nombre de lectures 172
EAN13 9782897868031
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0650€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

« J’ai besoin d’être éduquée. Comme vous êtes mon chaperon ainsi qu’un expert des libertins, vous êtes la personne parfaite pour m’enseigner leurs ruses. »
— Laissez-moi voir si j’ai bien compris. Vous voulez que je vous enseigne la manière de repérer un libertin ?
Julianne hocha la tête.
— Oui, pour ma propre sécurité.
— Que voulez-vous que je vous dise ? Prenez garde aux diables rouges arborant des cornes et des queues fourchues ?
— Non idiot. Je veux que vous m’enseigniez ce que les libertins disent et font pour attirer leurs victimes. Cela nécessitera peut-être une démonstration de votre part.
— Une démonstration ? fit-il.
— Oui. à des fins éducatives uniquement.
Une expression étonnée passa sur son visage.
— Vous voulez que moi , je vous séduise ?
— Prétendre me séduire. Elle sourit. Étant donné l’urgence de l’affaire, je crois que nous devrions commencer immédiatement.
Les yeux d’Hawk s’assombrirent.
— L’interdit vous excite, n’est-ce pas ?
Elle n’osa pas l’admettre : Je veux être vilaine .
• • •

Copyright © 2011 Vicky Dreilling
Copyright © 2011 Hachette Book Group Inc.
Titre original anglais : How to Seduce a Scoundrel
Copyright © 2018 Éditions AdA Inc. pour la traduction française
Cette publication est publiée avec l’accord de Forever, une division de Hachette Book Group.
Tous droits réservés. Aucune partie de ce livre ne peut être reproduite sous quelque forme que ce soit sans la permission écrite de l’éditeur, sauf dans le cas d’une critique littéraire.
Éditeur : François Doucet
Traduction : Sophie Deshaies
Révision linguistique : Féminin pluriel
Correction d’épreuves : Émilie Leroux, Nancy Coulombe
Conception de la couverture : Félix Bellerose
Photo de la couverture : © Getty images
Mise en pages : Sébastien Michaud
ISBN papier 978-2-89786-801-7
ISBN PDF numérique 978-2-89786-802-4
ISBN ePub 978-2-89786-803-1
Première impression : 2018
Dépôt légal : 2018
Bibliothèque et Archives nationales du Québec
Bibliothèque et Archives Canada
Éditions AdA Inc.
1385, boul. Lionel-Boulet
Varennes (Québec) J3X 1P7, Canada
Téléphone : 450 929-0296
Télécopieur : 450 929-0220
www.ada-inc.com
info@ada-inc.com
Diffusion Canada : Éditions AdA Inc. France : D.G. Diffusion Z.I. des Bogues 31750 Escalquens — France Téléphone : 05.61.00.09.99 Suisse : Transat — 23.42.77.40 Belgique : D.G. Diffusion — 05.61.00.09.99
Imprimé au Canada

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Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du livre du Canada (FLC) pour nos activités d’édition.
Gouvernement du Québec — Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres — Gestion SODEC.
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada
Dreiling, Vicky
[How to seduce a scoundrel. Français]
Comment séduire un libertin / Vicky Dreiling ; traduction, Sophie Deshaies.
Traduction de : How to seduce a scoundrel.
ISBN 978-2-89786-801-7
I. Deshaies, Sophie, traducteur. II. Titre. III. Titre : How to seduce a scoundrel. Français. PS3604.R435H68214 2018 813’.6 C2018-941374-3
À maman pour m’avoir offert un journal intime alors que j’avais 10 ans et m’avoir encouragée à écrire.
P.S. Celui-ci contient des parties coquines aussi. : )
Chapitre 1
Code de conduite du polisson : les vierges sont strictement interdites, particulièrement s’il s’agit de la sœur de votre ami.
Richmond, Angleterre, 1817
I l était en retard comme d’habitude.
Marc Darcett, Comte de Hawkfield, fit tournoyer son haut-de-forme tout en en traversant nonchalamment le trottoir menant à la maison de sa mère. Une brise froide ébouriffa ses cheveux et picota son visage. Dans la lumière décroissante du soir, Ashdown House, avec son toit à créneaux et ses tourelles, se dressait vaillamment près de la rive de la Tamise.
Normalement, Hawk appréhendait ces visites hebdomadaires obligatoires. Sa mère et ses trois sœurs mariées insistaient de plus en plus sur le fait qu’il n’avait pas encore d’épouse, surtout depuis que son plus vieil ami s’était marié l’été précédent. Elles ne faisaient aucun secret de leur déception à son endroit, mais il avait l’habitude d’être le vaurien de la famille.
Aujourd’hui, cependant, il avait hâte de voir ce vieil ami, Tristan Gatewick, le Duc de Shelbourne.
Après que le majordome, Jones, l’eut fait entrer, Hawk retira ses gants et son pardessus.
— Est-ce que Shelbourne et sa sœur sont déjà là ?
— Le duc et Lady Julianne sont arrivés il y a deux heures, répondit Jones.
— Excellent. Il tardait à Hawk de raconter sa dernière escapade paillarde à son ami. La soirée précédente, il avait rencontré Nancy et Nell, deux coquines danseuses lui ayant fait une proposition indécente. Ne souhaitant pas avoir l’air trop fébrile, il leur avait promis de réfléchir à l’affaire, mais il avait l’intention d’accepter leur offre de deux pour le prix d’une.
Le pointilleux Jones observa d’un air critique la tête de Hawk.
— Je vous demande pardon, monsieur le Comte, mais vous souhaiteriez peut-être vous occuper de vos cheveux.
— Sans blague ? Hawk fit comme s’il n’en avait pas conscience et jeta un coup d’œil dans le miroir au-dessus de la table du vestibule, qui lui renvoya le reflet de ses mèches décoiffées par le vent. Parfait, fit-il. Les cheveux ébouriffés font fureur.
— Si vous le dites, monsieur le Comte.
Hawk se retourna.
— Je suppose que tout le monde attend dans le salon doré ?
— Oui, monsieur le Comte. Votre mère s’est enquise à votre sujet de nombreuses fois.
Hawk regarda en direction de la grande salle et sourit en voyant la statue géante près de la cage d’escalier.
— Ah, ainsi ma mère a développé un intérêt pour les statues nues ?
Le normalement stoïque Jones émit un méfiant son étouffé. Puis il s’éclaircit la gorge.
— Apollo a été livré hier.
— Accompagné par sa lyre et son serpent, je vois. Hé bien, je dois lui souhaiter la bienvenue dans la famille. Les bottes de Hawk cliquetèrent sur le plancher de marbre à carreaux quand il s’approcha nonchalamment de la cage d’escalier en porte-à-faux, une prouesse architecturale qui faisait paraître le dessous des marches de pierre suspendues dans les airs. Au pied des marches, il s’arrêta pour inspecter la reproduction et grimaça devant les minuscules organes génitaux d’Apollo.
— Pauvre bougre.
Des bruits de pas résonnèrent au-dessus. Hawk leva les yeux et découvrit Tristan en train de dévaler les marches couvertes de tapis.
— Vous jaugez la compétition ? lança Tristan.
Hawk sourit.
— Diable. Voici le vieil homme marié.
— J’ai aperçu votre cabriolet par la fenêtre. Tristan posa le pied sur le plancher de marbre et frappa Hawk à l’épaule. Vous avez l’air de sortir du lit.
Hawk remua ses sourcils et laissa son ami imaginer ce qu’il voulait.
— Comment se porte votre duchesse ?
Un air fugace rongé par les soucis passa dans les yeux de son ami.
— Le médecin dit que tout évolue bien. Il lui reste encore deux mois de confinement. Il poussa un fort soupir. Je voulais un fils, mais maintenant je prie pour un accouchement facile.
Hawk hocha la tête, mais ne dit rien.
— Un jour, ce sera votre tour et ce sera moi qui vous réconforterai.
Ce jour ne viendrait jamais.
— Et laisser tomber ma vie de célibataire ? Jamais, dit-il.
Tristan sourit.
— Je vous rappellerai cela lorsque j’assisterai à votre mariage.
Hawk changea de sujet.
— Est-ce que votre sœur va bien ? Sa mère avait prévu de présenter Lady Julianne pour cette saison tandis que la duchesse douairière allait rester à la campagne avec sa bellefille grossissante.
— Julianne a très hâte au début de la saison, mais il y a un problème, dit Tristan. Une lettre est arrivée de Bath il y a 30 minutes. Votre grand-mère souffre à nouveau de palpitations cardiaques.
Hawk grogna. Grand-maman était célèbre pour ses palpitations cardiaques. Elle leur succombait aux moments les plus inopportuns et les décrivait dans des détails minutieux et affectueux à quiconque était suffisamment infortuné pour se trouver à proximité. Étant donné la baisse de l’ouïe de grand-maman, cela signifiait tout le monde à portée de cris.
— Votre mère et vos sœurs sont en train de décider à cet instant même qui devrait se rendre à Bath, expliqua Tristan.
— Ne vous inquiétez pas, mon vieux. Nous allons résoudre ce problème. Il ne faisait aucun doute que ses sœurs avaient l’intention de se précipiter à Bath, comme elles le faisaient chaque fois que leur grand-mère invoquait sa maladie favorite. Habituellement, sa mère s’y rendait aussi, mais elle s’était engagée à présenter Julianne.
Une voix maussade retentit du palier.
— Marc, tu as traîné suffisamment longtemps. Maman attend.
Hawk leva les yeux et vit sa sœur aînée, Patience, qui lui faisait signe du doigt comme s’il était l’un de ses turbulents sales gosses. La pauvre Patience ne s’était jamais montrée à la hauteur de son nom, une chose qu’il avait exploitée depuis son enfance. Il n’avait jamais pu résister à l’envie de la provoquer à cette époque et ne le pouvait assurément pas maintenant.
— Ma chère sœur, je n’avais aucune idée que tu étais aussi impatiente de profiter de ma compagnie. Cela me réchauffe le cœur.
Les narines de sa sœur se dilatèrent.
— Notre grand-mère est souffrante et maman s’inquiète. N’ajoute pas à son tracas en t’attardant.
— Verse à maman un verre de xérès pour ses nerfs. Je monte sous peu, dit-il.
Patience pinça les lèvres, virevolta et s’éloigna d’un pas lourd.
Les épaules de Hawk furent secouées par un rire et il reporta son attention sur son ami.
— Après dîner, nous ferons une brève apparition au salon, puis nous nous échapperons vers le club.
— Je ne préfère pas. Je prévois de partir à l’aube demain, dit Tristan.
Hawk haussa les épaules pour dissimuler sa déception. Il aurait dû savoir que son vieil ami voudrait retourner vers sa femme immédiatement. Rien ne serait jamais plus pareil maintenant que son ami était marié.
— Hé bien, alors, allons retrouver les autres.
Tandis qu’ils gravissaient l’escalier, Tristan lui jeta un coup d’œil avec un air énigmatique.
— Cela fait trop longtemps que nous nous sommes vus.
— Oui, en effet.
La dernière fois remontait au mariage de Tristan neuf mois plus tôt. Il avait eu l’intention de rendre visite aux nouveaux mariés après un laps de temps décent. Puis la lettre de Tristan était arrivée apportant l’heureuse nouvelle de sa paternité prochaine.
Hawk avait eu la sensation d’avoir les pieds embourbés dans un marécage.
Après qu’ils eurent pénétré dans le salon, Hawk s’arrêta. Il ne fut qu’accessoirement conscient que les époux de ses sœurs le regardaient hargneusement près du buffet. Toute son attention se porta sur la dame élancée assise sur le canapé entre sa mère et sa sœur la plus jeune, Hope. La lueur des chandelles faisait étinceler les boucles de jais de la femme tandis qu’elle observait un carnet à dessin posé sur ses cuisses. Doux Jésus, est-ce que cette exquise créature pouvait être Julianne ?
Comme si elle sentait son regard, elle leva les yeux vers lui. Il prit la mesure de sa transformation, étonné par les changements subtils. Durant les neuf derniers mois, la légère rondeur de ses joues avait disparu, soulignant ses pommettes sculptées. Même son expression avait changé. à la place de son sourire espiègle, elle le considéra avec un sourire posé.

La gentille petite fille qu’il avait connue toute sa vie était devenue une femme. Une époustouflante, magnifique femme.
Le son de la voix de sa mère le secoua.
— Tristan, s’il te plaît assieds-toi. Marc, ne reste pas planté là. Viens saluer Julianne.
Patience et son autre sœur, Harmony, étaient assises dans des fauteuils près du foyer à échanger des sourires rusés. Il ne faisait aucun doute qu’elles tramaient un complot afin de lui faire passer la corde au cou. Elles croyaient probablement qu’il était aussi épris que tous les nombreux blancs-becs qui rivalisaient pour obtenir l’attention de Julianne lors de chaque saison des débutantes. En fait, il n’était que simplement un peu déconcerté par sa transformation.
Déterminé à se reprendre en main, il s’avança vivement vers elle, s’inclina et fit une ridicule révérence utilisée la dernière fois lors du XVI e siècle.
Quand il se releva, sa mère grimaça.
— Marc, tes cheveux sont dressés. Tu as tout à fait l’air indigne.
Il sourit comme un petit chenapan.
— Hé bien, merci, maman.
Le rire rauque de Julianne attira son attention. Il posa ses poings sur ses hanches et remua les sourcils.
— Il ne fait aucun doute que vous briserez une douzaine de cœurs cette saison, petite Julie.
Elle l’observa entre ses longs cils.
— Peut-être que l’un d’eux réussira à capturer mon affection.
Le visage de Hélène de Troie avait fait lever l’ancre d’un millier de bateaux, mais la voix naturellement rauque de Julianne pourrait faire sombrer un millier d’hommes. D’où diable cette stupide idée provenait-elle ? Elle était devenue une éblouissante jeune femme, mais il l’avait toujours vue comme un petit garçon manqué qui grimpait aux arbres et se promenait sur les rochers.
Hope se leva.
— Marc, prends mon siège. Tu dois voir les dessins de Julianne.
Il avait l’intention de tirer le meilleur avantage de cette chance. Pendant des années, il avait taquiné Julianne et l’avait encouragée dans ses bêtises. Après avoir pris place près d’elle, il sourit et tapota son carnet.
— Qu’avez-vous là-dedans, ma coquine ?
Elle lui montra un dessin de Stonehenge.
— J’ai dessiné ceci l’été dernier alors que je voyageais avec Amy et sa famille.
— Stonehenge est impressionnant, fit la comtesse.
Il continua consciencieusement de regarder pendant que Julianne tournait la page.
— Voilà de très gros rochers.
Julianne s’esclaffa.
— Peste.
Il replaça une des boucles de Julianne derrière son oreille. Quand elle gifla sa main, il rit. Elle était la même petite Julie qu’il avait toujours connue.
De lourds pas résonnèrent de l’autre côté des portes du salon. Tout le monde se leva quand Lady Rutledge, sa grandtante Hester, entra d’un pas pesant. Des boucles grises sortaient d’un turban vert décoré de grandes plumes. Elle lança un regard vers la mère de Hawk et prit un air renfrogné.
— Louisa, cette statue est hideuse. Si vous voulez un homme nu, trouvez-en un qui respire.
La mâchoire de Hawk se crispa en un effort pour ne pas éclater de rire.
La comtesse agita son éventail devant son visage enflammé.
— Hester, je vous prie de surveiller votre langage.
— Bah. Hester fit un clin d’œil en direction de Hawk. Viens donner un baiser à ta tante, petit voyou.
Quand il s’exécuta, elle marmonna :
— Tu es le seul sensé dans le lot.
Tristan s’inclina devant elle.
— Lady Rutledge.
Hester l’examina d’un air appréciateur.
— Shelbourne, séduisant démon. J’ai entendu dire que tu n’as pas perdu de temps avant de mettre ta femme enceinte.
La mère et les plus jeunes sœurs de Hawk eurent un cri de surprise. Patience s’éclaircit la gorge.
— Tante Hester, nous ne parlons pas de sujets aussi délicats.
Hester renifla et garda son regard entendu sur Tristan.
— J’ai entendu dire que ta duchesse a de la jugeote. Elle amènera ton enfant dans ce monde sans incident, note bien ce que je dis.
Hawk considéra sa maligne vieille tante avec un sourire affectueux. Aussi excentrique qu’elle fût, elle avait cherché à rassurer son vieil ami. Et pour cela, il l’adorait.
Il escorta Hester vers un fauteuil et resta près d’elle. Son large postérieur tenait tout juste entre les accoudoirs. Après avoir ajusté ses plumes, elle tint son monocle devant son œil et inspecta Julianne.
— Tante Hester, vous vous souvenez de Lady Julianne, dit Patience comme si elle parlait à une enfant. C’est la sœur de Shelbourne.
— Je sais qui elle est. Hester laissa tomber son monocle. Pourquoi es-tu encore célibataire, jeune fille ?
Julianne rougit.
— J’attends le bon gentleman.
— J’ai entendu dire que tu avais refusé une douzaine de propositions depuis tes débuts. C’est vrai ? continua Hester.
— Je n’ai pas gardé de décompte, murmura Julianne.
Hester renifla.
— Il y en avait tant que tu ne t’en souviens plus ?
Remarquant l’air déconcerté de Julianne, Hawk intervint.
— Maman, j’ai compris que nous avions un petit problème. Grand-maman prétend être souffrante à nouveau, n’est-ce pas ?
Sa mère et ses sœurs protestèrent qu’elles devaient tenir pour acquis que grand-maman était véritablement malade. Finalement, tante Hester les interrompit.
— Oh, taisez-vous, Louisa. Vous savez très bien que ma sœur ne cherche que de l’attention.
— Hester, comment pouvez-vous dire une telle chose ? lança la comtesse.
— Parce qu’elle en a fait une habitude. Hester renifla. Je suppose vous, ainsi que vos filles, planifiez de vous précipiter à Bath en pure perte.

— Nous ne pouvons pas courir de risque, répondit Patience. Si l’état de grand-maman s’aggravait, jamais nous ne nous le pardonnerions.
— Elle devrait venir en ville où elle pourrait être proche de sa famille. Je lui ai offert de partager ma maison avec elle, mais elle refuse de quitter ses copines à Bath, dit Hester.
— Elle a ses habitudes. Hawk sourit à sa tante. Peu de dames sont aussi aventureuses que vous.
— C’est vrai, dit Hester fièrement.
La comtesse le regarda avec un air suppliant.
— Pourrais-tu écrire à William pour l’informer ?
— Je ne suis pas certain de son adresse en ce moment, dit Hawk. Son jeune frère parcourait le Continent depuis plus d’un an.
Montague, le mari de Patience, baissa son journal.
— Il est plus que temps que William rentre à la maison et cesse de se débaucher partout sur le Continent. Il doit choisir une carrière et devenir un membre responsable de la famille.
Hawk le considéra comme s’il était un insecte.
— Il rentrera quand il en aura assez de se promener. Il avait espéré que Will reviendrait à Londres pour la saison des débutantes, mais son frère n’avait pas écrit depuis deux mois.
Montague plia son journal.
— Il reviendrait bien assez rapidement si vous lui coupiez les vivres.
Hawk ignora son beau-frère qu’il appréciait le moins et reporta son attention vers sa mère.
— Et Julianne ? Son frère l’a emmenée jusqu’ici. Maman, ne pouvez-vous pas rester ?
— Oh, je ne peux demander une telle chose, dit Julianne. Je peux aller habiter avec Amy ou Georgette. Les amies de ma mère m’accueilleraient, j’en suis certaine.
— Les amies de sa mère seront trop occupées avec leurs propres filles, dit Hester. Je vais présenter Julianne. Elle sera l’étoile de la saison.
Un long silence suivit. La mère et les sœurs de Hawk échangèrent des regards avec un désarroi à peine dissimulé. Elles pensaient qu’Hester n’avait pas inventé le fil à couper le beurre, mais lui savait que sa tante était prodigieusement intelligente, même si ses manières étaient un peu grossières.
La comtesse s’éclaircit la gorge.
— Hester, ma chère, cela est très aimable de votre part, mais peut-être devriez-vous considérer combien tous ces divertissements seront épuisants.
— Je ne suis jamais fatiguée, Louisa, dit-elle. Je vais bien aimer présenter la gamine. Elle est assez jolie et semble vive. Elle sera fiancée en quelques semaines.
Hawk se figea. Julianne mariée ? Cela sonnait si... faux. Même s’il savait qu’il était d’usage pour les dames de se marier jeunes, cette idée ne lui plaisait pas.
Tristan regarda Hester.
— Il est vrai qu’elle a fait ses débuts quatre fois, mais le mariage est pour la vie. Je ne vais pas la presser.
Hester considéra Julianne.
— Quel âge as-tu, ma fille ?
— 21 ans, dit-elle.
— Elle est en âge, mais je suis d’accord que le mariage ne doit pas être pris à la légère, conclut Hester.
Tristan observa sa sœur.

— Je dois approuver toutes relations sérieuses.
Quand Julianne roula les yeux, Hawk sourit. Il n’enviait aucun homme suffisamment téméraire pour demander à Tristan la main de Julianne. Son vieil ami avait gardé des rênes fermes sur elle pendant des années, comme il se devait.
— Maintenant que le problème est résolu, allons dîner, lança Hester. Je suis affamée.
Après que les femmes se furent retirées de la salle à manger, Hawk sortit le porto. Les maris de ses sœurs échangèrent des regards éloquents. Tristan garda le silence, mais les observa prudemment.
Montague croisa ses petites mains sur la table et s’adressa à Hawk.
— Lady Julianne ne peut pas rester avec Hester. Les manières effrontées et les idées rebelles de votre tante seraient une mauvaise influence pour cette fille.
Hawk croisa le regard de Tristan.
— Vous me suivez dans mon bureau ?
Tristan hocha la tête.
Ils se levèrent. Quand Hawk prit une chandelle sur le buffet, Montague se leva précipitamment de la table.
— Patience restera pour veiller sur Julianne.
— Ma sœur est déterminée à se rendre à Bath, dit Hawk. Elle ne sera pas en paix tant qu’elle n’aura pas vu que notre grand-mère se porte bien. La dernière chose qu’il voulait était d’exposer Julianne au mariage acrimonieux de sa sœur.
— Vous savez très bien que votre grand-mère simule la maladie, répondit Montague. Si votre mère et vos sœurs refusaient d’y aller, cela mettrait un terme à cette absurdité.
Hawk comprit que Montague avait trouvé une occasion de garder sa femme à la maison. Cet homme questionnait constamment Patience au sujet de ses déplacements et la réprimandait si elle parlait à un autre homme.
— Je vais en discuter avec Shelbourne. Gentlemen, dégustez votre porto.
Il fit mine de se détourner quand la voix de Montague l’arrêta.
— Bon sang, Hawk. Quelqu’un doit prendre en charge cette fille.
Hawk fit rapidement le tour de la table et se dressa audessus de son beau-frère.
— Vous n’avez pas votre mot à dire à ce sujet. Puis il baissa la voix. Souvenez-vous de ma mise en garde.
Montague lui lança un regard noir, mais tint sa langue. Hawk lui fit un sourire mauvais. à Noël, son beau-frère avait fait une remarque désobligeante de trop au sujet de Patience. Hawk l’avait pris à part et menacé de le passer à tabac s’il traitait à nouveau sa sœur de manière irrespectueuse.
Alors qu’il s’éloignait avec Tristan, il marmonna :
— Fichue brute.
— Montague réprouve votre influence politique, votre fortune et votre rang supérieur. Il se sent inférieur et s’engage dans des bras de fer pour prouver sa virilité.
Hawk aurait aimé envoyer Montague au diable. Il avait courtisé sa sœur et l’avait couverte d’affection. Il s’était montré sous son vrai jour peu de temps après le mariage.
Quand ils pénétrèrent dans le bureau, où l’odeur de cuir imprégnait la pièce. Hawk posa la chandelle sur le manteau de la cheminée et s’avachit dans l’un des fauteuils transversaux devant l’énorme bureau en acajou. L’âtre était vide, rendant la pièce froide. Il n’utilisait jamais le bureau. Il y avait bien des années, il s’était installé à l’hôtel Albany. Sa famille avait désapprouvé, mais il avait eu besoin d’échapper à l’emprise de son père.
Tristan examina le décor et s’assit près de Hawk.
— Le bureau est pratiquement inchangé depuis la mort de votre père.
Il était décédé soudainement d’une crise cardiaque huit ans plus tôt, empêchant ainsi toute possible réconciliation entre eux. Une idée ridicule. Il n’y avait rien qu’il aurait pu faire pour modifier l’opinion que son père avait de lui.
— Votre père était un homme bon, dit Tristan. Ses conseils étaient inestimables pour moi.
— Il vous admirait, dit Hawk.
Tristan avait restauré tout seul sa fortune après avoir découvert que son défunt bon à rien de père l’avait laissé avec des dettes colossales.
— J’enviais votre liberté, dit Tristan.
— J’ai eu une vie facile comparé à vous. Et le père de Hawk ne l’avait jamais laissé oublier cela. Spontanément, les mots que son père avait prononcés plus d’une douzaine d’années plus tôt résonnèrent dans sa tête. Sais-tu même combien il en coûtera pour satisfaire l’honneur de Westcott ?
Il claqua mentalement la porte sur son souvenir.
— Mon vieux, votre sœur préférera peut-être habiter chez l’une de ses amies, mais je vous conseille de refuser si elle souhaite aller chez Lady Georgette. J’ai entendu de vilaines rumeurs concernant son frère. à l’évidence, Ramsey a mis l’une des femmes de chambre enceinte, expliqua-t-il. Aucun gentleman honorable ne profitait des domestiques.
Le visage de Tristan démontra sa répulsion.
— Mon Dieu. Il est dégoûtant.
— Si vous préférez, amenez votre sœur chez la mère d’Amy Hardwick.
— Non, votre mère à raison. Mme Hardwick devra se concentrer sur sa propre fille. Tristan fronça les sourcils. Je ne peux m’imposer.
Tristan se sentait probablement un peu coupable, car Amy et Georgette lui avaient consacré leur entière saison de débutante l’année dernière alors qu’il faisait une cour inhabituelle.
— Ma tante est une insolente vieille maligne, mais elle est plutôt inoffensive. Hester se réjouira d’escorter Julianne partout en ville.
Tristan lança un regard oblique à Hawk.
— J’ai une faveur à vous demander.
Un étrange pressentiment déferla sur Hawk. Il connaissait Tristan depuis qu’ils portaient des culottes courtes, car leurs mères étaient de grandes amies. à Eton, Tristan et lui s’étaient unis afin d’échapper aux garçons plus âgés qui aimaient tourmenter les plus jeunes. Hawk connaissait bien son ami, mais il n’avait aucune idée de ce qu’il avait l’intention de lui demander.
Tristan prit une profonde respiration.
— Est-ce que vous agiriez comme le chaperon officieux de ma sœur ?
Hawk éclata de rire.
— Moi, un chaperon ? Vous plaisantez assurément.
— Dès que les chasseurs de fortune découvriront que je ne suis plus là, ils vont rôder comme des vautours au-dessus de Julianne. Je ne serai pas en paix à moins qu’un homme fiable soit là pour la protéger des libertins.
— Mais... je suis un libertin, bégaya-t-il. Bien sûr, elle s’était épanouie en une exceptionnelle ravissante jeune femme, mais elle était la sœur de son amie. Même parmi les libertins, on mettait un point d’honneur à éviter les sœurs de nos amis.
— Vous avez vu ma sœur grandir comme moi, dit Tristan. Elle est presque comme une sœur pour vous.
Il n’avait jamais pensé à elle dans ces termes. Pour lui, elle était simplement petite Julie, toujours prête à faire des bêtises. Il ne s’était jamais lassé de la mettre au défi de faire quelque chose de peu féminin, et pas une seule fois elle n’avait reculé.
— Mon vieux, vous savez que j’ai de l’affection pour elle, mais je ne suis pas fait pour être le chaperon de quiconque.
— Vous avez toujours veillé sur elle, insista Tristan.
La culpabilité jaillit dans sa poitrine. Sa propre famille pensait qu’il était un vaurien irresponsable et avec raison. Il ne savait même pas comment localiser son propre frère. Mais, de toute évidence, Tristan avait une foi complète en lui.
Tristan se pinça l’arête du nez.
— Je devrais rester à Londres pour veiller sur Julianne, mais je ne peux supporter de laisser ma femme. Quoi que je fasse, j’ai l’impression de léser l’une d’elles.
Ah, diable. Tristan n’avait jamais demandé de faveur auparavant. Il était comme un frère pour lui. Bon sang. Il ne pouvait pas refuser.
— N’importe quoi pour vous, mon vieux.
— Merci, dit Tristan. Une dernière chose. Vous n’allez pas aimer cela.
Hawk arqua les sourcils.
— Oh ?
Tristan plissa les yeux.
— Vous allez abandonner votre comportement de débauché durant la saison des débutantes.
Il s’esclaffa.
— Pardon ?
— Vous m’avez entendu. Il n’y aura aucune ballerine, actrice ou courtisane. Appelez-les comme vous voulez, mais vous ne vous associerez pas avec des putes tandis que vous chaperonnerez ma sœur.
Il pouffa.
— Ce n’est pas comme si j’allais exhiber une maîtresse sous le nez de votre sœur.
— Vos liaisons sont célèbres. Tristan tambourina son pouce sur l’accoudoir de son siège. J’ai souvent soupçonné que vous vous délectiez de votre mauvaise réputation.
Hawk plaisantait au sujet de ses nombreuses maîtresses. Tout le monde, incluant ses amis, croyait ses histoires invraisemblables. Même s’il était un authentique libertin, il ne pouvait possiblement pas être à la hauteur, ou être allé aussi bas, pour ce qui était des récits exagérés de ses conquêtes.
— Je ne vais pas consentir au célibat, dit Hawk.
— Vous n’essayez même pas d’être discret. Julianne vous adore. Je ne veux pas qu’elle perde ses illusions.
— Je garderai mes liaisons discrètes, marmonna Hawk.
— D’accord, dit Tristan.
Il ferait mieux d’oublier son ménage à trois avec Nell et Nancy. Cela le chagrinait, car il n’avait jamais badiné avec deux femmes en même temps, mais il n’arriverait pas à garder ce genre d’affaire coquine sous les couvertures proverbiales.
Tristan fit à nouveau tambouriner son pouce.
— Écrivez-moi régulièrement et faites-moi savoir comment ma sœur s’en tire.
— Je le ferai, répondit Hawk. Ne vous inquiétez pas. Julianne s’habituera aux manières grossières de ma tante.
— Quand le bébé sera au monde, amenez-moi ma sœur à la maison. Il sourit. Tessa a déjà demandé à Julianne d’être marraine. Serez-vous le parrain ?
Un nœud se forma dans sa poitrine, mais il se força à rire.
— Vous feriez confiance à un libertin tel que moi avec votre enfant ?
— Il n’y a personne d’autre en qui j’ai plus confiance, mon ami.
Hawk détourna le regard, sachant qu’il ne méritait pas l’estime de son ami.
Chapitre 2
Les secrets de séduction d’une dame : quand vous doutez de ses sentiments, demandez conseil à vos amies.
Le lendemain, à la maison de ville d’Hester
P ersonne ne pouvait résister à Hawk. Pas même les chiens.
Julianne s’esclaffa quand les deux épagneuls King Charles abandonnèrent Hester et les morceaux de gâteau qu’elle leur donnait. Les queues des chiens aux yeux globuleux s’agitèrent et ils se mirent à japper en courant en cercle autour des pieds de Hawk.
Hester tapa dans ses mains.
— Caro, Byron, assez !
Ils gémirent et lui donnèrent des coups de patte.
— Attention aux bottes, dit-il. Puis il se pencha pour ébouriffer leurs longues fourrures. Les deux épagneuls s’assirent et se mirent à haleter d’un ravissement canin.
— Vous êtes parvenu à les charmer, dit Julianne. Je suis assez jalouse, vous savez. Ils sont loin d’être aussi attachés à moi.
Hawk leva la tête et fit un clin d’œil.
— Ah, mais moi je le suis.
Ses mots réjouirent Julianne. Après ne pas l’avoir vu pendant neuf longs mois, elle craignait que les choses soient inconfortables entre eux. Hier, ils avaient été entourés par tant de gens, puis il avait passé la majorité de son temps enfermé dans son bureau avec son frère. Aujourd’hui, cependant, elle avait la sensation que les mois avaient fondu comme de la neige.
Hester s’agita sur son canapé rouge orné de deux horribles sphinx dorés aux accoudoirs.
— Hé bien, mon neveu, n’as-tu pas de baiser pour ta tante ?
Avec un sourire indolent, Hawk redressa sa grande silhouette puissante et s’approcha d’elle. Naturellement, les chiens suivirent. Après qu’il eut posé un baiser bruyant sur la bajoue poudrée de sa tante, elle le gifla avec son éventail.
— Ton foulard est de travers et tes cheveux sont décoiffés.
Julianne sourit. Seul Hawk pouvait donner à une telle tenue négligée un air séduisant de petit garçon. Comme toujours, ses mèches indisciplinées acajou semblaient avoir été soufflées par le vent, une conséquence de sa tendance à faire virevolter son chapeau plutôt que le porter.
— Tu n’as pas vu mon salon depuis que je l’ai redécoré la saison dernière, dit Hester. J’ai développé une passion pour le style égyptien.
Il s’avança vers une boîte en verre. Puis il regarda Julianne par-dessus son épaule avec une expression malicieuse.
— Tante, est-ce que cette momie est authentique ?
— C’est une reproduction, expliqua Hester. Mais les parchemins ornementés au plafond sont de véritables antiquités.
Julianne ravala son sourire devant ce décor hideux. Des statues dorées de pharaons, des pyramides et des urnes encombraient les nombreuses tables noires. Plusieurs des meubles présentaient d’énormes pattes griffues. Heureusement, Hester l’avait menée ce matin dans une chambre à coucher simple. Julianne avait presque tressailli de soulagement. Mon Dieu, elle avait craint de devoir dormir parmi des momies.
— Assieds-toi, je t’en prie, dit Hester à Hawk.
Les chiens le suivirent jusqu’au canapé où Julianne était assise. Hawk regarda les chiens et pointa le tapis.
— Assis.
Les épagneuls lui obéirent et haletèrent la langue sortie.
— Tu as fait la conquête de mes chiens, dit Hester.
Il s’avachit près de Julianne.
— Hélas, je crains que Byron à une priorité sur l’affection de Caro. J’ai le cœur brisé.
Julianne roula les yeux, mais, sincèrement, ses plaisanteries idiotes lui avaient manqué. Durant les longs mois d’automne et d’hiver, elle avait espéré qu’il rende visite à sa famille. Jamais avant il n’était resté absent aussi longtemps. Son absence l’avait angoissée et elle avait craint qu’il se soit attaché à quelqu’un d’autre. La veille, Patience avait murmuré qu’elle espérait pouvoir bientôt l’appeler sœur . Les espoirs de Julianne étaient montés en flèche, sachant que la famille de Hawk approuverait.
La voix de Hawk la fit sursauter.
— Votre frère est parti tôt ce matin comme il avait prévu ?
Elle hocha la tête.
— Votre mère et vos sœurs sont parties en même temps. Évidemment, son frère lui avait fait toutes sortes de terribles mises en garde. Mais quand il l’avait étreint, elle avait su qu’il la sermonnait seulement parce qu’il se faisait du souci à son sujet.
Hester regarda Julianne.
— Voudrais-tu servir le thé ?
Elle se leva et marcha jusqu’au plateau. Hawk et les chiens la suivirent. Quand elle coupa une généreuse tranche de gâteau, il en prit un gros morceau et le mangea avant qu’elle puisse le poser sur une assiette.
— Miam. Petit-déjeuner.
— Il est plus de midi, mécréant, dit-elle.
— L’heure habituelle pour un gentleman épicurien. Il fit un clin d’œil et suça une miette sur son doigt.
Elle cessa de respirer. Une image de Hawk prenant son visage entre ses mains jaillit dans sa tête. Elle imagina ses lèvres descendant vers les siennes. Plusieurs de ses galants avaient tenté de l’embrasser, mais jamais elle ne les avait laissés faire. Elle voulait garder tous ses baisers pour Hawk.
Ses pensées tourbillonnaient alors qu’elle servait le thé. Même si elle n’avait pas d’expérience, elle avait vu son frère embrasser sa femme, Tessa, rapidement sur les lèvres plus d’une fois. Julianne avait trouvé leurs baisers charmants. Mais une fois, elle était revenue dans le salon pour prendre son roman et avait vu Tessa assise sur les genoux de Tristan. Ils s’embrassaient avec leurs langues. Secouée, elle était sortie avant qu’ils la voient.
Hawk lui prit la tasse, avala jusqu’à la dernière goutte, puis la mit de côté. Elle rit.
— Encore ?
— Non, merci.
Elle versa une tasse pour Hester et la lui apporta. Hester lui décocha un regard perçant. Julianne se raidit, se demandant si elle avait d’une quelconque manière contrarié la tante de Hawk.
— Venez vous asseoir avec moi, Julianne, et discutons, dit Hawk.
Les épagneuls suivirent quand Hawk la ramena jusqu’au canapé. Il s’assit de nouveau à côté d’elle. Les chiens se postèrent aux pieds de Hawk, le regardant avec espoir. Il allongea ses longues jambes, attirant l’attention de Julianne. Son pantalon moulant mettait en valeur ses cuisses musclées.
— Petite Julie ? dit-il.
Le visage de Julianne s’enflamma. Oh, mon Dieu, l’avait-il attrapée en train de le reluquer ?
La bouche de Hawk se tordit en un sourire de guingois.
— Est-ce que votre frère vous a dit qu’il m’a demandé d’agir en tant que votre chaperon officieux ?
— Oui. Après que Tristan l’en eut informée, elle s’était efforcée de ne pas laisser voir son excitation. Cependant, elle soupçonnait que sa mère allait s’opposer, mais son frère avait pris la décision. D’après ce qu’elle en savait, Tristan ne soupçonnait pas ses sentiments envers Hawk. Bien sûr, sa mère avait deviné. Avant que Julianne quitte la maison, maman l’avait avisée en tête-à-tête qu’elle devait mettre un terme à sa toquade de petite fille. Selon elle, c’était le plus sûr chemin vers un chagrin d’amour.
Julianne voulait prouver à sa mère qu’elle avait tort.
— J’ai promis de vous escorter aux bals et autres divertissements, expliqua Hawk. Vous n’avez pas besoin de vous inquiéter. Je ne vais pas interférer avec tous les blancs-becs qui se prosternent à vos pieds.
Le ventre de Julianne se crispa. Pensait-il qu’elle préférait les hommes plus jeunes ? Elle devait lui faire savoir que ce n’était pas le cas.
— Je n’ai aucun intérêt pour les garçons qui dévisagent et bégaient.
— Ils sont trop émerveillés pour être dangereux, dit Hawk. Je tiendrai les fripouilles à l’écart.
— Je sais que vous me protégerez, dit-elle. Il avait toujours veillé sur elle, même lorsqu’elle était une petite fille.
Hester observa Julianne avec une expression de mise en garde. Julianne mordit sa lèvre, craignant que la tante de Hawk pense qu’elle était une séductrice éhontée.
Hawk fit un sourire indolent à sa tante.
— Assurez-vous de me faire parvenir la liste des invitations de Julianne.
— C’est ridicule, lança Hester d’une voix trop forte. Il n’est pas nécessaire que vous filiez à la trace la gamine.
Julianne aspira vivement. Oh, non, Hester allait tout ruiner.
— Ah, mais une promesse est une promesse. Il joua avec une mèche près de l’oreille de Julianne. Cela ne vous dérange pas, n’est-ce pas, petite Julie ?
Elle secoua la tête et l’imagina allongé sur le côté près d’elle sous une voûte d’arbres. Il tirerait sur sa mèche et dirait, je veux vous embrasser.
Son fantasme éclata comme une bulle de savon au son de la voix de Hawk.
— Maintenant, je vais vous laisser, ladies, à votre thé et vos bavardages.
Elle se leva avec lui.
— Devez-vous partir si tôt ?
— Je le crains. Au revoir. Il quitta le salon avec Byron et Caro jappant et galopant derrière lui.
Julianne émit un soupir mélancolique et s’enfonça dans le canapé.
— Jamais tu ne l’attraperas si tu portes ainsi ton cœur en bandoulière.
La voix de Hester la fit sursauter.
— Je-je n’ai aucune idée de ce que vous voulez dire.
— Bien sûr que oui. Tu montres tes sentiments tendres de manière assez évidente.
Elle grimaça. Maman avait dit la même chose, mais Julianne ne pouvait s’en empêcher. Elle l’aimait.
Hester la considéra pendant un long moment.
— Ce dont tu as besoin ce sont des leçons en amour.
Elle regarda Hester avec méfiance, ne sachant pas ce qu’elle avait en tête.
— Vous êtes trop aimable, mais je ne veux pas m’imposer à vous. Elle doutait que l’excentrique Hester puisse dispenser des conseils utiles et espérait qu’elle oublierait l’affaire.
— Balivernes, je serai heureuse de t’instruire, dit Hester.
En tant qu’invitée, Julianne ne pouvait pas refuser sans l’insulter. Elle se rappela qu’elle n’était qu’obligée d’écouter.
Hester pointa son monocle vers elle.
— Si tu souhaites attraper mon neveu, tu devras te servir de tes artifices.
Elle ne savait pas si elle avait des artifices, mais peut-être devrait-elle en acquérir.
— Premièrement, nous devons établir un plan de séduction, fit Hester.
Julianne se figea. Maman avait toujours insisté sur le fait qu’elle devait protéger sa vertu à n’importe quel prix.
— Heu, n’est-ce pas inapproprié ?
— Ma chère, j’ai épousé, mis au lit et enterré cinq maris. Et je te promets que le chemin vers le cœur d’un homme est par ses parties intimes.
Un brasier envahit les joues de Julianne. Pas étonnant que Lady Hawkfield s’inquiétait d’avoir laissé Hester aux commandes.
— Je vois que tu rougis, ma fille, fit Hester. Écoute-moi bien. La seule manière d’apprivoiser un libertin est de le persuader que tu le rendras plus heureux qu’une courtisane dans le lit conjugal.
Elle grimaça devant le franc-parler d’Hester.
— Et l’amour ?
— D’abord vient la luxure. Ensuite le mariage, expliqua Hester.
Julianne baissa les yeux afin de dissimuler sa répulsion. En comparaison à ses rêves romantiques, la description que faisait Hester d’une cour était, hé bien, sordide.
Il n’était assurément pas mal de désirer des déclarations agréables et des promesses d’amour éternel. Elle était devenue éprise de Hawk à l’âge tendre de 8 ans. C’était l’année où son père était mort. Hawk était arrivé à la propriété de campagne de sa famille cet été-là et ses taquineries avaient atténué son chagrin. Elle l’avait adoré et quand elle avait fait ses débuts à 17 ans, il avait dansé avec elle. Elle était alors tombée follement amoureuse de lui et chaque nuit depuis elle avait rêvé de l’épouser.
Hawk n’avait pas dansé avec elle depuis ce soir-là, mais elle savait qu’il la trouvait trop jeune. Il attendait qu’elle ait grandi. Elle en était sûre, presque certaine. Et elle n’allait pas abandonner ses rêves. Parce que le seul fait de penser qu’elle pourrait avoir moins que son amour l’effrayait au plus haut point.
— Allons. Il n’est pas nécessaire d’avoir l’air si découragée, continua Hester. Le truc est d’augmenter de manière continue l’ardeur d’un homme.
Devant la promesse d’une suggestion pratique, Julianne leva un regard plein d’espoir.
— Ta première tâche sera de t’entraîner à avoir un regard aguicheur. C’est le moment d’utiliser ces beaux yeux bleus à ton avantage.
Julianne prit une profonde respiration, imaginant Hawk s’agenouillant devant elle. Elle se le représenta en train de la supplier de faire de lui l’homme le plus heureux.
— Que diable, ma fille. Tu ressembles à un jeune chiot éperdu d’amour. Fais comme si tu essayais de l’attirer dans le boudoir.
— Mais jamais je ne ferai cela ! Oh, les conseils d’Hester étaient très mauvais. Elle ne devait pas écouter un mot de plus.
Hester renifla.
— Évidemment que tu n’agiras pas. Tu dois lui faire comprendre par ton regard que tu le trouves désirable.
Julianne serra les mains. Sa mère s’évanouirait si elle savait qu’Hester lui conseillait de se comporter comme une catin.
— Tu souffres d’un amour non partagé. Tu dois à tout prix éviter de le démontrer, expliqua Hester. S’il se sent assuré de ton affection, il n’y a aucun défi pour lui.
— Si je prétends que je ne me soucie pas de lui, il pourrait en conclure que je suis indifférente.
— Tu ne dois pas montrer de sentiments tendres. Il n’y a rien de plus redoutable pour un libertin que la perspective du mariage. Ils estiment leur liberté et leurs maîtresses.
Julianne fixa ses genoux, essayant de dissimuler la douleur qui transperçait son cœur. Elle avait entendu les rumeurs concernant ses maîtresses, mais elle avait refusé de croire que Hawk était aussi dépravé que ce que les gens laissaient entendre.
— Ton visage est comme un livre ouvert ma fille. Mon neveu a 31 ans. Croyais-tu qu’il était puceau ?
La souffrance l’engloutit. Bien sûr, elle savait qu’il y avait eu d’autres femmes, mais elle avait essayé de les repousser de son esprit. Elle ne pouvait pas endurer l’idée qu’il en touche et en embrasse d’autres.
— Allons, allons. Les hommes sont des créatures passionnées, fit Hester. Ils sont faits ainsi. Tu apprendras, ma fille. Tu dois seulement le séduire avec la promesse de tes charmes sensuels.
Julianne la regarda.
— Mais je ne sais même pas si j’ai des charmes sensuels.
Hester gloussa.
— Ma chère, tes charmes sont apparents pour n’importe quel homme avec des yeux en face des trous. Mais tu dois t’efforcer de garder son intérêt au-delà de ce qui lui ravit les yeux.
— Comment y parvenir alors que je n’ai aucune idée de ce qu’il faut faire ?
— Regarde-le avec désir et allume-le. Mais quand il te prend en chasse, tu dois le garder à bonne distance. Agir ainsi va attiser sa flamme, si tu vois ce que je veux dire.
Julianne ne pouvait imaginer Hawk la pourchasser elle ou n’importe quelle autre femme au demeurant. En vérité, c’était les femmes qui le pourchassaient.
— Si tu joues bien tes cartes, tu pourras le faire manger dans le creux de ta main, fit Hester en fermant ses doigts en un poing. Oh, Anne Boleyn a bien gardé Henry VIII sous sa coupe lubrique pendant des années.
Et s’est fait trancher la tête dans la foulée.
— Eh bien, ma fille, tu le veux ou pas ? demanda Hester.
Elle n’allait pas jouer de jeux horribles avec l’homme qu’elle aimait. Les idées d’Hester ressemblaient à des leçons pour une courtisane. Julianne leva le menton en un geste de défi, mais n’était pas suffisamment courageuse pour énoncer ses objections.
Hester lui décocha un regard entendu.
— Tu es déterminée à le courtiser à ta manière. Quand tu seras prête, tu te souviendras de mes conseils.
Le lendemain soir, Hawk arpentait le salon égyptien encombré alors qu’il attendait sa tante et Julianne. Plus tôt ce jour-là, Hester lui avait envoyé la liste des invitations de Julianne pour cette semaine comme il avait demandé.
Après y avoir bien réfléchi, il avait conclu que Julianne n’avait pas besoin qu’il surveille chacun de ses gestes. Elle était une bonne fille et ne ferait jamais rien d’inconvenant. Il prévoyait d’escorter Julianne et sa tante ce soir, mais dans le futur, il ne ferait qu’une apparition, s’assurerait que tout allait bien et ferait une sortie hâtive.
La porte du salon s’ouvrit en bruissant. Hester la referma et s’avança vers lui en une volute de jupes violettes. De grandes plumes d’autruche se balançaient au sommet d’un voyant turban incrusté de perles.
— Je dois te parler avant que Julianne arrive.
— Où est-elle ? s’enquit Hawk.
— Elle change de robe.
Que Dieu lui vient en aide.
— Pourquoi ?
— Parce que c’est une femme. Hester le jaugea du regard. Son frère dit qu’il ne veut pas la précipiter dans le mariage, mais j’ai plus amplement réfléchi à la question. Tout le monde sait qu’il est trop protecteur. Il la voit encore comme une jeune gamine. Je crois qu’il tente de la décourager, car il ne peut admettre que c’est une femme adulte.
— Ma tante, elle se mariera quand elle sera prête, dit Hawk.
— De toute évidence, tu es peu disposé à aider, lança Hester. Cette tâche m’incombe donc.
— Pardon ? Oh, Dieu. Sa tante s’imaginait en entremetteuse.
Hester se tapota le menton.
— J’imagine qu’elle préférerait un jeune blanc-bec avec une nature agréable, mais je crains qu’elle le trouve décevant. Un gentleman avec un peu de savoir-faire lui irait mieux. Les jeunes ne connaissent pas l’essentiel. Ils ont tendance à tirer trop rapidement, si tu vois ce que je veux dire.
Diable .
— Tante Hester.
— Oh, ça suffit, tu sais que c’est la vérité. Bien sûr, son prétendant ne doit pas avoir plus de 39 ans. Les plus âgés ont tendance à se flétrir.
Il ne pouvait pas endurer davantage de commentaires grivois de sa tante.
— Peut-être devriez-vous aller voir où en est Julianne.
La porte s’ouvrit en laissant entrer un courant d’air. Soulagé par l’apparition à point nommé de Julianne, il lança :
— Ha, la voilà.
— Pardonnez-moi. Je suis terriblement en retard, dit-elle.
Un tissu transparent couvrait son jupon rose de petite fille. Elle ressemblait en tout point à une jeune fille vertueuse. Il traversa la pièce et s’inclina devant sa main gantée. Quand il leva les yeux vers elle, elle rougit.
Il avait l’intention de contrecarrer les combines d’entremetteuse de sa tante. Julianne était une femme, mais une très jeune femme. Elle avait refusé plusieurs propositions et il soupçonnait qu’elle aimait être la reine du bal. Au diable la noblesse. Elle avait tous les droits de profiter de sa jeunesse aussi longtemps que possible.
Julianne tritura un médaillon niché juste au-dessus de son corsage, attirant l’attention de Hawk.
— Une nouvelle babiole ? demanda-t-il.
— Mon père me l’a offert il y a bien longtemps. Elle ouvrit le médaillon.
Il déglutit avec peine quand elle lui montra la minuscule image de son père, un père qui l’avait ignorée parce qu’elle n’était pas l’héritier de substitution longtemps espéré. Le bon à rien avait occasionnellement accordé des gentillesses à sa femme, son fils et sa fille. Seulement assez souvent pour leur laisser espérer qu’il avait changé. Cela ne durait jamais longtemps.
— Je n’ai porté ce médaillon qu’une seule fois, dit-elle les yeux baissés.
À cet instant, il aurait voulu lui offrir le bijou le plus dispendieux pour remplacer cette breloque que son père lui avait donnée des années plus tôt.
— Elle est d’une incomparable beauté, n’est-ce pas ? fit Hester, sa voix tonnant derrière eux. Je prédis que tous les gentlemen vont tomber à ses pieds.
Julianne ferma le médaillon. Ses yeux étincelaient quand elle regarda Hawk.
— Je vais essayer de ne pas marcher sur leurs corps prosternés en chemin vers le plancher de danse.
Hawk ricana. Elle était la même joyeuse Julianne qu’il avait toujours connue.
— Ça, c’est ma Julianne !
Ma Julianne. Les mots de Hawk résonnèrent dans la tête de Julianne durant tout le parcours en calèche. Elle continua de les savourer quand ils pénétrèrent dans le manoir Beresford de style palladien et montèrent lentement l’escalier. Pendant qu’ils entraient dans la file de réception des invités, Hawk lui sourit, faisant fondre son cœur. Plus tard, Hester déclara être fatiguée et se dirigea nonchalamment vers les sièges occupés par les matrones et les demoiselles faisant tapisserie.
Alors que Hawk escortait Julianne le long du périmètre de la salle de bal, des douzaines de gens les observèrent déambuler. Un regard de côté assura à Julianne que plus d’une dame les considérait en faisant la moue. Laissons les chattes jalouses faire la tête. Ce soir elle était au bras du plus séduisant gentleman de la salle de bal. Et d’ici la fin de cette soirée, elle espérait qu’il la désire autant qu’elle le désirait.
Elle lui jeta un coup d’œil. De profil, ses sourcils foncés et ses pommettes proéminentes lui donnaient un air espiègle. Elle connaissait si bien son visage, mais, malgré tout, chaque fois qu’elle le regardait, elle en était subjuguée.
Alors qu’il lui retournait son regard, les lèvres Hawk s’incurvèrent en un léger sourire, puis il reposa les yeux sur la foule.
Elle avait assisté à plus de bals qu’elle pouvait compter, mais ce soir, il y avait de la magie dans l’air. Habituellement, elle portait à peine attention au décor, mais maintenant elle remarquait chaque détail. Une rangée de hautes étagères couvertes de serge cramoisie comptait des dizaines et des dizaines de vases en cristal emplis de fleurs provenant de serres. Des mètres de draperies écarlates flottaient sur le manteau de la cheminée et tombaient en cascade sur les appliques dorées du mur. Elle se promit de se souvenir toujours de l’ambiance romantique.
Julianne serra ses doigts sur le bras de Hawk. La chaleur de son corps coula en elle. Elle se sentit bouillante et flageolante à l’intérieur.
Je vous en prie, faite qu’il me fasse sa demande bientôt.
Alors qu’ils approchaient du plancher de danse, elle retint son souffle, espérant qu’il allait la sollicite pour la prochaine danse. Un gigantesque miroir doré reflétait les couples qui tourbillonnaient et se séparaient en des motifs complexes. Au-dessus d’eux, la lueur des chandelles scintillait comme des étoiles au travers des larmes de cristal des énormes chandeliers. Elle espérait qu’il cesse d’observer les danseurs, mais il la guida vers une alcôve exposant un gros buste de Lord Beresford.
Hawk jeta un coup d’œil à un jeune homme dégingandé qui passait. Le maigrichon considéra Julianne et faillit trébucher dans ses énormes pieds.
— Voici un blanc-bec parfaitement inoffensif, dit Hawk. Laissez-moi vous escorter jusqu’à lui. Je vais sous-entendre qu’il devrait vous inviter à danser.
Le visage de Julianne s’enflamma.
— Je n’ai pas besoin de votre aide.
— Vous ne souhaitez pas danser ? demanda-t-il sur un ton moqueur.
De toute évidence, il n’avait pas l’intention de l’inviter. Offensée, elle relâcha son bras.
— Je vais aller retrouver mes amies.
Elle n’avait fait qu’un pas quand il attrapa son bras et la ramena vers lui.
— Pas si vite, dit-il. Dites-moi ce que j’ai fait pour vous vexer.
Elle refusa de le regarder.
— Vous croyez manifestement que seuls des garçons maladroits voudraient danser avec moi.
Il pouffa.
— Depuis le moment où nous sommes arrivés dans la salle de bal, j’ai vu des douzaines de gentlemen vous regarder. Certains de ces hommes ont une mauvaise réputation. Restez loin d’eux.
Il s’était exprimé d’une manière bourrue. Peut-être était-il jaloux de ces autres hommes.
— Très bien, dit-elle.
— Quoi ? Pas de discussion ? Il libéra sa main et fit semblant de chanceler.
Les bouffonneries de Hawk la déroutaient. Il lui avait paru tout à fait sérieux plus tôt. Puis tout à coup, il lançait une plaisanterie. Il est vrai qu’il tournait toujours tout en plaisanterie. Elle se dit que c’était sa nature et que cela faisait partie de son charme, mais une sensation désagréable s’installa dans sa poitrine.
Quelqu’un appela son nom. Ses amies Amy Hardwick et Lady Georgette Danforth s’approchaient. Le frère aîné de Georgette, Lord Ramsey, les suivait de près. Julianne prit une profonde respiration. Elle demanderait l’opinion de ses amies dès qu’elle pourrait leur parler en privé.
Quand ses amies arrivèrent, elle embrassa l’air près de leurs joues.
— Oh, cela fait une éternité que je ne vous ai pas vues.
— Vous m’avez manqué, dit Amy. Les lettres sont de piètres remplacements à votre compagnie.
Les yeux de Georgette brillaient quand elle leur fit signe de la suivre à l’écart.
— Vous avez conquis Hawk.
— Pas exactement, dit Julianne à voix basse. Il doit agir comme mon chaperon pour la saison entière.
Ses amies émirent des cris de surprise.
— Oh, c’est merveilleux, murmura Amy.
Georgette s’approcha davantage.
— J’ai vu la manière dont Hawk vous regarde. Je prédis qu’il sera aux petits soins avec vous toute la soirée.
— Il fera sa demande cette année. J’en suis certaine, ajouta Amy.
Georgette sourit.
— Comment pourrait-il vous résister ?
Julianne jeta un coup d’œil par-dessus son épaule en direction de Hawk. Ramsey lui parlait. Étrangement, Hawk lui décocha un regard glacial et concentra son attention sur les trois autres gentlemen. Julianne ignora son étrange réaction face à Ramsey et se retourna vers ses amies.
— J’ai besoin de vos conseils.
Après que Julianne ait décrit le comportement déroutant, les fossettes de Georgette sortirent quand elle sourit.
— Je crois qu’il a révélé par inadvertance ses sentiments tendres.
Julianne agita ses mains.
— Mais pourquoi alors les faire passer comme une plaisanterie ?
— Il est incertain de vos sentiments, alors il a recours à la taquinerie, dit Amy.
Julianne se rendit compte qu’Amy avait raison.
— Il me taquine depuis des années. Peut-être que tout ce temps il a attendu un signe de ma part.
— Vous devez lui montrer que vous l’invitez en tant que prétendant, continua Amy.
Georgette secoua la tête.
— Non, elle doit le rendre encore plus jaloux en dansant avec d’autres gentlemen.
— Je ne suis pas d’accord, fit Amy. Il serait cruel de le blesser. Il pourrait en conclure qu’elle ne tient pas à lui. Tout serait perdu.
Georgette poussa un bruyant soupir.
— Oh, pourquoi les affaires de cœur doivent-elles être si compliquées ?
— Parce que l’amour nous rend vulnérables, expliqua Amy. Nous voulons tous protéger nos cœurs. Je crois que cela est doublement difficile pour les gentlemen à cause de leur orgueil.
— C’est un miracle que quiconque parvienne à se marier, marmonna Georgette.
Julianne jeta à nouveau un coup d’œil vers Hawk. Elle commença à se détourner quand Ramsey la regarda. Les yeux de Ramsey brillaient quand son regard descendit. Cet homme horrible était en train de reluquer sa poitrine.
Elle détourna le regard pour se rendre compte qu’elle avait raté une partie de la conversation.
— Elle devrait démontrer son intérêt pour Hawk et lui poser des questions afin de pouvoir le connaître davantage, disait Amy.
Julianne fronça les sourcils.
— Je le connais depuis toujours.
— Je doute qu’il vous ait dit ses secrets les plus intimes, dit Amy.
Georgette pouffa.
— Quels secrets intimes ? Hawk est un charmeur et un coquin. Rien ne trouble son esprit. N’êtes-vous pas d’accord, Julie ?
— Jamais je ne l’ai vu ressasser quoi que ce soit. Même après les obsèques de son père, il a essayé de remonter le moral de tout le monde. Elle soupira. Il a la merveilleuse habileté de faire rire tout le monde même durant les moments pénibles.
Les yeux verts d’Amy s’écarquillèrent.
— Attention. Lord Ramsey s’en vient par ici, dit-elle en aparté.
Julianne grimaça. Elle ne pouvait endurer de le regarder après l’avoir surpris en train de reluquer sa poitrine.
Georgette grogna.
— Papa l’a forcé à m’escorter. Je crois qu’il voulait punir Henry. Évidemment, maman n’a pas voulu me dire pourquoi il avait des ennuis.
— Il est presque là, dit Amy.
Quand il arriva près d’elles, Ramsey s’inclina.
— Lady Julianne, vous êtes aussi éblouissante que le soleil.
— J’espère que vous n’en perdez pas la vue, marmonna-t-elle.
Georgette gloussa.
Le rire tonitruant de Ramsey résonna tout le long de la colonne de Julianne et la mit mal à l’aise. Puis son regard descendit comme s’il était mentalement en train de la déshabiller. Ses oreilles devinrent brûlantes.
— Puis-je avoir l’honneur de la prochaine danse ? demanda Ramsey.
Au moment où Ramsey faisait sa demande, Hawk apparut près d’elle.
— Julianne, je crois qu’il s’agit de notre danse, dit-il.
Notre danse . Elle sourit à ses amies et abandonna son éventail à Georgette. Alors que Hawk l’escortait vers le plancher de danse, elle eut l’impression de marcher sur un nuage. Hawk serra les dents en menant Julianne. Il aurait voulu enfoncer son poing dans le visage de Ramsey après avoir surpris la fripouille en train de détailler le corps de Julianne.
Il n’avait eu d’autre choix que de la secourir de cet homme lubrique. Ramsey était âgé de 36 ans, beaucoup trop âgé pour une innocente comme Julianne. Et Hawk en savait trop sur le mauvais caractère de Ramsey pour le laisser s’approcher d’elle.
Alors qu’ils foulaient le plancher de bois, l’orchestre entama les premières mesures d’une valse. Les lèvres de Julianne s’entrouvrirent.
Hawk plongea dans ses yeux bleus étonnés.
— Je suppose que vous êtes familière avec les pas.
Elle repoussa ses boucles brillantes.
— Tout à fait.
Il arqua les sourcils.
— Et votre frère est d’accord ?
— Il ne s’opposerait pas à ce que vous me faisiez valser.
Hawk n’était pas entièrement certain de cela, mais il était trop tard pour reculer maintenant. Il prit sa main gantée et étreignit sa taille élancée. Alors qu’elle restait sans bouger, il lui murmura :
— Posez votre autre main sur mon épaule.
Elle tressaillit et obéit.
— Vous n’avez jamais valsé, dit-il.
— Mon frère est excessivement protecteur. C’est ridicule.
La musique commença avec une fioriture. Il fit de petits pas pour elle et la vit en train de regarder ses pieds.
— Regardez-moi.
Elle leva ses cils et le regarda avec un sourire espiègle.
— Y allez-vous prudemment, car vous craigniez que je vous fasse honte ?
— Est-ce un défi ? Et avant qu’elle puisse répondre, il la fit virevolter encore et encore en des cercles spectaculaires.
Un rire à bout de souffle lui échappa.
— Oh, c’est merveilleux.
Il avait valsé avec plus de femmes qu’il pouvait se rappeler. Toutes avaient dit qu’il dansait divinement. Aucune n’avait jamais exprimé une telle sincère exubérance. Mais il s’agissait de la première valse de Julianne et elle allait la trouver spéciale, contrairement aux femmes blasées avec lesquelles il dansait d’ordinaire.
Son parfum floral vola jusqu’à lui. Il regarda dans ses yeux bleus étincelants et se trouva à souhaiter que jamais elle ne succombe au cynisme si commun à la noblesse.
— Je donnerais cher pour savoir à quoi vous pensez, dit-elle.
Il poussa un soupir dramatique.
— Je crains que vous ne trouviez que mes pensées ne valent pas grand-chose.
— À moins que vous ne me le disiez, je ne peux en être certaine, dit-elle.
Sa voix naturellement rauque ne manquait jamais de le captiver.
— Je pourrais vous choquer.
Elle lui fit un sourire insolent.
— Essayez donc.
Il aimait la taquiner.
— Vous devrez me payer une fortune pour mes pensées actuelles.
— Et à combien se chiffre une fortune ?
— Un millier de livres.
— Oh, elles doivent être en effet très choquantes.
— C’est pour cette raison que j’ai donné un tel prix. Parce que je ne peux oser admettre que je vous trouve absolument ravissante ce soir, ajouta-t-il pour lui-même.
Les yeux de Julianne étincelèrent d’espièglerie.
— Et si je vous prenais au mot ?
— Dans ce cas, je ferais mieux de quadrupler le prix. Puis il la fit virevolter encore et encore. Quand il évita habilement une collision imminente avec un autre couple, elle s’esclaffa.
Il lui fit un clin d’œil. Elle avait toujours été quelque peu insolente et naturellement sa famille affirmait que cela était dû à la mauvaise influence qu’il avait sur elle. Mais son adorable excitation pour sa première valse lui fit chaud au cœur.
Les couples qui virevoltaient près d’eux se brouillèrent. Les yeux bleus de Julianne s’adoucirent et il se surprit à être subjugué par ses longs cils. Peu à peu, le sourire de Julianne s’évanouit et ses lèvres s’entrouvrirent. Il devint trop conscient de la douce courbe de sa taille sous sa main et quelque chose dans sa poitrine remua.
Alors que la musique diminuait, il ralentit ses pas jusqu’à la toute dernière note. Son sang bourdonnait dans ses oreilles. Incapable de la laisser partir encore, il s’accrocha à elle. Il était vaguement conscient des autres qui marchaient près d’eux. Son cœur battait contre sa poitrine alors qu’il fixait sa bouche pulpeuse.
L’air entre eux s’échauffa et crépita comme le calme avant un orage d’été. Une pensée interdite le frappa comme la foudre.
Je vous désire.
Le silence anormal descendu sur la salle de bal l’alerta. Il lança un coup d’œil au-delà de Julianne vers le miroir. Stupéfait, il se rendit compte que tous les autres couples avaient quitté le plancher de danse. L’arrière de sa nuque se mit à picoter quand il tourna la tête. Une grande foule s’était assemblée autour. Tout le monde les fixait.
Des applaudissements déchaînés retentirent.
Chapitre 3
Code de conduite du polisson : afin d’éviter de vous faire passer la corde au cou, mentez sans scrupules.
A basourdi, Hawk escorta Julianne hors du plancher de danse. Son cœur battait encore la chamade. Que diable était-il arrivé ?
Il avait perdu la tête pour petite Julie.
La foule se pressa plus près. Tout le monde parlait en même temps à un volume considérable alors qu’ils se faufilaient.
— Avez-vous vu la façon dont il la regardait ?
— Doux Jésus, j’ai cru qu’il allait l’embrasser.
— Je me suis presque liquéfiée en les regardant.
— Oh, mince, murmura Julianne dans un souffle.
— Continuez de marcher, marmonna-t-il. Fichu de bon sang. La moitié de la haute société l’avait vu s’accrocher à Julianne et plonger dans ses yeux comme l’un de ses galants. Merde, merde, merde.
Dans toute son innocence, elle était parvenue à l’ensorceler. Il avait succombé à un sort. C’était l’unique explication à sa stupidité. Non, c’était pire. Bien pire. Le désir avait envahi ses veines pour la sœur de son meilleur ami. Pour l’amour de Dieu, il était son chaperon. Elle était interdite.
Il lui jeta un coup d’œil oblique. Son expression rêveuse le fit se sentir comme un mufle. Manifestement, elle était encore absorbée par l’expérience magique de sa première valse et ne se rendait probablement pas compte de la signification de ce qui venait de se produire.
Si les satanés journaux à scandales faisaient allusion à des fiançailles, ils se retrouveraient tous les deux dans l’eau bouillante. Comment diable pourrait-il expliquer cela à Tristan ?
Fichu stupide idiot.
Il devait faire quelque chose pour renverser la vague. Quand il aperçut sa tante assise près du mur, il sut qu’il devait laisser Julianne avec elle. Puis il s’éclipserait vers la salle de cartes et rirait des railleries faites par les autres gentlemen.
Des têtes se tournèrent quand il la fit traverser la foule. Il serra les dents et fit de son mieux pour ignorer les regards fixes.
Il n’était pas arrivé très loin quand Amy Hardwick et Lady Georgette les arrêtèrent. Leurs expressions excitées n’auguraient rien de bon,
— Tout le monde parle de votre valse, s’exclama Georgette.
— Mon cœur a presque cessé de battre quand tout le monde s’est mis à applaudir, fit Amy.
Il pensa laisser Julianne avec ses amies, mais Ramsey se frayait un chemin dans la foule.
— Ah, vous voilà, Lady Julianne, dit Ramsey. Je viens réclamer la danse que Hawk m’a volée.
Hawk le foudroya du regard.
— Elle ne souhaite pas danser.
Près de lui, Julianne se raidit. Ses amies observaient avec des yeux écarquillés. Il s’en moquait.
Ramsey fronça les sourcils.
— Et qui êtes-vous pour répondre pour la dame ?
— Son chaperon.
Ramsey éclata de rire.
— Excellent. Le faucon 1 garde le poulailler.
Hawk lui décocha un regard glacial.
— Vous m’accusez d’avoir des intentions incorrectes envers la dame ?
Ramsey sourit d’un air suffisant.
Hawk plissa les yeux.
— De crainte que vous, ou quiconque, se fasse une fausse idée, je vais remettre les pendules à l’heure. Lady Julianne est pratiquement une sœur pour moi.
Tout autour d’eux des têtes se tournèrent. Plusieurs gentlemen ricanèrent et le regardèrent d’un air amusé.
Ramsey arqua ses sourcils blond roux.
— Mais vous vous opposez à ce qu’elle danse avec d’autres gentlemen.
— Je m’oppose à vous . Il avait récemment entendu une autre rumeur dégoûtante rapportant que Ramsey et six de ses amis débauchés avaient fait entrer en douce une prostituée dans l’une des pièces privées du club et l’avaient possédée à tour de rôle. Il était hors de question que Hawk laisse cet ignoble obsédé danser avec Julianne.
Ramsey s’inclina.
— Lady Julianne, je dois retirer ma demande. Votre chaperon s’oppose.
Après que Ramsey soit parti, Hawk expira. Alors que la tension se retirait lentement de son corps, il se rendit compte que les doigts de Julianne tremblaient sur sa manche. Avec inquiétude, il vit que son visage était pâle.
— Julianne, êtes-vous souffrante ?
Les lèvres de Julianne s’entrouvrirent, mais elle ne dit rien.
— Je ferais mieux de vous trouver un siège. Pouvez-vous marcher ? demanda Hawk.
Amy Hardwick prit le bras de Julianne.
— Nous allons l’accompagner jusqu’à la pièce de repos, mon Lord.
Il avait l’impression que Julianne était sur le point de s’évanouir.
— Elle est souffrante. Je vais aller chercher ma tante et raccompagner Julianne à la maison.
— Non. Georgette le fusillait du regard. Nous allons nous occuper d’elle. Elle est comme une sœur pour nous.
Amy secoua la tête à l’intention de Georgette. Puis elle s’adressa à lui.
— Mon Lord, nous irons chercher votre tante si Julie ne se remet pas rapidement.
Alors qu’elles se retiraient, Hawk fronça les sourcils. Fichu Ramsey pour avoir contrarié Julianne. Et de toute évidence il avait offensé Georgette en refusant que son dépravé de frère puisse danser avec Julianne. Hé bien tant pis.
Lady Julianne est pratiquement une sœur pour moi.
Dans un état de stupéfaction glaciale, Julianne repoussa cette horrible pensée de son esprit et entra en chancelant dans la pièce de repos des dames. Elle pouvait à peine se souvenir d’y être entrée.
Amy la soutint.
— Attention.
— Il n’y a aucune chaise de disponible, remarqua Georgette. Elle doit se reposer.
Julianne considéra la pièce, mais elle était si engourdie qu’elle avait à peine conscience de ses membres. Il y avait trois femmes de chambre qui s’affairaient autour des dames, recoiffant des boucles défaites et des volants déchirés. Des gloussements aigus provenaient du siège près de la fenêtre. Rien de tout cela ne lui parut réel.
L’une des femmes de chambre termina de recoiffer une vieille lady et se tourna vers Julianne. Les yeux de la domestique s’écarquillèrent.
Georgette lui fit signe d’approcher.
— Y a-t-il un endroit privé où nous pouvons nous asseoir ?
— Oui, madame. Suivez-moi.
La femme de chambre trouva une chandelle et les guida. Elle ouvrit la porte d’une chambre à coucher à côté de la pièce de repos. Elles suivirent la domestique, Julianne appuyée sur le bras d’Amy. Pendant que la femme de chambre se servait de sa flamme pour allumer un chandelier, Julianne s’effondra sur un canapé. Elle serra ses mains gantées dans un effort pour les arrêter de trembler.
Amy s’assit près d’elle.
— Tout ira bien, chuchota-t-elle.
Non, tout n’irait pas bien.
La domestique fit une révérence et s’adressa à Georgette.
— Dois-je lui apporter quelque chose ? La pauvre fille semble mal en point.
— Du vin, répondit Georgette. Pour nous toutes.
La servante hocha la tête et quitta la pièce silencieusement.
Après que la porte se fût refermée, Amy souffla :
— Du vin pour nous toutes ?
— J’ai besoin de quelque chose pour calmer mes nerfs moi aussi. Georgette prit place de l’autre côté de Julianne. Ma chère, dites-nous ce que nous pouvons faire pour aider ?
Julianne couvrit son visage. Malgré ses gants, ses doigts étaient glacés. L’engourdissement commença à se dissiper. Les mots de Hawk résonnèrent une nouvelle fois dans ses oreilles. Lady Julianne est pratiquement une sœur pour moi . Oh, mon Dieu, il ne l’aimait pas.
— C’est naturel de pleurer, dit Amy.
— Je ne peux pas. La gorge de Julianne semblait bloquer. Je ne veux pas qu’il voie mon visage défait. Alors il saurait.
Georgette lui frotta le bras.
— Comment peut-il être une telle brute ?
— Pas maintenant, siffla Amy.
— Eh bien, je suis en colère pour elle, dit Georgette. Il l’a traitée de manière abominable.
Les larmes qui menaçaient emplirent les yeux de Julianne. Elle tenta de les retenir, mais ce fut inutile. Tout son corps trembla quand elle se mit à pleurer.
Ses amies gardèrent le silence jusqu’à ce que ses larmes se tarissent. Quand Julianne fut parcourue d’un frisson, Amy lui offrit un mouchoir.
— Appuyez-vous contre moi, murmura-t-elle.
Julianne s’appuya contre la maigre épaule d’Amy et essuya ses joues trempées.
— Georgette, il y a un pichet et un bol sur le lavabo, fit Amy. Est-ce que vous pourriez mouiller un linge et l’apporter ?
— Bien sûr.
Julianne ferma les yeux, mais les mots de Hawk se faufilaient dans ses pensées. Il ne savait même pas qu’il l’avait meurtrie. Elle allait devoir être prudente, mais la fierté n’était pas un grand soulagement pour son cœur blessé.
De l’eau coula dans le bol de porcelaine.
— Jamais je ne comprendrai les hommes, fit Georgette. Un tintement se fit entendre, probablement celui du pichet. Il était si attentif sur le plancher de danse, puis tout à coup il souligne que Julianne est une sœur pour lui.
Julianne se mit à chercher son air. Elle se redressa vivement. La panique s’agrippait à sa poitrine à chaque brève respiration.
— Lentement, dit Amy. Prenez une respiration à la fois. Je suis là à vos côtés.
Ne réfléchis pas. Respire. Ne réfléchis pas. Respire.
Les jupes de Georgette bruissèrent à son approche.
— Amy, j’ai peur. Elle cherche son air.
— Julie, concentrez-vous sur une respiration. Une seule, dit Amy.
Julianne tira sur la chaîne en or où pendait son médaillon. Elle devait la retirer. Maintenant.
— Restez tranquille, dit Amy. Georgette, aidez-moi.
Georgette s’agenouilla et prit les mains de Julianne.
— Demeurez calme afin qu’Amy puisse défaire votre collier.
Tandis qu’Amy s’activait sur sa nuque, Julianne pencha la tête. Quand le médaillon tomba sur ses cuisses, Georgette le ramassa.
— Amy, rangez-le en lieu sûr dans votre réticule.
Jamais elle n’aurait dû le porter. Jamais elle n’aurait dû le lui montrer.
— Allongez-vous, dit Georgette. Quand Julianne lui eut obéi, Georgette tamponna le linge froid et humide sur son visage, puis le posa sur ses yeux. Cela aidera à réduire les gonflements.
— J’aimerais que nous puissions lui ôter sa douleur, murmura Amy.
Julianne ne souhaitait que l’engourdissement.
Aucune ne dit rien. Julianne fut reconnaissante de leur silence. Pour le moment, leur présence près d’elle lui était suffisante. Elle ne pourrait pas endurer d’être seule.
Après un moment interminable, elle prit conscience d’une douleur dans sa nuque. Elle retira le linge et leva la tête.
Georgette apporta le linge au lavabo. Quand elle revint, elle poussa un long soupir.
— Est-ce que vous vous sentez mieux ?
Un rire hystérique lui échappa.
— Oh, oui. Tous mes rêves sont anéantis, mais je suis heureuse.
Ses amies échangèrent des regards inquiets.
— Il ne cherchait qu’à induire en erreur mon frère, expliqua Georgette. Hawk n’avouerait jamais ses sentiments avant de vous en avoir parlé.
Julianne renifla.
— Êtes-vous sourde ? Il m’a clairement dit ses sentiments. Puis, se rendant compte de sa dureté, elle grimaça. Pardonnez-moi, je vous en prie.
— Vous êtes blessée, dit Amy. Nous comprenons.
— Je refuse de croire qu’il n’est pas en train de tomber amoureux de vous, dit Georgette. Quand il dansait avec vous, il n’arrivait pas à détacher ses yeux.
— Georgette, ce n’est pas la peine, dit en frémissant Julianne. Il m’a taquinée ce soir de la même manière qu’il me taquine depuis que je suis une petite fille.
— Mais où est votre enthousiasme ? Georgette posa une main sur l’épaule de Julianne. Vous ne pouvez pas abandonner si facilement.
— Facilement ? J’ai attendu quatre années pour lui. Rien de ce que je pourrais faire ne changera ses sentiments. Elle pencha la tête. J’ai parié sur lui. Et j’ai perdu. Elle s’était convaincue qu’elle pourrait l’amener à l’aimer. Tout comme elle avait tant essayé de gagner l’amour de son père.
Qu’est-ce qui clochait avec elle ?
La femme de chambre revint en portant un plateau avec une carafe de vin et trois verres. Amy fouilla dans son réticule. Des pièces tintèrent dans sa main et elle suivit la domestique jusqu’à la table et lui parla à voix basse. Après avoir distribué les verres, elle quitta la pièce.
— Son nom est Meg, dit Amy. Je lui ai donné un shilling.
— Oh, je n’y avais pas pensé, dit Georgette. Vous êtes toujours si prévenante, Amy.
Les trois jeunes filles restèrent en silence, buvant leur vin. Après les premières gorgées, Julianne se sentit un peu mieux. Chaque fois que des pensées de Hawk pénétraient dans sa tête, elle prenait une nouvelle gorgée. Après plusieurs minutes, elle inclina le verre à ses lèvres et fronça les sourcils. Il était vide.
— Encore ? s’enquit Georgette.
— J’y vais, dit Julianne. Ses jambes tremblaient un peu, mais le vin l’engourdissait. Elle remplit son verre et retourna au canapé. Je suppose que je vais survivre, ajouta-t-elle. Malgré ses mots courageux, le chagrin noyait son cœur.
Georgette renifla.
— Il vous regrettera.
— Georgette, la réprimanda Amy.
Julianne contempla son verre.
— C’est un salaud.
— Amen, lâcha Georgette.
— Parlons d’autre chose, suggéra Amy.
Georgette avala son vin.
— Tous les hommes sont des salauds.
— Ils prennent tous des maîtresses, dit Julianne, se souvenant de ce qu’Hester avait dit à propos de Hawk. Même certains de ceux qui sont mariés. Comme mon défunt père, pensa-t-elle.
Georgette soupira.
— Parfois je crois que ce sont les maîtresses qui ont tout le plaisir.
Amy poussa un son exaspéré.
— Ce sont de pauvres filles qui n’ont d’autre choix que de vendre leur corps. Cela doit être très terrifiant d’être aussi dépendante.
— Mais nous sommes dépendantes, lança Julianne. Les hommes contrôlent nos vies. Ils ont tous les pouvoirs. Nous attendons et attendons après eux. Pendant ce temps, ils badinent avec de mauvaises femmes et retardent leur mariage. Nous mettons tous nos espoirs sur eux et puis, pouf , ils s’éloignent en dansant parce qu’ils ne veulent pas abandonner leur libertinage.
— Vous avez raison, dit Amy. Mais ne leur donnons-nous pas le pouvoir ?
— Cette conversation me déprime. Georgette se leva. J’ai besoin d’un autre verre de vin. Amy, je vous en verse un aussi.
— Mais je n’ai pas terminé celui-ci.
— Je vais le remplir. Georgette arracha le verre d’Amy, reversant un peu de vin sur sa robe. Une tache rouge se répandit, imbibant le tissu. Oups.
— Vous feriez mieux de tamponner ce linge humide sur la tache, conseilla Amy.
— Mais alors mes jupes seront trempées. Elle gloussa. Oh, elles le sont déjà.
Elles éclatèrent toutes de rire.
Georgette se rendit à la carafe et remplit les verres.
— Nous devrions faire attention de ne pas nous enivrer, dit Amy.
— Oh, et pourquoi pas ? Georgette descendit son verre. Tous les gentlemen doivent déjà être saouls comme des ânes.
— Mais nous sommes des dames, dit Amy.
Georgette gloussa.
— Des dames ivres.
— Pas suffisamment ivres. Julianne prit une gorgée de son verre de vin. Comment devrais-je lui causer du tort ?
Georgette revint avec les deux verres et en tendit un à Amy.
— Nous pourrions le maudire.
Amy posa son verre à l’écart.
— Idiote. Nous ne saurions pas de quelle manière.
— Moi je sais comment. Julianne fit un sourire en coin. Soyez damné.
— Brûlez en enfer, dit Georgette en baissant sa voix en une piètre imitation de voix masculine.
— Allez au diable, ricana Amy.
Les trois jeunes femmes planifièrent différentes tortures ridicules pour Hawk incluant l’écartèlement. Quelques minutes plus tard, Georgette versa les dernières gouttes de la carafe dans son verre.
— Julie, je suis encore persuadée qu’il est amoureux de fous .
— Non, il ne l’est pas. Un hoquet lui échappa.
Amy la regarda en sourcillant.
— Julianne, tout le monde présent dans la salle de bal a vu la manière dont il vous regardait sur le plancher de danse. Il a continué de vous étreindre même après que la musique se soit arrêtée. Je crois que ses gestes sont plus éloquents que ses paroles.
Julianne s’immobilisa. Il l’avait taquinée, puis l’avait observée avec envie.
— Amy, vous avez raison. Elle hoqueta de nouveau. Il m’a fait croire qu’il tenait à moi. Puis quand il s’est rendu compte que tout le monde parlait de notre valse, il a eu la frousse. Comment ose-t-il... hip ... jouer avec moi ?
Georgette eut un sourire narquois.
— Nous trouverons une manière de le faire payer.
— Nous ne sommes pas les seules à souffrir à cause de ces voyous qui évitent le mariage, dit Amy. Il doit y avoir une manière pour que toutes les dames puissent prendre le pouvoir entre leurs mains.
— Comment ? fit Georgette.
Julianne saisit le bras d’Amy.
— Vous êtes brillante.
Amy cligna des yeux.
— Mais je n’ai aucune solution.
Julianne sourit.
— Moi oui. Grâce à Hester. Elle m’a dit comment appâter les libertins et... hip ... je l’ai stupidement ignorée.
— Mais voulons-nous appâter les libertins ? demanda Amy. Ne devrions-nous pas nous concentrer sur les gentlemen gentils ?
— Quels gentlemen chentils ? marmonna Georgette. Puis termina son verre.
Amy fronça des sourcils.
— Les plus jeunes sont agréables.
Julianne dissimula un autre hoquet.
Georgette pouffa.
— Les blancs-becs parviennent à peine à émettre un mot sans tréboucher dans leurs langues.
— Vous ne comprenez ... hip ... pas, fit Julianne avec la vengeance à l’esprit. Nous pouvons appâter les gentlemen en leur faisant croire que nous les désirons. Puis nous les laisserons tomber comme des charbons ardents.
— Nous ne nous souviendrons plus de ceci demain, fit Amy. Julianne, vous avez un hoquet terrible. Vous feriez mieux de cesser de boire.
Elle hoqueta de nouveau et renversa presque son vin en posant son verre sur le plancher.
— Je me souviens de chaque mot qu’Hester a dit et je vais les écrire pour vous deux.
— Si nous voulons réussir, il faudra que toutes les dames célibataires se joignent à nous, annonça Georgette. Alors les gentlemen vont prendre conchience.
Julianne fronça des sourcils. Georgette bredouillait.
— Nous devrons faire pr-promettre le silence à toutes nos sœurs, continua Georgette. Je parie que toutes les autres filles sont aussi dégotées des gentlemen que nous.
— Vous voulez dire dégoûtées , intervint Julianne en remarquant le regard vitreux de Georgette.
— Mais n’allons-nous pas mener les gentlemen dans les bras de ces garces qui rôdent dans les théâtres ? Ou pire, vers ces femmes mariées sans scrupules ? demanda Amy.
Julianne regarda ses amies avec un air suffisant.
— Nous serons comme... hip ... comme Anne Boleyn.
— Pardon ? lancèrent à l’unisson ses amies.
— Elle a gardé Henry VIII sous sa coupe lubrique pendant des années. Si elle y est parvenue, nous le pourrons aussi.
Ses amies éclatèrent de rire.
La porte s’ouvrit.
— Meg, vous arrivez jouste à temps, lança Georgette. Pourriez-vous apporter d’autre vin ?
— Il semble que vous en avez eu bien assez. Hester passa vivement près de Meg.
Julianne hoqueta et plaqua sa main sur sa bouche.
Hester jeta un coup d’œil à la carafe vide et se tourna vers Meg.
— Tout le monde se dirige au rez-de-chaussée pour le repas de minuit. Ne laissez pas les filles sortir. Je reviens immédiatement.
Hawk était avachi dans son fauteuil à la table à cartes. Il présuma que Julianne allait bien. Amy Hardwick était une fille responsable et aurait alerté sa tante si l’état de Julianne avait empiré. Il se questionna sur le soudain malaise de Julianne. Était-ce sa confrontation avec Ramsey ou la salle de bal surchauffée qui l’avait rendue souffrante ? Hawk n’avait jamais pensé que Julianne était l’une de ces délicates créatures féminines, mais diable, il savait que ses sœurs se plaignaient constamment de maux mystérieux.
Malgré ses préoccupations, il mémorisa automatiquement les cartes qui avaient été précédemment jouées. Il visualisa celles qui restait, une tâche aisée puisqu’il ne devait se souvenir que d’une seule suite, dans son cas le cœur. De l’autre côté de la table, Ramsey fronça les sourcils en considérant sa main, puis hésita. Le dépravé avait rejoint la table à la dernière minute. Au fil des ans, Ramsey avait cherché toutes les occasions de le provoquer. Hawk l’avait ignoré pendant des années. Ce soir, Ramsey avait forcé une confrontation.
Hawk couvrit un bâillement, commençant à s’embêter du pénible délai. Ramsey joua stupidement. Avec un sourire satisfait, Hawk jeta sa reine, remporta ainsi le pli et la partie, dans ce cas, trois plis sur cinq.
Son partenaire, un jeune blanc-bec avec un nez effilé exulta.
— Vous êtes un sorcier, lança Eastham. C’est presque comme si vous pouviez voir à travers les cartes rejetées.
Hawk ne répondit rien. Il y avait bien longtemps, il avait appris à calculer les probabilités des cartes.
— Diable, fit le partenaire de Ramsey, Durleigh, en ramassant les cartes pour les battre.
Eastham se pencha par-dessus la table, un regard intense posé sur Hawk.
— Avez-vous un talisman ?
— Non. La plupart des joueurs étaient superstitieux et gardaient toutes sortes de porte-bonheur sur eux quand ils jouaient. Beaucoup trop d’entre eux perdaient des fortunes et mettaient ça sur le compte de la mauvaise chance. Il avait amassé une fortune considérable simplement en quittant la table quand il gagnait. Quand il avait tenté d’utiliser ses gains pour payer une erreur qu’il avait commise des années auparavant, son père avait refusé de prendre l’argent. Ce souvenir le brûlait encore, mais il repoussa cette pensée inutile.
À l’approche d’un valet, Hawk fronça les sourcils.
— Lord Hawkfield, votre tante demande que vous la rejoigniez dans la salle de bal, dit le domestique. Elle a aussi demandé le Lord Ramsey. C’est urgent.
Le cœur de Hawk tambourinait dans sa poitrine quand il repoussa son siège. Julianne était peut-être dangereusement souffrante et il avait perdu un temps précieux. Il sortit à grands pas du salon de cartes, craignant le pire, Ramsey sur les talons.
Hester attendait près de la porte, Hawk nota que les autres invités quittaient la salle de bal, probablement pour le repas de minuit.
— Où est Julianne ? demanda Hawk à sa tante.
— Avec ses amies dans la chambre à coucher attenante à la pièce de repos des dames.
Hawk imagina petite Julie en train de frissonner sur un lit.
— Mon Dieu, dans quel état est-elle ?
— Les trois filles sont dans un état épouvantable, dit Hester.
Ramsey se raidit.
— Je vais trouver Beresford et lui demander d’envoyer immédiatement un médecin.
Hester secoua la tête.
— Cela ne serait pas judicieux. Elle regarda autour d’elle comme si elle voulait s’assurer que personne n’écoutait. Puis elle se pencha vers eux. Elles ont bu une carafe entière de vin.
Le silence régnait dans la pièce de repos voisine.
— Tout le monde doit être descendu au rez-de-chaussée pour le repas de minuit, chuchota Amy.
— Oh, mon Dieu, je ne peux pas laisser mon frère me voir ainsi ifre , dit Georgette.
— Vous voulez dire ivre . Julianne hoqueta de nouveau. Je vais devoir convaincre Hawk de ne rien dire à Tristan. Sinon mon frère me fera rentrer à la maison. Cette seule pensée agita son estomac.
— J’ai un plan, lança Georgette. Nous allons disparaître jusqu’à ce qu’ils se calment.
Amy poussa un son exaspéré.
— Nous cacher ne fera que retarder l’inévitable et rendre tout le monde encore plus en colère contre nous.
— Ha ! Ce n’est pas vous qui devrez faire face au peloton d’exécution. Georgette vacilla jusqu’à la porte et l’ouvrit. Meg, veuillez enprer.
— Elle veut dire entrer , hoqueta Julianne.
Après que la domestique fut entrée, Georgette parla.
— Nous devons nous rendre aux t-toilettes.
Meg parut incertaine.
— Vous feriez mieux d’attendre le retour de la lady.
— Je ne peux pas attendre, dit Georgette. Dites à Lady Rut-Rutledge de nous retrouver au rez-de-chaussée si nous la mainquons.
— Madame, vous feriez mieux de rester tranquille, dit Meg. Le vin vous a monté à la tête je le crains.
— Non. Georgette fit signe à Julianne et Amy. Venez.
Julianne hésita.
— Georgette, nous ne ferions mieux pas.
— J’y vais, jeta Georgette. Elle sortit en titubant dans le couloir.
Amy se leva.
— Julianne, nous devons l’empêcher.
Elles se précipitèrent vers la porte.
— Georgette, revenez, lança Amy alors que son amie chancelait vers le mauvais côté du couloir.
Meg les suivit jusqu’à la porte.
— Madame, revenez. L’escalier est de l’autre côté.
Georgette gloussa et continua.
— Je vais la chercher, dit Meg.
— Meg, je crains qu’elle ne vous écoute pas, fit Amy.
Julianne prit la chandelle de Meg.
— Nous reviendrons rapidement, je le promets. Elle plaça sa main autour de la flamme, mais elle s’éteignit quand elles se mirent à presser le pas.
La robe blanche de Georgette était comme un phare. Au bout du couloir, elle s’arrêta et fixa une porte.
Quand elles la rejoignirent, Georgette oscillait sur ses pieds.
— Il y avait un bruit.
— Venez, retournons, dit Amy en tirant en vain sur le bras de Georgette.
Quelque chose se mit à frapper de façon rythmée contre la porte. Julianne hoqueta et fixa avec horreur la porte, craignant que quiconque se trouvant là allât l’ouvrir à la volée.
Un homme grogna encore et encore.
Georgette fronça les sourcils.
— Est-il souffrant ?
Le martèlement sur la porte amplifia. Une femme se mit à faires des bruits aigus répétitifs ressemblant à un couinement de cochon.
Julianne fronça les sourcils.
— Qu’est-ce qu’ils... hip ... font ?
— Nous devons partir, chuchota Amy.
Le martèlement devint plus fort tout comme les grognements de l’homme.
— Vous sentez ma puissante dague ?
— Il a une dague ? demanda Georgette.
La femme derrière la porte cria.
Georgette haleta.
— Il l’a tuée.
— Je viens, dit l’homme.
— Pas en moi, lança la femme d’une voix sèche. Je ne veux pas de gamin.
Julianne laissa tomber la chandelle et plaqua sa main sur sa bouche. Elle croyait qu’un lit était nécessaire. Tout en fixant la porte, elle essaya de comprendre comme les amoureux avaient fait, mais n’y parvint pas.
— Nous devons y aller, siffla Amy. Maintenant !
Les trois jeunes femmes levèrent leurs jupes. En hurlant de rire, elles traversèrent précipitamment le couloir. Julianne courut devant et regarda par-dessus son épaule.
— Attention ! cria Amy.
Julianne percuta quelque chose de gros et masculin. Elle eut un cri de surprise quand deux grandes mains l’attrapèrent par les épaules.
— Vous êtes dans un sérieux pétrin, grogna Hawk.

1. Hawk signifie faucon. (N.d.T.)
Chapitre 4
Les secrets de séduction d’une dame : oubliez les conseils bien intentionnés de votre mère et prenez les choses matrimoniales entre vos propres mains.
Q uand la calèche s’ébranla, Hawk posa vivement son chapeau à côté de lui sur le siège en cuir. Jamais il n’oublierait la vue de Julianne et de ses amies en train de courir dans le couloir et riant comme des gamines en liberté. Damnation. Elle l’avait piégé.
Tante Hester tapota la main de Julianne.
— Vous sentez-vous nauséeuse ?
Il ne put entendre la réponse de Julianne par-dessus le claquement des sabots sur les pavés.
— Dites-le-moi si vous vous sentez mal, dit-il en élevant la voix. Je préférerais que vous ne rendiez pas vos tripes dans la calèche.
— Marc, cria Hester.
Il était parvenu à choquer sa tante pour la première fois de sa vie.
— Dois-je demander au cocher de se ranger ?
— Je ne suis pas malade, dit Julianne d’une voix enragée.
Il souffla.
— Vous aurez un foutu mal de tête demain matin, dit-il en projetant sa voix pour s’assurer qu’elle l’entende.
— Marc, laisse-la, dit Hester.
Il n’en ferait rien.
— Julianne, qu’avez-vous à dire pour votre défense ?
— Que vous m’avez guérie de mon hoquet.
— Vous semblez trouver la chose amusante, dit-il sur un ton sec. Mais je vous assure que ce n’est pas le cas. Avez-vous pensé à votre réputation ?
— Allons, allons, dit Hester. Je suis certaine que Julianne n’a pas eu l’intention de faire d’excès.
— Toutes mes excuses. Je n’avais pas compris que ses amies lui avaient versé le vin dans la gorge, dit-il la voix traînante.
— Je refuse de répondre à une accusation aussi ridicule, lança Julianne d’une voix amère.
— C’est tout aussi bien, dit-il. Je n’ai aucunement l’intention de discuter de cela avant que vous soyez dans un état plus raisonnable.
Elle tourna vivement la tête vers la fenêtre.
Il arrivait à peine à croire qu’elle soit capable d’une telle supercherie. Mais, de toute évidence, elle avait prévu de le tromper et sa ruse avait réussi. Il ne faisait aucun doute qu’elle le prenait pour une bonne pâte. Si elle croyait qu’il fermerait les yeux sur sa rébellion, elle découvrirait autre chose demain.
La calèche s’arrêta en branlant. Hawk descendit et aida sa tante à négocier les marches. Alors qu’Hester se dirigeait vers la maison, Hawk tendit sa main vers Julianne. Elle la refusa et chancela. Damnation ! Il la saisit par la taille pour l’empêcher de tomber et la descendit vivement. Quand elle tenta de se libérer, il resserra sa prise.
— Cessez de me résister.
Elle détourna le visage.
— Lâchez-moi.
Quand la porte avant s’ouvrit, Hester se retourna pour les regarder.
— Ma tante et le majordome observent. Prenez mon bras, dit-il.
Julianne s’éloigna d’un pas. D’une longue foulée, il saisit son bras et la guida jusqu’à la porte. Juste avant qu’ils l’atteignent, il se pencha vers Julianne et grogna près de son oreille.
— Vous feriez mieux d’être prête à vous prosterner quand je vais venir demain, ma fille.
— Je ne suis pas votre fille. Un étrange gargouillis lui échappa. Puis elle se précipita à l’intérieur.
Une heure plus tard, Julianne sécha son visage et se dirigea vers son lit. Elle avait été frappée de nausée et été horriblement malade.
Betty, la femme de chambre, avait ouvert le lit. Après que Julianne fut montée dans le lit et eut tiré les couvertures jusqu’à son menton, Betty fronça les sourcils.
— Mademoiselle, pourquoi ne me laissez-vous pas appeler Lady Rutledge ? Elle doit savoir que vous êtes souffrante.
Julianne s’éclaircit la gorge.
— Je vous prie de ne pas la déranger. Une nuit de sommeil me fera du bien.
Les draps sentaient l’air frais, un contraste frappant avec les ombres lugubres de la pièce. Par habitude, elle roula sur le côté et étreignit l’oreiller supplémentaire contre sa poitrine, de la même manière qu’elle le faisait chaque soir depuis sa première danse avec Hawk lors de son premier bal de débutante quatre ans plus tôt. Et chaque soir par la suite, elle s’était imaginé étreindre Hawk durant leur nuit de noces. Un vif chagrin envahit son cœur et des larmes picotèrent ses yeux. Elle repoussa l’oreiller. Jamais il n’y aurait de nuit de noces pour eux.
Elle roula sur le ventre et pleura dans son oreiller. Comment avait-elle pu être aussi stupide ? Si aveugle ? Elle avait porté son cœur en bandoulière. Même Hester avait remarqué.
Fichu Hawk. Une douzaine de gentlemen lui avait fait une demande en mariage et elle les avait refusés, car elle voulait attendre Hawk.
Elle le détestait. Détestait l’homme auquel elle avait pensé chaque jour depuis quatre ans. L’homme auquel elle rêvait soir après soir. Elle était tombée follement amoureuse de lui et avait fait de lui le centre de toute sa vie. Et, ce soir, il avait mis son cœur en morceaux.
La porte s’ouvrit en grinçant.
— Oh, mon enfant, lança Hester.
Quand le matelas s’enfonça sous le poids d’Hester, Julianne jeta un coup d’œil. La flamme de la chandelle d’Hester vacillait sur la table de chevet.
Hester lui frotta le dos.
— Dis-moi ce qui ne va pas.
La fierté la garda silencieuse.
Hester fouilla dans le tiroir de la table de chevet et en sortit un mouchoir.
— Betty est venue me voir parce qu’elle se fait du souci pour toi.
Julianne roula sur le dos et se moucha.
— Je lui avais demandé de ne pas vous déranger.
— Allons, c’est bête. Tu dois me dire lorsque cela ne va pas, dit Hester.
Julianne déglutit.
— Je suis désolée pour le vin.
— Je sais. Elle fit une pause, puis poursuivit. Quand tu n’es pas revenue dans la salle de bal, j’ai soupçonné que mon neveu avait fait quelque chose pour te bouleverser.
Julianne tritura les couvertures. Il l’avait publiquement rejetée. La douleur transperça son cœur une nouvelle fois.
— Ne veux-tu pas me dire ce qui s’est passé ? demanda Hester.
Elle déglutit.
— Je ne veux pas qu’il soit au courant.
— Bien sûr que non, fit Hester. Peut-être que si tu te confies à moi je pourrais être en mesure de t’aider.
Ses yeux brûlants s’emplirent de larmes à nouveau. Hester prit un mouchoir propre dans le tiroir. Julianne tamponna ses yeux et raconta son histoire d’une voix hésitante.

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