Dark feeling
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Description


Dark romance - Trilogie intégrale - 897 pages



Deux destins vont se percuter... violemment.


Elle, Athanaïs, jeune, belle et modeste. Lui, Alec, mercenaire des temps modernes le plus recherché de la planète. Un regard et quelques mots auront suffi. Elle sera sa proie. Elle devra lui appartenir. Peu importe la cruauté à déployer pour la rendre docile et obéissante...



Athanaïs est mon Obsession.


Je l'ai enlevée, emprisonnée à l'autre bout du monde. Je lui ai volé son passé, je contrôle son présent et lui impose mon futur. Qu'elle l'accepte ou non, elle n'existe dorénavant qu'à travers moi.


Entraînée dans mon univers sombre et terrifiant, elle ne peut m'échapper !



Il m’a anéantie.


Je pensais avoir vécu le pire, mais ce n’était rien comparé à ce qui m’attendait. L’abandon d’Alec reste incontestablement la sentence la plus destructrice qui m’ait été infligée.


Pour la première fois depuis notre rencontre, je me sens morte, dénuée d’âme.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 127
EAN13 9782379611988
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0097€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Intégrale

Tasha Lann

Mentions légales
Éditions Élixyria
http://www.editionselixyria.com
https://www.facebook.com/Editions.Elixyria/
ISBN : 978-32-37961-198-8
Photo de couverture : Everest comunity
Concept : Didier de Vaujany
1 – Traquée

Tasha Lann
« Il y a une grande différence entre quelqu’un qui vous veut et quelqu’un qui ferait n’importe quoi pour vous garder. »
Chapitre 1

Athanaïs
S’avachir, c’est peu dire. Je m’effondre littéralement sur la chaise de bar. La seule encore libre à cette heure d’affluence. Face à une minuscule table, un peu à l’écart, je m’assure une certaine tranquillité. Je connais cet endroit comme ma poche. Il est comme ma deuxième maison. Mieux, ma bulle d’oxygène.
J’enlève ma veste en jean avant de me saisir la tête entre les mains. Il me faut toute ma concentration pour reprendre une respiration naturelle. Cet emploi va avoir raison de moi. En plus de m’épuiser moralement, il me vide de toute énergie. Suivre la cadence, faire son quota, aller toujours plus vite, avec le sourire bien sûr. Il faudrait limite faire le boulot de deux salariés en sept heures. Et le tout, sans jamais broncher ni recevoir une prime, et encore moins de considération.
Je mets toutes les chances de mon côté pour décrocher le fameux CDI qui me fait tant rêver. Sans me vanter, je peux affirmer que j’ai l’âme d’une employée modèle. Dynamique, ponctuelle, souriante et intéressée. En gros, je suis un mouton qui dit amen à tout. Si la plupart du temps, ça ne me dérange pas d’être suiveuse, le surplus d’activité et les heures supplémentaires à gogo, me font tout de même grincer des dents. Mon corps malmené commence à me donner des signes de saturation ; crispations, maux divers, force musculaire déclinante. Il faut dire que travailler à la chaîne dans une cartonnerie n’est pas de tout repos. Debout, du matin au soir, il faut une condition physique irréprochable. Même ainsi, dix-huit mois sans vacances, ça userait n’importe quel athlète.
Clairement, là, je sature. Je vais craquer ! La soupape va sauter. Je ne garantis pas le final, mais je sais que je ne vais pas tenir longtemps. Il faut que je sois fixée sur les intentions de mon patron. Soit il m’embauche, soit… je ravale ma fierté. J’ai toujours été trop gentille, trop bonne, trop conne. Je suis maudite, j’ai une conscience professionnelle.
— Excusez-moi ?
Je sursaute, surprise d’être interpellée par un ton aussi agressif. Il me faut quelques secondes pour me resituer et considérer un homme d’une beauté à couper le souffle qui me fixe avec exaspération. J’en perds la parole, ce qui visiblement augmente son agacement.
— Vous êtes installée sur mon siège, poursuit-il d’une voix sourde.
— Je vous demande pardon ? demandé-je sans comprendre.
— Vous venez de vous asseoir à ma place, explique -t-il en insistant sur chaque syllabe, comme si j’étais un brin attardée.
Mal à l’aise face à une attitude aussi hostile, j’essaie de trouver un indice sur le fait que cette table était occupée ou réservée, mais n’en trouve aucun. Pas de verre, ni écriteau ni veste déposée. Je n’aurais jamais osé m’y attabler dans le cas contraire.
— Je suis navrée, mais rien n’indique une quelconque réservation, plaidé-je dans l’espoir de radoucir son humeur.
S’il continue à flamboyer ainsi du regard, je risque une combustion spontanée... Sa mâchoire carrée, son teint mat, et ses cheveux ébène ramenés en arrière confirment la dureté du personnage. Son autorité naturelle transpire par chaque cellule de son corps. Je frissonne malgré moi, me sens terriblement petite et insignifiante devant lui. Ses vêtements noirs ne font que pousser le mystère à son paroxysme.
— Cette table est la mienne, répète-t-il d’un ton qui n’émet aucune répartie.
Il me donne un ordre camouflé ! Il veut que je dégage ! Momentanément indisponible, ma jugeote m’abandonne . Immobile , telle une proie qui se sent traquée, je campe à ma place sans effectuer le moindre mouvement. Ne surtout pas attiser la bête qui l’habite. Son regard de plus en plus sombre me fait l’effet d’un coup de fouet. Il se penche en avant, me fait tressaillir. Sa proximité soudaine irise mon épiderme. D’une voix aussi basse que lente, comme seules les mamans savent le faire pour menacer leurs enfants perturbateurs, il susurre à mon oreille :
— Sachez que chaque acte a ses répercussions.
L’adrénaline pulsant dans mes veines me fait pousser des ailes. À moins que ce ne soit l’envie de m’affirmer, de me défendre pour une fois. Si je m’écrase au boulot, il faut bien équilibrer la balance dans ma vie personnelle. Retrouvant la parole, je décide de lui rabattre son caquet :
— Si tel était vraiment le cas, je ne devrais pas me faire agresser dans un bar à ce moment précis !
Le cœur battant la chamade, je baisse la tête sur mon portable. Si je n’étais pas aussi à bout de nerfs, je me serais sans doute écrasée et j’aurais fui, mais là, je suis bien décidée à me battre. Même si c’est avec un bel homme, sorti de nulle part.
Hypnotisée par mon écran, j’essaie d’oublier sa présence. Je regrette ma tenue de travail négligée, mais confortable ; t-shirt distendu, pantalon délavé et baskets non attachées. Ma peau s’électrise sous l’insistance de son regard. Il fulmine littéralement. L’air qui nous entoure s’alourdit davantage.
— Dois-je comprendre que vous n’êtes pas disposée à bouger ? me demande-t-il au bout de quelques interminables minutes.
— Quelle perspicacité ! bougonné-je, sans lui accorder la moindre attention.
Non pas que je sois impolie, mais je suis incapable de soutenir la profondeur de ses yeux. Soudain, il m’empoigne le bras. D’une fermeté parfaitement contrôlée, il s’arrête juste avant la douleur. Cet homme sait exactement ce qu’il fait. Je suis à deux doigts de me faire pipi dessus, une vraie mauviette. Je ne comprends pas pourquoi aucune des personnes présentes ne vient à mon secours.
Il prend ma trouille pour de l’entêtement, car il fronce les sourcils avant de me lâcher avec dégoût. Il se détourne après un dernier regard qui s’interprète comme une véritable mise en garde.
Je compte les secondes en le voyant s’éloigner. Mon soulagement n’a pas d’égal quand il disparaît enfin de mon champ de vision. Ce type me file la chair de poule.
Trop autoritaire, trop dominant, trop imposant. Trop !
Il a l’attitude d’un gangster qui a le monde à ses pieds.
Je profite de ce répit pour passer commande à Steph, la serveuse blonde au caractère bien trempé, de la seule chose capable de me détendre : un smoothie pink Miami. Ce mélange de fraises, de sirop et de jus d’ananas est une tuerie. Dès la première gorgée, les souvenirs qui m’envahissent me détendent. Maman me préparait toujours ce cocktail vitaminé le week-end. Je soupire, relâche ainsi la pression.
Petit à petit, j’en viens à oublier ma dure journée d’esclave en usine. Impossible, cependant, de me laisser aller complètement. L’intervention de cet inconnu me rend perplexe. Nullement rassurée, je décide toutefois de ne pas m’attarder. Je paie ma consommation et file en priant pour ne pas le croiser en terrasse.
Aucune trace ! Mes épaules se décontractent pour de bon. Le stress de la journée évacué, je profite du trajet pour m’aérer. Même s’il fait assez lourd, l’ambiance estivale est agréable. Surtout que, par miracle, il ne pleut pas. L’orage semble attendre que je rentre pour éclater.
Le ciel grisâtre laisse place à l’éclairage public. Pour un jeudi, peu de piétons affrontent ce début de nuit. Je tourne au coin de ma rue quand un vrombissement se fait entendre. Un cinglé à moto remonte l’avenue à vive allure. Pourquoi les flics ne sont jamais là quand il faut ?
Arrivé à ma hauteur, le chauffard klaxonne, puis redémarre en trombe. Le moteur pétarade dans un son assourdissant.. Peu rassurée de traîner seule dehors, je trottine jusqu’à chez moi. Je monte les six étages au même rythme, et me cloître dans mon vingt mètres carrés.
Une vulgaire chambre de bonne que je loue depuis des années. Mansardée avec un unique velux qui m’apporte de la luminosité. Mon salaire ne me permet pas un meilleur logement. Sous les toits, il fait chaud l’été et froid l’hiver, mais, tout ce qui m’importe, c’est d’avoir un chez-moi. J’ai une grande pièce, qui sert de cuisine, salon, chambre, dressing, décorée dans les tons parme que j’aime particulièrement, et une salle de bains noire et blanche, basique et fonctionnelle.
Après avoir retiré mes chaussures, ma veste, je m’allonge sur mon clic-clac qui fait aussi office de lit. Un gémissement d’aise m’échappe. Dans mon antre, je me sens en sécurité. Certes, c’est minuscule, mais j’ai tout ce qu’il me faut. Pour le moment, je m’en contente. Le strict minimum me suffit.
Je n’ai pas d’argent, mais sans vantardise, j’affirme être quelqu’un de bien. Je fais de mon mieux. Les besoins des autres passent avant les miens. J’aurais rêvé faire un métier aidant les autres, comme assistante sociale, juge pour enfants, ou éducatrice.
Malheureusement, la vie en a décidé autrement. Mon destin n’a rien d’enviable, mais je dois faire avec. Le bac tout juste en poche, j’ai dû me trouver un petit boulot pour m’en sortir. Pas une seule fois je n’ai regretté. La vie est ainsi faite. Jamais simple, toujours difficile. Du moins, la mienne. Le point positif est que je ne m’ennuie pas. Pas le temps pour ça.
Je m’étire et roule sur le côté. Mon œil accroche un petit flyer sur la table basse. Un large sourire éclaire mon visage. J’attrape le précieux sésame qui va m’ouvrir, le temps d’une soirée, les portes d’un monde d’insouciance. J’ai remporté une place de concert. Plus précisément, un pass VIP pour l’unique festival électro de l’année d’une radio nationale.
En fait, j’ai joué pour gagner un chèque de mille euros, mais j’ai été tirée au sort pour le second lot. Dans un mois, j’y serai. Ce cadeau ne va pas améliorer ma qualité de vie, mais me changer les idées. Forte de cette perspective, je me douche et me prépare pour la nuit. Les neuf heures de travail m’ont vidée.
Au moment où je bascule dans le sommeil, un visage s’impose dans mon esprit. Non, plutôt, un regard plein de promesses machiavéliques inavouables. Un frisson me traverse.
Chapitre 2

Athanaïs
Remontée à bloc après une nuit de songes troublants, mais fort agréables, je suis bien décidée à profiter un peu de la vie. Terminé le « métro, boulot, dodo ». Depuis trop de semaines, je refuse les sorties avec mes amis sous prétexte que je bosse ou que je suis fatiguée. Mes horaires d’agent de production varient suivant le tableau des commandes.
Par une chance que je n’attendais plus, la journée se passe bien : bonne ambiance, cadences maintenues et, surtout, le week-end nous est accordé. Cette petite baisse d’activité n’est pas pour déplaire au personnel. Nous adoptons donc une attitude plus légère, ce qui ravit tout le monde.
À 20 heures précises, je débauche. Portable en main, je m’empresse de rejoindre ma vieille Twingo et tape un SMS.

[Tiens-toi prête, j’arrive.]
[Prend ton temps, j’ai cinq minutes de retard.]
[Comme d’hab, à tout à l’heure !]

Ma meilleure amie n’a jamais su être ponctuelle. Quel que soit le rendez-vous, elle est toujours en retard. Je ne m’en formalise plus.
Comme presque tous les vendredis au soir, je la rejoins à notre QG, l’ Esthética , un bar moderne qui propose des prestations esthétiques : barbier et coiffeur pour les hommes, manucure, maquillage, brushing pour les femmes. Concept innovateur qui fait un carton dans mon cercle amical. Le plus souvent, nous nous retrouvons en début de soirée pour fêter le week-end. Ensuite, chacune suit son programme. J’ai fait une entorse hier soir en y venant seule, mais j’avais besoin de me remonter le moral avec une petite douceur.
Pour ne pas déroger à son habitude, le bar est bondé. Je ne peux m’empêcher de jeter un coup d’œil vers ma table d’hier. Un frisson parcourt ma colonne vertébrale. Jamais de ma vie, je n’avais rencontré d’homme aussi… dangereux. C’est exactement ce qu’il m’inspire.
Je me fraie un chemin jusqu’au comptoir pour attendre tranquillement mon amie. Nous avons prévu de nous faire poser des prothèses ongulaires.
— Thaïs ! Comme d’hab ? me salue Basil, le barman rebelle.
Avec ses écarteurs aux oreilles, son piercing à l’arcade sourcilière et ses multiples tatouages, il arbore un look qui ne passe pas inaperçu. Cheveux châtain clair, yeux bleus, il est plutôt plaisant dans son costume de fonction noir. Son aisance et sa passion professionnelle font de lui un pilier de l’ Esthética . Je suis convaincue de son homosexualité qu’il n’a d’ailleurs jamais ni démentie ni confirmée.
— Salut, Basil ! Plus tard, j’attends Julie pour une prestation.
— Parfait, Poupée !
Ce surnom me colle à la peau depuis le collège. Je le dois à mon physique : teint pâle, grands yeux verts, longs cheveux caramel, visage rond. Je ressemble depuis toujours à une fragile poupée de porcelaine.
Il se penche par-dessus son poste de travail pour me faire la bise. Il faut dire que je suis une vraie habituée des lieux. J’aime cet endroit. J’y viens de temps en temps en semaine pour décompresser avant de rentrer dans mon minuscule chez moi. Le plus souvent, ça fonctionne. Sauf quand des inconnus vous pourrissent votre moment en vous agressant pour une place volée.
Je pianote sur mon portable et fais le tour des réseaux sociaux quand Basil dépose un verre orangé devant moi. Je lève des yeux interrogateurs vers lui. Les consommations gratuites ne sont pas monnaie courante. Les employés s’amusent à dire qu’ils ne servent pas « les ivrognes du cœur ».
— De la part de ce monsieur, m’apprend-il en désignant du menton la fameuse table solitaire.
J’ai la sensation de recevoir un saut d’eau glacée sur les épaules. Ma respiration se bloque. Dès que je croise les yeux flamboyants qui me sondent, mon sang se fige dans mes veines. Impossible d’effectuer le moindre mouvement. La puissance qui se dégage de son regard me pétrifie sur place. Au bout de quelque instant, il lève son verre pour trinquer à distance avec moi. Ce mouvement m’arrache enfin de ma contemplation malsaine. Les mains moites, je me détourne pour reporter mon attention sur Basil.
— Beau parti, n’est-ce pas ? dit-il avec un clin d’œil avant de m’abandonner.
Le cœur battant, je n’ai qu’une seule envie : fuir cette attention qui me brûle la peau. Il me fixe toujours, je le ressens comme s’il me caressait le dos. Mon corps me fait l’effet d’être nue, plus vulnérable que jamais. J’inspire profondément avant de me retourner à nouveau. Il n’a ni bougé ni même sourcillé. Seule l’intensité de son regard a plongé dans les abysses. Ses yeux noirs s’harmonisent avec ses cheveux bruns et sa peau gorgée de soleil. De quelles origines peut bien découler une telle beauté ? Est-il Grec ? Italien ? Sa mâchoire se contracte soudainement, durcissant encore ses traits.
Je me surprends à imaginer un sourire sur ce visage sévère. Il ne peut avoir que des dents parfaitement alignées, d’une blancheur éclatante.
Tout dans son attitude traduit une certaine impatience. Il attend quelque chose de moi, j’en suis convaincue. Au moment où je me rends compte que je ne l’ai pas remercié, Julie se plante dans mon champ de vision.
— Désolée pour le retard !
Tandis qu’elle m’embrasse, je remarque que la table, derrière elle, est vide. Il a disparu en une fraction de seconde. Comment est-ce possible ? Perturbée, je peine à paraître naturelle .
— Ça va ? me demande mon amie.
— Oui, juste crevée.
— Termine ton verre, on va se faire chouchouter. Rien de tel pour recharger les batteries.
— Allons-y, dis-je sans toucher au cocktail.
Pour accéder au petit institut, nous traversons la salle principale, puis longeons un petit couloir. Nous passons d’une ambiance moderne à un environnement victorien revisité. Hyper cocooning, ce lieu est addictif pour des fans d’esthétique. Nous nous installons dans des fauteuils confortables et choisissons nos modèles.
Les deux prothésistes, Camille et Sonia, se mettent à l’œuvre. Comme je ne possède pas de beaux et longs ongles à cause du travail, Camille s’active en silence pour me poser des capsules.
En trente minutes, mes mains sont métamorphosées. La french manucure est parfaite pour mes doigts fins. Je ne regrette pas mon choix. En revanche, prendre un centimètre d’ongle en si peu de temps me gêne. Ce petit détail a une importance capitale dans un quotidien comme le mien. J’examine l’avancée de Julie qui, plus extravagante que moi, a opté pour un effet miroir.
— Je me dessèche, Thaïs, ça te dérange d’aller me chercher un mojito ? me supplie-t-elle avec un grand sourire.
— Je ne peux jamais rien te refuser, tu le sais bien ! Je vais en profiter pour passer aux toilettes.
— D’accord, ma poulette.
— Tu peux prendre ton temps, j’en ai encore pour vingt bonnes minutes, m’apprend Sonia.
— Parfait ! À tout de suite.
Je file aux W.C. qui se trouvent être dans le même couloir. Si défaire mon jean slim n’est déjà pas une mince affaire, le reboutonner s’avère compliqué avec mes nouvelles griffes. Je lutte deux bonnes minutes avant d’abandonner et de relever juste la braguette. De toute façon, mon pantalon est tellement serré qu’il ne risque pas de quitter mes hanches. Je me maudis de ne pas avoir mis un t-shirt plus long, mais après tout, qui va mater ma ceinture ?
Je joue ensuite des coudes pour accéder au comptoir. C’est fou le monde qu’il y a ce soir ! Une fois arrivée, je hèle mon barman préféré.
— Basil ! Un mojito et un Pink Miami, s’il te plaît ! crié-je pour couvrir le brouhaha.
— Tout de suite, Poupée !
— Merci, tu es le meilleur.
— Je sais, me taquine-t-il en me servant rapidement.
Si arriver jusqu’ici n’a pas été facile, l’itinéraire inverse est un véritable champ de mines. Je manque plusieurs fois de renverser mes « Précieux » tant les gens sont maladroits et étourdis. Pour le prix que coûte un rafraîchissement ici, pas question d’en laisser une goutte se perdre. Je pense m’en sortir sans trop de mal en bifurquant enfin sur la gauche. Malheureusement, je percute de plein fouet un corps solide. Par instinct, mes bras évitent la zone de contact sauvant ainsi mes boissons.
— Pardon, je suis désolée ! C’est de la folie, ce soir ! Je…
Mon sourire se crispe avant de disparaître. La température de mon corps chute, puis remonte en flèche. Lui ! Il est si prêt que les effluves de son parfum naviguent jusqu’à mes narines. Cette odeur se grave instantanément dans mes souvenirs olfactifs. Sa respiration caresse ma joue comme une plume sensuelle. Ses iris paraissent si envoûtants que, prise de panique, je recule de quelques pas. Mon dos rencontre le mur dans un choc que je n’attendais pas. Ce coup-ci, mon Pink Miami glisse dangereusement. Une main aussi chaude que douce se referme sur la mienne pour le sauver de justesse. Sa peau contre la mienne électrise chaque cellule de mon corps. Je perds sur-le-champ toutes mes facultés sociales.
— Jolis ongles, dit-il sans me quitter des yeux.
Rien ne lui échappe. Il est le genre de type qui contrôle ou qui s’adapte à toutes les situations. C’est une certitude qui ne me lâche pas. De son pouce, il effleure ma mâchoire si brièvement que je crains avoir imaginé ce geste. Il y a quelque chose de si possessif dans son attitude.
— Dommage qu’ils soient posés sur une jeune fille aussi peu présentable.
Sa voix rauque et suave fait l’effet désiré. Je ne sais pas où me mettre ni comment le rembarrer, j’ignore sa remarque désobligeante.
— Comment vous appelez-vous ? demande-t-il.
Si sa question est d’une banalité incontestable, son action en est tout le contraire. D’une précision inquiétante, il reboutonne mon jean. Carrément, comme ça, au beau milieu d’un café en plein rush !
Comment un homme peut-il me désarmer ainsi ? Je me fais l’effet d’une larve. Je déglutis péniblement et me force à reprendre les ficelles de mon corps. Cette perte soudaine de personnalité prouve que ce type pourrait obtenir tout ce qu’il veut de moi. Effrayée par mes constatations, je retrouve peu à peu mon aplomb. Je vaux mieux que celle dont j’offre l’image. Il ne sait pas à qui il a affaire ! Je le repousse.
— Le savoir égaiera-t-il votre soirée ? répliqué-je.
Ses sourcils s’abaissent en signe de menace. Il ne répond pas.
— Exactement, ce que je pensais ! le défié-je.
Je puise en moi la force de me délier de son regard. Une fois fait, je le contourne, m’éclipse sans me retourner. Les jambes cotonneuses, je prends place aux côtés de Julie.
— J’ai cru que tu avais filé ! me réprimande-t-elle.
— Il y a beaucoup de monde.
— Si tu ne me fais pas boire tout de suite, je ne réponds plus de rien.
Tant bien que mal, je lui fais siroter son cocktail. Quand elle a terminé, son esthéticienne aussi.
— On va chez toi ? propose-t-elle.
— Pizza ?
— Affirmatif.
Nous quittons le bar de bonne humeur. Je me surprends à balayer des yeux une dernière fois la salle. Il me fixe quelque part, je le sens, mais ne le vois pas.
Je passe sous silence cette rencontre, ne sachant quoi en dire, et surtout je ne veux pas lui accorder de crédit.
— Tu en as peut-être assez des pizzas, tu veux un truc plus diète ? demande-t-elle sur le trajet à pied.
Je lui jette un coup d’œil, nous partons d’un fou rire. Julie avec une salade sans sauce ! La bonne blague. Elle déteste tout ce qui est de près comme de loin diététique. Cuisinière dans un petit bistro routier, pour elle, la bouffe, c’est la vie ; je ne peux pas la blâmer.
— Je savais que je te rendrais le sourire, je vois bien que tu es contrariée.
— Je suis désolée, je crois que je sature de ce quotidien chronométré.
— Accroche-toi ! Dis-toi que l’herbe n’est pas forcément plus verte ailleurs. Tu entends ? Il est fou, ce mec ! lance-t-elle tout à coup en se retournant.
Une moto lancée à vive allure surgit de nulle part.
— Ce doit-être son trajet, j’ai eu droit au même spectacle hier.
Le bolide noir nous double et klaxonne. Julie, comme à son habitude, l’encourage en le saluant de la main.
— Juste parce qu’il t’a remarqué, tu ne le trouves plus cinglé ?
— Avec un peu d’attention, je peux tout oublier !
— Même ton mec Ethan ? la taquiné-je.
La suite de la soirée se déroule parfaitement bien. Ragots, histoires, anecdotes, plans sur la comète, une vraie ambiance féminine. Il est plus de 23 heures quand je me retrouve dans le noir aux portes du sommeil. Comme la veille, je laisse l’inconnu du bar envahir ma nuit. Cela me plaît et me terrorise en même temps.
Chapitre 3

Athanaïs
Je déteste le dimanche soir. Après deux jours de détente, il faut déjà se motiver pour cinq jours de dur labeur. Et là, je ne suis pas prête. Si le vendredi, l’ambiance est souvent sympa, ce n’est guère le cas le lundi.
Pour me remonter le moral, je pars me balader au parc municipal. Il a beau être 21 heures, il fait encore une chaleur écrasante. La température dans ma chambre avoisine les vingt-neuf degrés. Insoutenable !
Il fait tellement chaud que peu de courageux affrontent l’air bouillant. Cette météo dérègle tout le monde. On passe de vingt degrés à une canicule de plusieurs jours pour retomber dans des températures plus vivables. Mon corps a le plus grand mal à s’adapter, mais je sais exactement où aller pour avoir de la fraîcheur. Je rejoins le bord de la rivière que je longe jusqu’à un petit renfoncement dans les terres qui forme une mare.
Je m’assois, dos à l’immense saule pleureur. J’adore regarder l’eau sous toutes ses formes. Une fontaine, un ruisseau, la mer. Ça m’apaise. Un psy dirait sans doute que ça me rappelle le liquide amniotique, la sécurité maternelle. Peut-être. Une chose est certaine, c’est que ça me temporise. Un véritable antidépresseur naturel. Le lieu a beau être magnifique, je ne peux résister à l’appel d’internet. Un dernier petit snap pour le week-end. Je sélectionne l’application, mais me heurte à mes identifiants. Étrange, sachant qu’ils sont préenregistrés et toujours actifs...
Je les rentre à nouveau, mais impossible d’accéder à mon compte. J’abandonne et tente Facebook. Idem. Aucun accès nulle part, pas même à mes mails, ce qui m’inquiète particulièrement, car toute ma vie est tracée dans mes mails, je garde tout depuis dix ans.
De plus en plus agacée, je persiste, mais sans succès. Alarmée, je me lève pour rentrer, mais un SMS apparaît, et me fait sursauter. Au vu du numéro à cinq chiffres, je devine une publicité, mais l’ouvre par curiosité.

[L’ignorance des faits n’en limite pas moins les effets !]

Plutôt hors norme comme phrase d’accroche. Sûrement une mauvaise blague, je l’ignore pour téléphoner à Julie.
— Coucou Thaïs, ça roule ? répond-elle enjouée.
— J’ai un souci technique. Mon portable plante. As-tu accès à tes applis ?
— Yes ! Tout fonctionne pour moi.
— Aïe ! Je me sens seule.
— La technologie nous rend carrément dépendants.
— La preuve ! Bon, allez, je vous laisse les amoureux, bonne soirée et courage pour ta semaine.
— À toi aussi.
Une fois rentrée, j’allume mon ordinateur, mais rien à faire, le problème vient de mon adresse mail. Je me couche à bout de nerfs en espérant le retour à la normale au petit matin.

Les jours suivants attisent autant mon inquiétude, ma curiosité, que mon énervement. Les soucis de connexion restent irrésolus. Pire encore, d’autres se sont ajoutés à la liste. La serrure numérique de mon immeuble a été changée sans que personne ne se donne la peine de m’avertir. Se voir enfermée dehors, car votre code n’est pas autorisé, est une expérience déplaisante.
Je peux affirmer que se désintoxiquer de « la toile » est aussi difficile que l’arrêt du tabac, ou pire, du chocolat. Je suis à fleur de peau.
Pour ne pas m’aider, une convocation me tombe sur le coin du nez. La responsable des ressources humaines veut me voir.
Nerveuse, je me dirige à pas vif vers son bureau. Je frappe.
— Entrez, Mademoiselle Emery. Je voulais faire un point avec vous.
— D’accord.
Impossible de cacher la tension dans ma voix. Ma fin de contrat est proche. Depuis que j’y suis, je n’ai eu que des CDD.
— Pas trop difficile en ce moment ? La hausse d’activité surprend tout le monde ! dit-elle.
Elle remonte ses lunettes sur son nez.
— On va dire que je n’ai aucun mal à m’endormir le soir.
— Je vous crois. Bon, votre contrat se termine dans trois semaines. Vous êtes parmi nous depuis presque quatre ans.
— Ah, quand même…
— Oui, le temps passe vite ! Nous souhaiterions, si vous l’acceptez, vous proposer un CDI. Ça allégerait l’administration et vous permettrait plus de stabilité. Je vous laisse réfléchir.
Je la fixe les yeux ronds. Un contrat à durée indéterminée ? L’émotion me fait rougir de plaisir. Elle m’annonce ça, comme si elle me demandait de choisir mon repas de midi au restaurant.
— Pas besoin de réfléchir ! C’est… waouh ! Bien sûr que j’accepte !
— Parfait, alors je vous prépare les documents et vous appelle dès qu’ils sont prêts. D’ici, deux petites semaines.
— Génial, j’ai hâte.
Le cœur plus léger, la tête dans les nuages, je rejoins ma collègue Séverine aux vestiaires. Elle était aussi flippée que moi par ce rendez-vous professionnel inattendu.
— Alors, raconte-moi tout ! Ils te veulent quoi ?
— Tu ne devineras jamais, m’écrié-je en sautant de joie.
— Crache le morceau !
— Je suis embauchée.
— Non ? C’est génial !
Ensemble, nous sautillons telles des ados devant les portes d’une nouvelle boutique de chaussures tendance.
— Super ! Tu le mérites tellement. Imagine, tu vas devoir me supporter jusqu’à ma retraite !
J’adore ma collègue. Toujours hyper positive malgré une vie difficile. Je lui tire mon chapeau. Bosser avec quatre enfants, faut vraiment être armée de courage. Le pire, c’est qu’elle ne se plaint jamais, accepte toutes les heures sans broncher. Pour mettre du beurre dans les épinards, dit-elle.
1,55 m, 42 kg, elle est pleine d’énergie, et peu d’entre nous suivent sa cadence. Je l’admire. Nous regagnons le parking en papotant avec gaieté. J’avais oublié à quel point une bonne nouvelle peut améliorer le moral. Rien ne semble pouvoir atteindre l’euphorie qui m’envahit.
Pas même un SMS du fameux numéro à cinq chiffres qui me tombe dessus.

[Méfiez-vous de tous ceux en qui l’instinct de punir est puissant.]

Tout comme la première fois, cette citation me laisse perplexe. Est-ce une chaîne à poursuivre ? Une blague ? Je décide de ne pas y porter plus d’attention. Après tout, j’ai droit à cette parenthèse de bonheur. Seul un message vocal du centre spécialisé où est hospitalisée ma mère pourrait tout balayer sur son passage. Étant sa référente, il n’est pas rare que je sois contactée.
— N’oublie pas de fêter ça, Thaïs, dit Séverine en montant dans sa voiture.
— Je vais attendre la signature, mais tu peux compter sur moi.
— À demain, bonne soirée.
Je monte dans mon véhicule et démarre aussitôt. En conduisant, j’écoute ma boîte vocale par haut-parleur.
« Bonjour, Mademoiselle Emery, pourriez-vous me rappeler de toute urgence ? Votre maman est en soins intensifs, elle a tenté de mettre fin à ses jours ce matin… »
Je pile brutalement sans écouter la suite. J’appuie sur la touche rappel automatique. Directement dans le bon service, j’économise du temps. La peur s’immisce petit à petit dans mes pensées. Mon rythme cardiaque s’emballe par la même occasion. Je me présente, la voix chevrotante :
— Mademoiselle Emery, j’appelle au sujet de ma mère.
— Thaïs, c’est Mélanie.
Quelle chance d’avoir une habituée qui me connaît depuis des années !
— Qu’a-t-elle encore fait ? questionné-je sans vraiment vouloir écouter la réponse.
— Elle a volé les médicaments de sa voisine de chambre. Nous pensons qu’elle l’a fait régulièrement pour atteindre la dose souhaitée.
— Ce n’est pas vrai ! râlé-je en frappant mon volant avec force.
— Elle est dans un coma profond, la cadre de santé voulait t’en informer au plus vite.
— Merci, vous… avez bien fait.
— Tu sais, Thaïs, on s’occupe bien d’elle, tu ne peux rien faire de plus.
J’acquiesce malgré le fait qu’elle ne puisse me voir.
— C’est la bonne, ce coup-ci ? demandé-je.
Un soupir se fait entendre. Je comprends.
— On ne pourra pas éternellement la sauver. Les personnes dépressives sont dans un monde qu’elles seules connaissent.
— Non, pas toutes ! Elle est simplement égoïste.
— Son esprit est malade. Pour ta mère, ses ennuis sont d’une importance telle que plus rien ne compte à ses yeux.
— J’avais remarqué ! J’aimerais tant savoir ce qui la ronge. Enfermée depuis dix ans, elle n’a pas un quotidien très problématique, répliqué-je avec humeur.
— Je suis désolée, Thaïs. Veux-tu que je te rappelle demain pour te dire comment ça va ?
— Contacte-moi plutôt quand il y aura du nouveau ! Merci, Mélanie.
Je raccroche en tremblant. J’ai beau y être habituée, je ne m’en accommode pas. C’est sa douzième tentative de suicide dans ce service. Sa bonne étoile doit croire en elle, car elle se loupe à chaque fois. J’en suis autant soulagée qu’exaspérée. Ça veut tout simplement dire que tout recommencera… Je suis usée.
Avec les années, j’ai espacé mes visites, jusqu’à ne plus me déplacer. Je prends des nouvelles par téléphone. Pourquoi devrais-je perdre mon temps pour une personne qui me voit comme la source de tous ses problèmes ?
À quinze ans, j’ai dû aller vivre chez ma grand-mère qui nous a malheureusement quittées trois ans plus tard. Je me suis retrouvée seule à devoir gérer cette avalanche administrative. N’ayant pas d’argent, j’ai dû travailler pour subvenir à mes besoins et ceux de ma folle de mère. Je lui en veux terriblement. J’aimerais tellement qu’elle se reprenne, qu’elle pense à moi. Mon self-contrôle commence à défaillir. J’ai la sensation que la démence me gagne. Est-ce héréditaire ? La folie peut-elle être congénitale ? Purée, si ça se trouve je vais terminer internée moi aussi. Si seulement j’avais un père ou un frangin.
Maman mourra avec ses secrets. Elle m’a caché durant toute ma vie l’identité de mon père. Le sujet ultime est devenu tabou, source de conflits. Elle n’a jamais lâché le morceau. Pas une once d’indice n’a franchi ses lèvres. Je lui en veux… Très souvent j’ai eu envie d’en venir aux mains pour lui extorquer une info. Même une pas importante : son âge, sa couleur de cheveux, son prénom… S’aimaient-ils ? Pourquoi est-il parti ? Connaît-il mon existence ? Pas facile de se construire quand on ne sait pas d’où on vient.
Mon portable vibre dans ma poche. Je lis discrètement le SMS. Ce coup-ci, je comprends qu’il n’y a pas de hasard. Ces messages ont un but bien précis, ils me sont directement destinés. L’incompréhension me fait déglutir avec difficulté. Une angoisse malsaine s’insinue sous ma peau.

[Avant de tout perdre, il vaut mieux tout quitter.]

Je suis à peine remise qu’un second s’affiche :

[Si l’erreur n’est pas un crime, l’entêtement peut le devenir.]

Qu’est-ce que c’est que ce truc ? Déjà que je n’ai plus accès à rien avec ce maudit téléphone, voilà que je suis menacée. Il n’y a pas de doute, je suis cinglée ! La folie est héréditaire, c’est certain…
Machinalement, je me retourne pour voir si le fauteur de trouble n’est pas derrière moi. Je reprends la route avec une envie soudaine de pleurer et de rire en même temps. La fatigue de ces semaines d’heures supplémentaires, le stress ambiant, ma vie virtuelle inaccessible , maman à deux doigts du non-retour… et ces maudits SMS qui commencent à me faire flipper, c’est trop ! Heureusement que la promesse du CDI équilibre la balance.
Chapitre 4
 
Athanaïs
Je pleure tout le trajet jusqu’à la maison où je me gare dans un état second. Incapable de m’enfermer, je marche vers l’ Esthética . J’ai besoin de faire le point et, surtout, d’un verre bien costaud. Basil me repère aussitôt. À son air, je devine qu’il a remarqué que j’ai pleuré. Ni une ni deux, il me serre dans ses bras. Je me crispe aussitôt, ne pouvant gérer cette tendre accolade. Il faut avouer que je n’ai pas été habituée aux effusions de sentiments. Ma mère a toujours fui les contacts. Elle préférait me montrer son amour par la pâtisserie. À chacun sa manière de s’exprimer.
Je n’avais pas de bisous magiques sur mes bobos, mais un cookie en forme de cœur. Pas d’embrassades pour mes bonnes notes, mais des cupcakes colorés. Et ça m’allait très bien.
— Que se passe-t-il, Thaïs ?
— J’ai besoin d’un remontant.
— Installe-toi, j’ai ce qu’il te faut.
— Merci, tu es un ange.
Je souris avant de me diriger vers ma petite table. À cette heure de l’après-midi, il n’y a pas un chat. Juste quelques touristes prenant une douceur. J’envoie un texto à Julie et pose mon téléphone devant moi. Il est devenu d’une utilité virtuelle incroyable.
Basil ne tarde pas à m’apporter une grande flûte rosée.
— Cadeau de la maison !
— Tu es sûr ?
Il acquiesce.
— Mais n’en prends pas l’habitude, rigole-t-il.
— Merci, le remercié-je reconnaissante.
Il retourne derrière son bar sans me quitter des yeux. Ça va bientôt faire deux ans qu’il nous supporte, ma petite bande d’amis et moi. Comme je suis celle qui habite le plus près, je passe le plus souvent. Nous sommes des habitués, ce qui nous accorde les faveurs des employés. Basil connaît chacun d’entre nous, il fait partie de la clique maintenant.
J’attrape la paille avec mes lèvres, aspire le liquide coloré. Aussitôt en contact avec ma langue, un courant brûlant me parcourt. Cette boisson est aussi puissante que douce. Incroyable. Je sais d’avance que je ne vais pas la terminer, mais l’expérience a le don de me changer les idées. Je lève un pouce en l’air à l’intention de mon ami qui guette ma réaction.
Un SMS s’annonce, je me raidis.
 
[L’alcool ne repousse pas les problèmes, il en crée d’autres !]
 
Je recrache ce que j’ai dans la bouche, me retourne vivement, fouille la salle du regard, mais ne détecte personne de suspect. Même Basil est en train de décharger un camion à l’arrière. Je me lève précipitamment pour rentrer à la maison.
La sensation d’être observée ne me quitte pas. Pourtant, je ne vois rien d’inhabituel. Voulant mettre fin ...

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