De plein fouet
156 pages
Français

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De plein fouet , livre ebook

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Description

À dix ans, Noah Jameson et Cooper Bradshaw se rentrent dedans en plein match de football. Pendant trois ans, ils sont inséparables... jusqu’à ce qu’un jour, Noah et ses parents disparaissent en pleine nuit.


Noah et Cooper ignorent ce qu’est devenu l’autre. Dix-sept ans plus tard, après avoir découvert son compagnon dans leur lit avec un autre homme, Noah revient à Blackcreek pour repartir de zéro. Il retrouve son ami d’enfance sacrément grandi, devenu terriblement sexy...


Coop a du mal à croire que Noah, la seule personne à qui il ait confié la culpabilité qu’il ressent depuis la mort de ses parents, soit de retour... et gay. Plus encore, il est abasourdi de soudain désirer un homme pour la première fois.


Impossible d’ignorer les étincelles et les sentiments, mais peuvent-ils passer au-delà des fantômes du passé pour se bâtir un avenir ?



Ce roman contient deux hommes forts et sexy, une amitié passionnée qui se transforme en une romance brûlante.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 3
EAN13 9782375740309
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Riley Hart
De plein fouet


Traduit de l'anglais par Vivianne Faure


MxM Bookmark
Le piratage prive l'auteur ainsi que les personnes ayant travaillé sur ce livre de leur droit.
Cet ouvrage a été publié sous le titre :
DE PLEIN FOUET
MxM Bookmark © 2016, Tous droits résérvés
Illustration de couverture © MxM Création
Traduction © Vivianne Faure
Relecture @ Samantha De La Rosa
Correction © Emmanuelle LEFRAY.

Chapitre 1

— Saloperie !
Noah Jameson abattit ses mains sur le volant de sa putain de voiture. Ce n’était pas la première fois qu’il avait des problèmes avec. Bon sang, il avait pourtant mis pas mal de fric dedans juste avant de partir, et voilà qu’elle lui claquait de nouveau entre les pattes.
C’était un signe, il aurait dû la revendre. Mais il se trouvait que c’était une Mustang de 69 et il était simplement hors de question qu’il la laisse tomber. Il aurait dû se douter qu’il aurait des problèmes de voiture. Ça allait de pair avec tout le reste dans sa vie. Il ne pouvait compter sur rien, pas plus sur sa bagnole que sur le reste.
Noah attrapa son portable qui, bien sûr, n’était pas chargé. De toute façon, il n’avait personne à appeler à Blackcreek. Il n’était pas revenu ici depuis qu’il avait treize ans. Bon sang, il ne savait même pas ce qu’il foutait là maintenant. Tout ce qu’il savait, c’est qu’il avait besoin de s’éloigner et que Blackcreek, Colorado, était le premier endroit auquel il avait pensé. C’était le seul endroit où il se soit vraiment senti chez lui – mais c’était sans doute davantage dû à une personne qu’à l’endroit en lui-même.
Peut-être que cette histoire avec la voiture était un signe que ce qu’il faisait ne rimait à rien. Noah ne s’était pas enfui. On l’avait suffisamment obligé à faire ça quand il était gamin, mais là… c’était différent. Il n’essayait pas d’échapper à ses propres méfaits. Il voulait retrouver quelque chose qu’il avait laissé derrière – ce sentiment d’être chez soi. Il n’avait plus jamais connu ça depuis son départ, dix-sept ans plus tôt.
Noah sortit de la voiture en poussant un nouveau juron et jeta son téléphone inutile dans la poche de son jean usé. Il ferma la voiture à clé et laissa ses pieds le porter vers la ville où il avait décidé de revenir sur un coup de tête.
Sans avoir de boulot.
Ni d’endroit où habiter.
Et maintenant avec une voiture foutue.
Mais rien de tout cela ne serait vraiment un problème. Il s’en sortait bien avec l’argent et il avait des économies. Plus ce que son père lui avait laissé à sa mort. Avec un peu de chance, trouver un local où il pourrait ouvrir une boutique qu’il remplirait avec ses meubles ne serait pas trop dur non plus. Peut-être que cette fois, il pourrait carrément acheter quelque chose. Se fabriquer les racines qu’il n’avait pas eues en grandissant, ni plus tard à l’armée.
Penser à l’armée le fit penser à David. Il n’avait pas envie que ses pensées s’égarent de ce côté-là. Il avait fini comme son père. Celui qui n’avait jamais su tomber amoureux de la bonne personne. C’était ce qu’il avait eu en tête pendant que David le trompait à droite à gauche.
Comment j’ai fait pour finir comme mon père, bon sang ?
Au moins, quand Noah s’enfuyait, il le faisait seul. Il n’entraînait pas son amant infidèle avec lui, comme son père le faisait avec sa mère.
Seigneur. Être trompé l’avait sacrément remué. D’habitude, il ne laissait pas le passé l’atteindre ainsi. Mais il fallait dire qu’il avait beaucoup donné à David. Plus qu’à aucun autre homme avec qui il avait été. Pour lui, il avait recommencé à dissimuler sa sexualité, à vingt-neuf ans. Il y avait trop longtemps été obligé quand il était à l’armée, il s’était juré de ne plus jamais devoir le faire.
En marchant vers la ville, il apprécia le paysage. Blackcreek avait toujours donné cette impression de petite ville au milieu de nulle part, et en un sens, c’était ce qu’elle était, mais pas tout à fait. Elle était à seulement une heure et demie de Denver, mais on s’y sentait à l’écart, protégé par les montagnes et les arbres. On était suffisamment loin pour que le rythme y soit lent, comme Noah aimait, mais assez près pour avoir des opportunités.
Il ne lui fallut guère de temps pour parcourir les deux ou trois kilomètres qu’il devait y avoir jusqu’à l’entrée de la ville.
Noah s’arrêta au panneau qui lui souhaitait la bienvenue. Bon sang, rien n’avait changé en dix-sept ans. Il contempla la rue principale, bordée de commerces à l’ancienne. C’était comme un voyage dans le temps… toutes ces façades en bois, avec de vieilles enseignes peintes à la main.
Qu’est-ce qu’il foutait là ?
Il avait envie de faire demi-tour mais se remit à avancer.
Il passa une pharmacie et un glacier et continua. S’il se rappelait bien, il y avait une station-service et un hôtel avec des chambres minuscules pas trop loin de là. Un peu après ça, il y avait un garage. Son premier baiser avait été avec la fille du garagiste de l’époque. Il n’avait pas eu la moindre idée de ce qu’il foutait. Heureusement, Mary non plus.
Ouais, Noah avait un peu changé depuis cette époque. Il y avait d’autres baisers avec des filles, mais pas tant que ça. Il avait couché avec certaines, aussi, mais ça n’avait jamais très bien marché. Les femmes, ça n’avait jamais vraiment été ce qu’il voulait.
Il se tenait au coin de Main Street et de Berry Road et essayait de déterminer où il voulait aller en premier : le garage ou l’hôtel – en admettant que les deux existent encore. Savoir si c’était le cas l’aiderait à décider s’il valait mieux qu’il réserve une chambre d’abord, ou envoie quelqu’un s’occuper de sa voiture.
Distrait, Noah fit un pas dans le virage. Ce faisant, il aperçut un 4x4 à la périphérie de sa vision. Avant qu’il puisse faire quoi que ce soit, le véhicule le percuta. La douleur explosa en lui et le projeta au sol.
Seigneur.
Noah porta ses mains à sa poitrine, comme si ça allait faire disparaître sa souffrance. Il avait bien besoin de ça, tiens. La douleur le transperça à nouveau quand il essaya, en vain, de se relever. Il allait tuer le type qui conduisait le 4x4. Qu’il n’ait pas fait attention en traversant la rue n’entrait pas en ligne de compte, ni le fait que le conducteur n’avait à l’évidence fait que l’effleurer. Il en avait assez chié comme ça ces dernières semaines, il était hors de question qu’il prenne la responsabilité de ce qui venait de se passer.

* * *
— Putain, merde !
Cooper Bradshaw sauta de son 4x4, complètement paniqué. Il avait renversé quelqu’un. Oui, il roulait doucement – et avec un peu de chance, il n’y avait pas de blessures graves – mais ça ne le réconfortait pas vraiment. Quand un 4x4 d’une tonne et demie percutait quelque chose, ou pire, quelqu’un, c’était facile de deviner qui en sortait vainqueur.
Cooper courut vers l’inconnu étendu par terre en espérant qu’il ne soit pas trop grièvement blessé.
— Oh merde, jura-t-il en baissant les yeux.
L’homme avait des cheveux courts et sombres et ses paupières étaient crispées. Il était grand et… lui rappelait quelque chose. Un sourire apparut sur le visage de Cooper.
— Noah ? Noah Jameson ? Ouah, ça fait un bail. Comment ça va ?
Noah leva un sourcil et Coop se rendit compte que ce n’était probablement pas la meilleure chose à dire après avoir renversé son ami d’enfance.
— Soufflé, répondit Noah.
Cooper ferma la porte à ses souvenirs pour s’occuper de ce qu’il fallait faire.
— Désolé, vieux. Tu as mal où ?
Il s’agenouilla, toujours choqué. Non seulement il avait renversé quelqu’un, mais en plus c’était son plus vieil ami.
— T’as toujours pas appris à faire gaffe où tu vas, à ce que je vois.
Noah sourit et Cooper sentit ses épaules se détendre. Bordel. Noah Jameson était là, assis devant lui.
— Et tu rejettes toujours la faute sur les autres, à ce que je vois. C’est toi qui as traversé sans regarder, juste comme la fois où tu t’es jeté sur cette balle que j’avais déjà en vue.
Ils avaient dix ans quand Noah avait emménagé à côté de chez lui. Coop jouait au football, dehors avec ses amis, et Noah s’était imposé dans leur partie en récupérant la balle avant Coop. Ils s’étaient percutés en plein saut et étaient retombés sur leurs fesses. Et ils étaient devenus les meilleurs amis du monde pour les trois ans qui avaient suivi.
Cooper avait volé son premier magasine porno avec le type étendu sur la route. Il s’était faufilé en bas en plein milieu de la nuit pour regarder son premier film de cul avec lui. Il avait parlé des filles avec lui. Espionné les filles avec lui. Ils étaient peut-être des gosses à cette époque, mais ils formaient une vraie équipe.
— T’étais quand même pas obligé de me rouler dessus, enfoiré.
Noah grimaça en essayant de se redresser. Coop poussa un juron.
— On devrait peut-être appeler une ambulance. T’as mal où ?
Noah secoua la tête.
— Nan, ça va. J’ai pris un coup dans les côtes. J’ai pas besoin d’une ambulance. Ce qu’il me faut, c’est un lit et genre, dix ibuprofènes.
Quand Noah essaya à nouveau de se lever, Cooper l’aida en le tenant par le bras. Une fois qu’il fut sur pied, il s’appuya au 4x4.
— Seigneur.
Coop secoua la tête.
— J’arrive pas à croire que tu es là, et encore moins que je t’ai renversé. Je te dirais bien, viens on se raconte nos vies, mais je me sentirais mieux si on passait à l’hôpital d’abord.
Noah grimaça à nouveau et se passa la main sur le flanc.
— Je suis sûr que mes côtes sont juste contusionnées, ils ne vont pas pouvoir faire grand-chose.
Il avait sans doute raison, mais Coop ne voulait pas prendre le risque.
— Tu as une voiture ? demanda-t-il pour faire comprendre à son ami qu’il ne lui laissait pas le choix.
— En panne au bord de la route.
Coop savait que ça faisait de lui un connard, mais il se mit à rire. Ce n’était pas tous les jours que ta voiture te lâchait et qu’ensuite tu te faisais percuter par une autre.
— Mauvaise journée ?
Noah secoua la tête tout en souriant, exactement comme le gamin que Cooper avait connu.
— Et encore, tu n’en sais pas la moitié.
Cooper se rapprocha de lui.
— Laisse-moi t’aider à monter dans le 4x4. Je vais t’emmener faire des examens et puis on ira chercher ta voiture.
Il regarda Noah prendre une grande inspiration et grimacer. Il avait le sentiment que sans cette grimace, son ami d’enfance aurait dit non pour l’hôpital.
Quand il essaya de l’aider, Noah le repoussa. Cooper ne fut pas surpris. Il était déjà comme ça à l’époque. Et lui-même était pareil. Y avait pas de raison qu’il ne puisse pas monter tout seul dans le 4x4.
Mais une fois qu’il fut à l’intérieur, Coop ferma quand même la porte pour lui avant de se dépêcher de passer du côté conducteur. Une voiture les dépassa avant que Cooper ne démarre. Les yeux fermés, Noah s’appuya au siège. Coop sentit son inquiétude s’embraser.
— Tout va bien ?
— Tu t’inquiètes toujours autant ? Tu stressais pas comme une bonne femme, avant, dit Noah sans le regarder.
Cooper essaya de ne pas rire. Il se rappelait que Noah était vite grognon quand il était blessé.
— Et toi tu te plaignais pas autant, avant.
Cooper rit et secoua la tête.
— Alors, comment ça va ? Où est-ce que t’étais passé pendant tout ce temps ?
Noah grogna en guise de réponse et Cooper se sentit con d’avoir posé la question. Il savait comment ça se passait à l’époque pour Noah. Le nombre d’écoles où il avait été inscrit et de villes où il avait vécu avant d’arriver à Blackcreek. Noah lui disait qu’il aurait fait n’importe quoi pour rester là. À chaque fois qu’il s’attirait des ennuis pour avoir fait des conneries, Noah avait toujours peur que ça ne foute de nouveau le bordel entre ses parents et qu’il doive partir de nouveau. Ils ne faisaient rien de bien méchant, pourtant.
Il savait aussi que le vendredi, son ami avait été là, et le dimanche suivant, quand Cooper était revenu d’un voyage avec sa tante, Noah avait disparu. Il n’y avait pas moyen que Noah ait été au courant si Cooper ne l’était pas. Ils s’étaient jurés de partir ensemble s’ils n’avaient pas d’autre choix. Il savait bien que c’était une de ces promesses idiotes que se font les gamins, mais Cooper savait aussi que Noah aurait fait n’importe quoi plutôt que de quitter Blackcreek.
Ils firent les trente-cinq minutes de trajet jusqu’à l’hôpital en silence. Cooper s’assit dans la salle d’attente, les pieds sur une autre chaise, pendant que Noah voyait un docteur des urgences. Cooper essaya d’ignorer son ventre noué. Il ne voyait pas comment il y aurait pu avoir quelque chose de grave, mais on ne savait jamais avec ce genre de trucs.
— Cooper Bradshaw. Que me vaut l’honneur de ta visite ?
Une femme s’assit à côté de lui. Coop tourna la tête et sourit à Adrianna. Elle était infirmière aux urgences et il était sorti quelques fois avec elle. Entre l’hôpital et sa gamine de cinq ans, elle n’avait pas beaucoup de temps libre. Il ne voulait pas un truc sérieux. Ce n’était pas qu’il ait quelque chose contre le couple en soi, mais il avait juste l’impression que ce n’était pas pour lui. Tant mieux pour ceux qui avaient envie de se poser, mais il appréciait trop son mode de vie pour en changer. Adrianna était d’accord pour un truc sans attaches. Ils se voyaient quand sa fille était avec son père, ou quand l’un d’entre eux avait envie de passer un peu de bon temps. Pas d’attaches, pas de liens, pas de sentiments. Juste du sexe.
— Moi aussi je suis honoré de te voir.
Cooper lui sourit, de ce sourire tranquille et confiant qui semblait plaire aux femmes.
— Tu n’arrêtes jamais de draguer.
Cooper lui fit un clin d’œil.
— Et ça te plaît.
La porte de la salle des urgences s’ouvrit.
— M. Bradshaw ? demanda une des infirmières. C’est vous qui accompagnez M. Jameson ?
Cooper se dressa sur ses pieds. Il entendit un bruit de pas derrière lui.
— Oui ? Tout va bien ? demanda-t-il.
Ses paumes étaient moites et son cœur tambourinait. Putain, voilà qu’il draguait une fille alors qu’il avait estropié son pote. Ce qui faisait un peu de lui un connard, quand même.
— Il va bien. Des contusions. On lui a fait un bandage et donné des antalgiques. Il est un peu patraque. Il nous a prévenus que les antalgiques avaient cet effet sur lui. Vous allez le ramener chez lui ? Il ne peut pas conduire.
Il hocha la tête. Il ne savait pas du tout si Noah avait trouvé un endroit où habiter, mais il allait faire en sorte de l’amener là où il devait être.
— Pas de problème. Qu’est-ce que je dois savoir ?
L’infirmière lui fit un topo, puis dit qu’elle revenait avec Noah.
— On dirait que tu es pris. J’allais juste sortir du boulot.
Cette fois, c’était Adrianna qui lui faisait un clin d’œil à lui. Cooper se maudit. Il aurait volontiers pu passer quelques heures avec elle.
Ou une nuit.
— Désolé. C’est moi qui l’ai renversé, alors je me sens un peu obligé de m’occuper de lui. Tu as un truc de prévu demain ?
Mais ce n’était pas seulement ça. Il aurait eu envie de passer du temps avec Noah même s’il ne l’avait pas renversé.
— Je travaille.
— Après-demain ?
— J’ai un rencard.
Cooper ne moufta pas. Ils ne se devaient rien et ils savaient tous les deux qu’elle n’allait pas rester célibataire à vie et qu’il ne voulait pas se poser.
— Appelle-moi si ça marche pas.
La voix de Noah lui parvint de derrière :
— Je vais bien. Je peux marcher ! Vous voyez ?
Il se retourna pour voir Noah marcher avec les bras tendus comme pour prouver qu’il pouvait marcher droit. Coop se mit à rire.
— Seigneur. T’es toujours un poids plume ? taquina-t-il.
À douze ans, ils avaient volé quelques bières à l’oncle de Cooper. Après la moitié d’une, Noah était bourré. Il semblait que les antalgiques lui faisaient le même effet. Cooper secoua la tête en souriant.
— Tu vas pas t’y mettre, toi aussi.
Noah avait un grand sourire idiot.
— À plus, dit Adrianna.
Coop lui dit au revoir et attrapa Noah par le bras. Il fut surpris que Noah le laisse l’aider jusqu’au 4x4.
— Tu habites où ? demanda-t-il une fois qu’ils furent dans la voiture.
— Aucune idée. J’ai juste atterri là.
Noah appuya sur le bouton qui commandait la fenêtre et la fit monter et descendre, monter et descendre, comme s’il avait huit ans.
— J’avais besoin de prendre le large. J’ai fait mes valises. J’ai atterri à Blackcreek.
Cooper lui jeta un coup d’œil, essayant de déchiffrer l’expression sur le visage de son ami d’enfance. Le truc, c’est qu’il ne le connaissait plus. Il ne savait pas ce que le ton de sa voix voulait dire – s’il voulait dire quelque chose. Ça le rendait un peu triste. Quand ils étaient gamins, il connaissait ce mec par cœur.
— J’ai une chambre libre. Tu peux la prendre si tu veux.
— Je sais pas combien de temps je vais rester.
— J’avais prévu de la louer.
La tête de Noah roula sur le côté, vacillant comme s’il ne pouvait pas la tenir tout seul. Cette expression-là, Cooper la reconnut : Noah ne le croyait pas.
— Je me fous pas de toi. Je viens d’acheter la baraque. Il y a du boulot, mais c’est immense. Je te mettrais bien à contribution.
— Tu ne me connais plus. Tu es sûr que tu veux un inconnu chez toi ?
Noah avait l’air presque triste en disant ça.
— Eh, je suis sûr que je peux toujours te foutre une raclée. C’est tout ce qui compte.
Noah se remit à jouer avec la fenêtre. Il avait l’air fasciné par ce truc. Les cachets avaient vraiment dû le foutre dans le coaltar. Quand la fenêtre cessa d’être intéressante, Noah ferma les yeux. Il dormait quasiment quand Cooper s’arrêta devant chez lui. Noah passa un bras autour de ses épaules tandis qu’il l’aidait à rentrer à l’intérieur. Il alla droit dans la chambre d’ami. Noah était un poids mort, et lui faire monter les escaliers relevait de l’exploit. Noah se laissa glisser de ses bras et plongea sur le lit. Il gémit, poussa un juron et se tint le côté.
Cooper secoua la tête.
— Abruti. Où est ta voiture ? Je vais la faire remorquer et aller chercher ton ordonnance. Mais ne va pas croire, hein, c’est à charge de revanche.
Cooper sentit une drôle de jubilation monter en lui. C’était chouette de taquiner Noah. Ça l’avait toujours été.
Noah enfouit son visage dans l’oreiller et marmonna une réponse. Étrangement, Cooper réussit à le comprendre.
Il s’arrêta à la porte.
— Dépêche-toi d’aller mieux. On sortira et on ira chercher des filles, blagua-t-il.
— Nan, grogna Noah. Je suis gay.
Et juste comme ça, il s’endormit. Cooper ne put s’empêcher de rire. Seigneur, ce type ne supportait vraiment pas les cachets.
 
Chapitre 2
 
Noah se retourna dans son lit, tous ses muscles douloureux. Il avait l’impression de s’être fait rouler dessus par un trente-six tonnes. À peine eut-il formulé cette pensée qu’il se rappela que ce n’était pas si loin que ça de la réalité. Cooper Bradshaw l’avait renversé avec son 4x4.
Après toutes ces années, il ne faisait toujours pas gaffe où il allait.
Noah essaya de se lever et gémit. Il avait la tête dans le brouillard. Ce n’était pas ses côtes qui l’embêtaient. Non, il avait l’impression de patauger dans de la bouillasse, et la seule chose qui lui faisait cet effet, c’était le Demerol. Pourquoi est-ce qu’il ne leur avait pas dit qu’il ne le supportait pas ?
Il batailla pour se lever dans ce brouillard. Il ne tenait pas très bien sur ses pieds mais il se força à continuer. La seule façon de se tirer de là était de faire comme si tout allait bien. Il fallait qu’il prenne une douche… boive un truc. Après ça, il reprendrait peut-être figure humaine.
L’idée de la douche était très tentante, mais d’une, il ne savait pas où il se trouvait, et de deux, il avait l’impression d’avoir bouffé du coton. Donc, cuisine d’abord et douche après.
C’était la maison de Coop. Il n’arrivait pas à croire qu’il s’était retrouvé chez son ami d’enfance. Cooper avait été le meilleur ami qu’il ait jamais eu. Après Blackcreek, il avait arrêté de faire des efforts. Il ne voulait pas se faire de nouveaux amis parce que ça faisait trop mal quand il devait partir.
Pieds nus, il descendit les escaliers. Il se demandait où étaient passées ses chaussures, comment elles s’étaient retrouvées ailleurs qu’à ses pieds, et combien de temps il avait été dans le coaltar. L’escalier débouchait sur un grand salon avec un immense canapé vert foncé et un écran géant au mur.
— S’lut ?
Sa voix était râpeuse. Saleté de Demerol.
— Dans la cuisine.
La voix de Cooper venait de l’autre côté du salon. Noah avança dans cette direction jusqu’à ce qu’il trouve Coop debout devant la cuisinière. Il portait un jean. Et rien d’autre. La trentaine réussissait bien à Cooper. Ses muscles étaient fermes et bien dessinés. Sa peau était dorée de soleil et il avait les proverbiales tablettes de chocolat. Noah adorait ça.
Il avança et se laissa tomber sur une chaise.
— Je me sens trop mal. J’ai la tête dans le cul.
Cooper se mit à rire. Il y avait toujours un truc pour le faire rire. C’était quelque chose dont Noah se souvenait : Cooper aimait rire.
— Sans blague. Je pensais que t’étais mort. Je suis monté vérifier plusieurs fois si tu respirais toujours.
Noah le regarda disposer des œufs sur deux assiettes, et venir en déposer une devant lui. C’était bizarre à quel point il se sentait à l’aise avec Cooper. Presque comme si toutes ces années ne s’étaient pas écoulées.
— Tu devrais manger. Tu es censé prendre tes cachets avec de la bouffe.
Noah sentit son estomac grogner pendant qu’il regardait la nourriture devant lui. Jusqu’à ce que Cooper lui mette cette assiette sous le nez, il n’avait pas réalisé à quel point il avait faim.
— Merci. Je peux te prendre un truc à boire ?
Il se leva.
— Qu’est-ce que tu veux ? Je vais aller te le chercher.
— Je peux me débrouiller. Dis-moi juste où c’est et je vais le faire.
Noah n’aimait pas qu’on s’occupe de lui. Il n’aimait pas trop se rapprocher des gens. Plus maintenant. Il avait brisé sa propre règle et s’était engagé dans un truc semi-sérieux avec David, et voilà où ça l’avait conduit. Enfin, ce n’était pas comme s’il risquait de se retrouver dans une relation avec Cooper, parce qu’il était à peu près sûr qu’il n’était pas gay. Mais que ce soit avec lui ou un autre, il n’était pas prêt à abaisser ses barrières.
— Les verres sont dans le troisième placard, les boissons dans le frigo.
Cooper s’assit et commença à manger. Noah se servit un jus d’orange en essayant de ne pas grimacer à chaque mouvement. Peut-être qu’il était plus grièvement blessé qu’il ne le pensait. Il était grand temps de prendre un nouveau cachet. Enfin, si ce n’était pas du Demerol.
Il vint se rasseoir en marchant lentement, et descendit la moitié du verre en une gorgée.
— Merci, vieux. Je te suis vraiment reconnaissant de m’avoir ramené ici, et de me servir le petit déj. On se connaît plus vraiment…
— Je t’ai renversé. C’est le moins que je puisse faire. Et ta voiture est dehors. C’est une belle bête. Elle marche peut-être pas, mais elle est canon.
Noah rit et un éclair de douleur le traversa. Il se tint les côtes.
— Merde, ça fait mal. Me fais pas rire.
— Tu penses rester longtemps ? demanda Cooper avant de reprendre une bouchée.
En voilà une bonne question. Tout ce qu’il savait, c’est qu’il lui fallait un nouveau départ et que Blackcreek lui avait semblé une évidence.
— Je sais pas. Pour de bon, je crois. Comme je t’ai dit, j’ai fait mes valises et je suis parti.
Cooper hocha la tête.
— Et comme je t’ai dit hier, j’ai une chambre. Autant te la louer à toi plutôt qu’à quelqu’un d’autre. Si ça t’intéresse.
Cooper posa sa fourchette à côté de son assiette vide et se renfonça dans sa chaise. Il avait une barbe de trois jours et ses cheveux châtain clair étaient coupés court. Ses yeux bleus étaient pleins de malice, exactement comme quand ils étaient gamins. Bon sang, ils en avaient fait des conneries.
En le regardant, Noah se rendit compte d’à quel point son ami lui avait manqué. Évidemment, à l’époque, il lui avait manqué. Après ça, Noah s’était pendant longtemps isolé des autres, mais dix-sept ans avaient passé. Il n’aurait pas cru que revoir Cooper serait si important pour lui, mais étant donné qu’il avait été son seul véritable ami, c’était compréhensible.
Et louer la chambre, ce n’était pas con, ça lui coûterait beaucoup moins cher qu’un appartement. Encore une fois, il avait du fric, mais il voulait aussi démarrer son affaire.
Il y avait juste un problème. Il ne savait pas comment Coop prendrait le fait qu’il soit gay. Ce n’était pas un problème pour lui. Ils ne seraient que des colocs, mais ça ne voulait pas dire que Coop serait à l’aise avec ça.
— Ça ne te dérange pas que je sois gay ?
Cooper était en train de boire quand Noah posa la question. Il s’étouffa avec son jus et se mit à tousser comme un fou.
Bon, Noah avait sa réponse.
— Ça va ? demanda-t-il.
Cooper était toujours en train de tousser, mais il hocha la tête et but de nouveau pour se calmer.
...

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