Défaillir
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Description


Warriors, une saison pour vaincre ... et trouver l'amour ?


Lorsqu’il quitte Bordeaux pour revenir à Toulouse, Aurélian s’attend à devoir tout recommencer. Qui dit nouvelle université dit nouvelle équipe de basket-ball à intégrer, nouveaux coéquipiers, et surtout, nouvelle saison à mener pour espérer remporter le championnat. Pourtant, il est surpris de retrouver chez les Warriors un visage bien connu de son enfance : Léonard Legrand. Lequel aurait pu faciliter son intégration si seulement les années ne l’avaient pas transformé.


Preuve en est que Léo n’hésite pas à considérer Aurélian comme un rival plutôt que comme un véritable coéquipier. Entre eux, l’animosité est immédiate et la tension monte, d’autant qu’Aurélian est convaincu que la haine que lui voue Léo cache quelque chose de plus profond. Mais quoi ? Il semblerait que de terribles démons habitent le talentueux et taciturne capitaine des Warriors.


Aurélian compte bien mettre tout en œuvre pour répondre à cette question. Mais le temps presse, car si rien ne change, c’est toute l’équipe qui risque d’être mise à mal, tout comme leur rêve de victoire.



#Romance MM #Romance contemporaine #Université #Basket ball #Rivalité #Championnat

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Informations

Publié par
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EAN13 9782493747006
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Andy Whou
Warriors
Une saison pour vaincre
TOME 1 : DÉFAILLIR
Éditions Haro
 
 
N° ISBN Papier : 978-2-49374-701-3
N°ISBN Numérique : 978-2-49374-700-6
© Milo est une marque des Éditions Haro
© Éditions Haro 2022, tous droits réservés.
© Haro & Adobe Stock, pour la présente couverture.
Suivi éditorial et correction : Jennifer Verbeurgt
Dépôt légal : Janvier 2022
Date de parution : Janvier 2022
Éditions Haro :
200 route de Bordeaux, 40 190 Villeneuve de Marsan
Site Internet : www.editionsharo.fr
 
Art L122-4 du CPI : Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l'auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite. Il en est de même pour la traduction, l'adaptation ou la transformation, l'arrangement ou la reproduction par un art ou un procédé quelconque.
 
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Art L335-3 du CPI : Est également un délit de contrefaçon toute reproduction, représentation ou diffusion, par quelque moyen que ce soit, d'une œuvre de l'esprit en violation des droits de l'auteur, tels qu'ils sont définis et réglementés par la loi. Est également un délit de contrefaçon la violation de l'un des droits de l'auteur d'un logiciel définis à l'article L. 122-6.
 
 
 
 
All my life, I'll be fighting for myself.
Prologue
Culpabilité (n.f.) : sentiment de faute ressenti par un sujet, que celle-ci soit réelle ou imaginaire.
C.Q.F.D.
Chapitre 1
LÉO
C’est toujours la même chose. Chaque année, la même rengaine.
Je m’arrêtai à l’entrée de l’immense gymnase.
— Legrand ! Ramène tes fesses sur ce terrain avant que je ne m’énerve ! Tu n’es même pas foutu de commencer l’entraînement à la bonne date et tu te fais le plaisir d’arriver en retard ?
Je levai le regard sur mon entraîneur. Il était furieux, comme d’habitude. Je me mordis l’intérieur de la lèvre.
— Désolé, coach, j’ai croisé une vieille dame sur le che…
— Je ne veux rien entendre ! s’époumona-t-il. Dix tours de terrain et cinquante pompes ! De suite !
Inutile d’insister. Il ne m’écouterait pas.
Les baskets de mes collègues crissaient sur le parquet et les ballons en cuir claquaient au sol. Je souris. C’était bel et bien la rentrée. Ce sentiment d’exultation, il était indescriptible. Tous mes membres tremblaient d’anticipation. L’envie de me surpasser pour rafler la victoire me traversant déjà. Je voulais luxer le cuir du ballon et sauter pour dunker. Ceux qui n’avaient jamais joué au basket de leur vie ne pouvaient pas comprendre.
La seule putain de chose qui me fait vibrer.
Je regardai les maillots flambant neufs des membres des Warriors, leur nom brodé au dos en rouge. Faire partie de l’équipe toulousaine de l’université Jean Jaurès au niveau « excellence » n’était pas donné à tout le monde et chacun de nous le savait très bien. La coupe du Championnat régional universitaire était remise en jeu pour une nouvelle saison et, clairement, pour ma dernière année d’étude en master, il n’était plus question que l’on se contente d’être second. Non, cette année, nous allions gagner.
— En retard…
Je me tournai vers mon coéquipier, sans cesser de chercher mes baskets dans mon sac. Il vint s’asseoir à côté de moi, sur le banc au bord du terrain.
— Si ça continue, tu vas finir par perdre les faveurs du coach, ajouta-t-il.
Je le toisai, l’air blasé. Il haussa deux fois les sourcils, joueur, et je lui répondis d’un sourire en biais.
— Est-ce que j’ai l’air d’en avoir quelque chose à faire des faveurs du coach ?
Rémi rigola et je secouai la tête avec dépit tout en enfilant mes chaussures. Il attrapa une bouteille d’eau et se désaltéra tandis que je commençais mes pompes sans rien ajouter. J’étais habitué à ce genre de besogne infligée par le coach Bisot, car trop souvent en retard. Je le reconnaissais volontiers. L’entraîneur fit retentir son sifflet strident et je finis mes exercices en attendant que tout le monde s’approche.
— Rassemblez-vous ! exigea-t-il avec autorité. Bon, l’équipe est au complet. Cette année, la compétition va être rude. Si l’on veut remporter le championnat régional, il va falloir se donner à deux cents pour cent. Nous mettrons en place la stratégie d’équipe vendredi, alors, dorénavant, je ne veux plus d’absence ni de retard.
Je fis semblant de ne pas sentir ses yeux me fusiller ; j’avais raté le premier rendez-vous de la saison, vendredi dernier.
— Je peux vous assurer que si vous ne venez pas aux entraînements, vous ne serez pas titulaires pour les matchs. Ici, tout le monde joue si tout le monde vient. J’espère que c’est clair !
Je retins un ricanement. Bisot nous sortait cette légende tous les ans, mais, en réalité, il ne l’appliquait jamais. Non, le credo, c’était plutôt « t’es bon, tu joues titulaire » et il avait beau essayer de nous dire le contraire, c’étaient des conneries.
— Les nouveaux, voici Léo Legrand. Votre capitaine.
Il m’infligea une grosse claque dans le dos tandis que je fixais le sol.
— Sa nonchalance n’a d’égale que son talent. Vous le détesterez sûrement au début, mais vous verrez, après, on s’habitue.
Mes coéquipiers ricanèrent et Rémi se chargea de parler à ma place. Pour changer.
— Léo est capitaine et meneur des Warriors depuis quatre ans maintenant. Il est le premier joueur à avoir été nommé capitaine dès sa première année.
Je relevai la tête. Rémi me pointait du doigt, un air fier sur le visage. Honnêtement, je me foutais que l’on m’apprécie, mais Rémi était loyal, et en quatre ans de jeu – nous avions fait nos débuts ensemble – il avait su dépasser mon manque d’enthousiasme et mon impassibilité. Il ne s’était concentré que sur notre passion commune : le basket. Tous deux, nous étions piqués dans la veine.
— Ravi de voir que tu t’es trouvé une petite amie, Legrand, railla l’entraîneur.
— Coach Bisot, vous savez bien que je les aime blonds.
Une nouvelle salve de rires fusa.
Je ne suis qu’un idiot.
— J’en ai assez entendu. File faire tes tours de terrains ! Les autres, on part sur du physique. Je vous préviens, vous n’allez pas toucher beaucoup de ballons aujourd’hui, cria-t-il.
Les Warriors râlèrent et je m’éloignai d’eux pour courir. Même si, l’année dernière, nous avions effectué une belle performance au championnat, nous avions encore beaucoup de travail devant nous. Notre équipe était composée de joueurs à la fois larges et grands, et nous étions très doués en défense. Rémi était un mastodonte à lui tout seul – deux mètres deux – et il était souvent vain d’essayer de contourner son immense carrure dans la raquette. Pour ma part, je n’avais pas à rougir de ma taille – un mètre quatre-vingt-onze. J’étais bien moins épais que lui, mais peu importait, moi, mon truc, c’était plutôt l’attaque.
Nous comprîmes vite ce que voulait dire le coach lorsqu’il nous promit de nous en faire baver. La barre était haute et nous devions avoir le niveau nécessaire pour jouer le championnat cette saison. Je serrai les dents durant tout l’entraînement et quand Bisot nous libéra, je repartis vers le banc sans attendre.
— Content de retrouver ta tête d’encatané, Legrand, annonça Billel. Prêt pour une nouvelle année à supporter Bisot ? ricana-t-il en me tendant son poing.
— Ouais, soupirai-je en tapant contre le sien. Ça va être l’enfer.
— S’il pouvait et qu’on n’avait pas match, il nous ferait courir le week-end entier, ajouta Elliott avec un sourire shooté à l’endorphine.
Nous entendîmes un grognement derrière nous et je ne fus même pas surpris de voir mon entraîneur froncer les sourcils sous sa casquette. Les deux compères disparurent dans le couloir sans demander leur reste et je récupérai mes affaires étalées çà et là. J’essuyai la sueur sur mon front avec ma serviette. La nostalgie s’empara de moi alors que toute l’équipe partait se doucher. Je balayai l’immense salle du regard quelques instants. J’avais passé tant de soirées et de week-end en ces lieux. Le soleil plongeait dans les grandes baies vitrées sur le haut du gymnase et illuminait les vieux paniers de basket. Cette clarté qui se reflétait sur le parquet usé m’avait toujours apaisé. Ici, je me sentais chez moi.
Mon regard accrocha celui d’une des joueuses féminines, Anastasia, de l’autre côté de la salle. Elle m’offrit un petit sourire en coin et je lui répondis d’un geste de la main.
— Tu commences déjà à draguer, Legrand ?
Je laissai un bruit agacé échapper de ma bouche. Rémi s’était approché sans que je le voie. J’attrapai mon sac de sport pour le jeter sur mon épaule.
— Pff… Commence pas avec ça, grondai-je en me dirigeant vers les vestiaires.
En entrant, l’odeur de l’humidité et de la sueur m’assaillit, et je soupirai une nouvelle fois. C’était incontestable, la rentrée était là. Je m’installai au fond de la pièce et agrippai l’arrière de mon haut de maillot trempé pour m’en débarrasser. Certains des Warriors étaient déjà dans la douche collective. Distrait, je récupérai mon téléphone pour vérifier mes notifications.
— Ça vous tente un foot en salle, samedi ? demanda Luke, sur ma droite, déjà en serviette.
— Celui qui me fera jouer au foot n’est pas né, c’est moi qui te le dis, déclara Billel.
— Je viens, confirma Elliott avec enthousiasme. J’ai fait du foot quand j’étais gosse.
— Sport de tapettes, ça, annonça Mickael en rigolant.
Je me tournai vers lui, un sourcil relevé.
— En vrai, je voulais demander à Anastasia de boire un verre avec moi samedi, continua-t-il sans transition. Elle est trop fraîche, c’te meuf.
Je me reconcentrai sur mon téléphone et répondis à un SMS de mon oncle. Tout le monde y alla de sa petite remarque sur les féminines et je retins un soupir blasé. La buée due à l’eau brûlante des douches nous enrobait et les gars transitaient des bancs aux lavabos pour finir de se préparer. C’était un vrai bordel, comme toujours.
— On va boire une bière au parc. T’es chaud ? me demanda Rémi.
— Ouais, OK.
Je tirai mes cheveux trempés de sueur vers l’arrière. J’étais un des derniers à ne pas être encore douché.
— J’ai proposé aux nouveaux, précisa Rémi. T’aurais pu le faire, d’ailleurs. C’est toi le capitaine, mec.
— Mais si je l’avais fait, je t’aurais évité ce plaisir. J’ai toujours dit à Bisot que je n’ai rien d’un capitaine. C’est plutôt ton truc, ça.
Rémi haussa les épaules, puis s’avança vers son sac.
— Tu es un très bon capitaine, Léo.
Je m’engouffrai sous le jet d’eau sans répondre et pris le temps de détendre mes muscles malmenés. Les autres étaient habitués à m’attendre, donc ils ne bougeraient pas sans moi pour le parc. On était mi-septembre et la nuit ne se coucherait pas avant une bonne paire d’heures. J’avais le temps. Une fois lavé, j’enfilai un bermuda beige et un débardeur blanc, peignai de mes doigts mes cheveux décolorés et enfonçai ma casquette fétiche sur ma tête. Mon piercing au labret fut replacé dans un mordillement nerveux et, fin prêt, je jetai mon sac sur mon dos.
— Toujours le premier pour marquer, Legrand, mais toujours le dernier à sortir, hein ? me provoqua Mickael lorsque je les retrouvai.
Je présentai mon majeur à l’effronté.
— Aaah ! C’est bon, on est de retour ! Entraînement le mercredi et le vendredi, les potes, le basket, les nanas et les bières dans le parc. Mais que demande le peuple ? s’exclama Luke, les bras ouverts.
— Que tu la fermes, peut-être ? répondit Billel.
Les Warriors rigolèrent et je souris à la vue de la tête dépitée de Luke.
— Bon, on y va ? On ne va pas rester plantés là toute la nuit à se marrer comme des cons, rétorqua ce dernier, vexé.
— Allons-y, soupira Rémi.
Le groupe se mit en marche et se dirigea vers les voitures. Je levai le nez vers le ciel où un avion passait. J’avais toujours cette drôle d’impression que, de là-haut, nous devions être insignifiants ; de simples et minuscules points, presque invisibles.
— Tu viens, mon pote ? demanda Rémi, remarquant que je n’avais pas bougé d’un iota.
Je me reconcentrai sur lui.
— Ouais. J’arrive.
Il fit demi-tour et entoura mes épaules de son bras pour m’attirer à lui.
— Allons-y avant qu’ils ne prennent toutes les bières. J’ai trop hâte de voir les nouvelles recrues chez les féminines. Elles auraient bien besoin d’une offensive plus puissante dans leur composition d’attaque. Tu vois ce que je veux dire ? Je me demande combien de nouvelles elles ont. Quand tu vois que nous, ils sont déjà deux dans…
Je n’écoutais plus vraiment ce qu’il disait. La seule chose que j’avais en tête, c’était l’espoir qu’un jour nous atteindrions la victoire. C’était mon unique rêve. La seule raison qui faisait que mon cœur battait.
***
Le ciel toulousain s’illuminait de nuances rosées et orangées sous le coucher du soleil. En face, un quart de lune s’offrait à nous, comme pour nous narguer. Nous étions tous assis sur l’herbe du parc de la fac, rassemblés autour d’une glacière et de plusieurs packs de bières. Les féminines nous avaient rejoints, quelques trucs à grignoter dans les bras, et les conversations battaient leur plein. Je fixai Rémi, les yeux plissés. Il sirotait sa bière et se fendait de temps en temps d’une remarque à mon attention concernant le championnat. Se faisant, il n’arrêtait pas de dévier son attention vers une des joueuses de l’équipe féminine. Une brune aux cheveux courts qui s’appelait Marie et se trouvait être la sœur cadette de Luke.
— Dis, Rémi ? demandai-je soudain.
Les autres rigolaient d’une blague d’Elliott et il se tourna vers moi.
— Ouais.
— C’est quoi le délire avec Marie ?
— Q-Quoi ? Pourquoi ? s’étouffa-t-il presque.
— Tu n’arrêtes pas de la regarder.
Si je ne le connaissais pas si bien, j’aurais dit qu’il avait blêmi un peu.
— Ouais… Je sais, soupira-t-il en se passant la main sur le visage, dépité. Je suis pas discret. J’ai peur qu’un jour, elle le remarque.
— Pourquoi tu lui demandes pas simplement de sortir avec toi ? proposai-je.
— Je n’oserai jamais faire ça. Et puis Luke va péter un plomb.
Je ricanai. Qu’est-ce qu’on en avait à foutre de ce que pensait Luke ?
— Marie ! m’exclamai-je sans plus regarder Rémi.
La concernée interrompit sa conversation, puis nous sourit.
— Mec ! Mais qu’est-ce que tu fous ? paniqua Rémi entre ses dents en la voyant s’approcher.
— Salut, les gars.
— Salut. Dis-moi, ça fait combien de temps que tu joues au basket ?
— Depuis le collège, répondit-elle en inclinant la tête, mais je suis arrivée l’année dernière dans l’équipe des féminines.
Elle conclut sa phrase avec un petit sourire et replaça une mèche de cheveux derrière son oreille. Je regardai Rémi, qui avait les yeux au sol et arborait un teint rouge pivoine. Ça faisait deux ans qu’il craquait pour elle ? Aberrant.
— T’as un mec ?
— Comment ça, j’ai un mec ? s’étonna-t-elle en perdant un peu de son éclat.
— Ouais, t’es célibataire ou pas ? insistai-je. Car tu es une jolie fille et je peux t’assurer que j’en connais un…
— Oh, Léo, non, bégaya-t-elle. Je ne suis pas célibataire, je vois quelqu’un, dit-elle avec difficulté tout en se tordant les mains. Enfin, quelqu’une, même…
J’écarquillai les yeux. Oh merde !
— OK, me repris-je pour ne pas la mettre plus mal à l’aise. Message reçu cinq sur cinq. Sans rancune alors.
— Si vous pouviez éviter d’en parler à Luke, ça m’arrangerait. Je n’en ai pas encore discuté avec lui et il est très protecteur avec moi. Je vais lui dire, mais je ne voudrais pas qu’il l’apprenne par quelqu’un d’autre.
Je confirmai d’un hochement de tête.
— Bon… ben à plus alors, les gars.
Elle s’éloigna, puis s’arrêta près d’une de ses coéquipières, grande, aux cheveux longs et à la frange droite. Leurs deux mains s’effleurèrent et elles échangèrent un regard sans équivoque. Il ne fallut pas plus longtemps à Rémi pour m’asséner un coup de poing sur l’épaule.
— Faut toujours que tu sois putain de trop direct ! s’énerva-t-il.
OK, celle-là, je l’ai pas volée.
— Tu mériterais que je te mette une raclée devant tout le monde. Un peu plus et tu me vendais sans hésiter.
— Eh, mais attends, j’ai jamais dit que c’était toi qui…
— Parce qu’elle t’a coupé en plein élan, Ducon !
Rémi se recroquevilla un peu et perdit toute contenance. Je comprenais bien sa déception. Si ça faisait plusieurs années qu’il cherchait l’attention de Marie, il devait être difficile d’apprendre que celle-ci ne risquait pas de s’intéresser à lui.
— Au moins, t’es fixé, dis-je en lui serrant l’épaule.
— Je suppose, déclara-t-il, le regard perdu devant lui.
Il but une gorgée de sa bière et je m’en voulus de l’avoir contrarié. Si j’avais fermé ma bouche, on n’en serait pas là.
— Mec, écoute… tentai-je de nouveau.
— Pour toi, ce n’est jamais compliqué ce genre de chose. Elles te tombent toutes dans les bras, tu peux pas comprendre.
Je haussai les épaules. Je n’avais jamais eu de problème à trouver des partenaires, c’était vrai. J’avais de la répartie, une attitude qui plaisait aux filles. Mon joli minois aidait, je le savais. Mais Rémi était tout aussi séduisant. Il souffrait surtout d’un grand manque de confiance en lui.
— Rémi, on s’en fout, sérieux. Te prends pas le chou avec ça.
— T’as déjà ressenti ça, toi ? demanda-t-il en se reconcentrant sur moi. Rencontrer une personne, puis se rendre compte un jour que tu ne peux plus vivre sans elle ?
Mon regard glissa sur la pelouse.
Non. Jamais.
Cet amour que tout le monde s’efforçait de trouver, je n’en voulais pas, le cherchais encore moins.
Mickael et Luke s’approchèrent et s’assirent à côté de nous.
— Perrier, tu leur as dit de venir, aux nouveaux ? questionna Luke, s’appuyant sur ses bras derrière lui.
— Oui. Y en a qu’un qui est venu. Pourquoi ?
— Si t’as proposé, pourquoi l’autre n’est pas venu ?
— Je sais pas. Il a dit qu’il avait un truc à faire.
— Vous l’avez vu jouer tout à l’heure ? nous interrogea Mickael d’un ton pas convaincu. Je ne l’ai pas trouvé très décisif.
— Non, j’ai pas remarqué, répondit Rémi. Et puis on a fait presque que du physique.
— Il paraît qu’il arrive de Bordeaux. Un transfert, ajouta Mickael.
— Eh ! Ça ne sera jamais pire que ce type-là, t’sais, qui était venu deux fois à l’entraînement l’année dernière, releva Luke avec sarcasme. Vous vous rappelez ses lunettes ridicules ? C’était minable. Je me souviens, il courait comme une fille.
Mickael se marra à son tour et je bus une gorgée de bière. Rémi les coupa dans leur rigolade :
— Peu importe le niveau des nouveaux. Faut qu’on soit les meilleurs si on veut gagner, trancha-t-il avec sérieux.
J’étais d’accord avec lui. Cette année, nous voulions empocher la victoire au championnat et ce n’était pas avec un niveau acceptable que nous réussirions. Il fallait être au-dessus de la moyenne, être imbattable. Et pour atteindre notre objectif, mes coéquipiers et moi n’avions pas peur de nous battre pour. Nous ne lâcherions rien. Nous relèverions le défi.
Car je le savais, je le sentais en moi. Nous étions capables.
Nous sommes les Warriors.
Chapitre 2
LÉO
Je n’étais pas quelqu’un de bien.
Je m’attelais à me le rappeler chaque jour que ce monde créait. Surtout le 22 septembre. Pourquoi ? D’un, parce que j’étais seul et n’avais personne à qui plaire. De deux, car j’étais le genre capable de boire jusqu’à l’inconscience dans un cimetière sans en avoir quelque chose à foutre que ça offense quelqu’un. Mon comportement n’était pas acceptable, je le savais très bien, mais, en réalité, il n’y avait jamais eu âme qui vive pour venir me le reprocher. Alors qu’y avait-il de plus à dire ?
Triste.
C’était comme ça quand on était orphelin. Pas le temps de s’apitoyer sur soi-même. À partir du moment où l’on dépassait ce postulat, on arrêtait d’espérer être sauvé. Il suffisait de faire taire la douleur. Et pour cela, quoi de mieux qu’une bouteille de vodka ?
Il ne faut pas rester là.
On m’attendait.
La blague.
Je devais me rendre au QG, le bar étudiant de notre université. Rémi m’avait menacé de venir me chercher lui-même si je ne rejoignais pas l’équipe et, franchement, personne ne voulait voir ça. Il pleuvait des cordes. La capuche de mon gros sweat noir ne me protégeait plus.
Pas surprenant. De la pluie pour une journée de merde.
J’avais tous mes circuits sous la flotte et plus rien dans le cœur. Que dalle. Ce jour était gravé à jamais dans mon corps et mon esprit. Une croix marquée à l’encre rouge sur mon calendrier.
Mon jugement.
Je marchai donc vers le bar, sachant que je pourrais m’engourdir sous l’alcool une fois arrivé. L’ironie de ma vie, c’était la manière dont j’étais entouré de monde. Mes coéquipiers, les Warriors, ils étaient tout ce que j’avais. Pour autant, je n’étais qu’un corps dans la foule. Pas vraiment là, mais physiquement présent. Il y avait eu erreur dans le script. Je ne méritais même pas d’être sur cette terre.
Lorsque j’entrai dans le bar, déphasé, je me dirigeai vers notre table habituelle, au fond. Je ne pipai mot. J’avais l’alcool silencieux et mes collègues, eux, étaient euphoriques. Nous ne buvions pas pour les mêmes raisons. J’étais là pour sauver les apparences. Simplement pour faire bonne figure. Et eux, ils se détendaient et s’amusaient. Rien ne changeait jamais, par ici. Rémi me fliquait de regards en biais et je m’appliquais à l’ignorer.
Qu’est-ce que je fous là, putain ?
— Léo ? Léo Legrand ? C’est bien toi, le capitaine des Warriors ?
Je relevai le regard vers la personne qui me parlait. J’eus du mal à faire la focalisation.
— Ce qui se dit sur toi est vrai. Tu n’es pas très attentif à ce qui t’entoure.
Je clignai des yeux, saoul et très peu intéressé par ce que prononçait l’inconnue en face de moi. Son parfum m’agressait le cerveau.
— Si c’est ce qui se dit, alors… répondis-je d’un ton acide.
Elle s’avança vers moi, au-dessus de la table.
— En tout cas, la rumeur n’avait pas menti non plus sur ton physique, ajouta-t-elle avec un clin d’œil appuyé.
Je levai le menton et la jaugeai quelques secondes. J’étais connu pour aimer jouer et j’appréciais définitivement la chaleur humaine. Je m’humidifiai les lèvres…
Pas ce soir. Non, pas le 22 septembre.
Je me levai et elle me contempla sans se défaire de son air de connivence. Elle esquissa un sourire amusé et ne le perdit pas lorsque je déclarai :
— Je dois y aller.
Je contournai la table, prêt à quitter les lieux. Elle me rattrapa par le poignet, pas prête à baisser les armes.
— Ma meilleure amie est dans l’équipe des féminines, alors, si jamais tu changes d’avis, appelle-moi.
Je fis tomber mon regard sur mon avant-bras que ses doigts fins étaient en train de libérer.
Celle-là a le mérite d’être claire.
Je ne répondis pas et me retournai pour sortir. Je trébuchai sur mes propres pieds en chemin. J’étais défait et je ne voulais pas que mes coéquipiers en soient témoins plus longtemps. La tête baissée, j’ouvris la porte du bar avec trop d’agressivité et bousculait quelqu’un sur mon passage.
— Bouge de mon chemin ! aboyai-je lorsque nos épaules se rencontrèrent.
— Désolé, mec, je ne t’…
Je le poussai avec violence et il accusa deux pas vers l’arrière. Je relevai la tête, la vision trouble, puis plongeai dans deux billes noires, brillantes de contrariété. Je fronçai les sourcils. La porte se referma derrière moi et je ne restai pas une seconde de plus ici.
— Apparemment, avoir des manières ne concerne pas tout le monde, par ici ? N’est-ce pas, Léonard  ?
Je tiquai, puis me retournai.
— Qu’est-ce que tu me veux ? grondai-je en levant le menton.
— Faut croire que t’es devenu si con que tu reconnais même plus tes camarades d’école.
Mon front se plissa et je le lorgnai d’un air mauvais.
C’est quoi son problème, à lui ?
— Aurélian Faure, ajouta-t-il avec un ton interrogateur.
Je restai impassible. Bien sûr que je savais qui il était. Mais ça me faisait quoi ? Rien. Il avait changé, était devenu grand et large. En revanche, il avait toujours son teint hâlé et ses cheveux bruns, ce qui me rappela à mes années collège. Mon ventre se noua.
Personne ne veut se rappeler cette époque.
Je l’avais reconnu lors de notre entraînement mercredi, mais n’avais pas pris la peine de faire les présentations. On n’était pas potes. Qu’est-ce qu’il me voulait ? Pourquoi me provoquait-il ? Ça ne changeait rien qu’il connaisse mon prénom. Et puis cette lueur dans ses yeux ténébreux… Un bruit dédaigneux s’échappa d’entre mes dents, puis je repris ma route.
Sans le voir, je trébuchai sur le trottoir. Je m’apprêtais à manger le sol, trop saoul pour rétablir mon équilibre, mais on me rattrapa par le bras avec une facilité et une agilité surprenantes. Je me redressai avec difficulté, ma tête tournant un peu trop, et me dégageai de sa prise avec virulence.
— Tu as de la force, pour un surdoué, m’agaçai-je, un frisson me traversant le dos.
J’accompagnai mes paroles d’un regard noir. Il leva les yeux au ciel.
— Sérieux ? déclara-t-il, excédé. C’est tout ce que t’as à me dire ?
Il exhala par le nez, puis secoua la tête.
— C’est bon, t’es complètement rôti et je suis sûr que t’es ce genre de mec ivre qui serait capable de t’attirer des problèmes. Du coup… je te raccompagne.
— J’ai pas besoin de baby-sitter. Bouge !
— Mec, je te propose juste de te raccompagner, je te demande pas de me confier tes états d’âme.
Mon sang ne fit qu’un tour et je l’attrapai par le pull pour le plaquer contre le mur. Le bruit de son corps heurtant la brique me conféra une grande satisfaction et je barrai son torse de mon bras.
— Tu crois que ta tête de surdoué va supporter mon poing dans ta gueule ou c’est comment ? sifflai-je entre mes dents, les yeux dans les yeux.
Il ne se démonta pas. Ses iris cherchaient quelque chose dans les miens et cela m’irrita encore plus. Ça me démangeait de lui en coller une.
— Les mecs comme toi, j’en ai rencontré plus d’un, t’inquiète pas, déclara-t-il sans ciller. Tu veux te battre ? Allons-y. Je ne serai pas en reste. Je te promets même une belle bagarre. Mais, franchement, ce n’est pas la meilleure manière de commencer l’année pour l’équipe.
Je grondai et raffermis ma prise sur lui.
— Au fond, t’as juste à te calmer et à me laisser te raccompagner. Rien à perdre là-dedans. Et vu ta tête, il est pas difficile de comprendre que t’as passé une de ces journées à se laisser rouler dessus par un train. Alors ? On se bat ou tu vas te pieuter ?
Son regard dur et sûr de lui s’infiltra en moi. Ses paroles aussi.
Soudain, j’eus envie de rigoler.
Ce type ne sait rien.
Son pauvre air de super-héros était risible.
Et tout d’un coup, c’était passé. Effacé. Ma colère s’était évaporée. En réalité, je n’avais pas plus de temps à perdre. Je le relâchai donc, me reculai de plusieurs pas et enfonçai mes mains dans mes poches. Sans un mot de plus, je rentrai chez moi.
— Enfin une réaction sensée, fit-il remarquer en me rattrapant et en se collant à mon flanc.
— Fais ce que tu veux…
Il n’y avait plus qu’à espérer que demain serait un jour meilleur, mais c’était bien connu, à trop espérer, on en mourrait d’illusions. Le type à ma droite avait l’air de s’y connaître en fantasmagorie.
***
Une larme. Elle brille sur sa peau. Ses yeux sont injectés de sang. Je ne peux pas bouger. Il n’y a rien à faire. Je suis pétrifié. Je veux agir, faire quelque chose, mais demeure figé. Personne ne me voit. Personne n’écoute. Le silence me déchire les tympans pendant que je m’écorche les cordes vocales pour appeler au secours. Je veux crier, mais je n’y arrive pas. Du sang se déverse sur ma poitrine. J’ai chaud, je veux fuir. Mais je reste immobile, fixant ce regard désormais vide de vie. Je veux arrêter l’hémorragie, mais je ne peux pas, incapable de mouvoir ne serait-ce qu’un doigt. L’injustice de la haine se manifeste devant moi. Mon jugement dernier. Il est plus grand et plus fort tandis que mon impuissance brille. Son poing s’élève et me heurte violemment en plein visage.
Je me redressai, mes doigts agrippant les draps. Mon souffle erratique me faisait mal à la poitrine et je sentais que j’avais essayé de crier dans mon sommeil, sans succès. Un hoquet étranglé s’échappa de ma bouche. La terreur me glaçait le sang.
C’est fini. Ce n’était qu’un cauchemar.
La douleur qui s’empara de mon front me donna l’impression que j’allais tomber dans les pommes. Je posai une main tremblante dans mon cou, sur le renflement boursouflé. Je touchai ma cicatrice et me forçai à respirer avec régularité. J’avais toujours peur que cette blessure ne s’ouvre de nouveau. J’attrapai la bouteille d’eau sur ma table de nuit pour y boire à grandes goulées.
Calme-toi.
Le goût de l’alcool sur mon palais m’écœura et j’eus envie de vomir. J’essayai de me lever et dus m’y reprendre à plusieurs fois avant de réussir, maudissant les traces d’ivresse dans mon crâne. Je me sentais mal. J’étais éreinté. Je flairai l’habituelle haine de moi-même revenir à grande vitesse. C’était l’affliction de l’alcool. Pendant quelques instants, on s’oubliait, mais ce n’était jamais sans conséquence.
Conséquence. Je déteste ce mot.
Je titubai jusqu’à la salle de bains. Je me déshabillai et mon reflet dans le miroir fut une cuisante déception. J’avais les yeux rouges, des cernes violets et mes cheveux décolorés étaient gras. Je baissai le regard sur mon torse, que le sport avait dessiné au fur et à mesure des années. Avais-je maigri ? Probable. Je ne me pesais plus. Je me faufilai sous la douche et me lavais de toute cette morosité lorsque des coups à la porte me dérangèrent.
— Léo ! Je pars apporter le journal à la voisine. OK ?
J’arrêtai l’eau, enfilai une serviette autour de ma taille, puis ouvris la porte.
— Je t’ai déjà dit de ne pas entrer dans ma chambre, Max, grognai-je.
Mon oncle avait la mauvaise habitude de s’introduire dans ma chambre sans permission et ça avait le don de me gonfler.
— Léo, soupira-t-il. Tu as vingt-deux ans, soit, mais tant que tu vivras sous mon toit, il faudra que tu te plies aux règles de cette maison.
Je fermai les yeux et me pinçai l’arête du nez. Mon crâne me faisait un mal de chien.
— Un jour, à refuser de respecter l’intimité des autres, tu seras puni. Tu tomberas sur quelque chose que tu ne veux vraiment pas voir, crois-moi. Après, tu n’oseras plus me regarder en face.
J’attrapai ma brosse à dents et le dentifrice avec trop d’élan.
— Arrête de te foutre de moi deux secondes. Tu crois que je n’ai jamais vu de choses gênantes, Léo ? On sort quand même de dix bonnes années de rébellion couplées à une crise d’ado bien corsée. Après t’avoir eu comme neveu, plus rien ne pourra m’étonner dans ce monde.
Je le fusillai du regard à travers le miroir sans répondre. Ce qui était fait était fait. Rien ne changerait le passé. J’étais bien placé pour le savoir.
— Je te laisse t’occuper du repas de midi. J’ai encore pas mal de choses à faire aujourd’hui, continua Max.
Je recrachai le dentifrice dans le lavabo.
— Quelle heure est-il ?
— Midi passé.
— Je dois être en ville dans une heure, rétorquai-je d’un ton glacial.
— Grand bien te fasse, mon garçon. Quand je rentre, le repas est prêt, déclara-t-il avec sévérité en me pointant du doigt.
Il sortit de la pièce et je soufflai. Je n’attendais pas de Max qu’il me comprenne, mais j’apprécierais qu’il arrête de me les briser. Je finis de me rincer la bouche et me regardai de nouveau dans le miroir. Je fis tourner ma chevalière autour de mon annulaire.
Qui était ce type dans le reflet ? Je n’en savais rien. Je vivais au jour le jour, heure par heure. Je n’avais aucune idée de ce que je voulais devenir. La seule chose dont j’étais sûr, c’est que le sport me permettait de respirer, de sortir la tête de l’eau. C’était la raison pour laquelle je me levais le matin. L’université ne m’intéressait que parce qu’elle était mon seul moyen de jouer à haut niveau au basket-ball.
Je m’affalai sur mon matelas en sortant de la salle de bains. Je repensai à ma nuit horrible. Mes cauchemars ne s’arrêteraient jamais. Il me hanterait toute ma vie. Je le savais. Chaque respiration serait une agonie lente et méritée. Il n’y avait rien d’autre à faire, juste à endurer la douleur.
Une idée morbide me traversa soudain l’esprit et je me m’allongeai sur le ventre pour tâtonner sous le lit. Je cherchais un objet bien précis. Mon cœur se fendit en deux lorsque la couverture poussiéreuse du cahier fut devant mes yeux. Comment avais-je pu garder ce triste carnet tout ce temps ? Je ne savais pas. Je le cachais sous mon lit depuis longtemps. En réalité, il me faisait peur. Il était la seule et unique preuve de ma lâcheté. Je l’observai un long moment avant de réussir à l’ouvrir.
« Carnet de Léonard et Soan »
Ma gorge se serra et la honte encercla ma poitrine. Ça me coupa le souffle. Je fermai le carnet d’un coup sec et le jetai de l’autre côté de la pièce, sur mon bureau. Ce n’était pas une bonne idée de feuilleter ça. Je ne l’avais pas ouvert depuis des années, alors pourquoi aujourd’hui ? Rien n’avait changé. J’étais la même enflure, le même salaud. Il y avait des choses qu’il ne fallait pas remuer. Les relents de ma douleur devaient rester enterrés. C’était la seule solution. J’étais le coupable.
Mes mains commencèrent à trembler.
Tout est de ma faute.
Il était mort pour une raison et, toute ma vie, il me faudrait vivre avec ce fardeau. Continuer de me lever tous les jours et faire abstraction des conséquences. Pourtant, je n’avais qu’à regarder ce vieux carnet rempli de douloureux souvenirs et le déchirement renaissait. Pendant huit ans, j’avais réussi à calmer et enfouir la souffrance, alors à quoi cela servirait de se morfondre ? À rien. À quoi cela servirait de ressasser mes regrets ? À rien. Mon passé m’avait déjà bien assez retenu de vivre ma vie. Je m’étais promis de faire face seul. C’était ma peine silencieuse. Mon hurlement paralysé.
Impossible pour moi de rester dans cette chambre sans étouffer. Je me levai et m’habillai en vitesse. Mon oncle serait déçu, car je n’avais pas préparé le repas, mais une nouvelle rancune, au fond, ça changeait quoi ? Pas grand-chose.
Chapitre 3
AUREL
Aurélian Faure vient d’être ajouté à la conversation de groupe.
Luke : Vous avez vu comment Legrand a tej’ Mélissa vendredi soir ?
Elliott : Il devait vrmt pas être en canne pour pas venir...

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