Destins inattendus, 3 amies, 3 amours
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Description

L’amitié est un bien rare et précieux. Angélique, Élodie et Sarah ont eu un départ malheureux dans la vie. Orphelines ou abandonnées par leurs parents, elles se sont trouvées, se sont soutenues et ont surmonté ensemble les épreuves. Néanmoins, le destin peut être parfois cruel ou bienheureux...


Partez à Moorea, l’île-sœur de Tahiti, avec Angélique, la mère de famille qui, après une ultime trahison, décide de se donner une chance de goûter au bonheur, les pieds dans le sable et sous le soleil polynésien !


Rendez visite au père Noël en Laponie avec Élodie, la femme d’affaires qui ne croit plus aux hommes bien ! La rencontre risque d’être tout autre et l’amour peut parfois se cacher derrière une aurore boréale !


Évadez-vous en Écosse avec Sarah qui, pour échapper à un passé douloureux, se laissera séduire par ces contrées mystérieuses, à moins qu’elle ne croise le chemin d’un Highlander dont le doux regard l’hypnotisera !



Soyez charmés par ce trio d’amies que rien ni personne ne pourra briser !

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 0
EAN13 9782819107583
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

K. Aisling
 
 
Destins inattendus
 
 
Trois amies, trois amours
 
Du même auteur aux Editions Sharon Kena
Incandescente – Tome 1 – Révélation incendiaire
Incandescente – Tome 2 – La Flamme oubliée
Incandescente – Tome 3 – Embrasement éternel
 
Blackely, Gardienne de la Nuit – Tome 1 – La mort est une compagne fidèle
Blackely, Gardienne de la Nuit – Tome 2 – La mort tient toujours ses promesses
Blackely, Gardienne de la Nuit – Tome 3 – La mort a ses raisons que la raison n’a pas
 
À cran, à crocs
 
L’Encre de la vengeance
 
 
 
« Le Code de la propriété intellectuelle et artistique n’autorisant, aux termes des alinéas 2 et 3 de l’article L.122-5, d’une part, que les “ copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective ” et, d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illustration, “ toute représentation ou reproduction intégrale, ou partielle, faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite. ” » (alinéa 1er de l’article L. 122-4) « Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles 425 et suivants du Code pénal. »
 
 
© 2021 Les Editions Sharon Kena
www.skeditions.fr
Remerciements
Je ne pourrais débuter ce texte sans vous remercier, vous, lecteur, qui allez commencer cette histoire. Seulement, ce livre en comporte trois. Vous allez découvrir trois femmes, trois amies pour qui la vie n’a pas toujours été très tendre, notamment en amour. Angélique, Élodie et Sarah vous démontreront que le destin peut vous apporter de belles surprises.
 
Maintenant, j’ai une grande pensée pour ma famille et mes amis, pour leur soutien et leurs petits mots encourageants. Il est vrai que l’écriture est devenue une passion. C’est mon moment à moi pour me détendre et, si je peux permettre à d’autres de s’évader, j’en suis d’autant plus ravie. Un immense merci à Cyrielle, mon éditrice, pour sa confiance depuis cinq ans maintenant, et à Sophie pour son avis précieux.
 
Avec Destins inattendus , je m’essaie à la romance contemporaine avec des personnages féminins dotés d’aucun pouvoir surnaturel si ce n’est cette force qu’elles trouvent pour surmonter les obstacles. Prenez un billet et envolez-vous pour Moorea avec Angélique. La chaleur et la beauté de l’île sœur de Tahiti ne seront pas les seules à atteindre le cœur de la mère de famille. Puis, profitez d’une pause en Laponie dans un B&B où la neige ne sera pas l’unique obstacle à retenir Élodie, la patronne d’une agence de voyages parisienne. Enfin, faites un détour en Écosse sur l’île de Mull, et soyez témoin de la guérison du cœur et de l’esprit de la douce Sarah.
 
Je vous souhaite une belle lecture avec ces trois amies très unies.
Table des matières
Prologue
Un tournant dans ma vie
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Épilogue
La douceur d’un flocon de neige
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Épilogue
Un baiser à l’écossaise
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Épilogue
BONUS : Un mariage espéré
Prologue
La vie n’est pas tendre avec tous. Qui n’a pas eu des moments difficiles à surmonter, des instants si douloureux qu’on se croit seul sur Terre ? Pour certains, la famille fut le soutien nécessaire pour revoir la lumière de l’espoir, de l’amour ou du bonheur. Pour d’autres, il a fallu le trouver ailleurs : en soi ou auprès d’âmes brisées.
 
– Angy ! Pourquoi ne pas demander que tu puisses rester encore un peu ?
– Tu connais très bien les règles, Élo. Je suis majeure et je ne peux plus vivre ici.
– Mais où iras-tu ? demanda une brunette fine.
– Ne t’inquiète pas, Sarah. J’ai rencontré une assistante sociale très gentille qui m’a trouvé un foyer pour jeunes femmes, et même un travail. J’ai beaucoup de chance puisque l’aide sociale à l’enfance cesse de m’aider dès mes dix-huit ans ! D’ici quelques mois, j’espère pouvoir payer le loyer d’un studio tout en continuant mes études.
Assises toutes trois sur le lit, les jeunes filles joignirent leurs mains comme elles avaient l’habitude de le faire depuis plus de deux ans. Une solide amitié les avait unies à tel point que la famille qui les accueillait les avait nommées les triplettes. Pourtant, elles n’avaient rien en commun, si ce n’était un passé tragique.
La plus âgée, Angélique, était une jolie fille aux cheveux châtain foncé et aux courbes généreuses qui adorait préparer les repas de la maisonnée. Son caractère doux et charitable lui avait parfois été préjudiciable. Les gens avaient tendance à profiter d’elle et de l’amour qu’elle avait à revendre. Elle avait été abandonnée à la naissance et n’avait jamais connu de famille prête à l’adopter. Son rêve était de devenir chef cuisinière dans un joli restaurant et de fonder son propre foyer.
Ensuite venait Élodie, une superbe blonde qui ne laissait pas les hommes, jeunes et moins jeunes, insensibles à son charme. Néanmoins, elle possédait un franc-parler et une ténacité qui ne plaisaient pas à tous et qui lui avaient joué de vilains tours. La jeune femme n’avait pas connu d’enfance heureuse. Elle ignorait l’identité de son père et sa mère était une droguée, alcoolique qui l’avait délaissée dans un appartement insalubre sans nourriture pendant plusieurs jours. Elle n’avait plus eu de contact avec elle depuis et craignait qu’elle ne réapparaisse dans sa vie dès sa majorité. Elle savait que cette femme n’hésiterait pas à en profiter pour lui soutirer de l’argent dès qu’elle en aurait. Or, Élodie était ambitieuse et elle ne se contenterait pas du minimum.
Enfin, il restait la cadette, la petite Sarah. Même si elle n’avait guère qu’un an d’écart avec Angélique, elle en paraissait quatre de moins et ressemblait à une adolescente qui entrait à peine dans l’âge de la puberté. Elle était timide et discrète. Ses deux aînées l’avaient prise sous leur aile dès son arrivée et, depuis, le trio était devenu inséparable. Contrairement à ses amies, elle avait eu la chance de connaître l’amour de parents. Seulement, elle s’était retrouvée orpheline bien jeune à la suite d’un accident de voiture qui avait emporté son père et sa mère. Son arrivée dans cette famille d’accueil n’avait pas été simple. Dès son premier jour, elle s’était fait méchamment bousculer par un des autres jeunes. Ils étaient cinq à habiter avec un couple d’une cinquantaine d’années : trois filles et deux garçons. Ces derniers avaient tenté de glisser leurs mains sous la jupe de Sarah. Angélique était intervenue et avait même mis un œil au beurre noir à l’un des agresseurs. Le lendemain, les garçons avaient changé de famille.
– Et si nous profitions de cette dernière journée ensemble pour aller manger une glace ? proposa Élodie.
– À t’écouter, on dirait que c’est un adieu, fit Sarah.
– Je reviendrai vous voir quand je serais installée ! répliqua Angélique.
– Tu le promets ?
– Je le jure.

Angélique tint sa parole. Néanmoins, peu de temps après, elle annonça à ses amies avoir rencontré un homme avec lequel elle envisageait un avenir. Les mois, puis les années passèrent. Chacune suivit son destin jusqu’à ce qu’il les rappelle et les unisse à nouveau.
Un tournant dans ma vie
 
Chapitre 1
– Luka ! Estelle ! Dépêchez-vous ! Vous allez être en retard à l’école !
Mes journées commençaient toujours par une course contre la montre afin que mes enfants arrivent à l’heure en cours. Luka, mon petit bonhomme de huit ans, apparut dans l’encadrement de la porte de la salle de bain, la bouche encore sale de chocolat chaud.
– Maman, Estelle ne me laisse pas de place pour me laver le visage et me brosser les dents, râla-t-il.
Tous les matins, c’était le même rituel de chamailleries fraternelles auquel je devais rapidement mettre le holà à moins de vouloir trouver le portail clos à l’école. Aussi, je revêtis ma tenue invisible d’arbitre et sifflai la fin de la partie.
– C’est trop nul de n’avoir qu’une seule salle de bain, rouspéta mon adolescente en pleine crise. Manon a une suite, elle !
– Oui, mais nous n’avons pas les mêmes moyens que les parents de Manon, rétorquai-je. Et je ne souhaite pas que ma fille soit une enfant pourrie qui ne connaît pas la valeur des choses !
– Trop nul, grommela-t-elle à nouveau avant de s’enfermer dans sa chambre en claquant la porte.
– Tu as cinq minutes pour t’habiller, criai-je, histoire de couvrir la musique qui s’était mise à résonner entre ses murs.
Ma progéniture était la prunelle de mes yeux. Toutefois, j’avais souvent l’impression de ne pas être assez bien pour mon aînée : trop « has been » et pas assez cool. Je ne comptais plus le nombre de fois où j’entendais parler de la perfection de la mère de Manon qui laissait sa fille se maquiller et faire du shopping tous les week-ends. J’avais conscience que la puberté n’était pas une période facile, mais mon cœur de maman souffrait de la rébellion constante de celle qui resterait toujours mon bébé. Estelle avait quatorze ans et c’était une jolie adolescente qui savait charmer son entourage. Souvent, je l’observai en catimini avec les autres jeunes et j’avais été témoin de son comportement bien différent de celui qu’elle avait sous ce toit. Nous avions eu des moments difficiles avec Étienne, pourtant nous les avions surmontés. Enfin, je me complaisais à y croire… Les petits en avaient souffert bien que j’avais tout fait pour les préserver et leur offrir une vie saine.
 
Je revins à la maison avec un sac de courses afin de préparer le repas du soir. Estelle et Luka restaient à la cantine le midi et je me retrouvai seule entre ces murs froids où je ne m’étais jamais sentie chez moi. Étienne avait choisi la demi-pension sans tenir compte de mon avis, tout comme il l’avait fait dans le choix de notre habitation en aménageant dans la demeure de sa grand-mère à peine décédée, juste après notre mariage. Je n’avais pas eu mon mot à dire dans le choix de la décoration et des meubles. Tout était moderne, tape à l’œil, tout à fait dans le goût de mon mari et à l’opposé du mien. À la naissance d’Estelle, j’avais préféré travailler à temps partiel dans la restauration. J’adorais la cuisine, j’avais fait mes études dans ce milieu où j’avais trouvé ma place. Lorsque Luka vint au monde, Étienne avait envoyé ma lettre de démission sans m’en tenir informée, prétextant qu’une mère devait rester avec ses enfants ! Une sacrée contradiction avec le choix de la cantine, me diriez-vous !
Je n’avais pas l’esprit rebelle. Je n’aspirais qu’à être aimée et aimer à mon tour. J’étais une gosse de la DDASS. Après avoir vécu de foyer en foyer, j’avais rencontré Étienne, l’homme qui devait m’apporter stabilité et bonheur… À l’aube de mes trente-six ans, j’avais arrêté de me faire des illusions.
Mon plat au four, de simples lasagnes afin d’éviter les soupirs désespérés face à trop de légumes, je commençai le rangement et récupérai les affaires laissées sur les dossiers des chaises de la salle à manger et au sol dans les chambres. Je ne pus réprimer un gémissement dépité en m’introduisant dans l’antre de ma fille. Une masse multicolore cachait son lit et ce qui lui servait de bureau. Je ramassai un nombre incalculable de tee-shirts et de pantalons. La demoiselle se complaisait à se changer deux à trois fois par jour. Le domaine de Luka était heureusement moins encombré. On pouvait voir la couleur du sol, mais pas des murs. Mon cadet, fan inconditionnel de football, avait tapissé chaque centimètre carré de posters d’équipes de clubs français et internationaux. Je remarquai qu’il s’était appliqué à ranger ses Playmobil dans les caisses, même si ses bandes dessinées étaient encore en vrac au pied de son lit. Je mis une dizaine de minutes pour redonner un aspect respectable à la pièce. Luka était le seul qui faisait des efforts et m’aidait dans la maison. Souvent, il restait à mes côtés dans la cuisine en faisant ses devoirs sur la petite table en formica ou juché sur un marchepied à remuer le contenu des casseroles. Une complicité qui n’était pas du goût de son père qui me reprochait de le ramollir et de trop le couver.
Enfin, je pénétrai dans notre chambre. Sans changer ses habitudes, Étienne avait laissé au sol ses chaussettes et ses vêtements de la veille. Son peignoir était posé au bout du lit. J’ouvris la fenêtre pour aérer et mis la couette sur le rebord. Puis, je rassemblai les affaires et me dirigeai vers la buanderie, les bras chargés de linge sale. Mon portable vibra dans ma poche. Le nom d’Élodie, ma meilleure amie, apparut.
– Salut, ma belle ! s’écria-t-elle. Tu fais quoi ?
– Salut, miss. Que veux-tu que je fasse ? répliquai-je.
– Ménage, lessive, bouffe ? Brrr… J’en ai des frissons rien que d’y penser !
– C’est sûr que c’est très loin de tes habitudes, me moquai-je.
– J’ai des goûts de luxe, rétorqua-t-elle avec aplomb. Ça te dit qu’on se retrouve pour un café cet aprèm ? Enfin, si ton geôlier veut bien te laisser cette liberté…
– Élo, t’es pas sympa, la sermonnai-je.
– Avec cet idiot ? Certainement pas ! Alors ?
– Pour quelle heure ?
– 14h30 chez Titi, ça te va ?
– Super ! À toute !
Je connaissais Élodie depuis l’adolescence et c’était la seule amitié qui avait résisté aux affres du temps. Nous avions vécu dans la même famille d’accueil pendant deux ans et nous formions un trio avec Sarah, une autre jeune de la DDASS que je n’avais plus revue depuis. Elle n’avait jamais trop apprécié mon époux, mais adorait mes gosses. Sans elle, j’aurais sombré dans la dépression. Elle m’avait aidée, soutenue et permis de garder la tête hors de l’eau. Étienne ne l’aimait pas non plus. Il avait toujours détesté tous mes amis. Et ce n’était que maintenant que je m’apercevais qu’il m’avait isolée au fil des années et me maintenait dans un cercle composé uniquement de ses connaissances. Perdue dans mes pensées, je retournai les tee-shirts, mis les chaussettes à l’endroit et vidai les poches des pantalons. Ce fut alors que je sortis un mouchoir en papier avec un numéro de téléphone et une trace de baiser fait de rouge à lèvres. Je regardai en silence et avec écœurement l’objet qui me prouvait qu’une fois de plus mon époux m’avait trahie et ne me respectait pas. D’un geste mécanique, je me saisis de la chemise qu’il portait le même jour et l’observai avec attention. Je repérai deux longs cheveux châtain clair et une trace à peine visible. Elle avait été nettoyée et était de la même couleur que le rouge à lèvres sur le mouchoir. Enfin, j’amenai le tissu à mon nez et sentis le parfum de celui que j’avais épousé. Un léger arôme plus fruité m’apparut. J’avais développé mon odorat lors d’une formation en œnologie afin d’apporter un plus à mon CV. Mon professeur m’avait affirmé que j’avais un don réel. Quelle ironie qu’il me serve pour débusquer mon mari infidèle !
 
Élodie était en retard. Elle n’avait pas modifié sa routine ! J’attendais sur la terrasse du bar Chez Titi et profitais du soleil du mois de mai. Enfin, je l’aperçus. Elle marchait d’un pas rapide, juchée sur des talons hauts ; ses longs cheveux blonds se balançaient élégamment dans son dos. Mon amie était responsable d’une agence de voyages et arrivait toujours à dégotter de petits paradis pour ses clients. Après son divorce qu’elle avait vécu comme un échec virulent, elle avait consacré sa vie à son travail et avait opté pour une existence sans relation fixe ni enfants. Elle collectionnait les aventures sans lendemain et s’épanouissait ainsi. J’étais admirative de sa force de caractère. Elle n’hésitait pas à se faire plaisir tout en entretenant son corps de déesse à la salle de sport. Où était passé mon 36 ?
– Salut ! Désolée, un client m’a accaparée alors que j’étais sur le point de partir !
– Un futur amant ? demandai-je avec malice.
– Retraité de soixante-cinq ans, grommela-t-elle. Je n’ai pas encore si faim !
Je ricanai à peine, le regard à nouveau hanté par la trahison.
– Angy, ça ne va pas ? s’enquit Élodie qui me serra la main sur la table.
Elle était la seule à m’appeler par ce surnom et j’appréciais. Avec elle, je pouvais être moi-même, une Angy curieuse, qui avait ses failles et surtout ses opinions. Ailleurs, j’étais Angélique, l’épouse, la mère au foyer, la soumise qui faisait tout pour son mari, qui évitait le conflit pour préserver ses enfants et qui ne pouvait qu’être satisfaite de sa situation.
Je sortis de mon sac le mouchoir en papier et le posai sur la table.
– J’ai trouvé ça dans la poche de son pantalon, soufflai-je.
– Ce n’est pas une preuve d’infidélité, ma chérie, tenta de me rassurer mon amie. Peut-être qu’il n’a pas osé refuser de…
– On parle d’Étienne, mon mari volage qui m’a déjà trompée, l’interrompis-je.
– Ouais, pas faux !
– Il y avait des cheveux châtain clair sur sa chemise et une odeur de parfum féminin, ajoutai-je.
– S’il a recommencé, tu dois le confronter ! affirma-t-elle.
– Et après ? fis-je d’une petite voix.
– Comment ça, après ? Tu n’en as pas marre d’être cocue ! s’écria-t-elle. Bon sang ! Tu le quittes, ce connard ! Tu divorces ! Tu seras bien mieux seule avec tes minots et je suis sûre qu’eux aussi.
– Je n’ai pas de boulot, Élodie, et la maison appartient à Étienne ! Comment vais-je faire ? Jamais il ne me laissera partir avec les enfants et un juge lui donnerait raison !
– Dans ce cas, ma grande, on feuillètera les petites annonces du pôle emploi ! affirma-t-elle d’un ton décidé.
– Peut-être que je ne me fais que des idées, soupirai-je.
Mon amie ne répliqua pas, mais sa moue parla pour elle. Nous changeâmes de sujet et elle me relata des anecdotes sur son travail et sa vie privée très piquante.
– Ce mec est un dieu, Angy ! Je te jure ! lança-t-elle, tout excitée. Ce corps… Miam ! Et ses yeux !
Sa dernière conquête me fit oublier pour quelques instants mes soucis et je ris avec elle lorsqu’elle me raconta la chute du caleçon qui plomba l’ambiance chaude de sa soirée.
– Je t’avoue que là j’en rigole, mais j’ai été presque vexée sur le coup.
– Au moins, ta vie est pleine de surprises, remarquai-je. Tu ne t’ennuies jamais !
– Ouais. D’ailleurs, dans quinze jours, je serais en Polynésie française pour découvrir un nouveau concept d’hébergement écolo que je pourrais peut-être proposer à mes clients de Voyages et passions si j’arrive à avoir un contrat.
Je soupirai d’envie. Le nom de son agence m’avait toujours fait rêver. J’aimerais tant pouvoir partir en voyage. Nos dernières vacances en famille avaient été horribles. Étienne nous avait laissés au bout de deux jours prétendument pour le boulot en reprenant la voiture. Estelle n’avait pas cessé d’être désagréable, car le camping était « pourri » selon ses termes et qu’il était impossible de bouger puisque nous n’avions plus de véhicule. Heureusement, la plage était proche et Luka s’était fait des copains. J’avais même pu sympathiser avec mes voisins de bungalow et passer des soirées plaisantes. Dommage que je n’avais pas réussi à garder le contact !
– Et si tu venais avec moi ?
J’observai Élodie, pensant à une blague, néanmoins son air sérieux me fit comprendre qu’elle ne plaisantait pas.
– Les enfants…
– Oh, ne cherche pas des excuses ! s’exclama-t-elle. Ils ont un père à ce que je sache et ils sont à l’école toute la journée. Il est temps qu’il prenne ses responsabilités, celui-là ! Il se tire bien tout seul, lui ?
– Pour le boulot.
– Soi-disant ! affirma-t-elle. Écoute, tu as deux jours pour réfléchir, sinon je devrais donner la seconde place à cet idiot de Jonas !
Jonas était son commercial et si niveau travail il était excellent, côté privé, il craquait un peu pour sa patronne et la draguait souvent de façon lourde. Je lui promis d’y songer et de la tenir au courant sous peu. L’excitation m’avait rapidement gagnée lors de sa proposition. J’avais très envie de céder à la tentation. Toutefois, la pensée de Luka et Estelle me pinça le cœur. Étienne serait-il correct avec eux durant mon absence ? Ces derniers mois, il s’en prenait souvent à notre fils, avec la fausse excuse de l’endurcir. L’idée de savoir mon garçon malheureux alors que je profitais de vacances m’étreignit le cœur.
– Si tu n’es pas tranquille, pourquoi ne pas demander à ta belle-mère de les garder ? Elle est à la retraite, non ?
– Oui, depuis deux mois, répondis-je. Il faudrait que je la contacte. Étienne n’a pas accepté qu’elle refasse sa vie après le décès de son père.
– Encore un qui croit qu’une femme est une chose qui doit être attachée à vie à un type, cracha-t-elle. Ton mari est un crétin sexiste !
Élodie n’y allait pas de main morte et ça en devenait offensant. Elle s’en aperçut rapidement et cessa ses critiques. J’avais aimé cet homme à la folie et, s’il ne m’avait pas tant blessée, ce serait toujours le cas.
Mon amie me montra des photos sur son téléphone du lieu où elle irait passer deux semaines. Un paradis. Aucun autre mot ne me vint en voyant ces images idylliques de plages, d’eau turquoise et de nature verdoyante.
 
Je revins à la maison juste avant le retour des enfants. J’avais fait un gâteau au chocolat pour le goûter. Estelle le dédaigna et affirma qu’une seule part avalée équivalait à un kilo sur les hanches et qu’elle ne comptait pas me ressembler à mon âge. La colère monta et j’explosai.
– Non, mais pour qui tu te prends à m’insulter comme ça ? hurlai-je en claquant la porte de sa chambre où elle s’était réfugiée. Tu es ma fille, tu n’as que quatorze ans et j’exige que tu me respectes ! Je ne suis ni ta bonne, ni ton esclave, ni ton punching-ball ! Dorénavant, si tu souhaites que tes fringues soient propres, tu les laveras toi-même, tu les repasseras et tu les rangeras sinon tu iras à poil au collège ou avec des fripes pour te taper la honte devant tes pimbêches de copines. Si tu veux de l’argent, tu feras des tâches dans cette maison pour le mériter ! Et si les repas ne te conviennent pas, tu n’auras rien d’autre que ce qui sera servi ! J’attends que tu t’excuses !
Trop surprise par mon intervention, Estelle demeura muette une dizaine de secondes avant de répliquer.
– Je le dirai à papa et il ne te laissera pas faire, cracha-t-elle.
– Ton père n’est pas mon maître ! Je suis libre de vivre et de mener mon existence comme je l’entends. Il ne m’obligera pas à faire les choses contre ma volonté et tu apprendras à tes dépens qu’il est loin d’être parfait. J’espère juste que tu ouvriras les yeux plus vite que moi, car ma fille me manque terriblement et la personne que j’ai devant moi m’est totalement inconnue !
Je sortis de la pièce et me retins de fondre en larmes. Jamais je n’avais hurlé ainsi contre l’un de mes enfants et je me trouvai horrible à cet instant. Luka me regardait avec tendresse et peine. Je le rassurai du mieux que je pus et l’encourageai à terminer son goûter quand il me posa une question qui m’ébranla.
– Maman, vous allez divorcer avec papa ?
– Pourquoi dis-tu ça, mon chéri ? fis-je sans oser affronter ses pupilles innocentes.
– Mon copain Elias m’a raconté que quand le papa ou la maman est malheureux, ils doivent se séparer pour trouver le bonheur ailleurs. Et toi, je vois que tu es triste et pas heureuse. J’aimerais avoir une maman qui sourit.
– Mais cela voudrait dire que papa et maman ne vivraient plus ensemble ! relevai-je.
– C’est pas grave ! De toute façon, papa n’est presque jamais là et quand il y est, il ne s’occupe pas de nous ! Il ne fait que nous râler dessus.
Cette remarque enfantine était si exacte qu’elle m’obligea à réfléchir. Je me rendis compte qu’Estelle n’avait pas mis sa musique à fond. Curieuse, je me rapprochai de sa porte que j’avais mal fermée et la vis en train de ranger le bazar de sa chambre. Mes paroles avaient-elles traversé cette carapace dans laquelle elle s’était confinée ?
Trois heures plus tard, alors que nous étions à table, j’observai ma famille avec un autre regard pour la première fois depuis longtemps. Étienne parlait de ses clients, des maisons qu’il venait de mettre en vente et des commissions qu’il allait toucher. Il avait pour projet de s’offrir une nouvelle voiture, plus sportive et très chère. Il n’eut pas un mot pour moi, pas une question sur ma journée ni sur celle des enfants. Il n’y avait que lui qui importait ! Luka tenta d’engager la conversation sur une anecdote durant la récréation du matin.
– Luka, mange ! ordonna Étienne. Tu n’as donc pas eu assez de temps depuis que tu es rentré pour raconter ça ?
Le petit baissa la tête et avala une bouchée. Sa sœur lui lança un regard en coin dans lequel j’eus l’impression de déceler un peu de pitié.
– Tu as changé quelque chose dans ta recette ? m’interrogea mon mari.
– Non.
– Tes lasagnes ne sont pas comme d’habitude, grommela-t-il. Elles sont sûrement trop cuites. Tu as dû encore oublier le four ! À croire que ça ne sert à rien d’avoir un minuteur !
Je ne répliquai pas. C’était inutile, il aurait le dernier mot et je ne désirais pas de dispute à table en présence des enfants qui engloutirent rapidement leur repas, desservirent leurs assiettes et s’installèrent sur le canapé pour regarder la télévision. J’avais également terminé. Je mangeai peu, seulement je demeurai poliment assise jusqu’à ce qu’Étienne finisse. Il prenait son temps, ne tarissant pas d’éloges sur une nouvelle employée de l’agence. Son monologue me blessait. Si son objectif était de me rabaisser face à cette perle qui ne tarderait pas à finir dans son lit, le message était passé. Quand la table fut débarrassée, il alla prendre place devant l’écran pour suivre les informations. Je mis la vaisselle sale dans la machine et passai un coup d’éponge dans la cuisine avant de m’enfermer dans la salle de bain pour prendre une douche. Sous l’eau chaude, je repensais à la proposition d’Élodie. Je ne pouvais pas accepter. J’étais une femme responsable, une mère qui était dans l’incapacité de laisser ses gosses, et que penserait-on de moi ?
Je regardai mon reflet dans le miroir. Mes deux grossesses avaient modifié mon corps. J’avais la chance d’avoir une jolie poitrine, même si je ne la mettais pas en valeur. Mon ventre était vraiment la partie que j’aimais le moins. Et si quelques rides avaient pris leur place aux coins de mes yeux, mon visage n’avait pas trop souffert du temps passé. En conclusion, je ne me trouvais pas si mal. Alors, pourquoi mon mari ne me regardait plus ? Je faisais des efforts en me maquillant tous les jours et en m’habillant joliment. J’observai le déshabillé noir que j’avais acheté deux mois plus tôt. Je l’avais déjà mis plusieurs fois et Étienne ne l’avait pas remarqué.
Quand je rejoignis le salon, les enfants allèrent se coucher et, alors que je m’installai près de mon époux, il se leva et prétexta devoir se laver. Mon regard fixé sur l’écran sans vraiment le voir, je sursautai tandis qu’un téléphone portable vibrait. Étienne avait laissé le sien sur le canapé. Jamais il ne s’en séparait. Il ne m’était pas encore venu à l’esprit de fouiller dans ses affaires. Pourtant, il y avait une première fois pour tout. Je connaissais le code de déverrouillage pour l’avoir déjà observé et l’actionnai. Il y avait un message en attente. Mes doigts effleurèrent l’écran. La photo d’une jeune femme dénudée apparut accompagnée d’une phrase.
« Regarde ce que tu rates mon étalon en rut ! »
Ma gorge se serra. Un second message apparut et la demoiselle avait pris une posture qui ne laissait aucun doute quant à ses intentions.
« Je suis toute mouillée. »
Je regardai les envois précédents et, à chaque cliché, je me sentis salie. Le comble fut ceux où je vis mon mari nu prendre cette femme par-derrière avec une expression d’extase. Ils avaient poussé le vice jusqu’à se photographier dans cette position. J’avais envie de vomir. Étienne me trompait à nouveau.
Il sortit de la salle de bain et je reposai le téléphone qui vibra à nouveau où je l’avais trouvé. Il s’en saisit et partit dans la cuisine avant de revenir sur ses pas en affirmant qu’un client l’avait joint et qu’il devait absolument le retrouver. Je hochai simplement la tête et me tus. Un déclic se fit dans mon esprit. Je contactai ma belle-mère, puis envoyai un SMS à Élodie.
« Je prends le second billet. »
Chapitre 2
Je passai les portes automatiques de l’aéroport et cherchai mon amie. Je n’avais quasiment pas fermé l’œil de la nuit et j’étais plus motivée que jamais pour faire de ces vacances inattendues un nouveau départ dans ma vie.
Les quinze derniers jours n’avaient pas été faciles. J’avais eu une discussion houleuse avec Étienne sur son infidélité. Évidemment, il avait nié jusqu’à ce que je décrive les photos de son téléphone. Comme la première fois, il m’avait juré que ce n’était qu’une erreur et qu’il s’en voulait de me faire souffrir. J’avais évoqué mon désir de séparation et son masque tomba. Il me reprocha de détruire notre famille, de nuire à nos petits, puis il passa les minutes suivantes à me rabaisser. Je n’avais pas de toit, pas d’argent, pas de travail. Que comptais-je faire ? J’avais conscience qu’il n’avait pas tout à fait tort. Il poursuivit et affirma que j’étais misérable et juste bonne à geindre. Quel homme voudrait d’une femme telle que moi ? Il aurait pu me blesser, mais j’étais si en colère que rien ne me touchait. Alors, je lui avais annoncé que je partais deux semaines avec Élodie et que les enfants seraient chez leur grand-mère. Étrangement, il avait paru soulagé du second fait et accepta mon départ afin de pouvoir réfléchir plus sereinement à notre vie. Il m’avait semblé presque sérieux, mais je n’avais aucune illusion. Je savais bien que tout était à double tranchant avec lui. Même Sylvia, la seconde épouse de son père qui l’avait élevé, m’avait conseillé de rompre définitivement.
– J’ai toujours considéré Étienne comme mon fils et je l’aime, ma petite Angélique, mais je ne suis pas qu’une mère, je suis aussi une femme. Et j’ai conscience qu’il n’est pas bon avec toi. Il ne te respecte pas. Son père était pareil… Tu dois penser à ton bonheur et à celui de tes gamins ! Ne fais pas la même erreur que moi !
J’avais la chance d’avoir une belle-mère extraordinaire et une meilleure amie fidèle. Estelle et Luka avaient bien pris mon projet de voyage et le garçonnet me demanda de lui ramener un peu de sable et des coquillages. Ma fille, d’habitude guère ouverte avec moi, me souhaita tout de même un bon séjour. Ils avaient compris que ce break serait un virage dans nos existences. Les jours précédents mon départ, j’avais fait mon CV et postulé pour des offres d’emploi dans des restaurants. Je n’avais pas eu de réponses, mais j’avais bon espoir qu’à mon retour, ma vie changerait en mieux.
 
– Angy, s’écria Élodie qui faisait de grands signes, assise à la table d’un bar.
– Salut, lâchai-je.
Je l’enlaçai avec un sourire ravi et m’installai auprès d’elle après avoir commandé un café.
– Alors, prête ? s’enquit-elle. J’espère que tu as mis des tenues sexy dans ta valise…
– Élo, tu crois franchement que j’ai la tête à draguer, soupirai-je. Et puis, à côté de toi, j’ai l’air de quoi ?
– Tu es superbe ! Il serait temps que tu t’en aperçoives. Mais, tu as raison. Moi, je vais là-bas pour bosser et toi, pour te relaxer et profiter.
– Merci, soufflai-je. Ça va faire du bien.
– Puis, qui sait ? Tu pourrais être surprise par un bel homme…
– Tu es impossible, conclus-je en riant.
Nos bagages enregistrés, nous patientâmes et papotâmes jusqu’à ce que le numéro de notre vol soit appelé. J’étais comme une gosse. Jamais je n’avais pris l’avion pour un si long trajet et jamais je n’étais partie pour une destination paradisiaque. Installée en seconde classe, je soupirai d’aise. J’allais enfin pouvoir me reposer et penser à moi.
– ...

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