Deux pour toujours
145 pages
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Deux pour toujours , livre ebook

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Description

Depuis le retour de Déborah, l'ex de Théo, tout avait changé. Sheila sentait que son petit ami lui échappait, et elle ne pouvait rien faire contre ça.


Entre Angel qui devenait de plus en plus présent, les problèmes de Naëlle et Valérie qui prenaient le pas sur les siens, et l'isolement qui la gagnait peu à peu, la jeune fille tentait de s'en sortir. Heureusement, elle pouvait compter sur Théo pour la soutenir.



Mais pourraient-ils rester deux pour toujours ?

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EAN13 9782819107101
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Angéline Richard
 
 
Deux pour toujours
 
 
DISSOCIATION - 2
 
Du même auteur aux Editions Sharon Kena
Roadway 1 et 2
Dissociation 1
 
 
« Le Code de la propriété intellectuelle et artistique n’autorisant, aux termes des alinéas 2 et 3 de l’article L.122-5, d’une part, que les « copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective » et, d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illustration, « toute représentation ou reproduction intégrale, ou partielle, faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite » (alinéa 1er de l’article L. 122-4). « Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles 425 et suivants du Code pénal. »
 
 
© 2021 Les Editions Sharon Kena
www.skeditions.fr
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Table des matières
Du même auteur aux Editions Sharon Kena
Table des matières
Prologue
Chapitre I
Chapitre II
Chapitre III
Chapitre IV
Chapitre V
Chapitre VI
Chapitre VII
Chapitre VIII
Chapitre IX
Chapitre X
Chapitre XI
Chapitre XII
Chapitre XIII
Chapitre XIV
Chapitre XV
Chapitre XVI
Chapitre XVII
Chapitre XVIII
Chapitre XIX
Chapitre XX
Chapitre XXI
Chapitre XXII
Chapitre XXIII
Chapitre XXIV
Chapitre XXV
Chapitre XXVI
Chapitre XXVII
Chapitre XXVIII
Chapitre XXIX
Chapitre XXX
Chapitre XXXI
Chapitre XXXII
Chapitre XXXIII
Chapitre XXXIV
Chapitre XXXV
Chapitre XXXVI
Chapitre XXXVII
Prologue
La douleur irradiait dans tout mon être, si puissante que je regrettais de la ressentir. L’époque où mon corps ne m’envoyait plus aucune décharge de souffrance me manquait. À cet instant précis, j’aurais tout donné pour me détacher de cette enveloppe charnelle. Le feu l’embrasait. Je me débattis en hurlant.
Des lanières de cuir s’enfoncèrent dans ma peau pour me maintenir sur le brancard. Autour de moi, c’était l’enfer. Dans ma tête, le chaos. Deux personnes poussaient ce lit sur lequel j’étais installée. Pressés, ils couraient. On aurait dit une scène de film, mais c’était moi qui jouais le rôle principal.
Sous mes yeux, le plafond se substitua au ciel. Je reconnus immédiatement les dalles qui se trouvaient au-dessus de ma tête. Cela me calma instantanément. Mon sang se glaça dans mes veines. Même mon cœur cessa de battre.
J’étais de retour.
Les larmes perlèrent au coin de mes yeux. Je les sentis brûler ma rétine. Les deux personnes en blouse blanche qui poussaient mon brancard ralentirent. Maintenant que je ne me débattais plus, elles n’avaient aucune raison de se presser. La gorge nouée, je tournai la tête dans leur direction. Ils m’étaient inconnus, des petits nouveaux arrivés après mon départ. J’aurais souhaité ne jamais les connaître.
– Que s’est-il passé ? croassai-je.
Ma voix pathétique sembla lacérer ma trachée en s’échappant. Comme si mes cordes vocales étaient déchirées. Ils échangèrent un regard incertain. Mon estomac se contracta douloureusement. Je fermai les yeux.
J’avais déjà compris.
– Tu as…, commença la femme.
Son malaise perceptible ne fit qu’accentuer le mien. Pourquoi fallait-il que je ressente maintenant ? Mes pensées s’envolèrent. Où était Angel ? Il aurait dû se trouver à mes côtés, prêt à bondir pour me protéger ! Mais sa présence était absente de ma tête. Comme si quelque chose l’avait enfermé dans un coin, mis en cage.
Je regrettais son absence. Lui, au moins, il me permettait de me défiler face aux problèmes. Je pouvais aisément l’accuser puisque personne n’était en mesure de prouver sa présence, à part moi. Alors, où était-il ?
– Tu as recommencé, déclara simplement l’homme.
Je tournai aussitôt les yeux vers lui. Son regard neutre posé sur moi me fit frissonner. Plus que jamais, je me donnais l’impression d’être hypersensible. Ma barrière était détruite depuis longtemps, mais je n’avais jamais été autant à fleur de peau. Je rêvais de compassion. Mais il ne me donnait que la cruelle vérité.
– Tu as menti à tout le monde, continua durement l’infirmier. Tu as laissé croire que tu étais guérie, mais c’est faux. Ton autre personnalité est sortie et elle a blessé quelqu’un. Sans parler de tous les gens qui avaient foi en toi…
Je fermai les yeux. Une larme solitaire roula sur ma joue. Sa caresse délicate broya mon cœur meurtri. Je ne me souvenais de rien. Cette fois, Angel avait été plus puissant. Plus fort. Plus grand.
Il m’avait protégée jusque dans ma propre tête.
À quel point l’amour de Théo m’avait-il rendue faible ?
Chapitre I
Un mois plus tôt
 
Les propos d’Améthyste tournaient en boucle dans ma tête. Je regardais la porte par laquelle l’ex de Théo avait disparu, avec l’impression grandissante que quelque chose de terrible allait se passer. Selon les séries, films, et autres œuvres romantiques, ce n’était jamais bon quand l’ancienne petite amie revenait.
Qu’est-ce que cela signifiait pour moi ? Mon cœur manqua un battement. J’eus la sensation qu’il me fallait retrouver Théo. Sans un mot, j’abandonnai Améthyste. Après ce qu’elle venait de me dire, je devais voir le jeune homme. Nous filions le parfait amour, pourquoi fallait-il que les choses dérapent maintenant ?
Je secouai la tête. Pour l’heure, rien n’indiquait que tout allait mal tourner. « Miss Poison en personne » pouvait changer, pas vrai ?
– Personne ne change à ce point, susurra Angel à mon oreille.
Je ravalai ma réponse en entrant dans le lycée. Les élèves qui grouillaient çà et là avaient enfin changé d’avis sur moi. Je ne comptais pas leur donner une seule bonne raison pour croire que c’était une façade. Que j’étais toujours aussi folle.
Le cœur battant à tout rompre, je louvoyai entre les professeurs et les parents, entre les groupes d’étudiants et les esseulés. Je trouvai Théo et la jeune femme en pleine conversation. Ma gorge se noua.
Je ne me considérais pas vraiment comme quelqu’un d’empathique. Je n’étais pas la plus réceptive aux émotions des autres, mais il y avait quelque chose en eux. C’était évident. Leur corps parlait pour eux. Ils étaient proches. Pas assez pour que ça devienne indécent, mais suffisamment pour qu’on comprenne qu’ils avaient une histoire commune.
Et cette simple idée me donnait la nausée. Je sus immédiatement que ce sentiment de malaise qui m’envahissait était de la jalousie. Elle s’emparait de mon cœur pour le tordre. Ils échangeaient des regards lourds de sens. Théo paraissait content de la retrouver. Il souriait et discutait paisiblement. Qu’avaient-ils vécu tous les deux ?
– Ce que tu ne pourras jamais avoir avec lui, murmura Angel. Le genre de relation interdit aux gens comme toi.
Les fous ou les génies ? Il faudrait être plus précis, cette fois. Mais je n’eus pas l’envie de lui poser la question. Cachée derrière le chambranle de la porte, ramassée autant que possible pour ne pas être vue, je les observai.
Un poids dans ma poitrine me clouait au sol. J’aurais dû y aller. Une petite voix au fond de moi me murmurait d’aller défendre mon territoire, mais j’étais incapable de bouger. Je ne pouvais que regarder se retrouver ces deux êtres qui s’aimaient auparavant.
Théo avait-il été touché par le poison de cette femme ? Je me posais beaucoup trop de questions, mais aucune réponse n’apparaissait. Et même mon génie ne me permettait pas de les trouver. Pas ici. Pas maintenant.
– C’est vraiment elle ? demanda une voix féminine.
Surprise, je me retournai. Mon cœur manqua un battement à l’idée d’être prise sur le fait, mais je me rendis rapidement compte que deux fouines agissaient comme moi. Ces adolescentes un peu regardaient dans la salle. Elles fixaient la jeune femme avec admiration.
– Je suis sûre que c’est elle ! Regarde !
Elles se penchèrent toutes les deux sur l’écran du téléphone, clignant plusieurs fois des paupières. Leur excitation presque palpable m’intrigua. Je sortis le mien, ne serait-ce que pour faire semblant de ne pas espionner Théo et son ex.
– Je n’y crois pas ! Déborah Arcuri est dans notre lycée ! Je n’aurais jamais cru qu’elle reviendrait ici !
Rapidement, je tapai son nom sur Google. Il me fallait en savoir plus sur celle que je voyais déjà comme une ennemie. Je trouvai aussitôt une réponse. Il fallait croire que Théo avait en face de lui une personne relativement connue dans le monde de la musique. Et si c’était son ex, comment avait-il pu mettre fin à leur relation ?
Elle était belle. Elle avait déjà sorti un album. Et lui qui adorait la musique ne pouvait pas rêver mieux ! Pourquoi se trouvait-il derrière, alors ? Encore au lycée alors que Déborah Arcuri écumait les scènes en tout genre ? L’avait-elle jeté ?
Des dizaines de scénarios s’enchaînaient dans mon esprit à mesure que défilaient les articles sur la jeune femme. Non loin de moi, les deux adolescentes se poussaient pour savoir qui oserait lui demander un autographe en premier. Je ne pouvais même pas entendre la conversation entre mon petit ami et son ex. Tout était devenu trop confus.
En trop peu de temps.
– J’y vais ! s’exclama soudain l’une des deux filles.
L’autre écarquilla les yeux. D’un pas déterminé, son amie se dirigea vers l’intérieur de la salle. Ses mains tremblantes trahissaient son angoisse, mais son sourire, sincère, montrait son excitation. Elle réalisait un de ses rêves. Elle rencontrait l’une de ses idoles.
Droite comme un I, l’incertitude qu’on lisait dans son regard poussa l’adolescente qui l’accompagnait à la rejoindre. Main dans la main, elles entrèrent.
Aussitôt, Théo et Déborah se turent. Je ne pus m’empêcher de croire qu’ils avaient quelque chose à cacher.
– Salut ! hurla la première à s’être avancée.
Miss Poison recula d’un pas en grimaçant. L’adolescente comprit son erreur et son visage se décomposa aussitôt. Penaude, elle baissa les yeux.
– Pardon, je suis juste trop contente de vous rencontrer. Je ne pensais pas que ça arriverait…
Déborah s’adoucit aussitôt. La chanteuse rock – selon internet – semblait proche de ses fans. Elle se tourna vers elles, leur indiquant par la même occasion qu’elle se consacrait entièrement à leur conversation. Théo la gratifia d’un : « On en parle après » et la quitta.
Je me figeai. Il allait sortir d’une seconde à l’autre et me découvrir tapie dans l’ombre, comme une fouine. Un sentiment de honte m’envahit. Ces derniers jours, j’avais béni ma relation avec lui pour tout ce qu’il me faisait ressentir. Voir mes barrières céder n’était plus une crainte tant qu’il était avec moi. Les sensations qu’il me procurait étaient toutes bénéfiques.
Jusqu’à ce jour.
Entre la jalousie et la honte, l’inquiétude de le perdre et l’angoisse de cette rivalité avec Déborah, j’étais paumée. Toutes mes émotions entraient sauvagement en conflit. J’avais l’impression qu’une énorme bataille avait démarré au fond de moi. Je ne savais plus où donner de la tête.
Tout ce que je trouvai à faire, c’était fuir avant que Théo ne me remarque. Je m’échappai, faisant le chemin inverse en courant.
Essoufflée, je retrouvai Améthyste dans la cour. Elle n’avait pas bougé. Plongée dans une intense réflexion, elle fixait le ciel sans me voir. Pour ne pas la déranger, je m’installai sur un banc non loin d’elle. Elle aurait tout le loisir de me rejoindre quand elle le voudrait. À mon tour, je levai les yeux vers les étoiles.
La soirée s’annonçait belle avant que Déborah ne débarque. Je n’avais jamais cru à toutes ces idioties d’instinct, mais la sensation que quelque chose de terrible allait arriver grandissait en moi. Le bruit de pas foulant le béton me ramena à la réalité.
Je secouai la tête pour chasser les sombres pensées qui s’immisçaient dans mon cerveau et regardai autour de moi. Théo quittait le bâtiment. Nos regards se croisèrent. Le sourire qui illumina son visage lorsqu’il m’aperçut parvint à m’apaiser. Théo avait ce don pour me calmer sans rien faire.
À son approche, je me levai, mais il n’eut pas le temps de m’atteindre. Sortant de sa torpeur, Améthyste se planta devant lui. Avait-elle attendu qu’il débarque ?
– Alors, qu’est-ce que miss Poison te voulait ? demanda-t-elle de but en blanc.
Je crus que Théo allait s’étouffer avec sa propre salive.
Chapitre II
Sous le choc, Théo toussa. Même moi, je ne pus empêcher mes yeux de s’écarquiller en entendant Améthyste. J’avais bien compris qu’elle n’aimait pas Déborah, mais je ne pensais pas qu’elle le clamerait avec autant de force à tout le monde ! C’était plutôt le genre de fille qui trouvait un moyen d’apprécier même les gens les plus détestables.
Qu’est-ce que la chanteuse lui avait donc fait pour s’attirer une telle haine ?
– Je sais que tu ne l’apprécies pas, commença Théo, mais j’aimerais que tu fasses preuve d’un peu de retenue…
– Tu as déjà oublié tout ce qu’elle t’a fait ? s’emporta l’adolescente. Tous ses mensonges, son départ précipité…
Je me levai pour les rejoindre. Améthyste ne retenait ni ses mots ni sa colère. Celle-ci transparaissait sur les traits délicats de son visage. Sa peau de porcelaine rougissait. On aurait dit qu’une bougie avait été allumée sous son crâne et l’illuminait de l’intérieur.
Théo secoua la tête en levant les mains. Ce signe évident d’apaisement ne parvint pas à calmer les ardeurs d’Améthyste. Furibonde, elle croisa les bras sous sa poitrine et détourna le regard. Ses yeux dorés s’égarèrent vers les étoiles. La fraîcheur de la nuit semblait devenue glaciale. Un long frisson me parcourut l’échine.
– On lui a fait une proposition qu’elle ne pouvait pas refuser, argua Théo.
Améthyste laissa échapper un grand rire à faire froid dans le dos.
– On n’est pas dans Le Parrain  ! rétorqua-t-elle. Tu sais très bien que Déborah t’a menti sur toute la ligne ! Que ce soit concernant cette offre ou pour Nathaniel…
Les poings du jeune homme se contractèrent. Ces souvenirs semblaient encore douloureux pour lui. Je me portai instinctivement à ses côtés, comme si j’avais le pouvoir de faire disparaître cette souffrance qui émanait de son cœur. Mon geste complètement irrationnel parut cependant l’aider. Il passa un bras autour de mes hanches, rapprochant nos corps pour se rassurer. Sa chaleur se diffusa sur ma propre chair, apaisante. Le visage courroucé d’Améthyste m’apparut plus clairement que jamais dans la lueur des lampadaires et autres éclairages accrochés à la façade du lycée.
– Arrête ta parano ! répliqua Théo. Déborah a toujours été sincère avec moi, et avec tout le monde !
– Oh, pitié ! Tu imagines vraiment Nathaniel lui bondir dessus comme un sauvage ?
– Valérie n’a jamais hésité, elle…
– Il n’est pas comme sa sœur, bon sang ! Je t’en prie, Théo, ouvre les yeux ! Déborah te ment et…
–  Ç a suffit !
Son rugissement sembla résonner en écho dans la cour vide. Mon cœur manqua un battement. Je me figeai, prête à déguerpir au moindre signe d’agressivité ou de violence envers moi.
Au fond de moi, je sentis Angel remuer. Lui aussi se tenait aux aguets. Il bondirait pour me protéger, quoi qu’il arrive.
Je le détestais et, pourtant, sa présence m’était indispensable.
La main qui enserrait mes hanches raffermit sa poigne. Sans aller jusqu’à me faire mal, elle devint plus pressante.
– Je ne sais pas pourquoi tu détestes Déborah à ce point, mais elle ne mérite pas ta haine ! Et encore moins que tu racontes autant de conneries à son sujet.
Pourquoi est-ce que ça me faisait aussi mal de l’entendre défendre ainsi son ex ?
Mon cœur sembla se ratatiner dans ma poitrine, comme comprimé par une main géante. Une pensée pernicieuse s’infiltra dans mon esprit pour tout dévaster : et s’il l’aimait encore ?
Améthyste secoua la tête en poussant un soupir. Elle avait sur le visage l’expression des gens qui savent qu’ils ont raison. Au fond, la jeune fille était persuadée que miss Poison était une menteuse, mais elle ne parvenait pas à ouvrir les yeux de Théo sur ce point. Celui-ci plongea une main dans sa poche pour en sortir un paquet de cigarettes. Rapidement, la fumée se répandit dans la nuit. L’odeur nauséabonde du tabac nous entoura. Je fronçai le nez.
L’idée de m’éloigner de Théo m’effleura l’esprit, mais je n’avais pas envie de quitter la chaleur de ses bras. C’était donc ça aussi l’amour ?
D’ordinaire, le jeune homme prenait soin de ne pas fumer trop près de moi. Cette fois, cependant, il ne pouvait pas s’en empêcher.
– Qu’est-ce qu’elle te voulait ? osai-je d’une petite voix.
J’espérais que ma jalousie ne s’entendait pas. Je commençais à peine à comprendre comment fonctionnaient les relations humaines, ce n’était pas pour tout gâcher à cause de Déborah. Non, il fallait que ça marche. C’était autant pour le prouver à la juge et à Naëlle qu’à moi-même. Cette fois, je ne voulais pas tout gâcher.
Théo se tourna vers moi. Un sourire canaille se dessina sur ses lèvres.
– Tu es jalouse ? demanda-t-il.
Je sentis immédiatement mes joues me brûler. Une désagréable sensation de malaise s’empara de moi. Mon estomac se contracta. Incapable de mentir, je préférai me taire.
L’adolescent éclata de rire. Il me serra un peu plus contre lui dans un geste tendre et rassurant. Je le fixai, mais il tourna son regard vers Améthyste.
– Figure-toi qu’elle voulait me proposer de signer avec son producteur.
Je manquai de m’étouffer. Mon cerveau mit rapidement en place toutes les pièces du puzzle. Si Théo signait ce contrat, il partirait. Il m’échapperait. Et ça ne pouvait pas arriver. À mon grand désarroi, j’étais devenue dépendante de lui et de notre relation. Il m’avait appris à gérer mes émotions autant que faire se peut. Il m’avait appris à ressentir physiquement. Sans lui, je n’aurais pas tenu dans cette école.
C’était mon pilier.
Je pris soudain conscience de tout ce qu’il représentait pour moi. J’aimais Théo. Et ça me terrifiait. Comment les gens normaux faisaient-ils pour cheminer avec tous ces sentiments au fond d’eux ?
– Quoi ? Qu’est-ce que c’est que cette combine encore ? demanda Améthyste.
Sa voix pleine de surprise me ramena à la réalité. À mes côtés, Théo laissa échapper un soupir.
– Pourquoi faut-il forcément que ce soit une combine ? Quand elle est partie, Déborah a promis qu’elle ferait tout pour que je puisse signer également, et c’est le cas ! Elle a tenu sa promesse !
– Tu ne comprends pas ! C’est forcément une manigance de sa part ! Cette garce ne ferait rien qui ne lui serve pas !
– Qui est-ce que tu traites de garce ?
Améthyste se figea. La question lancée à la volée n’était pas innocente. La jeune femme qui s’avançait vers nous savait que l’on parlait d’elle. Comment aurait-elle pu l’ignorer ? L’expression de son visage clamait qu’elle était au courant. Je me demandais depuis combien de temps elle nous écoutait.
Comme s’il avait senti poindre la menace, Angel se manifesta à nouveau. Mon angoisse alimentait son existence. Il devenait plus présent lorsque je perdais pied. Lui aussi, quelque part, il était mon pilier. Mais à cette heure-là, je devais me raccrocher à Théo, et non à cette seconde personnalité qui habitait mon être.
D’un pas sûr, Déborah s’approcha de nous. Elle ne semblait pas sensible à la fraîcheur de la nuit, et encore moins à la froideur glaciale d’Améthyste. Celle-ci croisa hostilement les bras.
– C’est toi, la garce, annonça-t-elle de but en blanc.
Décidément, la chanteuse devait avoir profondément blessé mon amie pour que celle-ci réagisse de la sorte rien qu’à sa présence. Une haine viscérale animait Améthyste. Et, tôt ou tard, il faudrait qu’elle m’en explique la raison.
Chapitre III
Déborah éclata de rire. Pour le moment, ce n’était pas le monstre que mon amie m’avait vendu. Au contraire, elle paraissait sympathique. Et je détestais me faire un avis par le biais des autres. Peu à peu, je commençais à m’en vouloir d’avoir écouté quelqu’un d’autre avant de rencontrer l’intéressée. Après tout, pourquoi fallait-il forcément que l’ex-petite amie soit une menace ?
J’avais toute confiance en Améthyste, mais son jugement semblait biaisé par sa rancœur. Le passé devait être laissé derrière nous. C’était la seule manière d’avancer.
– J’ai toujours aimé ta franchise, Amé, mais je ne pensais pas que tu tomberais si bas… Tu sais, on insulte uniquement les personnes que l’on trouve menaçantes…
– En effet, tu es une menace, Déborah, rétorqua amèrement Améthyste. Tu es un poison, je l’ai toujours dit et je continuerai de le clamer !
Cependant, la chanteuse s’était déjà détournée. Elle dardait à présent ses yeux bleus sur moi. Mon corps se tendit immédiatement. J’eus l’impression que son regard glacé mordait furieusement ma peau. Il y avait quelque chose de sournois qui semblait ramper sous son apparente bienveillance, sous sa confiance assurée. Elle me sourit.
– Merci de m’avoir indiqué où se trouvait Théonounet tout à l’heure !
Ma gorge s’assécha étrangement. Je ne savais pas quoi lui répondre. Le bras autour de mes hanches se tendit.
– Ne m’appelle pas comme ça, soupira le jeune homme en tirant sur sa cigarette.
Déborah rit.
– Désolée, c’est une question d’habitude ! J’espère que ta nouvelle conquête ne le prend pas mal !
Je ne savais pas pourquoi, mais son sourire me glaça le sang. Elle avait bien évidemment remarqué la façon dont Théo m’enlaçait, mais je ne décelais aucune gentillesse dans son regard. J’avais l’impression que tout était faux chez elle. Mal à l’aise, je voulais m’enfuir. Je ne comprenais pas toutes les émotions qui se bousculaient en moi.
Comme s’il l’avait senti, Théo me rapprocha encore de lui en baissant les yeux vers moi. Je pouvais lire dans son regard que je n’avais rien à craindre. Je n’étais pas vraiment de cet avis. Il se tourna vers Déborah.
– Ce n’est pas une conquête isolée, Deb. Je te présente Sheila, ma petite amie.
Les yeux de la jeune femme s’agrandirent.
– Oh, félicitations ! s’exclama-t-elle avec engouement.
Elle me gratifia d’un clin d’œil que je ne parvins pas à comprendre. Rapidement, elle se porta à mes côtés. Je me tendis.
– Éloigne-toi immédiatement, persifla Angel.
Lui aussi avait repéré la menace. Cette jeune femme un peu trop familière à mon goût passa un bras autour de mes épaules. J’eus immédiatement envie de la repousser, mais cela n’aurait pas été correct. Théo l’appréciait, et je voulais en faire de même. Au fond, je ne souhaitais pas décevoir le garçon.
– Tu permets que je te l’emprunte ? demanda Déborah. J’aimerais bien lui donner quelques conseils pour apprendre à te supporter.
– Merci, mais je n’en ai pas besoin, plaidai-je.
D’un geste de la main, elle balaya mes propos.
– Bien sûr que si ! Allez, viens !
Je lançai un regard à Théo, mais il ne fit pas mine de venir me sauver. Même Améthyste ne réagit pas. Ils laissèrent Déborah m’entraîner à sa suite. Mon cœur manqua un battement. Le malaise s’intensifia à mesure que mes amis s’éloignaient. J’avais l’impression d’être seule, un lapin terrifié face au loup.
Cela n’avait aucun sens. Je souhaitais être plus forte que ça. Je l’avais déjà été ! Je me redressai et suivis Déborah. Elle s’arrêta à l’écart de Théo et Améthyste. Je me doutais qu’ils ne pouvaient pas nous entendre.
La jeune femme se tourna vers moi, et son sourire disparut aussitôt. Elle laissa tomber son masque affable, et je compris qu’Améthyste avait raison depuis le début. Ce que Théo ne voyait pas, c’était le fiel derrière ses flatteries. Elle croisa les bras.
Déborah s’était positionnée de façon à tourner le dos à mes amis. Ainsi, ils ne pouvaient pas voir que son attitude avait changé. Elle croisait les bras. Dans ses yeux bleus, l’orage couvait.
– Est-ce que tu vas me créer des problèmes ? demanda-t-elle de but en blanc.
Surprise, je fronçai les sourcils. L’incompréhension dut se lire sur mon visage, car la jeune femme enchaîna aussitôt :
– Je viens de proposer à Théo le contrat de sa vie, et il m’a dit qu’il avait besoin d’y réfléchir… C’est forcément à cause de toi ! Alors, débrouille-toi comme tu veux, mais fais en sorte qu’il accepte.
Je secouai la tête.
– Non.
Déborah n’avait pas l’habitude qu’on lui résiste. Ses poings la trahirent. Elle les serrait si fort que ses jointures avaient blanchi. Une moue dédaigneuse se dessina sur son visage. Elle pencha légèrement la tête sur le côté.
– Pardon ? J’ai dû mal entendre…
Ce fut à mon tour de croiser les bras. Face à elle, je me sentais terriblement vulnérable. Elle avait Théo dans le creux de sa main. Elle lui offrait la possibilité de réaliser son rêve. Et lui, il la refusait. Pour moi.
Cette simple idée me réjouissait. Il ne comptait pas m’abandonner avant que nous ayons eu une discussion à ce sujet. Et je n’étais pas certaine de savoir quoi lui répondre quand ça arriverait.
– Tu vas me rendre la tâche facile, annonça Déborah.
– Non, répétai-je. S’il doit signer ce contrat, ce sera sa décision, mûrement réfléchie et pesée.
Elle éclata d’un rire tonitruant, dans lequel je ne décelais aucune joie. Tout chez cette fille me hérissait les poils.
– Théo n’est pas le genre de personne à « mûrement réfléchir ses décisions » !
Elle me singea, mimant les guillemets avec ses doigts d’une façon étrangement agaçante. C’était bien la première fois que je n’aimais pas quelqu’un avec autant de force. Même mes parents n’avaient pas eu droit à ce genre de sentiment de ma part. J’avais eu pitié d’eux, mais sans haine.
Et, sous ma peau, Angel s’agitait. Ces sentiments mauvais qui tourbillonnaient dans mon cœur ne faisaient qu’alimenter la présence de mon protecteur. Je crois que ma propre peur de perdre Théo ravivait également mon colocataire.
– Je ne ferai pas ce que tu demandes, affirmai-je. Je ne pousserai pas Théo loin de moi sans qu’il le veuille vraiment.
C’était là tout ce que je pouvais pour cette manipulatrice. Et cela ne lui plaisait pas. Mais son visage contrarié changea rapidement. Un sourire mauvais s’y dessina. Elle posa ses mains sur ses hanches. Lentement, elle se pencha vers moi. Son parfum m’envahit aussitôt les narines tandis que ses cheveux bruns masquaient mon champ de vision.
– Que tu le veuilles ou non, Théo signera ce contrat. Et à ce moment-là, tu ne feras plus partie du paysage.
– C’est une menace ? rugit Angel.
Mon cœur battait à tout rompre, à croire qu’il essayait de s’échapper. Je déglutis péniblement. Pourquoi fallait-il que je me sente trop normale, soudain ? Incapable de trouver la réplique qui ferait mouche. Mon cerveau tournait à vide alors que la jeune femme se redressait. Je levai les yeux dans sa direction.
– C’est une menace ? demandai-je en reprenant la phrase de mon protecteur.
Le sourire de Déborah s’élargit.
– C’est une promesse.
Sans attendre de réponse, elle se détourna. Mon myocarde battait violemment dans ma poitrine. Mon estomac contracté manqua de me faire vomir les quelques petits fours que j’avais ingurgités au cours de la soirée.
Déborah était pire que ce qu’Améthyste disait.
Chapitre IV
Déborah avait accaparé Théo jusqu’à la fin de la soirée. Je n’avais pas pu lui glisser un seul mot sur les propos de la jeune femme avant que Naëlle n’arrive. Je ne pouvais même pas en parler à Améthyste. L’adolescente avait préféré rejoindre son petit ami plutôt que de rester en présence de la chanteuse.
Mon mutisme n’échappa pas à ma tutrice. Installée derrière le volant, elle ne cessait de me lancer des petits coups d’œil. J’étais cependant résolue à ne rien lui dire. Depuis qu’elle savait sa famille en danger en Égypte, une ride soucieuse était apparue sur son front. Naëlle, cette femme que rien ne semblait pouvoir atteindre, paraissait soudain crouler sous le poids de milliers de problèmes. Les siens, et ceux de sa mère, ses sœurs, son père…
Je ne pouvais pas lui ajouter les miens. Ils paraissaient bien ridicules en comparaison. L’ex de mon petit ami était revenue ? Et alors ? La famille de ma tutrice pouvait mourir d’un instant à l’autre ! Cela valait bien que je me taise, non ? Et puis, j’avais Angel. Même si ses réactions m’effrayaient, l’idée de pouvoir compter sur lui avait quelque chose de rassurant.
Parce que Théo, mon pilier, ne pouvait pas me supporter face à Déborah. Peu à peu, je comprenais qu’il s’agissait d’un problème que je devais régler toute seule. La promesse de Déborah ne s’accomplirait pas. C’était un serment que je me faisais à moi-même.
Nous arrivâmes devant la résidence de Naëlle. Des lumières scintillaient aux fenêtres et, alors que nos portières claquaient, ma tutrice ouvrit la bouche :
– Alors, tu comptes me raconter comment c’était ce soir ?
Mon cœur manqua un battement. J’aurais dû lui dire pour le concert, et tout ce que j’avais pu ressentir en voyant Théo sur cette scène. C’était peut-être cela, le plus douloureux, avec la proposition de Déborah : mon petit ami était fait pour les projecteurs. La guitare, la chanson, ça coulait dans ses veines. Il en avait autant besoin que de ses cigarettes. Et je ne pouvais pas le priver de ça pour mon plaisir égoïste ! Mais je n’avais pas non plus le droit de le pousser vers la sortie comme la chanteuse me le demandait.
Peu importait ce qu’elle en pensait, le jeune homme devait réfléchir sa décision.
Je me tournai vers Naëlle alors qu’elle me tenait la porte du hall. En me remémorant Théo sur scène, un sourire naquit sur mes lèvres.
– Théo est vraiment doué pour la musique. Audrey et Nathaniel ont dit que cette soirée leur avait déjà rapporté pas mal ! C’était une bonne idée de faire ça !
– Vraiment ? Tu vois, je savais que tu finirais par t’intégrer dans cette école ! Je n’espérais pas que tu trouves un petit ami en prime, mais tout semble aller pour le mieux ! Je suis super contente ! Et je ne doute pas que le juge aussi sera ravi ! Le contrat se passe mieux que prévu !
Ne rien dire, était-ce mentir par omission ? En montant les escaliers, je tentai de me convaincre qu’il s’agissait au contraire d’un moyen de préserver Naëlle. Elle ne voyait aucune ombre au tableau, et je ne voulais pas être l’oiseau de mauvais augure. Au contraire, elle devait se concentrer sur sa famille. À force, je la connaissais assez pour savoir qu’elle abandonnerait tout pour m’aider, et ce n’était pas le but.
Une fois dans l’appartement, je gagnai immédiatement ma chambre. Je n’avais pas vraiment envie de m’attarder et de discuter avec elle. Ma tutrice finirait forcément par découvrir mes angoisses à un moment donné. Pour elle, j’étais comme un livre ouvert.
– Pour moi aussi, commença Angel, mais, moi, je sais vraiment tout.
– Je sais, murmurai-je dans le silence de ma chambre, mais tu ne peux pas pour autant y faire grand-chose…
...

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