Dis-moi que tu me veux
209 pages
Français

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Description

Il est hors de question que je tombe amoureuse de Wyatt Hennington.
Il peut garder pour lui son accent du Sud, son sourire irrésistible et ses répliques de drague. J’ai fait l’erreur de coucher avec lui non pas une fois, mais deux fois. Je ne suis pas assez stupide pour lui faire gagner la troisième manche, surtout après que je me sois retrouvée seule quand il m’a laissée au milieu de la nuit. Je jure de retourner à Philadelphie et de l’oublier.
Cela s’avère plus facile à dire qu’à faire.
Quand le médecin m’informe que je suis la gagnante d’un deuxième prix de présence, je mets ma vie entre parenthèses et je retourne à Bell Buckle. Trois mois, et si on n’y arrive pas, je m’en vais.
Le problème, c’est que les cartes ne sont pas en notre faveur et que je ne peux pas me résoudre à le quitter. Je vais enfin savoir s'il m'aime vraiment ou si toutes mes peurs étaiernt fondées.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 18 janvier 2019
Nombre de lectures 330
EAN13 9782897868710
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0032€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Copyright © 2016 Corinne Michaels
Titre original : Say : You Want Me
Copyright © 2018 Éditions AdA Inc.
Cette publication est publiée avec l’accord de Brower Literary & Management, Inc. et Bookcase Literary Agency Corp. Tous droits réservés. Aucune partie de ce livre ne peut être reproduite sous quelque forme que ce soit sans la permission écrite de l’éditeur, sauf dans le cas d’une critique littéraire.
Éditeur : François Doucet
Traduction : Sophie Beaume (CPRL)
Révision linguistique : Féminin Pluriel
Correction d’épreuves : Myriam Raymond-Tremblay, Émilie Leroux
Conception de la couverture : Guillaume Provost
Images de la couverture : © Getty images
Mise en pages : Guillaume Provost
ISBN papier 978-2-89786-869-7
ISBN PDF numérique 978-2-89786-870-3
ISBN ePub 978-2-89786-871-0
Première impression : 2018
Dépôt légal : 2018
Bibliothèque et Archives nationales du Québec
Bibliothèque et Archives Canada
Éditions AdA Inc.
1385, boul. Lionel-Boulet
Varennes (Québec) J3X 1P7, Canada
Téléphone : 450 929-0296
Télécopieur : 450 929-0220
www.ada-inc.com
info@ada-inc.com
Diffusion Canada : Éditions AdA Inc. France : D.G. Diffusion Z.I. des Bogues 31750 Escalquens — France Téléphone : 05.61.00.09.99 Suisse : Transat — 23.42.77.40 Belgique : D.G. Diffusion — 05.61.00.09.99
Imprimé au Canada

Participation de la SODEC.
Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du livre du Canada (FLC) pour nos activités d’édition.
Gouvernement du Québec — Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres — Gestion SODEC.
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada
Michaels, Corinne
[Say you want me. Français]
Dis-moi que tu me veux / Corinne Michaels ; traduction, Sophie Beaume.
(Dis-moi ; tome 2)
Traduction de : Say you want me.
ISBN 978-2-89786-869-7
I. Beaume, Sophie, 1968-, traducteur. II. Titre. III. Titre : Say you want me. Français. PS3613.I23S29214 2018 813’.6 C2018-941736-6
Je tiens à blâmer les créateurs de Netflix pour mes journées improductives quand je suis proche de la date butoire.
On devrait rompre, mais je n’y arrive pas.
Merci beaucoup !
« Sautez et vous découvrirez un moyen de déployer vos ailes en tombant. »
Ray Bradbury
CHAPITRE 1
— Depuis combien de temps vous sentez-vous ainsi, Angie ?
« Assez longtemps pour me faire rappliquer ici. »
Je déteste les médecins. Me motiver pour aller enfin voir quelqu’un, c’est comme faire passer un projet de loi au Congrès. Je suis têtue, mais plus que ça… j’ai peur. Mes deux cousines se sont battues contre le cancer au début de la trentaine, et ma mère est une survivante du cancer des ovaires. Chaque fois que je dois faire un bilan, je finis par me convaincre que je serai la prochaine.
C’est fou et irrationnel, mais c’est une vraie peur. Je me souviens de l’enfer qu’elles ont toutes traversé.
— Je ne sais pas. Quelques mois…
J’ai eu un rhume quand je suis revenue de chez ma bellesœur, Presley, il y a deux mois. Son fiancé m’a demandé de venir quand il a su qu’il allait lui faire sa demande en mariage. Même avec ma profonde haine de l’avion, j’y suis allée. Je savais que cela signifiait beaucoup pour elle et mes si incroyables neveux. Toutefois, je n’ai jamais eu besoin d’excuse pour aller les voir. Cayden et Logan sont les êtres les plus proches que j’aurai jamais comme enfants. Je les gâte le plus que je peux et je déteste les voir si peu maintenant.
Mais mon frère a fait en sorte que ce soit ma réalité quand il a choisi de quitter ce monde il y a deux ans.
— Quels autres symptômes avez-vous ? demande le médecin âgé.
Je place ma longue queue de cheval blonde sur le côté et commence à jouer avec celle-ci tandis que je parcours la liste de mes maux. Il n’a pas besoin de savoir que Presley a menacé de me tuer elle-même si je n’allais pas me faire examiner, alors je dis tout. Ce sont des choses mineures, mais elles affectent ma façon de vivre. Cette semaine était la pire. Je suis passée de vomir à l’impression que j’allais mourir. J’en ai assez.
— Faisons des analyses de sang et d’urine, et voyons ce que les résultats donnent. En attendant, je vais vous ausculter.
L’examen ne dure pas longtemps, mais comme je suis très sensible, je passe ces quelques minutes à débattre pour savoir si je vais lui donner un coup de pied comme il tergiverse. Je déteste quand les médecins font ça. Mettez-moi au courant ou taisez-vous. C’est agaçant. Il finit de tout regarder, et l’infirmière entre avec les fioles pour recueillir mon sang.
Génial !
La deuxième chose la plus redoutée.
— Bonjour, Angie.
L’infirmière sourit.
— Je m’appelle Nicole et je vais faire votre prise de sang.
Je lui rends son sourire et hoche la tête.
— Si je me souviens bien, vous êtes la propriétaire du For Cake’s Cup ? demande-t-elle.
— Oui.
Je ne peux pas m’empêcher de sourire. J’adore mon magasin de cupcakes , qui prospère follement ces derniers temps. Une des chaînes locales d’information s’est arrêtée il y a environ six mois. Ils ont diffusé un long reportage sur mon commerce, et tout a changé. J’ai pris une nouvelle associée pour m’aider avec tous les ajustements, et nous parlons d’ouvrir une deuxième boutique. Jamais de la vie je n’aurais pensé que ce serait comme ça.
Presley et moi avions eu l’idée d’ouvrir la pâtisserie parce qu’on pensait que cela l’occuperait pendant que Todd travaillait des heures de fou comme gourou de la finance. Cela semblait amusant. Et ce fut le cas. Jusqu’à ce que le suicide de Todd détruise tout ce que nous avions construit. Le magasin avait à peine quatre mois, l’entreprise n’avait pas d’argent, et Presley a tout perdu.
Je lui ai acheté sa part, même si l’affaire ne valait presque rien, et elle est partie pour le Tennessee.
— J’adore ce magasin, avoue Nicole. Mon tour de taille ne me le permet pas, mais tout est si bon. Et différent. Comment restez-vous si mince ?
Je marmonne.
— J’aimerais que vous puissiez voir combien je pesais avant le magasin. J’ai pris pas mal. Je n’arrive pas à m’empêcher de goûter.
— Eh bien, je ne peux pas vous blâmer.
Elle se concentre sur le remplissage des flacons. Euh… Je n’avais même pas réalisé qu’elle me piquait.
— Notre chef pâtissière est incroyable. Et elle ne nous dit pas, ni à ma partenaire, Erin, ni à moi, quelles seront les saveurs du lendemain. Au début, ça me rendait folle. Maintenant, c’est amusant. On arrive au travail, et elle a déjà changé le menu avec les saveurs du jour.
Nous discutons encore un peu jusqu’à ce que Nicole mette le pansement sur mon bras et s’en aille.
Je prends mon téléphone et texte Presley.
Moi : Je déteste les fichus docteurs.
Presley : Arrête de faire le bébé. Tu as probablement juste besoin d’un antibiotique parce que tu as refusé d’y aller il y a un mois. Tout ne se guérit pas avec du Motrin.
Moi : Peu importe. Je me souviens juste que c’est comme ça que ça a commencé pour ma mère. Une minute, elle était épuisée, et la suivante, c’était un cancer.
Je soupire et retiens mes larmes. J’avais 15 ans et je me souviens chaque fois qu’elle revenait de sa chimiothérapie. Elle était malade, fatiguée et littéralement imprégnée de poison. Elle avait cette expression dans les yeux quand elle nous regardait, mes frères ou moi. C’était un moment unique, mais il en disait long sur la raison pour laquelle elle continuait à se battre. Puis, quand son combat fut terminé, elle n’a plus montré l’amour que j’avais déjà vu.
Je ne veux jamais être comme elle. Je n’ai rien pour me motiver à me battre.
Presley : Peu importe ce que le docteur dit, tu m’as.
Moi : Dans le fichu Tennessee !
Presley : J’ai une chambre d’amis.
Moi : Jamais de la vie !
Hors de question que j’aille dans le Tennessee. Elle devra me droguer pour me faire vivre là-bas. J’aime Presley, mais ce n’est pas pour moi. C’est magnifique, et il y a des paysages pittoresques et de belles maisons. Mais la principale raison pour laquelle je n’irai pas, c’est parce qu’il n’y a pas de Starbucks. La deuxième, qui est une raison tout aussi convaincante, s’appelle Wyatt Hennington. Son accent du Sud, son magnifique petit cul et ses yeux couleur miel me transforment en une écolière de 16 ans. Je n’exerce clairement aucun contrôle sur moi quand il s’agit de lui. Ce que ma meilleure amie ne sait pas, c’est que ce n’était pas la seule fois où je me suis retrouvée dans son lit. Non, je suis l’idiote qui est revenue pour la deuxième manche, et ça s’est mal fini.
Presley : Je suis sûre que Wyatt te laisserait utiliser sa chambre.
Je lève les yeux au ciel. Elle est comme une de ces entremetteuses qui essaierait de me marier.
Moi : Non. Je suis retournée avec Nate.
Presley : Depuis quand ?
Oh, genre ce matin quand il m’a appelée et m’a invitée à déjeuner. Peut-être que ça l’empêchera d’insister avec Wyatt.
Moi : C’est très récent. On ne sait jamais, on pourrait réussir cette fois.
Presley : Exact. La dernière fois s’est siiii bien passée. Il n’est pas ton type.
Moi : C’est un bon gars. On sort dans les mêmes endroits, et aucun de nous n’aime manger seul.
Presley : Oh, s’il te plaît. Tu ne l’aimes même pas !
C’est vrai. Je ne l’aime pas assez pour l’épouser un jour, et il est pourri au lit, c’est pourquoi nous ne nous y rendrons plus jamais. Mais il est gentil, il aime les mêmes restaurants que moi, et nous nous entendons bien. Il est cardiologue à l’Hôpital pour enfants et travaille des heures de fou. Du coup, on ne se voit que sporadiquement.
Cela fonctionne pour nous.
Presley : Et on dit que le romantisme est mort ! Couches-tu avec lui ?
Moi : Non. J’essaie l’abstinence.
Presley : C’est comique. On dirait que Wyatt t’a subjuguée, hein ?
Moi : Dans ses rêves ! C’était bien, mais pas génial.
Je dis tellement n’importe quoi. Ce n’était pas seulement bien. Non, c’était de loin le sexe le plus incroyable que j’ai jamais eu. Le genre qui m’a subjuguée pour l’éternité. N’importe quel homme qui viendrait près de moi n’arriverait pas aux chevilles de ce que cet homme a fait à mon corps. Il a joué avec moi comme si j’étais son propre instrument. Chaque contact, chaque baiser, chaque action de sa magnifique langue ont été faits juste pour me faire plaisir. Je ne sais pas comment j’ai réussi à me sortir de là. Il a bouleversé ma vie, puis il est parti avant que je me réveille.
Nous n’avons pas tous des histoires d’amour épiques comme Presley. Je suis sûre qu’elle est tombée amoureuse de Zachary Hennington quand elle était encore dans le ventre de sa mère. Ils ont compris gamins qu’ils étaient faits l’un pour l’autre, puis ils se sont fiancés avant l’université, et ils ont ensuite rompu quand Zach a eu l’occasion de jouer au baseball professionnel. Il a accepté le contrat et a laissé Pres sans regarder derrière lui. C’est là qu’elle a rencontré mon frère. Todd l’a aimée à la minute où il l’a vue. J’ai menacé de le renier s’il ne faisait ne serait-ce qu’y penser. Je n’allais pas perdre ma meilleure amie parce que mon frère était troublé. Indépendamment de mes menaces, que je trouvais très convaincantes, ils ont fini par se marier et avoir des jumeaux.
Puis, Todd a tout détruit.
Je ne lui ai toujours pas pardonné son suicide et je me déteste pour cela, mais maintenant, j’ai un vide dans mon cœur qui ne se comblera jamais à cause de ce qu’il a fait. Il était mon meilleur ami et il s’est enlevé la vie sans aucune réponse.
Mon téléphone vibre après quelques minutes.
Presley : Désolée, je devais aider Zach. Je t’aime, Ang. Tout va bien aller. J’attendrai ton appel.
Moi : Je t’aime plus. Je t’appellerai pour te donner les mauvaises nouvelles.
Presley : Tu exagères.
Je ris quand j’entends frapper à la porte.
— Très bien, Angie. J’ai fait un test rapide pour vérifier votre taux de fer, qui est un peu bas, mais ça se rétablit facilement. Votre taux de sucre est bien, et nous allons envoyer le reste de votre prise de sang au laboratoire. Cependant, ce n’est pas ce qui vous a rendue aussi malade.
Il lève les yeux, et je me fige.
Des larmes se forment alors que je connais la nouvelle qu’il est sur le point de m’annoncer.
— Vous avez trouvé quelque chose dans mon sang ou y a-t-il autre chose ?
Les muscles de mon corps se contractent alors que j’essaie de réprimer la peur qui m’étouffe.
— Quelque chose d’anormal ?
Le médecin s’avance avec un sourire réconfortant.
— Détendez-vous, Angie.
— S’il vous plaît, l’imploré-je. S’il vous plaît, dites-le !
— Vous êtes enceinte.
Je suis bouche bée alors que j’essaie d’assimiler les mots qu’il a prononcés.
— Quoi ?
— Vous êtes enceinte, répète-t-il.
Non.
Non, non, Non. Nan. Je refuse. Je ne peux pas être enceinte. Je n’ai eu de relations sexuelles qu’avec une seule personne au cours des six derniers mois. Bon sang !
Je secoue la tête d’avant en arrière pour essayer de me sortir les mots de la tête.
— J’ai eu mes règles ! finis-je par crier. Le mois dernier ! Je ne peux pas être enceinte. Je n’ai pas eu de relations sexuelles avec qui que ce soit depuis des mois ! Le test se trompe. Vous vous trompez.
S’il y a quelqu’un dans ce monde qui ne devrait pas avoir le droit d’avoir des enfants, c’est moi. J’ai tué des plantes, d’innombrables poissons rouges, mon chat s’est enfui et je n’ai jamais eu ce truc d’horloge biologique.
Le médecin pose sa main sur mon bras.
— Ce n’est pas anormal d’avoir ses règles une ou deux fois. Mais je l’ai vérifié deux fois. Vous êtes enceinte. Toutes mes félicitations.
Le médecin tapote ma jambe et quitte la pièce. Oh, mon Dieu !
Je ne sais même pas quoi penser. Je ne peux pas être enceinte. Je veux dire, j’imagine que je le suis, mais ça ne va pas. Pas même un peu.
Je ne suis pas censée être à la mi-trentaine et enceinte. Cela ne fait pas partie du plan.
Presley : N’oublie pas de m’appeler quand tu sauras quelque chose.
Je regarde mon téléphone et essaie de trouver quoi dire. Je suppose que ce serait mieux en personne, en plus je dois le dire à Wyatt. Quelle vie de merde ! Les doigts tremblants, j’envoie un message texte.
Moi : On dirait que je viens à Bell Buckle. Tu vas probablement devoir faire le lit dans ta chambre d’amis.
CHAPITRE 2
— Mesdames et messieurs, le commandant demande d’attacher vos ceintures de sécurité. Nous traversons en ce moment une zone de turbulence. Veuillez retourner à votre siège et garder votre ceinture attachée.
Je serre la ceinture tellement fort que je suis sûre de m’évanouir, puis je la desserre, car je crains que cela puisse blesser le bébé. Je déteste l’avion. Je déteste être suspendue dans les airs quand, de toute évidence, les humains ne sont pas censés s’y trouver. Je suis dans un tombeau volant.
« Calme-toi, Angie. Tu peux le faire. Ce n’est pas plus effrayant que d’avoir découvert que tu étais enceinte il y a 48 heures. »
— Ça va ? demande un bel homme avec un grand chapeau de cow-boy posé sur ses genoux.
Je hoche la tête parce que je ne parviens pas à parler. Ma gorge est sèche, et je suis sûre que mon visage doit ressembler à celui de Casper.
— Tu n’as pas l’air bien.
Son accent devient plus marqué par l’inquiétude.
— Tu ne vas pas t’évanouir sur moi, n’est-ce pas ?
— Non.
Je lui adresse un petit sourire.
— J’ai beaucoup de choses en tête.
C’est peu dire. Après avoir quitté le cabinet du médecin, j’ai fait trois tests de grossesse chez moi parce que j’étais convaincue que le médecin avait tort. Ce n’était pas le cas. Alors, je me suis mise à manger tout un gros contenant de crème glacée Breyers. Au moins, cela explique quand j’ai fondu en larmes l’autre semaine en regardant Marie a un je-ne-sais-quoi . Je n’arrivais pas à comprendre ce qui me bouleversait autant, mais j’étais bien là… à pleurer. Pas étonnant, j’ai les hormones déréglées.
Je n’ai jamais été plus paniquée que maintenant. Je ne sais vraiment pas comment je vais faire ça. Tout ça. D’abord, je dois le dire à Wyatt, ce qui est la raison de ce voyage. Est-ce que je l’annonce tout de go ? Est-ce que je lui donne un chapeau avec écrit « Papa » sur le devant ? Peut-être devrais-je dire : « Hé, chéri… On va avoir un enfant et on a tous les deux presque 40 ans, alors prépare ton déambulateur pour la remise des diplômes du secondaire. » Ce n’est pas qu’il parle comme ça, mais peu importe. Je ne sais pas comment il réagira, mais la vérité, c’est que nous allons avoir un bébé, ce qui me donne envie de pleurer.
Puis, je dois trouver comment être une mère célibataire. Je n’ai jamais été plus reconnaissante envers Erin qu’en ce moment. Dès que je lui ai parlé du bébé, elle m’a immédiatement dit de prendre quelques jours de congé et d’aller dans le Tennessee. Peut-être que ce ne sera pas si mal.
— Je comprends, dit le très bel inconnu. Tu rends visite à ta famille ?
— Oui. Je vais voir ma sœur et mes neveux.
« Et le père de mon enfant. »
— Ils vivent dans une petite ville quelque part dans le Tennessee, expliqué-je.
— Il y en a beaucoup.
Il rit.
— Es-tu de Philly ou tu y faisais escale ?
— Non, j’y habite. J’y suis depuis près de 20 ans maintenant.
— J’ai passé une semaine là-bas. Endroit intéressant. J’ai été un homme du Sud toute ma vie. Je ne voyage pas beaucoup, mais mon frère s’est trouvé un travail en dehors de la ville, alors je l’ai aidé à déménager.
Mon cœur commence à retrouver son rythme alors qu’il me raconte son histoire.
— Il est sûr que ce n’est pas comme Nashville.
Je ris.
— En effet ! Mais on a un Starbucks.
Nous parlons encore un peu, et l’avion atterrit sans incident. C’est maintenant que le vrai bordel commence. Je vais devoir faire face à ma sœur et meilleure amie. Je vais devoir avouer ce qui ne va pas et pourquoi je suis ici. Ce ne sera plus mon secret.
Ce sera la vérité.
Tout commence maintenant.
— Merci de m’avoir calmée, dis-je au mignon cow-boy.
— Ce n’est pas tous les jours que je peux sauver une jolie femme.
Quand la porte de l’avion s’ouvre, il attrape son sac dans le compartiment supérieur, et je réalise quelque chose.
— Tu sais, dis-je alors qu’il commence à marcher, tu n’as jamais mentionné ton nom.
Il sourit, me tend la main et incline son chapeau.
— Je m’appelle Wyatt.
Évidemment !
Je débarque de l’avion et me dirige vers la zone des bagages. J’ai besoin que Presley me dise que ça va aller, parce que j’ai une peur bleue.
Chaque année qui passait, mon désir d’avoir une famille diminuait. Les hommes avec qui je sortais avaient l’air super sur papier, mais ils s’avéraient ne pas être ce dont j’avais besoin. Ils étaient égoïstes, narcissiques et je n’ai jamais été sur le point de vivre une relation stable. Il y a eu un gars après l’université, mais après six mois qu’on sortait ensemble, j’ai appris qu’il couchait avec quelqu’un d’autre, alors je l’ai laissé tomber. Après cela, ce furent des rendez-vous aléatoires avec du sexe de temps en temps.
J’ai vécu tous mes 36 ans satisfaite d’être l’amie qui ne se marie jamais, soit l’éternelle demoiselle d’honneur et jamais la mariée. Ça m’allait. J’aimais savoir que je pouvais aller où je voulais, quand je voulais. Mais maintenant, mes jours sans attache à quoi que ce soit sont finis pour longtemps.
Tout ça à cause d’une soirée de super sexe.
— Ang !
C’est ma meilleure amie qui m’appelle en courant vers moi.
— Je suis tellement désolée d’être en retard !
Des larmes commencent à se former au son de sa voix, et à la seconde où elle passe ses bras autour de moi, un sanglot s’échappe. Son étreinte déchaîne le flot d’émotions que j’avais réussi à maîtriser depuis mon retour de chez le médecin, mes valises à la va-vite et le vol. Maintenant, je ne peux plus les arrêter.
— Angie ? Qu’est-ce qui ne va pas ?
Elle se recule et me regarde dans les yeux. Je vois la peur dans son regard, mais ce n’est rien comparativement à ce que je ressens maintenant. Il n’y a pas de moyen facile de dire ça, et je sais qu’elle pense probablement que c’est quelque chose de pire qu’un bébé.
— Je suis… je suis… je suis tellement contente de te voir !
Il n’y a pas de bonne raison pour que je ne le lui dise pas. Je sais juste que je ne suis pas prête.
Elle laisse échapper un petit rire.
— Je suis contente de te voir aussi !
Ses yeux omniscients me transpercent tandis qu’elle étudie mon visage.
— Es-tu sûre que c’est tout ? Ce n’est pas que je n’aime pas te voir envahie par l’émotion d’être près de moi, mais on dirait que quelque chose ne va pas. Qu’a dit le médecin ?
— Ce n’est pas un cancer.
Ses épaules s’affaissent de soulagement.
— Dieu merci. J’étais vraiment inquiète quand tu m’as dit que tu venais me rendre visite et rien d’autre. A-t-il dit que c’était quelque chose de grave ?
Elle a probablement rendu Zach fou, car elle était clairement contrariée, mais je ne voulais pas lui dire ça comme ça. Je ne veux toujours pas le lui dire. Je veux son soutien, c’est pourquoi je suis venue, mais j’hésite à le dire à Wyatt en premier.
— Le médecin a dit que j’avais besoin d’une pause. Stress et tout ça.
J’agite la main avec dédain.
Elle fait la moue et met sa main sur sa hanche.
— Je ne te crois pas.
— Peu importe. Je ne pense pas que tu sois la bonne personne pour me faire la leçon sur les secrets.
Je hausse un sourcil. Elle sait très bien ce que je veux dire. Presley a vécu une grande partie de sa vie assombrie par des choses qu’elle a traversées seule. Quand mon frère s’est suicidé, seulement quatre personnes connaissaient la cause de sa mort. Elle s’est efforcée de protéger ses garçons. En faisant cela, elle n’avait personne pour l’aider à alléger son fardeau… jusqu’à Zach.
Même là, elle était peu encline à parler. Les secrets qu’elle gardait ont failli détruire sa vie.
C’est un coup bas, mais j’espère que cela me donnera le temps de rassembler tout mon courage pour lui dire que son autre meilleur ami, et futur beau-frère, m’a mise enceinte.
Je suis perdue.
Pres prend mon sac en silence.
— Je suis désolée, dis-je alors que je me sens comme une moins que rien. Je ne voulais pas dire ça. Je suis une petite peste.
— Je sais. Et je serai la première à te rappeler que les secrets causent des dégâts.
Elle me serre dans ses bras et me regarde avec inquiétude.
— Je t’aime et je suis inquiète. Je sais qu’il se passe quelque chose. Quelque chose que tu veux me dire, sinon tu ne serais pas là. Tu peux raconter ton histoire de stress à quelqu’un qui ne te connaît pas depuis près de 20 ans. Essaie encore.
Ah, celle-là !
— Donne-moi quelques heures.
— Que dirais-tu de s’arrêter au Starbucks avant d’aller à Bell Buckle ?
— On dirait que tu me connais bien.
Je souris. C’est la meilleure partie de notre amitié. Nous savons quand laisser tomber quelque chose et partageons une profonde affection pour le café.
Nous prenons nos boissons. J’ai discrètement commandé un décaféiné, ce qui constitue un réel blasphème, et nous prenons la route vers Bell Buckle. Nous discutons, et elle me dit tout sur l’organisation du mariage. C’est incroyable tout ce que cette fille a réalisé en quelques mois. Je ne devrais pas être surprise, considérant qu’elle a fait la même chose avec la pâtisserie. Un jour, c’était une idée, et le lendemain, la première chose que j’ai sue, c’est qu’on signait un bail. Presley est intelligente, travailleuse et a le plus grand cœur de tous ceux que je connais.
Quand nous arrivons aux abords de la petite ville, mes muscles se tendent. Nous traversons, et je me demande quand je verrai Wyatt. Ça va arriver, mais je ne suis pas prête du tout à avoir affaire à lui.
Je dois élaborer mon plan pour que lorsque je le verrai, j’obtienne des réponses. Est-ce que je veux faire ça complètement seule ? Mes parents et mon frère vivent en Floride (d’où je resterai loin), Presley vit ici, au Tennessee, et le père du bébé… Je n’ai personne à Media en dehors des gens qui travaillent pour moi. Avoir un bébé est déjà assez difficile pour les couples mariés, mais être une mère célibataire sans réseau, ce sera presque impossible.
Une nuit fantastique a suffi à complètement changer ma vie.
— Angie ? dit Presley, qui détourne mon attention de la fenêtre.
— Quoi ?
— Je te demandais si tu voulais sortir ce soir avec Grace et Emily. Elles adoreraient te voir.
Je soupire en réalisant que je ne peux pas sortir boire.
— Je ne sais pas. Je n’ai pas la tête à ça. Et je suis vraiment fatiguée.
Je suis fatiguée tout le temps maintenant.
Presley me regarde, visiblement désorientée.
— Hmm… Je te connais depuis longtemps, et tu n’as jamais refusé une soirée en ville. Es-tu encore malade ? Tu as l’air bien.
L’envie de tout déballer atteint son sommet. Des larmes commencent à se former, et je regarde par la fenêtre pour éviter son regard. Tout va changer. Je suis tellement dépassée.
— Non. Je veux dire, je vais bien. Ça ira. Je préfère rester à la maison. Peut-être demain ?
Dévoiler cette primeur va changer toute la conversation. Presley est une mère fantastique, et je sais qu’elle verra cela comme quelque chose de génial.
Ce n’est pas que je n’aime pas les enfants, mais je ne me suis jamais vraiment vue comme une mère. Je me satisfais de mon appartement branché au centre-ville de Philadelphie, de la pâtisserie et de ma vie sentimentale merdique. C’est tout ce qui fait de moi, moi.
Tout à coup, je comprends. Personne ne voudra sortir avec moi maintenant.
Je vais être la mère célibataire dont les gens ont pitié.
Je vais être seule.
Je pose ma main sur ma bouche comme une larme coule.
— Angie.
Presley se gare au bout de son allée de terre.
— Angie, regarde-moi.
Je secoue la tête.
— Je vais bien. Ça va.
— Qu’a dit le médecin ?
Sa voix est si pleine d’amour et de compassion. Il y a quelque chose au plus profond de moi qui me dit qu’elle sait.
Je me tiens le ventre et me retourne pour la regarder.
— Je suis enceinte. Je suis…
— Merde ! Tu es enceinte ?
Presley s’empresse de couvrir sa bouche.
— Apparemment.
Je ne peux qu’imaginer tout ce qui se bouscule dans sa tête. Ma poitrine commence à se soulever alors que je pense à ce gâchis absolu. J’ai déjà été dans la merde, mais c’est un tout nouveau niveau. Je vais avoir quelque chose qui a besoin de moi pour survivre. Il est impossible que je sois capable de gérer ça. Je peux à peine gérer ma propre vie, alors encore moins un autre être vivant.
— Oh, mon Dieu ! Je ne peux pas faire ça !
Presley me prend dans ses bras alors que je pleure.
— Ça va aller.
— Non.
Je me recule.
— Ça n’ira pas. Je ne peux pas avoir de bébé ! Je ne peux même pas prendre soin d’une plante. Je suis seule là-bas. Comment vais-je faire ça ?
— Tu peux le faire parce que tu es forte et aimante. à combien de mois en es-tu ?
Je lève mes yeux vers les siens et je m’étouffe presque en formulant mes prochains mots.
— Deux mois.
— Ça veut dire…
Je vois son esprit s’emballer comme elle calcule.
— Oh ! Oh, mon Dieu ! Tu étais ici il y a deux mois ! Quand Zach m’a demandée en mariage !
— Ouais.
Ma voix est chargée de désespoir.
— Wyatt ?
— Oui. Ce putain de Wyatt. Pourquoi suis-je si stupide ? Pourquoi, de tous les putains de gars dans le monde, a-t-il fallu que ce soit lui ? Le mec qui a passé toute sa vie à t’attendre. Le fichu gars qui m’a quittée au milieu de la nuit pour que je me retrouve seule dans son lit ? Je veux dire, ça n’aurait pas pu être un mec de Philadelphie, pour que ma vie entière n’implose pas ?
Son sourire s’illumine, et ses yeux brillent de tendresse.
— Je sais que tu flippes. Je ne te blâme pas, mais ça va aller. Tu verras, ça va aller. Tu vas avoir un bébé ! Et peut-être qu’il y a une raison pour laquelle il t’a quittée cette nuit-là… Au fait, tu ne m’en as jamais parlé.
C’est là-dessus qu’elle s’attarde ?
— Comment ? Comment ça va bien se passer ?
— Ça ne fait pas partie de tes projets, je te l’accorde. Mais Wyatt sera un super papa.
Je secoue la tête.
— Je ne sais même pas ce que je vais faire. Peut-être que je ne le lui dirai pas. Peut-être que je ne vais pas le garder ni même l’avoir.
Elle me connaît assez bien pour ne pas répondre. Je ne suis peut-être pas contente de ça, mais je sais que je le garde. Presley le sait aussi. C’est juste trop. Trop de choses à penser. Le dire à Presley était la partie facile. C’est le dire à Wyatt qui sera difficile. Il a le droit de savoir, mais c’est la dernière chose que je veux lui dire. Avec ça viendra un feu roulant de questions et de problèmes. Des choses que je n’ai même pas comprises moi-même.
— C’est ton choix, chérie. Mais je peux te dire que ce n’est pas toi.
Je grommelle.
— Je te déteste.
— Je te déteste aussi.
— C’est de ta faute si c’est arrivé !
Je lève mes mains dans les airs. Les yeux de Presley s’écarquillent.
— Moi ?
— Ouais, dis-je en la pointant du doigt. Si tu ne m’avais pas fait venir, je n’aurais pas couché avec lui. Si tu n’étais pas retombée amoureuse de Zach, je ne serais pas là.
— Eh bien, puisqu’on se rejette le blâme, si tu n’étais pas allée à l’université dans le Maine et que tu n’avais pas été ma colocataire, je n’aurais pas rencontré Todd. Si je n’avais pas rencontré Todd, je n’aurais pas été mariée et je n’aurais pas vécu en Pennsylvanie. Si tout ça n’était pas arrivé, je ne serais pas de retour à Bell Buckle. Alors, à qui la faute revient-elle vraiment ?
— Je réitère que je te déteste.
Elle rit et remet la voiture en route.
— Je t’aime aussi.
Nous nous approchons de la maison, et les garçons sont déjà là à nous attendre, sautant et gesticulant. La tristesse et l’appréhension que j’ai ressenties il y a quelques instants se dissipent alors que je me précipite hors de la voiture.
— Cay ! Logan !
— Tantine !
Je les prends dans mes bras et les serre. Ce sont de si bons enfants. Ils ont traversé l’enfer, mais sourient quand même. Cela est dû en grande partie aux familles de Presley et de Zach, ce qui inclut Wyatt.
— Mes chéris ! Comment va l’école ? demandé-je, sachant que les grognements viendront.
— C’est super ! Logan a une petite amie ! ricane Cayden.
— Ah ?
— C’est pas vrai !
Logan donne un coup à Cayden. Je ris et me sens instantanément plus légère.
— Angie, dit Zach avec un sourire de sa place sur le porche. Je suis content que tu sois là. Pres a besoin de quelqu’un pour la freiner dans l’organisation du mariage.
— Je ne sais pas si je serai utile là-dedans.
Je souris tout en avançant pour l’embrasser.
Il y a des moments où mon frère me manque plus que tout, et celui-ci en est un. Je ne serais pas en train d’étreindre cet homme en ce moment. Je serais en boule sur le canapé — pas enceinte — avec ma belle-sœur et mon frère. Nous aurions du vin et parlerions des garçons et du fait que je devrais cesser de vivre comme si j’avais 20 ans. Todd se plaindrait que personne n’est assez bien pour moi, mais deux secondes plus tard, il déblatèrerait sur le fait que je vais mourir seule si je ne trouve personne d’à moitié convenable. Cela aurait fini avec nous en train de rigoler et moi, qui m’endormirais sur le canapé. Le matin, j’irais chercher des beignets, discuterais avec Todd des nouvelles du jour, puis retournerais chez moi. J’aimerais que ce soit lui que je serre dans mes bras.
— Tu es superbe.
Il sourit.
Je me sens comme une véritable épave.
— Merci. L’endroit est magnifique !
— Nous sommes tellement heureux ici, dit Presley alors qu’elle passe son bras autour de la taille de Zach.
La dernière fois que j’étais ici, ils montaient les murs, et il y avait un flot constant d’entrepreneurs. Mais c’est magnifique. La maison est immense et donne sur le lac sur la propriété de Zach. Le vaste balcon meublé de chaises Adirondack qui fait le tour de la maison, leur offre une vue parfaite. C’est tout nouveau, mais la façon dont ils ont construit la maison donne l’impression qu’elle a toujours existé. Je me délecte de l’ensemble et je me sens heureuse pour mon amie. Indépendamment de ce que je traverse, Presley mérite une vie remplie de tout ce qu’elle pourrait vouloir.
— C’est parfait. Je…
— Eh bien, eh bien.
C’est une voix que je reconnaîtrais n’importe où.
— Si ce n’est pas la Citadine.
Fils de pute.
Je me retourne et me retrouve nez à nez avec le sourire étincelant, les yeux couleur de miel et les cheveux bruns dont j’ai rêvé. Wyatt Hennington est devant moi avec des jeans ajustés et une chemise noire, et il me regarde, de la passion dans les yeux. Tout à l’intérieur de moi se noue, surtout mon ventre. Mon Dieu qu’il est sexy ! Je me retiens de lui sauter dans les bras et me souviens de la façon dont il embrasse. Un frisson parcourt ma colonne vertébrale alors que cette nuit me revient. Pourquoi mon corps réagit-il ainsi ?
Il tend la main de sorte que ses doigts parcourent ma joue, me touchant à peine. Ma peau brûle comme il approche de mes lèvres. Je suis comme une statue, à le fixer. Il ne devrait pas être capable de me rendre muet, mais il le fait.
— Pourquoi es-tu ici ? demandé-je avec une pointe de déception.
Wyatt Hennington me tient captive alors qu’il se rapproche.
— Tu es magnifique, Ange.
Le rythme de mon cœur devient saccadé à la façon dont son regard s’intensifie en disant cela.
— Pourquoi n’allons-nous pas à l’intérieur ?
Presley me sauve, et je laisse échapper un soupir de soulagement.
— Super.
— Viens, tantine, je vais te montrer ma nouvelle chambre ! dit Cayden, qui se retourne et court dans la maison en laissant Logan derrière lui.
Ok, donc ce n’est pas ce que j’avais planifié, mais encore une fois, rien ne semble aller dans mon sens. Je peux supporter d’aller à l’intérieur, de manger et d’attendre qu’il parte. Ensuite, je pourrai paniquer. J’ai un peu de temps pour garder ça pour moi. Un plan. Il me faut un plan.
— Eh bien, viens, dit Presley d’une voix teintée d’amusement.
— On vous rejoint, dit Wyatt, et je le regarde, stupéfaite, alors que Presley et Zach entrent, fermant la porte derrière eux.
Ma mâchoire tombe mollement. Je ne peux pas être seule avec lui. Je ne suis pas prête à lui dire quoi que ce soit. En fait, c’est la fichue raison pour laquelle je suis ici. Mais pas encore.
— Je crois que je devrais rentrer…
Je commence à avancer.
Les doigts de Wyatt agrippent mon bras, m’arrêtant.
— Parle-moi une seconde.
Je me retourne, regarde ses doigts, puis ses yeux.
— Il n’y a rien à dire.
— Comment vas-tu, Ange ?
— Je vais très bien. Merci d’avoir demandé. Je vais à l’intérieur maintenant.
Je commence à m’éloigner, mais il me tient.
Le fait qu’il ne se soit jamais marié est un mystère pour moi. Selon tout ce que Presley dit, c’est un homme super. Il est gentil, loyal, prévenant, il est visiblement sexy, mais il refuse de s’engager sérieusement. Je me demande souvent quelle part de cette décision a un rapport au fait qu’il était amoureux de ma belle-sœur. Il a passé toute sa vie à l’aimer et à la regarder aimer son frère.
Elle et moi en avons parlé longuement. Son cœur s’est brisé quand il lui a dit il y a des années ce qu’il ressentait. Ils étaient très bons amis depuis qu’ils étaient petits, et ils le sont toujours, mais elle n’a jamais partagé ses sentiments. Wyatt est l’homme qui a remis Zach dans ses bras. Il l’aimait tellement qu’il l’a laissée partir.
— Ne sois pas comme ça.
Il passe son pouce sur mon poignet.
Je n’arrive pas à croire que ceci arrive maintenant. Je pensais que j’aurais un jour ou deux avant de le voir. Visiblement, ce n’est pas le cas. J’ai à peine eu le courage de parler à Presley, et maintenant, je dois trouver un moyen de lui dire. Chienne de vie !
— Je veux juste aller à l’intérieur, Wyatt. J’ai vraiment besoin de parler à Presley.
Je termine ma phrase d’une voix tremblante. Si je peux m’éloigner de lui, je pourrai me remettre les idées en place. Je ne suis là que pour quelques jours. Je pensais que nous pourrions nous parler pendant, disons, cinq minutes avant mon départ, et qu’ensuite, je pourrais continuer mon petit bonhomme de chemin.
— Eh bien, je crois qu’on devrait se parler de la dernière fois où tu es venue ici.
Sa voix baisse d’une octave.
— Je ne crois pas que ce soit approprié.
Je retire ma main.
Je retiens mes paroles sur la façon dont la dernière fois que j’étais ici, notre « conversation » a changé le cours de nos vies.
— Je crois que oui.
— De quoi aimerais-tu parler, Wyatt ?
— On pourrait laisser tomber la discussion, si tu préfères. Je suis sûr que Presley et Zach ne seraient pas dérangés d’avoir leur maison pour eux.
Il attrape à nouveau mon poignet et me rapproche.
— Et tu peux essayer de me draguer. Seulement, cette fois-ci, je ne te résisterai pas.
Salaud.
— Je crois que tu es troublé.
Je n’étais pas celle qui lui court après, c’est lui.
— Tu m’as voulue à la minute où tu m’as vue. Tu regardais chaque fois que je me penchais, tu ne pouvais pas t’en empêcher, n’est-ce pas ?
La chaleur entre nous ne fait que monter d’une centaine de degrés.
— Tu me voulais, Wyatt Hennington. C’est toi qui étais trop occupé à essayer de me charmer. J’étais là pour mon amie, et tu t’es donné pour mission de coucher avec moi.
Nos bouches sont à quelques centimètres l’une de l’autre. Ce serait si facile de l’embrasser. Le désir que nous ressentons tous les deux éclipse toute colère ou frustration. Tout ce qui nous entoure, c’est cela. Je respire son odeur. La chaleur se dégage de son corps. Un corps que je sais être solide et vraiment pas loin de la perfection.
« Embrasse-moi, Wyatt. »
Non. Je ne veux pas ça. Ce sont les fichues hormones.
— Tu ne me connais même pas, dit Wyatt alors que nos nez se touchent presque. Tu n’as aucune idée de ce que je faisais.
— Je sais ce que tu ne faisais pas .
Je recule.
— Tu n’étais pas un gentleman.
Il sourit.
— Si je me souviens bien, tu n’aimes pas les gentlemen.
— Peut-être que je les aime après !
Il a raison. J’avais beaucoup aimé qu’il ne soit pas un gentleman pendant que nous étions au lit ensemble. Ce que je n’avais pas aimé, c’est me réveiller et découvrir qu’il était parti, comme s’il s’attendait à ce que je prenne la porte. Je me suis sentie comme une vraie prostituée. Cette pensée m’arrête une seconde. Je ne sais pas… Peut-être l’étais-je. J’ai abandonné assez rapidement. Je suppose que la pensée « Pourquoi s’engager quand on a tout sous la main ? » était de mise. Mais ça ne veut pas dire que je ne suis pas énervée.
— Tu ne manques pas d’air.
Je libère mon bras.
— Pourquoi diable es-tu si fâchée ?
Cet homme est complètement fou.
— Tu m’as laissée ! Je me suis réveillée et tu n’étais plus là !
Je ne peux même pas y croire.
— J’ai attendu 30 minutes. Ensuite, il était clair que tu étais parti pour que je prenne la porte. Ce que j’ai donc fait. Voilà tout le charme du Sud !
— Les femmes ! Vous êtes les créatures les plus déroutantes sur la planète.
Wyatt se rapproche de moi et attrape ma taille.
— Tu n’es pas mieux ! Tu me cours après pendant presque deux ans, en me disant à quel point c’était fantastique la dernière fois et toutes les nouvelles choses que tu veux me faire, mais une fois que tu as eu ce que tu voulais, tu es partie.
Sa main reste là où elle se trouve, même quand j’essaie de reculer, alors je continue.
— Et pour couronner le tout, tu n’as même pas pris la peine d’essayer de m’appeler ou quoi que ce soit après. Je veux dire, rien.
Je plisse les yeux tellement je suis énervée.
— Ne fais pas comme si tu ne pouvais pas obtenir mon numéro de téléphone, Wyatt Hennington. Je n’en valais tout simplement pas la peine.
— Chérie.
Il se penche plus près.
— Ne m’appelle pas « chérie ».
— Mon cœur, dit-il en souriant. Je travaille. Tous les jours.
Et ça me concerne en quoi ?
— À la bonne heure !
Je croise les bras et j’attends qu’il finisse. Je ne sais pas en quoi travailler pour les parents de Presley a quelque chose à voir avec son départ.
Wyatt ignore ma remarque et continue :
— Tu vois, ici, les chevaux se foutent qu’on soit dimanche. Ils ont besoin de manger. Et comme je travaille pour les Townsend, je dois m’assurer que tout va bien à la ferme. Je ne t’ai pas quittée et je ne voulais pas que tu partes, mais je n’allais pas te réveiller à cinq heures du matin… pas à moins que ce soit pour une autre manche.
Je n’ai même pas pensé qu’il pouvait travailler. J’ai supposé qu’il en avait fini avec moi, mais j’avais apparemment tort, ce qui me contrarie. Je ne sais pas pourquoi. Pas que ça compte, parce que ce n’est plus ce qui m’importe de toute façon.
— Mais qu’est-ce que tout ça veut dire de toute façon ? demandé-je au ciel.
Wyatt touche ma joue.
— Ça veut dire que je ne voulais pas que tu partes, Angie Benson. Ça veut dire que j’ai aimé t’avoir près de moi. Ça veut dire que la prochaine fois que tu es dans mon lit avec tes cheveux blonds sur mon oreiller, tu devrais rester. Ça veut dire que je voulais que tu restes.
Le lien entre nous est si fort qu’il me terrifie. Je connais à peine cet homme. Il habite au Tennessee et il monte un cheval fringant. Il est le contraire de moi dans tous les sens. Pourtant, le désir de l’embrasser est immense. Je me rappelle qu’il ne sait pas qu’en raison de la nuit en question, nos vies seront pour toujours liées. Nous avons créé une vie, et maintenant, ce sont les deux nôtres qui sont transformées.
— Dis quelque chose, me presse-t-il.
Je dis la seule chose qui compte le plus.
— Je suis enceinte.
CHAPITRE 3
W YATT
Elle est quoi ?
— Pardon…
Je secoue la tête.
— Tu es quoi ?
— Je porte ton bébé.
Pourquoi est-ce que ça sonne comme si son chien venait de se faire écraser ?
— Tu es sûre ?
— Oui, je suis sûre. C’est pour ça que je suis là, putain ! Félicitations, papa.
Elle continue à parler, mais je n’entends rien.
Elle est enceinte.
Je vais avoir un enfant.
Je repasse cette nuit en revue pour voir comment diable cela a pu arriver, mais nous avons été sérieux. Il ne s’est rien passé, que je sache. Les préservatifs étaient fiables. Oui, nous avons un peu picolé ce soir-là, mais je n’étais même pas saoul.
Cela est faux. Je suis prudent. Vraiment très prudent. Ça ne peut pas être le mien.
— Chérie, dis-je, maintenant que j’ai compris.
Ses yeux scrutent les miens.
— Je suis désolé d’apprendre que tu passes par là…
Ses lèvres s’entrouvrent. Elle a le souffle coupé.
— Mais ce n’est pas mon bébé. Je me sens mal et tout, mais il ne peut absolument pas s’agir du mien.
— Es-Tu-En-Train-De-Te-Moquer-De-Moi ?
Angie crie chaque mot.
— Pas le tien ?
Sa voix devient plus forte.
— Je n’ai couché avec personne d’autre ! Ça fait neuf semaines. Fais tes calculs, petit génie.
Je la regarde taper du pied pendant qu’elle attend.
— On a utilisé un préservatif.
Je peux voir la fumée sortir de ses oreilles.
— J’ai une nouvelle pour toi ! Il n’a pas fonctionné !
— Tu es absolument sûre ? demandé-je à nouveau. Je veux dire, à cent pour cent.
— Oui, Wyatt. Je suis enceinte à cent pour cent.
Elle soupire, puis ajoute comme pour clarifier une fois de plus que je vais bien être papa :
— De ton bébé.
— Merde.
C’est possible, et je doute qu’elle soit venue jusqu’ici pour me tromper. Ce n’est pas comme si elle m’aimait beaucoup ou pensait que je suis un type super. Si elle en est à neuf semaines, ça correspond exactement à sa venue ici la dernière fois. Il est également raisonnable de penser que ma future belle-sœur le sait, et elle ne mentirait pas, pas à ce sujet.
— C’est ce que je dis. Donc voilà… Nous allons avoir un bébé. Tu es le père.
Ses yeux me transpercent.
— Alors, maintenant, quoi ?
— Ok.
Je commence à faire les cent pas alors que mon esprit se fait à l’idée que c’est bien mon enfant.
— Tu es enceinte. Exact ? Je veux dire, ce n’est pas idéal, mais ce n’est pas la fin du monde. Ça ira.
— Ça ira ? En quoi ça ira ?
Les yeux d’Angie commencent à se remplir de larmes.
— Rien de tout ça n’ira, Wyatt.
Mon besoin d’arranger la situation se met en marche. Je suis un homme. Un homme qui peut arranger les choses. Donc, c’est ce que je vais faire.
— Je vais te dire comment ça va se passer. Tu vas déménager ici. Nous allons nous marier. J’agrandirai la maison, et on s’organisera. Tu peux toujours travailler pour mon frère. Après, je reprendrai mon rôle en tant que propriétaire afin que nous puissions…
— Woh ! Attends un peu, mon vieux ! hurle Angie. Es-tu fou ? Nous marier ? Déménager ici ? Pas question !
Elle secoue la tête et commence à chercher son air.
Je me précipite et saisis ses épaules.
— Du calme. Respire.
Elle prend quelques profondes respirations pendant que je l’emmène vers les marches.
— Assieds-toi. Tu dois te calmer.
Angie me regarde, et je comprends tout. Ses peurs sont claires dans ses yeux d’un bleu profond. Je suis surpris par le fait que je ne peux pas m’empêcher de penser à quel point elle est jolie. La première fois que je l’ai vue, je l’ai voulue. C’est étrange, parce que j’ai toujours été attiré par les brunes aux yeux verts. Pas étonnant ! Mais Angie, c’est autre chose.
Son attitude ne la rend que plus irrésistible. Nous avons fait l’amour une fois, et j’ai su que je devais la posséder à nouveau. Quand elle est revenue pour les fiançailles de Zach et Presley il y a quelques mois, elle était plus que disposée pour la deuxième manche. Le sexe a été explosif, mais plus que ça… J’étais attiré par elle comme par personne d’autre.
Elle m’a allumé, puis m’a laissé brûler. Personne ne peut me blâmer. Elle avait raison quand elle a dit que je n’avais jamais appelé, mais je n’ai pas eu de nouvelles d’elle non plus. Je suis parti pour m’occuper du ranch et quand je suis revenu, elle était partie. Presley m’a dit qu’elle avait pris un vol tôt pour rentrer chez elle, et ce fut la fin de notre aventure. Quand Zach a laissé échapper qu’Angie venait en ville, je me suis dit que nous devions régler quelques trucs, alors je suis venu. Je n’avais aucune idée que cette fille était enceinte.
— Je ne t’épouserai pas.
Son air de défi est mignon.
— Tu changeras d’avis.
— Je ne déménage pas ici non plus.
Angie croise les bras.
C’est ce qu’on verra.
— Nous allons y travailler.
— Je ne plaisante pas. Je suis enceinte, mais ça ne veut pas dire…
— Ça veut tout dire, dis-je en lui saisissant la main. Ça veut tout dire pour moi. Je refuse que tu élèves notre bébé en Pennsylvanie. Et ça veut dire que tout est différent.
Elle soupire et recule sa main.
— Il y a une minute, tu ne pensais même pas que c’était le tien. Et maintenant, tu veux soudainement m’épouser ?
— Je ne voulais pas te blesser, Angie. Mais tu te pointes ici après des mois sans un mot, et tu m’annonces que tu es enceinte. Je ne suis pas sûr de ce que tu attends.
Elle se lève et laisse échapper un grognement avant de me regarder.
— Je n’attends rien.
— Eh bien, maintenant, tu peux t’attendre à ce que je sois un homme et que je prenne mes responsabilités. Ça veut dire que nous nous marierons, que tu déménageras et que je prendrai soin de toi.
— Tu es fou !
Elle agrippe le côté de sa tête.
— Peut-être que ça se passe comme ça à Bell Buckle, mais pas d’où je viens. Je ne vais pas t’épouser juste parce que je suis enceinte. Nous n’avons pas 16 ans, et on n’est pas au lycée. Je n’ai pas besoin de quelqu’un pour « prendre soin de moi ».
Elle mime des guillemets.
— La dernière chose qu’on devrait faire, c’est se marier par obligation. Ce n’est pas juste, ni pour nous ni pour notre enfant. Tout ira bien pour moi.
Qu’est-ce qui ne va pas chez les femmes ? Sont-elles toutes si têtues ? Ou peut-être que ce sont juste les femmes avec qui je me retrouve tout le temps.
— Mettons une chose au clair.
Je me déplace pour que nous soyons face à face.
— Tu n’es pas seule. On est deux. Nous, dis-je en déplaçant ma main d’avant en arrière entre nous, allons avoir un bébé. Toi et moi. Pas toi seule.
— Je l’apprécie, vraiment, mais je ne sais pas grand-chose à propos de toi, sauf que tu es amoureux de ma meilleure amie depuis que tu es gamin et que tu es vraiment bon au lit.
Je ne manque pas la souffrance qui pointe dans ses yeux quand elle dit la première partie. Elle n’a pas tort.
— On se connaît depuis presque deux ans maintenant. Tu en sais plus que ça sur moi.
Merde ! Ça fait vraiment si longtemps. Nous avons passé tout ce temps à nous quereller, à nous taquiner ou à baiser.
— Exact.
— Et tu en sais beaucoup plus que les conneries que tu as balancées.
Je la défie.
— J’ai passé une grande partie de ma vie à aimer Presley, mais j’ai passé autant de temps à savoir qu’elle n’était pas pour moi. Tu sais que je ferais à peu près n’importe quoi pour quelqu’un. Tu as vu comment je suis avec Cayden et Logan.
— Je sais.
Elle finit par tourner les yeux vers les miens.
— Je sais que tu es un bon gars, mais je ne te connais pas vraiment.
— Tout comme je ne sais pas grand-chose sur toi, à part que tu aimes vraiment quand je fais ça avec mes dents…
Elle me tape le bras de sa main libre.
— Tais-toi.
— Je dis juste que nous avons tous les deux beaucoup à apprendre l’un sur l’autre. Mais vu que nous sommes sur le point de passer le reste de notre vie à élever un enfant, je crois que nous devrions passer du temps… ensemble avant que ça n’arrive, non ?
Je le formule comme une question, mais la vérité, c’est que je serai là pour ce bébé.
Je ne laisserai pas mon enfant grandir sans père. Je veux lui apprendre à chasser, à cultiver la terre, à monter à cheval et à faire beaucoup de choses viriles. Si c’est une fille, elle sera une princesse, et je m’assurerai de lui apprendre quels fripons sont les petits garçons. Je mérite cette chance. Je ne la laisserai pas emmener notre enfant au nord, où je ne peux pas faire partie de sa vie. Ce n’est pas juste, et ça n’arrivera pas… qu’elle le veuille ou non.
CHAPITRE 4
A NGIE
— Je ne pense pas que c’est une si mauvaise idée de déménager ici, dit Presley, qui s’affaire dans la cuisine.
Wyatt et Zach sont partis travailler au ranch, alors comme nous sommes seules, Pres a profité de l’occasion pour essayer de me vendre toutes les idées qu’elle a concoctées ces dernières heures.
— Me connais-tu un peu ? Est-ce que je ressemble au genre de fille qui peut se réveiller dans une ferme ? Je n’aime pas le bétail. Je n’aime pas me salir les mains. Je vais mourir ici parce qu’un coyote va me manger ! Je suis une citadine. Je ne peux pas supporter le manque de magasins, de restaurants et de vie en général, ici.
J’ai toujours vécu en ville. Il n’y a pas une chose que je n’aime pas dans ma façon de vivre. J’ai tout ce que je peux désirer.
— Tu nous aurais, nous, dit-elle en gardant les yeux baissés.
— Ohhh non, ne fais pas ça.
Je vois le jeu qu’elle joue. Pres ne voulait pas quitter la Pennsylvanie, mais elle n’avait pas le choix. Moi, oui. Je n’ai pas besoin de vivre ici. Je peux m’offrir une chouette vie, seule. Est-ce que ça craint ? Ouaip. Mais je peux gérer. Venir ici serait un plus grand bouleversement que d’avoir un bébé à Philadelphie.
— Tu ne peux pas te servir de ça pour avoir ce que tu veux.
Elle lève les yeux alors qu’elle pose le couteau sur le comptoir.
— Je ne me sers de rien. Regarde…
Ses traits s’adoucissent.
— Tu es là-bas, toute seule. Tes parents sont partis. Ton frère n’est plus là. Je suis partie. Je veux connaître ma nièce ou mon neveu. Il y a tellement de choses ici qui te faciliteraient la tâche, Ang. Tu aurais tout un réseau de support. Je trouve que tu es têtue.
— Pas du tout !
Eh bien, oui, en quelque sorte. Je sais qu’elle a partiellement raison, mais j’ai l’impression de tout perdre.
— Je ne peux pas déménager ici. Je ne peux pas tout abandonner parce que Wyatt vit ici et moi, là-bas. Et la pâtisserie ? Et ma vie , Pres ? J’ai l’impression d’être foutue dans les deux cas.
— Tu as Erin à la pâtisserie. Elle est plus que capable de gérer le magasin quelque temps. C’est pour ça que tu l’as engagée.
Presley me relance :
— Quant à ta vie, chérie, elle va complètement tourner autour du bébé. Tu verras. C’est le travail le plus gratifiant que tu auras jamais.
Je grommelle.
— Je ne suis pas prête pour tout ça. Je ne voulais pas d’enfants. Je veux dire, je voulais en théorie, mais plus les années passaient, plus je me faisais à l’idée de ne pas en avoir. Et maintenant, je vais avoir un bébé avec un type qui vit à quatre États de moi. Ça craint. Ce n’est pas idéal du tout.
Elle ne comprend pas. Je ne m’attends pas à ce qu’elle le fasse. Je ne sais pas quelle est la bonne chose à faire. Tout ce que je sais, c’est que je suis vraiment enceinte et que les choses vont changer radicalement après la naissance de ce petit être.
Presley fait une pause, puis son visage s’éclaircit.
— Et si tu restais jusqu’à l’arrivée du bébé ? Ou peut-être jusqu’au mariage, et ensuite, tu verrais ce que tu ressens ?
— J’ai besoin d’un verre, grogné-je. Mais je ne peux pas ! Je déteste déjà être enceinte.
Elle rit et retourne à la cuisine.
— Tu n’as pas idée, mon amie.
— Tu peux te taire maintenant.
— Tout ce que tu veux.
Presley sourit et retourne à ses occupations.
Nous restons dans un silence apaisant. Je me donne quelques minutes pour me calmer et commencer à dresser une liste des avantages et des inconvénients. Je n’arrive pas encore à croire que je l’envisage ne serait-ce qu’une seconde. J’adore Bell Buckle — en théorie. C’est paisible, riche en patrimoine et en belles maisons. Il y a tellement d’histoire que je n’ai même pas besoin de chercher pour la trouver. C’est juste que ce n’est pas chez moi et que je peux trouver plein d’histoire à Philadelphie. Ici, je ne peux trouver aucun restaurant chinois ni aller me chercher un cheesesteak chez Geno. Je vais devoir cuisiner. Ma venue ici signifie aussi perdre la pâtisserie. Cela signifie abandonner la seule chose que j’ai vraiment faite seule.
Bon sang, ça craint. Déjà tout ce à quoi je peux penser, c’est à la nourriture.
Mais dans les avantages, il y a les gens. Presley, Cayden, Logan, sa famille, Zach, Wyatt et sa famille. Ils seront là pour m’aider avec le bébé, et ils m’ont déjà acceptée dans la famille. C’est un gros avantage. Je n’aurai pas ça à Philadelphie. Le type du restau chinois ne viendra pas surveiller le bébé pour que je puisse prendre une douche. Je frémis. Ce serait bizarre et dégoûtant. En plus, ce n’est pas important que j’aie tous les cheesesteak s du monde. Ils ne me donneront pas une épaule pour pleurer. Je ne peux pas non plus ignorer le fait que lorsque je suis à Philadelphie, Presley et les garçons me manquent. Je mentirais si je ne souhaitais pas que nous vivions à nouveau dans la même ville.
— Pres, murmuré-je. J’ai peur.
Quand je détourne mon regard du comptoir que je fixais, elle y est déjà adossée à me regarder. Je connais ce regard. Je l’ai vu plusieurs fois. Elle essaie de trouver un moyen de me déstabiliser.
— Je sais. J’aurais peur aussi. C’est beaucoup pour toi, et je ne peux pas te donner les réponses, mais je peux te dire que tu es aimée. Tu aurais beaucoup de gens qui pourraient t’aider.
— Où habiterais-je ?
Sa bouche s’ouvre et se referme avant de laisser échapper un profond soupir.
— Tu sais que tu peux vivre ici, n’est-ce pas ?
— Je ne peux pas.
Je secoue la tête.
Elle va se marier dans six mois. La dernière chose que je veux faire, c’est perturber sa nouvelle vie avec Zach. Il n’y a pas l’ombre d’un doute qu’ils m’accueilleraient. Mais je ne pense pas seulement à eux, je pense à moi aussi. Je la tuerais. Je l’aime, mais vivre avec elle n’est pas de tout repos. J’aime pouvoir enlever mes chaussures n’importe où et manger de la glace à même le contenant. Presley veut que les chaussures soient bien placées en rangée près de la porte et croit qu’il y a une raison pour utiliser un bol. Nous sommes différentes. Je suis plus ouverte d’esprit. Elle est plus organisée.
Je dois vivre seule.
— Pourquoi pas ?
Je lui adresse un regard qui dit tout ce que je pense, et elle rit. Elle sait que si je ne la tue pas d’abord, c’est elle qui m’achèvera.
— Alors, la seule autre option, c’est Wyatt.
Je soupire. Ah, lui !
— Tu sais qu’il a eu la stupide idée macho de dire que nous allions nous marier ?
— Je ne suis pas surprise. Ce n’est pas macho, c’est être du Sud.
— C’est-à-dire ?
— C’est-à-dire qu’il veut prendre soin de toi. C’est un type bien, Ang. Il prendra toujours ses responsabilités. Il a été élevé de cette façon, et sa mère l’a bien élevé. Il peut agir comme un enfant la plupart du temps, mais il se comportera bien pour ce bébé et toi.
— C’est le problème. Je ne veux pas être son cas de charité. Ce n’est pas parce qu’on a couché ensemble qu’il doit tout abandonner. Il peut être le père de notre enfant sans que je doive déménager ici. Je ne lui enlèverai jamais le bébé.
Elle opine.
— Je ne crois pas que quelqu’un mette ça en doute, mais te souviens-tu quand les garçons étaient petits ?
— Ouais ?
Je ne sais pas où elle veut en venir.
— Il se passe beaucoup de choses quand ils sont petits. Le premier sourire. La première fois qu’ils commencent à ramper ou à marcher. Il y a beaucoup de petites choses qui n’arrivent que pour la première fois… une seule fois.
Je ne suis pas en désaccord avec elle.
— Oui, mais je ne suis pas certaine que ça veuille dire que je devrais changer de vie.
— Ne crois-tu pas que ce serait bien d’avoir de l’aide avec un bébé ? Il sera un bon père, et il veut être là.
— Je sais qu’il sera un bon père, Pres. J’ai vu comment il agit avec Cayden et Logan.
Je le crois au plus profond de mon âme. Wyatt m’a clairement fait savoir qu’il serait là pour le bébé. Il veut être impliqué, et je ne rechignerai jamais à lui laisser son propre enfant, mais je n’épouserai pas cet homme. Il a complètement perdu l’esprit s’il pense que je vais le faire parce qu’il croit que c’est « la bonne chose à faire ». Si je décide un jour d’épouser quelqu’un, ce qui n’arrivera probablement jamais, ce sera pour les bonnes raisons.
— Ça va aller, dit Presley avec conviction. Je le sais.
— Pouah !
Je laisse tomber ma tête dans mes mains.
— Tout est tellement confus !
— Ou peut-être que tout finit par se mettre en place.
*
Comme je ne suis pas vraiment sûre des règles concernant grossesse et café, je prends une tasse de thé, me dirige vers le balcon qui fait le tour de la maison et me plonge dans l’une des chaises Adirondack. Avec tout le monde encore endormi, la maison est calme, et le matin avant l’aube est paisible. Je prends une gorgée de mon thé, grimace et me dis de me rappeler de demander à mon médecin la dose de café convenable. Impossible de savoir quelle horrible créature je deviendrai si je ne peux pas en boire, mais en attendant, je ne veux rien faire qui nuirait au bébé.
Je m’assois et regarde fixement les collines devant moi. Je tiens la tasse dans ma main tandis que la vapeur monte, puis je repère les personnages de jardin que j’ai donnés à Presley lorsqu’elle a acheté la maison à Media. Deux filles assises sur une balançoire, qui se serrent l’une contre l’autre comme si elles avaient besoin l’une de l’autre. Après l’université, je voulais être sûre qu’elle me garderait toujours près d’elle (non pas que j’ai été vraiment très loin au début), mais en voyant qu’elle m’a amenée ici, dans sa nouvelle vie, je ne peux pas m’empêcher de sourire.
La vie de Presley n’a pas été facile ces dernières années à cause de mon frère. Elle avait tout. Un mari, des enfants, une nouvelle entreprise et le bonheur… Puis elle a tout perdu. Tout s’est effondré. Non, tout a implosé.
Elle n’a pas capitulé.
Elle a su renaître de ses cendres, et même si cela n’a pas été facile, elle l’a fait avec grâce. Je sais que certains pensent autrement, mais je l’ai connue la majeure partie de ma vie. Je l’ai vue faible. Je l’ai vue bouleversée et je l’ai vue courageuse pour ses enfants.
S’il y a une chose que je peux dire honnêtement à son sujet, c’est qu’elle place toujours ces garçons en premier. Ils sont sa priorité, et ses choix ne sont peut-être pas ceux que je ferais, mais ils sont mus par l’amour. Je dois trouver cette partie de moi-même.
Je dois être courageuse pour assumer cette nouvelle vie et être la femme qui prendra soin de son enfant. Et qui sait ? Peut-être que ce sera la meilleure chose à faire. Je n’avais pas prévu cela, mais je vais être maman pour toujours. Le bébé a besoin de moi, et je sais qu’une fois qu’il sera là, j’adorerai ce petit être.
— Ce ne sera pas facile, dis-je en me frottant le ventre. Je ne sais pas comment faire ça. Alors, je dois t’avertir que je pourrais ne pas assurer comme maman. Je suppose que tu devrais probablement savoir que je n’ai vraiment pas ces compétences. Ta tante Presley, c’est elle qui sait faire ça. Je vais sûrement être désorientée pendant un moment, mais je promets d’essayer vraiment de faire de mon mieux.
Je murmure les mots au minuscule enfant qui grandit en moi.
Et je vais essayer.
Parce que c’est ce que font les mamans.
Je me balance dans la chaise, regardant le lac.
— Ainsi commence l’histoire.
— Qu’est-ce qui commence ? gronde une voix grave qui me fait sursauter.
Ma tasse de thé tombe en avant et heurte bruyamment le sol tandis que je laisse échapper un cri.
— Merde !
Je jette un regard furieux vers Wyatt qui monte les marches.
— Wyatt ! Tu m’as fait peur.
— J’espérais que tu étais réveillée, dit-il en se penchant pour ramasser la tasse.
Ses yeux se rivent sur les miens, et je dois me rappeler de respirer. Il est incroyablement attirant avec son chapeau délavé du Tennessee et ses jeans bleu foncé qui lui colle aux jambes et moule ses fesses parfaites. Le tee-shirt gris Hennington Horse Farm, que visiblement il adore et qui lui va à merveille, me permet de parcourir tous les muscles de sa poitrine. Tout en lui me met l’eau à la bouche. Il est sexy sans même essayer. Rien de ce qu’il porte ne vise à impressionner qui que ce soit. Il est juste impressionnant.
— Tu vas bien ? demande-t-il après que je n’ai pas encore parlé.
— Ça va. J’essaie de calmer mon cœur.
« Et ma libido. »
Il s’assoit sur la chaise à côté de la mienne.
— Je ne voulais pas te faire peur. Je pensais que tu avais entendu mon camion.
— Je suppose que j’étais perdue dans mes pensées.
— As-tu pensé à la situation ? demande-t-il d’une voix hésitante.
— Je ne peux penser qu’à ça, Wyatt.
Il lève une main et repousse une mèche de cheveux derrière mon oreille. Son doigt effleure ma joue, et je pousse un profond soupir. Comme une idiote. Wyatt sourit en m’entendant et pose sa main sur ma joue.
— Moi aussi. Je ne peux m’empêcher d’y penser ou à ce que tu vas faire. Il faut qu’on parle. On doit régler ça.
— J’essaie de trouver.
Wyatt laisse tomber sa main.
— Encore une fois, ce n’est pas seulement toi. C’est mon bébé que tu portes. Je veux t’aider.
Il a raison. C’est son bébé, et je sais déjà ce qu’il veut. Il ne m’a pas demandé ce que moi, je voulais.
— Je ne le ou la séparerai pas de toi. Je ne suis pas comme ça.
— Je sais.
Ses lèvres se pressent ensemble.
— Dis-moi ce que tu en penses. Peut-être pourrais-je t’apaiser.
J’aimerais que ce soit aussi simple. Il n’y a rien de ce que je pourrais dire qui pourrait l’apaiser. à part que… je vais perdre la tête.
— À quoi je pense ? Tu veux vraiment le savoir ?
Il se penche en arrière et pose une cheville sur son genou tout en revêtant un sourire décontracté.
— Je suis tout ouïe, chérie.
— D’accord, tu l’auras voulu.
Je m’assure que l’avertissement est clair dans mon intonation.
— J’ai la trouille. On va avoir un bébé et on n’est même pas ensemble. Mes choix sont les suivants : être seule à Philadelphie et élever cet enfant, ou déménager ici — aucun choix ne me plaît. Je me sens comme si quelqu’un m’avait enlevé ma vie, et après, je me sens comme une garce égoïste d’avoir eu ces pensées.
Je prononce les mots aussi vite que je pense.
— Je déteste ça. Je déteste avoir un bébé avec un homme qui n’a même pas d’affection pour moi, et qui m’aime encore moins. Ça devrait être une période joyeuse dans ma vie, et ce n’est pas le cas. Je me sens volée. Je n’ai pas eu à faire pipi sur un bâtonnet et à le cacher à mon mari pour lui faire le grand jeu en lui annonçant que nous allions avoir un bébé.
Les larmes commencent à couler alors que je déballe tout. Tout le long, Wyatt me tient la main.
— Je n’ai jamais vraiment pensé à avoir un enfant, mais au moins, quand ça m’arrivait, je me disais que ce serait avec mon mari . à la place, voilà ce qui arrive ! En quoi est-ce juste ? Ça ne l’est pas. J’aimerais que ce ne soit jamais arrivé. J’aimerais ne jamais t’avoir accompagné chez toi. J’aimerais pouvoir remonter le temps et tout recommencer.
Quand je dis le dernier mot, je le regrette instantanément. C’est méchant, et ce n’est pas vrai.
Je ne regrette pas d’avoir été avec lui. J’avais l’intention de le refaire quand je suis montée dans cet avion il y a deux mois. Et je veux ce bébé. Bien sûr, ce n’est pas comme ça que je voulais que ça se produise, mais il y a un être humain qui grandit en moi, et je vais l’aimer. Je commence déjà à me sentir mieux à ce sujet. J’ai juste besoin d’un peu plus de temps.
Le visage de Wyatt reste impassible. Ses yeux sont doux, et je ne vois pas un soupçon de jugement en eux.
— Je suis désolé, dit-il avec tant de chagrin qu’il me brise le cœur. Je sais que je ne suis pas ton premier choix, mais je peux te dire que tout ce que tu penses n’est pas vrai. Et je suis désolé que tu aies l’impression que cela t’ait enlevé ta vie.
— Non.
Je prends sa main dans la mienne.
— C’est moi qui suis désolée. Je n’aurais pas dû dire tout ça. Tu ne le mérites pas. Toi aussi, on t’a enlevé quelque chose. Cela nous touche tous les deux, et je suis égoïste.
Il laisse échapper un petit rire.
— Tu n’es pas égoïste. J’ai dit presque les mêmes conneries à Trent hier soir. Je voulais me marier et avoir des enfants avec une femme qui savait quel bon coup je suis.
Je ris.
— Je suis sérieux.
Il se lève et me regarde avec un air exagérément sérieux.
— Je suis le meilleur parti, ici, à Bell Buckle.
— Choix plutôt restreint, n’est-ce pas ?
— Tu es sur le point d’être une femme très détestée, ici. Tu n’as aucune idée du nombre de filles qui m’aiment.
— Ton humilité est vraiment stupéfiante. J’ai entendu parler de tes escapades sexuelles.
Il rit.
— Tu as aussi été une de ces escapades, chérie.
Je lève les yeux au ciel. Il a raison. Je l’ai été.
— Je veux que nous soyons au moins de bons amis. Tu sais, genre savoir qui est l’autre personne. Dans l’intérêt du bébé.
Wyatt sourit et me tend la main.
— Viens marcher avec moi.
Je place mes doigts dans sa paume et le laisse m’aider à me relever.
— D’accord.
Nous commençons à marcher, et il passe ma main dans le creux de son bras. Le geste est doux, et une petite partie de moi se détend. Peut-être n’est-ce pas ce que je voulais, mais ceci, en ce moment, c’est chouette. Wyatt ne dit rien, mais je peux le sentir un peu tendu. C’est comme s’il se préparait à quelque chose et essayait de rassembler son courage :
— Je veux que tu envisages de déménager ici pendant que tu es enceinte, dit-il après que nous avons franchi les arbres vers un chemin de terre. Maintenant, je sais ce que tu ressens. Je sais que tu as l’impression de tout perdre, mais que se passera-t-il s’il t’arrive quelque chose là-bas ? Et si tu as besoin d’aide ? Il me faudra beaucoup de temps pour arriver.
Il va faire en sorte qu’il me sera presque impossible de dire non.
— Je ne suis pas une demoiselle en détresse.
— Non.
Il arrête de marcher.
— Tu ne l’es pas. Je ne crois pas que tu l’aies déjà été, mais tu es la mère de mon enfant. C’est mon rôle de prendre soin de toi, et que tu le croies ou non, je me soucie de toi. Et c’était déjà le cas avant que je sache que tu étais enceinte.
Je suis sans voix. Il ne pouvait probablement pas mieux dire.
— Ça signifie beaucoup pour moi. Merci. Mais que ferais-je ici ?
— Tout ce que tu veux. On n’est pas attardés, ici. Tu n’as pas besoin de travailler si tu ne le souhaites pas, et tu peux prendre du temps pour toi, comme écrire un livre ! Tu pourrais ouvrir une pâtisserie en ville. Tu peux faire tout ce que tu veux. Je te demande juste un peu de temps.
La boulangerie, c’est ce qui continue à m’embêter. Je suis sûre qu’Erin pourrait prendre le relais. Depuis que nous avons mis le gérant au parfum, je n’y fais plus grand-chose de toute façon. J’allais commencer à me concentrer complètement sur l’ouverture d’un autre magasin.
C’est fou.
Il y a tellement de choses à ruminer. Mais je peux imaginer comment il se sentirait si quelque chose nous arrivait, au bébé ou à moi, pendant que je serais en Pennsylvanie. Je ne sais pas si c’est assez pour me faire déménager, mais c’est quelque chose à considérer. Je ne peux même pas croire que j’envisage de faire ça.
— Et si on se rendait compte qu’on se déteste ? Et si tout ce qu’on avait en commun, c’était une incroyable nuit de sexe ? Que ferions-nous, alors ?
Wyatt prend mon visage entre ses mains.
— Et si on ne se déteste pas ? Ou si c’est le cas, quel est le pire qui puisse arriver ? Tu serais proche de Presley et de tes neveux. Et si tu réalises que je suis le meilleur homme de la planète et que tu ne peux pas vivre sans moi ? Donne-nous une chance.
— Qu’est-ce que ça veut dire ? Nous ? demandé-je.
Il pose ses mains sur mes épaules pour me maintenir en place. Tout ce que j’ai jamais ressenti pour lui, c’est une attirance physique intense. Il était un moyen lors d’une très longue période d’abstinence. Il avait été facile de coucher avec lui puisqu’il vivait ici et que j’étais là-bas. De plus, il n’y avait pas de véritable lien affectif entre nous. Nous savions ce que c’était, et cela me convenait très bien.
— Nous.
Le mot de Wyatt résonne dans ma tête.
— Une vraie chance pour nous. Ça veut dire qu’on sort ensemble ou quelque chose du genre. Tu te concentres sur notre enfant à venir. Je te sors et te montre que je ne suis pas le crétin dont tu as entendu parler. Je suis resté debout toute la nuit à réfléchir là-dessus. Je veux que tu déménages ici et que tu voies simplement…
Je secoue la tête parce qu’il est fou, mais je m’interroge.
— Je…
Je m’arrête.
Je suis perplexe. L’image qu’il dépeint est séduisante. Je sais que c’est un type bien avec un grand cœur. Si ce n’était pas le cas, Presley ne parlerait jamais si bien de lui. Les garçons l’adorent et parlent constamment d’oncle Wyatt. Il y a beaucoup d’inconnues.
Et s’il a raison ? Mais que se passera-t-il s’il a tort ?
— Tu ?
Il approche.
— Je… je ne sais pas ! laissé-je échapper. C’est trop.
Je le repousse, car j’ai besoin d’espace pour respirer. Quand il est proche comme ça, cela me déstabilise. Je veux dire oui, même si c’est probablement la dernière chose que je ferais. Je lui tourne le dos et regarde les arbres, mais je sens sa chaleur alors qu’il se rapproche de moi.
— C’est beaucoup, mais j’essaie.
Sa voix profonde vibre à travers moi.
— Donne-moi jusqu’à ce que tu aies le bébé. Je veux au moins voir mon premier enfant naître.
Il essaie, et je devrais aussi.
— Je vais te donner trois mois.
Je me retourne pour lui faire face.
— Je ne peux rien promettre de plus, mais je m’installerai ici pour les prochains mois, et on fera tout ça.

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