Esme, tome 2
233 pages
Français

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Esme, tome 2 , livre ebook

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Description

« Je crèverais de la toucher, de la serrer contre moi, me couler en elle pour effacer toutes ses souffrances. »

Je m’étais juré de la protéger, coûte que coûte.
À présent, je paye cash les décisions prises, et je partage l’addition avec Esme.
Le piège à loup se referme sur nous, me voilà contraint de m’expliquer face à Elle, de lui cracher la vérité qui pourrissait en moi.

Ces révélations nous plongeront dans la sombre mécanique du destin, nous condamneront sans procès. La passion nous a submergés au point de nous noyer.
Parviendrons-nous à garder la tête hors de l’eau, ou la fatalité s’acharnera-t-elle jusqu’à nous déchirer ?

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 5
EAN13 9782379930430
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0037€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Esme
 
Tome 2
 
 
Farah Anah
 
 

 
L’auteur est représenté par Black Ink Editions. Tous droits réservés, y compris le droit de reproduction de ce livre ou de quelque citation que ce soit sous n’importe quelle forme.
 
Nom de l’ouvrage : Esme, tome 2
Auteur : Farah ANAH
Suivi éditorial : Sarah Berziou
 
© Black Ink Editions
Dépôt légal octobre 2019
 
Couverture : © Black Ink Editions. Réalisation Lana Graph. Crédit photos Shutterstock.
ISBN 978-2-37993-043-0
 
Black Ink Editions
23 chemin de Ronflac
17440 Aytré
 
Numéro SIRET 840 658 587 00018
Contact : editions.blackink@gmail.com
Site internet : www.blackinkeditions.com
 
 
Table des matières
Esme
Farah Anah
1.        En étais-je capable ?
2.        Les choses en grand
3.        Quitter le nid
4.        Vergaras
5.        Incertitudes
6.        Papa est en prison
7.        Démone
8.        Maître Gallahal
9.        À cas désespéré, mesures désespérées
10.        Sacrifice
11.        C’est d’un tragique
12.        Jack Russel
13.        Pour Esme
14.        Procès
15.        Peur d’oublier
16.        Chroniques d’un canard rouge
17.        Si seulement ça n’était que ça
18.        Rétribution
19.        Mauvais timing
20.        Ne fais pas tout foirer
21.        Jeu de dupes
22.        Tu ne pourras jamais me quitter
23.        Famille
24.        Loyauté
25.        Joyeux Noël
26.        Ronces
27.        Guérir ses blessures
28.        Molly
29.        Les résolutions ne dissolvent pas les tourments
30.        À la vie, à la mort
31.        Le sadisme implacable de notre destin
32.        Soldat
33.        L ’ inconnue de ton équation
34.        Purgatoire
35.        Choix
36.        Feu de joie
37.        Et si …
Épilogue
Fin
Remerciements

 
 
 
 
 
 
Aux amours forts, transcendants, qui allient passion et absolu. À ces moitiés d’êtres humains qui se trouvent et jamais ne s’oublient, envers et contre tout.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
« L’enfer est pavé de bonnes intentions »
 
En étais-je capable ?
 
 
Abain
J’avais 29 ans
 
—   Bordel, Diego !! Tu m’avais dit qu’il ne lui était rien arrivé ! beuglai-je dans ma voiture, les yeux rivés sur la route.
Sa voix ensommeillée retentit dans l’habitacle grâce aux haut-parleurs.
—   Il est trois heures du mat, mec… Qu’est-ce que tu me veux ?
—   T’as envie de savoir ce que je veux ?! Te défoncer !
La nuit avalait le paysage. Sur l’autoroute menant à SinderDale, les lumières orange des lampadaires défilaient. Leur roulement monotone dans mon champ de vision écrasait l’atmosphère. Décuplait ma haine.
Je me remémorai la douce peau d’Esme sous mes caresses, son ventre légèrement hâlé, parfait, orné de ce tatouage signant notre appartenance mutuelle… et cette cicatrice.
—   Elle s’est fait poignarder ! Pendant sa première année en prison, ma femme s’est fait poignarder et tu m’as certifié qu’elle allait bien, qu’elle se faisait discrète !
—   Mierda 1 …, étouffa-t-il au bout de la ligne.
—   Pourquoi tu m’as menti, Diego ?!
—   Calme-toi, hermano 2 .
—   Je ne suis pas ton foutu frangin ! Tu ne m’aurais pas trahi, sinon !
—   J’étais pas au courant, je te le jure ! Elle en avait pour dix piges, t’aurais rien pu faire, de toute façon.
Je vais le buter… je vais le buter… , me répétai-je telle une litanie.
—   Merde, Diego !
—   Et arrête, c’est du passé, te mets pas dans cet état. C’est plus elle, ta femme ! Va falloir t’y faire.
—   Va te faire foutre ! hurlai-je en raccrochant.
« C’est plus elle, ta femme ». Je le savais pertinemment. L’exécrais.
Ce soir, elle avait joui sous mes doigts, sans même que je lui touche le sexe, putain ! Ma maîtrise pour ne pas la dévorer toute crue m’en avait coûté, mais j’avais déjà été trop loin, je ne pouvais pas tout foutre en l’air à cause de cette fichue jalousie.
Il m’avait été douloureux de l’obliger à se confronter à Molly, toutefois, je n’avais pas eu le choix. Lui apporter mon aide était pour moi une évidence surpassant le reste. J’avais beau tenter de me raisonner, la réalité était qu’Esme comptait plus que moi-même. Peut-être aurais-je dû l’installer au Wacor, mais impossible de me résoudre à l’écarter tout juste après l’avoir retrouvée. Ça avait été plus fort que moi, elle m’avait beaucoup trop manqué. L’éloigner encore m’aurait tué. Alors, quand elle m’avait annoncé l’existence d’un petit ami, j’avais perdu pied. Mes démons avaient rappliqué, mon désir qu’elle s’abandonne à moi avait pris le dessus. Ce soir en était la preuve. De l’extérieur, j’avais souillé mon mariage pour octroyer un orgasme à mon ex. Ma vérité était tout autre : le temps de quelques minutes, j’avais juste été honnête avec moi-même, le lâcher-prise d’Esme avait été jouissif.
Arrivé à destination, je me garai devant cette maison maudite. Après toutes ces années, ce quartier de merde n’avait pas changé. Toujours la même décharge sur le trottoir d’en face. Les relents s’étaient amplifiés, saturant ma mémoire de réminiscences désagréables. Elles seules me polluaient, en ce moment.
J’étais conscient qu’une clope m’aurait aidé à me calmer, mais l’appel du sang était plus fort. Je mis des gants, recouvris mon crâne d’une cagoule noire et m’extirpai de mon véhicule de luxe. Mon masque ne servait qu’à me dissimuler de zonards susceptibles de me reconnaître. Je ne désirais aucunement que ma présence arrive aux oreilles de mes parents.
Du reste, je n’en avais rien à foutre.
L’idée même de me retrouver à deux pas de la maison de mon enfance me tordait le bide. Six ans sans nouvelles, sans contacts, sans pouvoir les rassurer sur ce que j’étais devenu et sur les raisons pour lesquelles cette disparition m’emplissait de honte. La culpabilité me rongeait les intestins, mais je ne devais pas perdre de vue mon objectif.
Mon sang bouillonnait à l’idée d’une confrontation. Une part de ma colère était tournée vers moi-même, cependant, l’autre partie méritait d’être assouvie. Cette pourriture avait intérêt à être là…
Je sonnai comme un dératé, jusqu’à ce qu’ il ouvre la porte, ensommeillé. En découvrant l’homme cagoulé devant lui, ses yeux s’écarquillèrent. Je ne lui laissai pas le temps de riposter, dégageai l’entrée d’un coup de pied. Quand je refermai le battant, il chancela en arrière. Si ma raison approuvait ma vengeance pour Esme, mes muscles bandés se réjouissaient de retourner la raclée que cet enfoiré m’avait un jour donnée.
—   Salut, Dylan.
J’avançai vers lui avec lenteur, savourant son expression effrayée. Il trébucha sur un bibelot et chuta contre le mur. Esme m’avait avoué que sa femme s’était fait la malle, nous étions donc seuls. Impossible qu’une greluche soit tombée dans les filets de cette épave , songeai-je à la vue de son tee-shirt informe et de son slip kangourou.
—   Qu… qu’est-ce que tu cherches ? Il n’y a rien pour toi, ici ! Dégage ou ça va mal tourner !
La crainte dominait le ton de sa voix.
—   J’aimerais bien voir ça, ricanai-je.
Il se glissa vers le salon, sans jamais détourner son regard. Je le suivis, jouant comme un félin avec sa souris.
—   Je ne mens pas. Je suis qu’un vieil homme fatigué. Prends ce que tu veux et fous le camp…
—   Si seulement tu pouvais me rendre ce que je désire…
Tandis qu’il se réfugiait derrière le dossier de son canapé dégueulasse, j’ôtai ma cagoule.
Il ne me reconnut qu’après quelques secondes. N’en crut pas ses yeux.
—   Abain ?
—   Je n’imaginais pas que tu te souviendrais de moi, vieux crevard.
Il fronça les sourcils, sa peur amoindrie.
—   Qu’est-ce qui t’amène ? Comment va ma fille ?
J’eus envie d’éclater de rire. Ce connard osait demander des nouvelles d’Esme.
—   On se sent seul, c’est ça ? Qu’est-ce que ça fait de savoir qu’elles t’ont toutes abandonné ?
Ses mâchoires se contractèrent.
—   J’ai pas de temps à perdre avec tes petits jeux. Qu’est-ce qui est arrivé à Esmeralda ? Pourquoi t’es ici, gamin ?
« Gamin ? » J’avalai la distance qui nous séparait et empoignai son col.
—   Je suis là pour te rendre la monnaie de ta pièce, fils de pute. Œil pour œil, coup pour coup. Tu vas sentir tes os craquer contre mes poings, repenser à chaque dérouillée que tu as infligée à ta fille, ton sang, et pleurer de regrets quand je repartirai d’ici.
Il tressaillit, tenta vainement de se dégager de ma prise.
—   C’est inutile, souffla-t-il, vaincu. J’étais ivre chaque fois que je les frappais. Et chaque fois que je me réveillais, je me dégoûtais. Alors je buvais pour anesthésier la douleur, et ainsi de suite.
Ses pseudos aveux n’altérèrent pas mon courroux. Je me rapprochai, appuyai mon nez contre le sien.
—   Et là, papa , t’es torché ?
Il secoua lentement la tête. Je m’en doutais.
—   Très bien, ma leçon n’en sera que plus limpide.
Je le balançai par terre et lui enfonçai ma basket dans l’estomac. Le souffle coupé, il se recroquevilla en poussant une lamentation. Les coups de pied qui suivirent brisèrent ses côtes. L’air s’évada de ses poumons par grognements. Ce gros tas gisait au sol, le visage ruisselant.
—   Ça fait mal, enculé ?!
Ma frustration était à son comble. Je le frappai encore et encore, sans ressentir aucune douleur physique. Pourtant, j’étais celui qui avait juré à Esme de la protéger, celui qui soupçonnais qu’une telle chose se tramait sans jamais avoir voulu y croire vraiment, la réalité sans doute trop dure à encaisser. Je m’étais voilé la face, et je méritais cette raclée tout autant que cette sous-merde.
J’avais beau hurler à l’intérieur, mon corps agissait seul. J’empoignai la chevelure de Dylan et écrasai mon crochet contre son arcade. Au second coup, le sang jaillit sur mes gants. Aux suivants, il tacha ma chemise. Appuyé sur mes genoux, je ne parvins à stopper ma frénésie. Ce débris tenta de m’échapper, mais je le maintins fermement.
—   S’il te plaît…
—   Qu’est-ce que tu dis, connard ? crachai-je sur son visage tuméfié.
—   S’il… te plaît…
—   Est-ce que tu t’arrêtais quand elle te suppliait ?
Ses jérémiades furent sa seule réponse. Putain d’enfoiré de merde ! Toutes ces années, j’avais laissé faire ce putain d’enfoiré de merde !
J’agrippai ses cheveux, levai son crâne et l’écrasai très brutalement contre le vieux parquet. Une fois. Deux fois.
La respiration erratique, j’observai la mare de sang s’étendre sur le sol, derrière sa tête inerte. Mon cœur tambourinait, insinuant que j’avais merdé quelque part.
—   Réveille-toi, fils de pute !
Rien.
Je tremblai, nous haïssant davantage. Je pris son visage entre mes doigts et le secouai vivement.
—   Réveille-toi, bordel de merde !
La panique pulsait dans mes veines. Je me débarrassai de mes gants et évaluai son pouls. Il était bien trop faible. Mes yeux exorbités le fixèrent longuement. Cette raclure pouvait encore être sauvée. Il suffisait d’un coup de téléphone. En avais-je seulement l’envie ? S’il crevait, j’avais la sensation que cette part de moi ayant failli à la protection d’Esme disparaîtrait aussi. Personne ne pleurerait Dylan. Personne ne saurait. J’enverrais ainsi le premier homme à avoir pourri la vie d’Esme en enfer. N’en resterait plus que deux. Amadeo… et moi.
Je pris une grosse goulée d’air, ramassai mes gants et me dirigeai vers la sortie, abandonnant le corps de Dylan Hynes dans la pénombre de son salon, aux portes du trépas.
Dans la caisse, je m’allumai une cigarette, inspirai profondément. Mes doigts trémulaient sur le volant. La douleur de mes phalanges résonnait dans toute ma charpente, y répercutant le mot « meurtrier ».
L’amour et la culpabilité pouvaient-ils tacher mes mains de sang ? Je l’ignorai encore quand je démarrai la voiture.
 
Les choses en grand
 
 
Abain
J’avais 15 ans
 
Ma mère m’avait de nouveau rossé. Elle en avait marre de mes conneries. Je pouvais la comprendre, mais en mon for intérieur, je savais que je ne faisais rien de vraiment répréhensible. Arthur et moi n’en démordions pas, nous exprimions notre art ! Certes, un art enfoui tout au fond, dissimulé par des couches d’hormones adolescentes en pleine ébullition. Lorsque je fis part à mon meilleur ami de mon avis sur la façade hideuse de la piscine fraîchement achevée de notre petite ville, il eut la brillante idée de parer le nouvel édifice de coups de peintures colorés. N’étant pas maîtres peintres, nous nous rabattîmes sur des bombonnes. Des « tags » comme l’appelaient vulgairement les flics qui nous avaient chopés via les caméras de surveillance. Ils ne comprenaient que dalle, ces gens-là. Résultat des courses : mon père, hors de lui, s’était confondu en excuses tout en écopant d’une amende bien salée. Moi, tant que je ramenais de bonnes notes, je me sentais invincible. Si mes parents avaient la brillante idée de me priver de quoi que ce soit, je le leur faisais payer à coup de F et d’école buissonnière, c’était bien simple. J’étais l’aîné de ma fratrie et le plus diabolique d’entre eux lorsqu’il s’agissait de ruser contre l’autorité. Ma mère exécrait cette facette de ma personnalité autant qu’elle l’adorait, comme toute la gent féminine ! C’était le cas depuis que j’étais tout gamin, à vrai dire. Mon petit minois les séduisait instantanément et, dès mon plus jeune âge, j’en jouais sans aucun scrupule.
—   Tu ne ferais pas mieux de rentrer ? me dit Arthur. Après le tag de la piscine, tes parents seront furax.
Nous sortions de l’établissement scolaire de Gahanna, en binôme comme d’habitude, réfléchissant aux divertissements possibles pour pallier l’ennui qui nous assommait.
—   C’est justement parce qu’ils vont me casser les couilles que je n’ai pas envie d’aller chez moi. De toute façon, j’ai déjà rendez-vous avec Liv au Wendy’s du coin.
J’enfourchai mon vélo devant les yeux en forme de soucoupes de mon ami.
—   Liv Trevor ?
—   Ouaip !
Sur sa selle, il me congratula d’un sifflement en attachant son casque.
—   Punaise, mais comment tu fais ça ?
Je ricanai, prêt à prendre la route.
—   T’inquiète, un jour une paumée se rabattra sur toi et fera voler ton pucelage, j’ai espoir.
—   Connard, va !
—   Je passe chez toi après mon rendez-vous ! m’écriai-je dans un éclat de rire.
Arthur Denver n’avait jamais eu de chance avec les filles. Avec son air dégingandé, sa démarche peu assurée et sa tête de benêt, elles ne se jetaient pas à ses pieds comme avec moi. En plus, sa peau avait commencé à bourgeonner. Avec ses cheveux blonds coupés à ras, il n’avait vraiment rien d’attirant.
Vers dix-huit heures, j’avais déjà emballé la plus belle nana du quartier, lui avais roulé une galoche d’enfer qui l’avait rendue accro à mes lèvres, et me dirigeai vers la demeure de mon meilleur ami. Sa famille était bien plus aisée que la mienne, il vivait dans une jolie maison à Penny Lane Street avec ses parents, sa grande sœur Julianna, et Lucen, leur frère aîné. Ce soir, les effluves d’un délicieux ragoût émanaient déjà de la cuisine. Monsieur Denver m’accueillit avec une moue perplexe, provoquée par son éternel dilemme entre désapprobation et reconnaissance. Selon eux, j’étais le petit filou qui exerçait une mauvaise influence sur leur fils, alors que – disons-le nous franchement – nous étions aussi casse-cou l’un que l’autre. D’une autre part, s’il maintenait ses notes au-dessus de la moyenne, c’était uniquement de mon fait   ; sans nos séances d’études, leur enfant adoré était un véritable cancre.
—   Bonjour, Monsieur Denver ! Arthur est dans sa chambre ?
Poings sur les hanches, il me toisa, le sourcil en l’air.
—   Tu ne ferais pas mieux de rentrer chez toi, ce soir, mon bonhomme ?
—   Laisse-le souffler un peu, le taquina Julianna qui apparut derrière lui. Arthur m’a dit qu’ils avaient un gros devoir à remettre demain matin.
—   Et c’est maintenant que vous vous y prenez ! Au lieu de vandaliser les nouveaux établissements, vous auriez pu travailler là-dessus, petits vauriens !
Je m’excusai dans un rictus canaille, tout en sachant pertinemment qu’il finirait par me laisser entrer. Conspiratrice, Julianna me saisit le bras et m’emmena vers la cuisine.
—   Viens d’abord goûter mes excellents cookies ! Ce sont tes préférés, ceux au chocolat blanc.
Elle avait de quoi me faire saliver, avec ses pâtisseries et ses seins bien ronds qui s’écrasaient sur mon biceps. Ses dix-huit ans ne m’effrayaient pas, j’avais déjà emballé une fille plus âgée !
De la cuisine sortait leur aîné. Un univers bien différent, cette fois-ci. À l’aube de ses vingt ans, il frôlait certainement les deux mètres, son regard bleu électrique était intransigeant, au milieu d’un visage pâle et émacié. Ses cheveux blonds attachés ainsi que ses fringues sombres lui donnaient l’air d’un vampire. Je l’avais rarement croisé chez les Denver. Il traînait toujours çà et là, près de notre établissement scolaire, dans les ruelles des quartiers plus animés, ou en soirée dans les endroits mal famés de Columbus. Il était un peu le sujet tabou de la famille, personne ne parlait jamais de lui. Raison pour laquelle je fus intimidé quand il me passa au scanner sans retenue, avec l’expression d’un loup affamé. Arthur nous rejoignit prestement, s’indignant de n’avoir pas encore goûté aux délices de Julianna. Ils se prirent la tête une fois de plus, tandis que je faisais glisser mes yeux sur ses courbes appétissantes.
Après deux heures de travail sur un devoir compliqué, j’eus besoin d’un break. De plus, mon téléphone n’arrêtait pas de sonner, traduisant l’irritation de ma mère.
—   Je crois que je vais aller chercher des cookies, t’en veux ? proposai-je à Arthur.
—   Fais comme chez toi, surtout, marmonna-t-il en levant les yeux.
Pas embarrassé, je lui rendis un sourire carnassier. Après tout, cela faisait maintenant trois ans que nous nous côtoyions au quotidien.
Au rez-de-chaussée, chacun vaquait à ses occupations, quand, à nouveau, je croisai Lucen dans le vestibule.
—   C’est toi, le pote de mon petit frère ?
Sa voix claire et assurée tomba comme un reproche. Néanmoins, je ne me démontai pas. Je me tournai vers lui, l’arrogance étirant mes lèvres.
—   C’est moi, ouais.
Il me toisa silencieusement, puis me fit signe de la tête en direction de la porte.
—   Viens avec moi dehors, deux minutes.
Je déglutis, dissimulant le trouble que semait son aura dans mon esprit. Que diable me voulait-il ? S’il s’agissait d’un avertissement, il pouvait se le foutre où je pensais !
Nous nous adossâmes contre la façade sans mot dire, il alluma une cigarette, puis m’en tendit une deuxième. Je n’avais jamais essayé, néanmoins, je ne me sentais pas de refuser. Alors je la saisis et fumai la première clope de ma vie.
—   J’ai entendu parler de toi, Abain Loreto.
Je restai mutique, attendant de voir sur quel chemin Lucen désirait m’emmener.
—   Si j’en crois ce que raconte ma frangine, tu es le gars qui a sauvé Arthur de sa médiocrité. Selon mes parents, tu le mèneras à sa perte. C’est très contradictoire, cette affaire…
Cette fois, j’éclatai de rire. Il me faisait quoi, là ? Le coup de l’aîné protecteur ?
—   J’en sais rien, mec. Arthur et moi, on est potes, j’ai autant d’influence sur lui que lui sur moi.
Lucen m’adressa une œillade amusée.
—   Mon petit frère, c’est une vraie tête de con. Faudrait qu’il s’endurcisse pour affronter la vie.
« Affronter la vie ». On n’en était pas là. Nos journées se résumaient à l’école, les filles, les conneries divertissantes pour passer le temps. Je me sentis tout à coup plus détendu. À l’évidence, ce grand blond ne me causerait pas d’ennuis.
—   Tu veux que je veille sur lui, c’est ça ? balançai-je, goguenard.
Il se para de son masque sévère pour me répondre :
—   Je le fais bien assez. C’est pas un petit rigolo dans ton genre qui assurerait ses arrières.
Je me rembrunis. Je lui en ficherais des petits rigolos.
Il tira sur sa cigarette en plissant les paupières, pénétrant mon regard comme s’il essayait d’envahir ma cervelle.
—   Mais tu me plais, Abain Loreto… tu me plais…
Le timbre de sa voix recelait un million de sous-entendus que je ne parvenais pas à décrypter. Ils me filèrent la chair de poule, j’étais peu désireux de me frotter à ce genre d’individu.
—   Dis-moi, qu’est-ce que tu attends de cette vie, à Gahanna ?
Perplexe, je répondis :
—   Je… j’en sais rien. J’y réfléchirais une fois que je serai en âge d’aller à l’université.
Avec un rictus moqueur, il détourna son visage vers l’autre côté de la rue.
—   Je suis déçu. J’avais le vœu que tu sois plus ambitieux.
Ce mec m’horripilait. D’abord il prétendait m’apprécier, ensuite, il me limait à coup d’insinuations vexantes. Qu’il aille se faire voir ! Je me décollai du mur et écrasai ma cigarette sur la pelouse, lassé de ce tête-à-tête stérile.
—   Gamin, m’interpella-t-il.
De plus en plus irrité, j’obliquai vers lui, frissonnant dans la fraîcheur vespérale. Il arborait une mine on ne peut plus sérieuse, presque menaçante.
—   On n’a pas fini.
—   Je dois monter.
—   Arthur attendra.
—   Qu’est-ce que tu veux, mec ? Viens-en au fait, j’ai pas que ça à faire.
—   Je veux te parler de ton avenir. Ou d’une façon d’y parvenir.
Je soupirai, excédé.
—   Mon daron me prend déjà assez la tête avec ces conneries.
—   Il espère te voir réussir, et il a raison, mon gars. Le savoir est une arme, ne l’oublie jamais. Quel que soit le domaine, celui qui sait plus fait mieux.
—   Mes notes déchirent, alors l’affaire est réglée.
Je dépassai Lucen pour regagner la porte, mais il ne semblait pas décidé à me laisser filer.
—   Tu veux pourrir à Gahanna pour le restant de tes jours ?
Je le fusillai des yeux, piqué au vif.
—   Qu’est-ce que ça peut te faire ?
Cette ville me minait. Elle était d’un tel ennui que je peinais à tenir tranquille en dehors de mes obligations scolaires. La perspective de terminer mes jours dans cet endroit me faisait suffoquer.
—   Ça peut m’être utile, d’une certaine façon. Au lieu de passer ton temps à flâner avec mon imbécile de frère, je pourrais te montrer une manière plus excitante d’animer tes soirées. Une façon plus lucrative aussi, qui t’ouvrira plus vite les portes vers le monde.
Je le dévisageai, immobile et dubitatif. Il n’avait pas l’air de plaisanter. De plus, j’avais déjà entendu quelques rumeurs sur la façon douteuse dont Lucen gagnait sa vie.
—   Tu trempes dans la drogue, c’est ça ?
Son front se froissa, il jeta un œil rapide vers l’intérieur. OK, visiblement, il craignait que sa famille l’apprenne.
—   Pourquoi tu me dis ça ? T’as pas peur que j’aille cafter à Arthur ?
—   Parce que je suis certain que tu vaux mieux que lui. T’es malin, débrouillard, intelligent, et t’as de la tchatche. Comme moi, tu ne veux pas croupir dans cette ville sans intérêt. Je l’ai su dès le moment où je t’ai vu. Tu as quelque chose de spécial, Abain Loreto. Quelque chose qu’il te faut exploiter. Ça serait dommage de refuser, crois-moi.
Je gambergeai. Me sentis flatté d’être sollicité par un gars comme lui. Ce qu’il me faisait miroiter paraissait alléchant, mais je devais mesurer les risques de sa proposition.
—   Depuis combien de temps tu fais ça ?
Un petit rire victorieux s’échappa de sa gorge.
—   Quelques années.
—   On ne t’a jamais coincé ?
Son sourire s’élargit.
—   Jamais. Je ne joue pas, Abain. Je bosse sérieusement.
—   Qu’est-ce que tu fais encore ici, alors ?
Il se redressa en jetant sa clope, me dominant de sa hauteur.
—   J’ai un plan. Et les plans, ça se travaille minutieusement. Bref, si tu veux en être, rejoins-moi demain soir à vingt heures devant le Bar and Diner .
Je serrai les mâchoires, déjà tiraillé intérieurement.
—   J’espère sincèrement que tu envisageras les choses en grand, gamin.
Sur ces entrefaites, il s’écarta de moi et se dirigea vers sa Ducati, qu’il chevaucha muni d’un casque aussi noir que l’engin. Je l’observai démarrer, faire ronronner son moteur dans une mélodie qui enroula mon échine et me dressa les poils, puis disparaître au bout de la rue, sous les lueurs crépusculaires de ma ville natale.
 
Quitter le nid
 
 
Abain
J’avais 17 ans
 
Ce déménagement ne pouvait pas plus mal tomber.
Tandis que je raccompagnais Hanna chez elle dans la caisse que Lucen m’avait prêtée, mes parents me harcelaient pour que je rapplique au bercail afin de les aider à porter les cartons.
—   Tu ne veux vraiment pas monter, mon chou ? minauda la jeune fille à mes côtés.
Je lui offris toutes mes dents avec un air mi-désolé, mi-séducteur.
—   Je ne peux vraiment pas, ma belle, le devoir m’appelle.
Elle fit la moue et, frustrée de ne pas être parvenue à me mettre dans son lit, elle me fit ses adieux d’un fougueux baiser avant de s’extirper de la voiture. J’enclenchai le moteur et parcourus la ville jusque chez mon mentor. Je garai la superbe Cadillac dernier cri devant son appartement et martyrisai cette pauvre sonnette.
—   Arrête de t’acharner et monte ! retentit sa voix, avant qu’un bip n’ouvre la porte de l’immeuble.
Je m’engouffrai dans l’ascenseur et grimpai au dernier étage, quelque peu nerveux. Lorsque Lucen m’invita à entrer, je sentis poindre un sentiment de regret. Il m’octroya une accolade amicale bien plus serrée qu’à l’habitude.
L’intérieur était aussi neutre que son résident. Jamais il ne se défaisait de sa philosophie : la sobriété avant l’opulence. Rien ne servait d’exposer sa richesse, surtout lorsqu’elle n’était pas légale. C’était le tort de bien des dealers, et l’une des raisons pour lesquelles ils se faisaient pincer. Lucen était plus malin, il demeurait discret et magouillait en arrière-plan, se remplissant les poches petit à petit, étendant son emprise lentement mais sûrement. Il n’était pas gourmand, à vouloir tout, tout de suite. C’est ainsi qu’il m’avait initié à son monde.
Je m’installai sur son sofa en cuir, pendant qu’il alla nous servir à boire. Il me tendit un verre de bourbon et se dirigea vers la porte-fenêtre pour admirer la vue sur le parc que nous surplombions.
—   Miguel n’est pas là ? demandai-je en constatant les lieux déserts.
Miguel était son indéfectible bras droit. Rarement il s’en séparait, et d’autant moins lorsqu’il était sur un gros projet comme ces derniers jours.
—   Je lui ai accordé une trêve, sa copine a besoin de lui.
Lucen désapprouvait le fait que Miguel ait une petite amie. Notre monde ne s’y prêtait pas, c’était une faille. L’amour nous rendait vulnérables.
Le liquide ambré coula dans mon œsophage, ébouillantant mon organisme avec une douceur délectable.
Je pensais aux miens qui attendaient encore que je vienne préparer notre départ.
—   Alors ça y est, hein… tu plies bagage, bougonna-t-il en s’allumant une cigarette.
Il m’opposait son dos, tout de noir vêtu, comme s’il m’en voulait pour cette décision hors de mon contrôle.
—   Pas le choix.
—   Tu es certain de ne pas vouloir rester ici, avec moi ? Y a assez de place dans cet appart pour nous deux.
Bien que cette offre fût tentante, je me vis refuser.
—   Je pars avec les miens, mon frère.
Mon frère, car ce qui nous unissait s’apparentait à un lien fraternel. Voilà un an et demi qu’il m’avait pris sous son aile, qu’il me traînait partout, m’apprenant les ficelles du métier en me vouant une confiance aveugle. Je lui avais prouvé jour après jour que j’en étais digne, en usant de mon bagou et de mon charme naturel pour nous attirer de nouveaux clients et élargir ses horizons. J’étais un excellent négociateur, et nombreux dealers avaient tenté de dérober mes services à Lucen. Sauf que j’étais d’une loyauté sans faille. Si Miguel était son bras droit, j’étais son poulain, encore plus proche de lui qu’Arthur. Lequel d’ailleurs s’était éloigné de moi, se doutant des raisons de ma complicité avec son aîné, les condamnant sans appel.
—   Tu rates le meilleur. J’ai rendez-vous avec les Colombiens dans trois jours. On va pouvoir revendre de la coke, je te le garantis, et nos vies prendront une nouvelle dimension.
Je souris pauvrement, me postant à ses côtés face au paysage luxuriant.
—   Je suis content pour toi.
Il soupira et secoua la tête.
—   Tu es sûr de ta décision ? Tu vas aller moisir dans un trou plus minable encore que Gahanna, alors qu’une vie de rêve nous ouvrira bientôt les bras.
Je haussai les épaules.
—   Je ne veux pas me séparer de ma famille, argumentai-je. Mais de toute façon, on reste en contact…
Il me renvoya un sourire énigmatique.
Sur le chemin du retour, je pédalais à vive allure. Le cœur gros, je regrettais ma lâcheté. Je n’avais pu avouer à Lucen que malgré nos bons moments, l’adrénaline et le goût du risque, je ne me voyais pas devenir un grand dealer. Avec le temps, j’avais réalisé que j’avais assez de ressources pour m’en sortir sans baigner dans l’illégalité. Je terminerais mes études, irais à l’université et personne ne m’empêcherait de mener la vie que je voulais.
C’est avec une colère manifeste que mes géniteurs m’accueillirent à la maison. Je la leur rendis sans retenue, compte tenu de la situation. Mes frères et Vita n’étaient pas plus enchantés que moi d’aller vivre en Pennsylvanie, dans un quartier précaire dénommé SinderDale. Mon père y avait été muté pour s’être méchamment querellé avec quelques parents d’élèves, dans l’école élémentaire où il officiait. Il avait le sang chaud, malgré les remontrances de ma mère, ce fait demeurait immuable, toutefois, nous étions déconcertés par les proportions que cela avait pris.
—   Tu n’as pas encore empaqueté tes affaires, Abain ! Tu es exaspérant ! Le camion part demain matin !
Je levai les yeux au ciel et ignorai ma génitrice de plus belle.
—   Abain ! Tu réponds à ta mère !
—   Je le fais de suite, c’est bon !
Je me précipitai dans ma chambre et me ruai dans mon armoire, où j’avais dissimulé tout mon cash. J’en fourrai une partie dans mes cartons, noyés parmi les meubles dans la fourgonnette, et gardai une liasse de dollars sur moi, juste au cas où. Du reste, je ne mis que quelques heures à tout emballer.
 
Vergaras
 
 
Abain
J’avais 22 ans
 
Ce lieu possédait un goût de Paradis et de blé. La chaleur du soleil était de plomb, pourtant la brise exquise m’évitait de suer. Climat inhabituel pour la météo tropicale de ce pays. À la suite d’un périple cahoteux opéré les yeux bandés, Lucen et moi traversâmes une petite cour intérieure entièrement dallée, de forme circulaire, cernée par des plantes luxuriantes grimpant sur les murs patinés de l’hacienda. Escortés par deux molosses armés qui nous avaient salués avec déférence, nous sillonnâmes le vestibule andalou, admirâmes les fastueux salons de la villa, pour aboutir à son immense terrasse. Je cillai à plusieurs reprises, me prenant le spectacle de plein fouet. Devant la piscine se tenait homme en veste de lin blanc, lunettes de soleil et chapeau sur la tête, il nous accueillit à bras ouverts, un cigare coincé entre ses lèvres souriantes pointant dans notre direction. Je ne l’imaginais pas ainsi. Il était potelé, et son visage typiquement sud-américain affichait une mine ravie. Autour de lui, moult fauteuils d’extérieur en osier sombre étaient savamment dispersés, trois d’entre eux occupés par des hommes nerveux peu fringants. Pour rehausser ce tableau puant la testostérone, un tas de bombasses en bikinis se prélassaient, dans la piscine, sur les autres chaises, déambulaient en gloussant, la démarche chaloupée, cocktail en main. De vraies sirènes ensorceleuses, aux cascades de mèches brunes, blondes et même rousses. Leurs seins voluptueux, leur cul tanné et leurs jambes fuselées avaient de quoi mettre à l’aise ses invités, indéniablement !
Tandis que nous prenions place non loin de la piscine, Lucen s’empressa de m’introduire auprès de Vergaras, l’un des deux plus gros barons de la drogue colombienne. Un homme qu’il était impossible de rencontrer, une ombre dissimulée derrière des montagnes de coke et de soldats chevronnés. À force de professionnalisme, de droiture et d’intransigeance, mon ex-frère de cœur parvint à les gravir, recueilli à l’autre flanc par le grand patron en personne. Et avec les grâces, s’il vous plaît ! Ce dernier intima à l’une des superbes succubes de nous apporter de quoi nous désaltérer, après ce long voyage jusque dans les alentours de Manizales. Après cinq ans à trimer, c’était la deuxième fois seulement que Lucen rencontrait le cador. Pour autant, il refusait de lui dévoiler son emplacement, nous avions effectué le trajet à l’arrière d’une camionnette, la vue obstruée. Mon ami avait tenu à ce que je l’accompagne en gage de reconnaissance pour les quelques deals que je l’aidais encore à négocier de temps à autre dans notre humble secteur. Juste de quoi économiser. Juste de quoi bâtir mon avenir et combler la femme de ma vie, m’assurer qu’elle n’ait plus jamais à manquer d’un seul foutu dollar.
Quelle blague… J’avais quitté l’Ohio le cœur serré, décidé à embrasser une autre vie. Puis je l’ai rencontrée… cette gamine effarouchée, aussi craintive qu’un animal sauvage. Aussi fracassée qu’une môme non désirée pouvait l’être.
Certes, c’est afin de m’intégrer dans mon nouveau patelin pourri que j’avais d’abord fait jouer mes contacts interlopes. Amadeo, le fournisseur en beuh de SinderDale s’était fait coffrer. Durant le peu de temps que j’avais passé en ces lieux, j’en avais entendu des vertes et des pas mûres sur son compte. Un tordu qui se laissait dépasser par ses pulsions. En résultaient des cadavres épars, pourtant brillamment dissimulés   ; il n’était inculpé que pour trafic de drogues. C’était une occasion en or que j’avais tout de suite exposée à Lucen. Miguel se chargea de reprendre le réseau d’une partie de la Pennsylvanie, moi, je ne jouais que les intermédiaires. Au début, je ne désirais pas me mouiller outre mesure. Ensuite, j’ai tout bonnement basculé. Témoin de l’indigence d’Esme, cette enfant dont j’avais pris la responsabilité sans en comprendre moi-même la raison, je n’ai pu me résigner à la laisser à sa misère. Il me fallait de la thune, et vite. La drogue, c’était facile. Si facile pour me satisfaire de l’un de ses sourires, de ces moments où elle s’oubliait en ma compagnie. J’étais enchaîné sans l’avoir prémédité, et lorsqu’elle m’eut adressé ses premières avances, l’ado que j’étais avait totalement flanché. J’ignorais toujours comment j’en étais arrivé à me perdre à ce point, mais je ne regrettais rien. J’étais foutrement amoureux ! Esme, c’était encore à ce jour un mystère que je ne parvenais pas à décortiquer. Elle me faisait autant de mal par tous les secrets de son âme, que de bien par cet amour passionnel et sulfureux qui nous liait. Elle me donnait l’impression d’une poupée de verre. Solide en apparence, mais si les aléas de sa vie qu’elle exécrait la brisaient un jour, j’étais infichu d’anticiper sa réaction. Esme représentait une véritable bombe à retardement. Était-elle capable de tout abandonner sur un coup de tête ? Me laisser derrière ? Cette éventualité suffisait à faire tanguer le décor. Elle était maligne, sublime et insaisissable, et, puisqu’elle se raccrochait à moi, me considérant comme le roc de son existence, je ...

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