Forever Elle
139 pages
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Forever Elle , livre ebook

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Description

Il parait que les histoires d’amour de jeunesse sont éphémères et que les sentiments ne sont pas assez forts pour durer dans le temps. Il parait, oui.


Gabriel vit à Nice depuis sa plus tendre enfance. Tout lui sourit. Patron de sa salle de sport à tout juste trente ans, il est en couple depuis dix ans avec la douce Lilie, et est entouré d’une bande d’amis fidèles qu’il adore.


Il fait alors une rencontre fortuite dans un café.


Que fait-elle ici ? Son âme sœur, la fille de ses rêves, celle avec qui il voulait passer le restant de ses jours... Du moins, il en était convaincu il y a douze ans, avant qu’elle ne le quitte brutalement pour poursuivre ses études à Paris en le laissant avec ses doutes et ses questions.


Un regard et toutes les certitudes s’envolent.


Le destin aurait-il décidé que l’histoire n’est pas terminée ?

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 0
EAN13 9782493219114
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Forever
Elle
 
Dedicace
 
 

 
JULIE ROSE
Forever
Elle
 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
«Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. L’auteur ou l’éditeur est seul propriétaire des droits et responsable du contenu de ce livre. Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon, aux termes des articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.»
 
 
 
©2021, Julie Rose
Édition : Plumes de Mimi éditions, 122 rue de l’Argonne, 62117 Brebières.
Siret : 84469800100014
Dépôt légal : 10/2021
ISBN numérique : 978-2-493219-11-4
ISBN papier : 978-2-493219-12-1       
Julie Rose
Julie Rose est une auteure de romance contemporaine, car elle aime encrer ses romans dans la réalité. Pour cela, elle s’inspire de ce qui l’entoure en observant toutes sortes de situations que ce soit dans la rue comme à la télévision. Il arrive même qu’une simple chanson lui souffle une nouvelle idée.
Si la lecture et l’écriture ne lui sont pas apparues comme une évidence quand elle était enfant, elle a trouvé un équilibre dans sa vie en écrivant ses premiers romans. Elle a pu exprimer ses sentiments à travers des histoires qu’elle n’imaginait que dans sa tête.
Aujourd’hui, l’écriture reste sa première passion et tient une place prépondérante dans sa vie. Elle a participé à un recueil de nouvelles pour l’association Nos plumes pour vous en collaboration avec de fantastiques auteures de la romance : Rêves d’horizons. Elle publie une réédition de son roman Forever Elle aux éditions Plumes de mimi et vient de terminer l’écriture d’un crossover avec Élise Roz, une merveilleuse rencontre entre deux romans, entre deux amies, mais surtout entre deux personnages hauts en couleur tirés de Forever Elle et de Promis, je ne craquerai pas.
Elle réfléchit déjà à d’autres projets et a hâte de vous faire les découvrir.       
 
 
 
 
« Je t'aimerai jusqu'au bout du temps. Et quand le temps sera écoulé, alors, je t'aurai aimée. Et rien de cet amour, comme rien de ce qui a été, ne pourra jamais être effacé. Il y a des jours, des mois, des années interminables où il ne se passe presque rien. »
Jean d’Ormesson
Table des matieres
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 19
Chapitre 20
Chapitre 21
Chapitre 22
Chapitre 23
Chapitre 24
Chapitre 25
Chapitre 26
Chapitre 27
Chapitre 28
Chapitre 29
Chapitre 30
Epilogue

 
Quelques mots de l ’ auteure
 
 
« À tous ceux qui pensent que les sentiments amoureux des enfants et des adolescents sont éphémères…
 
À tous ceux qui sont convaincus qu’on ne découvre et comprend le sens du mot amour que lorsqu’on devient adulte…
 
À tous ceux qui croient que le grand amour n’existe pas…
Je répondrai que rien n’est écrit et rien n’est joué d’avance.
 
Je vous souhaite une belle lecture. »
 
Chapitre 1
Je jette un œil à ma montre, je ne peux pas croire qu’il ne soit pas encore là. Il me supplie de l’accompagner, je chamboule mon planning pour lui et il est en retard. Il ne changera jamais.
Il pousse la porte de la salle, cheveux en bataille, lunettes de soleil et sourire de séducteur, il ne feint même plus d’être désolé.
 
— Quoi ? s’étonne-t-il devant mon air agacé. Pourquoi me regardes-tu comme ça ?
— Tony ! Tu as vu l’heure ?
 
Il récupère son portable dans la poche arrière de son jean pour fouiller dans ses mails et vérifier l’heure de son rendez-vous. Il se gratte la tête et émet un petit rire gêné.
 
— Espérons qu’il ne soit pas trop tatillon sur les horaires.
— C’est un avocat, Tony !
— OK, alors dépêche-toi un peu, il va nous attendre, se moque-t-il en me glissant un clin d’œil tout en souriant.
 
Tony et sa désinvolture légendaire ! Il ne manque pas de culot.
S’il n’avait pas été mon meilleur ami, je crois que je n’aurais jamais réussi à supporter sa définition très personnalisée de la ponctualité. J’ai ouvert ma salle de sport après la fin de nos études supérieures — c’était mon rêve d’enfant — et je n’imaginais pas relever ce défi sans Tony à mes côtés. Aujourd’hui, c’est à mon tour de me montrer présent pour lui et de l’accompagner à ce rendez-vous.
Sa femme, Cindy, a demandé le divorce. Les infidélités de Tony depuis le début de leur histoire auront finalement eu raison de leur mariage. Je suis triste pour elle, pour tous les deux même, car je croyais en leur couple. J’étais convaincu que Cindy serait celle qui réussirait à remettre Tony dans le droit chemin. Je me suis trompé. Ils ont tenté de recoller les morceaux, à plusieurs reprises, mais le démon qui habite Tony a fini par les détruire.
Je suis loin d’être en accord avec les agissements de mon ami, mais je me dois de le soutenir en ce jour difficile.
 
— Vous avez essayé de discuter un peu avec Cindy, je ne sais pas, pour trouver une solution ? le questionné-je durant le trajet en remarquant qu’il a le nez scotché sur son portable.
— Pourquoi faire ? me répond-il sans relever la tête. On a déjà tenté l’expérience et ça n’a rien donné. Ce n’est pas grave, je dirais même que c’est mieux comme ça.
 
Agacé, je lui arrache le téléphone des mains. Je suis stupéfait en découvrant qu’il parcourt des photos de femmes sur une application de rencontres en les faisant défiler comme pour passer une commande au fast food . Vraiment ? Les regards d’incompréhension que nous échangeons me laissent penser que nos avis vont encore diverger.
 
— Sérieusement ? demandé-je, agacé. Tu es vraiment en train de te planifier un rencard pour ce soir ? Vas-tu grandir un jour, Tony ? Tu as une entrevue avec ton avocat. Pour ton divorce ! C’est justement ce genre de conneries qui ont poussé Cindy à baisser les bras et à te quitter ! Tu n’apprendras donc jamais de tes erreurs ?
— Pardonne-moi de ne pas être comme toi, Gab’ ! Mais, tu ne crois quand même pas que je vais passer ma soirée à me morfondre ou à pleurer mon mariage raté ? Je sais très bien pourquoi je me retrouve dans cette situation. J’en assume pleinement la responsabilité. Mais, ce qui est fait est fait !
 
Je m’apprête à ouvrir la bouche quand il termine sur un ton sarcastique :
 
— Au moins, cette fois, je ne fais de mal à personne.
 
Les portes de la rame du métro s’ouvrent, je ne relève pas sa dernière phrase et lui rends son téléphone. Je ne le comprendrai jamais. Toutes ces histoires sans lendemain, ces mensonges, ça n’a pas de sens. J’ai tenté à maintes reprises de le raisonner. Lola et Alban, nos deux amis d’enfance également, mais en vain. Sermons, mises en garde sur ce qui risquait d’arriver, il n’écoute jamais rien. Après tout, c’est sa vie. Alors, j’arrête de juger ses choix. Je suis son ami.
 
— Tu peux passer à la maison ce soir si tu veux, lui proposé-je en remontant une des rues nous menant chez l’avocat.
— Euh, laisse-moi réfléchir. Tenir la chandelle entre Lilie et toi ou siroter un verre de vin en charmante compagnie ? s’interroge-t-il en se grattant le menton. Un choix cornélien !
— C’est bon, j’ai compris, rétorqué-je en lui assénant un coup de coude.
 
Il répond par un éclat de rire en manquant de tomber, je ne sais pas pourquoi il m’arrive encore de penser qu’il pourrait changer.
Soudain, il s’arrête, les traits de son visage se ferment. Il lève les yeux pour observer la façade anthracite du bâtiment qui se dresse devant lui. Son regard détaille chacune des fenêtres. Il termine par fixer son attention sur la plaque métallique portant l’inscription juridique : Maître CARON, Avocat à la cour.
 
— Merci, Gab’, soupire-t-il.
— Les amis sont là pour ça, non ?
 
Je pose ma main sur son épaule. Il tourne la tête dans ma direction et, instant rare, je peux lire les émotions qu’il tente de réprimer depuis que Cindy l’a quitté.
 
— Finalement, j’ai bien réfléchi, annonce-t-il d’une voix calme. Je préfère passer la soirée avec Lilie et toi plutôt qu’avec une inconnue rencontrée quelques heures plus tôt.
— Je suis soulagé que tu aies changé d’avis. J’appelle Lilie juste après pour l’en informer. Tu veux que j’entre avec toi ?
— Merci, mais non. Je mérite ce qui m’arrive, donc je dois continuer à prendre mes responsabilités en assumant, seul, les conséquences de mes actes.
— Appelle-moi quand tu seras sorti, je vais t’attendre au Starbucks à côté. Je vais en profiter pour passer quelques coups de fil pour la salle.
— Tu bosses trop, Gab’, se moque-t-il en appuyant sur la sonnette de l’interphone pour s’annoncer.
 
Décidément, il ne changera jamais.
Quelques minutes plus tard, j’entre dans le café qui sans grand étonnement est rempli de monde. Dans la file d’attente, je lève la tête pour choisir ma boisson. Tout me fait envie : Caffe Latte, Caramel Macchiato, Mocha … hum, un délice. Mon choix se porte finalement sur un Grande Caffè Americano, comme à mon habitude. Je passe commande auprès de la charmante Alice à qui je donne mon prénom en me demandant comment elle choisira de l’écrire sur mon gobelet. Gab, ce n’est pas très compliqué, mais j’ai déjà eu le droit à des orthographes toutes aussi originales les unes que les autres. Elle encaisse ma commande et m’invite à patienter sur le côté le temps de préparer ma boisson. Je récupère mon portable dans ma poche pour envoyer un message à Lilie et l’informer que Tony passera la soirée avec nous. Je n’ai pas le temps de pianoter le premier mot que je sursaute. Alice vient d’appeler une cliente pour venir récupérer sa commande. Chaque fois que j’entends ce prénom, je ne peux pas m’empêcher de penser à elle, à nous, même si je sais que c’est ridicule après toutes ces années. Réussirai-je, un jour, à l’effacer totalement de ma mémoire ?
 
— Léana ? répète pour la troisième fois la jeune barista en tournant la tête à droite et à gauche.
 
Une voix féminine crie « Oui, je suis là ! » en s’approchant à la hâte du comptoir. Le claquement de ses talons sur le parquet me pousse à relever la tête en direction de la jeune femme qui s’approche. Incroyable ! Comment est-ce possible ? Je n’en crois pas mes yeux. C’est… elle !
Elle récupère son gobelet en s’excusant, puis se retourne pour se retrouver nez à nez avec moi. J’ouvre la bouche, les mots ne sortent pas. Elle m’adresse un sourire radieux, elle m’a reconnu. Mon rythme cardiaque s’affole, mes mains tremblent, je suis tétanisé.
C’est ma Léana.

 
Chapitre 2
— Gabriel ? Quelle surprise ! s’exclame Léana, avec étonnement.
 
Je n’arrive plus à parler. Comment est-ce possible ? Je la croyais à des centaines des kilomètres de Nice, du moins c’était le cas il y a… déjà 12 ans ?
Je n’ai jamais réussi à l’oublier totalement, bien que je me sois toujours interdit de la chercher ou de savoir ce qu’elle devenait. Après son départ, j’ai préféré l’oublier.
Elle tente d’avancer pour m’embrasser sur la joue, mais je me recule instinctivement. Je me sens bête de réagir ainsi. Je la fixe. Je n’arrive pas à décoller mon regard de sa chevelure rousse et bouclée qui retombe sur ses épaules. Ses yeux verts me fixent comme s’ils pouvaient lire au fond de mon âme. En une fraction de seconde, je me perds dans ses prunelles hypnotisantes.
 
— Si je m’attendais à ça, poursuit-elle. Que fais-tu ici ?
— Je crois que je pourrais te poser la même question, rétorqué-je sans réfléchir, avec une légère agressivité dans la voix.
 
Je ne sais pas si c’est le choc ou un reste de colère encore enfoui, mais c’est la première phrase qui me vient à l’esprit.
 
— Pardon. Ce n’est pas ce que je voulais dire, corrigé-je plus calmement.
— Ne t’excuse pas, je comprends. C’est vrai qu’il s’est passé tellement de choses et tellement de temps depuis le lycée. Je suis heureuse de te voir.
 
Douze années ! Depuis qu’elle m’a quitté. Douze années durant lesquelles je n’ai eu aucune nouvelle, silence complet. Pas un appel, pas un message et encore moins une visite. Je n’ai pas la moindre idée de ce qu’elle est devenue, où elle vit et pourquoi je me retrouve face à elle aujourd’hui. D’ailleurs, je me demande si j’ai vraiment envie de le savoir. Les messages que me lance mon corps me perturbent. Mon cœur cogne trop fort dans ma poitrine, mes mains deviennent moites, j’ai cette sensation de bouche sèche et mon cerveau n’arrive plus à réfléchir normalement. Je récupère mon café sur le comptoir en remerciant la Barista d’un hochement de tête. Je cherche mes mots pour changer de sujet.
 
— Tu es de passage, j’imagine ? lancé-je en me rappelant comment elle a tout plaqué pour partir vivre à Paris à l’époque. Tes parents vivent encore ici ?
 
Je lui pose la question alors que je connais la réponse, je les croise chaque fois que je me rends chez ma mère. Ce qui arrive de moins en moins à vrai dire.
 
— Euh… non, je veux dire… oui. Mon père et ma mère habitent toujours dans la même maison. Tu les connais, ils sont incapables de quitter leur ville natale. Mais… non, je ne viens pas juste leur rendre visite. Je… je vis ici maintenant, m’apprend-elle, embarrassée. Enfin… pas à Nice, mais pas très loin. Dans Saint-Laurent-du-Var pour être précise. En revanche, mon cabinet se situe à Nice, à quelques rues d’ici, pousse-t-elle un petit rire nerveux.
— Ton cabinet ? répété-je avec un étonnement non dissimulé pour m’assurer d’avoir bien compris.
— Oui, je suis avocate, annonce-t-elle fièrement.
 
Heureux de l’entendre, car c’était son ambition la plus chère et me quitter semblait l’unique option pour y arriver. À l’époque, j’étais juste convaincu que nous réaliserions nos rêves ensemble, main dans la main. Divergence d’opinions quand on voit comment elle est partie du jour au lendemain pour Paris en refusant que je l’y accompagne.
 
— Tu veux t’asseoir ? lui proposé-je en pointant du doigt une table un peu plus loin. Enfin… tu es peut-être pressée ?
 
Une petite voix dans ma tête me chuchote qu’il serait préférable d’en rester là — c’est une erreur de rouvrir les portes du passé — mais une autre, plus forte, plus intense, espère qu’elle va accepter.
Elle vérifie sa montre et réfléchit. Puis, un rictus apparaît au coin de ses lèvres.
 
— Volontiers. J’ai un peu de temps avant mon rendez-vous.
 
Elle relève la tête et m’envoie un merveilleux sourire, un de ceux dont elle seule a le secret. Il révèle cette fossette au creux de sa joue, il illumine son visage et ses prunelles aux couleurs envoûtantes. Comment ai-je pu oublier à quel point elle est belle ?
Nous nous installons face à face. Curieuse, Léana ne tarde pas à me demander des nouvelles de la bande. Elle souhaite savoir ce que chacun est devenu et si nous nous côtoyons toujours.
 
— Nous avons tous fait notre petit bonhomme de chemin, mais nous ne nous sommes jamais perdus de vue. Pour être sincère, notre amitié est toujours aussi forte.
 
Alors que je poursuis mon récit sur Tony, Lola et Alban — mes meilleurs amis — je remarque une bague à sa main gauche. Pas un simple anneau, j’opterais pour une alliance. La question me brûle les lèvres, est-ce bien ce à quoi je pense ? Je me retiens de lui poser la question. Je ne veux pas me montrer impoli et surtout, ça ne me regarde pas.
 
— Et toi ? me coupe-t-elle en posant son menton entre ses mains. Tu me parles de Tony, de Lola, d’Alban, mais toi ? Tu es marié ? Tu as des enfants ? Raconte-moi.
 
Elle n’a pas changé. Déjà au lycée, elle ne passait pas par quatre chemins pour poser LA question indiscrète, sans se soucier de savoir si celle-ci dérange. C’est un trait de sa personnalité qui m’a toujours plu : une franchise sans limites et une sincérité à toute épreuve. Du moins, c’est ce que je pensais avant de découvrir qu’elle me mentait et qu’elle se préparait secrètement à me quitter.
 
— Moi ? Non, ni l’un ni l’autre ! répliqué-je comme si cette idée me rebutait totalement. Euh… non. Ce que je voulais dire, c’est que je ne suis pas marié et je n’ai pas d’enfants. Mais, je suis en couple, précisé-je comme par évidence. Lilie, euh… elle s’appelle Aurélie en réalité, mais pour tout le monde, c’est Lilie, ricané-je, nerveusement. Ça va bientôt faire… dix ans, qu’on est ensemble. Mais… le mariage… euh… non… ce n’est pas pour moi, pour nous.
 
Le stress me fait bégayer, et pourquoi je stresse d’ailleurs ? Les yeux translucides de Léana m’observent, me transpercent, je perds mes moyens. Je ne me suis jamais senti aussi embarrassé. J’ai l’étrange impression de subir un interrogatoire alors que je suis simplement en train de bavarder avec une vieille amie. Pourtant, je ressens l’envie et le besoin de me justifier sur ma relation avec Lilie. Qui n’a rien de compliqué, au contraire !
Avant que je n’aie le temps de poursuivre, Léana me coupe en vérifiant sa montre.
 
— Je vais devoir te laisser, excuse-moi. J’ai un rendez-vous très important et je suis déjà en retard. Ça m’a fait plaisir de te revoir, termine-t-elle en se levant.
 
Je me contente de sourire et d’imiter son geste. Elle pose la main sur mon épaule et avance son visage près du mien pour m’embrasser amicalement. Cette fois, je ne me recule pas. L’odeur de son parfum envahit mes narines, mon rythme cardiaque s’accélère.
 
— Ça te tente qu’on prenne un café ? Proposé-je en me reculant pour esquiver le contact de sa joue sur la mienne. Euh… pas tout de suite bien sûr. Mais, un autre jour… quand tu auras un peu de temps libre. Enfin… si tu veux… recommencé-je à hésiter entre chaque mot. Ça nous laissera l’occasion de discuter un peu plus longuement.
 
J’aurais dû simplement la saluer et me contenter d’un « À bientôt peut-être ? », mais je ne pouvais la laisser partir comme ça.
Elle plonge la main dans son sac à main et en sort une carte de visite qu’elle me tend, tout sourire.
 
— Excellente idée. Mon numéro est noté au dos, précise-t-elle en me le désignant. Appelle-moi ou envoie-moi un message, selon tes préférences. À bientôt, alors ? lance-t-elle sans tenter une nouvelle bise.
— À bientôt, chuchoté-je, songeur, pendant qu’elle marche vers la sortie.
 
Je ne peux m’empêcher de la fixer pendant qu’elle quitte le café. Je regarde s’en aller cette splendide jeune femme — qui n’a plus à rien voir avec l’adolescente que j’ai connue — à la démarche pleine d’assurance et aux courbes poussant certains hommes à se retourner sur son passage.
Alors qu’elle s’apprête à sortir, elle laisse sa main posée sur la porte vitrée et tourne la tête dans ma direction pour m’adresser un nouveau sourire, discret, éblouissant et m’obligeant à retenir mon souffle. Elle disparaît.
Je baisse les yeux sur la carte encore entre mes doigts et prends un instant pour m’assurer que mes yeux fonctionnent correctement en découvrant les inscriptions dorées sur fond noir mat : « Léana Pascal, Avocate ». Je lis ensuite l’adresse de son cabinet au verso, elle travaille bien à quelques rues d’ici, à quelques centaines de mètres des lieux que je fréquente régulièrement sans que jamais nous ne nous soyons croisés.
Pourtant, le hasard l’a placé sur ma route aujourd’hui.

 
Chapitre 3
Mon téléphone vibre dans ma poche. Tony ! Je l’avais oublié ! Il m’a envoyé plusieurs SMS pour m’informer qu’il s’apprêtait à me rejoindre. Quelques minutes plus tôt, et il tombait nez à nez avec Léana. J’imagine sa surprise, ou sa gêne. Je préfère ne rien lui dire, du moins, pour le moment. Tel que je le connais, il va me mitrailler de questions auxquelles je n’ai pas envie de répondre.
Je retire rapidement la coque opaque de mon portable et glisse la carte de Léana dessous. Je ne veux pas la perdre ou prendre le risque que quelqu’un tombe dessus par inadvertance et l’interprète d’une mauvaise manière. Lilie s’inquiéterait de découvrir que je me balade avec les coordonnées d’une avocate. Quant à mes amis… je garde cet épisode pour moi.
Je commence à pianoter un message pour Tony afin de le prévenir que c’est moi qui le rejoins. Trop tard, il se tient déjà devant moi, tout sourire comme à son habitude.
 
— J’ai le temps de boire un café ? demande-t-il comme s’il ne venait pas de tirer un trait sur son mariage.
 
Je m’attendais à le retrouver un minimum abattu après ce rendez-vous, pas du tout. Quand on ne connaît pas Tony, on peut vite déduire de ce genre de comportement que rien ne le touche, mais c’est tout l’inverse. Il s’est forgé une carapace pour ne pas avoir à dévoiler ses sentiments. Et puis surtout, c’est une tête de mule bornée et trop fière !
 
— Euh… ce n’est pas que je veuille me montrer sévère, mais tu as un cours dans moins d’une heure, lui annoncé-je pour lui rappeler ses obligations.
 
Quel mauvais ami je fais ! J’accepte de l’accompagner dans un moment aussi important de sa vie et l’instant d’après, je me comporte comme un vulgaire patron sans cœur. Mais, je crois que c’est aussi pour cette raison qu’il a souhaité ma présence. Il savait qu’il aurait besoin d’un bon coup de pied aux fesses.
 
— Quelle idée d’être le meilleur pote de son boss, ricane-t-il en levant les yeux au ciel. Si je comprends bien, il ne me reste plus qu’à commander mon café et le boire sur la route, c’est bien ça ?
— Voilà ! J’aime quand tu te montres raisonnable, m’amusé-je à le taquiner.
 
Il récupère rapidement son gobelet sans omettre de glisser un clin d’œil à la jolie barista. Indécrottable ! Je le presse, le somme de partir, car dans un instant il va tenter de récupérer son numéro de portable. Trop tard, c’est elle qui le lui glisse en le gratifiant d’un clin d’œil.
Sur le trajet retour, je tente de le questionner sur son entrevue avec son avocat. Je cherche à creuser un peu pour savoir ce qu’il ressent, car je suis inquiet devant son calme. Son air pensif ne lui ressemble pas et je sais que s’il se cloître dans le silence, il risque surtout d’entrer dans une spirale autodestructrice.
 
— Cindy propose un divorce à l’amiable, se décide-t-il à m’expliquer. Nous n’avons pas d’enfants, aucun bien et encore moins de l’argent donc elle tient à régler cette histoire rapidement pour passer à autre chose. Elle trouvera quelqu’un de bien, qui saura l’aimer. Elle le mérite.
 
La tristesse dans sa voix me touche et me confirme que, bien qu’il soit responsable de la situation, il n’y est pas insensible. Toutefois, je choisis de le reprendre sur un point avec lequel je ne suis pas d’accord.
 
— Tu ne te considères pas comme un gars « bien » ? Et puis, c’est quoi pour toi la définition d’un mec « bien » ? précisé-je en mimant des guillemets avec les doigts.
 
Il s’est mal comporté, c’est une certitude. Il n’a aucune excuse, car il lui a menti et il l’a trahie. Mais, je refuse l’idée que mon meilleur ami pense être une mauvaise personne pour autant.
 
— Un gars comme toi, me désigne-t-il du doigt. Toutes ces conneries, ces mensonges, ça ne t’arrivera jamais, à toi.
 
Incapable de lui répondre, je le laisse poursuivre.
 
— Toi, tu ne ferais jamais un truc pareil à Lilie, ajoute-t-il en baissant la tête. Pourquoi je ne peux pas être comme toi, Gab’ ? Toi, t’es un mec bien alors que Moi, je ne peux pas m’empêcher de tout détruire sur mon passage. J’ai fait souffrir Cindy, de la pire des manières, et à plusieurs reprises donc la meilleure chose qu’elle avait à faire était de demander le divorce. Je ne la méritais pas !
— Ne dis pas ça, tenté-je de le réconforter.
— Non, me coupe-t-il en levant le bras. Je l’ai bien cherché. J’assume, ne t’inquiète pas pour moi. Elle sera plus heureuse sans moi, c’est tout.
 
Quels seraient les bons mots pour ne pas l’accabler davantage ? Quels conseils pourrais-je bien lui donner pour l’aider ? Il n’en existe pas. Je n’ai jamais été doué pour ce genre de choses. Je me contente de poser la main sur son épaule de manière compatissante. Il semble apprécier la retenue dont je fais preuve.
Le reste du trajet se fait en silence. Tony se plonge à nouveau dans son portable et cette fois, je ne le lui reproche pas. Nous arrivons devant l’entrée de la salle de sport. Alors que Tony pousse la porte, je l’interpelle pour lui faire part d’une idée qui m’est venue pendant que nous étions dans le métro.
 
— Tony, attends !
 
Il se retourne immédiatement, curieux d’entendre ce que j’ai à lui dire.
 
— Pour ce soir, si on oubliait la chandelle ?
— Serais-tu en train de me conseiller de me trouver un rencard ? s’étonne-t-il sur un ton presque victorieux.
— Il me semble que tu n’as jamais eu besoin de qui que ce soit pour ça. J’avais en tête d’appeler Lola. Et Alban qui est rentré de voyage me semble-t-il, pour leur proposer d’aller prendre un verre au bar. Rien que tous les quatre, qu’en penses-tu ?
 
Il hoche la tête en souriant et de sa main droite vient me frapper l’épaule tout en maintenant mon bras. Je retrouve enfin une expression positive sur son visage.
 
— Merci, mon pote, souffle-t-il d’une voix emplie d’émotion.
— C’est normal, tu en ferais autant pour moi.
— Voire plus, plaisante-t-il, car moi, je t’aurais donné ta journée de congé, poursuit-il en me tirant la langue. Allez, je vais bosser ! J’ai un cours qui m’attend et je DÉ-TESTE arriver en retard.
 
J’éclate de rire devant l’ironie de sa déclaration. Il est incroyable !
 
* * * * *
 
La musique retentit jusqu’à en faire vibrer les lames du parquet. Tony a retrouvé son énergie légendaire et ses élèves se dépassent physiquement. On peut l’entendre crier des encouragements pour les motiver. À leur tour, ils lui répondent avec le même engouement. Une ambiance incroyable ! J’ai été obligé de créer un planning de réservation tellement ses cours ont du succès. J’ai dû refuser certaines personnes à plusieurs reprises sur les horaires très prisés du soir. Il n’a jamais vraiment su prendre les bonnes décisions concernant sa vie privée, mais j’ai bien fait de lui accorder ma confiance en lui proposant de développer la partie fitness de mon établissement.
De mon côté, je choisis de m’enfermer au calme dans mon bureau. Je peux ressentir les vibrations provoquées par les basses des morceaux de musique. J’allume mon ordinateur pour m’occuper des inscriptions des nouveaux abonnés, j’ai un peu de retard dans ma gestion administrative. Je désespère face à l’amas de dossiers à traiter qui commencent dangereusement à s’accumuler.
Je n’arrive pas à m’y mettre. Je ferme les yeux pour faire le vide, tenter de retirer de mon esprit ma rencontre avec Léana ainsi que toutes les images d’elle qui ne demandent qu’à remonter à la surface.
Je les ouvre à nouveau pour inspirer profondément.
 
— Oublie tout ça, Gab’ ! C’est du passé !
 
Voilà que je commence à parler tout seul. À voix haute en plus !
Je me redresse soudainement avec une idée bien précise. Je me connecte à Facebook. Je pianote dans la barre de recherche son nom, celui que j’avais réussi à effacer de ma mémoire. Du moins, jusqu’à ce que je me retrouve de nouveau face à son beau visage. Je sais que je ne devrais pas mener cette recherche. J’ai bien assez souffert de son départ, mais maintenant qu’elle est de retour, mon esprit recommence à s’octroyer le droit de penser à elle.
Je repère son profil : Léana Pascal-Perez. Alors, elle s’est mariée ! Et, cette bague était une alliance comme je le pensais. J’hésite à poursuivre. Si je referme cette page maintenant, je clôture le chapitre « Retrouvailles avec une ancienne petite amie au beau milieu d’un café » et je reprends le cours de ma petite vie tranquille comme si de rien n’était. C’est aussi simple que ça.
Ma curiosité grandit, de plus en plus chaque seconde.
Il n’y a rien de mal à savoir ce que sont devenus nos anciens camarades d’école. Les réseaux sociaux ont été créés pour ça aussi, non ? Certains en ont fait leur spécialité. Ce que je m’apprête à faire n’est pas si différent. Nous avons partagé des sentiments, elle et moi. Mais, pour autant, est-ce interdit de m’intéresser à elle ?
Je cesse de tergiverser, je clique sur son nom.
Son compte est privé, j’aurais dû m’en douter. Elle est avocate à la cour, elle ne peut pas se permettre que le premier inconnu s’immisce dans son intimité. Je pourrais lui envoyer une invitation pour qu’elle rejoigne mon cercle d’amis.
Non !
Je me contente d’observer la photo de son profil et celle de couverture sur laquelle elle apparaît avec l’homme que je suppose être son mari. Voilà, alors, celui qu’elle a épousé, qui partage sa vie et qui la rend heureuse. Enfin, je l’espère. Ils forment un beau couple, je dois le reconnaître. L’un en face de l’autre, il y a de la tendresse dans leur regard. Il ne s’agit que d’une image, un instant capturé qui ne reflète pas forcément la réalité. Mais, elle a choisi ce moment précis pour la représenter. Il l’aime, ça crève les yeux.
Le chiffre « un », en rouge, apparaît sur l’icône en haut de l’écran. Je déplace ma souris pour lire la notification : « Léana Pascal-Perez vous a envoyé une invitation ». Nous avons eu la même idée, au même moment. Elle pense à moi. Notre rencontre ne l’a pas laissée indifférente.
Une sensation de lourdeur parcourt mon corps pour venir se nicher au fond de mon estomac. Une douleur qui ne me fait pas souffrir, non, du moins pas encore.
Je clique sur « Confirmer ». Léana est de retour dans ma vie.

 
Chapitre 4
Je pensais arriver le premier, mais Lola est déjà là à faire les cent pas devant la porte du bar. Si son visage laisse apparaître quelques marques de fatigue suite à la naissance de son petit Louis, elle a choisi de mettre de côté ses vêtements de maman pour une tenue très élégante. Elle porte des talons hauts vernis et une robe noire très seyante. Je crois que la dernière fois que je l’ai vue habillée ainsi, c’était… J’ai beau réfléchir, je ne m’en souviens pas. Quoi qu’il en soit, je suis heureux que nous puissions nous retrouver ce soir.
 
— Tu es magnifique ! la flatté-je en l’embrassant sur la joue.
— Arrête de te moquer de moi, rétorque-t-elle en me donnant un coup à l’épaule. T’as vu ma tête ? Je n’ai pas dormi depuis… j’ai arrêté de compter en réalité. Louis essaie de sortir sa première dent. Je suis crevée.
— Au fait, qui s’occupe de Louis ce soir ? Will ?
— Non, Will est de garde donc je l’ai déposé chez ma mère. Ça fait des semaines qu’elle me supplie de la laisser prendre soin de son petit-fils, au moins pour un week-end donc je me suis dit que c’était la bonne occasion.
— Maman t’a donné la permission de minuit ? la taquiné-je pour la provoquer en lui rappelant nos années lycée pendant lesquelles elle n’avait jamais le droit de sortir trop tard le soir.
— Ne commence pas à me chercher, toi.
— Qui cherche qui ? lance Alban qui nous rejoint, accompagné de Tony.
 
Je ne peux pas m’empêcher de jeter un œil à ma montre avant de fixer Tony, puis je lance un regard amusé à Lola. Je lève le bras comme si je présentais mon poignet à une assemblée alors que la rue est déserte. Depuis que je le connais, c’est une des rares fois où il arrive à l’heure à un rendez-vous.
 
— Ne commence pas, grogne Tony. Alban est venu me chercher directement chez moi pour être sûr que nous ne soyons pas en retard. Comme si je faisais ce genre de choses, ajoute-t-il ironiquement.
...

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