French touch
230 pages
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Description

Romance contemporaine - 450 pages


Appartement, travail : c’est un nouveau départ pour Daphné. Après une histoire compliquée avec un homme marié, elle souhaite tourner la page et, pourquoi pas, rencontrer enfin le grand amour. New York semble la ville idéale pour ça ! Pourtant, le chemin vers le bonheur va s’avérer plus tortueux qu’elle ne l’avait imaginé. Et s’il passait finalement par ce voisin trop canon pour être honnête, au passé trouble ?


À 32 ans, Grégory est à un tournant de sa vie. Il souhaite enfin se poser, changer de boulot et se calmer avec les filles. L’arrivée de la charmante Daphné dans son immeuble pourrait bien lui donner une motivation supplémentaire, d’autant qu’ils ont plein de points communs, à commencer par la France et la gastronomie.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 45
EAN13 9782379613364
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

French touch

Delphine CLEVER
Delphine CLEVER

Mentions légales
Éditions Élixyria
http://www.editionselixyria.com
https://www.facebook.com/Editions.Elixyria/
ISBN : 978-2-37961-336-4
Photos de couverture : YacobchukOlena & AboutImages
Symboles intérieurs : Olina Tatyana
Chapitre 1

Daphné
Chargée d’une lampe et d’un sac, j’ouvre la porte de mon appartement pour la vingtième fois au moins aujourd’hui. La matinée a été longue et épuisante : le trajet en camion avec mes parents, la difficulté à trouver une place la plus proche possible de l’entrée, les meubles et les cartons à décharger... Heureusement, mon frère et ma sœur sont arrivés en renfort vers midi, ce qui nous a permis d’avancer considérablement plus vite.
Je dépose mes affaires sur un empilement de cartons et jette un regard circulaire sur la pièce principale de mon nouveau « chez-moi » : elle fait environ vingt-cinq mètres carrés, offrant un bel espace. Une grande baie vitrée permet de profiter d’une superbe luminosité. Je m’en approche pour contempler mon voisinage, avec lequel je ne suis pas encore familiarisée. Au dixième étage (l’avant-dernier), je n’ai pourtant vue que sur une succession de buildings et autres bâtiments grignotant les nuages, panorama si particulier de la Big Apple. Tout cela me change des paysages de campagne auxquels je suis habituée. À part pendant mes années d’études, que j’ai terminées il y a plus de six ans, j’ai toujours vécu en périphérie de cette ville immense, là où l’urbanisme est plus aéré.
En tout cas, une chose est sûre, je suis prête pour ce nouveau départ ! En même temps, je ne peux plus faire machine arrière. Et ça tombe bien, parce que je n’en ai aucune envie. New York, me voilà !
— C’est le dernier ! lance mon grand frère en entrant, comme en écho à mes pensées.
Je me retourne pour voir Loris déposer un énorme carton, qu’il porte à bout de bras, dans le coin salon.
— Nous avons été vachement efficaces, à nous cinq, constate-t-il.
Ma sœur arrive à ce moment-là, suivie de mes parents. Elle pose également son fardeau et mouline du bras en criant :
— Wou Hou ! C’est vrai ! Les Perrin sont les plus forts !
J’éclate de rire devant son énergie inépuisable.
— Viens plutôt m’aider à sortir le repas, Camille, au lieu de « chasser des moulins à vent » ! plaisante notre mère, déjà vers le coin cuisine.
Elle a prononcé cette dernière expression en français, traduisant littéralement « chasing windmills ».
— On dit « brasser de l’air », maman ! la reprend ma sœur.
Je lève les yeux au ciel et rajoute :
— Tu sais bien que tu ne peux pas tout traduire mot à mot !
— Je trouvais que ça allait bien avec son mouvement du poignet, rétorque notre mère en haussant les épaules.
Comme souvent, nous mélangeons allègrement anglais et français lors de nos échanges. Il faut dire qu’avec une mère américaine et un père français, nous avons été très tôt plongés dans cette gymnastique mentale.
Mes parents se sont rencontrés à Montpellier, sur la place de la Comédie, à l’été 1987, alors que ma mère était venue étudier une année en France et que mon père bossait comme serveur pour payer ses cours à la fac. Il paraît que ça a été « love at first sight », entre eux. Un vrai coup de foudre. Ma mère n’est jamais repartie. Ils se sont mariés deux ans plus tard et ont eu mon frère dans la foulée. Diplôme en poche, mon père a rapidement trouvé un emploi et gravi les échelons, tandis que notre mère s’occupait de nous, tout en donnant des cours d’anglais.
Lorsque j’ai eu dix ans, nous nous sommes installés aux États-Unis, ma mère ayant le mal du pays. Mon frère avait treize ans et ma sœur sept. La région de New York s’était imposée par le boulot de notre père, qui n’avait que l’embarras du choix auprès des nombreuses entreprises ici dont l’activité touche aux secteurs industriels de pointe. Mon frère, ma sœur et moi étions déjà bilingues, de toute façon. Et mon père se débrouillait très bien, avec ma mère comme professeur !
Loris frappe dans ses mains :
— Super ! Bon, c’est pas tout ça, but I’m starving, moi ! On n’a pas avalé grand-chose depuis notre arrivée.
En effet, une pause repas nous fera le plus grand bien. Un emménagement, ça creuse ! Surtout qu’il est déjà quinze heures ! Nous nous installons sur les chaises hautes devant le comptoir pour dévorer les sandwichs que ma mère et moi avons préparés hier soir.
J’observe mes parents sourire à Camille, qui raconte les mésaventures de sa colocataire au campus. Bien qu’ils soient détendus, je les trouve fatigués, ces derniers temps. Ils ont également emménagé récemment dans leur nouvelle maison à Livingston. Eux n’ont pas un voisin à moins de cinq cents mètres. Rien à voir avec ici ! Quand je pense à tous les sacrifices qu’ils ont été obligés de faire à cause de moi… Depuis plusieurs mois, les habitants de la petite ville du New Jersey où nous vivions depuis seize ans leur ont fait vivre un véritable enfer par ma faute. Ils subissaient des injures et des menaces quotidiennement. Si j’avais su qu’en succombant à mon attirance pour le chef du restaurant où j’étais second de cuisine, j’allais provoquer le scandale du siècle à South Amboy, j’aurais résisté à ses avances. Surtout quand on voit quel gâchis il en a résulté : Carl a divorcé, ma famille a été montrée du doigt et malmenée, et finalement, nous ne sommes même plus ensemble. Il s’est avéré que monsieur « crise de la quarantaine » n’a pas quitté sa femme pour moi, comme tout le monde le pensait, moi la première, mais pour vivre une vie de célibat épanouie.
Mon cœur se serre en pensant à lui. Au-delà du fait que j’ai le sentiment d’avoir été prise pour une idiote, je croyais vraiment être amoureuse, pour la première fois de ma vie. Je l’admirais tant ! J’étais éblouie par son charisme, ses connaissances et son génie culinaire. Lorsque Carl m’a avoué qu’il était marié, c’était trop tard. J’étais déjà sur une espèce de petit nuage de fascination qui me faisait oublier tout ce qu’il y avait autour de nous. Je ne pouvais pas envisager qu’il se serve de moi. J’ai cru à ses promesses et en fin de compte, tout ce qu’il m’a offert n’était que mensonge et manipulation. Avec du recul, ce que j’ai imaginé vivre avec lui n’a jamais réellement existé.
Lorsqu’il m’a quittée à mon tour, j’étais dans l’incapacité de le voir tous les jours et de travailler avec lui comme si de rien n’était. J’ai dû démissionner et envisager de m’installer le plus loin possible.
Je secoue la tête pour chasser ces souvenirs désagréables. Mes erreurs et mon chagrin d’amour sont derrière moi. Je vais démarrer une nouvelle vie, ici. Je dois tirer un trait sur mon passé et aller de l’avant. Quelle meilleure façon de commencer qu’en profitant de ma famille enfin réunie ? Ce n’est pas si fréquent, étant donné que ma sœur étudie les sciences à Princeton et que mon frère est installé à Trenton.
Notre pique-nique improvisé se déroule dans la joie et la bonne humeur. Ma famille est très expansive, et je me rends compte que ça m’a manqué de ne plus prendre part à leurs échanges. Je suis heureuse pour la première fois depuis longtemps. Ça me fait un bien fou !
Après un café avec ma nouvelle machine, dont George Clooney vante les mérites comme personne, ils m’aident tous à réassembler et déplacer mes meubles. J’adore déjà cet appart. Il est un peu au-dessus de mes moyens, notamment avec la buanderie et l’ascenseur dont dispose l’immeuble, mais j’ai quelques économies et mes parents m’ont proposé de m’aider ; ils ont bien voulu se porter garants pour moi. Et puis, le Queens est tellement proche de Manhattan. Comment résister à cet argument ?
Après mes études de cuisine, j’ai travaillé dans plusieurs restaurants proches de chez mes parents, toujours plus cotés les uns que les autres. D’abord commis, mon dernier poste en qualité de sous-chef était une véritable reconnaissance de mes qualités professionnelles. À vingt-six ans, je peux dire que je maîtrise parfaitement mon métier, et c’est ainsi que j’ai postulé pour donner des cours à la prestigieuse école de cuisine de New York, l’endroit même où j’ai eu mon diplôme. Obtenir cette place était quasiment inespéré. J’ai eu la chance de chercher un nouveau boulot au moment où ils avaient besoin de quelqu’un. Plus motivée que jamais par cette fabuleuse opportunité, je me suis surpassée lors des épreuves de recrutement et j’ai été la meilleure. Mon poste va consister à apprendre aux élèves la maîtrise des techniques de base comme couper, émincer, lier une sauce, etc. Je donnerai également quelques cours ponctuels lors d’ateliers, selon les demandes. J’ai tellement hâte de commencer ! Vivement lundi !
En attendant, je dois mettre en ordre mon nouvel appart. Mes parents, Loris et Camille sont formidables : après les meubles, ils m’aident à vider des cartons. Ma mère et ma sœur s’occupent de la cuisine, mon père et mon frère sont dans le coin salon/salle à manger et je m’occupe de ma chambre. Je suis en train de ranger mes vêtements dans mon placard lorsqu’un déchaînement de guitare me parvient tout à coup. J’adore la musique, et je n’ai rien contre le rock. The Salt Wolves {1} est d’ailleurs un super choix ! Il me semble cependant que le respect des autres exige certaines limites de décibels. La musique vient vraisemblablement de l’appartement d’à côté et je l’entends comme si c’était moi qui l’avais mise.
Sur Sans toi , je secoue la tête en rythme, puis je chantonne sur  Seconde chance . À la troisième chanson, je me dis que mes voisins semblent décidés à écouter l’album en entier à ce volume. Je rejoins ma famille dans la pièce principale et constate que le son est plus fort ici.
— Eh ben, ça promet ! Ça va, ça ne vous gêne pas ?
— C’est sûr que ça met de l’animation, plaisante ma mère. Mais c’est surtout à toi de voir, ma chérie.
— Au moins, ils ont bon goût, commente Camille.
— Je peux aller leur dire deux mots, si tu veux ? propose Loris.
— Non, c’est bon, merci. Je m’en occuperai plus tard. Je ne vais pas râler le premier jour, quand même ! Je vais attendre de voir si ça se reproduit.
— Comme tu veux.
— Ne te laisse pas faire, tout de même, Daphné, me prévient mon père.
— Promis, lui dis-je en l’embrassant sur la joue.
Les murs semblent bien insonorisés, pourtant. Le son doit être poussé à son maximum. Pour le moment, ce n’est pas trop gênant, mais le jour où je voudrai me reposer et qu’ils me feront ce genre de plan, ce sera une autre histoire ! Peut-être que cette situation est exceptionnelle ? Je ne vais pas m’emballer trop vite, je viens tout juste de poser l’ensemble de mes affaires.
Je reprends le rangement de mes habits et Loris me rejoint, chargé d’un carton, et me lance :
— Tiens ! Je te laisse ranger tes livres pornos.
Je réagis au quart de tour :
— Hé ! N’importe quoi ! Ce ne sont pas des livres pornos ! Ce sont des histoires d’amour.
— Ouais, c’est ça, sœurette. T’essaies de convaincre qui, là ? Vraiment, je ne comprends pas que tu lises ces trucs. Y a même pas d’images ! C’est nul !
Je lève les yeux au ciel.
— Et moi, je ne comprends pas pourquoi tu hurles devant un écran pour des types qui se disputent un ballon alors qu’ils ont les moyens de s’en payer un million chacun. Et pourtant, je ne te fais pas de réflexion !
— Pff, en effet, tu ne comprends rien au sport.
— Pas au sport, frangin ! À ceux qui regardent les autres en faire ! Chacun ses hobbies. Moi, j’aime lire et laisser les émotions me submerger.
— Eh bien, tu rangeras toute seule ton flot d’émotions cochonnes dans ta bibliothèque !
Je lui tire la langue. Il sourit en secouant la tête, puis sort de ma chambre. Je retourne à ce que j’étais en train de faire, lorsque sa voix retentit à nouveau :
— Dis-moi : comment fais-tu pour te toucher et lire en même temps ?
J’attrape la boîte de Kleenex à côté de moi et la lance dans sa direction.
— Obsédé !
Son rire résonne derrière la cloison. Mon frère adore me taquiner !
Lire est vraiment une passion pour moi et je tiens beaucoup à ma collection de bouquins, dont la grande majorité est classée romance érotique, c’est vrai. Je les aime tellement que je voulais que ma bibliothèque soit dans ma chambre, au pied de mon lit. De cette manière, je les aurai à portée de main les soirs d’hiver que je passerai blottie sous la couette. J’ouvre le carton et commence à les ranger.
Ces lectures m’offrent évasion et rêverie. J’aime imaginer qu’il existe quelque part un homme qui fera battre mon cœur comme celui des héroïnes avec qui je fais un petit bout de chemin. Je ne m’attends pas forcément à ce qu’il soit parfait, comme tous ces personnages fictifs. S’il pouvait seulement me faire autant vibrer ! Je voudrais ressentir le même désir brûlant, la même compression dans la poitrine, tellement bien décrits dans les romans. Et surtout, que ce soit réciproque. Jusqu’à aujourd’hui, je n’ai pas connu tout cela, même lorsque je me suis crue amoureuse. Je meurs de curiosité de savoir si c’est possible ou si ça ne peut rester que du domaine de la fiction. Je suis une grande romantique, que voulez-vous ! D’ailleurs, l’homme de ma vie est certainement dans cette ville, et il ne me reste plus qu’à le rencontrer !

En fin d’après-midi, le nombre de cartons pleins a nettement diminué. Nous descendons ceux qui sont vides et pliés dans le camion avec Loris et mon père. Ce dernier m’a dit qu’il s’en débarrasserait. C’est adorable de sa part, il va me faire gagner du temps et de l’énergie.
Malheureusement, mon frère et ma sœur doivent déjà repartir. Une fois remontés, je les serre dans mes bras et nous nous promettons de nous revoir très vite.
— À bientôt ! me lance Camille.
— Prends soin de toi, sista.
— Je m’inquiète plus pour toi, tu sais ?
— Hé ! C’est moi la grande sœur !
Elle ricane et me fait un dernier câlin. Mon frère m’adresse un clin d’œil avant de sortir.
Je me retrouve seule avec mes parents.
— Ça va aller, ma chérie ? me demande ma mère, les sourcils froncés.
— Bien sûr ! Je vais travailler à l’école de cuisine de New York ! Ça ne peut qu’aller !
— Tu sais que je ne parle pas de cela.
Je me renfrogne un peu, puis me redresse et lui souris. J’ai dit que tout ça était derrière moi.
— Je vais bien, mom. Carl était un crétin. Je peux trouver mieux !
— C’était un sale con, oui ! s’exclame mon père en français.
— Alexandre ! le réprimande ma mère. Surveille ton langage ! Et puis, ce n’était pas lui le pire dans l’histoire, mais sa femme « conseillère municipale », je te prie ! C’est elle qui a monté tout le monde contre nous par l’intermédiaire de ses connaissances.
Je baisse la tête.
— Je suis tellement désolée pour tout ça ! Par ma faute…
Ma mère ne me laisse pas finir :
— Arrête de te blâmer ainsi, ma puce. On fait tous des erreurs dans la vie. Et puis, ton père et moi sommes très bien installés à Livingston. Pas vrai, chéri ?
— Mmm, marmonne mon père.
Elle lui donne un coup de coude pas très discret.
— Tu as moins de temps de trajet pour aller au travail ! Et ton propre bureau à la maison.
— Et toi, mom ? Tu as trouvé tes marques dans ta nouvelle école ?
Mon Dieu ! Quand je pense que je suis également responsable de son changement de poste…
— Oui ! J’adore m’occuper des tout-petits. Ils sont tellement chou.
Elle a l’air sincèrement satisfaite.
— Bon. Tant mieux. Je suis contente que ça se passe bien.
Ma mère m’enlace les épaules pour me caler contre elle.
— Nous allons devoir te laisser, nous aussi. Ton père doit rendre le camion. Tu nous appelles au moindre problème, d’accord ?
— Promis.
— Tu seras prudente, Daphné. Ici, c’est la ville. Avec tous ses dangers.
Je hoche la tête et l’embrasse sur la joue. À son tour, mon père me serre contre lui.
— Bonne chance pour ton nouveau poste. Je suis sûr que tu vas assurer.
— Merci, papa.
— Je t’aime, ma puce.
— Moi aussi.
Bon. Même si papa m’en veut peut-être, il m’aime toujours, c’est déjà ça. Lorsque je referme la porte derrière eux, je me sens soudain bien seule. Allez, Daphné, tu as encore du boulot ! Je souffle un bon coup et me motive. Je fais mon lit, mets les cartons que je peux déplacer là où ils ne gêneront pas le passage et fais un brin de ménage dans la cuisine.
Vers vingt heures, je me rends dans mon entrée et jette un coup d’œil sur le grand miroir qui s’y trouve. J’avise ma salopette large en jean, laissant apparaître un T-shirt rose. Mes cheveux châtains sont tout ébouriffés et je me suis à peine maquillée ce matin. Je hausse les épaules et attrape mes clés. Je suis à New York ! Personne ne fera attention à mon apparence. C’est le moment de partir à la découverte de mon quartier. J’enfile mon gros gilet avant de sortir. Les soirées rafraîchissent vite en ce début mai.
Une fois dehors, il me faut seulement cinq minutes à pied pour rejoindre les rues animées. Je suis alors prise dans un tourbillon : du monde, du bruit, des odeurs, agréables comme désagréables, des restaurants, des magasins. Le sourire aux lèvres, je détaille chaque devanture et imagine déjà comment organiser mon quotidien. Lorsque je reçois un message sur mon portable, je m’immobilise en me mettant sur le côté et regarde de qui ça vient. Camille.

[Enfin sur le campus ! J’ai mangé avec Loris et sa girlfriend. You know, j’ai calculé : une heure et demie nous sépare, Daph’. Je crois qu’on va se voir moins souvent.]

Je lève les yeux au ciel. Je déteste quand elle me donne ce surnom ridicule, mais impossible de lui faire entendre raison. Je réponds :

[Je sais, sista ! Mais ça ne t’a pas empêchée de lâchement m’abandonner ce soir…]
[C’est qu’il y a cette fête…]
[J’ai compris, t’inquiète. Have fun ! Et pas de bêtises, hein ! Love.]

Au moment où je reçois son émoticône qui me tire la langue, je suis propulsée en avant. La personne qui vient de me heurter me saisit par l’épaule, me stabilisant sur mes jambes. Je lève la tête et rencontre deux yeux d’un vert incroyablement clair.
— Pardon, dit l’apparition d’une voix grave, avant de se détourner et de poursuivre son chemin.
Waouh ! Je fixe la haute silhouette en sweat à capuche qui s’éloigne, les yeux écarquillés. Bon sang ! Ce qu’il est grand. Et ces yeux… Je n’en avais jamais vu de semblables. Ils étaient presque transparents.
Je secoue la tête pour reprendre mes esprits et retourne vers la supérette que j’ai repérée un peu plus tôt. J’ai besoin de faire des provisions. En passant devant un restaurant libanais, je décide de tenter l’expérience pour ce soir. Je parcours quelques recettes sur mon smartphone et une fois au magasin, j’achète tout ce dont j’ai besoin, en plus de la petite liste que j’avais déjà dressée dans ma tête. Il va falloir que je repère les endroits où je pourrai trouver des produits de qualité.
Je rentre chez moi et range mes provisions, apprivoisant un peu plus ma nouvelle cuisine et l’organisant comme je l’entends. Ce n’est pas difficile, il y a plein de placards. Elle est très fonctionnelle, je l’aime déjà. Au bout d’une demi-heure de cuisson, les odeurs d’épices embaument la pièce. Je me dandine au son de  I don’t wanna live forever de Zayn et Taylor, tout en goûtant ma sauce. Mmm… délicieuse ! Je rajoute juste un peu de coriandre et attaque mon repas.
Je suis installée devant la télé depuis peu lorsque la musique de mes voisins commence à couvrir le son. Je soupire bruyamment et augmente le volume. Au bout d’une heure, un mal de crâne latent s’invite à la fête. Il est désormais minuit et j’estime qu’il est temps de faire quelque chose. Je sors donc dans le couloir et me dirige vers la porte à droite de mon appart. Je sonne plusieurs fois avant que quelqu’un daigne m’ouvrir. Je détaille alors ostensiblement la bimbo aux allures artificielles qui se présente devant moi. Elle porte une jupe ridiculement courte et un débardeur au décolleté plongeant, le tout perché sur dix bons centimètres de talons hauts. Ses lèvres débordent de gloss et ses cils sont plus fournis que ma brosse à sourcils ! Ça ne peut pas être naturel, un truc pareil ! Eh bien... nous sommes aux antipodes l’une de l’autre. Derrière elle, je devine qu’une fête se déroule au brouhaha des voix, en plus de la musique.
Je vais commencer par les présentations, ce sera plus poli :
— Bonsoir. Je suis la nouvelle voisine, Daphné Perrin.
— Salut, me répond simplement la fille en me détaillant à son tour et en haussant un sourcil.
D’accord…
— Il est plus de minuit. Est-ce que vous pourriez baisser un peu la musique, s’il vous plaît ?
— Bien sûr, dit-elle avec un sourire hautain. On va faire en sorte que tu puisses dormir tranquillement. Un samedi soir. À minuit.
Je me fous de la façon dont elle a insisté sur ses derniers mots, de son petit air supérieur et du jugement qu’elle croit pouvoir faire sur mon mode de vie. J’en ai autant à son service.
— Super ! Merci ! Bonne soirée !
Et je tourne les talons. Cette première approche ne me dit rien qui vaille, mais je lui laisse une chance d’être raisonnable. Si ma courtoisie ne fonctionne pas, je changerai de tactique.
Une fois dans mon appartement, je constate qu’elle a effectivement baissé le son. Pourtant, après m’être préparée pour la nuit, je me fais la réflexion que je suis loin de l’idée paisible que je me faisais de mes soirées seules chez moi. Heureusement, ma chambre est à l’opposé. Le temps de choisir quel livre je vais commencer et de me plonger dans l’histoire, les bruits autour de moi n’ont plus d’importance. Près de deux heures plus tard, je me laisse doucement glisser dans les bras de Morphée.

Ma deuxième journée dans la Big Apple défile à toute allure. Ne voulant pas commencer mon nouveau boulot au milieu des cartons, je vide et range l’intégralité de mes affaires non placées la veille. En fin de journée, satisfaite de mon travail, je constate avec plaisir que j’ai bien avancé et réussi à donner un côté chaleureux à la pièce principale, malgré les murs blancs, en ajoutant une touche de couleur dès que je le pouvais. Et une fois tout installé, elle conserve de beaux volumes. J’ai presque envie de danser pour me défouler et fêter ça, mais mon attention se porte sur l’énorme étui de mon violoncelle. Je souris d’anticipation. Je l’ai un peu délaissé ces derniers temps, mais je compte bien m’y remettre. À part cuisiner, rien ne me rend plus heureuse que de jouer. Je sais comment je vais occuper ma soirée.



Mon premier jour de travail arrive enfin. Je suis partagée entre impatience et angoisse. Je veux que tout soit parfait, à commencer par ma tenue. Ne dit-on pas que la première impression est la bonne ? À mon avis, il est crucial que je présente bien. J’enfile donc ma robe préférée, attache avec soin mes cheveux en chignon, me maquille légèrement et saute dans des chaussures confortables. Me voilà partie.
Arrivée en bas de mon immeuble, j’ouvre un peu brusquement la porte et me heurte à un mur. Je m’agrippe machinalement à ce que je peux, en l’occurrence, un bout de tissu bleu marine. Le mur est doux et il bouge ! Je lève la tête — très haut — et rencontre deux yeux d’un vert clair comme je n’en avais encore jamais vu avant samedi dernier. C’est ce qui me frappe en premier encore cette fois-ci : son regard. C’est bien le gars qui m’a bousculée dans la rue, il n’y a pas de doute. Puis, je bloque sur sa bouche fine qui esquisse un sourire, et enfin sur le visage baissé vers moi dans son ensemble. Un beau visage masculin, mais fin, mâchoire carrée, nez bien droit, sourcils relevés... Euh, oui, je dois le fixer depuis une bonne minute ! Mais bon sang, le mur est un mec super canon, dégoulinant de sueur ! Il semble revenir d’une séance de sport. Il doit habiter ici ?!
Je réalise seulement maintenant que ses mains se sont posées sur ma taille dans le feu de l’action et ce constat me fait frissonner. Je lâche son T-shirt sans manches comme s’il me brûlait et recule d’un pas. Mon regard papillonne sur ses épaules et ses bras aux muscles bien dessinés tandis qu’il finit par me lâcher, lui aussi. Je ferme les yeux et secoue la tête.
— Pardon, marmonné-je.
— Décidément ! lance-t-il. Sa voix grave est un brin amusée, ce qui me déstabilise un peu plus. Je crois bien qu’on est quittes, maintenant.
Je pouffe de rire, le regardant à nouveau en face.
Je relève instinctivement qu’il a un accent. Chose qui, à vrai dire, n’est pas rare dans cette ville. Peut-être même un accent étranger ? Bon, si tu continues, Daphné, tu vas être en retard à ton premier jour de travail !
— Je crois aussi ! Passe une bonne journée ! dis-je, en le contournant.
J’entends un « toi aussi » dans mon dos et pars de bonne humeur pour l’école de cuisine. Cette rencontre inattendue a allégé mon état d’esprit au point de faire baisser mon appréhension.
Chapitre 2

Grégory
Lorsque j’emprunte à grandes foulées le pont de Roosevelt Island, je suis toujours envahi par le sentiment que ma vie est extraordinaire. En fait, non. C’est l’effet qu’ont sur moi tous les ponts, tous les parcs et toutes les avenues de cette ville ! Je vis à New York, putain ! Qui aurait pu le prédire dans mon enfance ? Pas moi. Le petit frenchie aux States a bien mené sa barque ! Même après plusieurs années, je n’en reviens toujours pas du chemin parcouru.
J’aime le sport et j’aime courir, mais depuis que j’ai été tiré au sort pour participer au marathon de New York, ça vire à l’obsession. Trois ans que j’espère être pris ! Vous imaginez ma motivation à le terminer ? Alors je m’entraîne un peu partout en ville et aujourd’hui, sur cette petite île au panorama varié.
Il est tôt. Même quand je ne bosse pas, j’ai plutôt tendance à me lever aux aurores, j’ai toujours été un matinal. Sauf quand je fais trop la fête, ce qui est assez fréquent en ce moment. Je devrais peut-être me calmer, d’ailleurs. Mais pour l’instant, ce n’est pas prévu au programme, surtout avec la fête d’anniversaire que j’organise mercredi pour mon pote Wayne.
J’arrive aux abords de mon immeuble en marchant, tout en régulant mon souffle. Je stoppe devant la porte pour enlever mes écouteurs, faisant taire  Kimdracula des Deftones , et je m’apprête à saisir le code lorsqu’une tornade ouvre et me tombe dans les bras. Je la rattrape par la taille. Son visage se lève bientôt, son regard se rivant au mien, et je me rends compte que c’est la même nana que j’ai bousculée dans la rue samedi soir. Drôle de coïncidence. En tout cas, elle est vraiment très agréable à regarder, avec sa peau dorée et ses immenses yeux noisette. J’ai rarement croisé un regard pareil, avec des nuances aussi lumineuses, oscillant entre le vert et le marron. Pourtant, j’en vois, de jolies filles, sous toutes les coutures même, mais je reconnais que celle-ci a son charme. Lorsqu’elle recule d’un pas, mes yeux dévient sur son décolleté et je souris de satisfaction, parce que, ouais, j’aime ce que je vois. Elle a l’air d’apprécier la vue, également. Sa contemplation n’est pas discrète. La situation m’amuse. Et finalement, elle aussi. Après avoir échangé quelques paroles, je mate son cul tandis qu’elle s’éloigne, et c’est le sourire aux lèvres que je prends l’ascenseur.
À ma connaissance, le seul appartement qui se soit libéré dans la résidence est celui à côté du mien, alors on va certainement être amenés à se recroiser. Mon voisinage sera bien plus agréable avec cette fille que lorsque Jack, le vieux célibataire, mettait tout en œuvre pour mater mes amies. À moins qu’elle ait simplement rendu visite à un membre de sa famille ? Personnellement, ça ne me dérangerait pas de la revoir.
Après une bonne douche, je me prépare pour mon premier rendez-vous avec une coach en reconversion professionnelle. Je veux changer de boulot et elle est censée m’aider. Je fais donc un effort vestimentaire pour faire bonne impression, enfilant une chemise et un pantalon, plutôt qu’un jean et un T-shirt, puis je me rends à Manhattan.
Après un quart d’heure d’attente, Mackenzie Graham me reçoit dans son bureau. Je l’ai choisie un peu par hasard, mais je suis bien tombé. C’est une grande rousse diablement sexy. Malheureusement, ses jambes interminables sont vite cachées sous son bureau. Dommage.
Elle me demande mon CV et le lit quelques minutes avant de me faire un résumé de mon parcours comme si je ne le connaissais pas par cœur. Elle a le mérite de ne pas rougir en détaillant mes diverses expériences, ce qui la rend encore plus attirante à mes yeux. Mon esprit se met à vagabonder. Je détaille ses ongles manucurés et ses fins poignets, remonte le long de ses bras, m’arrête sur sa poitrine, je dirais correcte, avant de m’intéresser à son visage. Elle a de nombreuses petites taches de rousseur qui lui vont bien. Puis, je m’attarde sur sa petite bouche : pas terrible pour se faire sucer. De ce côté-là, la fille croisée ce matin est mieux pourvue. Mais j’imagine bien Mackenzie en doggy style {2} , par terre, là, à côté de son bureau. Bordel ! Je ne m’étais pas rendu compte que j’étais en manque à ce point-là ! Ça fait quoi ? Deux semaines que je n’ai pas baisé ?
— Monsieur Boyer ! Avez-vous écouté un seul mot de ce que je vous ai dit depuis votre arrivée ?
— Pas vraiment, non, avoué-je sans honte.
Elle croise les bras, faisant remonter ses seins.
— Eh bien, ce n’est pas comme cela que vous allez avancer !
Et ce n’est pas comme ça que je vais être plus concentré !
— Je vous rappelle que vous me payez pour vous aider à changer de profession. Ce n’est pas moi qui vais être lésée si rien de concret n’est mis en place aujourd’hui.
— Vous êtes libre, après ?
Elle papillonne des cils, puis soupire.
— Donc, je reprends ! Vous ne voulez plus exercer votre métier actuel. Ce que je comprends aisément, ajoute-t-elle en faisant une grimace. Et vous m’avez sollicitée pour vous guider dans vos choix et vos démarches, on est d’accord ?
— Tout à fait ! Je n’ai rien contre le fait de me laisser guider un peu, de temps à autre, répliqué-je en lui faisant un clin d’œil.
— Avez-vous déjà réfléchi à des pistes ? répond-elle en soupirant à nouveau, sans relever mes insinuations.
Allez, un peu de sérieux, Greg. Elle a raison, c’est ton avenir qui est en jeu, là. Mais cette phase de ma vie ne me plaît pas. J’ai l’impression de devoir tout recommencer à zéro à trente-deux ans, et je préfèrerais oublier que je me suis mis moi-même dans cette galère. Et puis, les vieux réflexes ont la vie dure...
— Oui. Enfin... je voudrais être à mon compte, vous voyez ? Créer une entreprise, ou un truc dans le genre. Mais je ne sais pas dans quoi.
— Mmm, dit-elle en se frottant le menton. Dans ce cas, vous allez commencer par dresser la liste de vos passions. Vous aurez ainsi de bonnes pistes de départ. On est toujours plus motivé quand on fait quelque chose que l’on aime.
...

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