Her - Intégrale
188 pages
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Description

Un jour, tout a basculé.
À cause d'ELLE...

Découvrez HER, la version masculine de HIM!
Serge, la quarantaine fêtarde et sexy, retrouve Dijon, ville dans laquelle il a habité des années en compagnie de son ex-femme et de sa fille.

Un jour, par hasard, il tombe sur Léa, la meilleure amie de sa fille, qu'il pensait avoir oubliée... Or, la vie va lui prouver que c'est loin d'être le cas. Cette jeune femme, qui lui est interdite, ne le laisse pas du tout indifférent, et même s'il va tout faire pour tenter de refouler son désir, c'est sans compter les surprises que le destin lui réserve.

Et si cette jeune femme était elle aussi attirée par lui ? Une histoire qui bouleverse les codes...


Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 14 juin 2018
Nombre de lectures 83
EAN13 9782374136998
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0250€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Sophie Auger
 
 
 
Her
Intégrale
 
 
 

 
Nisha Editions
Copyright couverture : Andrey Kiselev
ISBN 978-2-37413-699-8

Have fun !
 

@NishaÉditions

Nisha Éditions

Nisha Éditions & Sophie Auger

Nisha Éditions

www.nishaeditions.com

SOMMAIRE
 
 
Page de présentation

Avant de commencer votre lecture...
 
1 – Intro

2 – Le 14 juillet

3 – L’amie de ma fille

4 – Huit ans plus tôt

5 – En théorie...

6 – Tenter de résister

7 – Le monde est petit

8 – Quand tout bascule

9 – Foutu hasard

10 – Les conseils d’un pro. Ou pas.

11 – Disney Porn

12 – Le jour d’après

13 – L’affrontement

14 – Jouer avec le feu

15 – Loin des yeux

16 – Près du cœur

17 – Lâcher prise

18 – Les retrouvailles

19 – Petites vacances

20 – Les fantômes du passé

21 – Retrouver sa ville

22 – Aventures romandes

23 – La fin

24 – Six mois plus tard
 
25 – Un an et demie plus tard
 
Remerciements

Extraits

 
 
 
 
 
 
«  La réalité n'est qu'un point de vue . »
Philip K. Dick
 
 
À Virginie et Denis,
 
 

Avant de commencer votre lecture...
 
 
 
HER n’est ni une suite ni un spin-off.
 
Il s’agit du point de vue masculin de mon Best-Seller de l’été 2015 : HIM.
 
Il reprend donc la même histoire, vue cette fois au travers du regard de Serge, le protagoniste principal de HIM.
 
Si vous avez HER entre les mains, et que vous n’avez pas (encore) lu HIM, ne vous en faites pas, c’est tout à fait possible...
 
Néanmoins, je vous conseille de lire les deux afin de confronter ensuite les différents ressentis des personnages.
 
Dans tous les cas, je vous souhaite une très belle lecture !
 
 
 
Sophie Auger


Intro
 
 
 
Il est une heure du matin, nous sommes le 15 juillet et j’ai approximativement dix litres de champagne dans chaque bras.
 
Mais le pire n’est pas là. Non. Le pire, c’est que je viens d’appeler la nana à califourchon au-dessus de moi par un autre prénom que le sien.
 
Et si on considère que c’est déjà une faute lourde, il ne vaut mieux pas que j’en dise plus. Car ce fameux prénom n’a rien d’innocent, bien au contraire. Il n’a rien à faire dans ma bouche, ni dans ma tête.
 
Pourtant, je le sens, il va venir foutre le bordel dans ma vie que j’imaginais bien plus tranquille à présent.
 
Ma conquête ne s’arrête pas pour autant, terminant ce pourquoi elle est ici. Mais moi, je n’ai qu’un seul et unique visage à l’esprit.
 
Un visage et un prénom.
 
Espérons que la nuit les garde avec elle.
 
Espérons…
 
 
***
 
 
Petite présentation rapide. Moi c’est Serge. Sergio pour les potes, Serguei pour pas mal de mes conquêtes genevoises, Monsieur Auger pour les autres.
 
J’ai la quarantaine passée, mais qu’on se le dise tout de suite et sans vouloir me jeter des fleurs, je suis bien mieux conservé que certains mecs de l’âge de ma fille.
 
Eh oui, j’ai une fille. La seule femme de ma vie, Marie, vingt-quatre ans. La fierté de son père.
 
Depuis le divorce avec sa mère, nos rapports ne sont plus vraiment au beau fixe, à tel point qu’il y a dix ans, j’ai dû fuir Dijon pour m’installer à Genève et m’éloigner d’elle. Mais aujourd’hui je suis de retour et je compte bien rattraper ces années que j’ai perdues.
 
Je viens de racheter des cabinets d’affaires. Pour faire simple, j’investis dans des entreprises au bord de la faillite que je redresse et revends une petite fortune. Je suis un businessman averti après dix ans à la tête de l’une des plus grosses banques d’affaires de Genève.
 
Là-bas, on peut dire que j’ai été à bonne école. DiCaprio dans Le Loup de Wall Street n’a qu’à bien se tenir, la cité du bout du lac n’est pas la quatrième place financière mondiale pour rien.
 
Ici, à Dijon, c’est un peu comme une retraite pour moi. Fini les semaines à soixante-dix heures et les soirées qui s’éternisent pour se transformer en nuits. Je suis moins cerné et moins stressé. J’ai perdu mes mauvaises habitudes. Enfin, une partie de mes mauvaises habitudes devrais-je dire. J’ai un vilain péché mignon. Je suis un séducteur né. J’enchaîne les conquêtes comme d’autres enchaînent les verres ou les rails de coc. En quelque sorte, j’ai opté pour l’option la moins dangereuse pour la santé. Voyons le bon côté des choses.
 
Pour le moment cependant, on ne peut pas dire que c’est « l’éclate ». Dijon, ce n’est pas Genève. Les filles faciles ne courent pas autant les rues. Pardonnez mon franc-parler, mais il faut appeler un chat un chat. Les nuits genevoises ont le goût de l’interdit et aucune limite. Partout où il y a de l’argent, beaucoup d’argent, il y a des garces vénales prêtes à tout. Je l’ai très vite compris après quelques mois en Suisse.
 
Genève, c’est la capitale du chocolat, des banques et de la Russie. De la fille russe au mètre carré, prête à tout pour décrocher un passeport rouge à la croix blanche. Des filles sublimes, comme sur les couvertures de magazines, qui se déshabillent dès qu’elles aperçoivent ta Rolex ou ta Platinium (ou ta Porsche, ton voilier, ta carte de fidélité chez Hermès, au choix…).
 
Je me souviens, les premiers mois, j’avais le sentiment d’être le roi du pétrole. Je sortais des bars les plus branchés, une fille dans chaque bras et je finissais chez moi, toujours bien entouré.
 
Mais rapidement, dans mon job, comme dans le privé, j’ai compris que la quantité coûtait autant que la qualité. Et j’ai appris à négocier.
 
Vous devez me trouver horrible de parler ainsi des femmes, mais je vous rassure, je ne les mets pas toutes dans le même panier. Je sais faire la différence entre une fille qui se respecte et une fille qui vendrait sa mère pour une paire de Louboutin. Avec ces dernières, je prends du bon temps et c’est tout. Quant aux premières, j’ai fait une croix dessus. Mon premier mariage m’a laissé des séquelles, et il y a certains risques que je ne veux plus prendre.
 
Mais il paraît que c’est toujours quand on s’y attend le moins que…
 
Et quelque chose me dit que ce retour aux origines pourrait bien remettre en cause mes principes…
 



Le 14 juillet
 
 
 
Pour la première fois depuis dix ans, je n’aurai pas le droit cette année aux magnifiques feux du Lac de Genève en août. Je devrai me contenter de notre chère fête nationale française.
 
Alors pour compenser un peu la perte, j’ai décidé d’accepter l’invitation de mon vieux pote Denis.
 
Une fête dans sa propriété viticole au-dessus de Beaune avec vue dominante sur la totalité de ses vignes.
 
Denis c’est mon pote d’enfance. Le type avec qui je jouais au foot au primaire, séchais la philo au lycée et sortais en boîte à la fac. C’est aussi le parrain de ma fille et le témoin de mon ex-mariage comme j’ai été celui des deux siens. Bien qu’il ait la quarantaine passée, comme moi, il a toujours vingt ans dans sa tête, soit le même âge que ses conquêtes.
 
Il est de tous les excès. J’ai beau lui dire d’être prudent, il n’en fait qu’à sa tête. Il est venu me voir de nombreuses fois à Genève et mon retour à Dijon l’a autant enchanté qu’il l’a déçu. Eh oui, fini les tops modèles russes qu’il pouvait emmener roucouler avec sa Porsche sur les bords du lac.
 
Enfin, il n’est pas à l’agonie. Il a gardé un bon carnet d’adresses. La preuve en est, toutes les filles présentes ici ce soir, ont un accent slave qui ne rappelle en rien la Bourgogne.
 
– Regarde-moi le cul de cette petite blondasse là-bas !
 
Appuyé sur la rambarde de la terrasse de sa vieille demeure en pierre, un gros cigare entre les doigts, Denis louche sur une minette filiforme qui se dandine dans son micro maillot de bain.
 
La piscine à débordement devant nous est entourée de filles plus ou moins habillées qui gloussent comme des dindes au milieu de tous les « amis » de Denis qui s’en donnent à cœur joie.
 
Il y a aussi un DJ qui passe des tubes électro, mais pas assourdissants, un bar éphémère, un buffet d’un traiteur de renom, des mange-debout et des petits lampions disposés un peu partout. C’est très cosy mais tout de même assez clinquant. À l’image du propriétaire des lieux.
 
– Que j’aime ma vie, lâche mon ami dans un soupir béat.
 
Je souris, faisant tourner l’olive dans mon Martini. Je ne sais pas ce que j’ai ce soir, mais je ne suis pas tout à fait là. D’habitude j’aurais déjà jeté mon dévolu sur une hypothétique proie. J’aurais joué avec son regard, la provocant et l’ignorant tout à tour dans un subtil dosage dont moi seul connais le secret. Nous en serions au second verre, ma main se poserait délicatement sur sa cuisse, remonterait jusqu’à sa jupe et s’arrêterait pile au moment où un léger frisson parcourait son corps.
 
Seulement pour l’instant, je suis toujours au même endroit, écoutant Denis me compter les prouesses de sa dernière partie de golf. Il a beau savoir que j’ai horreur de ce sport, si on peut d’ailleurs appeler ça un sport, il me fait toujours un véritable exposé sur le sujet.
 
– Et tu comprends, ce con de Sanchez, j’étais à deux centimètres du trou, mais… blabla…
 
Je ne l’entends plus. Je ne l’écoute plus. Ma concentration vient soudainement de dévier. À l’angle de la terrasse, dans une robe blanche légèrement transparente révélant des courbes incendiaires, une brune au regard de tigresse vient de faire son apparition. Ses longs cheveux bruns, sa silhouette mi-femme mi-enfant, sa petite taille et son nez retroussé me rappellent une image qui ne quitte pas mon esprit depuis plusieurs jours et que j’aimerais pouvoir chasser.
 
Et je crois que je viens de trouver le moyen d’y arriver.
 
– Tu ne m’écoutes pas Sergio. Et je crois savoir pourquoi…
 
Denis suit mon regard et un petit rictus amusé se dessine sur son visage en apercevant la fille en question.
 
– Joli petit lot, j’avoue.
 
Il tire dans son gros cigare et la fumée s’évapore devant nous tandis que nous continuons d’observer la petite brune.
 
Elle s’assoit au bord de la piscine, retire ses escarpins et glisse ses pieds dans l’eau. Autour d’elle la fête bat son plein, mais elle ne semble pas s’en soucier. Elle fixe l’horizon, baladant son regard de groupe en groupe. Je sais pertinemment à quel jeu elle joue. Celui de la fille distante, pas intéressée, perdue dans ses pensées. La carte du mystère inaccessible. Elle est forte. Très forte.
 
Et pourtant, sans aucun doute, elle est tout l’inverse de ce qu’elle veut bien laisser croire. Elle est ici pour choper du pigeon. Du gros pigeon. Celui qui lui passera la bague au doigt dans six mois et qui lui ouvrira les portes de sa maison et de son compte en banque, lui garantissant un train de vie à la hauteur de ses ambitions. J’adore ce genre de gonzesses. Sans scrupule. Sans âme. Sans limites.
 
Un coup d’un soir idéal pour un mec comme moi. Parce qu’il ne faut pas se voiler la face, elles épousent rarement un jeune milliardaire de trente ans, taillé dans la roche. En général, le futur pigeon a bien vingt à trente ans de plus qu’elles, un bide qui lui arrive aux genoux, quasiment plus de cheveux sur le caillou, et surtout, surtout, un compte en banque bien rempli ! Ces chères demoiselles sont donc ravies de pouvoir profiter en toute discrétion d’une nuit un peu plus pimentée que celles qui les attendent après le mariage.
 
En gros, elle devra me dire merci à la fin de la soirée. Elle repartira avec son Sugar Daddy et quelques orgasmes façon boutique à souvenirs.
 
– Que la fête commence…
 
Je donne une tape amicale dans le dos de Denis, et je l’abandonne, prenant la direction de la piscine. Je marche d’un pas décidé dans mon pantalon de lin blanc avec mon polo prune assorti à mes mocassins. Ma barbe de trois jours accentue la carrure de ma mâchoire et mes yeux noirs se plissent comme ceux d’un félin lorsque je m’approche de ma proie.
 
J’attrape une coupe de champagne sur le plateau d’un serveur qui passe devant moi, et m’accroupis à côté d’elle, en lui tendant le verre.
 
– Bonsoir…
 
Elle se tourne délicatement vers moi, ses yeux noirs scannant immédiatement ma personne. S’ils avaient été verts, la ressemblance aurait été plus flagrante. Peut-être même trop.
 
Je la vois passer de ma montre à mon visage, puis de mon torse à mes mocassins Todds. Deux secondes à peine avant qu’un large sourire se dessine sur son visage. Sans doute pense-t-elle qu’elle a tiré le gros lot. Un pigeon blindé et plutôt bien conservé. Mais je ne suis sûrement pas assez riche pour elle, malgré ma confortable situation et surtout, je tiens à mettre les choses au clair immédiatement.
 
– Je sais pourquoi tu es là. Ravale ton sourire forcé ma jolie, je ne suis pas celui que tu cherches. Mais rassure-toi, il y a ce qu’il te faut dans la maison. Je te conseille d’aller faire un tour vers la salle de billard.
 
Son visage se décompose et elle prend un air tellement outré que j’ai envie d’exploser de rire. Mais, je ne lui laisse pas le temps d’en placer une, préparant immédiatement le terrain.
 
– Chut, dis-je en passant un doigt sur sa petite bouche charnue. Ne prends pas cet air outré, tu te fatigues pour rien. Écoute-moi plutôt. Les feux vont être tirés d’ici une heure. Cela te laisse le temps de mettre en place ton petit jeu avec quelqu’un de plus naïf que moi, et de mon côté, je peux profiter de mes amis et du spectacle. Je te donne rendez-vous à l’étage, chambre du fond, troisième porte à gauche à minuit et demi. Là, je te promets que tu ne seras pas venue pour rien. Double jackpot ma belle. Un bon moment avec moi, et une heure après tu rejoins ton couillon et ta future nouvelle vie.
 
J’ajoute un délicieux clin d’œil à mon petit discours et elle me dévisage les yeux grand écarquillés.
 
– Mais vous êtes un grand malade !
 
Elle se redresse, vexée dans son ego, l’air méprisant, quittant immédiatement le bord de la piscine, ses escarpins dans une main, sa coupe de champagne dans l’autre. Moi j’observe ses hanches qui chavirent jusqu’aux baies vitrées avant qu’elle disparaisse à l’intérieur. Les dés sont jetés.
 
Et je sais que malgré les apparences, ce soir j’ai encore gagné.
 
 
***
 
 
S’il y a bien une chose que je dois reconnaître à Denis, c’est qu’il a un sens du spectacle qui dépasse l’entendement. Le « petit feu d’artifice sans prétention » qu’il avait prévu pour la soirée a presque effacé de ma mémoire mes chères festivités genevoises. Louis XIV n’aurait pas fait mieux pour Versailles. Pratiquement trente minutes de show en musique juste derrière la piscine, dans le prolongement des vignes avec vue sur toute la vallée. Un vrai bouquet final qui vous en met plein les yeux et des invités qui sont restés sans mot, moi y compris. Non, vraiment, demain matin il faudra que je le félicite pour tout ça.
 
Pour le moment, l’heure n’est pas aux échanges amicaux. Je suis dans ma chambre d’ami, allongé sur le vieux lit à baldaquin, sirotant une énième coupe de champagne, tout en fixant la porte. J’ai retiré mes mocassins, les jambes croisées sur le vieux plaid en toile de Jute. Il est minuit trente passé et je compte les secondes qui me séparent de mon dernier divertissement avant de rejoindre Morphée.
 
– Dix… Neuf…
 
Bruit de pas dans le couloir.
 
– Huit… Sept…
 
Lumière qui s’allume.
 
– Six… Cinq…
 
Craquement de plancher derrière la porte.
 
– Quatre… Trois…
 
Poignée qui se baisse.
 
– Deux… Un…
 
Silhouette qui apparaît.
 
– Zéro.
 
Ses grands yeux noirs viennent trouver les miens et un sourire de satisfaction se dessine sur mon visage. Je me redresse lentement, m’avançant à pas de loup jusqu’à elle.
 
– Je vous préviens, ce n’est pas ce que vous croyez, je…
– Tais-toi !
 
Je passe une main derrière sa nuque, rapproche son visage du mien et colle ma bouche sur la sienne. Elle tente d’abord de résister, mais cède au premier passage de mes mains sur ses fesses. Je claque la porte en la poussant du pied et entraîne ma brunette jusqu’au lit sur lequel elle se laisse tomber.
 
Plus je la regarde, et plus je me demande si c’est vraiment une bonne idée. Les similitudes sont flagrantes. D’abord l’âge. Cette fille doit avoir dans les vingt-cinq ans. Ensuite la taille. Puis les cheveux. Les hanches un peu larges, le nez retroussé, la bouche charnue. Si elle n’était pas habillée comme une poule de luxe et si ses yeux n’étaient pas aussi noirs que la nuit, on pourrait vraiment s’y méprendre.
 
Au fond, ce que je suis en train de faire a vraiment quelque chose de malsain. Mais c’est plus fort que moi. C’est ma façon de laisser libre cours à mes pulsions. Et je ne parle pas du fait de baiser cette nana. Je parle du fait de la baiser en sachant pertinemment à qui elle ressemble.
 
Elle retire sa robe pendant que je me débarrasse de mon pantalon et de mon polo. Et après quelques préliminaires en bonne et due forme, la jeune demoiselle se retrouve à califourchon au-dessus de moi, balançant ses hanches dans un mouvement de va-et-vient terriblement jouissif.
 
Mes mains sur sa taille, je regarde ses longs cheveux glisser de chaque côté de ses épaules et sa bouche qui se tord dans tous les sens sous l’effet du plaisir. Ses seins généreux pointent vers moi. Ils sont un peu trop gros à mon goût. Mais je m’en contente très bien pour le moment. De toute façon, je n’ai qu’à fermer les yeux pour les imaginer plus petits, plus fermes, plus ronds.
 
L’odeur de sa peau est vanillée. Je la voyais moins sucrée, plus printanière. Elle pousse des râles de plaisir, là où je songeais à des gémissements plus tendres, plus discrets. Je suis en train de péter les plombs. Je baise une nana en pensant à une autre. Et pas n’importe laquelle. Une que mon crétin de cerveau devrait bannir de mon esprit. Mais c’est plus fort que moi. Plus fort que ça.
 
Depuis qu’elle est revenue dans mes souvenirs, elle s’empare de plus en plus de chacune de mes cellules. Et ce qui devait arriver arrive.
 
– Léa…
 
Le prénom glisse au bord de mes lèvres entrouvertes. Ma conquête s’arrête quelques secondes, sourit.
 
– Ah non, moi c’est Sandra. Mais appelle-moi comme tu veux beau brun.
 
Et elle repart dans ses mouvements, à la quête de son Graal. Moi, je tente tant bien que mal de revenir à la réalité et de virer cette putain d’image de mon esprit. Il n’y a pas de place pour ça. Je devrais avoir honte. Je devrais me sentir mal. Je devrais mettre fin à cette partie de jambes en l’air et me jeter sur une douche froide. Mais je ne peux pas. Je ne veux pas.
 
Je me redresse, ses jambes passant autour de ma taille, ses dents venant mordre dans ma clavicule. Je passe une main dans ses cheveux, accélérant le mouvement. La chaleur monte. De plus en plus. Sandra se libère sans que je l’entende. Je ne suis plus là. Je suis à des millions de kilomètres. Dans un autre monde. Une autre vie.
 
Ce n’est plus elle qui est assise sur moi. Mais bien celle qui m’est interdite. Et c’est avec l’image de son doux visage dans la tête que je me délivre à mon tour. Comme si le rêve était possible. Comme si la vie m’avait accordé cette chance. Et pourtant je le sais. Cela est impensable. Il y a des désirs que la morale vous interdit à jamais…
 



L’amie de ma fille
 
 
 
Le réveil est plutôt difficile. Je crois que j’ai un peu trop abusé du champagne la veille au soir. Je me tourne et retourne dans mon grand lit. La lumière du jour a envahi la pièce. Voilà ce que c’est quand on oublie de fermer ses volets. En même temps, c’est bien la dernière chose à laquelle je pense après le sexe.
 
Ma conquête est partie aussi vite qu’elle est arrivée. En fumant une cigarette à la fenêtre quelques minutes plus tard, je l’ai vue se glisser dans une grosse berline aux bras d’un vieux bedonnant au sourire niais. Elle a donc réussi son coup et je ne m’étais pas trompé sur sa personne. Genève a le mérite de vous offrir les meilleures formations en tous genres.
 
Je repense à l’état dans lequel je me trouvais. Je me suis rarement mis une si grosse mine avant de passer à l’acte. C’est à se demander comment j’ai pu tenir le cap. Enfin, ce n’est pas ça le fond du problème. Non. La vraie question c’est POURQUOI je me suis mis dans cet état. Et la réponse tient en trois lettres, celles que j’ai malencontreusement prononcées hier soir, celles qui me hantent depuis longtemps, celles que j’avais refoulées durant des années, celles que ma fille a eu le malheur de prononcer à notre dernier déjeuner : L É A.
 
Qui est Léa allez-vous me demander ? Je ne suis pas certain de remonter dans votre estime en vous éclairant sur le sujet. Il y a un côté Lolita à la Vladimir Nabokov dans ma réponse. Un sujet tabou. De ceux qui doivent rester de l’ordre du fantasme. De ceux qui pourraient foutre en l’air une vie.
 
Enfin, peut-être que j’exagère. Peut-être que je dramatise tout. Mais tout de même. J’ai quarante-deux ans. Elle en a vingt-six. Et quand tout a commencé, quand le premier déclic a eu lieu, c’était il y a huit ans, l’année de ses dix-huit ans.
 
Quel genre d’hommes mûrs pourrait se regarder dans une glace, quand une fille à peine majeure et de seize ans sa cadette lui fait perdre la tête ? J’étais cet homme. Je l’ai été ce jour-là. Il y a huit ans. Je le suis encore.
 
***
 
 



Huit ans plus tôt
 
 
 
Je venais de prendre la décision de quitter ma région, mon ex-femme et ma fille pour aller m’installer à Genève. J’avais enfin dit oui à ce gros con de Modet qui me voulait depuis deux ans à la tête de l’une des plus grosses banques d’affaires de la ville. Il avait suivi mon parcours depuis l’autre côté de la frontière, dans ce pays qui allait devenir le mien pendant huit ans.
 
Il faut dire que beaucoup me réclamaient. J’avais cette soif de pouvoir et cette détermination qui fascinaient les chasseurs de tête en tout genre. Moi, la seule chose à laquelle je tenais, c’était ma gosse. Ici, à Dijon, elle avait ses repères, ses amis, ses habitudes. C’était hors de question que je lui enlève tout ça. Même pour un salaire annuel à cinq zéros.
 
Et puis, ce qui devait arriver arriva. Un divorce. Un sale divorce et toutes les conséquences qui en ont découlé. L’éclosion du cocon familial, la colère de Marie, la garde alternée qui devient une garde occasionnelle, ma fille qui me déteste, ne veut plus me voir, parce qu’elle me pense responsable de tout ça. Elle avait ses raisons. Et à cette époque, je me sentais coupable moi aussi. Alors j’ai été lâche. Très lâche, il faut bien l’avouer. J’ai accepté ce poste. J’ai laissé ma part de la maison contre un abandon de pension alimentaire et je suis parti.
 
Quelques jours avant mon départ, je m’en souviens, c’était un lundi d’avril, il pleuvait, je remontais l’avenue Victor Hugo, les yeux dans le vide, la tête ailleurs, repensant à ma vie et au bordel que j’y avais mis. Elle était apparue devant moi. Comme ça. Sous son parapluie trop grand qui prenait toute la place. Ses grands cheveux bruns en fouillis, ses yeux verts qui dénotaient avec le ciel gris, sa démarche légère, encore bercée par l’innocence de la jeunesse.
 
– Léa ?
 
Elle avait stoppé net. Ses joues s’étaient empourprées. Son regard s’était perdu dans le mien. Il y a eu quelque chose à cet instant. Quelque chose que je ne peux pas expliquer. Quelque chose de doux, de différent. Ce n’était plus l’amie de ma fille qui se tenait en face de moi. C’était une jeune femme avec une aura incroyable, une beauté à vous couper le souffle.
 
– Monsieur Auger, je ne vous avais pas vu ! Vous allez bien ?
 
Elle m’avait demandé ça sans réfléchir, sans doute pour combler le vide, pour créer le dialogue. Moi j’avais fixé ses lèvres rosées, la fossette au bas de sa joue, ses doigts fins qui s’enroulaient sur son parapluie.
 
– J’ai connu mieux, Léa…
 
Je ne voulais pas lui mentir. Je n’en avais pas la force. Je n’étais pas fier à l’époque. Je venais de tout perdre. Et je devais tout recommencer. Sans ma fille.
 
Son visage s’était fermé, sa bouche s’était tordue. Elle ne savait visiblement pas quoi répondre à ça.
 
– Vous voulez mon parapluie ?
 
Elle l’avait tendu vers moi, le plaçant entre nous deux, faisant un pas de plus vers moi. Son parfum avait alors atteint mes narines et un frisson avait parcouru ma peau. Léa sentait le soleil. Oui, le soleil. Je ne saurais pas l’expliquer et ça peut sembler vraiment étrange dit ainsi, mais pourtant, je n’arrive pas à y mettre d’autres mots.
 
Ses joues avaient rougi à nouveau, et j’avais compris que je n’étais pas le seul à trouver la situation déroutante.
Pourtant, je connaissais cette gosse depuis des années. Depuis le jour où nous nous étions installés dans ce quartier, depuis le jour où Marie était rentrée en hurlant « J’ai une copine, j’ai une copine ! ». Elle avait passé des week-ends chez nous, elle avait amené ma fille en vacances dans sa famille bretonne, elle avait sauté dans notre piscine avec toute leur bande de potes…
 
C’était une gamine. L’amie de ma fille. La petite Léa avec son nez retroussé qui connaissait le nom de toutes les fleurs de mon jardin.
 
Mais ce jour-là, elle était juste Léa. Léa et ses grands yeux délicats, son visage de poupée, ses mains fines et maladroites, son odeur de soleil…
 
J’avais souri. Instinctivement. Sans pouvoir m’en empêcher. Parce que je l’avais trouvée belle. Parce qu’elle avait la vie devant elle. Parce que pour la première fois depuis des semaines, j’en avais eu envie. Juste envie.
 
– C’est gentil Léa, mais je…
– Vous voulez boire un verre ?
 
Elle ne m’avait pas laissé terminer ma phrase. Elle m’avait coupé, avant de planter ses iris dans les miens. Elle m’avait provoqué. Sans le savoir. Sans le vouloir. C’est là que tout a basculé. Là. Dans cet éphémère instant. Au milieu des passants, de la pluie, de l’avenue Victor Hugo.
 
Mon cœur avait tambouriné un peu plus fort. Un peu trop fort. J’avais lutté de toutes mes forces pour ne pas lui dire oui. L’amener dans un bar. L’écouter parler. Profiter de sa jeunesse, de sa fraîcheur, de son optimisme. Me nourrir de chacun de ses mots, de ses battements de cils, de ses gestes. Mais ma raison avait gagné et elle m’avait ramené à la réalité. J’étais en train de dérailler. De dérailler grandement. Qu’est-ce qui me prenait d’avoir ce genre de pensées ? Qu’est-ce que j’étais en train de foutre ?
 
Je n’avais pas déjà assez merdé ? Fallait-il encore que je commence à papillonner autour d’une gosse, qui plus est la meilleure amie de la mienne ? Je me mettais à péter les plombs. Je sombrais dans la folie. Je ne voyais pas d’autres explications. Il fallait que je me ressaisisse.
 
– Je suis navré Léa. Je ne peux pas. Je dois retourner à mon bureau, emballer mes derniers cartons avant le départ.
 
Elle m’avait regardé sans comprendre, faisant de gros yeux étonnés, perdant un peu de son éclat. Elle ne savait pas. Marie ne lui avait rien dit. Alors je m’étais lancé dans une rapide explication, lui faisant part de mon départ.
 
Je ne sais pas si j’idéalise ce souvenir, ou si ma mémoire me joue des tours, mais j’avais ressenti dans son expression une profonde déception qu’elle avait tentée de dissimuler autant que possible. Et pire encore, cela m’avait presque réjoui. J’avais été heureux de voir que je ne la laissais pas indifférente. Qu’il y avait quelque chose. Que je n’étais pas si fou. Juste un peu.
 
Elle m’avait promis de veiller sur Marie et je lui avais demandé de ne pas lui en parler tant qu’elle ne le ferait pas d’elle-même.
 
– Je ne dirai rien, ne vous inquiétez pas, j’attendrai qu’elle m’en parle.
 
Je l’avais remerciée, encore, alors qu’elle se tenait à quelques centimètres de moi, que son souffle caressait presque mon visage, que ses doigts s’entortillaient nerveusement dans ses cheveux et que ses yeux se baissaient pour fuir les miens.
 
J’avais reculé. Un pas. Puis deux. Et un de plus. Son visage s’était levé vers le mien. Un regard. Un instantané. Une image qui allait s’incruster dans mon esprit jusqu’à aujourd’hui. J’avais tourné le dos, levé la main, fui ce sentiment qui n’avait rien à foutre ici.
 
– Au revoir, Léa.
 
Trois mots pour trois lettres qui n’ont jamais disparu.
 
 
***
 
 
Je me décide à quitter mon lit et me dirige vers la douche de ma salle de bains privative. Une bonne dose d’eau glacée me remettra forcément les idées en place, et me fera oublier tout ce que je viens de vivre et de me remémorer.
 
Si Marie ne m’avait pas parlé de son amie à notre dernier repas, nous n’en serions pas là. Je sais qu’elles vivent ensemble, qu’elles sont très proches, que Léa a ouvert sa propre boutique de fleurs. Jusqu’à présent nous effleurions à peine le sujet. Seulement depuis que je suis de retour, Marie est tellement heureuse de me retrouver, qu’elle me fait part de chaque détail de sa vie lorsque nous nous voyons.
 
La dernière fois, après le discours sur leur amie Céline ou Célestine, je ne sais plus très bien, qui enchaîne visiblement les conquêtes, j’ai eu le droit à tout un laïus sur Léa et sa fragilité, sa gentillesse, leur amitié infaillible. Elle n’a pas assez de sa mère pour parler de trucs de nanas visiblement. Et moi, je me retrouve comme un con, à devoir me saouler pour oublier.
 
Heureusement, Marie part pour un stage à New York à la fin de la semaine. Je serai donc plus tranquille. Qu’on ne s’y méprenne pas, j’aime ma fille, je suis très heureux de revenir ici auprès d’elle, mais il ne manquerait plus qu’elle me propose un repas avec ses copines. J’aurais l’air fin.
 
Enfin, peut-être qu’elle est aussi là, la solution. L’affrontement. Me retrouver nez à nez avec elle. Je stoppe net devant la douche. Si je revois Léa… Je finirais sans doute par me trouver ridicule. Je réaliserais que ce n’est qu’une gamine, bien loin des petites nymphettes qui me servent parfois de proie. Je replacerais les choses dans leurs contextes et je réaliserais surtout que tout ce chamboulement n’est que le résultat d’un vieux fantasme malsain à une époque où j’étais totalement à bout. Oui ! Voilà ! Je crois que je tiens LA solution !
 
Mon moral remonte en flèche. Je lève les yeux au ciel, me moquant de moi-même. Quand Marie reviendra de son stage, je lui proposerai d’organiser un repas à la maison avec sa bande d’amis. Léa sera de la partie, forcément. Et tous mes vieux fantasmes infondés tomberont à l’eau.
 
Un sourire satisfait se dessine au coin de ma bouche. Je me sens déjà presque libre. Comme si tout ce cirque venait de disparaître. La solution est là. Bientôt, je tournerai la page. Et je pourrai me regarder dans une glace, sans me sentir comme un vieux détraqué. Qu’est-ce que j’aime les révélations de lendemain de cuite…
 



En théorie...
 
 
 
La semaine de boulot a repris. Je suis retourné à mon business, mes transactions, mes montages fiscaux, mes rendez-vous par-ci, par-là. Assis confortablement à mon bureau, je fais le point sur les dossiers en cours avant mon rendez-vous de dix heures. Je tapote mon Mont-Blanc sur le bord de la table, mes lunettes au bout du nez. Un email de ma sœur apparaît sur l’écran.
 
[  Serge, arrête d’ignorer mes appels, je sais que c’est toi qui as donné mon nouveau numéro à Denis, tu vas me le payer !!!  ]
 
Je ris tout seul derrière les grandes vitres qui me séparent de l’accueil. Ma secrétaire jette un œil dans ma direction et replonge aussitôt dans ses dossiers. Nous ne sommes que tous les deux, mes consultants sont sur le terrain. Je n’ouvre pas le mail de ma frangine. Elle est capable d’avoir mis un accusé de réception espion. Je me contente de me gargariser de ma connerie.
 
L’autre jour Denis m’a demandé si elle avait changé de numéro, car il n’arrivait plus à la joindre. Je lui ai donc passé le nouveau, sans lui préciser qu’elle m’avait bien stipulé de ne surtout pas le faire.
 
Virginie éprouve une sorte de répugnance pour mon meilleur ami depuis toujours. Il faut dire qu’ils n’ont pas grand-chose en commun. Pour ne pas dire rien. Virginie a deux ans de plus que moi, et donc que Denis. C’est une carriériste obsédée par le travail qui contrôle chaque détail de sa vie. Les cheveux bruns et les yeux noirs comme moi, c’est une très belle femme, grande, élancée, à la silhouette sportive. Elle a voué sa vie au travail. Ce n’est pas par hasard qu’aujourd’hui elle est à la tête de l’un des cabinets d’architectes les plus prisés de Bourgogne.
 
D’aussi loin que je me souvienne, Virginie n’a jamais fait un pas de travers. Elle a été vieille très jeune comme disent parfois mes parents. Pas de crise d’ado, pas de soirée étudiante, pas de mariage ni de divorce. Virginie est une femme indépendante qui partage sa vie avec son job.
 
Je ne saurais expliquer pourquoi, mais Denis n’a toujours eu d’yeux que pour elle. Seulement, ma sœur n’est pas du genre à s’amouracher d’un petit gros, coureur de jupons, qui rit de ses propres blagues et qui profite de la vie grâce à la fortune de sa famille. Ça fait trente ans qu’il lui court après. Entre temps, il s’est marié et a divorcé deux fois, il a fait trois gosses, monté et coulé autant de boîtes. Ils sont encore plus opposés que le blanc et le noir. Et moi je me marre de le voir continuer d’insister à quarante ans passés.
 
Je referme mon Mac, décidant d’aller fumer une cigarette avant l’arrivée de mon prochain client. Dehors le ciel est parfaitement dégagé. Il ne fait pas encore trop chaud pour un mois de juillet, et ce n’est pas plus mal. J’allume ma clope, promenant mon regard sur les passants. Les touristes sont encore nombreux cette année à venir se promener dans les vieilles rues de la capitale des ducs de Bourgogne.
 
J’observe ces couples d’amoureux, ces familles, ces groupes de jeunes qui flânent devant les vitrines, sourient, prennent quelques photos. Mon regard s’accroche sur deux jeunes. La fille, une petite brune dans une robe jaune pastel, attire immédiatement mon attention. Elle regarde dans ma direction, arrêtée au milieu de la rue, faisant immédiatement demi-tour quand mon regard accroche le sien.
 
Je ne veux pas y croire tout de suite. Ce n’est pas possible. C’est encore mon imagination qui me joue des tours. Surtout que le type à ses côtés porte un chapeau et un imper en plein mois de juillet. Je dois être en pleine hallucination.
 
Pourtant, les battements de mon cœur s’accélèrent immédiatement. Ses cheveux épais. Cette silhouette menue et pourtant si femme. Ses grands yeux verts. Ce petit nez retroussé. Léa… Ici. À quelques mètres de moi. Ce n’est pas un mirage. C’est bel et bien réel.
 
– Léa ? Léa, c’est toi ?
 
Les mots sortent de ma bouche plus vite qu’ils ne traversent mon esprit. Elle se retourne. Un sourire timide au bord des lèvres. Elle n’a pas vraiment changé. Peut-être un peu plus femme. Peut-être encore plus belle.
 
– Monsieur Auger, lance-t-elle surprise. Mais que faites-vous là ?
 
J’avance vers elle. Elle semble moins surprise que moi. Je ne sais pas quoi répondre, hypnotisé par cette gamine qui n’en est plus vraiment une.
 
– Je travaille ici, dis-je en désignant l’entrée de mes bureaux. Je suis le nouveau directeur.
 
Plus commun comme réponse, tu crèves.
 
– Je suis content de te voir Léa, Marie me parle souvent de toi.
 
Là, je creuse ma tombe. Elle va vraiment me prendre pour un vieux plouc avec mes phrases d’un banal affligeant. Ses joues s’empourprent. Je dois la mettre mal à l’aise. J’espère que je ne la regarde pas comme un pervers. Il faut que je relativise. Que je décompresse. Elle est sûrement à mille lieues d’imaginer ce que je ressens à cet instant.
 
– Et, sinon, tu fais les boutiques dans le coin ?
 
Je tente de remonter le niveau de la conversation du mieux que je peux, mais ce n’est visiblement pas gagné !
 
– Non ! Elle venait justement chez vous !
 
Sans que Léa ait le temps de dire quoi que ce soit, le jeune à côté d’elle fait un pas vers moi, un grand sourire aux lèvres. Sa tête me dit quelque chose, et quand il retire ses lunettes, la mémoire me revient.
 
– Benjamin ? Oh, pardon, je ne t’avais pas reconnu !
 
C’est un ami d’enfance de ma fille, son petit copain de primaire d’ailleurs je crois, et aussi leur ancien colocataire si j’ai bien suivi. Mais qu’est-ce qu’il fout dans cette tenue ?
 
Je me tourne vers Léa qui semble toujours aussi mal à l’aise.
 
– Tu venais chez moi ? répété-je sans vraiment comprendre.
– Euh, et bi…
– Oui, elle venait pour vous, renchérit le fameux Benjamin. Enfin, pour vos services plus exactement. Il paraît que vous faites des expertises d’entreprises ? Léa aimerait faire évaluer sa boutique, n’est-ce pas Léa ?
 
Moi qui voulais faire en sorte de ne pas provoquer le destin, il semblerait qu’il se soit chargé de mon cas. Je ne sais comment réagir. Je ne dois rien laisser paraître. Il ne manquerait plus que ça. Et en même temps, je donnerais n’importe quoi pour prolonger l’instant. Léa est si belle. Et je parie qu’elle n’en a même pas conscience. Cela la rend encore plus dangereuse à mes yeux.
 
– Oui, ma fille m’a parlé de ta boutique. Je ne savais pas que tu étais propriétaire. Je peux t’envoyer quelqu’un pour une expertise. Tu cherches à vendre ?
– Non. Enfin oui. Enfin non ! Je…
 
Elle semble si désorientée que je vais finir par penser qu’un panneau inscrit « Je te dévore des yeux » est scotché sur mon front.
 
– Elle sonde le marché, reprend Benjamin.
– Oui, je sonde le marché, c’est exact !
 
Je les regarde tous les deux en haussant les sourcils, ne comprenant pas où ils veulent en venir. Ils finissent par m’expliquer que c’est juste dans le but de réévaluer son bien qu’elle a payé une bouchée de pain il y a trois ans. Ce n’est pas inutile, je dois le reconnaître. Avec le TRAM et les nouveaux aménagements du centre-ville, l’immobilier a fait un grand boom.
 
– Entre prendre un rendez-vous avec ma secrétaire. Je n’ai pas le temps tout de suite, mais demain, pourquoi pas.
 
Je me surprends à lâcher spontanément cette phrase. Je sais que j’aurais pu lui envoyer quelqu’un, que ce n’est pas à moi de faire ce genre de choses, mais l’envie de la revoir a pris le dessus sur le bon sens.
 
– Demain ? Euh, je ne sais pas… Non, mais ne vous dérangez pas, ça ne presse pas.
 
Tout à coup le soufflé retombe. Qu’est-ce que je suis en train de faire sérieusement ? Je l’embarrasse tellement qu’elle ne sait plus comment se débarrasser de moi. Je suis pathétique. On dirait un vieux beau… Il faut que je coupe court à cette conversation. J’enverrai un de mes agents dans son magasin.
 
– Mais tu ne me déranges pas ! Ça me fait plaisir de rendre service à une amie de Marie.
 
L’excuse du service à la copine me paraît plutôt bonne, mais son visage ne se détend pas pour autant.
 
– Bon, je dois y aller, je vous laisse les jeunes, bonne après-midi !
 
J’esquive un petit signe de la main et traverse la route, me forçant à prendre un air le plus détaché possible. Arrivé de l’autre côté, j’accélère le pas sans me retourner. J’hésite à me taper la tête contre la devanture de chez Maille. Ils ont dû me prendre pour un malade. Je suis un malade ! Je délire complètement.
 
Je reprends ma respiration. « Calme-toi mon Sergio », pensé-je. On dirait un ado amouraché qui panique au moindre imprévu. C’est elle qui est venue. C’est elle qui veut une expertise. Mes réponses n’avaient rien d’ambigu. Bien au contraire. Léa n’était absolument pas mal à l’aise, c’est moi qui m’imagine qu’elle peut lire dans mes pensées alors qu’il n’y a aucune raison. Je n’ai rien dit de stupide, je me suis comporté comme n’importe quel mec le ferait avec les amis de sa gosse.
 
Je souffle un grand coup. Un SMS s’affiche sur mon écran. Mon rendez-vous vient de s’annuler. Quel connard, le type me prévient au dernier moment par texto ! Je savais qu’il n’était pas clair, mon instinct ne me trompe jamais. De toute façon, ce n’est pas plus mal, j’ai besoin de me calmer. Je stresse pour rien.
 
Je tapote sur mon portable et compose le numéro magique. Trois petites sonneries et…
 
– Allô ?
– Salut Denis ! T’es en ville ? Un petit verre ça te dit ? Mon RDV de l’après-midi vient de s’annuler, je suis OP jusqu’à 17 h !
– Ah Sergio, tu sais bien que je ne dis jamais non ! Je finis un papier et je descends ! On se retrouve aux Templiers ?
 
Immédiatement un sourire se dessine sur mon visage. Denis me fera toujours rire. « Je termine un papier ». Il veut me faire croire qu’il bosse ? Pas à moi ! Je valide sa proposition et tourne aussitôt rue Darcy. Les Templiers est le bar situé en dessous de ses bureaux, dans le quartier des avocats et des notaires. Un endroit où les notables viennent fumer leurs cigares et discuter affaires autour d’une bonne bouteille. Je ne compte pas le nombre de sociétés sur lesquelles on m’a rencardé là-bas. Tout ce qui se passe à Dijon transite par cet endroit.
 
Denis lui, il s’en tape bien de ce qui se raconte, ce n’est pas pour ça qu’il aime ce bar. Ni parce qu’il a juste trois étages à descendre et un trottoir à traverser. Non, ce qui l’intéresse fait environ 1m75, 50 kg, a de longs cheveux platines et une bouche à pas avoir de gosse comme il dit. Natacha, la serveuse tout droit sortie d’un porno. Il n’est pas le seul d’ailleurs à apprécier ses charmes. Beaucoup ont attrapé des torticolis en suivant le mouvement de ses hanches de table en table. Pourtant, aucun n’a jamais réussi à lui mettre le grappin dessus et ce n’est pas faute d’avoir essayé. Natacha, pour moi, c’est ce que j’appelle une fille de bar à champagne. Elle est là pour aguicher le client, le faire consommer, rêver, mais sans jamais dépasser la limite. Une sorte de carotte au bout du bâton. Et son patron l’a très bien compris.
 
Ce genre de filles, je ne les regarde même pas. Aucun intérêt. Une perte de temps. Elles te font miroiter un tas de choses mais ne baisse jamais leur culotte. Si tant est qu’elles en portent une…
 
Évidemment, comme je fais partie des rares types à ne pas rentrer dans son jeu, Natacha me tourne constamment autour à chacune de mes visites. C’est le propre de ces nanas. Elles désirent toujours ce qu’elles ne peuvent obtenir.
 
D’ailleurs, me voilà à la terrasse. Denis est déjà là. Son papier a vite été soldé… Il me fait un grand signe derrière ses grosses Ray-Ban. Je m’approche de lui, prêt à m’asseoir à notre table, quand Natacha, sortie de je ne sais où, se plante devant moi. Elle porte un micro short en jeans, avec des talons compensés à fleurs et un top assorti. Je mentirais si je disais que son corps tout en plastique n’est pas un appel à la luxure. Mais c’est plus fort que moi, j’en ai tellement vu et revu à Genève des filles comme elle, que plus rien ne me transcende.
 
– Serge… susurre-t-elle du bout de ses lèvres couvertes de gloss. Quel plaisir…
 
Elle plante ses iris dans les miens, battant des cils comme une biche en rut. Je ne me force même pas à sourire et encore moins à répondre. Je la contourne sans gêne et prends place face à mon ami. Mais la poupée ne se démonte pas pour autant. Elle se penche sur notre table, offrant sans doute aux clients se trouvant derrière nous une vue délicieuse sur son cul.
 
– Tu sais Serge, tu peux m’ignorer autant que tu veux, je sais que je ne te laisse pas indifférent.
 
Denis glousse en allumant une cigarette. Il sait que ce genre d’attitude est loin de m’exciter, contrairement à lui. Il doit s’attendre à ce que je la rembarre sec. Malheureusement, ses seins bien fermes qui s’agitent dans son débardeur me rappellent à mon instinct animal. J’aurais bien besoin d’une baise. Une bonne baise. Si Natacha n’était pas juste une grande gueule, j’irais bien lui secouer les hanches dans la réserve. Cela m’éviterait de penser à une putain de gamine de vingt-cinq ans qui n’en a rien à faire de moi et qui me met dans tous mes états.
 
– Natacha, sers-moi un coca zéro s’il te plaît. Et arrête de rêver. Je te l’ai déjà dit cent fois, avec qui tu veux ton petit jeu, mais pas avec moi…
 
Elle lâche un long soupir faussement blasé, se mordille la lèvre de façon langoureuse, avant de se tourner vers Denis.
 
– Perrier citron ? lui demande-t-elle, connaissant nos habitudes.
– Comme d’hab », Nat ! Et si jamais, je suis là moi !
 
Il appuie sa remarque d’un clin d’œil appuyé et elle lui offre un sourire des plus hypocrites avant d’aller prendre d’autres commandes.
 
– Putain Sergio, j’sais pas comment tu fais…
– Pour la deux cent millième fois Denis, cette fille n’est qu’une grande gueule…
– Ouais, mais tout de même, elle mérite sa cartouche…
 
Je ris tout en allumant ma cigarette à mon tour. Il ne faut pas croire que nous sommes des types sans respect. Nous l’accordons juste à ceux qui le méritent. Natacha se balade toujours à moitié à poils en aguichant tous les clients. On ne va pas surveiller notre vocabulaire pour une fille comme elle. Pas de ma faute si son père n’a pas fait son boulot.
 
Je laisse Denis me faire le point sur ses nouvelles lubies du moment, profitant de la légèreté de mon ami pour penser à autre chose. Ou au moins, essayer.
 
– Au fait, tu fais quoi samedi prochain ? me demande-t-il.
– Samedi prochain ? Rien pour le moment, pourquoi ?
 
Il fouille dans sa poche et balance une enveloppe sur la table.
 
– J’ai deux invit’ pour un vernissage ultra privé. Comme je sais que c’est ton truc…
 
J’attrape les papiers et jette un œil sur le contenu. « Voyage au cœur de la Vie » par Mahuldo Jelly. Une expo photo en noir et blanc sur le périple d’un type durant une année en pleine forêt amazonienne. Denis sait que j’adore la photo. Pas en prendre, mais les regarder. Un peu comme pour les tableaux, mais en plus fort. J’aime ce qui se dégage d’une photo. L’instant volé, les détails, les choses, invisibles dans le monde en mouvement, que l’arrêt sur image peut capter. J’admire profondément le talent de ces artistes.
 
– Si tu veux passer l’autre à ta sœur…
 
Denis pousse la seconde invitation vers moi. Je lève les yeux au ciel.
 
– Si je lui dis que tu es là, elle ne viendra pas.
– Alors ne lui dis pas !
 
Il croise les bras sur son torse, se reculant sur sa chaise.
 
– Tu n’as trouvé personne pour t’accompagner ?
– Si, mais je sais que Virginie adore l’Amazonie. Alors, s’il faut vraiment, je ne viendrai pas. Comme ça vous pourrez profiter tous les deux.
 
Ce qu’il y a de dingue avec mon ami, c’est que quand il s’agit de ma sœur, il développe un sens du sacrifice dont il n’a jamais fait preuve pour aucune de ses femmes. Ni aucun de ses potes d’ailleurs. Pas même moi quand j’y réfléchis. Quant au fait qu’il se souvienne que Virginie est passionnée par l’Amazonie, c’est tout aussi surprenant, venant d’un mec qui ne se souvient pas de sa propre date d’anniversaire. Pourtant, c’est fou, à chaque fois qu’il la voit, il faut toujours qu’il se comporte comme le premier des abrutis.
 
– Denis ?
– Oui ? me répond-il tandis que Natacha nous dépose notre commande et qu’il reluque allégrement ses seins.
– Tu connais la date de naissance de ma sœur ?
– 25 février pourquoi ?
– Non, pour rien…
 
Voilà. C’est bien ce que je disais. Un paradoxe.
 
– Bon, je verrai si Virginie est dispo et si ça l’intéresse. Mais toi, tu ne nous fais pas ton cinéma habituel, hein !
– Je ne vois vraiment pas de quoi tu parles mon Sergio…
 
Je savoure mon coca en l’écoutant à moitié. Mon esprit n’en fait qu’à sa tête. Il diffuse sans cesse l’image de ce corps exquis moulé dans une robe jaune pastel et de ses grands yeux innocents. Je n’en peux plus. Je me trouve à gerber. Cette fille en question, je l’ai vu jouer à cache-cache avec la mienne dans ma maison. C’est malsain. C’est comme si je fantasmais déjà sur elle à cette époque… J’aurais dû commander une vodka. L’alcool c’est mieux quand il s’agit d’anesthésier.
 
– Sergio, ça va ? Je t’ai perdu là ?
 
Denis me regarde avec un air étrange. Il faut dire que je n’écoute rien à ce qu’il me raconte depuis cinq minutes.
 
– Oui, oui, ça va, excuse-moi, j’ai la tête ailleurs en ce moment.
– Tu as des soucis ?
 
Je souris intérieurement. On peut dire que j’ai un souci, ça c’est sûr.
 
– On peut dire ça comme ça…
 
Je dois avoir l’air vraiment à bout parce que la mine de mon ami ne s’arrange pas.
 
– Sergio ? Rien de grave, dis-moi ? Tu ne vas pas mourir, hein !
 
Je soupire en secouant la tête, amusé. Ce que j’aime avec lui, c’est qu’il ne connaît pas le juste milieu. On passe d’un extrême à l’autre.
 
– Si Denis, je vais mourir, mais comme toi et comme la majorité des gens, je ne sais pas quand.
– Oh bordel, t’es con, tu m’as vraiment fait peur ! Tu as des problèmes avec ta boîte ?
 
Je trifouille les glaçons au fond de mon verre avec le mélangeur.
 
– Non.
– Ta fille ?
– Non plus. Enfin… Quelque part, il y a un lien.
– Oh pfu….. !! s’agace-t-il. Tu vas me le dire où on va jouer aux devinettes comme deux débiles ?
 
Je lève les yeux alors qu’il remue dans tous les sens.
 
– Je suis dans la merde, avoué-je.
 
Il rehausse ses lunettes de soleil sur le bord de son nez.
 
– À ce point ?
– À ce point…
 
Et il se penche vers moi pour écouter ce que j’ai à lui confesser. Je me mets alors à lui expliquer à quel point mes pensées divaguent depuis quelques jours. Je lui raconte ce qu’il s’est produit il y a huit ans quand je suis parti. Cette fameuse après-midi pluvieuse. Je lui parle des malaises répétés à chaque fois que Marie me parle d’elle depuis que je suis rentré, des images peu conventionnelles qui me traversent l’esprit et je termine par l’électrochoc d’il y a une heure, quand je l’ai croisée devant mes bureaux.
 
Denis m’écoute tout du long avec attention. Je chuchote malgré le bruit, comme si je lui livrais le plus terrible des secrets. Puis nous nous redressons. Il prend son air réfléchi, se gratte le menton, retire ses lunettes, croise de nouveau les bras sous sa poitrine et…
 
– Non, mais si elles ne s’habillaient pas toutes comme des lionnes en chaleur aussi !!
 
Pourquoi… Pourquoi est-ce que c’est lui que j’ai choisi comme meilleur ami ? Quelqu’un peut me le dire ? Je viens de lui avouer que je fantasmais sur la copine d’enfance de ma fille, et tout ce qu’il trouve à me répondre, c’est ça. Pourquoi personne n’a inventé un moyen de remonter dans le temps ?
 
– Je sais ce qu’il te faut mon Sergio, décrète-t-il comme s’il était docteur et qu’il me signait une ordonnance.
– J’ai hâte de savoir…
– Rien de tel pour oublier une femme qu’une autre femme !!
 
Il le dit si fort, levant son verre fièrement devant lui, que toutes les personnes assises à la terrasse se retournent vers nous.
 
– Mais Denis bordel, je viens de te dire que c’est ce que j’avais fait à ta soirée ! Et comme tu peux le constater, ça n’a pas vraiment marché !
 
Il me fixe durant de longues secondes, ne dit rien, appelle Natacha et lui commande deux vodkas-Perrier et finit par lâcher sa théorie.
 
– Forcément ça n’a pas marché puisque tu as choisi la seule greluche qui lui ressemblait. C’est comme tenter d’oublier un Cheval Blanc avec un Saint-Emilion. Certes, tu baisses en gamme, mais tu ne peux nier la ressemblance des parfums de fond. Ce qu’il te faut mon petit, c’est une vodka. Et je ne parle pas de celle que je t’ai commandée, tu l’as bien compris !
 
Je vois parfaitement où il veut en venir, mais je le laisse finir.
 
– Invites-en une pour le week-end ici. Sors là un peu. Prends du bon temps. Salis un peu ton appartement… Et hop ! Passe à autre chose.
 
Quand Denis parle d’« une vodka », il fait allusion à mon carnet d’adresses genevois de poupées russes dont il aime tout autant profiter. C’est vrai qu’avec ce genre de filles, tu ne te prends pas la tête. À partir du moment où c’est toi qui payes et que tu l’emmènes là où elle peut se mettre en avant, elle sait te remercier à sa façon. Ce qu’il ne faut jamais faire, c’est lui passer la bague au doigt.

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