Hidden Desire - Saison 1
171 pages
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Description

Découvrez la première saison de Hidden Desire, le nouveau titre d'Angel Arekin chez Nisha Editions.

Replongez dans l'univers et l'atmosphère sexy de Love Business et partez à la rencontre de Declan.
Dans ma famille, le sens du jeu est inné : nous maîtrisons l'art de tisser des toiles pour y attirer
nos proies à la perfection. Procéder à un chantage odieux pour obtenir ce que l'on désire est habituel pour nous - c'est même une tradition, perpétuée de père en fils.
Je veux ; j'obtiens.
Merryn, la délicieuse secrétaire de ma cousine, ne déroge pas à cette règle. Elle dissimulait de petits secrets qu'elle a eu le malheur de me dévoiler. Pour se protéger, elle a cru pouvoir me repousser.
Trop tard, Merryn. Je compte bien te dévorer.

À propos de l'auteure :
Née en 1981 dans la belle région corrézienne, Angel partage sa vie entre sa famille, son boulot, la littérature, le cinéma, les mangas, le web, les amis, et si cela ne suffit pas, avec ses pages d'ordinateur sur lesquelles se dessinent de nouveaux univers, peuplés de créatures étranges, si possible de nature masculine, sexy et détestable à souhait. Vrai ermite à ses heures, pas la peine de lui parler quand elle écrit, elle ne sera pas disponible, sauf si c'est pour débattre bouquins.

À propos de l'éditeur :
Nisha Editions est une maison d'édition spécialisée dans la romance française.
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Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 février 2018
Nombre de lectures 132
EAN13 9782374136561
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0250€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Angel Arekin
 
 
 
Hidden Desire
Saison 1
 
 
 

 
Nisha Editions
Copyright couverture : Andrey Kiselev
ISBN 978-2-37413-656-1

Have fun !
 

@NishaÉditions

Nisha Éditions

Nisha Éditions & Angel Arekin

Nisha Éditions

www.nishaeditions.com

SOMMAIRE
 
 
Présentation

 
Prologue

 
1 – Si tu étais moins sexy…j’apprécierais, merci !

 
2 – Si tu étais un adjectif…sauvage ou soumise ?

 
3 – Si tu étais une pierre…un silex ou une obsidienne ?

 
4 – Si nous jouons…attends-toi à perdre !

 
5 – Si tu édictes les règles…qui sait si je les suivrai !

 
6 – Si tu es un feu…montre-moi à quel point tu peux brûler

 
7 – Si tu étais rancunier…tu me punirais

 
8 – Si tu étais un arc-en-ciel…tu serais flamboyante !

 
9 – Si tu étais une chimère…un dragon, bien évidemment !

 
10 – Si tu n’étais pas toi…je pourrais m’en aller

 
11 – Si tu n’étais pas si compliqué…je ne boirais pas de shots !

 
12 – Si tu n’étais pas aussi insolente…

 
13 – Si tu étais à moi…je prendrais soin de toi

 
14 – Si tu es le dragon…tu blesseras, détruiras et te perdras

 
15 – Si tu étais devant moi…je te castrerais ou t’embrasserais, au choix !

 
Extraits



Prologue
 
 
 
J’avais exercé un odieux chantage à l’égard de Béni, ma chère et « tendre » cousine, pour obtenir un rencard avec sa secrétaire, ce qui expliquait sans nul doute la grimace haineuse que celle-ci me dédiait depuis plus d’une heure au restaurant. J’avais opté pour un dîner au fabuleux Lancelot et Merryn avait pris le parti de me contrer en sélectionnant tout ce qu’il y avait de plus cher sur la carte. Je m’amusais de son dédain affiché tout en reluquant son décolleté encore plus épatant que les mets délicieux dans notre assiette. Merryn était une femme sublime et elle n’avait pas lésiné pour me le montrer. Petite vengeance afin de me châtier du procédé malhonnête dont j’avais usé pour l’attirer ici. Je ne m’en voulais pas le moins du monde. Je ne regrettais pas d’avoir fait chanter Béni pour la contempler de l’autre côté de la table ce soir, moulée dans sa robe de dentelle blanche, rehaussant le faible hâle de sa peau. Je ne regrettais pas sa petite moue méprisante et son regard vert de jade faussement furibond, dissimulant très mal l’effet que je lui procurais. Elle n’arrêtait pas de lorgner en direction de ma chemise au premier bouton défait ou vers mes mains lorsque je saisissais mon verre à pied. Je me demandais ce qu’elle se figurait en les contemplant de la sorte. Imaginait-elle qu’elles se posaient sur ses hanches pour l’attirer vers les miennes ou sur sa nuque pour l’entraîner dans un baiser violent et passionné ? J’ignorais ce que son esprit contradictoire pouvait concevoir, mais le mien ne tarissait pas d’imagination quant aux positions dans lesquelles je souhaitais la placer. Je voulais l’admirer nue depuis des lustres. Je la désirais si violemment que je manquais de discernement depuis des mois.
 
– Merryn, vous comptez m’ignorer toute la soirée ?
– Je compte faire en sorte que cette soirée soit la plus effroyable de votre vie.
 
La partie était lancée.
 
– Dans ce cas, vous auriez dû venir vêtue d’un sac, pas d’une robe aussi sexy.
 
Elle baissa les yeux sur sa toilette et fronça les sourcils.
 
– Pour vous montrer ce que vous n’obtiendrez jamais.
– J’obtiens toujours ce que je veux.
– Vous êtes trop confiant, Monsieur Mordret.
– Declan, nous ne sommes pas au travail, Merryn. Je ne suis pas votre patron ce soir.
– Non, uniquement un infâme maître chanteur. C’est votre façon habituelle d’obtenir ce que vous désirez ?
 
Je tapote mes lèvres de l’index. Merryn en suit le tracé, comme si elle était hypnotisée par mes doigts.
 
– Dans la mesure où vous ne me supportez guère plus de quelques minutes devant votre bureau, j’en ai conclu que c’était le moyen le plus sûr et le plus rapide de vous conquérir.
– Me conquérir ? C’est un bien grand mot.
– Pas pour moi.
– Vous êtes trop arrogant.
– Confiant, tout au plus.
– Pédant.
– Attirant.
 
Elle hausse un sourcil et un sourire authentique se dessine enfin sur ses lèvres.
 
– Agaçant, Monsieur Mordret. Vous êtes aussi désirable qu’une scolopendre.
– Quant à vous, vous êtes sublime.
 
J’eus au moins le mérite de lui clouer le bec les minutes suivantes, jusqu’à ce qu’elle retrouve son sens de la répartie :
 
– Vos flatteries trouvent sûrement écho auprès de vos bimbos habituelles, mais je ne suis certainement pas l’une d’entre elles. Vous devrez être plus combattif si vous comptez me conquérir.
– Oh, pari tenu, Merryn.
 
Ce pari transforma l’heure suivante en un mélange de joutes verbales et d’allusions sexuelles à peine masquées, ce qui précipita sans doute la fin de soirée dans mon appartement où je découvris une Merryn secrète, délicieuse et apocalyptique qui me sortit de ma léthargie. Ma conscience me souffla à maintes reprises à quel point c’était une mauvaise idée de me laisser autant aller avec elle en lui dévoilant une facette de ma personnalité, mais mon corps eut raison de ma volonté. M’enfoncer en elle fut si intense que j’eus la sensation d’en porter les stigmates à même ma chair. C’était trop. Trop violent, trop brutal, trop enflammé. Manier son corps, l’entendre crier, gémir, affoler mes sens, la pénétrer, en éprouvant la pression de son intimité sur la mienne, tout était volcanique.
 
Merryn était volcanique.
 
Ce fut sans doute pour ces raisons que lorsque je découvris la place vide à mes côtés le lendemain matin, quelque chose de féroce et de menaçant s’insinua dans ma poitrine. Tout d’abord, je fus partagé entre la stupéfaction en comprenant qu’elle s’était sauvée – comme j’aurais été tenté moi-même d’agir avec une autre fille –, et le soulagement, ma raison me hurlant que c’était la meilleure chose qui pouvait m’arriver.
 
Puis, la colère prit le pas sur le reste.
 
Ce qui provoqua sans doute le déclenchement de mon système d’autodéfense. Et tout ou presque de ce qui allait survenir par la suite serait une odieuse manipulation pour aboutir…
 



Si tu étais moins sexy…
…j’apprécierais, merci !
 
 
 
Merryn
 
 
Je suis fière de moi. Aujourd’hui, je n’ai fantasmé que trois fois sur mon boss. C’est une fois de moins qu’hier. J’ai craqué lorsqu’il a traversé le couloir en dénouant légèrement son nœud de cravate, ses cheveux volontairement ébouriffés bataillant sur son crâne. J’ai eu le malheur de fixer quelques instants ses mains, fines et élégantes, lorsqu’il a tiré sur la soie, ce qui a suffi à me renvoyer quelques mois en arrière en une fraction de seconde. Je les ai revues se poser sur moi, caresser la courbe de ma gorge et descendre le long de mon ventre, en murmurant qu’il me trouvait séduisante… non, il a chuchoté : « tu es exquise ». Qui emploie encore ce genre de mots auprès d’une femme ? Mais lui en use avec beaucoup d’élégance. Ces trois mots m’ont fait fondre comme de la crème fouettée dans un éclair au café. Mon Dieu, j’aimerais de nouveau me retrouver dans ce lit, avec son odeur partout autour de moi…
 
Non, non, réveille-toi… Merryn, cet homme est un odieux personnage. Et c’est encore un euphémisme. Declan Mordret est un connard de la plus pure espèce. Aussi arrogant qu’un empereur, aussi acéré qu’une vipère, et bon sang de bois, aussi séduisant qu’un acteur de cinéma des années 30, ourlé de noir et de blanc. Un côté un peu désuet dans ses manières sur une apparence moderne, jouant sur les deux tableaux avec dextérité.
 
Merryn, tu fantasmes encore alors qu’il n’est même pas là. Tu n’as ni avancé sur le graphique des heures supplémentaires des employés du service financier, ni pris les rendez-vous que ta chère patronne t’a demandés en te promettant de t’incinérer vivante si tu ne t’en occupais pas très vite.
 
Il faut croire que l’incinération est un nouveau truc à la mode dans ma vie, puisque j’ai complètement oublié de téléphoner à trois actionnaires. Béni va m’écharper !
 
Je plonge ma tête entre mes mains en me traitant d’idiote écervelée.
 
Mon téléphone vibre dans mon sac. Discrètement, je jette un œil dessus et lis un message d’Evans, mon nouveau petit ami ou… un truc qui s’y apparente, pour m’avertir qu’il passera me voir dans la soirée si je suis d’accord. Bientôt deux mois que nous nous fréquentons. Un record dans ma vie, si je considère les six mois que j’ai vécus avec Cyprien. Evans est un garçon sympathique de 27 ans que j’ai rencontré pendant mon jogging. J’avais trouvé cette rencontre romantique, ce qui a certainement précipité mon choix de le fréquenter, et globalement de coucher avec lui. Je n’ai pas à me plaindre : Evans est beau garçon, plutôt doué dans un lit, avec un corps athlétique et ce n’est pas un adorateur des jeux vidéo. Étant donné que le dernier en date préférait s’envoyer en l’air dans les Sims, je m’estime plutôt chanceuse.
 
Non, en réalité, j’estime Béni plutôt chanceuse…
 
En rangeant mon téléphone, Jelan Malory, son escort personnel, échevelé et la bouche gonflée – sexy n’étant pas un terme assez fort pour le définir – sort de son bureau, passe devant le mien en m’adressant un sourire complice et me souhaite une bonne journée. Je mate son cul en passant, c’est plus fort que moi. Son corps est un véritable appel aux regards, aux baisers et à tout un tas de choses pas très catholiques. J’humecte mes lèvres d’envie et je détourne les yeux de ce bel Adonis lorsqu’une ombre se répand brusquement sur mon bureau.
 
– Tu veux que je te file des jumelles, tu verras mieux, grogne Béni en me foudroyant du regard.
 
J’ébauche un sourire ravi.
 
– Je veux bien, je te remercie. Ce serait un crime que de ne pas le regarder, non ?
 
Devant ma franchise, elle cède et soupire. Je remarque qu’elle est légèrement décoiffée et que ses vêtements sont froissés. Elle lâche un rire un peu gêné.
 
– Oui, admet-elle en levant les yeux sur le bout du couloir.
 
Les portes de l’ascenseur se referment sur ce séduisant étalon, mais je ne manque pas le long regard qu’il adresse à Béni. Elle faufile la main dans ses cheveux pour se redonner bonne figure, mais je devine dans ses yeux l’émotion qui l’assaille. Béni Mordret est follement amoureuse de lui. Je suis contente pour elle et sûrement un peu jalouse aussi. Elle a su tirer le bon numéro parmi pléthore de prétendants potentiels, aussi riches que pédants. Et moi, le seul numéro que j’ai réussi à tirer, c’est… tout un tas de mecs qui ne valent même pas mon super brushing, Declan en tête !
 
Je pousse un soupir qui semble décoller mes poumons de ma cage thoracique. Béni avise mon air rêveur et, aussi mauvaise qu’une vipère des sables, elle dépose un dossier sur mon bureau.
 
– Il faut que tu donnes ça à Declan. C’est urgent.
 
Mes doigts se crispent sur le dossier en question. Je lève les yeux sur ma patronne qui me sourit d’un air autoritaire, la défiant de lui désobéir, puis elle ajoute, mesquine :
 
– Ça t’apprendra à mater ses fesses.
 
Elle m’adresse un petit signe de la main et marche, telle une guerrière, en direction de son domaine.
 
– Je te déteste, Béni Mordret, crié-je, me moquant bien que l’on puisse m’entendre depuis les bureaux.
 
Je fulmine de rage à la seule idée de croiser la route de Declan.
 
– Oui, oui, lance-t-elle. Tu me détesteras encore plus quand tu reviendras de l’antre du dragon.
 
Furieuse, je serre les poings, puis tente de retrouver une contenance. Je suis une professionnelle. Me tenir face à Declan ne me pose aucun, mais alors aucun, problème.
 
Je me relève, défroisse ma jupe de tailleur, saisis le dossier et traverse le couloir en piétinant la moquette.
 
Dans l’ascenseur, je ne peux m’empêcher d’inspecter mon reflet dans le miroir, pour vérifier que tout est en ordre. Mon rouge à lèvres couleur vermeille est impeccable et souligne mon teint bronzé. Ma coiffure est parfaite, mes cheveux remontés en un chignon faussement désordonné, quelques mèches blondes flottant contre mes joues. J’ai mis un peu trop de blush ce matin et je le gomme rapidement du dos de la main. Je fixe ma tenue et, sans la moindre volonté, je dégrafe le premier bouton de mon corsage, révélant la dentelle noire de la lingerie que je porte en dessous.
 
Arrivée au 19 e étage de la tour Bella, j’arpente le long couloir décoré de tableaux de maîtres jusqu’au bureau des deux secrétaires du PDG, Philippe Mordret, le père de Declan. Je me suis toujours demandé si être blonde était un critère de recrutement du DRH ou si c’était Declan lui-même qui les avait embauchées. Tout le monde connaît son penchant pour les blondes stéréotypées, plus jolies que brillantes, accros aux diamants et aux limousines.
 
Une crispation parcourt ma mâchoire en songeant qu’il s’est comporté avec moi comme si j’étais l’une de ses pimbêches sans cervelle, me contraignant à sortir avec lui pour satisfaire un caprice. J’alimente délibérément ma colère pour pouvoir l’affronter dans son bureau. Si je n’agis pas de la sorte, je fantasmerai sur chaque ligne de son visage masculin et séduisant, sur chaque pli de son costume et, bon sang, sur chaque mouvement de son corps musculeux…
 
Les deux secrétaires blondes comme des épis, tirées à quatre épingles, chignons parfaits, me regardent passer en empruntant un sourire blanc de blanc, suintant d’hypocrisie. Je le leur renvoie poliment en retour en désignant le dossier que je tiens sous le bras.
 
Je me dirige prestement vers le bureau de Declan, ignorant leurs messes basses et les rumeurs qui courent depuis six mois sur ma prétendue relation avec le patron sexy des Cosmétiques Bella.
 
Deux grandes portes en bois brun, ornementées d’un vaste cercle rouge en leur centre, marquent les limites de son territoire. En m’approchant des battants, mon pouls s’accélère. Mes mains deviennent moites et tout mon corps est parcouru d’un frisson à la seule idée de l’apercevoir.
 
Ce mec est un connard !
 
Je me répète cette phrase comme un mantra pour m’en souvenir lorsque mes yeux, véritables traîtres, se poseront sur lui et en déchiquetteront le moindre morceau alléchant.
 
Je prends une grande inspiration, la retiens, puis relâche mes poumons en cognant contre la porte.
 
– Entrez.
 
Un mot simple, mais glacial, jeté comme un détritus dans une poubelle.
 
Je pousse la porte en me répétant mon nouveau slogan à plein régime. Mais à l’instant où mes yeux dérivent vers le vaste bureau, assombri par le lambris des murs, mon mantra vole en éclats, ne laissant que les débris de ma volonté sur le parquet ciré.
 
Declan est installé derrière son bureau, son téléphone portable vissé à l’oreille. Il répond par monosyllabes à son interlocuteur. Il fait à peine mine de s’apercevoir de ma présence et m’adresse un signe de la main pour que je m’approche comme si j’étais un clébard. Je resserre la mâchoire et piétine les lattes du plancher. Bon sang de bon sang, sa cravate est légèrement dénouée, découvrant sa gorge au teint hâlé ainsi que sa pomme d’Adam. Sa coiffure, négligemment dépeignée, lui confère un air si sexy et si charmant que mon cœur oublie complètement de battre. Il a de ces lèvres, charnues et rosées, en les entrouvrant pour balancer un mot à son interlocuteur, qui méritent d’être embrassées – mordues ? – puis un sourire frisant le dédain les étire. Et même ce foutu rictus me paraît incroyablement attirant.
 
Bon, d’accord, je suis tragiquement sous le charme animal de Declan Mordret, mais je préférerais me pendre moi-même par les tripes plutôt que de le lui avouer. C’est sans conteste la pire idée du siècle. Pour trois raisons : d’abord, parce que c’est un enfoiré de première, richissime, qui préfère la jouer pédant que tendre, ensuite parce que d’ordinaire, il ne couche jamais deux fois avec la même femme, enfin, c’est mon patron. Il a le droit de vie et de mort sur ma carrière. Même Béni ne pourrait rien pour me sauver la mise si jamais il décrétait que ma place n’appartenait plus à son monde. Et Dieu sait qu’il aime avoir ce genre de pouvoir sur les gens. Declan Mordret est une ordure de la pire espèce, parce qu’elle est la plus séduisante et la plus arrogante qu’il m’ait été donné de croiser.
 
Je me tiens devant son bureau, attendant patiemment qu’il daigne m’accorder son attention. Mais il regarde en direction de son ordinateur en grognant des mots à son téléphone. Il s’humecte les lèvres d’un coup de langue et quelque chose dans mon bas-ventre se contracte sournoisement. Je presse plus fort le dossier que je tiens entre mes doigts nerveux. Mais quand son regard se traîne paresseusement jusqu’à moi et que ses grands yeux sombres remontent depuis mon ventre jusqu’à mon visage, un frisson délictueux pénètre ma poitrine et fond en droite ligne vers le point culminant de mon anatomie.
 
Son regard n’exprime rien de particulier. Il se contente de me fixer. Et je me contente de le fixer en retour, imperturbable. Toutes les cellules de mon corps sont en train de hurler de rage et de désir, mais je reste professionnelle. Rien ne transparaîtra. Je m’en suis prêté le serment le jour où il s’est servi de moi.
 
– Très bien, déclare-t-il finalement à son interlocuteur. Rappelle-moi quand ça sera terminé.
 
Il raccroche son téléphone et le repose sur son bureau.
 
– Qu’y a-t-il ?
 
Sa voix est grave, mais sèche. Si loin de celle dont il a usé lorsqu’il a murmuré au creux de mon oreille à quel point il me trouvait exquise.
 
– Le dossier Suave pour vous.
 
Je lui tends la pochette qui recèle le dernier produit en vogue de Bella, un rouge à lèvres ultra tendance. Ses yeux tombent sur lui, l’observent, puis il lève le bras et saisit la chemise verte en laissant traîner ses doigts par-dessus les miens. Mon cœur menace de jaillir à travers mes côtes à son contact. J’essaie d’être discrète, mais j’ai l’impression que tout mon corps est en transe.
 
Declan ne cherche même pas à masquer son sourire en apercevant mon visage brûlant. Il pose le dossier sur une pile de paperasse, pendant que je le maudis intérieurement.
 
– Très bien, merci.
 
Je m’apprête à m’en aller en me traitant de tous les noms dans le chaos de mes pensées, lorsqu’il m’interrompt :
 
– J’ai un dîner d’affaires demain soir avec Ryan Lester et quelques-uns de ses associés.
 
Étonnée, je relève les yeux sur lui. Je ne vois pas en quoi cette information me concerne. Declan a reporté son attention sur son ordinateur, mais il ajoute :
 
– Ma secrétaire a trouvé de bon ton de tomber enceinte et de vomir partout, d’après ce que j’ai compris, m’annonce-t-il comme si c’était une maladie tragique et incurable. Une intérimaire la remplacera dès demain matin, mais j’ai besoin de quelqu’un d’aguerri pour ce dîner. J’aimerais que vous m’accompagniez.
 
Je le dévisage avec des yeux en forme de soucoupe. Ma tension doit faire des bonds. Mon corps est au bord de la syncope.
 
– Je regrette, je ne suis pas disponible, réponds-je du tac au tac.
 
Un dîner avec Declan, même si c’est en compagnie d’importants financeurs, n’est pas envisageable, pour ma santé mentale autant que pour mon équilibre physique.
 
– Libérez-vous.
 
Il lâche cette phrase comme si le monde devait être à ses pieds et ne tourner qu’autour de lui, tel un satellite autour de son astre.
 
– Ce n’est pas possible, vous m’en voyez navrée.
 
Declan daigne lever les yeux vers moi avec une lenteur calculée, rendant sa présence plus impérieuse. Son regard noir de jais télescope le mien et fait frémir mes bonnes résolutions.
 
– Merryn, murmure-t-il en roulant mon prénom sur sa langue, libérez-vous.
– Quels mots n’avez-vous pas compris ?
– J’ai très bien compris que vous ne souhaitiez pas passer plus de temps qu’il n’est nécessaire en ma présence. Là-dessus, nous sommes d’accord tous les deux, mais nous sommes des adultes responsables et nous travaillons ensemble. Libérez-vous !
 
La colère monte en moi comme le fond sonore d’une musique classique, au moment où les cuivres délivrent leur chant violent et guerrier. Si je pouvais attraper une hache et la lui flanquer entre les deux yeux, à cet instant précis, je n’hésiterais pas… sauf s’il retirait sa chemise !
 
– Nous avons convenu que nous ne ferions plus allusion à ce qui s’est passé, je rétorque aussitôt.
– Vous m’y contraignez. J’ai un dîner d’affaires très important demain. J’ai besoin d’une secrétaire compétente. Je fais appel à votre sens professionnel, non à votre délicat fessier.
 
Mon souffle se coupe net à mi-chemin entre mes poumons et ma bouche. Je le considère, les sourcils froncés, et serre les poings contre mes flancs.
 
– Je ne vous permets pas une telle familiarité.
 
Il s’appuie contre le dossier de son fauteuil et lâche un soupir irrité. L’espace d’un bref instant, je devine la petite lueur de désir qui m’a tant charmée lorsque nous dînions au restaurant, lorsqu’il m’a conduite dans son appartement, lorsqu’il m’a fait l’amour si longtemps que mes cuisses en ont porté l’empreinte pendant des jours après ça.
 
– Je n’ai pas le souvenir que la familiarité vous ait déplu, croit-il bon de me rappeler, avec un rictus affiché comme un panneau publicitaire.
 
Je pique un fard et enfonce mes poings dans le creux de mes hanches. Je m’apprête à lui vomir tout un tas d’imprécations lorsqu’il lève la main pour me couper la parole :
 
– Vous avez raison, je vous prie de m’excuser.
 
Il incline la nuque sur la droite jusqu’à ce qu’elle produise un léger craquement.
 
– J’ai vraiment besoin que vous soyez là demain. Je ne vous le demanderais pas si ce n’était pas important.
 
Je reste interdite. Declan n’a pas été fichu de me demander pardon quand il m’a traitée comme une moins que rien après m’avoir baisée, et il me présente des excuses pour une simple réunion.
 
– Je pourvoirai à vos frais, ajoute-t-il, ainsi qu’à une prime. Et si ceci ne vous convainc pas d’accepter, je peux encore vous muter dans mon service pour remplacer ma secrétaire.
 
Il me décoche un regard si suffisant que j’ai envie de le bourrer de coups de pied. Je m’approche de son bureau et pose les deux mains à plat sur son sous-main en cuir brun. Je surprends son regard dériver vers la dentelle de mes sous-vêtements, mais je suis tellement énervée que je n’en retire aucune satisfaction.
 
– Vous êtes l’homme le plus méprisant que je connaisse.
– C’est un fait établi depuis longtemps. Nous avons déjà eu cette discussion.
 
Le souvenir de cette conversation effroyable, lors du gala donné par Bella, me percute avec la force d’un train. Je mordille ma lèvre inférieure d’un geste nerveux.
 
– Devons-nous y revenir ? me demande-t-il très calmement.
– Non, je vous remercie. Nous avons en effet établi que vous étiez un connard suffisant.
– Et vous, une fille facile. Pouvons-nous reprendre le cours de notre discussion initiale ?
 
Son regard accroche ma poitrine quelques secondes avant de s’en détacher et de se porter sur mon visage. Un instant, j’ai la vision de son corps au-dessus du mien, ondulant des hanches pour les précipiter contre les miennes, et je manque de me mordre la langue tant le désir qui me traverse m’abandonne chancelante.
 
Declan m’observe, le coin de ses lèvres se retroussant légèrement avec insolence. J’émets un grognement, puis lâche en reculant sur le parquet :
 
– Très bien, quel sera mon rôle durant ce dîner ?
 
Son sourire s’accroît. Il s’accoude et enfonce son menton dans sa paume en laissant courir ses prunelles noires sur mon corps sans la moindre discrétion :
 
– Écouter et retranscrire au maximum tout ce que vous entendrez, y compris les choses les plus insignifiantes.
– Dans quel but ?
– La connaissance est un pouvoir, Merryn.
 
Je lui rends son sourire.
 
– Je tâcherai de m’en rappeler.
 
Il hausse un sourcil, amusé.
 
– Vous ne rendrez compte qu’à moi-même et vous garderez sous silence le contenu de cette soirée.
– Bien.
– Je vous veux ici pour 19h30.
 
Pourquoi je frémis à cette simple phrase ?
 
– Merryn, vous êtes transparente.
 
J’ouvre de grands yeux et me glace de l’intérieur sous son rictus cavalier.
 
– Vous êtes odieux, ne prenez pas vos désirs pour des réalités.
– Je ne fais que constater. Mais reprenons… Portez une robe de cocktail. Nous irons dans un endroit très sélect. Ryan Lester aime les belles choses. Il parlera davantage si vous choisissez un joli décolleté. Vos seins sont agréables à regarder, autant qu’ils profitent à notre investisseur.
 
Je me crispe sous le mot « chose ». Au moins, les « choses » sont claires.
 
– Je ne suis pas l’une de vos putains de luxe, je vous le rappelle.
 
Un rire moqueur lui échappe.
 
– Certes, je n’ai pas le souvenir d’avoir eu besoin de vous payer.
 
Je crispe la mâchoire. Un violent désir m’envahit de l’insulter, de lui broyer les couilles au creux de ma main… et de le couvrir de morsures. Surtout ses épaules. Ses délicieuses épaules recouvertes de muscles.
 
– Vous sollicitez mon aide, je vous conseillerais de tenir votre langue.
 
Pourquoi ai-je dit ça ?
 
Son sourire se transforme en rictus et s’épanouit sur son visage, tandis que ses yeux s’enluminent de fines étincelles mordorées dans le noir de ses pupilles.
 
– Se servir de ses atouts n’a rien d’humiliant, finit-il par admettre. Et j’ai le souvenir de vous avoir vue vous en servir à très bon escient.
 
Je donne un coup de pied dans son bureau qui lui arrache un ricanement.
 
– Toujours aussi sauvage, Merryn, se moque-t-il. Quoi qu’il en soit, tenez-vous prête pour demain. Soyez attentive et charmante, je suis certain que vous saurez où se trouve votre intérêt, à moins bien sûr, que vous n’ayez le désir secret de travailler pour moi à temps complet.
 
Il affiche un sourire sadique qui cloue mon cœur sur la cloison derrière moi ou quelque part sur son plancher. Declan Mordret est le pire connard de cette galaxie. Et le plus sexy aussi.
 



Si tu étais un adjectif…
…sauvage ou soumise ?
 
 
 
Declan
 
 
On peut dire qu’elle a fourni un effort vestimentaire. Elle affiche avec ostentation une petite robe noire, et quand je prétends qu’elle est petite, on est encore loin du compte. Ses jambes sont quasiment nues, à peine recouvertes d’un léger film noir. Je suis sûr que si je me penche, j’apercevrai la dentelle de ses bas. Son décolleté est faramineux. Il se fend à l’intersection de ses seins, telle une autoroute pour venir cueillir les deux mamelles appétissantes qui lui tiennent lieu de poitrine. Elle a opté pour un long collier simple et fin qui serpente entre ses seins. Je me sens obligé de l’étudier un temps beaucoup plus long que nécessaire, mais la voir se trémousser sous mon regard a quelque chose de péremptoire, presque tyrannique. C’est certainement très malsain d’aimer torturer cette fille. Je me demande si j’aurai envie de la baiser ce soir. J’imagine que Merryn a tout misé là-dessus comme la plupart des femmes dans son genre. Soit du sexe, soit de l’argent. Prévisible.
 
Je me relève de mon siège, m’approche, tandis qu’elle trépigne d’impatience sur le parquet et, une fois à sa hauteur, arrange l’une de ses mèches blondes qui s’est échappée de son chignon. À peine l’ai-je frôlée que sa respiration se bloque dans sa trachée et ses yeux scintillants se vissent quelque part sur mon torse. Cette fille ne pense vraiment qu’à ça ! C’est presque trop facile.
 
Je me penche vers son cou gracile, qui sent bon… la mûre, avec une légère touche vanillée. Elle porte Luxure, l’un des parfums nés de notre usine de Beauregard.
 
– Ne tremblez pas, Merryn, lui chuchoté-je à l’oreille, je ne vais pas vous manger, à moins que vous ne le désiriez.
– Je préférerais nettement vous bourrer les testicules de coups de pied, sauf votre respect, Monsieur Mordret, me lance-t-elle avec un sourire faux.
– Sauvage, Merryn, comme toujours.
 
Elle crispe la mâchoire sous mon ton moqueur, tandis que je passe devant elle pour rallier l’ascenseur.
 
– Allons-y, ne soyons pas en retard.
 
Elle m’emboîte le pas en marmonnant des mots inintelligibles, que je ne cherche d’ailleurs pas à comprendre.
 
Dans l’ascenseur, elle se tient le plus éloigné de moi que possible, dos à la cabine, et fixe un point invisible sur la cloison. Ses mains sont refermées sur son sac à main comme si elle avait le pouvoir de me lyncher avec la lanière.
 
– Détendez-vous, bon sang, on croirait que vous allez enterrer quelqu’un.
– Si seulement ça pouvait être vous.
 
J’esquisse un sourire amusé, en levant un sourcil.
 
– Vous n’êtes pas sincère. Je vous manquerais. Vous n’auriez plus personne dans votre vie pour vous faire frissonner.
 
Elle m’adresse un tel regard rempli de hargne que je ne peux m’empêcher de ricaner.
 
– Vous vous donnez beaucoup trop d’importance, Monsieur Mordret, tout ça pour une simple nuit voici des mois.
 
Je passe ma langue sur ma lèvre inférieure et je la surprends en train d’en suivre la course. Je penche la tête sur le côté en lui dédiant une moue moqueuse. En réponse, elle peste entre ses dents en détournant les yeux.
 
– Une nuit cependant très agréable, je dois bien avouer.
 
Je serais malhonnête de prétendre que Merryn n’est pas fabuleuse sous les draps, nue et ouverte.
 
Néanmoins, lorsque les portes de l’ascenseur s’ouvrent sur le hall, j’efface mon sourire et redeviens le véritable Declan Mordret. Ou plutôt une facette habituelle.
 
Merryn prend quelques minutes pour enfiler son manteau, puis nous sortons sur le trottoir. Ma voiture est déjà garée dans la rue. Je déverrouille les portières et tiens la sienne ouverte le temps qu’elle se glisse sur le fauteuil passager.
 
En laissant ronronner le moteur, je remarque que le regard de Merryn vogue sur l’habitacle en cuir, puis sur ma main qui tient le levier de vitesse.
 
– Une voiture digne de votre orgueil, me lance-t-elle avec un sourire carnassier.
– Sans aucun doute.
 
Je lance aussitôt ma BMW M6 Gran Coupé sur la route et appuie sur le champignon pour le seul plaisir de l’entendre rugir.
 
Tandis que les bâtiments défilent sous nos yeux, les néons électrisant la rue, Merryn me demande sans me regarder :
 
– Où allons-nous dîner ?
– Au Ciel Rouge.
– Je ne connais pas.
 
Je lâche un rire moqueur ; elle tourne aussitôt la tête dans ma direction. Ses sourcils se froncent sur ses prunelles d’une étonnante couleur verte, légèrement irisée, qui affichent un air soucieux.
 
– Pourquoi riez-vous ? Je ne fréquente certainement pas les mêmes lieux que vous, mais je prends les réservations de Béni, je vous le rappelle.
 
Je lève la main pour l’obliger à se taire.
 
– Je doute fort que Béni vous fasse réserver au Ciel Rouge.
– Pour… quoi ?
 
Mon coup d’œil en coin semble la troubler et elle recule sur son siège, peu rassurée.
 
– Le dîner de ce soir est assez informel. Ryan Lester ne vient pas souvent en France, et il a toujours des goûts bien spécifiques. Il nous appartient de satisfaire ses caprices.
– Que dois-je comprendre ?
 
Je lui adresse un sourire railleur.
 
– Ne vous inquiétez pas, Merryn. Vous ne vous incluez pas dans le plat principal.
– Encore heureux ! Je suis votre employée, pas votre groupie.
 
L’expression me plaît beaucoup, mais je préfère ne pas le lui montrer.
 
– Soyez attentive ce soir. Lorsqu’ils auront commencé à boire et à s’amuser, ils vont déblatérer dans toutes les directions.
– J’ai bien saisi mon rôle, ne soyez pas inquiet.
– C’est préférable.
 
Elle me dédie un coup d’œil farouche.
 
J’enfile ma voiture dans une ruelle sombre, puis vire sur la droite pour franchir un haut portail en fer forgé avant d’arrêter la BMW sur une place de parking.
 
– Informel, hein ? lance-t-elle en lorgnant en direction de la porte sombre au-dessus de laquelle pend une lanterne rouge. Est-ce bien un restaurant au moins ?
 
Son regard acéré louche dans ma direction.
 
– C’en est un.
 
Je descends de voiture et lisse ma cravate avant de me diriger pour ouvrir la portière de ma passagère, mais Merryn s’est déjà extirpée de sa place. Elle referme son manteau sur sa poitrine, la brise du soir saisissant ses joues. Je lui offre mon bras pour l’escorter jusqu’à la porte. Elle fronce les sourcils en posant les doigts sur ma veste comme si je me proposais de la conduire dans un traquenard. Je me sens obligé de lui sourire pour la réconforter, mais au regard qu’elle m’adresse, elle en soupçonne assurément l’imposture.
 
– Ne soyez pas si angoissée, vous ne passez pas un examen. Tout au plus, vous vous ennuierez un peu au cours du dîner, mais je vous assure que le menu sera succulent.
 
Quand elle lorgne sur mes lèvres sans la moindre discrétion, je peine à ne pas éclater de rire.
 
– Je ne suis pas au menu non plus, crois-je bon de lui préciser.
 
Elle fronce le nez.
 
– Qui pourrait bien vouloir de vous de toute manière ?
 
Je glisse mon bras sur ses reins en toquant à la porte et me penche pour chuchoter au creux de son oreille :
 
– En dehors de vous... ? M-hm, une bonne centaine de femmes susceptibles de se satisfaire de mon compte en banque, je suppose.
– C’est bien ce que je dis… qui pourrait bien vouloir vraiment de vous ?
 
Une petite pique étrange et déplacée s’engouffre un bref instant dans ma poitrine, creusant une lézarde désagréable. Je crispe la mâchoire et referme la main machinalement sur la courbe de sa hanche. Je la sens à peine se contracter contre moi.
 
– Vous aurais-je vexé ? me demande-t-elle avec un rictus. Ou aurais-je mis à jour l’un des secrets de Declan Mordret ?
– Vous les avez seulement entrevus, Merryn. Je vous ai à peine laissée entrer sur le pas de ma porte.
 
Sur ces mots, celle du restaurant s’ouvre sous nos pas. Merryn plisse les yeux face à la lumière rubiconde qui se répand sur le seuil, plongeant son visage dans un halo sensuel. Je la pousse dans le creux du dos et l’entraîne au cœur du vestibule. Une hôtesse prend son manteau, ainsi que ma veste et, son bras sous le mien, je la conduis à notre table.
 
Au fur et à mesure que Merryn pénètre à l’intérieur du Ciel Rouge, ses yeux s’arrondissent de stupéfaction. Le restaurant, auréolé d’une lumière tamisée écarlate, s’ouvre en amphithéâtre autour d’une scène sur laquelle des danseuses de cabaret se trémoussent très sobrement vêtues. Le show du Ciel Rouge est tout en sensualité et suggestion, ce qui n’empêche pas Merryn de m’adresser un regard de fossoyeur en contractant la mâchoire de colère.
 
Nous dépassons plusieurs tables rondes, séparées de paravents ou de drapés noirs, pour nous arrêter devant quatre hommes installés en demi-cercle face à la scène.
 
Je repose la main sur la hanche de Merryn qui se crispe de la tête aux pieds en avisant toutes les paires d’yeux qui la fauchent et la jugent d’un regard.
 
– Lester, vous connaissez déjà Merryn, je suppose.
 
Je désigne le plus grand de la bande, notre investisseur principal. Lester se redresse, les manches de sa chemise remontées sur ses avant-bras, et saisit la main tendue de Merryn pour y déposer un baiser, façon très gentleman, alors qu’il est son exact opposé. J’ai accompagné Lester dans des endroits pires que celui-ci assez souvent pour connaître ses penchants.
 
– J’ai déjà eu ce plaisir, en effet. Laissez-moi vous présenter Maxence, Harry et Steven, mes associés, déclare Lester avec un fort accent américain en exposant ses comparses à tour de rôle.
– Enchantée.
 
La voix de Merryn se veut imperturbable, mais je la sens devenir fébrile contre moi, tandis que les partenaires de Lester reluquent son décolleté et la petitesse de sa robe. Dans un sursaut de bonté, je presse plus fort ma paume sur sa taille, ce qui me vaut un bref regard à la fois hargneux et soulagé.
 
Je lui désigne la banquette rouge sur laquelle Merryn se glisse sans attendre, se rapprochant de Lester, et je m’installe à ses côtés. Elle dodeline quelques instants pour redescendre sa robe sur ses cuisses, puis répond avec des sourires faussement charmés à nos invités.
 
Lorsque la serveuse vient prendre nos commandes, Merryn opte pour un verre de vin blanc, tandis que je prends un whisky 25 ans d’âge. Je jette un coup d’œil vers la scène, admirant la beauté suave et séduisante des belles de nuit qui se dandinent sur une musique chaloupée. Merryn suit mon regard, épiant les ombres et les recoins du restaurant. Elle a l’air d’un petit oisillon perdu loin de son nid, pourtant, j’ai eu l’occasion de découvrir une tout autre facette de sa personnalité. Merryn est un peu comme moi, là où je masque mes sentiments derrière de bons traits sarcastiques, Merryn dissimule ses ombres derrière ses sourires et sa bonne humeur. Mais j’ai eu le temps de les apercevoir, de les côtoyer et de… me les approprier.
 
L’heure suivante se déroule comme un combat de coqs. Lester tente de briller, écrasant de sa lourde personnalité ses comparses, et de me dominer par la même occasion pour l’unique plaisir de tenter de me briser devant notre charmante secrétaire. Cependant, je ne suis pas né de la dernière pluie. Je fréquente ce genre d’individu depuis ma naissance. J’écrase autant que lui. C’est mon métier. C’est toute ma vie. Mon père m’a formé pour prendre sa suite et m’a appris toutes les ficelles. Être un requin. Ne rien montrer. Ne rien lâcher.
 
Je joue le jeu, répartis sans cesse, casse ses maigres tentatives, puis me laisse déborder pour mieux revenir, le tout en observant le ballet des danseuses sexy qui exposent leur croupe et leur poitrine à la cantonade dans des mouvements lascifs et calculés. Tout est un spectacle, ce qui se passe sur scène comme ce qui se déroule à table.
 
Au bout d’un moment, Merryn se penche vers moi et chuchote près de mon oreille pour couvrir la musique :
 
– Je ne sais pas pour quelles raisons vous m’avez demandé de vous accompagner ici.
 
Je recule mon visage pour mieux l’observer et hausse un sourcil.
 
– N’ai-je pas été clair ?
– Si, parfaitement, mais depuis que nous sommes arrivés, vous n’avez pas une seule fois parlé de travail.
 
Je manque d’éclater de rire et presse mon pouce le long de sa mâchoire. Elle se tend comme une corde d’arc à mon contact, et je me foutrais des claques d’avoir perdu ma contenance. J’ai bu trop de whisky, la faute à Lester qui n’arrête pas de remplir mon verre dès qu’il est vide.
 
Je retire ma main et pianote sur la table du bout de l’index.
 
– Ce n’est pas le travail qui m’intéresse, je finis par lui répondre.
 
Le vert de ses yeux se volatilise presque lorsqu’elle les plisse de dédain.
 
Je pousse un soupir et crois bon d’ajouter :
 
– Les failles ne se situent pas dans le travail. C’est le reste qui m’intéresse. Faites ce que je vous ai demandé. Notez les détails. Tous les détails.
 
Elle assimile mes paroles, détourne la tête pour se saisir de son verre, désormais rempli de vin rouge, siffle une longue gorgée, puis reporte son attention sur moi.
 
– Vous n’auriez jamais demandé à votre secrétaire de vous accompagner ici, n’est-ce pas ?
 
Sa vivacité d’esprit me fascine !
 
– Évidemment que non. Ma secrétaire a de nombreuses qualités, mais certainement pas celle de me suivre dans ce genre d’endroits.
 
Je vois ses poings se serrer sur ses genoux.
 
– Pourquoi me l’avoir demandé à moi ?
 
J’ébauche un rictus qui lui creuse une ride entre les yeux.
 
– Parce que je sais très bien que vous ne serez pas scandalisée de devoir dîner à une table de gentlemen dans ce genre de restaurant.
– J’aimerais savoir ce qui vous permet de le croire, grommelle-t-elle.
 
Je me penche vers elle jusqu’à ce que son souffle aromatisé d’alcool frôle mes lèvres :
 
– Parce que je sais quel style de personne vous êtes en réalité.
 
Ses joues rougissent en un instant. Elle détourne les yeux comme si j’avais décoché une flèche quelque part sur son corps. Je souris, très fier de ma prestation, et me concentre de nouveau sur la conversation de nos invités.
 
Les trois heures suivantes portent essentiellement sur les femmes, le hockey et le baseball, le sexe et les clubs comme celui dans lequel nous dînons. Je bois beaucoup trop en la circonstance, mais c’était prévisible. Avec Lester, il est impossible de finir une soirée telle qu’on l’a commencée, d’où l’intérêt que Merryn écoute à ma place. Maxence tente de la séduire avec aussi peu de discrétion qu’un chien essayant de se taper une borne d’incendie. Mais Merryn est parfaitement hermétique. Je crois bon de devoir le remettre à sa place à plusieurs reprises. Je ne voudrais pas que Merryn me flanque un procès pour harcèlement sexuel. Cette soirée n’en vaut pas la peine.
 
Quelques danseuses circulent entre les tables, jouant avec les voiles noirs qui sont étendus dans la pièce. Je suis des yeux une magnifique rouquine, admirant la courbe de ses fesses, par-dessus mon verre avant de le reposer sur la table. Quelques images vagabondent dans ma tête, dans lesquelles je finirais de lui retirer les quelques vêtements qu’elle porte, mais pour une raison étrange, le visage de Merryn se greffe sur ses traits. Sûrement parce qu’elle est excitante, qu’elle dégage ce quelque chose en plus, que peu de femmes possèdent, cette espèce d’électron libre qui explose dans la chaleur et le secret des draps.
 
Lester m’interpelle au sujet d’un prochain voyage à New York, m’arrachant avec amusement à la contemplation de la rousse. En me retournant, mon regard croise celui de Merryn. Elle fronce les sourcils et ses iris de jade ont l’air troublés. Je l’observe en répondant mécaniquement à Lester, puis je plante ma canine dans ma lèvre inférieure et m’incline vers elle :
 
– Merryn, vous êtes fâchée ?
– Vous vous en souciez ?
 
Je hausse les épaules.
 
– Je ne me soucie pas que vous soyez fâchée, seulement des raisons qui vous conduisent à cette saute d’humeur désagréable.
– Vous êtes incroyablement cavalier.
– En quoi ? Vous êtes là pour travailler.
– Vous aussi non ?
– Chacun ses méthodes de travail. Divertir nos invités fait partie intégrante de mes fonctions.
– Votre vie doit être si pénible !
 
Je lâche un sourire acéré.
 
– Ma vie est telle que je veux qu’elle soit.
 
Si seulement ça pouvait être vrai…
 
– Ça vous dérange que je regarde les jolies choses qui se dressent sous mes yeux ?
– Les gens sont-ils tous des choses pour vous ? me demande-t-elle en m’assénant une œillade furibonde.
 
Sa cuisse frotte contre la mienne et retrousse légèrement sa robe, mais elle n’a pas l’air de s’en être aperçue.
 
– Uniquement ceux qui ont une utilité. Les autres ne représentent rien.
– Oh, je dois donc m’estimer chanceuse de faire partie de la première catégorie.
 
Je lui affiche un sourire obséquieux à dessein.
 
– En effet, vous avez eu une excellente utilité.
 
Ses doigts se referment sur le bord de la table. Son regard se transforme en harpon et je manque d’éclater de rire sous sa mine irritée, mais elle se force à décrisper la mâchoire et lâche à son tour avec un sourire dédaigneux :
 
– Je me demande si VOUS, vous avez une quelconque utilité.
– J’ai pourtant cru comprendre que je vous avais été très utile, je rétorque avec un petit rictus en coin. Vous ne nierez pas, Merryn ?
 
Comment pourrait-elle nier avoir joui quatre fois en moins de trois ou quatre heures, avec une fougue et une violence à peine égalées dans mon palmarès ? C’est un bon ratio. J’en suis plutôt fier.
 
Elle pique un fard et se détourne de moi pour écouter une conversation houleuse entre Maxence et Steven. Lester mate farouchement l’une des danseuses qui exécute un pas de danse sur la table près de lui, se dévissant la tête pour reluquer ses fesses.
 
À la fin du repas, je suis presque ivre. Je sollicite un taxi auprès d’une hôtesse, ce que j’aurais dû prévoir en acceptant de dîner avec Lester et consorts. Merryn a les joues roses, mais sa coiffure et son port demeurent toujours aussi professionnels et impeccables.
 
Une fois dans le véhicule, le coude calé contre la portière, elle regarde défiler le paysage en silence.
 
– J’espère que votre soirée n’a pas été totalement gâchée, déclaré-je en tirant sur la manche de ma veste.
– Je n’ai pas à juger des goûts des investisseurs de Bella en matière de gastronomie, encore moins ceux de mon patron.
– Ce genre de restaurant ne s’inclut pas particulièrement dans mes goûts.
 
Elle tourne la tête et m’observe au travers de ses longs cils sombres.
 
– Vous aviez pourtant l’air d’apprécier les danseuses.
– Je ne suis pas aveugle. Seriez-vous jalouse ?
– Des danseuses ? Je vous en prie, restez sérieux.
 
Le coude le long de la vitre, le menton calé sur le dos de ma main, je la sonde d’un regard insistant, puis lance avec désinvolture :
 
– Auriez-vous aimé être à leur place ?
 
Un éclair passe dans ses yeux clairs.
 
– Je ne comprends pas le sens de votre question ni son intérêt.
– Simple…
 
Je me penche légèrement dans sa direction jusqu’à humer la suavité de son parfum.
 
– Seriez-vous excitée à l’idée d’ôter vos vêtements un à un devant des hommes qui banderaient pour vous ?
 
Elle me toise, mais je sens tout son corps trembler contre le mien. Elle tente de reculer sur les sièges, mais le taxi n’est pas assez grand pour lui éviter mon petit air satisfait.
 
– Quant à son intérêt, j’ajoute avec suffisance, c’est toujours un plaisir de vous voir vous débattre avec le désir que je crée en vous.
– Vous êtes odieux et vous vous faites des films !
– Je n’en doute pas un instant. Pourquoi vous mentir à vous-même ? Vous savez que de toute façon, je ne vous toucherai pas. Vous ne risquez donc rien venant de ma part, à moins, bien sûr, que cela soit justement ce qui vous dérange ?
 
Son visage s’empourpre de colère.
 
– J’ai plus envie de vous cogner, Monsieur Mordret, que de vous embrasser. J’espère vraiment qu’il existe sur cette Terre quelqu’un qui sera susceptible de massacrer votre cœur de pierre.
– Vous m’avez déjà menacé de la sorte. Vous savez bien qu’il est peu probable que ce jour advienne. Ce genre d’émotions m’est parfaitement égal.
– Vous n’êtes pas un homme.
– Vous n’avez pas toujours prétendu une telle chose.
 
La voiture s’arrête à brûle-pourpoint le long du trottoir jouxtant son appartement. Je suis certainement allé trop loin. Merryn a l’air de vouloir sortir ses griffes pour m’en lacérer le visage tant elle est furieuse. Elle s’extirpe de la voiture en vociférant différents noms d’oiseau, mais avant qu’elle ne s’enfuie vers son immeuble, je lui lance :
 
– Venez dans mon bureau demain pour débriefer.
 
Elle peste de plus belle et claque la portière de la voiture qui tremble d’un bout à l’autre. Pendant une brève seconde, elle a l’air d’éprouver le vif désir de m’adresser un doigt d’honneur à travers la vitre. Finalement, se rappelant sûrement que je reste son patron, elle finit par tourner les talons sans cesser de marmonner. Je souris en la regardant s’éloigner vers la porte de son immeuble, puis je donne mon adresse au chauffeur.
 
En arrivant au manoir Mordret, je suis envahi par un sentiment déplaisant. Chaque fois que je contemple sa silhouette qui se peint au bout de l’allée, j’ai l’impression d’entrer dans un gouffre ou une toile d’araignée. Un endroit dans lequel j’ai cependant ma place. Je ne suis pas différent des autres membres de ma famille. Je suis une partie intégrante de ses ombres.
 
Je paie le chauffeur et grimpe la volée de marches conduisant au vestibule. Je pourrais rentrer dormir dans mon appartement en ville, mais je n’arrive pas à m’éloigner de ces foutues portes. Quelque chose m’y ramène à chaque fois. J’ai essayé de prendre de la distance. De longs mois que j’essaie, et chaque fois que je pense y parvenir, je reviens ici, grimpe ces marches et tente bêtement de la croiser dans un couloir.
 
Une fois dans le vestibule, je tire sur ma cravate pour défaire le nœud, martèle de mes chaussures le marbre en damier, puis grimpe l’escalier conduisant aux chambres. Vu l’heure tardive, tout le monde doit dormir, mais en remontant le couloir, je constate que je me trompe lourdement.
 
Depuis la chambre de mon frère, je surprends quelques bruits distincts, des gémissements, un souffle rauque, puis des cris plus forts. Je ralentis le pas sur la moquette, presque malgré moi. Mon cœur se met à tambouriner bien trop brutalement dans ma cage thoracique et j’en déduis que je ne suis pas assez ivre. Je l’ai déjà surprise en train de baiser avec mon frère dans la bibliothèque, et la vision de son corps soumis, lacéré, pris dans les délires de Ciaràn envahit mon cerveau, annihilant toutes les mailles de ma cuirasse. Une gamine, une putain de gamine idiote et écervelée, s’est insinuée sous chaque écaille de ma carapace. Comme si je pouvais laisser une telle chose se produire ?
 
Je reste cinq bonnes minutes planté devant la porte de la chambre de mon frère et j’écoute le son qu’elle émet en jouissant.
 
Je me mords si fort l’intérieur de la bouche que j’éprouve le goût du sang.
 
C’est ça, ma géhenne. J’ai fini par me convaincre que j’étais amoureux de la copine de mon frère.

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