Hope
110 pages
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Hope , livre ebook

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Description

Hope, une jeune mère célibataire, cumule deux emplois afin de subvenir aux besoins de sa famille. Malgré cet aléa, la jeune femme mène une vie tranquille jusqu’au jour où des évènements inattendus viennent perturber son quotidien.


Qui est le mystérieux inconnu qui lui fait livrer de somptueux cadeaux ? Et surtout, qui se cache derrière la photo angoissante qu'elle reçoit, d’elle et de sa fille ?


Entre intrigue, humour et romance... L’amour finira-t-il par trouver son chemin dans la vie de Hope ?

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 46
EAN13 9791096960255
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0019€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Mélanie Baranger
©Mélanie BarangeretLivresque éditions pour la présente édition – 2018 ©Thibault Benett, pour la couverture ©Mélodie Bevilacqua-Dubuis, pour la correction ©Jonathan Laroppe, Suivi éditorial & Mise en page ISBN : 979-10-96960-033 Tous droits réservés pour tous pays Conformément au Code de la Propriété Intellectuelle, il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement le présent ouvrage, et ce, par quelque moyen que ce soit, sans l’autorisation préalable de l’éditeur et de l’auteur.
CHAPITRE 1 Ce n’est pas le temps qui manque, c’est nous qui lui manquons. Paul Claudel
Debout, le dos bien droit, les yeux rougis par le froid et les larmes, je regarde ce parterre de béton sur 1 lequel ressort le rouge de la rose que je viens de déposer. Le carré des indigents dans le cimetière communal est neutre, sans fioriture. Les sépultures individuelles sont recouvertes d’une dalle et aucune indication ne précise qui gît sous ce lopin de terre. Moi, je sais. Je me souviens. Je ne pourrai jamais oublier cet homme qui m’a aidée, soutenue, lorsque j’étais au plus bas. Tout le monde l’appelait Le p’ti Charles, mais son vrai prénom, était Charlie. Je frotte vigoureusement mes bras et laisse échapper un nuage de fumée. Les températures, bien que plus chaudes que l’année passée, restent froides. En novembre dernier, le froid était polaire et le matin les flaques d’eau et les pare-brise étaient gelés… Charlie n’a pas tenu le coup. J’enrage à l’idée de ne pas avoir pu faire davantage pour ce grand Monsieur, mort dans l’ignorance, mais comment aurais-je pu l’aider alors que moi-même je ne sors pas encore la tête de l’eau ? «Le bonheur, c’est toi qui le crées, tu as toutes les clés en main ! N’abandonne jamais. » Il n’avait de cesse de m’encourager, de croire en moi. C’est grâce à lui si j’en suis là aujourd’hui. — Ma petite Hope, tu es tellement adorable. C’est lui qui ma renommée ainsi, ce surnom, il l’avait choisi pour moi, au vu de mon histoire. Il disait sans cesse que j’étais sa touche d’espoir dans ce monde si noir… — Ton sourire me réchauffe bien plus que ce chocolat, mais je l’accepte tout de même ! Je souris et m’installe à ses côtés en buvant mon cacao. Je me brûle la langue et plisse les yeux afin d’effacer la douleur. Les passants nous observent, certains nous jettent un regard triste, d’autres passent leur chemin. Quelques habitués déposent une pièce et nous saluent. Le p’ti Charles ne demande jamais rien, il sourit, file un coup de main aux personnes d’un certain âge et offre des grimaces aux enfants. — Tu devrais y aller, Hope. Je hoche la tête et dépose un baiser sur sa joue ridée. Je laisse à côté de lui une baguette de pain et une viennoiserie pour le repas de ce midi. Je n’aurai pas le temps de passer le voir. Tu vas me manquer, murmuré-je pour moi-même. Lors de l’inhumation, j’ai observé de loin la « cérémonie ». La réalisation d’un trou, la boîte, très simple, qui s’enfonçait à l’intérieur, la terre que l’on replace, la dalle que l’on scelle… J’ai attendu que les hommes de la ville s’éloignent et, emmitouflée dans ma veste, j’ai repéré l’endroit. Aujourd’hui, un an après sa disparition, j’ai besoin d’être ici, de me recueillir auprès de cet homme que je considère comme un père. Encore quelques secondes dans le froid austère et il me faudra m’en aller. Je ferme les yeux et laisse échapper une larme qui glisse le long de ma joue et s’éteint dans mon écharpe. Il est l’heure. ~ ~ ~ Je jette un œil sur la façade du « Comptoir des petits Champs » et esquisse un maigre sourire. Les clients semblent déjà s’être donné rendez-vous pour un petit-déjeuner sous les chauffages extérieurs. Je salue les quelques habitués et entre dans le lieu le sourire aux lèvres, mon masque est en place. Je m’observe un instant dans le miroir qui recouvre le fond du bar. Les cheveux relevés dans un chignon mal fait, des yeux légèrement rougis par les larmes versées, le teint délicatement hâlé, la chevelure auburn et bouclée, dont l’absence de reflet prouve mon total abandon de soins capillaire, un nez droit et fin et un grain
de beauté du côté droit de la bouche. Je pourrais être jolie, mais aujourd’hui, je ne suis plus que l’ombre de l’adolescente que j’aie été. Ha, Hope, te voilà. Prête ? Bien sûr, chef ! Thomas, mon patron, est adorable. C’est grâce à lui que j’ai pu remettre le pied à l’étrier. Il m’a donné ma chance, alors que je n’étais rien. Il a cru en moi, comme Charlie. Je file dans le vestiaire enfiler mon tee-shirt à l’effigie de la maison. — Bonjour, c’est pour quoi ? — Je… J’ai entendu dire que… vous cherchiez une serveuse ? — Oui, c’est vrai. Tu as un CV ? Une lettre de motivation ? — Non… Je… — Tu as fait tes études où ? Je baisse la tête, honteuse. Je respire et repense à Charlie. « C’est toi qui décides de ce que tu fais de ta vie ! Tu es une fille intelligente ! Ne te laisse pas abattre.» Je redresse le menton et déclare : — Je n’ai pas de diplôme, mais je souhaite vraiment apprendre. Je vous promets de ne pas vous décevoir. Je le vois soupirer et secouer la tête. Il plonge son regard dans le mien et j’ai soudain une folle envie de prendre mes jambes à mon cou. — Où puis-je te joindre ? J’hésite, me pince les lèvres et lui explique qu’il peut me trouver près de la bouche de métro «Pyramide». — Je parlais d’un numéro de téléphone, pas de ton adresse. — Je n’en ai pas… — Ha. — Ton adresse alors. — La bouche de métro, annoncé-je, les yeux légèrement plissés, le regard plein de défi. Le restaurant est un endroit cosy, un lieu où, dans mon ancienne vie, je n’aurais jamais mis les pieds, soyons sérieux ! L’endroit reçoit des personnes d’un certain standing, sans non plus refuser des clients moins aisés. Le lieu est chic et contemporain, possédant à la fois un décor rétro et classe. Hé, Hope, ça va ? Stéphanie, ma collègue qui est devenue une bonne amie, frétille devant moi tel un poisson hors de l’eau. Je l’embrasse et achève la préparation des tables avant de me diriger derrière le bar pour remplir les sucriers. Alors, comment tu vas ? me demande ma collègue. Bien et toi ? Je crois que je suis amoureuse ! Mes lèvres s’étirent et je lui lance un regard : « vas-y, raconte ! ». N’attendant que mon feu vert, elle se lance dans la description physique de son footballeur amateur. Son charme n’est pas négligeable et ses compétences seront certainement bientôt reconnues par les grands clubs. Stéphanie est une rêveuse, elle n’a jamais eu le moindre souci dans sa vie et croit toujours au prince charmant. Et tu penses que c’est le bon ? Depuis que je la connais, soit depuis quatre ans, elle m’a confié être folle d’amour au moins trente-deux fois. À chaque fois, elle se plonge à corps perdu dans une relation qui, au final, n’aboutit pas à grand-chose. J’essaye de lui ouvrir les yeux, mais son petit cœur tendre ne souhaite pas entendre la réalité. Ouiii ! Je suis tellement heureuse ! Steph, ça ne fait que trois jours. Elle hausse les épaules et me lance un « rabat-joie » alors qu’elle se tourne pour accueillir les premiers clients. ~ ~ ~ Deux coupes de champagne pour la douze, lancé-je après une demi-heure de service. C’est la course, les tables sont pleines et nous avons déjà dû renvoyer quelques touristes. Ici, les places sont souvent réservées très tôt : entretiens entre grosses entreprises, rendez-vous galants, repas de famille… nous accueillons des populations diverses, mais au porte-monnaie quand même bien garni. D’ailleurs, les pourboires sont souvent généreux et les habitués sont très sympas. Hope, tu peux t’occuper de la quatre, je dois absolument… Un coup d’œil aux toilettes et je souris. J’acquiesce et me dirige vers la table. Trois hommes sont en train de discuter. Je me place devant leur table et patiente jusqu’à ce qu’ils tournent la tête vers moi. Messieurs bonjour, vous avez choisi ? Trois menus : entrée et plat. Très bien, je vous écoute. Trois carpaccios de bœuf. Très bien, dis-je en notant sur mon calepin. Et pour le plat ? Pour moi, une côte de veau, annonce l’homme de type asiatique en me dévisageant des pieds à la tête. J’espère qu’il ne pense pas que je suis un veau… je ressemble déjà à une vache !
Je lève les yeux au ciel et patiente que les autres m’annoncent leur choix. Hmm, je vais plutôt prendre un onglet de bœuf pour ma part, déclare un brun plutôt menu. Il remonte ses lunettes sur son nez et je plonge mon regard sur le dernier. Grand, blond, d’allure athlétique, il semble être le meneur de ce trio. Je vais plutôt opter pour le saumon. Vous avez raison, il est délicieux. Pas autant que vous, déclare-t-il en m’offrant un sourire éblouissant. Bah voyons ! Voulez-vous autre chose pour patienter ? Leurs verres étant vides, je me dois de leur proposer, cependant je me rends compte que ma phrase peut être à double tranchant. Je me mords la bouche et m’injurie mentalement. Idiote ! Je vois les lèvres du beau blond s’étirer, puis finalement, il soulève son verre et déclare très simplement : J’accepte volontiers que vous nous resserviez votre excellent champagne. Bien, Messieurs. Je place mon calepin dans la poche de mon jean et attrape le liteau pour essuyer la bouteille qui est restée dans le pot rempli de glaçon. J’essuie le contour avec professionnalisme et respire lentement avant d’effectuer avec maîtrise le service de leur boisson. Merci, Mademoiselle. Je me dirige vers les cuisines pour donner les ordres aux chefs. J’aime l’ambiance qui règne près de ce lieu, la chaleur, l’habilité des couteaux, le professionnalisme. ~ ~ ~ Alors, ce service ? me demande Steph en ôtant ses escarpins. Épuisant. Tu as vu comme ils te regardaient les mecs de la quatre ? Hm. Ne me dis pas qu’ils te laissent indifférente ? s’exclame-t-elle, outrée. Je n’aime pas trop le genre grosse fortune, je fais ce que je veux des femmes ! Ho, tu es une vraie sainte-nitouche ! Je hausse les épaules et repasse mon tee-shirt défraîchi, puis mon lainage beaucoup trop large pour moi. Je dois y aller ! À plus. Le sac sur l’épaule, je me dépêche de filer. Un dernier coucou à Thomas et je cours en direction de la rue de l’Arbre Sec. Je n’ai jamais été en retard, mais aujourd’hui, j’ai fini un peu plus tard, car le service s’éternisait. Je sens mon cœur battre à cent à l’heure. Enfin, arrivée près de l’établissement, je ralentis le pas et souffle. Les portes sont toujours fermées. Je salue quelques mamans d’un signe de tête et patiente, le sourire aux lèvres. — Hope, tu ne peux pas rester comme ça. Dehors, c’est la jungle… — Je ne sais pas où aller, déclaré-je en m’installant aux côtés de Charlie. — Il faut que tu ailles voir un travailleur social ! Je vais t’y emmener demain. — Mais tu vas perdre ton temps avec moi et tu n’auras pas d’argent pour manger… — On s’en fout, Hope ! C’est ça qui est important, annonce-t-il en pointant mon ventre du doigt. Cette petite chose qui bouge dans ton ventre ! Lilas ! déclaré-je en souriant alors que j’aperçois sa frimousse entre les autres élèves. Bonjour, maman. Bonjour, ma princesse, ça a été ta journée ? On a appris beaucoup de choses, tu sais ! J’ai lu devant toute la classe ! Tu n’as pas eu peur ? Un peu, mais tu sais maman ? J’aime bien lire. On te trouvera des livres alors, ma chérie. Je la serre contre moi et nous avançons en direction du métro. Quelques stations plus tard, nous arrivons dans le onzième arrondissement, devant un immeuble plutôt ancien. Notre chez-nous. Ce petit studio, où nous vivons toutes les deux, est inscrit dans un programme du centre mère-enfant dont je fais partie. Ce dernier a commencé à m’accompagner cinq mois avant la naissance de ma fille, soit depuis six ans, afin de m’aider à me construire et à trouver un logement. Sur Paris, l’accessibilité à un appartement social est compliquée. Ce n’est pas tant mes revenus qui sont en cause, puisqu’avec mes deux emplois à mi-temps, je touche un peu plus que le salaire minimum, simplement les délais sont très longs. Dans le parc privé, l’absence de père et de caution joue en ma défaveur. Même si, théoriquement, je pourrais bénéficier d’une aide financière pour m’installer et payer la somme demandée, certains propriétaires n’osent pas trop, effrayés à l’idée de finir avec un mauvais payeur. C’est pourquoi le centre maternel dont je dépends sous-loue des logements, en accord avec Paris Habitat. Maman, tu m’aides ? demande Lilas en me tendant son cahier. Bien sûr, mon poussin. Nous nous installons autour de la petite table pliante, une fois que j’ai déployé les chaises à leur tour. Le salon est la plus grande pièce du logement. Lilas et moi dormons dans le clic-clac que je déplie chaque jour.
Une grande armoire sert à ranger toutes nos affaires et il y a la table et les chaises. Dans une petite pièce, qui ressemble davantage à un couloir, se trouve la cuisine, munie d’un petit réfrigérateur, de deux plaques chauffantes et d’un grand placard. Puis un peu plus loin, la salle de bains, composée d’une douche, d’un lavabo et d’un WC. La lessive se fait dans le service d’accompagnement où je paye deux euros par machine, ce qui n’est pas très excessif quand on sait combien coûte un baril de produit lavant. Je passe la main dans les cheveux de ma fille et lui embrasse le sommet du crâne avant de me placer à ses côtés pour ses devoirs. — Vous comprenez l’organisation du service ? — Oui. — Êtes-vous prête à vous plier au règlement ?Àparticiper aux différentes activités ? — Bien sûr. — Très bien, visitons votre future chambre, alors. Elle m’emmèneà travers différents couloirs et me tend une clé. Numéro vingt-trois. — Allez-y, ouvrez. J’avale ma salive et insère le pass avant de pousser la porte. L’endroit est tout petit, un lit, un berceau, une petite armoire comme celle présente dans les internats, une petite table munie d’un micro-ondes.À côté de l’entrée, une porte qui donne sur une salle de douche, un toilette, une table à langer et un second placard. — Ça vous convient ? — C’est parfait ! Avais-je besoin de plus ? Non. Ce premier entretien avait été très impressionnant. Une fois que Charlie m’eut emmenée rencontrer le travailleur social de secteur, qu’il connaissait bien, celui-ci m’avait dirigée vers un centre maternel. Je n’étais âgée que de dix-sept ans lors de ma grossesse et ma mère n’avait pas pu supporter l’idée que je garde l’enfant. Pour elle, c’était une hérésie et je n’étais pas digne d’être sa fille ! — Tu n’es qu’une putain ! Ma parole, ne pouvais-tu pas attendre de quitter mon toit pour forniquer à tout va ? — Maman, je… — Non ! Je ne suis plus ta mère ! Sors de ma maison ! Sors de ma vie ! Tu es ignoble ! Ma mère, fidèle pratiquante, était persuadée que Dieu l’avait envoyée pour aider son prochain. Elle se rendait à l’église tous les dimanches, priait deux fois par jour, brûlait des cierges pour tout et n’importe quoi et tenait des groupes de discussions avec des femmes de bonne famille. Des personnes pratiquant, elles aussi, une religion intensive qui était contre l’avortement, contre les relations avant le mariage, contre le travail des femmes, contre les relations entre même sexe, contre, contre, contre… Bref ! Quand j’y repense, je me demande bien comment elle a pu mettre une fille telle que moi au monde. Peut-être que mon père était un homme ouvert d’esprit ? Je ne peux pas le dire, je ne le connais pas. C’est très bien ma chérie. Je te laisse réviser ta poésie ? Je vais préparer à manger.
CHAPITRE2 Ce n’est pas le succès qui donne la grandeur, elle s’affirme bien plus nettement au contraire, si elle existe vraiment, dans l’échec. Pierre Riverdy
Dans ma cuisine, je prépare des pâtes à la carbonara. Je souris à l’idée du chemin parcouru. Qui aurait pu penser que j’en serais là aujourd’hui ? Certainement pas ma mère. Pour en revenir à la femme qui m’a mise au monde et élevée, elle avait toujours une opinion de tout et de tout le monde. Le jour où je lui ai annoncé que j’étais enceinte, j’avais entamé mon deuxième mois de grossesse. Je ne m’étais pas rendu compte tout de suite de l’absence de saignements, car j’étais bien trop anéantie par l’abandon de Steven… le père de Lilas. Après huit mois de relation, j’avais enfin décidé de sauter le pas… joyeuse déception. En plus d’avoir mal, il n’avait plus donné signe de vie dès le lendemain. Au lycée, il m’ignorait royalement et ses potes m’insultaient lorsque je passais près deux. Ce furent les mois les plus longs de ma vie. — Qu’ai-je fait à Dieu pour mériter ça ? Seigneur ! Je vais t’envoyer au couvent ! Non, mieux que ça! Tu vas perdre le bébé ! Oui. Je serre mes mains contre mon ventre qui n’a pas encore la moindre forme. Les yeux de ma mère sont exorbités et elle m’effraye. Comment peut-elle prononcer des mots aussi cruels ? — Sophie Mathilde Lucie Mylard, je te préviens tout de suite ! Il en est hors de question, tu m’entends ? Hors de question que ma fille donne naissance à un enfant alors qu’elle n’est pas mariée ! Je tremble, de rage, de peur, de désespoir. Ma mère est folle à lier ! Prête à mettre ses « valeurs», comme elle les appelle, de côté, pour me présenter comme une fille de bonne famille. Je secoue la tête et chasse ces images de ma tête. Aujourd’hui, tout ça, c’est fini. J’ai fui et j’ai bien fait. J’ai certainement traversé beaucoup d’épreuves, mais à présent, tout cela me rend plus forte. Trésor ? Oui, maman ? Je vais voir si Madame Rossignol peut te garder jusqu’à mon retour. Tu travailles ce soir ? Oui, mon ange. ~ ~ ~ Rassurée de savoir que ma voisine garde ma princesse, je me rends au club Le Magnifique, un endroit très coté, ultrachic et qui accueille uniquement la jeunesse huppée de Paris et des environs. Le public après vingt-deux heures est généralement plus âgé, environ trente-cinq ans, mais on retrouve parfois des midinettes qui cherchent à fréquenter les portefeuilles les plus intéressants du coin. Le Magnifique est un grand appartement entre le néobaroque avec ces boiseries et son art design et le porno chic, présenté sous la forme de canapés en cuir et de fourrures placées à des endroits stratégiques. Le lieu idéal pour boire une petite coupe entre amis de la haute ou un cocktail pour une soirée filles. — Bonsoir, Hope. — Salut, Jeff. Y’a du monde ? — Ouais, tu vas avoir du taffe. — Comme d’hab ! dis-je en souriant. Jeff lève le cordon rouge V.I.P. et me laisse entrer. Les gens râlent, mais ils oublient que moi, je viens pour bosser. C’est moi qu’ils retrouveront derrière le bar en train de préparer flûtes de champagne ou
cocktails maison. Je me dirige vers la petite salle du personnel et y pose mon sac et ma veste. J’enfile ma jupe par-dessus mon jean et enlève mon pantalon. Ici, c’est tenu obligatoire, il faut donner envie à la gent masculine de consommer. Débardeur noir, mais décolleté plongeant, jupe en cuir et bottes montantes, je m’observe un instant dans le miroir de pied et soupire. Mon corps n’a rien à voir avec celui des filles qui fréquentent le club ni avec les autres serveuses, et pourtant, je suis là ! Un petit quarante-quatre, une poitrine opulente - mais naturelle - et des hanches rondes, cela aurait pu faire défaut et pourtant… Mon ventre plat - malgré ma grossesse -, ma taille marquée, mon décolleté, ma petite taille jonchée sur des talons de quinze centimètres font de moi une femme, malgré mes vingt-trois ans. Contre toute attente, mes premières soirées d’essai m’ont rapporté bien plus en pourboires que mes collègues ! C’est sans doute pour ça que Walid ne m’a pas virée, je suis un bon gagne-pain ! Je replace mes mèches rebelles, dessine un trait d’eye-liner sur mes paupières et glisse le bâton de rouge sur mes lèvres : je suis prête pour affronter mon service. L’ambiance est assez guindée, la musique tourne à fond et déjà, des personnes dansent sur la piste. Je souris en reconnaissant certains visages. — Salut, Hope. — Bonsoir, Mathieu. Qu’est-ce que je vous sers ? — Comme d’hab, ma belle. Quand te décideras-tu à me tutoyer ? — Lorsque je vous croiserai en dehors de mon lieu de travail, peut-être. Il me sourit et tapote ses doigts sur le comptoir. Je lui tends son verre et il s’éloigne après m’avoir fait un clin d’œil. — Ma chérie, tu es ma-gni-fi-que ! — Merci, Nico, toi aussi, tu es superbe. Alors ? — Deux cocktails explosifs et une bouteille de champagne, s’il te plaît, ma belle ! — Tu commences fort ! m’exclamé-je en me tournant pour attraper les verres. — Qu’est-ce que tu veux, mon loyer avec vue sur la femme de ma vie ne va pas se payer tout seul ! Je ris et lui tends la bouteille dans un seau avant de le voir s’éloigner. Je prépare les cocktails et réceptionne deux autres commandes, que je réalise rapidement. La soirée me semble interminable et je n’ai qu’une envie : être auprès de ma fille. Malheureusement, il reste encore de nombreux clients et ces derniers ne semblent pas vouloir quitter le club avant la fermeture. Les cris, les bruits de vomissures, l’odeur nauséabonde. Je resserre la couverture au-dessus de ma tête et me colle contre le dos du P’ti Charles qui fait office de barrière. Mon sweat-shirt est relevé sur mes cheveux, je suis emmitouflée dans plusieurs couches de vêtements, le froid de la nuit se réinstalle progressivement. — Bouuuuh ! hurle quelqu’un en passant près de nous. Bah, les clodos, ça craint ! Àmort ! — Pourquoi ils envahissent nos rues ? Sales merdes ! — Les gars, ça va oui ? Stop ! — Tu veux les rejoindre ? questionne une voix masculine avant qu’un bruit sourd se fasse entendre juste à côté de nos deux corps. Je sursaute, terrifiée, mais Charlie se redresse. Il est impressionnant avec son mètre quatre-vingt et sa carrure d’ancien boxeur. Assis, pourtant, il ne semble pas leur faire peur. — Un problème, petit ? demande-t-il au garçon qui a été poussé dans notre direction. J’ouvre un œil et écoute avec attention les échanges qui vont se produire. P’ti Charles m’a toujours dit « S’il y a bagarre, tu fuis !». Malgré le taux d’alcool dans leur sang, les jeunes ne cherchent pas les ennuis, celui qui est à terre se relève et s’éloigne en titubant. — Rendors-toi, Hope. Demain est un autre jour. — Hého, Hope, tu rêves ? — Pardon, tu disais ? — Que les mecs là-bas n’arrêtent pas de te mater ! — Ha, oui, super. — Hé bah, cache ta joie surtout ! Je connais ce regard, celui qui rêve d’en savoir plus. Est-ce que je les connais ? Est-ce que j’ai couché avec l’un d’entre eux ? Est-ce que l’un de ces beaux gosses est célibataire et gay ? Excusez-moi, lorsque vous aurez fini de parler, je pourrais avoir ma bouteille d’eau plate ? La bouche pincée, la belle blonde secoue la tête, faisant voler autour d’elle, telle une auréole, son brushing. Ses ongles, minutieusement manucurés, se mettent à frapper le bar en zinc en une cadence agaçante. Je relève la tête, souris, respire lentement pour résister à la tentation de lui lancer le contenant à la figure et plonge sous le comptoir pour en sortir ce que demande Madame. Et voilà, Madame. Mademoiselle ! Pff, prononce-t-elle en lançant ses cheveux en arrière avant de faire demi-tour. Nico ! Qu’est-ce que tu fais accoudé ici ? demande le patron en fronçant les sourcils. J’ai oublié. Je vais… chercher. — Oui, va donc voir ces charmantes demoiselles et leur présenter ton corps de rêve.
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