If You Dare, tome 1
199 pages
Français

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Description

Noah a dix-sept ans lorsqu'il tombe amoureux d'Eirik, un jeune homme terriblement mystérieux aux mille et un secrets.
Une belle et douce histoire d'amour débute entre les deux garçons qui s’acceptent et se découvrent l’un et l’autre.
Tout a l'air de bien fonctionner, malgré des coups bas, des liens familiaux brisés, ainsi que les troubles psychologiques d'Eirik qui semblent se calmer au fur et à mesure grâce au lien puissant qui les unis.
Oui, tout a l'air de marcher entre eux deux...
Jusqu'à ce que Noah découvre la vérité.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 4
EAN13 9782379601095
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0022€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Fiona Olivieri


Tome 1
© Fiona Olivieri et Livresque éditions pour la présente édition – 2020
© Thibault Benett, pour la couverture
© Melodie Bevilacqua-Dubuis , pour la correction
© Thibault Beneytou , pour la mise en page & le suivi éditorial

ISBN : 978-2-37960-109-5

Tous droits réservés pour tous pays
Conformément au Code de la Propriété Intellectuelle, il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement le présent ouvrage, et ce, par quelque moyen que ce soit, sans l’autorisation préalable de l’éditeur et de l’auteur.

PROLOGUE
Eirik
Je bois d’une traite le fond de mon verre et le balance à terre, à peu près comme tout le monde le fait ici. Je ne pense à rien d’autre qu’à sentir Anna se coller davantage contre moi. Elle essaye par tous les moyens de me faire comprendre que la seule chose qui lui ferait plaisir serait que l’on rentre tous les deux. Mais je ne suis pas aussi facile d’accès, même avec ma petite amie. Alors, je continue de danser et tenir ses hanches en embrassant son cou frissonnant.
Lentement, mais sûrement, l’alcool fait son effet. Je me sens léger, bien que ça en devienne presque bizarre pour moi. Je sais que mes médicaments y sont pour quelque chose, mais je préfère me dire que ce n’est pas ça. Que c’est juste à cause de l’alcool de cette soirée étudiante qui coule dans mes veines.
— J’ai envie de toi, me susurre Anna. Maintenant !
Elle se retourne et capture mes lèvres sans prévenir. Elle m’embrasse sauvagement, comme à chaque fois qu’elle boit un peu trop. J’ai déjà pensé à ne plus l’accompagner à ce genre de soirée, mais aujourd’hui, ça se fait dans un kot 1 tenu par quatre amis à elle et je n’avais aucune envie de la laisser y aller seule. Même si je ne connais pas les propriétaires, j’ai réussi à sympathiser avec quelques personnes alors que je ne fais même pas partie du lycée. Et encore moins de l’université.
Je suis surpris de constater que la sensation de légèreté ne me quitte pas, mais j’ai quand même besoin d’un peu d’espace. Je laisse donc Anna danser avec son amie qui tient à peine debout et je me fraye un chemin entre les gens qui se déhanchent, s’embrassent et sont prêts à coucher ensemble au milieu du salon. Je saisis une canette de bière sur la table basse et tombe dans le canapé confortable. Je coince ensuite une cigarette entre mes lèvres et l’allume. Lorsque je relève les yeux, mon cœur rate un battement et un frisson douloureux parcourt l’entièreté de mon corps. C’est comme si tout ce qui me donnait cette sensation de bien-être il y a encore une seconde s’en allait. Je suis pétrifié de voir qu’en face de moi, deux petits iris marron, perdus et fatigués, me regardent intensément. Un peu trop à mon goût d’ailleurs.
Je déglutis et me mords l’intérieur de la joue en essayant de calmer les battements de mon cœur, en vain. Il détourne les yeux, mal à l’aise.
Et c’est là, à cet instant même, que j’ai su que ma vie allait prendre un tout autre tournant. Un tournant tout aussi époustouflant que dangereux.
Chapitre 01
Eirik
Je tire sur ma cigarette et me remplis les poumons de la seule chose qui arrive à me calmer face à un tel désaccord avec mon propre corps. C’est sûrement une énième crise et cette fois-ci, je refuse de passer la nuit à hurler entre mes draps ou frapper dans les murs. Je n’en ai pas la force. Alors je suis dehors, errant sans but sous la bruine glacée de janvier et incapable de penser à autre chose qu’à la soirée d’hier. Je peux encore sentir son regard bouillant d’innocence sur moi. Ses pupilles dilatées à cause de l’alcool… Dans mes souvenirs, elles me fixent intensément et mes pulsions reprennent le dessus. Je suis parti de cette foutue soirée étudiante. Je suis parti et j’ai passé le reste de la nuit avec Anna. Elle le connaît, ce garçon si jeune, aux yeux bruns et à l’air meurtri, un brin timide. Elle le connaît depuis peu et elle n’a jamais pensé à me le présenter, ça me fout en rogne ! Même si maintenant, je le connais.
Calme-toi, Eirik, calme-toi...
Il me regardait. Je me souviens très bien qu’il n’a pas cessé une seconde de me fixer alors que j’embrassais Anna sans me soucier des autres et leurs préjugés. Mais en fouillant comme il faut et assez loin dans ma mémoire, je me rappelle qu’embrasser ma petite amie est devenu un jeu ce soir-là. Un jeu qui consistait à capter l’attention de ce garçon. Et plus j’écrasais mes lèvres sur celles de ma petite amie, plus il me regardait et plus j’aimais ça. J’aimais ça !
Ce n’est peut-être pas une énième crise que je subis ce soir, finalement. Peut-être est-ce le contrecoup de cette soirée trop alcoolisée et remplie de ces adolescents en chaleur dont je ne fais plus partie.
Je soupire et sors mon téléphone portable dans la poche de mon jeans. Il est plus de trois heures du matin, mais je prends, malgré tout, le risque d’appeler Anna sans me soucier du fait qu’elle se lève tôt pour ses cours.
Au bout de trois sonneries, elle décroche enfin de sa voix endormie.
— Eirik, tu as vu l’heure ?
— Est-ce que je devrais te quitter ?
Elle inspire profondément.
— Non, tu devrais aller dormir. Demain tu auras oublié, dit-elle, blasée.
— Tu es amoureuse de moi ?
Elle sourit, je le sais parce que je la connais par cœur. Et le pire, c’est que ça ne me fait rien.
— Bien sûr que oui.
— Comment s’appelle ton ami, celui qui était à la fête hier soir ?
— Lequel ? demande-t-elle, un brin étonnée.
— Le petit châtain avec la casquette rouge dont je n’avais jamais entendu parler avant ça.
Mon cœur bat à tout rompre, la fatigue m’atteint enfin et j’appréhende sa réponse.
— Noah, pourquoi ?
Sans pouvoir me contrôler, je souris. Savoir son prénom me fait un bien fou, comme si je le connaissais déjà, mais qu’il ne manquait que ça ; l’entendre. C’est comme un « remède ». Je ferme les yeux et me mords la lèvre plusieurs secondes.
— Je vais dormir.
Je ne lui laisse pas le temps de répondre que je raccroche et éteins mon portable. Je tire une dernière fois sur le mégot de ma cigarette et la jette. Maintenant, je peux faire demi-tour et rentrer chez moi. J’ai besoin de dormir pour m’assurer qu’il fait également partie de mes rêves, mais pas que.
Noah... son prénom pourrait avoir le même effet sur moi que celui de Lolita sur Humbert, dans le roman de Nabokov.
Noah, feux de mes reins...
Impossible d’oublier à quel point des yeux à la couleur si insignifiante ont réussi à me rendre vulnérable en quoi, quelques secondes, à peine.
Calme-toi, Eirik, calme-toi...
* * *
— Où étais-tu cette nuit, mon chéri ?
Je bois mon jus d’orange d’une traite. Ma mère, si belle en cette matinée glaciale, me regarde timidement. Je sais qu’elle me supplie de lui dire que tout va bien, de lui assurer que je vais bien et qu’elle n’a rien à craindre. Je veux la préserver, alors je lui rends son sourire.
— J’avais besoin d’air, chuchoté-je. Ne le dis pas à papa.
— Il dormait comme une marmotte. Il n’a rien entendu.
J’acquiesce, rassuré.
— Je vais au boulot.
Ma mère m’offre un petit rictus. Je me lève et passe une main dans ses cheveux bouclés et blonds, presque blancs. Nous avons le même visage, les mêmes yeux bleus éveillés, la même bouche en forme de cœur et la peau si blanche que l’on pourrait nous confondre avec des vampires. La seule chose qui nous différencie, c’est la coupe de cheveux. Je suis plus foncé au niveau de la couleur et ils sont toujours en arrière avec une pointe de cire, même s’ils finissent par se faire la malle en fin de journée.
— Tu veux que l’on mange ensemble ce midi ? demande-t-elle.
— Oui. Je dirai à Anna qu’on se verra plus tard.
— Oh, si tu as déjà quelque chose de…
— Non, on mange ensemble.
Je lui adresse un clin d’œil, embrasse sa joue et sors de la cuisine.
Dehors, le ciel est dégagé et malgré le froid de janvier qui frappe mes joues déjà rougies, être à l’extérieur me fait un bien fou. Je prends quelques secondes pour fermer les yeux et me dire que si j’étais un jeune adulte normal, je profiterais un maximum. Mais je ne suis pas normal, et en plus de ça, je ne suis même pas encore un adulte.
Je sors les clés de ma voiture, une Golf Volkswagen d’occasion que j’ai pu payer grâce à mes petits jobs par-ci par-là. J’ai terminé l’école il y a peu de temps, alors je cherche encore un emploi stable. Elle n’est pas toute neuve, mais elle roule très bien et je suis attaché à elle. C’est idiot, ce n’est qu’une voiture, mais j’ai toujours l’impression qu’elle a un cœur sous le moteur.
Je sais que ça va être une bonne journée lorsque la voix rauque et apaisante de Bryan Adams retentit dans l’habitacle. Il est le seul chanteur capable de me calmer. Je fais marche arrière et remonte ensuite la rue afin de quitter le quartier. Tous les week-ends, je travaille dans une boulangerie au centre de Seattle. Ce sont des gens très sympathiques qui l’ont reprise il y a quelques années, une mère et ses deux fils, des Afro-Américains. Depuis une grosse altercation avec mon père, j’ai appris à vivre sans argent de sa part. Même si, de temps en temps, ma mère me glisse un billet ou deux pendant qu’il regarde la télévision.
C’est vraiment horrible de rouler un samedi matin en plein centre-ville, mais j’arrive à l’heure à la boulangerie. Comme à chaque fois, un croissant double crème m’attend dans l’arrière-boutique, accompagné d’un chocolat chaud qu’a préparé Mariam , la patronne.
— Mon petit chéri, comment vas-tu ?
C’est une femme ronde et qui a tellement confiance en elle qu’on ne peut que la trouver belle et joviale. Elle passe son temps à chanter et je n’ai pas été surpris d’apprendre qu’elle faisait partie d’une chorale de gospel à l’époque, avant que ses enfants ne prennent la relève.
— Tes fils ne sont pas là ?
— Pas aujourd’hui, les deux sont en week-end avec leurs chéries !
Je souris. Elle passe une main dans mes cheveux en secouant la tête.
— Quand est-ce que tu vas couper tout ça ?
— Jamais ! Ils sont trop beaux !
Elle rigole et vient embrasser ma joue avant d’attacher son tablier.
— C’est toi qui es beau ! Le plus beau blanc de tout le pays. Après Léonardo Dicaprio, évidemment !
— La plus belle des femmes noires ! J’ai le droit de dire ça ?
Je lui adresse un clin d’œil et elle retourne en boutique afin de servir les premiers clients.
J’ai beau être blanc et un peu bizarre, Mariam est une des seules personnes qui me voit tel que je suis. Et lorsqu’elle remarque que je suis un peu plus vaseux ou tout simplement de mauvaise humeur, elle ne m’adresse pas la parole parce qu’elle sait . Et surtout, elle me comprend. C’est bizarre de me dire que j’ai plein de potes autour de moi, mais que la seule personne qui me comprend réellement, c’est cette femme d’une cinquantaine d’années qui ne fait pas du tout partie du même milieu que moi. Je préfère ne pas penser à tout ça. Je suis trop fatigué pour affronter une crise. Alors, je termine mon chocolat chaud et vais aider Mariam, parce qu’en quelques minutes, la file de clients s’est agrandie jusqu’à la porte.
* * *
Le serveur apporte nos plats respectifs. Salade de poisson pour ma mère et quelques frites salées pour moi, rien de plus parce que je n’ai pas faim du tout.
— Comment va Mariam ?
— Super, super...
En fait, je n’ai pas envie de parler du boulot. Je me souviens très bien de ce qu’il s’est passé cette nuit et je suis un peu gêné par la situation qui me pèse et à laquelle on ne peut remédier. Il faut plus de temps pour que mes crises disparaissent, plus de médicaments pour me calmer, plus de médecins autour de moi, moins de solitude, etc. Il faut trop de choses, et malgré tous les efforts fournis, j’ai l’impression que ça empire. J’ai cette mauvaise sensation d’être sous l’eau et de manquer d’air. Et ça, à chaque seconde... Oui, à chaque seconde. Sauf lorsque je revois ces petits yeux bruns qui me fixent, cette bouche fine qui se pince et ce garçon si jeune, qui est incapable de soutenir mon regard sans rougir. Et cette connerie que j’ai fait d’en parler à une personne qui, je le sais, est toxique pour moi.
Mais je ne peux pas m’empêcher de penser à Noah. Et je ne l’ai vu qu’une seule fois.
— Eirik ?
Je retombe sur terre à pieds joints.
— Oui ?
— Tu broies du rose ?
— Non, dis-je en secouant la tête. Non.
— Et Anna ?
— Elle va bien.
— Non, je veux dire... Et Anna ?
Elle penche la tête sur le côté. Elle me demande silencieusement si tout va bien avec Anna parce qu’elle sait que quelque chose cloche, je suppose que ça se voit sur mon visage. Inutile d’inquiéter ma mère pour des banalités pareilles.
— Tout va bien avec elle.
Elle vient prendre ma main par-dessus la table et semble soulagée de savoir que j’arrive à rester proche de quelqu’un pendant de longs mois sans tout gâcher par mon caractère. Elle pense qu’Anna me canalise et qu’elle arrive à me garder calme, ce qui est parfois vrai. Mais elle ne peut pas entrer dans ma tête et changer le cours de mes pensées. C’est dommage, car j’aimerais penser à autre chose qu’à un gamin de dix-sept ans. L’âge de toutes les choses illégales que l’on a envie de faire et qu’on ne peut pas. L’âge du doute, de la jeunesse et de l’envie. L’âge qui lui va si bien.
— Maman, tu as déjà eu quelqu’un d’autre que papa ?
— Comment ça ?
— Eh bien, avant lui, as-tu déjà été amoureuse ?
Timidement, elle sourit, et j’ai l’impression de me voir dans un miroir. On se ressemble , surtout en cet instant.
— J’aimais un garçon au collège.
— Au collège ?— Oui, ça remonte !
Elle plisse les yeux en essayant de se rappeler son prénom. Je pousse mon assiette à peine entamée et croise les doigts sous mon menton, prêt à l’écouter. Elle rit de me voir si attentif et finit enfin par prendre la parole ;
— Il s’appelait Mark, si mes souvenirs sont bons.
— Comment tu as su que tu étais amoureuse de lui ?
— J’étais jeune, dit-elle en levant les yeux au ciel. Mais je pensais sans cesse à lui. Il avait de très beaux yeux et il était... timide. Nous avons fini par sortir ensemble avant qu’il ne quitte Oslo pour le Danemark. Son père, un militaire, avait changé de base. Voilà.
Cette histoire me brise le cœur. Je ne savais pas qu’elle avait eu quelqu’un d’autre avant mon père, même si ça date du collège. Je remarque des étoiles dans ses yeux lorsqu’elle en parle et ça me fait vraiment mal de me dire qu’elle a déjà souffert par amour.
Pourquoi est-ce que les gens sont toujours obligés de partir, surtout lorsqu’ils tombent amoureux ?
* * *
— Eirik, qu’est-ce qu’il se passe ?
Je remonte la couette sur mes parties intimes et me laisse tomber sur le coussin. Je prends une cigarette dans mon paquet posé sur la table basse et la glisse derrière mon oreille, sans me soucier de cet air triste que prend Anna en me posant cette question idiote.
— C’est évident, non ? Je n’arrive pas à bander, c’est tout.
— Et ça, ça n’arrive jamais, chuchote-t-elle. J’ai fait quelque chose de mal ?
Je secoue la tête, pas le moins du monde honteux par ce qu’il se passe. En fait, je pense que je m’en fiche de coucher avec elle ou pas pour l’instant. Si j’y arrive, tant mieux. Sinon, tant pis.
— Je dois rentrer chez moi.
— Mais il est plus de minuit !
— Après minuit, je conduis encore mieux.
Je me lève sans lui laisser le temps de m’attraper le poignet et m’habille en quelques secondes. Anna est toute seule ce week-end, alors je peux faire autant de bruit que je veux. En plus, j’en avais marre d’escalader le balcon à chaque fois. Je me penche sur elle pour l’embrasser, mais elle tourne la tête. J’embrasse donc sa joue et prend la porte. En sortant, je la claque et vais jusqu’à l’entrée. C’est une jolie maison plein pied, mais le soir, elle est tellement glauque que j’arrive à frissonner de peur en passant dans le long couloir qui mène à la porte.
Une fois dehors, je cours jusqu’à ma voiture et grimpe dedans. Je démarre et sors du parking privé, soulagé.
Je suis un peu fatigué, mais aucune envie de dormir. Surtout, aucune envie de rentrer chez moi parce que je sais que mon père est revenu tôt de l’hôpital et, du coup, il va s’endormir très tard dans le canapé. Je ne veux pas qu’il me harcèle de questions et surtout, qu’il me demande pourquoi je ne dors pas chez Anna alors que je le fais à chaque fois. Mais je le fais à chaque fois que l’on couche ensemble, et ça n’a pas été le cas ce soir.
En suivant l’air de la musique pop rock qui passe à la radio, je décide de traîner un peu dans les rues et c’est sans surprise que je tourne à l’angle de Columbia Street. C’est ici que s’est passée la fête, jeudi. Dans ce petit appartement que quatre étudiants partagent. Ce sont tous des garçons et ils sont à l’université, sauf un. Noah. Il n’a que dix-sept ans, ce qui fait qu’il est en dernière année de lycée. Je ne sais pas exactement ce qui me pousse à venir ici, mais en voyant qu’il y a de la lumière dans toutes les chambres, je décide de rester. Ça me prouve qu’il n’y a pas que moi qui aie du mal à dormir.
Je baisse un peu le son de la radio et allume une cigarette. Je tiredessus et ferme les yeux. Je sais exactement pourquoi je n’avais pas envie d’Anna. Je sais pourquoi j’ai mis du temps à lui dire que je la voyais ce soir… C’est tout simple, il y a quelque chose qui m’empêche de penser à elle. Avant, ce n’était déjà pas le cas, mais c’est encore pire depuis que ces petits yeux, marrons et inconnus, ont croisé les miens il y a environ quarante-huit heures. Je croise des milliers de regards tous les jours ! Mais celui-là, celui-là  ! C’est le genre de regard perdu qui me dit en chuchotant : « Sauve-moi. Je t’en supplie, sauve-moi de tous ces jeunes qui boivent de l’alcool et qui me les brisent depuis qu’ils sont arrivés. » Et je sais ce que ça fait de ne pas être compris. En revanche, je ne sais pas ce que ça fait lorsque quelqu’un entend votre appel. Mais je me dis que s’il est en détresse, je pourrais essayer de l’aider à... résoudre ce qui ne va pas, puisque je ne vais pas bien non plus. À deux, on est plus forts, non ? Sauf que ce n’est pas uniquement de mon propre gré que je suis là.
Pris d’une chaleur désagréable, je sors de la voiture et m’appuie contre la portière en continuant de fumer puisque c’est la seule chose qui me canalise.
Chapitre 02
Noah
J’ouvre grand les yeux.
Je n’y arrive pas ! J’ai beau me forcer, essayer de ne penser à rien, fermer les yeux et être dans le noir complet, je n’arrive pas à dormir !
Ça n’ira pas en s’améliorant de toute façon, il me faut une clope et un peu d’air. Je me lève, allume la lumière et enfile mon pull de la veille. C’est un sweat très large qui m’arrive à mi-cuisse. Je mets également un bas de survêtement et une casquette afin de ne pas être confondu avec une créature effrayante de la nuit à cause de mes cheveux qui refusent tout simplement d’être beaux et disciplinés.
Je sors de ma chambre sur la pointe des pieds en longeant le couloir… et je me fige d’un coup lorsque la porte de la chambre de Dan grince.
— Tu fais quoi ? chuchote-t-il, encore endormi.
— J’ai besoin de dormir, alors je vais fumer une clope et j’espère que ça va me mettre une claque mentale.
Il rigole. Dan est ce genre de pote qui se fout de tout, avec son style baby rocker, mais pas vraiment gâté par la nature au niveau de son visage. Il est attachant.
Il fouille dans son gilet et me lance un briquet. Mon briquet !
— Je te l’avais volé, mais je vois que t’es en galère.
— Connard…
Il referme la porte de sa chambre et je sors enfin de l’appartement. Je descends les dix marches qui m’emmènent dehors. Il fait hyper froid ! Mais il ne neige pas, c’est déjà un bon point. Je glisse le mégot entre mes lèvres et l’allume. La première bouffée de nicotine me fait un bien fou, comme si elle ouvrait des milliers de pores à l’intérieur de mon corps. Comme si je respirais pour la première fois de la soirée. C’est aussi bon que dormir vingt heures d’affilée.
J’ouvre à nouveau les yeux et manque de tomber à la renverse et de hurler de peur ! Heureusement, je plaque une main contre ma bouche par réflexe.
— Put…
Je reprends mes esprits et plisse les yeux.
Juste en face de moi, appuyé contre une voiture, un garçon qui me fixe intensément de ses grands yeux bleus. Lorsqu’il remarque ma réaction, il sourit et dévoile des dents blanches et alignées derrière des lèvres roses en forme de cœur. Je mets quelques secondes à le reconnaître, mais ses yeux ne trompent pas. C’est le mec d’Anna ! Et il avance vers moi. Mon cœur s’excite dans ma poitrine, mais j’essaye de garder mon calme et de paraître naturel.
Une fois à ma hauteur, je vois bien qu’il se retient de sourire à nouveau. Il passe la langue sur ses lèvres et je me sens tellement ridicule, là... Et puis, le fait qu’il fasse une tête de plus que moi n’arrange rien.
— Salut, lance-t-il d’une voix rauque. Peut-être que tu ne te souviens pas de moi.
— Si. Je me souviens de toi.
Il hausse les sourcils et ne cache plus son rictus satisfait. Je me souviens aussi de tous les détails de son visage et ça me rend vulnérable. Mes joues s’embrasent et je suis heureux qu’on ne soit éclairés que par un lampadaire défectueux qui cache – je l’espère – ma peau cramoisie.
— Qu’est-ce que tu fais ici ?
Il tire sur sa cigarette et rejette la fumée en penchant la tête en arrière. La question que je me pose maintenant, c’est « est-ce que je suis aussi sexy que lui lorsque je fais ça ? »
— J’aime bien cet endroit, il est cool. Et je me promenais.
— À cette heure-ci, un dimanche ?
— Nous sommes... lundi. Il est passé minuit.
— Tu m’as compris.
Il m’adresse un large sourire. Ses yeux se plissent et je remarque maintenant qu’il a vraiment une dentition irréprochable. Moi, mes dents sont blanches et soignées, mais elles sont légèrement de travers et c’est un complexe qui me bouffe depuis que je suis tout petit.
— J’étais chez Anna.
— D’accord.
— Et je suis parti.
— C’est ce que je constate, déclaré-je en fronçant les sourcils.
Il baisse les yeux, sa mâchoire se contracte. Il a de la chance d’avoir la mâchoire aussi carrée ! C’est très viril et ça se marie bien avec son visage androgyne et mince.
— Problème de mec, je suppose.
— Problème de mec ?
— Problème de couple.
Il plonge son regard d’un bleu comme il en existe peu dans le mien et je me retrouve déstabilisé. Je ne connais même pas son prénom. C’est la deuxième fois que je le vois et il me parle déjà de ses problèmes de couple. Mais bizarrement, je ne suis pas aussi mal à l’aise que je l’aurais pensé. Ce qui me rend mal à l’aise, c’est sa façon de me scruter. J’ai l’impression d’être totalement nu.
Ensuite, il sourit et me tend la main.
— Eirik. Eirik Nasbrough.
— Noah Dudeson, dis-je en la serrant.
Sa poigne est douce, sans aucune agressivité. Je lâche très vite sa main parce que sa paume est chaude et que je suis gelé. En plus, ça me gêne. Je baisse les yeux, sans oser dire quoi que ce soit d’autre.
— Il est temps pour moi de manger quelque chose.
Il tire une dernière fois sur sa cigarette et la jette un peu plus loin.
Manger, à cette heure-ci ?
— Tu commences à quelle heure au lycée, Noah ?
— Neuf heures. Pourquoi ?
— Neuf heures... répète-t-il dans un murmure.
Il fronce les sourcils en souriant et acquiesce avant de me tourner le dos et de remonter dans sa voiture. Il m’adresse un dernier regard en faisant un signe de tête et il démarre à toute vitesse.
Je reste planté là comme un idiot et, surtout, à le regarder s’éloigner. Lorsqu’il tourne à l’angle de May Street, je reprends enfin mes esprits et constate que la claque mentale que j’espérais en venant fumer une cigarette a fait son effet. Et je constate surtout que mon cœur bat à tout rompre.
Je rentre au kot, les pensées en vrac. Des flash-back de la soirée de jeudi m’empêchent de réfléchir comme il faut. Je me rappelle avoir bu bien plus que d’habitude, et il était là. Enfin, il était tout le temps là où j’étais tout en gardant un peu de distance, il me regardait de ses grands yeux azur... Si je continue de fouiller dans le fond de ma mémoire, je peux même retrouver les émotions que j’ai ressenties lorsqu’il a embrassé Anna devant moi. Anna qui est une bonne connaissance et envers qui je ne devrais pas ressentir de jalousie. Pourtant, je pense que le fait qu’elle soit heureuse et en couple, et que je sois déprimé et célibataire, ça me rend vraiment jaloux. Je fouille encore plus loin et frissonne lorsque je me rappelle l’instant où je me suis servi un verre de vodka et que, malencontreusement, ses doigts ont frôlé les miens contre la bouteille, sa peau était déjà chaude... Je m’étais confondu en excuses avant de partir, les joues prêtes à exploser. Mais je m’endors avant même de me rappeler de la suite.
* * *
J’ai plutôt bien dormi même si le réveil a été dur. J’ai vraiment l’impression de ne pas avoir rêvé du tout et d’être plus ou moins reposé. J’aurais voulu rester au lit encore une heure ou deux, mais pour quatre heures de cours, est-ce que je vais vraiment faire l’idiot et ne pas aller à l’école ? Un jour avant les examens de janvier ? Ce serait de la mauvaise foi !
Je sors de la douche et enroule une serviette autour de ma taille. Je suis surpris d’entendre la sonnette de l’appartement alors qu’il n’est que huit heures du matin, mais je suppose que c’est encore la mère de Marcus, un de mes colocataires. Elle fait souvent ça, car elle ne peut pas se passer de son fils et elle travaille à l’hôpital de Seattle alors ça lui arrive de passer par ici avant ou après son service. Mais lorsque trois coups sont portés à la porte de la salle de bain, je sais que ce n’est pas du tout la mère de Marcus.
— Noah, il y a quelqu’un qui te demande !
Je fronce les sourcils, encore un peu dans le gaz.
— Quoi ?
— Il y a un mec pour toi !
— Qui ?
— Je ne sais pas, bouge !
Je soupire et espère sincèrement que ce n’est pas Joël, ce mec du lycée qui n’arrête pas de me proposer d’aller boire un verre avec lui. Il est gentil, mais ça lui arrive d’être lourd et je n’arrive pas à le supporter trop longtemps. Il dit qu’il a envie de me connaître un peu plus pour faire partie de mon cercle d’amis, alors qu’au lycée, je ne traîne qu’avec deux ou trois personnes et nous ne sommes pas vraiment une « bande ».
J’enfile mes vêtements, qui se composent d’un simple jeans et un pull. Je mets une casquette, un peu de parfum et sors de la salle de bain sans me regarder dans le miroir. Je déteste mon visage du matin.
Je traverse le couloir et arrive dans la cuisine.
Ce n’est pas vrai !
— Noah, salut.
— Salut...
Il s’agit d’Eirik, qui est en train de boire du jus d’orange dans mon appartement, avec mes deux meilleurs amis qui mangent des croissants encore chauds. Il se lève et se penche vers moi pour embrasser ma joue. Mon cœur rate un battement. Je n’arrive pas à en placer une tellement je suis choqué, et mal à l’aise. Qu’est-ce qu’il fait ici ?
— C’est le mec d’Anna, dit Dan, la bouche pleine.
— Je sais.
Je m’assois sur la dernière chaise libre, en face d’Eirik. Il a toujours le regard bien ouvert, c’est perturbant. Mais je ne comprends pas ce qu’il fait là, et surtout, sans gêne ! Ce n’est pas comme s’il connaissait mes colocs vu qu’ils sont à l’université et qu’Anna est au lycée. Et même s’il leur a parlé à la soirée, ça n’a pas duré vu que Dan s’est retrouvé en train de vomir avant minuit avec Jonas à ses côtés.
— Il est vraiment cool ! Il a apporté des croissants.
Je regarde Marcus qui tapote dans le dos d’Eirik qui, lui, ne me lâche pas du regard. Je baisse les yeux en essayant de ne pas rougir, mais ce n’est pas chose facile. J’ai tellement envie de lui demander ce qu’il fait là, mais je n’arrive pas à parler. Je suis déstabilisé.
— Il neige, déclare Eirik. Alors je viens te chercher pour aller à l’école.
— Merde !
Marcus ouvre grand la bouche tandis que je soupire. Je n’aime pas la neige, sauf quand je suis chez moi à ne rien faire.
— Tu peux m’emmener à l’université ?
— Et moi aussi ? supplie Dan.
— Vous quémandez ?
Dan et Marcus se regardent et ils éclatent de rire tous les trois.
Est-ce que je suis dans le bon appartement, là ?
Je secoue la tête. Je ne sais pas si c’est une blague, mais si c’est le cas, elle est de très mauvais goût !
— Tu ne manges pas ? me demande Eirik.
— Je n’ai pas faim , avoué-je.
Il penche la tête sur le côté sans cesser de me regarder. Punaise, ce regard bleu ! Je vais tomber à terre s’il continue d’exercer je ne sais quelle magie noire sur moi, celle qui me rend vulnérable et faible. Je sais très bien ce que les œillades que Dan et Marcus s’échangent signifient, mais je m’en fiche. Tout ce que je veux, c’est qu’Eirik arrête de me fixer comme ça de bon matin.
— Il faut que tu manges.
J’inspire profondément et coupe un croissant en deux. D’accord, en plus de ça, il pense pouvoir me contrôler. Il semble satisfait, son sourire fait frissonner tout mon corps.
Au bout de quelques secondes, Dan et Marcus se lèvent et décident enfin d’aller prendre le bus, au risque d’être en retard. Marcus prend Eirik dans ses bras et le remercie pour les croissants. Ils rient tous, sauf moi qui regarde la scène, blasé de mes amis qui sont tellement immatures parfois... Il en manque un en plus, le plus cool. Mon meilleur ami. Jonas.
La porte d’entrée claque et un silence de mort s’abat dans l’appartement. Le regard d’Eirik se pose à nouveau sur moi et il ne m’en faut pas plus pour rougir. Je crois qu’il le sait et que c’est pour cette raison qu’il continue de le faire. Qu’il continue de sourire en coin et de me regarder manger !
— Tu sais quoi ? demandé-je en soupirant.
— Quoi ?
Sa voix basse et rauque me fait relever les yeux.
— Je... Je n’ai pas envie d’aller au lycée.
— Oh, bien sûr que si ! Tu vas aller au lycée.
— Et qui es-tu pour me dire ça ?
Il plisse les yeux et coince la langue entre ses dents. Bon sang, Anna ne mesure pas sa chance !
Il fait mine de réfléchir et finit par se pencher un peu plus sur la table sans cesser de capturer mon regard intimidé. Ses lèvres s’élargissent.
— Un ange gardien.
Je rigole et baisse les yeux. Mon cœur bat si vite que j’ai mal dans toute la poitrine.
— Toi, tu ne vas pas au lycée ?
Il secoue la tête et son visage change. Il devient plus froid tout d’un coup.
— J’ai fini le lycée.
— Tu as quel âge ?
— J’ai vingt et un ans.
J’ouvre grand les yeux. Il est encore plus vieux que mes colocs et ça, c’est bizarre. Je fronce les sourcils parce que je réfléchis et... Anna n’est même pas encore majeure ! Tout de suite, les questions fusent dans ma tête et je m’interroge sur leur rencontre, mais je n’ai pas le temps de dire quoi que ce soit qu’Eirik se lève. Il a une silhouette tellement longiligne que je le jalouse un peu. Je suis plutôt petit pour un mec. Et je suis mince aussi, mais pas autant que lui. J’aurais même tendance à dire qu’il l’est un peu trop.
— Pourquoi tu ne conduis pas Anna ? finis-je par demander .
— Parce que je te conduis toi.
Il hausse les sourcils, un rictus sur le bord des lèvres.
— On y va ? Je ne tiens pas à ce que tu sois en retard par ma faute.
J’acquiesce et me lève à mon tour.
Une fois dehors, on se dépêche de rejoindre sa voiture parce qu’en effet, il neige à gros flocons. Il allume le contact et attache sa ceinture. Il pivote vers moi, un sourcil haussé. Ses traits sont vachement féminins pour un garçon aussi viril.
Qu’est-ce que je suis en train de penser, moi ?
— Quoi ? soupiré-je d’un ton las.
Il lève les yeux au ciel et se penche sur moi. Je me raidis et ça lui arrache un rire moqueur. Il attrape la ceinture de sécurité et la passe par-dessus mon épaule pour enfin l’attacher. Il n’est qu’à quelques centimètres de mon visage. Je me retiens de respirer et de ne pas montrer que ça me fait quelque chose .
— C’est juste ça, t’inquiètes, chuchote-t-il.
Il joue avec moi ! Il me toise un instant en passant la langue sur ses lèvres et, enfin, il démarre. J’essaye de me détendre du mieux que je peux, mais ce n’est vraiment pas facile d’être dans la même voiture que ce type que je ne connais pas. Si ça se trouve, c’est un tueur en série ? Ou... un fou ? Je n’en sais rien ! Mais oui, il est sûrement un peu fou pour venir me chercher à cette heure-ci alors que nous ne sommes même pas amis. Ce n’est même pas une connaissance proche !
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