J existe
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Description

Jehan McBride a renoncé à beaucoup de ses rêves pour pouvoir adopter Jacy, le fils de son meilleur ami défunt. Le bambin demeure le seul éclat de joie dans la grisaille d'un quotidien qui persiste à l’étouffer. À chaque décision, ses conséquences. La vie s'est chargée d'enseigner cette leçon à Jehan. Prisonnier de ses peurs et bloqué dans l’illusion d’une vie parfaite aux côtés de son compagnon, il se sent comme un oiseau dans sa belle cage dorée.


Il a beau lutter, s’agiter, il ne parvient qu'à resserrer les mailles du filet qui l’étouffe. Jusqu’au jour où il comprend enfin que pour apprendre à voler, il ne faut pas avoir peur de tomber. Et que s’il est possible de faire des erreurs, il est aussi possible de les réparer. De tout recommencer, ou presque.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 6
EAN13 9782375210352
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Elea Cain

J’existe

Mix Editions
 
N° ISBN : 978-2-37521-035-2
Disponible également en broché N°ISBN : 978-2-37521-034-5
© Mix Editions 2017, tous droits réservés.
© Jay Aheer, pour la présente couverture.
Dépôt légal : Février 2017
Date de parution : Février 2017
Mix Editions :
Impasse des Mares, 76970 Grémonville
Site Internet :  www.mix-editions.fr
 
 
À Y. & N. entendre vos rires est la plus belle des libertés.
À Diana & Lucie, qui me rappellent sans arrêt qu’entrouvrir une porte n’est pas suffisant, il faut aussi apprendre à laisser la lumière allumée.
 
Première partie : La captivité
Je visais le ciel
Je suis cloué au sol
Alors pourquoi j'essaie, je sais que je vais m’écrouler
Je pensais pouvoir voler, alors pourquoi je me suis noyé ?
Je ne saurai jamais pourquoi tout s'écroule, s'écroule, s'écroule.
Jason Walker – Down
 
Chapitre 1
L’illusion d’une vie parfaite,
N’est rien d’autre que ce qu’elle semble être.
Assis sur le canapé, emmitouflé dans un plaid chaud, je souffle sur mes doigts, essayant de les réchauffer. Malgré la chaleur provenant du feu de cheminée, je ne peux empêcher mon corps de frissonner ni stopper les tremblements qui parcourent mes mains. Tout est calme ce soir, en dehors du bruit provoqué par les folles rafales de vent qui soufflent à l’extérieur. Loin du sentiment qui, à l’époque, me réchauffait le cœur en cette période de l’année, ce soir, la lassitude s’empare de moi. J’ai l’impression d’être un mur dont les couches s’effritent les unes après les autres, tentant désespérément de m’abattre, souhaitant me laisser à nu. Je lutte depuis tellement longtemps que parfois j’ai peur de ne plus savoir ce qu’est la vie sans cela. Mon regard ne peut se détourner des nuances changeantes de l’arbre qui orne un coin du salon. J’essaie désespérément de me souvenir comment est la vie lorsqu’on la voit avec autant de couleurs, pourtant l’unique chose dont j’arrive à me rappeler, c’est le vide. Ce vide laissé par son absence, par leur absence, ce sombre chemin sans fin sur lequel j’erre depuis bien trop de temps déjà. Autrefois, j’aimais rire, je savourais la moindre émotion ainsi que chaque moment de ma vie. Aujourd’hui, j’ai beau me trouver entouré de plusieurs personnes, je me sens plus seul que jamais. L’unique lumière qui éclaire la pièce provenant des chandelles et du sapin, que j’ai pris le temps de décorer avec lui et surtout pour lui , est un rappel constant de ce qui manque à ma vie, mais aussi de ce pour quoi je continue de me battre.
Mon impuissance face à la détresse dans laquelle je me trouve me tourmente plus que je n’ose l’avouer. Cependant, à qui puis-je en parler ? Et à quoi bon en discuter ? Qu’y a-t-il vraiment à dire quand au fond vous savez avoir tout pour être heureux, ou du moins ce qui est le schéma du bonheur pour la plupart des gens qui vivent sur cette planète ? Une vie de couple, qui dans l’ensemble se révèle à la fois satisfaisante et agréable. Une petite tornade d’innocence et de rires qui vous booste de la plus simple des manières. Une maison tout aussi accueillante, de son jardin en passant par les immenses pièces aux décors insolites. Ainsi que nos familles qui sont là pour nous entourer. Un soupir teinté de dépit et d’amertume s’échappe de mes lèvres. Pourquoi je n’arrive simplement pas à poursuivre ma vie auprès des personnes qui disent m’aimer ?
— Jehan !
La voix de Gregory me fait quitter ces petites illuminations des yeux.
— Cela fait plusieurs fois que je t’appelle, tu pourrais au moins faire attention quand on te parle !
Même son agacement et son exaspération ne parviennent plus à m’atteindre. Il y a bien eu une période où je détestais que nos rapports en viennent aux conflits. Sauf que désormais, comme le reste, cela appartient au passé.
— Que veux-tu ?
Ignorant son regard à la fois désapprobateur et irrité, je m’efforce de prononcer ces mots. Au fond de moi, rien ne m’importe plus que l’envie d’être seul et de pouvoir m’enfermer dans ma bulle.
— Carine et Madeline t’attendent en cuisine. Elles ont besoin d’un coup de main pour préparer les apéritifs.
Il ne me vient pas à l’idée de l’envoyer sur les roses pour rester tranquille. Tel un robot, je repousse le plaid à côté de moi et pars rejoindre celles qui, d’après le sang qui coule dans mes veines, font partie de ma famille. Que vous dire d’elles ? Carine se trouve être ma sœur aînée. Nous sommes aussi opposés physiquement qu’au niveau de nos caractères, rien ne nous unit en dehors de notre ADN. Elle est aussi blonde que je suis brun, les yeux aussi foncés que les miens se révèlent d’une rare clarté. Rien à part sa famille – comprenez par là son mari et ses enfants – ne l’intéresse. Tout du moins, c’est de cette façon que je la vois. En ce qui concerne Madeline, elle n’est personne d’autre que la femme qui m’a mis au monde. Est-ce une bonne chose ? Pour moi probablement, étant donné que je respire grâce à elle. Pour elle ? Je penche du côté négatif. Vu les circonstances de ma venue au monde, il y a de fortes chances pour que vous soyez d’accord avec moi.
Alors que je m’approche de la cuisine, j’entends quelques bribes de conversation entre elles, telles que « tu l’as vu… il ne fait plus attention… il n’aurait jamais dû… ». J’ai beau n’avoir aucun doute sur le sujet de leur discussion, je serre les dents plutôt que de rentrer dans leur méchanceté. Pourquoi ai-je une fois de plus accepté de passer les fêtes de fin d’année avec eux ?
Jusqu’à ce que le rire mélodieux de la petite tornade m’en rappelle la raison. Du haut de ses quatre printemps, Jacy n’est qu’innocence, pureté et bonheur. Avoir perdu ses parents est déjà une épreuve terrible, peu importe son âge. Et comme chaque année, je m’évertue à lui offrir des fêtes familiales dignes de ce nom. Un lent sourire recourbe mes lèvres en sentant ses petites mains se refermer autour de ma jambe. Je me baisse afin de pouvoir l’enlacer tendrement. Le nez plongé dans son cou, je respire avec plaisir son odeur de bébé, de petit garçon. Ses boucles blondes m’effleurent le visage lorsqu’il se met à gigoter en riant.
— Papa noyel il vient bientôt ?
Ses grands yeux marron si expressifs me supplient d’acquiescer. Il en vient presque à battre le regard du chat Potté tant il paraît à la fois malicieux et implorant.
— Il viendra quand tu seras au dodo, mon ange, lui dis-je.
L’expression de son visage, si semblable à celui de son père, manque d’avoir raison de moi, je réussis à résister tant bien que mal. Gregory vient à mon secours en me voyant grimacer.
— Et demain matin, tu pourras ouvrir tes cadeaux…, renchérit-il.
— Tu crois qu’il va m’en apporter tout plein ? demande Jacy, les yeux pétillants de gaieté.
J’adore le voir comme ça. Si heureux, si confiant, si libre et insouciant. Et peu importe ce qui m’attend, je me battrai afin qu’il devienne la personne bonne et courageuse qu’il se doit d’être. Pour eux, mais surtout pour lui. Je veux qu’il soit fier de qui il est, qu’il n’ait aucun doute sur les personnes qui l’entourent. Je veux qu’il se sente aimé et soutenu.
— Jehaaaaaan !
Le cri de Carine me vrille les tympans. Remettant Jacy dans les bras de mon mari, je me retiens de soupirer. La cloche vient de sonner, Cendrillon n’a plus qu’à rappliquer, c’est ça ? Laissez-moi vous dire, j’ai beau ne pas porter mes plus beaux vêtements ce soir, je n’en reste pas moins un homme. Rien que cela est censé m’éloigner du statut de Cendrillon. Aucune citrouille, aucune pantoufle de verre ne m’attendent quelque part. Et le prince charmant ? Je l’ai déjà trouvé, non ? Enfin, je crois. Même de cela, je n’en suis plus si sûr.
Pourtant quand mes yeux se posent une nouvelle fois sur la silhouette athlétique de Greg… De ses cheveux bruns coupés court, ses yeux – posés sur le bambin dans ses bras – emplis de tendresse, à la courbure de ses lèvres. De ses épaules carrées à son ventre plat, ce corps qui n’a plus aucun secret pour moi après ces cinq années passées ensemble, les seuls mots qui me viennent à l’esprit sont : « tu es injuste ! ».
Nos regards se croisent l’espace de quelques secondes et je retiens inconsciemment ma respiration. Ridicule n’est-ce pas ? Je me sens tellement tourmenté que j’en viens presque à croire qu’il arrive à lire tous mes doutes dans mon regard, ou alors est-ce simplement un souhait inconscient de ma part ? Une question muette au fond de ses iris, je me contente de me détourner et de rejoindre les femmes qui font partie de ma vie.
***
Quatre heures plus tard, après avoir survécu à la voix stridente de ma sœur, racontant les divins exploits de ses enfants et de son mari en long, en large et en travers, ainsi que les remontrances déguisées de ma mère, je peux enfin poser mes fesses tranquillement sur une chaise. Seigneur, ce que je peux détester ces fêtes ! Au fil des années, la magie de Noël a perdu de son éclat. Est-ce la seule chose qui ait changé ? Certainement pas. Si j’en crois les derniers dires de la seule amie qui me reste à présent, mon comportement lui aussi fait partie du lot. Ah, c’est sûr, contrairement aux jeunes de mon âge, je ne vais jamais en boîte de nuit ni ne passe mon temps à fumer joint après joint et à me taper tout ce qui a le « malheur » d’avoir un trou à boucher. Ne me regardez pas comme ça, j’ai certainement l’air vulgaire en disant ça, mais prouvez-moi par A+B que j’ai tort, et on en reparlera ! Le cliché du gay qui baise tout ce qui est baisable est tellement ancré dans la tête d’Izie, qu’il m’arrive parfois de me demander pourquoi elle fait partie de mes proches.
L’arrivée impromptue de Jacy dans ma vie a tout chamboulé. Personne, moi encore moins, n’aurait pu prédire que j’allais me retrouver père à l’âge de dix-neuf ans. À ce moment-là, j’avais d’ailleurs fait une croix sur une possible paternité. Bataillant avec des études pour finir par exercer des boulots plus ingrats les uns que les autres durant les premiers temps. Et à devoir me battre contre les préjugés et les insultes injustes auxquelles j’ai eu droit. Tout ça est bien loin maintenant.
La soirée passe plus rapidement que je n’avais osé l’espérer Ou est-ce moi qui ai décroché ? À en juger par le regard noir de Gregory, j’imagine que la deuxième option est la bonne. En tout cas, tout juste ai-je eu l’impression de m’asseoir que, déjà, le repas est terminé. Les douze coups de minuit ont sonné depuis un moment, les invités partent sur les paroles coutumières, échangeant ces accolades qui m’ont toujours paru un tantinet hypocrites. Je laisse Gregory raccompagner nos invités à la porte et me dirige vers la cuisine, commençant à ranger ce qui traîne ici et là.
Tandis que je dépose une énième assiette dans le lave-vaisselle, je peux sentir sa présence à l’entrée de la cuisine. Il ne dit rien, ses yeux suivant chacun de mes mouvements. Je me retiens de tressaillir lorsqu’au bout d’un certain temps, j’entends sa voix souffler mon prénom. Ce n’est jamais bon quand il commence de cette façon. À quel reproche vais-je avoir le droit aujourd’hui ? Sans doute les même que d’habitude. C’est dans ces moments-là que Greg me fait penser à un disque rayé. Toujours les mêmes mots, les mêmes réflexions qui pourtant devraient me faire réagir, me blesser. Seulement, ça ne m’atteint plus. Je suis enfermé dans cette bulle, impénétrable à tout ce qui m’entoure.
— Je n’en peux plus, Jehan.
Il chuchote à mon oreille. Tellement pris dans mes pensées, je ne me suis pas rendu compte qu’il s’est approché. Je me demande comment on peut être à la fois si proche et si loin. Je ne fais pas semblant de ne pas comprendre. Je sais que c’est moi, mon comportement qui est en cause. Pourtant je n’arrive plus à y faire face. Je suis comme un nageur qui se fait peu à peu ensevelir par les vagues. Secoué dans tous les sens, je lutte pour reprendre ma respiration et empêcher l’eau d’entrer dans mes poumons. Ses lèvres déposent un tendre baiser dans le creux de ma nuque. Un frisson parcourt mon échine.
— Allons nous coucher. Tu finiras ça demain, fait-il.
Je secoue la tête. Ses mots me surprennent, mais je ne réponds rien. Ne montre rien. Sinon je suis bon pour l’inquisition.
— Jacy…, commencé-je.
— Je viens de le mettre au lit, cela fait un moment qu’il s’est endormi sur le canapé du salon.
Je crois discerner un soupçon d’irritation dans sa voix… Peut-être est-ce moi qui vois le mal partout et qu’en réalité, il ne tient qu’à ce que je me repose. Il m’a déjà surpris une fois ce soir, peut-être ne suis-je pas au bout de mes peines.
— Je te rejoins…
Un soupir de lassitude lui échappe.
— C’est toujours pareil. J’aimerais bien me coucher avec toi pour une fois !
— … je vais passer voir Jacy dans sa chambre avant, continué-je, ignorant le fait qu’il m’ait coupé la parole.
Je sens bien plus que je ne la vois, sa grimace contrite contre mon cou. Il ne s’attendait vraisemblablement pas à ce que je capitule aussi vite. Il faut dire que les moments où l’on se couche en même temps se font de plus en plus rares. Quand est-ce que nous sommes restés enlacés à savourer simplement la présence l’un de l’autre ? Bien trop longtemps pour que je n’arrive à m’en souvenir.
Un dernier baiser, un effleurement de sa main sur ma hanche et il s’éloigne. Je ne peux m’empêcher de ressentir un soupçon de soulagement. Pour une fois, je n’ai pas eu droit à son éternel refrain. Mon comportement est exécrable, et je me déteste pour cette façon que j’ai d’agir avec lui. Je n’aime pas être soulagé lorsqu’il s’éloigne de moi, je ne supporte pas cette façon que j’ai de maintenir cette distance que je n’arrive plus à franchir. J’ai l’impression de creuser ma propre tombe et d’y plonger tête la première. Plus que tout, j’ai en horreur le fait de me lamenter autant sur moi-même. Où est passé mon rire ? Où sont passés tous ces intenses moments de bonheur que j’ai vécus ? Que l’on a vécu ensemble ? Je suis plus perdu que jamais. Ces sentiments d’incompréhension et de solitude en viennent à me faire suffoquer, tant j’ai la sensation de ne plus arriver à respirer librement.
Entrouvrant la porte de la chambre de Jacy, un sourire effleure mes lèvres en le voyant allongé sous sa couverture Flash Mac Queen qu’il adore. Barbapapa, sa peluche préférée, tendrement serrée entre ses bras, il semble apaisé. M’approchant de lui, je remonte sa couverture sous son menton pour le border. Du bout des doigts, je balaye les mèches bouclées qui lui tombent sur les yeux. Il est si petit, si fragile et, contre toute attente… tellement fort.
Survivre à un tel accident ne l’a pas laissé sans traces, comme le prouve la fine cicatrice sur sa poitrine, cachée par le haut de son pyjama. J’ignore comment j’ai pu m’attacher si vite à ce petit être, mais la réalité est là. Jacy fait partie de moi, de ma vie. Il est celui qui me donne la force de me lever chaque matin. Il aurait certainement eu une vie bien meilleure avec ses véritables parents, toutefois je ne peux qu’être comblé de l’avoir à mes côtés. Le souvenir de ses parents m’annonçant sa naissance à venir refaisant surface, ma vue se brouille. Je me rappelle du sourire incertain de Stacy, sa mère, ainsi que du rire empli de joie de Jack, mon meilleur ami. Petit être tout juste conçu, mais qui rendait déjà ses parents si fiers, si heureux et surtout si gaga.
— Un p’tit gars, Jehan, tu te rends compte, je vais avoir un p’tit gars !
— Hey, c’est moi qui vais avoir le plus de boulot ! Ce serait sympa de ta part de ne pas oublier de m’inclure dans ton schéma !
Les paroles de Jack et Stacy me viennent par rafales et je suffoque sous le poids des souvenirs. Pendant l’espace d’un instant, j’entends leurs rires flotter autour de moi. L’air se fait plus lourd et j’ai la sensation qu’il se raréfie. Je m’éclipse rapidement, souhaitant m’éloigner de ces réminiscences, de leurs fantômes. Tête basse, je cours si vite en traversant la maison que je manque de rentrer en plein dans le torse de Gregory, s’il ne m’avait pas retenu à bout de bras.
— Hé, calme-toi. Où vas-tu comme ça ?
D’une stature égale à la mienne, je n’ai pas besoin de lever les yeux pour rencontrer ses iris bleus. Ma bouche s’ouvre, néanmoins aucun son n’arrive à sortir. Un sanglot m’étouffe et tout ce que je peux faire, c’est laisser les larmes rouler le long de mes joues. À travers ma vue brouillée, je vois ses sourcils se froncer. Jamais je ne me suis laissé autant aller devant lui.
— Qu’est-ce qui te met dans un état pareil ? souffle-t-il, décontenancé par mon attitude.
Ce n’est pas mon genre de pleurer aussi facilement, encore moins devant quelqu’un d’autre, quand bien même il se trouve être l’homme qui partage ma vie. J’aimerais pouvoir lui répondre, lui expliquer ce qui ne va pas, ce qui cloche chez moi, sauf que je n’y arrive pas. Je suis bloqué dans ma confusion. Noyé par les souvenirs, étouffé par ces vagues de sentiments contradictoires.
N’obtenant aucune réponse de ma part, il me serre dans ses bras. Bien que je ne m’y sente pas aussi à l’aise que par le passé, j’accepte son étreinte, sa chaleur, cherchant ce réconfort qu’autrefois je savais apprécier. Mes pleurs finissent par se tarir. Et je prends de courtes inspirations pour me calmer. Nos yeux se croisent, et l’inquiétude sincère que je lis dans les siens me persuade d’essayer de faire un pas. La première confidence se déloge plus facilement que prévu de mes lèvres.
— Ils me manquent…
Il ne fait pas semblant de ne pas saisir de qui je parle. Évidemment qu’il le sait. J’ignore à quoi je m’attendais… Certainement pas cette réaction. L’inquiétude est tout de suite remplacée par… de l’agacement ? De l’énervement ?
— Ils sont morts, Jehan, enfonce-toi ça dans le crâne. Ils ne reviendront pas. Cela fait plus de trois ans, qu’est-ce qui te met dans cet état ?
C’est la vérité. Pour autant, je ne comprends pas son attitude. Je ne réponds pas. En vérité, je l’ignore moi-même. Certes, Jack et Stacy nous ont quittés depuis plus de trois ans, et je pensais réellement avoir fait mon deuil depuis longtemps. Alors pourquoi cela remonte-t-il à la surface maintenant ? Seigneur, qu’est-ce qu’il m’arrive ?! Je me reconnais de moins en moins, et c’est ce qui m’effraie le plus, je pense. Je le regarde, les yeux étrangement vides alors que je sens les tourments ronger mon âme.
Passant un bras autour de mes épaules, je laisse Gregory me conduire vers notre chambre dans un état second. Effectuant une toilette sommaire dans la salle de bain attenante, j’évite autant que possible d’observer mon reflet, que le miroir au-dessus du lavabo ne manquerait pas de me renvoyer. À quoi bon regarder l’épave que je suis devenu… À part me faire déprimer un peu plus.
Je finis par le rejoindre sous les draps. À peine ma tête se pose-t-elle sur l’oreiller que je sens les mains de Greg passer sous mon sweat pour caresser ma peau. Ses longs doigts fins effleurent mes côtes, remontent sur mon torse, provoquant d’interminables frissons sur leur passage. Sa bouche dépose des baisers le long de mon épaule, glissant jusqu’à ma nuque. Mon corps frémit sous son toucher. Son début d’excitation se frotte lascivement contre ma cuisse, et il gémit de plaisir lorsque ma main se pose sur sa hanche.
Cependant, loin d’être excité, à l’intérieur je me sens glacé. Plus il me touche, plus j’ai froid. Je le repousse de ma main, embrassant le sommet de sa tête en une excuse silencieuse. D’où vient ce besoin de m’excuser ? Je n’en ai aucune idée. Je me tourne sur le côté opposé, ignorant une fois de plus l’énervement qui grandit en lui. Souhaitant de nouveau m’enfermer dans cette bulle, où rien ne se ressent, où tout est figé. Mes paupières se ferment et, pour une fois, je m’endors rapidement.
Cela dit, j’aurais dû m’en douter, n’est-ce pas ? Dormir une nuit complète est trop demander pour moi… Comme souvent ces derniers temps, je me réveille en sursaut au beau milieu de la nuit. Mon cœur bat à mille à l’heure tant les derniers vestiges des cauchemars qui me hantent, résistent. Au bout d’une heure à me tourner et me retourner dans toutes les positions possibles dans le lit, j’abandonne la partie et décide de me lever.
Un coup d’œil sur la silhouette allongée à mes côtés m’informe que je n’ai pas réveillé Gregory. Heureusement. Vu l’heure, j’aurais eu droit au couplet « je me lève tôt, j’ai besoin de ma nuit de sommeil ! ». Rabattant la couverture sur le côté, je me glisse hors du lit. Un coup d’œil dans la chambre de Jacy, histoire de vérifier que tout va bien, un rapide détour par les toilettes et je me retrouve à errer dans notre immense salon. À ce jour, cela fait presque trois ans que l’on vit ici. Depuis notre emménagement, la déco n’a pas changé. Toujours ce même grand canapé en cuir gris, ces murs beiges, ce tapis dans les mêmes tons, ainsi que la table basse ronde. Tout est similaire, des rideaux aux toiles accrochées.
Un « couic » me sort de ma contemplation, et je souris, attendri, en ramassant l’objet du délit. Jacy était tellement épuisé qu’il n’a pas pris le temps de ranger ses jouets, contrairement à d’habitude. Petit garçon timide et agréable, je n’aurais pu rêver mieux. Je ne dis pas que tout est rose, loin de là. Bien que depuis le début, j’ai toujours eu droit à plus de sourires de sa part que de larmes, il n’en reste pas moins un petit garçon âgé de quatre ans avec sa propre personnalité, son caractère et ses humeurs.
N’ayant rien d’autre à faire à cette heure de la nuit, je me mets à ranger ce que je n’ai pas terminé de débarrasser la veille. J’ai beau sentir mon corps fatigué, ma tête refuse obstinément de se déconnecter. Chaque fois que mes yeux se ferment, les souvenirs affluent, se mélangeant avec tout ce qui me dérange dans ma vie d’aujourd’hui. Peut-être ai-je simplement besoin de reprendre une activité ? De trouver un nouveau but, un nouveau sens à ma vie ? Passer mon temps à errer de cette façon, sans rien, sans but – en dehors d’éviter les disputes avec Gregory – ne me correspond pas. J’ai toujours été une personne vive d’esprit, à qui il est nécessaire de bouger sans arrêt, d’être occupée, d’essayer de nouvelles choses. Seulement après mon dernier contrat et les arguments de Greg, j’ai cessé toute activité. Je voulais être là plus souvent pour Jacy. Durant une période, il faisait sans arrêt des cauchemars, et demandait souvent après moi, j’avoue que c’est agréable de pouvoir être là pour lui quand il a besoin de moi. Toutefois, je ne peux me défaire de l’idée qu’une part de moi s’est perdue en chemin.
En vous racontant mon histoire, j’ai l’impression d’être un homme qui s’est transformé en vieille mégère.
— Au revoir douce virilité, bonjour talons hauts et rouge à lèvres, marmonné-je à haute voix dans le silence du salon.
Je dois lutter de toutes mes forces pour ne pas éclater de rire en m’imaginant dans une telle tenue. Vais-je me laisser porter par le temps et voir ce qu’il adviendra de ma vie et de moi ? Vais-je continuer à survivre ou arriverai-je à me prouver que je suis là, bien vivant, et à pouvoir simplement me dire : « j’existe » ? Je n’en sais rien. Parfois, j’en ai l’envie, mais la sensation ou la peur de ne pas arriver à me relever m’emprisonnent, tels les fers d’un esclave. Je suis comme l’oiseau dans une belle cage dorée. J’ai beau lutter, m’agiter, je reste perpétuellement enfermé.
 
 
Chapitre 2
Rien n’est plus important
Que l’image que l’on a de soi.
À notre arrivée devant le jardin d’enfants où ma petite tornade passe la plupart de ses journées, je m’empresse de prévenir Isabelle, ma meilleure amie, que je dois raccrocher :
— Deux minutes, Izie, je m’occupe de Jacy et je te rappelle, OK ?
— Attends, passe-moi mon petit bonhomme, tata Izie veut lui faire un poutou.
Je lève les yeux au ciel en l’entendant faire une vague imitation de tata gâteau. Elle adore Jacy, je n’ai aucun doute là-dessus, d’ailleurs il le lui rend bien. Izie est l’une des seules personnes à m’avoir soutenu au long de cette folle aventure.
Après avoir quitté le lycée en cours de route, et les années qui se sont écoulés depuis, m’a permis de discerner qui étaient vraiment mes amis. Malheureusement ? Heureusement ? Il m’en reste désormais très peu. La seule réellement proche, c’est Izie. Un soutien indéfectible, voilà ce qu’elle est. J’ignore ce que je serais devenu sans son aide, sans l’appui qu’elle m’a apporté chaque fois où j’ai eu besoin d’elle. Son rire contagieux m’a sorti plus d’une fois de mes moments de déprime. Ses coups de pied aux fesses m’ont également remis sur le droit chemin.
Je m’éloigne pour ne pas gêner le passage, puis me baisse afin d’être à la hauteur du blondinet qui se tient près de moi.
— Vas-y, Izie, je reprends, mon smartphone à présent mis sur haut-parleur.
— Bonjour, Jacy, devine qui c’est ?
— Tata Zie ! Nulle ta blague, papa l’a déjà dit, rouspète celui-ci.
Son attitude revêche me fait rire doucement avant que ses mots ne m’atteignent. Et là, devant la tête qu’il affiche, je m’aperçois que lui aussi vient de comprendre la boulette qu’il a faite. Il ne me laisse pas le temps de dire un seul mot que déjà ses yeux s’humidifient.
— Je… Je… m’é… m’écuse…, bégaye-t-il.
Les mots s’écorchent dans sa prononciation malhabile causée par les larmes qui s’écoulent le long de ses joues. Ses petites joues rebondies désormais striées de rouge, tout comme ses yeux gonflés, me serrent le cœur... Adressant un rapide « je te rappelle » à Isabelle, je raccroche et range mon téléphone portable.
— Pourquoi tu t’excuses, mon bonhomme ? demandé-je, en essuyant de mon pouce les gouttes traîtresses.
Il hoquette, tentant de reprendre une respiration normale, seulement ses pleurs continuent de lui bloquer le souffle.
— Parque… Parque mon papa ké Jack.
Je hoche la tête. Ce n’est pas la première fois qu’il se trompe. Et c’est peut-être stupide de ma part, mais j’ai toujours tenu à le reprendre dans ces moments-là. Je veux qu’il connaisse ses vrais parents, qu’ils ne demeurent pas des inconnus. Depuis qu’il est arrivé dans ma vie, je me suis toujours évertué à lui montrer des photos de ses parents, à lui raconter de vieilles histoires les concernant. Je veux qu’il sache qui ils sont, qui ils étaient. Qu’il connaisse les détails de leur vie, comme la manie qu’avait Stacy de triturer ses cheveux quand elle était nerveuse, ou bien celle de Jack qui passait son temps à mordiller son vieux médaillon lorsqu’il était troublé. Ou mieux encore, ce surnom de « grenouille » dont l’avait affublé sa mère et que son père trouvait ridicule, ainsi que le fait qu’il en profitait pour la taquiner inlassablement avec ça.
En vérité, j’aimerais qu’il les connaisse aussi bien que je les ai connus. Qu’il puisse grandir auprès d’eux, entouré de leur amour, de leur tendresse. Tout ça étant impossible, je peux au moins lui apprendre deux ou trois choses qui leur correspondent. Le serrant entre mes bras aussi fort que possible sans lui faire mal, je chuchote des mots tendres à son oreille pour l’apaiser. Il enfouit son visage dans mon cou, ses petites mains s’accrochant désespérément à mon manteau.
— Chut, mon bonhomme, ça va, tout va bien…
Lorsque ses pleurs s’apaisent et que son souffle se fait plus régulier, je dépose un baiser sur ses cheveux. Son odeur de bébé agissant instantanément comme un baume apaisant sur les remords qui me rongent. Je m’en veux de le voir se mettre dans un état pareil. D’une main sur son visage, je l’oblige à se reculer afin de pouvoir le regarder dans les yeux.
— Tu te sens mieux ?
À peine le dernier mot est-il prononcé qu’il acquiesce. Est-ce la vérité ou souhaite-t-il simplement me rassurer ? Je ne le saurai probablement jamais. Un dernier baiser sur son front et je le dépose au sol. Pendant le trajet jusqu’à sa salle de classe, il refuse de s’éloigner de moi. Alors je continue à avancer comme je peux avec Jacy arrimé à ma jambe.
— Allez, viens par-là que je t’aide à enlever ton manteau, dis-je dès que nous sommes à l’intérieur.
Refusant toujours de me lâcher, sa main encore agrippée à mon manteau, je me démène pour l’extirper de celui-ci ainsi que de son bonnet et de ses gants.
— Tu veux bien accrocher ça pour moi à ton porte-manteau, s’il te plaît ?
Il récupère ses affaires avant de faire ce que je lui ai demandé, sans pour autant me quitter. La jeune femme aux longs cheveux roux qui se tient dans l’encadrement de la porte sourit en le voyant faire. Deux ans que madame Davina est son enseignante, et je ne peux que m’en réjouir. Malgré son jeune âge, c’est une personne de confiance et compréhensive. Ce qui, à l'inverse des idées reçues, est loin d’être le cas de toutes les personnes exerçant ce métier.
Voyant que le hall d’entrée est désormais vide, je grimace. Arrivé à l’heure et déjà en train de retarder le début du « cours ». Je n’ai jamais pu laisser Jacy à l’école lorsqu’il lui arrivait de me faire de grosses crises de larmes. Loin d’être de simples caprices, je discernais une véritable détresse cachée derrière celles-ci. En sachant qu’il refuse de s’éloigner de moi depuis plus de dix minutes, je me doute bien qu’aujourd’hui, les choses ne vont pas être simples.
Une fois de plus, je m’accroupis pour être à sa hauteur.
— Tu me fais un dernier bisou avant d’y aller ?
Ma voix a beau être douce, elle tremble autant que mon corps. Sans me laisser le temps de respirer, Jacy se jette contre moi.
— Je t’aime, éhan, chuchote-t-il, ses bras se refermant autour de mon cou.
Seigneur, j’ai l’impression de suffoquer tant la pression à l’intérieur de mon corps semble impossible à contenir. Sa façon qu’il a de prononcer mon nom m’a toujours fait rire. Il a encore du mal à prononcer le « J », ce qui fait que j’ai hérité d’ « éhan ». Il le dit avec tellement de fierté que, loin d’être ridicule, je le trouve touchant.
— Je t’aime aussi, mon bonhomme, n’en doute jamais.
Je souffle ces paroles, le cœur à la fois serré et battant à vive allure. Mes lèvres frôlent son front et je m’écarte. Il m’adresse un sourire avant de dire bonjour à la femme qui attendait son arrivée, puis entre dans la salle. L’esprit en déroute, je me détourne, prêt à partir, quand une boule d’énergie fonce sur mes jambes. Passant une main dans sa tignasse blonde, je lance un regard d’excuse à madame Davina qui me signifie d’un geste de la main que ce n’est pas grave.
— Tu… venir… promets.
Sa phrase est tellement étouffée contre mon manteau que j’ai dû mal à la comprendre.
— Répète-moi ça sans manger mon manteau, Jacy, parce que je ne comprends strictement rien.
Ses yeux marron encore bouffis se relèvent vers moi. Je le vois se mordiller la lèvre avant qu’il ne répète :
— Tu reviens me chercher, promis ?
— Est-ce que je t’ai déjà laissé ici ?
Lorsqu’il secoue la tête, je poursuis :
— Jamais je ne te laisserai, Jacy, d’accord ? À midi comme tous les jours, je serai devant la porte à t’attendre.
Ces simples mots l’ayant rassuré, il repart dans sa classe aussi vite qu’il est venu, sous le regard tendre et amusé de son enseignante. Un dernier signe de la main et je m’éclipse.
***
Arrivé chez moi, j’accroche le manteau dans l’entrée et manque de sursauter lorsque la sonnerie de mon téléphone retentit. Sachant d’avance qui appelle, je ne prends pas la peine de vérifier et décroche.
— J’hésite…, commence-t-elle.
— Quelles sont les options ?
— Bottage de fesse en règle parce que tu as osé faire pleurer l’amour de ma vie avec tes idées stupides, ou alors…
Je ne retiens pas mon grognement d’irritation. Izie n’a jamais compris pourquoi je tiens tellement à ce que Jacy ne m’appelle pas Papa. D’après elle, c’est une erreur. J’ai beau lui avoir expliqué maintes et maintes fois que je ne voulais pas que Jacy oublie ses parents ; chaque fois, elle s’est contentée de secouer la tête en me traitant de sombre idiot.
— Ou alors tu me laisses vivre en paix, et mener ma vie de famille comme je l’entends.
Son ricanement ironique à la fin de ma phrase ne me surprend pas.
— Non, tu mérites au moins un peu de souffrance, ne serait-ce que pour avoir provoqué ses larmes.
— Tu sais bien que je n’aime pas le voir dans des états pareils, Izie.
— Je n’ai pas dit le contraire. La seule chose que je peux te reprocher, c’est d’être un sombre idiot !
Elle ne peut pas résister à l’envie de me balancer cette insulte à tout va. C’est plus fort qu’elle !
— Pour la peine, tu dois m’accompagner au centre commercial, cet après-midi ! reprend-elle.
Autant me refiler une corde tout de suite...
Faire les magasins avec Izie est la dernière chose dont je me sens capable ces jours-ci. J’ai déjà du mal à la suivre lorsque tout va bien alors aujourd’hui, je n’ose même pas songer au désastre. Qui plus est, je ne vois pas le rapport entre Jacy et son escapade !
— Tu n’as pas le droit de te défiler ! Tu me dois au moins ça ! renchérit-elle.
— Ah bon ? Et pourquoi donc ? En plus, je ne vois pas le rapport entre Jacy et servir de porte-sacs pour tes achats.
— Parce que je te supporte depuis trop longtemps, et que Ludo rentre ce soir. J’ai besoin d’une nouvelle tenue. Allez, Jehan, promis, je ne traînerai pas plus que nécessaire.
Mordillant nerveusement l’intérieur de mes joues, je laisse un petit silence planer entre nous. J’ai horreur des centres commerciaux, c’est bondé. Plus il y a foule, plus je suis mal à l’aise. J’ignore depuis quand je suis devenu comme ça, toutefois c’est un fait établi. Et je n’ai vraiment pas envie de sortir…
— Pour me faire pardonner de la séance de torture que je t’inflige, je t’offre un excellent chocolat chaud ! conclut-elle sur un ton plus enjoué.
Une réponse indistincte glisse furtivement entre mes lèvres, alors que mes tripes se tordent. Peu importe ce que je dirai, peu importe mes choix, Izie ne laissera rien passer aujourd’hui. Je l’entends dans les notes d’espoir et de joie qui transparaissent dans ses mots. Discuter avec elle quand elle a une idée précise en tête est aussi plaisant que de parler à un mur. Elle n’entendra aucune de mes paroles et se concentrera seulement sur ce qu’elle a en tête.
***
Soufflant sur le liquide chaud contenu dans le gobelet en plastique pour ne pas me brûler, j’essaie de faire abstraction du bruit qui m’entoure et me concentre sur la voix d’Izie. Bien que ce chocolat chaud soit excellent, à cet instant je regrette d’être là où je suis. Comment, une fois encore, a-t-elle pu réussir à me traîner ici ? Elle est définitivement la seule qui arrive à me faire bouger les fesses, même lorsque je n’en ai pas envie. Peut-être est-ce...

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