Julie
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Description

Nous nous étions connus sur les bancs de la maternelle et, comme beaucoup d’enfants, nous avions fait le serment de nous marier quand nous serions grands. Mais n’était-il pas un peu tôt pour ce genre de promesse ? Apparemment non, puisque quelques années plus tard, nous l’avions vraiment fait.Dix-huit ans après, je n’étais plus satisfaite de cette union presque amicale, alors je décidai que nous devions nous séparer et Thomas accepta presque immédiatement.Ma rencontre avec Greg m’aida à envisager un avenir plus serein, à retrouver une certaine joie de vivre. Au fil de nos escapades – Bruxelles, Mons, Paris et pour finir Venise – nous nous étions considérablement rapprochés et commencions à faire des projets, mais un grain de sable dans ce beau rouage viendra tout anéantir.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 28 septembre 2016
Nombre de lectures 8
EAN13 9782365384551
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0250€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

JULIE
Brigitte BAUMONT
 
www.rebelleeditions.com  
Chapitre 1
Mon histoire n’était en rien exceptionnelle, même si elle n’avait pas commencé comme les autres. Elle ressemblait, en partie seulement, à l’histoire de n’importe quelle fille : on est jeune, on tombe amoureuse, on souffre et on retombe amoureuse parce qu’on a trouvé celui qui, semble-t-il, nous correspond. Sauf que dans mon cas, je n’avais rien connu de tel ; personne n’était entré dans ma vie et personne n’en était ressorti, à part Thomas. J’avais pensé à ce moment-là que nous étions faits l’un pour l’autre, qu’il ne pouvait pas en être autrement et, bien sûr aujourd’hui, en faisant le point, il était clair que je m’étais trompée.
Nous nous étions mariés assez tard, pas pressés du tout de faire comme nos parents. Nous formions un couple harmonieux, tranquille, avec deux beaux enfants : des jumeaux, une fille, Jennifer et un garçon, Benjamin. Que demander de plus. Nous nous connaissions depuis toujours, mais ce fut lors d’une manifestation sportive que nous avions vraiment pris conscience de notre attirance, nous n’avions que treize ans, et c’était encore très jeune. Toutefois, ce fut à partir de ce jour que nous ne nous étions plus quittés et avions décidé que nous, c’était pour la vie, ce qui avait eu pour effet de faire doucement sourire nos parents. Depuis tout allait bien, et jusqu’à aujourd’hui, c’était encore le cas, mais l’usure du temps, la monotonie de la vie de couple, le travail de Thomas, les enfants et les soucis du quotidien avaient eu raison de cette belle harmonie.
Allongée sur un des transats du jardin, mon regard s’était accroché dans le vert profond de notre grand sapin. Nous l’avions planté pour le premier Noël des jumeaux, comme un symbole de longévité. Il était magnifique et je m’étais perdue dans ses ramures. Je passais en revue les évènements des derniers mois, qui avaient contribué à alimenter cette morosité et cette subite prise de conscience de ma part. Oui, je dis bien « de ma part », parce que mon mari ne semblait en aucun cas concerné.
Thomas, complètement absorbé par son travail, rentrait de plus en plus tard. Il alignait les réunions, les heures supplémentaires, etc. Bien sûr, grâce à cela, nous ne manquions de rien, d’autant plus que j’avais tout arrêté – études et travail – pour m’occuper des jumeaux, il fallait donc remplacer ce manque de revenus. Nous avions donc acheté cette jolie maison après leur naissance ; notre appartement n’étant pas suffisamment grand pour quatre. Ils y avaient grandi, s’étaient développés harmonieusement dans ce petit jardin spécialement aménagé pour eux et recevaient leurs copains d’école à chaque anniversaire. Ce n’était pas toujours facile, les garçons et les filles devaient cohabiter pour cette fête commune et les chamailleries ne manquaient pas. Mais tous revenaient avec plaisir l’année suivante, à la grande satisfaction des jumeaux. Depuis cette année, ils avaient décrété qu’il n’y aurait plus d’invitations, ils se disaient trop grands. Quinze ans était un âge critique ; plus assez petit et pas assez grand. J’avais compris qu’ils auraient souhaité faire la fête, mais sans nous et surtout hors de la maison. Nous les considérions trop jeunes pour cela, à leur grand regret.
En réfléchissant plus profondément, je me rendais compte que, peut-être, les journées à rallonge que Thomas s’octroyait au bureau lui permettaient sûrement de s’évader du malaise ambiant. Nos enfants se sentaient incompris, Thomas n’assumait pas cet état de fait et encore moins son rôle de père et moi, au milieu de cette mêlée, je me sentais la méchante maman qui leur refusait tout. C’était devenu insupportable, presque invivable.
Chapitre 2
— Maman, où est mon T-shirt ?
— Lequel, ma chérie ?
— Le rose fluo…
Campée sur ses deux jambes devant la porte-fenêtre du séjour, les bras croisés et sa tête des mauvais jours, ma fille, ma douce Jennifer, venait de me rappeler brutalement à l’ordre et c’était peut-être mieux comme ça. Ressasser ne donnait rien et surtout ne m’apportait aucune solution, sans la participation et les précieux conseils de Thomas. Je remis donc mon analyse à plus tard.
— J’arrive, me contentai-je de répondre, sans plus de commentaires.
Une fois rentrée, me souvenant que le vêtement en question n’était pas lavé et pour cause, je lui demandai tout simplement :
— Et où as-tu mis ton T-shirt ?
— Mais dans la panière, évidemment !
— Et tu ne me l’as pas dit…
Je n’en rajoutai pas, je ne voulais pas l’énerver davantage, elle l’était déjà suffisamment, mais comment laver quelque chose que je n’avais pas vu et comment savoir qu’elle souhaiterait le remettre de suite.
— Alors ?
— Eh bien, il est toujours là où tu l’as mis…
— J’en ai marre de cette maison…
Il était hors de question qu’elle me manque de respect à ce point, je n’étais pas une copine. Je trouvais son attitude tout à fait déplacée et le lui rappelai.
— Si tu me l’avais dit, je l’aurais lavé, tu le sais très bien. Et puis, qu’est-ce qui t’empêche d’en acheter un autre, le même par exemple, si tu souhaites ne porter que ce genre-là !
Sur ces entrefaites et n’ayant pas du tout suivi la conversation, Benjamin, mon fils, se sentit obligé de voler à mon secours, ce qui, forcément, envenima la situation.
— Qu’est-ce que t’as encore après maman ?
— Oh toi, ça va, hein ! Arrête de la défendre.
— Quand tu arrêteras de défendre papa…
Et voilà, c’était reparti. Ils s’entendaient pourtant tellement bien, avaient une merveilleuse complicité, mais lorsqu’il s’agissait de nous, les parents, chacun avait sa préférence et ça n’en finissait plus.
— Stop, tous les deux. Jennie, prends un autre T-shirt et on verra pour t’acheter le même plus tard.
— Et ne m’appelle pas Jennie !
Bon, maintenant il ne fallait plus l’appeler Jennie. Elle sortit de la pièce en claquant la porte, telle une furie. Elle était encore en pleine crise d’adolescence et j’en faisais les frais. Ben passait cette période avec beaucoup plus de sagesse et de philosophie. Très tôt, Thomas avait fait une légère différence entre nos deux enfants. Comme tous les pères ou presque, il préférait sa fille sans véritablement l’admettre, ce qui m’avait naturellement poussée vers Ben. Je les aimais autant l’un que l’autre, mais apparemment, ce n’était pas perçu comme tel, ni pour l’un ni pour l’autre.
L’épisode houleux passé, j’allai récupérer le T-shirt de ma fille dans la corbeille à linge et entrepris de le laver. Il serait sec très vite avec la chaleur que nous avions en cette fin du mois de mai. Depuis le début du printemps, les fleurs s’ouvraient les unes après les autres ; les rues et les fenêtres décorées prenaient de belles couleurs. C’était plutôt agréable, l’hiver ayant été particulièrement froid. La neige avait paralysé la ville encore cette année et la venue d’un peu de chaleur ne nous faisait pas de mal. Ce beau temps ne tiendrait pas jusqu’à l’automne, nous le savions, alors autant en profiter maintenant.
En fixant le vêtement sur le fil pour qu’il sèche, je me demandais si le mieux pour moi ne serait pas de reprendre mes études, ou simplement de me trouver un travail. Je commençais à tourner en rond dans cette maison et les jumeaux pouvant se suffire à eux-mêmes, je ne leur manquerais pas. J’en parlerais à Thomas dès ce soir. M’écouterait-il ? Me comprendrait-il ? Autant de questions qui prirent mon esprit d’assaut pour ne plus me lâcher jusqu’au repas du soir.
Il était 20 heures, nous avions presque terminé de manger, Thomas n’était toujours pas rentré, et même pas un appel pour prévenir. Il ne m’était pas venu une seule fois à l’idée qu’il aurait pu avoir un accident, nous n’habitions pas suffisamment loin de son bureau, ou qu’il pourrait avoir quelqu’un, jamais je n’aurais pu l’imaginer et sur ce dernier point, je sentais que ça ne me dérangerait même pas. Cette constatation ne me parut pas très normale, mais c’était vraiment ce que je ressentais. Il travaillait, voilà tout. Toutefois, je me disais qu’il aurait quand même pu téléphoner, au moins pour ses enfants. Ils devaient manger suffisamment tôt, pour revoir une dernière fois les cours du lendemain ; ils en avaient tellement à revoir. Ce jour-là, j’avais décidé de prendre le repas avec eux, ils mangeaient trop souvent sans nous.
Une fois la table débarrassée et la vaisselle rangée, j’installai le couvert pour Thomas et attendis sagement dans le salon avec un livre. Ce fut à 20 heures 30 qu’il rentra enfin, en me lançant un simple bonsoir. À peine son attaché-case posé, presque jeté, sur le fauteuil le plus proche de l’entrée du salon, il s’attabla et commença de dîner, sans un mot, sans même un regard vers moi. J’essayai d’engager la conversation, mais elle retomba comme un soufflé.
— Je suis fatigué, me dit-il.
— Je comprends. Mais tu pourrais travailler moins ?
— Et qui paiera les factures ?
Il n’aurait jamais dû me répondre cela, je m’engouffrai vivement dans la brèche qu’il venait d’ouvrir. Sans le savoir, il me déroulait le tapis rouge. C’était exactement le moment d’en parler, et je me lançai :
— Justement, à propos de factures et du moyen de les payer, j’avais pensé que je pourrais retravailler…
— Tu n’y penses pas. Et qui s’occupera de la maison, des enfants…
— Mais les enfants sont grands maintenant, ils se débrouillent tout seuls, ils n’ont plus besoin de moi en journée. Quant à la maison, je ne serai pas la première ni la seule femme qui travaille, tu sais.
La façon que Thomas avait de m’entendre sans m’écouter me peinait. Que nous arrivait-il ? Le dialogue entre nous avait perdu de sa finesse, de sa bonne entente, nous étions comme des étrangers, mais surtout j’avais l’impression de n’être là que pour les servir. Ce n’était pas trop dans mon plan de carrière, d’autant plus que nous en avions déjà parlé avant la naissance des jumeaux : nous étions d’accord sur le fait que, lorsqu’ils seraient capables de se gérer eux-mêmes, je pourrais soit reprendre mes études, soit retravailler. Mais là, pour soulager Thomas, il ne me restait que l’option de me trouver un travail. En fait, je ne me voyais plus suivre des cours, je me sentais légèrement dépassée. À quarante ans à peine, je me retrouvais en marge, et j’imaginais déjà les regrets prendre le pas.
— Et que comptes-tu trouver comme travail ? Tu n’as pas de diplôme, que je sache.
— Alors ça, c’est pas sympa…
— Excuse-moi…
— Tu peux… parce que n’oublie pas que j’ai arrêté pour les enfants, pas parce que je n’avais plus envie de travailler ou d’étudier.
— Je sais…
— Je vais débarrasser, tu as fini ?
— Oui, c’est bon. Je vais me coucher, je suis crevé.
Et sur ces bonnes paroles, Thomas quitta la cuisine, sans un mot de plus. Je débarrassai à nouveau la table, rangeai les vestiges du dernier repas de la journée et montai dans notre chambre. Thomas se trouvant encore dans la salle de bains, je décidai de l’attendre, assise sur le lit. Quand il sortit en tenue de nuit, je lui lançai :
— Thomas, il faut qu’on parle.
— Encore ? Et à propos de quoi, cette fois ?
— À propos de nous…
— Ah, Julie… ne recommence pas.
— On ne fait que se disputer et encore quand on arrive à se voir. Je ne peux plus continuer comme ça.
— Tous les couples se disputent et c’est pas pour ça qu’ils ne continuent pas, qu’ils ne restent pas ensemble, même s’ils s’aiment un peu moins qu’au début.
— Ça ne m’intéresse pas, ça ne me suffit plus. Je ne veux pas passer à côté d’une autre chance d’être heureuse… sans l’avoir saisie. Toi et moi, ça ne va plus du tout.
— Essayons pour les enfants…
Comme je ne répondais pas, il continua :
— Tu veux quoi alors ?
— Je veux qu’on se sépare !
— Tu veux ? Et si moi je ne veux pas ?
— C’est mieux pour tout le monde.
— Non, c’est mieux pour toi. Tu as quelqu’un ?
Mais c’était quoi cette question ? D’où lui venait l’idée que je pouvais aller voir ailleurs ?
— C’est méchant.
— C’était juste une question.
— Alors non, je n’ai personne, mais franchement, nous ne sommes plus un couple, il n’y a plus rien entre nous. Ça fait combien… deux mois ? Trois mois ? Je ne sais même plus depuis quand tu ne m’as pas touchée ?
Faisant le geste de s’approcher, je levai la main pour le stopper. C’était un peu tard, trop tard.
— Pourquoi ?
— Pourquoi quoi ?
— Pourquoi se séparer ? On peut retourner voir cette conseillère…
— On a déjà essayé, ça n’a rien donné…
— On peut essayer à nouveau ?
— Non, c’est trop tard ! Cette vie me détruit et finira par nous détruire tous les quatre.
— Que comptes-tu faire ?
— Je vais chercher du travail, c’est une priorité.
Thomas semblait réfléchir, il ne s’attendait certainement pas à ce flot d’informations et il restait assis sur le lit, pas très loin de moi, sans toutefois s’approcher. Je lui en savais gré, je ne voulais pas, je ne voulais plus. Quelque chose s’était brisé ou peut-être usé et rien n’aurait pu ramener notre couple sur la bonne voie. La flamme s’était éteinte, tout simplement.
— Comment ça nous est arrivé ?
— Je ne sais pas…
— Ce n’était pas si mal, nous deux.
— Non, pas si mal.
— En attendant, je vais aller dormir dans la chambre d’amis, me dit-il à court d’arguments.
— D’accord.
— Ensuite, je me chercherai un appart… les enfants ont plus besoin de toi que de moi.
— Alors ça, c’est faux…
— Peut-être… mais c’est mieux pour eux qu’ils restent dans leur maison et que tu y restes aussi.
— On leur dira seulement quand tu auras trouvé un logement.
— Comme tu veux !
Chapitre 3
Je passai la nuit à me tourner et à me retourner et ce fut à 4 heures du matin que le sommeil me captura. Malheureusement à 7 heures, il fallait être dispo pour les enfants et ce fut la tête un peu embrumée que j’arrivai dans la cuisine. Jennifer le remarqua aussitôt.
— Maman !!!
— J’ai mal dormi.
— Et papa ? Il n’est pas là ?
— Je ne sais pas, je ne l’ai pas entendu partir.
— Il a dormi dans la chambre d’amis ?
— Ah bon !
— Maman, je ne suis plus une petite fille. Je vous ai entendus hier soir.
— Je sais que tu n’es plus une petite fille…
— Vous allez divorcer ?
Je restai sans voix. Jennifer nous avait apparemment entendus parler. Son analyse était tout à fait correcte, et sa déduction paraissait on ne peut plus juste, quoique un peu prématurée.
— Pour l’instant, nous restons ensemble, mais nous vous en parlerons ce soir, quand nous serons réunis tous les quatre. Je préfère que ton père soit là.
— D’accord, c’est comme vous voulez.
— Ne t’inquiète pas, ma puce, nous ferons au mieux pour vous.
Jennie me regarda avec un air que je ne lui connaissais pas ou plutôt qu’elle n’avait plus depuis longtemps : le regard de l’enfance, le regard de la petite fille apeurée, inquiète d’être abandonnée. Je fis un pas vers elle, mais elle se leva prestement et quitta la pièce en me disant qu’elle partait en cours.
Benjamin arriva peu de temps après Jennifer, ne remarqua rien, tant mieux et à peine eut-il avalé son petit-déjeuner, qu’il sortit à son tour et je me retrouvai seule, une fois de plus.
J’ignorais comment j’avais pu tenir comme ça, sans rien dire, sans rien faire, mais le quotidien insipide que je vivais journellement me pesait encore plus ce matin. J’explosai et m’écroulai sur une chaise de la cuisine où je pleurai à chaudes larmes. Thomas avait raison, comment en étions-nous arrivés là ? Nous nous entendions tellement bien et, pourtant, les jours, les mois et les années avaient tout détruit de notre beau rêve d’adolescents. Je fis rapidement ce que j’avais prévu et je quittai la maison. Les enfants ne rentraient pas à midi ; de ce fait, j’avais la journée pour moi toute seule, alors il fallait que je l’emploie et de bonne façon. Le repassage, la lessive, la préparation des repas… tout ce qui illuminait ma vie de femme au foyer pouvait attendre. Je laissai cela de côté, sans aucun regret.
Je pris mon portable et téléphonai à mon amie Franziska. J’avais besoin de parler à quelqu’un et elle saurait me conseiller, comme elle l’avait toujours fait, et me dire ce que je souhaitais entendre pour adoucir la situation. Je lui avais confié, depuis quelque temps déjà, que mon couple battait de l’aile, que je n’arrivais plus à aller vers Thomas, qu’il était certainement trop tard pour changer quoi que ce soit et elle était tout à fait d’accord avec moi. Je lui demandai si on pouvait se voir ; mais impossible, elle était désolée, parce qu’elle se trouvait à ce moment précis en rendez-vous chez le dentiste et ne serait pas disponible avant une bonne heure.
— Surtout ne t’en fais pas, je vais en profiter pour aller rendre une petite visite à mon amie Georgina, ça doit faire un mois qu’on ne s’est pas vues.
— Passe-lui le bonjour et embrasse-la pour moi.
— Je n’y manquerai pas. À tout à l’heure. Même endroit ?
— Même endroit, dans une bonne heure. Prends ton temps, je t’attendrai si tu es en retard.
Lorsque j’arrivai chez Georgina, je constatai qu’elle n’était pas seule. Son fils était présent et m’accueillit avec un franc sourire, comme toujours.
— Salut Jérôme, comment vas-tu ?
— Salut Julie, je vais bien et toi ?
— Ça pourrait aller mieux… mais dans l’ensemble, je n’ai pas à me plaindre.
— Bonjour Julie, intervint Georgina, qui revenait de la cuisine. Qu’est-ce que j’entends, un problème ?
— Bonjour Georgina. On ne peut rien vous cacher. En fait, ce n’est pas vraiment une surprise, je vous en ai déjà parlé.
— Et cette fois, je sens que c’est plus grave.
J’avais toujours plus ou moins confié mes problèmes à Georgina, je la connaissais depuis tellement longtemps, bien avant Franziska. Elle m’avait aussi confié les siens, toutefois il y avait prescription, parce qu’ils remontaient à beaucoup trop d’années. Mais les cicatrices qu’avaient engendrées toutes ces contrariétés lui avaient fait un mal incroyable, et c’était peu dire. Je savais qu’à travers les conseils qu’elle me donnait, les pansements qu’elle mettait sur mes blessures, toutes ces petites attentions qu’elle me prodiguait lui servaient également à faire disparaître les siennes.
Quant à Jérôme, il était au courant de presque tout me concernant et c’était réciproque. Il avait eu une vie particulièrement bien remplie, malgré son âge, mais semblait le vivre sereinement. Je me doutais que ses conseils, à la suite de mes confidences à venir, seraient de la même veine que ceux qu’on lui avait donnés quand il avait divorcé.
Suite à la conversation que nous avions eue tous les trois, je me sentais prête à tout et surtout prête à ne pas me laisser submerger par cette vague de tristesse qui menaçait de m’engloutir. Je devais lutter pour garder ma joie de vivre et ce fut, le cœur gonflé, que je partais rejoindre Franziska à notre point de rencontre habituel. Je la retrouvai, comme convenu, au café donnant sur la place de la mairie et je m’installai juste à côté d’elle. La conversation devait rester entre nous, inutile d’en faire part à la ville entière, nous devions rester discrètes. Je l’informai bien sûr que Georgina était au courant, ainsi que son fils, mais qu’il n’y avait pas de soucis de ce côté, le secret serait bien gardé.
Après avoir commandé notre boisson préférée à toutes les deux : du café – même si nous faisions quelquefois une entorse à la règle en prenant un cappuccino – Franziska prit la parole :
— Alors, qu’est-ce qui ne va pas, ma belle ? Tu sais que tu m’inquiètes…
— D’abord, toi, comment vas-tu ? Et Nathan ?
— Pour nous, tout va bien, ne t’en fais pas. Donc, dis-moi… ne me fais pas languir, je m’attends au pire, j’espère que je me trompe, s’impatienta-t-elle.
Et je lui racontai tout ce qui avait changé depuis notre dernière rencontre. Je terminai mon monologue en lui annonçant la couleur :
— Nous allons nous séparer. Il va chercher un appartement et nous laisser la maison.
— Les enfants seront mieux avec toi, ponctua-t-elle.
— C’est exactement ce qu’il m’a dit. Mais c’est faux, ils ont autant besoin de leur père que de leur mère.
— Il pourra toujours les prendre le week-end et pendant les vacances, mais pour l’instant, c’est mieux qu’ils soient avec toi, dans leur maison. Et puis ce n’est que pour un temps, ils ont… combien déjà ?
— Ils ont eu quinze ans cette année…
— Alors ils sont grands, ils peuvent comprendre. Ils ne seront pas les premiers, ni les derniers à avoir des parents divorcés.
Elle me regardait tristement, ne sachant pas trop si elle m’avait convaincue ou pas. Elle reprit :
— Et ensuite ?
— Je dois trouver du travail et ça, c’est le plus compliqué. Je n’ai aucun diplôme.
— Mais tu as commencé quelque chose, tu m’avais parlé de…
— Oui, pour être clerc de notaire. Mais je n’ai pas très envie de reprendre mes études. Et vu la conjoncture actuelle, ils ne m’embaucheront jamais sans diplôme. Je suis dans l’impasse.
— Tu peux toujours essayer. Ça ne coûte rien.
— Oui, je peux toujours et, sois tranquille, je vais le faire.
Nous parlâmes encore longuement de ma décision et Franziska me trouva particulièrement courageuse, puisque c’était moi qui avais souhaité notre séparation.
— Tu sais, Thomas aurait pu continuer à vivre comme ça indéfiniment. Il était dans la routine, tout se passait bien. Une maison, une femme, des enfants… pourquoi pas un chien aussi !
— Je vois, sourit-elle. Ne t’en fais pas, tu vas trouver du travail, tu vas te refaire une santé, morale bien sûr et dans quelque temps, tu te diras que c’était la meilleure solution.
— Je l’espère. De toute façon, il est hors de question que je continue. J’ai l’impression d’être enterrée vivante, de ne plus servir à rien.
— Ce que je remarque surtout en t’écoutant, c’est que tu oublies Thomas et son attitude.
— Comment ça ?
— Je veux dire que tu n’as plus envie d’aller vers lui, mais lui, vient-il vers toi ? Fait-il des efforts pour se rapprocher ?
Je restai sans voix, Franziska avait touché un point sensible, elle avait vu juste. Si je ne me sentais plus attirée par Thomas, c’était peut-être tout simplement parce qu’il ne se comportait plus de la même façon qu’avant. Il n’était visiblement plus intéressé et je comprenais brutalement que, même si j’avais essayé de ressouder notre couple, rien n’aurait changé. Je n’étais plus attirée par lui et réciproquement. En quelques mots suggérés, mon amie m’avait mis sur la voie et avait trouvé l’explication de ce qui n’allait pas dans mon couple. La question restait quand même ancrée en moi : qu’est-ce qui avait provoqué cette rupture, cet éloignement ? Thomas avait raison, comment en étions-nous arrivés là ? Comme toujours je n’allais pas tarder à l’apprendre, ce qui devait fixer définitivement notre avenir commun, au grand désespoir de nos enfants.
Je donnai mon point de vue à Franziska et elle fit vraiment tout pour m’aider, en m’expliquant et en me répétant que je n’étais pas la seule dans ce cas et que je m’en sortirais, alors au fil de la conversation, je me sentais mieux. J’avais moins d’incertitudes dans l’avenir, même sans Thomas, je voyais les choses différemment, plus claires, plus simples ; tout se dessinait dans ma tête. Georgina et Franziska avaient réussi ce tour de force.
— Le mois prochain, Nathan et moi participons à un voyage en Allemagne, à Landshut, tu veux venir avec nous ?
— C’est un peu tôt et je ne peux pas laisser les enfants, je crois que vous partez plusieurs jours ?
— Oui, ça fait cinq jours complets avec l’aller et le retour.
— Alors non, merci. Par contre, si tu vas en Belgique, là, c’est d’accord. Sur une journée ou un week-end, ça peut aller, mais pas plus. Enfin, pas pour l’instant. Si Thomas veut s’occuper des enfants, évidemment. Ça me fera déjà du bien.
— OK. Je te fais signe lorsque l’association en décide un. Je pense que ça ne va plus tarder, il y a longtemps qu’ils n’en ont pas fait. Et puis les beaux jours sont revenus, les projets commencent à fleurir. Il reste toujours la solution d’y aller ensemble, nous n’avons besoin de personne pour partir en Belgique, c’est quand même mon pays, me sourit-elle avec un clin d’œil rempli de fierté.
— Oui, je sais. Merci, répondis-je en lui rendant son sourire.
— Ne me remercie pas, c’est normal. Sinon, à quoi serviraient les amies…
Et puis, nous décidâmes de changer de sujet. Elle me parla longuement du mariage de l’ex-belle-sœur de Nathan, Bénédicte, avec Éric.
— Tu ne la connais pas ? Elle travaillait avec son mari, il était expert-comptable. Ils venaient de Paris et s’étaient installés à Margny, depuis quelques années déjà.
— Non, ça ne me dit rien. Tu sais, Margny n’est peut-être pas une grande ville, mais on ne peut pas connaître tout le monde. Et puis, quand on ne travaille pas, on ne rencontre personne…
Elle posa sa main sur la mienne en exerçant une douce pression, comme pour me faire comprendre qu’elle me soutenait autant qu’il était possible de le faire et, consciente de sa sincérité autant que de sa gentillesse, je la remerciai encore par un sourire accompagné d’un battement de cils.
— C’est certain. Ils ont fait deux mariages en même temps ; celui de son amie Claudia et le sien.
— Génial.
— Tu ne connais vraiment pas l’histoire ? Je ne t’en ai jamais parlé ?
— Non ! Ça ne me dit vraiment rien. Je me rappelle juste que vous êtes allés à un mariage. Mais raconte, ça me changera les idées. Un peu de bonheur, même chez les autres, ne me fera pas de mal.
— Du bonheur, sourit-elle, elles n’en ont pas toujours eu… Bénédicte et Mathieu habitaient Paris, c’était un couple très heureux, et finalement, quelque temps après leur installation à Margny, les choses se sont gâtées. Elle a beaucoup souffert et son amie Claudia aussi.
Et Franziska entreprit de me raconter dans les grandes lignes la surprenante découverte 1 qu’avait fait Bénédicte, en trouvant son mari et le frère de Nathan ensemble, dans un motel, pas très loin de Compiègne. J’étais quand même étonnée de n’avoir rien su de cette histoire, elle n’était quand même pas banale. Toutefois rien n’avait transpiré. Je me souvenais très bien que Franziska avait été invitée à ce mariage, mais peut-être qu’à ce moment-là, elle n’avait pas osé m’en parler, par pudeur ou par respect. Mais elle ajouta que Bénédicte et Claudia avaient volontairement convié Nathan et donc Franziska, sachant pertinemment que Mathieu et Anthony, le frère de Nathan, le sauraient un jour ou l’autre.
— Je crois qu’on ne peut pas imaginer une chose pareille, même si on peut tout imaginer maintenant. Déjà que c’est assez difficile quand ton mari te trompe avec une autre femme, alors avec un homme, on se dit « mais qu’est-ce que j’ai loupé ? ».
— On peut penser aussi qu’on aurait dû le voir, le sentir, c’est tellement dingue.
— Et inhabituel aussi. Mais franchement, je n’en ai jamais entendu parler.
— Bénédicte est heureuse maintenant avec son Éric, c’est vrai qu’il est adorable avec elle… bon, il est gentil avec tout le monde en fait.
— Et son amie ?
— Claudia est heureuse également. Il s’appelle Guillaume et c’est un amour lui aussi. Elles sont vraiment bien tombées, comme on dit. Mais elles ont vécu des périodes très difficiles. Un moment, on a même eu très peur pour Claudia, elle semblait se laisser glisser, un peu comme si elle voulait mourir.
— Mince, mais elle aurait eu tort puisque tu dis qu’elle est super heureuse maintenant.
— C’était vraiment à deux doigts… Bénédicte a été d’un grand secours pour elle.
— Bénédicte ? Mais… elle souffrait elle aussi, dis-je à Franziska avec étonnement.
— C’est vrai, mais elle disait toujours, plus je pense à Claudia et à sa tristesse, moins je pense à la mienne.
— Il paraît que ça fonctionne comme ça, mais ce n’est pas simple à appliquer. Quelle force de caractère, cette Bénédicte.
— C’est sûrement ce qui les a sauvées toutes les deux.
Plus je réfléchissais et plus je me disais que cette histoire devait être antérieure à ma rencontre avec Franziska. En fait, tout ce que je savais, c’était elle qui me l’avait raconté, quand nous avions commencé à nous confier nos petits secrets. Elle m’avait parlé des siens, et je me souvenais m’être fait la réflexion, à ce moment-là, que sa vie, longtemps avant Nathan, n’était pas du tout enviable. Elle avait terriblement souffert elle aussi.
Et après un bavardage d’une heure encore, sur les problèmes des uns et des autres, qui nous ramenèrent inévitablement au mien, nous décidâmes de nous séparer. Il était temps pour moi de partir à la recherche de ce travail, qui pourrait me permettre de m’en sortir financièrement, même si je savais que Thomas participerait en grande partie aux besoins de ses enfants.
Chapitre 4
Avant de retrouver Franziska, j’avais garé ma voiture sur un des parkings gratuits, près du château, et j’entrepris d’aller à pied du café à l’étude notariale. Ce n’était qu’à quelques pas du centre-ville. En arrivant au début de la rue de Pierrefonds, je perçus comme des éclats de voix. Je tendis l’oreille, regardai d’où provenait le chahut et aperçus deux personnes.
— Madame… commençait un homme.
— Quoi, madame ! Mais enfin monsieur, vous lui parlez comme à un chien… continuait une petite dame relativement âgée.
— Mais madame, c’est un chien… se défendait-il.
— Eh bien, ce n’est pas une raison, expliquait-elle.
Je souris malgré moi, comme le monsieur sur l’autre trottoir, qui s’était carrément arrêté pour regarder et surtout écouter. Je décidai qu’il valait mieux ne pas se mêler de leur conversation, ils se retrouveraient très vite sur un même terrain d’entente. Ils étaient apparemment dingues de chiens, d’après ce que je crus entendre en m’éloignant. L’homme voulait tout simplement faire obéir son chien et la petite dame avait pensé qu’il le martyrisait. Je me retournai une dernière fois et constatai que la conversation avait retrouvé une certaine stabilité ; ils étaient tout sourire.
Tant mieux !
Sans m’en rendre compte, j’étais arrivée devant l’office notarial. Ce n’était vraiment pas loin. Je connaissais bien ces locaux, c’était ici même que, bien des années plus tôt, nous avions signé pour l’achat de notre maison. J’eus un peu de mal à passer le barrage érigé par la secrétaire, elle ne voulait pas déranger le notaire que je souhaitais rencontrer puisque je n’avais pas rendez-vous, mais j’avais utilisé un prétexte vieux comme le monde, à savoir « C’est personnel ». Ne sachant pas si c’était vraiment personnel ou carrément intime, elle n’osa donc pas me dire non et, sur mon insistance, lui demanda par téléphone s’il pouvait me recevoir, en lui précisant mon nom. Il n’était pas en rendez-vous, une chance pour moi et je pénétrai dans son bureau, avec un grand sourire pour le rassurer. Sa secrétaire lui ayant vraiment dit que c’était personnel. Le notaire me reconnut immédiatement, malgré les années.
Je commençai par m’excuser d’avoir invoqué ce prétexte pour forcer l’entrée de ses bureaux et je lui expliquai la raison de ma visite. Il accepta de bonnes grâces mes excuses, avec un petit sourire qui semblait dire « C’était audacieux » pour ne pas dire « C’était culotté ». Je baissai les yeux. Je continuai mon explication : à savoir que je n’avais pas envie d’envoyer un C.V., qui serait peut-être lu, peut-être étudié ou qui aurait peut-être une réponse. Surtout que sans diplôme, je ne pouvais prétendre à rien. Pour cela au moins, il n’y avait pas de peut-être . Devant son air presque paternel, je me mis à lui raconter ma vie depuis que nous avions acheté notre maison jusqu’à aujourd’hui, comme si je m’adressais à un psychologue. Il m’écoutait avec beaucoup d’attention, ne semblait pas s’ennuyer, ne semblait pas non plus vouloir m’expédier directement par la porte de service. Il attendit que je finisse pour intervenir.
— Je ne peux rien vous proposer aujourd’hui, il faut que j’en parle à mes associés. Je ne vous promets rien, mais avec votre début de formation en tant que clerc de notaire, il est toujours possible de trouver une solution. Je peux également en parler à quelques confrères, on ne sait jamais. Laissez vos coordonnées à ma secrétaire et je vous tiens informée rapidement.
— Merci, dis-je tout simplement.
— Si toutefois un poste se présentait, mais en dehors de Compiègne, vous seriez d’accord ?
— Pas trop loin bien sûr, c’est pour les enfants, mais oui, je pense que oui.
— Parce que je compte demander à un confrère de Senlis. Ça pourrait aller Senlis ?
— Tout à fait, d’autant plus que je connais bien la ville, la famille de ma mère est originaire de Senlis.
— Eh bien, c’est un bon début…
Même si ce n’était pas l’envie qui me manquait, je lui aurais bien sauté au cou. Bien sûr , il ne m’avait rien promis, bien sûr, il n’était pas seul à décider, mais le peu qu’il m’avait dit augurait plus de bon que de mauvais. Je croisai les doigts mentalement.
— Merci de m’avoir reçue.
— Je vous en prie. Mais dites-moi, vous gardez votre maison ?
— Pour l’instant, oui, j’y resterai avec les enfants, Thomas, mon mari, va se chercher un petit appartement.
— Ah, vous êtes encore tous les quatre… alors il y a peut-être un espoir que vous…
— C’est peu probable, le coupai-je, avant qu’il ne finisse sa phrase.
J’avais bien compris ce qu’il entendait par « espoir » ; mais non, la situation n’était plus tenable, alors autant lui dire. Je le remerciai encore et sortis de son bureau, en passant par celui de la secrétaire, à qui je laissai mes coordonnées. Je rentrai directement à la maison. J’espérais secrètement qu’il m’appellerait très vite.
Dans la foulée, je téléphonai à Franziska pour lui annoncer que, même s’il ne m’avait donné aucune réponse positive, le notaire me laissait un petit espoir. Elle me répondit en riant franchement qu’elle croiserait les doigts jusqu’à ce que je sois embauchée.
Toujours à plaisanter, ma Franziska.
Chapitre 5
Les enfants étaient déjà dans leur chambre lorsque j’arrivai. Ils n’entendirent pas ma voiture, pourtant le gravillon de l’allée n’était pas très discret. Peut-être que Jennie avait mis son frère au courant et qu’ils attendaient tout simplement le soir pour connaître les détails de la situation, comme je l’avais précisé le matin même. Ce qui me rassurait et que j’avais déjà remarqué, c’était qu’ils se débrouillaient parfaitement bien tout seuls.
Thomas rentra exceptionnellement tôt ce soir-là et je l’en remerciai. Il savait qu’on devait parler aux enfants, je lui avais envoyé un SMS pour l’informer que Jennifer se doutait de quelque chose et qu’il n’était pas nécessaire d’attendre trop longtemps. D’ailleurs, à quoi bon ? Ils étaient quand même les premiers intéressés, à part nous, par les changements qui devraient inévitablement s’opérer.
Nous décidâmes de leur parler juste avant le repas, sinon ce dernier risquait d’être plus triste qu’un jour de pluie. Ce fut Thomas qui se chargea de leur annoncer et à sa façon.
— Les enfants, nous avons quelque chose à vous dire.
— Oui, on s’en doute.
— Attends, Jennie, lui dit-il pour la faire taire. Nous vous aimons tous les deux, vous le savez. Par contre, votre mère et moi, nous ne nous aimons plus comme avant, du moins plus suffisamment.
— Vous allez divorcer ?
Cette fois, c’était Ben qui avait pris la parole. Il avait compris comme sa sœur que quelque chose ne tournait pas rond, il n’était ni sourd ni aveugle et avait bien vu que notre entente n’était plus aussi harmonieuse qu’auparavant. Nous faisions très attention de ne pas nous disputer devant eux, mais ils étaient suffisamment grands et comprenaient désormais beaucoup mieux.
— Ce n’est pas prévu pour l’instant. Bon, je vais prendre un appartement et vous pourrez venir quand vous le voudrez… il n’y aura aucun problème. Mais vous vivrez avec votre mère, ici, dans la maison…
— Je préfère aller vivre avec toi… rétorqua Jennie, qui lui coupa un peu la parole.
— Pour l’instant, je reste ici avec vous. On en reparlera plus tard.
Pendant toute la conversation que Thomas avait eue avec les jumeaux, je n’avais rien dit, il se débrouillait très bien et je crois surtout que Jennie aurait sauté sur l’occasion pour dire des choses qui ne m’auraient pas forcément fait plaisir. Elle avait déjà donné son avis puisqu’elle souhaitait habiter avec son père, et cela ne m’étonnait pas outre mesure. Ils étaient tellement proches tous les deux, que je ne pouvais pas être étonnée par sa demande. Toutefois, elle revint à la charge.
— Je ne veux plus vivre ici, je veux partir avec toi.
— Jennie, ça suffit !
Thomas ne semblait pas d’humeur à supporter les caprices de sa fille et réalisa qu’il lui avait montré un peu trop fort. Il se reprit vivement :
— Désolé, ma puce, mais nous n’en sommes pas encore là.
Thomas m’adressa un regard plein de questions du genre : Que dois-je lui répondre ? Accepterais-tu que je l’emmène avec moi ? Et pour Ben ? Du moins, je supposais qu’il s’agissait de ces questions-là. Je sentais que la soirée allait être animée et qu’il nous faudrait très vite prendre une décision, pour calmer les esprits et surtout pour apaiser Jennie.
Contrairement à ce que je pensais, parler avant de dîner n’avait rien arrangé du tout. Le repas fut sombre, lugubre, un vrai repas de funérailles. Les enfants venaient d’enterrer une partie de leur vie, comme nous le faisions nous-mêmes. C’était douloureux, très douloureux et je crois même que c’était inimaginable, surtout pour eux. Malgré tout, je ne souhaitais pas revenir sur ma décision. Je n’avais plus la force de continuer ainsi, Thomas ne changerait pas, puisqu’il était heureux dans cette routine bien huilée.
Une fois les enfants dans leur chambre, Thomas et moi pouvions parler sans témoins, sans oreilles indiscrètes et surtout, il nous incombait la difficile tâche d’éclaircir au mieux la situation, de régler jusqu’au moindre détail leur avenir immédiat, afin de rendre notre vie moins misérable pour tous les quatre, mais surtout et toujours pour les jumeaux.  
Je lui rappelai que nous avions accepté une invitation pour le samedi soir chez Sophie et Julien. Il s’empressa de parler pour me donner son point de vue :
— Il est inutile qu’ils sachent pour l’instant…
— Et pourquoi ? Ce sont nos amis, ils méritent d’être informés. Et puis, ils l’apprendront bien un jour ou l’autre et ne comprendront pas qu’on leur ait caché.
Thomas n’était pas complètement convaincu par les raisons que j’avais avancées, pourtant je restais persuadée qu’ils auraient agi de même vis-à-vis de nous. Si une de mes amies était dans la misère, il me paraissait normal qu’elle m’en parle, qu’elle se confie. Bien sûr, on ne peut pas résoudre les problèmes à la place des autres, mais d’en parler aide souvent à dénouer l’écheveau d’une situation souvent bien embrouillée.
Ce fut dans cet état d’esprit que, Thomas et moi, nous nous séparâmes, lui pour aller dans son bureau, puis dans la chambre d’amis et moi pour passer dans la salle de bains de notre chambre. La journée était finie, la conversation était close, il s’agissait maintenant d’essayer de dormir avec tout ce désordre mental et toutes ces questions.
Plus facile à dire qu’à faire, soupirai-je .  
Chapitre 6
Comme nous n’étions pas encore officiellement séparés, que Thomas vivait toujours avec nous dans la maison, nous ne pouvions annuler l’invitation de Sophie et Julien. Personne n’était au courant de notre situation, nous nous retrouvâmes donc tous ensemble, comme à l’accoutumée. Ils étaient nos plus anciens amis et nous avions toujours entretenu de bonnes relations. Et pour cette même raison, nous serions tenus de les informer de notre prochaine séparation, Thomas avait fini par céder ; la soirée promettait d’être compliquée.
Nous arrivâmes chez eux vers 20 heures. Ils avaient également invité Christelle et Denis, un autre couple ami et nous nous installâmes à l’écart des hommes. Sophie prit la parole pour me demander ce qu’il se passait, elle me trouvait changée.
— On serait Américaines, je t’aurais demandé si tu avais fait un lifting, parce que tu sembles différente.
— Oui, Sophie a raison, confirma Christelle, tout sourire. Alors ?
— Thomas et moi… on se sépare…
Je venais de jeter une bombe dans notre petit cercle et maintenant j’attendais les retombées, parce qu’il y en aurait, je le savais.
— Non, c’est pas vrai, commenta Christelle, déconfite.
— Mais vous étiez le couple parfait, un exemple pour nous, renchérit Sophie.
— Les apparences sont quelquefois trompeuses, me contentai-je de répondre.
— Oui, mais quand même, pas à ce point. Que s’est-il passé ?
— Oh rien de spécial. Trop de routine et plus de passion.
— Mais tous les couples en sont là ou presque.
— Je ne veux pas de cette vie-là, je l’ai bien dit à Thomas.
— Ça me fait tout bizarre. Vous êtes sûrs qu’il n’y a aucune chance que ça revienne ?
— Non, c’est fini, c’est moi qui ai demandé à Thomas pour la séparation.
Elles n’en finissaient pas d’être étonnées, se demandaient sûrement si nous n’allions pas faire machine arrière et reprendre notre vie comme avant. Je le sentais, elles le pensaient vraiment. Thomas et moi avions réussi, avec cette surprenante nouvelle, à détruire l’ambiance extraordinaire de cette réunion amicale. Mais comment afficher de la désinvolture, alors que tout était en train de s’écrouler. Je voyais les hommes discuter un peu plus doucement, Thomas venait certainement de les informer et leurs réactions avaient quelque chose de semblable à mes voisines de table. Ils tournaient la tête vers nous, ou plus exactement vers moi, pour savoir si ce que Thomas disait était vrai. Ils étaient également très étonnés. Notre couple était comme beaucoup d’autres couples, sauf que je n’en voulais plus . Cette vie ne me convenait plus , ne m’intéressait plus .
Le repas était censé se passer sur la terrasse, mais le ciel devenant incertain et l’air étant de plus en plus frais, Sophie et Julien nous invitèrent à rentrer. Une fois installés à l’intérieur, Thomas se sentit obliger de provoquer une conversation, de proposer un autre sujet qui concernait aussi nos amis, pour que les langues se délient enfin. Notre déclaration avait un peu refroidi tout le monde. Mais après le sujet lancé par Thomas, ils reprirent tous ce qui les avait plus ou moins dérangés, à savoir notre séparation. Ils n’en revenaient pas et ne cessaient de le répéter.
— Mais vous êtes vraiment sûrs de vous ?
— En ce qui me concerne, oui. Thomas aurait pu continuer ainsi, dis-je en le regardant.
— Bien sûr que j’aurais pu continuer comme ça. Je n’ai rien à reprocher à notre couple, à notre vie…
Je ne voulais pas lui répondre, il était hors de question de déballer nos différends devant tout le monde, même devant nos amis. Nous leur en avions assez dit. Nous avions partagé des tas de choses plus ou moins importantes, mais là, c’était vraiment trop intime pour l’étaler lors d’un repas. De plus, pour casser une ambiance, on ne pouvait pas trouver mieux et c’était malheureusement ce qui se produisait.
Il était évidemment trop tard pour se lamenter, mais je me demandais si j’avais eu raison de les informer de la situation. Toutes les conversations tournaient autour de notre déclaration et on se retrouvait systématiquement à en reparler. Ils étaient sous le choc, marmonnaient quelquefois, secouaient la tête de temps en temps, comme abattus. C’était presque obsessionnel. Ils semblaient vivre notre problème, mais je les soupçonnais d’en être plus chagrinés pour eux que pour nous. J’étais peut-être mauvaise langue mais, plus tard, lors d’une rencontre dans Compiègne, Christelle et Sophie me snobèrent, ainsi que mon amie Franziska qui m’accompagnait. Puisqu’elles n’avaient pas répondu à mes appels, ni pris en compte les messages que je leur avais laissés, je ne voyais plus d’autre issue. Ce fut ce jour-là que je décidai de couper les ponts avec nos amis. Thomas ferait bien ce qu’il voulait, c’était son problème désormais, plus le mien.
Le reste de la soirée fut morose jusqu’à la fin du repas et nous nous éclipsâmes les premiers, sous le prétexte incontestable mais pas vital, que les enfants étaient seuls à la maison. Ils avaient quinze ans, d’accord, mais c’était vrai que je n’aimais pas les laisser trop longtemps, surtout la nuit. Nous retrouvâmes une maison silencieuse, sombre, mais apparemment tout allait bien pour les jumeaux.
J’aurais voulu dire à nos amis que nous accepterions quand même les prochaines invitations, mais je restais persuadée qu’ils n’avaient pas envie d’entendre ça. Je pariais même sur l’avenir qu’il n’y aurait plus d’invitations du tout. Était-ce la fin d’une belle amitié ? J’en étais persuadée, et ils m’en donnèrent la preuve quelques jours plus tard… alors affaire à suivre, comme je dis toujours.
Chapitre 7
Jamais je n’aurais imaginé que le simple fait de se séparer – même si rien n’était simple – aurait de telles répercussions. Nous vivions presque chacun pour soi, en gardant notre peine. Notre famille était en vrac. Tout le monde se regardait ou plutôt s’épiait, pour savoir comment l’autre surmontait cette épreuve. Peut-être que nous souhaitions tout bêtement un retour à la case départ. En ce qui me concernait, c’était définitivement non, mais pour Thomas et les enfants, j’aurais pu parier qu’ils conservaient fébrilement un petit espoir. Thomas habitait toujours avec nous dans la maison, pour le plus grand plaisir des enfants. Mais au fil du temps, ils comprirent très vite que ce n’était pas vraiment ce qui se préparait.
Malgré cette nouvelle et désagréable situation, leurs notes au lycée n’avaient pas chuté et quelque part, nous étions rassurés. D’abord pour eux, qui n’auraient pas à supporter de refaire une seconde année, même si elle s’achevait dans peu de temps, mais aussi pour nous, parce que d’avoir provoqué des problèmes dans leurs résultats scolaires nous aurait fait culpabiliser encore plus.
Thomas n’avait pas l’air de chercher activement un appartement et je sentais que j’allais être obligée de le faire pour lui. Pour l’instant, je ne travaillais pas, alors je devais m’atteler à la tâche. Le plus tôt serait le mieux. Je ne le mettais pas à la porte, puisque nous ne nous croisions pour ainsi dire presque plus, mais la situation était compliquée et malsaine. Je n’avais pas l’intention de changer d’avis, hors de question, mais apparemment Thomas montrait de curieux signes. Soit il avait abandonné la partie, même si je trouvais qu’il avait un peu trop vite baissé les bras, soit il espérait comme les enfants que j’accepte une réconciliation. Je ne pouvais pas le laisser dans le doute, j’attendais juste l’occasion pour le lui confirmer.
Le quotidien avait repris ses droits et en attendant l’appel du notaire, je décidai d’occuper mon temps à chercher un appartement qui pourrait convenir à Thomas. Choisir un quartier suffisamment près de son travail, mais aussi de la maison où les enfants pourraient se rendre à pied, pour aller chez leur père dès qu’ils en sentiraient le besoin. J’en avais sélectionné deux qui convenaient parfaitement, eu égard à ses exigences et je comptais bien lui en parler le soir même, afin qu’il choisisse celui qu’il préférait.
Malheureusement, n’ayant pas trouvé le bon moment pour lui annoncer que j’avais cherché pour lui – alors qu’il était déjà rentré depuis plus d’une heure et que nous étions à table – Thomas nous annonça fièrement qu’il avait enfin un appartement. J’étais légèrement furieuse d’avoir cherché pour rien. Mais je sentais que l’annonce n’était pas complète, qu’il omettait de nous dire quelque chose d’essentiel, sans pouvoir mettre un nom dessus. Il était fébrile et hésitant. Il répondait évasivement à nos questions, et subitement, il n’était plus sûr de lui, plus sûr de rien.
— Mais enfin, Thomas, tu as trouvé un appartement, oui ou non ?
— Oui…
— Oui, mais quoi ?
— En fait… c’est une colocation, finit-il par avouer.
— Ah. Et les enfants dans tout ça ? Tu pourras quand même les prendre de temps en temps ?
— Je ne sais pas, ça risque d’être difficile. Ce n’est pas très grand.
Jennifer regardait son père avec un regard qui en disait long, j’aurais plutôt dit qu’elle le fixait, qu’elle le sondait, comme si elle cherchait de nouveau une réponse à ses attentes. Thomas marqua une pause et baissa les yeux ; il semblait coincé, comme aux abois. Je soupçonnais quelque chose, mais c’était à lui de me le dire, pas à moi de le découvrir. Je pouvais très bien me tromper.
— Je ne sais pas si ça fait longtemps, mais tu aurais pu me prévenir, parce que je t’en avais trouvé deux qui correspondaient parfaitement. J’ai passé la semaine à téléphoner. Alors si tu nous disais vraiment ce qu’il en est. Nous t’écoutons.
Je sentais qu’il allait nous tenir en haleine encore longtemps, il fallait donc que je le provoque sans que ça paraisse être du harcèlement. Il nous cachait quelque chose, c’était certain, mais quoi. Je le toisais en appuyant bien mon regard sur lui. Et il débita d’un coup tout – ou presque – ce qu’il avait sur le cœur.
— Je sais que ça peut paraître bizarre, mais ça ne l’est pas du tout… Elle avait besoin d’une personne pour partager les frais de son appartement et je me suis dit que, puisqu’il était vraiment très près du centre-ville et pas trop loin de notre maison, il était idéal. Et puis…
— Tu vas emménager avec une femme ? interrogea Benjamin, qui n’avait rien dit jusque-là.
C’était un peu la question que m’était venue à l’esprit et c’était mon fils qui venait de la poser. Jennifer, un peu interloquée par l’annonce, ne disait rien cette fois, mais n’en pensait pas moins, vu le regard étonné qu’elle affichait.
— Tu voulais rajouter quelque chose, il me semble, demandai-je à Thomas pour l’inciter à continuer.
— Je voulais juste dire que je n’ai jamais voulu partir de la maison, alors ne me reprochez pas d’avoir trouvé un appartement, nous répondit-il, de façon agressive.
— T’es vraiment nul, lança Jennifer à son père.
Là, c’en était trop pour elle, elle se leva brusquement et s’enfuit dans sa chambre en courant. Ce père, qu’elle avait mis sur un piédestal, venait de s’écraser mollement à ses pieds, elle perdait d’un coup tous ses repères de petite fille chérie. Même si c’était Benjamin qui avait posé la question, c’était elle qui souffrait le plus de nous trois. J’hésitais à monter la rejoindre, je craignais qu’elle ne m’envoie promener comme elle venait de le faire avec son père, ou tout simplement ne pas me répondre lorsque je frapperais à sa porte. Je décidai d’attendre un peu, pour lui donner le temps de se calmer. Misère, je sentais que les jours qui allaient suivre risquaient d’être particulièrement mouvementés et pénibles.
Benjamin ne tarda pas à rejoindre l’étage, comme sa sœur, peut-être pour discuter avec elle du problème « papa » et je repris la conversation avec Thomas. Qui était la personne avec laquelle il devait cohabiter ? Que cachait-il ? Comment pouvais-je savoir sans demander, alors je tentai la question. Et puis, il était hors de question que je me fasse des idées, des films ou autres, qui m’auraient un peu plus énervée. Je l’étais suffisamment comme ça.
— Et tu emménages avec une personne que tu connais ou que tu ne connais pas ?
— C’est une collègue de bureau.
— Une collègue, comme c’est surprenant… Et je la connais ?
Je connaissais bon nombre de personnes travaillant avec Thomas, puisque nous étions invités tous les deux à participer au pot de fin d’année. Alors j’attendis la réponse qui semblait se faire attendre. Il finit par admettre :
— Non, tu ne la connais pas, elle est arrivée il y a quelques mois seulement.
— Tu n’as perdu pas de temps, on dirait. Donc ce n’est pas une colocation, mais une mise en ménage pour vous deux, dis-je sous la forme d’une affirmation et non d’une interrogation. Par contre, c’est trop grand pour elle, mais trop petit pour tes enfants.
— C’est un peu ça…
— Tu es franchement lamentable.
J’étais vraiment soufflée, elle n’habitait certainement pas un minuscule studio.
Pas de place pour les enfants, Bah voyons, râlai-je en silence .  
De plus, il ne la connaissait que depuis peu et pourtant ils emménageaient ensemble. C’était on ne peut plus bizarre. Mais qu’est-ce que ça pouvait bien me faire ? J’avais décidé qu’on devait se séparer, alors j’étais malvenue pour le critiquer et lui faire la morale. Mais ses enfants quand même, il aurait pu y penser et trouver une autre solution.
Toutefois je considérais qu’il avait été un peu trop rapide, s’il n’y avait qu’une colocation entre eux. D’ailleurs, il ne m’avait pas contredite quand je lui avais lancé qu’il n’avait pas perdu de temps. Et alors, son manque d’énergie vis-à-vis de moi, depuis ces derniers temps, était peut-être dû à son trop-plein d’énergie vis-à-vis de cette nouvelle relation. Ce qui me donna à penser que j’avais eu raison de tout arrêter, parce qu’il n’aurait certainement pas pris la décision de cette séparation lui-même. Il aurait effectivement continué à vivre sous le même toit que nous et qui sait jusqu’à quand. Peut-être jusqu’à ce que cette personne lui impose de choisir entre elle et sa famille. Et là, il aurait été bien obligé de décider. Sans le vouloir, je lui avais enlevé une sacrée épine du pied, alors franchement, pas de regret.
Vers 22 heures, comme il était toujours dans le salon, je m’approchai silencieusement et lui parlai à voix basse. Je ne souhaitais pas réveiller les enfants, ce que nous avions encore à nous dire ne les concernait pas… en tout cas, pas ce genre d’explications.
— Pour les enfants, que comptes-tu faire ?

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