L Aînée
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L'Aînée , livre ebook

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Description


Souvenez-vous : après un passage dans une émission radiophonique, la romancière Annie Virène a fait la connaissance à Genève d’êtres hors norme. Elle s’est attachée plus que de raison au chef du clan Tarran, avant qu’il ne disparaisse mystérieusement en Sibérie. Prête à braver tous les dangers pour ses nouveaux amis, Annie accepte finalement son destin pour devenir la prophétesse du clan.


Depuis des décennies, le Prince Anton rêve d’un monde où vampires et humains vivraient côte à côte au grand jour, en toute liberté et dans le respect mutuel. Mais ce temps ne pourra voir le jour que lorsqu’un sixième membre rejoindra leur clan. Qui donc sera l’élu ?


Dans ce second tome, vous partirez avec Marc et les trois Éternels à la recherche du maillon manquant, vous plongerez au cœur des clans parisiens, vous découvrirez leurs particularités. Mais attention, tous n’ont pas intérêt à ce que l’avènement d’une nouvelle ère voie le jour. Comme nos héros, il vous faudra identifier les dangers, percer les mystères et déjouer les pièges.


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EAN13 9782369762546
Langue Français

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Exrait

Table des matières
Page de Titre
Mentions légales
L'Aînée
Épilogue
Remerciements

k.sangil
Le Clan Tarran
T 2
L'Aînée



Collection Lune Ténébreuse
Mentions légales



©2017Auteur K.Sangil. Illustration Nathy 2017 . Édité par Lune-Écarlate 66 rue Gustave Flaubert 03100 Montluçon, France.
Tous droits réservés dans tous pays. ISBN 978-2-36976-254-6
. Le code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou représentation intégrale ou partielle faite par quelques procédés que ce soit, sans le consentement de l'auteur ou de ses ayants droit, est illicite et constitue une contrefaçon au terme des articles L,122,-5 et L,335-2 et suivant du code la propriété intellectuelle.
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 ҉

 3 novembre
Cela fait huit mois, jour pour jour, que Deniel est revenu du mausolée. Plus d’un mois lui a été nécessaire pour qu’il estime être à nouveau digne de sa place de chef de clan, et trois autres pour reconstruire un lien fort avec Bréven. Depuis que Miss Mandrel et lui se sont officiellement unis, Deniel se sent rassuré quant à la suite de notre histoire. Je regrette toujours mon geste, mais je le referais sans hésiter si cela pouvait le sauver. C’est un peu ce qu’il redoute, puisque mes prophéties nécessitent un puissant feulement amoureux. Notre couple est soudé, le temps le démontrera. Les prémonitions se succèdent et j’avoue que, maintenant, j’apprécie cette sensation.
Mon dernier livre est sorti il y a un mois et poursuit sa course en tête des ventes du genre. Deniel m’accompagne à toutes les séances de dédicaces, dans l’espoir de rencontrer le prochain membre du groupe. Je n’ai plus eu de vision à ce sujet, peut-être parce que nous n’avons pas encore accompli notre mission : trouver l’humain ou l’humaine qui deviendra le sixième membre du clan Tarran.
À table, la conversation revient fréquemment sur ce sujet. Tout le monde y pense, tout le monde l’attend. Cette personne représente l’espoir de toute une race, de tout un peuple tapi dans l’ombre. Ils souhaitent tant gagner leur liberté grâce à son aide ! Pour prendre son mal en patience, Deniel partage son temps entre les bibliothèques, les salles d’études et les amphithéâtres où l’on aborde la mythologie. Continuellement dans l’expectative, il a soif de comprendre comment cette personne connaîtra notre histoire avant même de nous rencontrer. Devant le clan, il ne le montre pas, mais ce mystère le ronge. Et moi aussi. De son côté, le Prince Anton banalise la situation en répétant que le monde ne s’est pas créé en un jour, qu’il est désormais certain que leur heure sonnera. Son regard n’exprime pourtant pas la même chose que ses mots. Il attend ce jour depuis si longtemps qu’il aimerait déjà voir le clan au complet. Mais, malgré sa puissance, il ne peut influer sur une prédiction.
Miss Mandrel et Bréven s’impliquent dans des œuvres caritatives, ce qui leur permet de nouer des liens avec de nombreuses personnalités influentes, dans des domaines très variés : infos et médias, politique, recherche, économie, social. Il est toujours bon de posséder des alliés dans son entourage en cas de coup dur. Par contre, je doute qu’ils se souviennent d’eux le moment venu. Nous n’avons plus évoqué l’épisode du feulement, mais je ne ressens aucun ressentiment de leur part. Ce sont des êtres exceptionnels.
Maja s’est beaucoup entraînée auprès de Deniel. Les deux ont même lancé une compétition assez cocasse entre clans parisiens. Les rencontres restent amicales, mais Maja y met tout son cœur. Je crois qu’elle teste par la même occasion son mental d’acier. Elle incarne avec fierté l’image de notre clan. C’est une battante et j’admire sa force, autant psychique que physique. Derrière sa joie de vivre se cache pourtant une solitaire dans l’âme… probablement par la force des choses, après tant d’années à survivre seule en forêt.
De son côté, Marc s’est penché sur l’étude d’un grimoire que lui aurait confié le Prince. Ne sachant pas quand ce dernier récupérera son bien, il ne quitte que peu son antre du sous-sol. Par chance, il ne mélange pas ses expériences avec mes repas, dont il s’occupe toujours avec beaucoup d’application. J’ai l’impression que la cuisine lui permet de garder un pied dans la réalité.
La réalité… Parfois, je ne sais plus trop si je vis dans une société réelle ou imaginaire, si ma vie ne tient pas davantage de la fiction, en se fondant ainsi dans les apparences. Personne autour de moi ne se représente mon existence au quotidien. Serai-je encore en là quand le monde prendra conscience de leur présence ?

 ҉

Marc reposa lentement son livre sur le bureau jonché d’innombrables papiers et fioles. Il frotta son visage balafré de ses deux mains. Des picotements venaient de parcourir son épine dorsale et, à présent, une sensation de brûlure le tiraillait. Un mauvais pressentiment s’empara de lui. D’un pas leste, il récupéra le grimoire d’Anton sur la table de travail. À peine fut-il refermé que les cheveux qui composaient sa couverture s’entremêlèrent, scellant son savoir. Jamais il n’avait constaté pareil phénomène. Le signe d’un danger ? Marc le plaça par précaution dans une boîte métallique fixée à même le sol. Ensuite, il ne bougea plus, à l’affût des moindres bruits environnants. Un étrange silence régnait. Il ne ressentait désormais plus qu’une chaleur intense dans tout son être. Quand il comprit qu’elle provenait de sa pierre, toute crainte disparut instantanément. Ils étaient là !
Il remonta au pas de course les marches menant au rez-de-chaussée et ne tarda pas à déboucher dans le hall où l’attendaient trois personnes. Marc s’arrêta net en découvrant ses visiteurs. Se pouvait-il qu’il s’agisse des trois Éternels ?
Le dos nonchalamment posé contre le mur, un homme expirait la fumée d’une cigarette électronique, laissant une odeur de cassis flotter dans l’air. De type asiatique, mince et à l’allure légèrement efféminée, Marc lui donnait à peine la vingtaine. Ses cheveux teintés en blond contrastaient avec ses sourcils foncés bien dessinés. Nez fin et droit, lèvres pleines. Vêtu d’une chemise blanche aux motifs discrets, les poignets mousquetaires ressortaient du veston couleur café. Le large col bâillait sur le revers de la veste où scintillaient des broderies dorées. La main gauche était ornée d’une bague en forme de lys. Son oreille arborait une boucle d’oreille similaire du même côté.
Quand l’homme jeta un regard dans sa direction, Marc détourna les yeux et dévisagea l’autre personne. Une femme encore plus singulière s’exhibait dans une combinaison mêlant le gothique et le thème du cirque. Elle fumait également, mais de manière traditionnelle, le fixant droit dans les yeux. Elle était vêtue d’un corset très échancré dans les tons perle, entremêlé d’arabesques fuligineuses. Un collier brodé ornait son cou, alors qu’une veste courte et noire moulait son corps. Sur sa chevelure ébène s’exposait un haut-de-forme masculin, complété de deux plumes d’autruche sombres. Un léger maquillage gris rehaussait sa beauté naturelle et intemporelle, ainsi qu’une mouche dessinée sur sa joue droite au teint pâle.
À ses côtés, une deuxième femme à la crinière rousse le scrutait. Elle était vêtue d’une robe fourreau couleur corbeau, la poitrine ornée d’un bandeau de plumettes qui se prolongeaient sur les manches. À moitié dissimulé par une cape rouge dont la capuche bouffante semblait faire office de carapace, un collier de quatre rangs de perles noires descendait sur sa poitrine, un camée incrusté en son centre. Un bracelet de pierres orange, ressemblant à de la cornaline, entourait son poignet, et ses ongles, aussi rouges que sa bouche pulpeuse, tranchaient sur la noirceur de sa robe. Avec ses paupières largement fardées de gris argenté, elle aussi paraissait jeune.
Marc les observa sans savoir que dire, se contentant de remarquer que les serrures électroniques ne les avaient pas arrêtés. La femme en haut-de-forme prit les devants.
— Enchantée de faire ta connaissance, Marc. Je me nomme Agun.
Surpris d’être déjà connu, il se borna à lui serrer la main. Puis, ce fut au tour des autres de s’avancer et de se présenter. L’Asiatique se prénommait Nami et la seconde femme, Gabrielle. Marc garda encore un instant le silence, puis remarqua enfin les sourires qu’ils lui adressaient.
— Nous avons mis longtemps pour te rejoindre, car nous étions en mission, expliqua la rousse. J’espère que tu ne nous en veux pas.
— Eh bien… Anton m’avait assuré que vous me retrouveriez, j’ai donc attendu. De toute manière, je n’aurais pas su comment vous trouver.
— Avec ta pierre. Cela s’acquiert, tu verras.
— As-tu déjà usé de tes dons ou fait des rêves prémonitoires ?
La demande de Nami l’étonna.
— Je ne prends pas cette puissance à la légère, mais j’avoue que la pierre m’a permis de mettre la pression à un ami pour qu’il revienne sur sa décision de mourir. Juste un petit chantage. En ce qui concerne les rêves… Est-ce une habitude chez nous ?
Sa mine inquiète poussa le trio à échanger un regard satisfait. Les visages exprimèrent leur satisfaction. Gabrielle sortit de son sac une fiole ronde contenant un liquide rouge. Elle la lui présenta sur sa paume tendue.
— Je crois qu’il est temps de t’apprendre ce que tu es, mon ami.
— Qu’est-ce ?
— Larmes et sangs. Nos trois âmes liées. Bois, et nous serons désormais quatre.
Il s’en saisit et déboucha le flacon. La mixture ressemblait fortement à de l’hémoglobine sans toutefois en posséder l’odeur. Des embruns marins et de dahlia s’en échappaient.
— Cul sec, ce sera plus facile, conseilla Nami.
Peu à l’aise, Marc hésitait encore à suivre la directive.
— Nous ne pouvons demeurer éternellement ici, asséna Agun en tirant une longue bouffée avant d’écraser du bout de son escarpin la cigarette sur le sol marbré. Si tu ne nous fais pas confiance, jamais nous ne pourrons t’aider. Écoute la pierre. À la seconde où tu te trouverais en danger, ta peau durcirait tel un bouclier d’énergie. Par contre, à proximité de nous, elle se fait douce et chaude. Que ressens-tu ?
— De la chaleur, en effet… Plutôt agréable, maintenant que la brûlure a disparu.
— La brûlure est normale, ta pierre vient de s’aligner aux nôtres. Il ne reste plus qu’à nourrir ton corps et ton âme pour connaître ce que nous connaissons, pour voir ce que nous voyons.
Les paroles de Gabrielle adoucirent les mots autoritaires de la précédente femme et contribuèrent à le convaincre. Marc observa encore une fois la fiole entre ses doigts. Aucun membre de son clan ne se trouvait dans la demeure, il devrait se passer de l’aval du chef. Il espérait la visite des Éternels depuis si longtemps qu’il se décida à avaler le produit inconnu sans se poser davantage de questions. Paupières closes, il ingurgita d’une traite le contenu.
Le liquide se révéla d’un goût exécrable. Sa consistance, plus pâteuse que prévu, glissa lentement dans sa cavité, comme pour en boucher toutes les aspérités, et se répandit dans l’œsophage au compte-gouttes jusqu’à l’estomac. Des frissons parcoururent ses membres. Il découvrait à présent les trois Éternels en face de lui, leurs corps tendus en arcs de cercle, les yeux révulsés. Puis, subitement, il les vit. Il les ressentit en lui, fouillant sa mémoire et nourrissant ses souvenirs d’autres vies, leurs vies.
Quand il reprit ses esprits, il se trouvait étendu sur le canapé du petit salon, les trois visiteurs sagement assis sur les fauteuils adjacents. Marc n’avait pas besoin de poser des questions, il connaissait déjà leurs réponses.
— Parle-nous de ton rêve, demanda Nami d’une voix délicate.
Marc s’installa correctement et réfléchit quelques secondes. Quand cela avait-il commencé ? Il n’en était pas certain, mais il rêvait de la même chose depuis trois nuits.
— Je vois une tombe… Je discerne aussi une jeune fille… Quand elle me regarde, je ressens une peine immense. Elle crie et, soudain, des vampires se battent tout autour d’elle. Elle reste au centre de l’affrontement, sa robe s’entache peu à peu de sang…
Le trio s’examina une seconde, puis Nami rajouta :
— Il ne s’agit pas de sa mort, mais de sa renaissance. Pour nous, le rouge représente une couleur chaude, excitante, qui symbolise la chaleur et la vie. Elle est joie, passion et désir. Elle met aussi en garde contre les guerres, la colère, la violence ou les conquêtes. 
— Nous devons retrouver cette fille, expliqua Gabrielle. C’est ta mission.
Marc bafouilla, incertain quant à ce qu’il devait comprendre. Agun soupira bruyamment et leva les yeux au plafond, pendant que Gabrielle la réprimandait par un regard lourd de sens. Après quelques secondes, la rousse se tourna vers Marc pour le rassurer.
— Tu sais que nous avons raison, seulement tu as besoin de temps pour l’accepter. C’est normal la première fois. Les suivantes seront plus aisées. Aujourd’hui, tu dois trouver tes repères. Néanmoins, ne tarde pas trop. Quand nous nous souvenons d’un rêve et qu’il se reproduit de manière répétée, c’est qu’il devient crucial d’agir. Nous reviendrons te voir dans deux jours. D’ici là, décide-toi. Soit nous t’aidons à concrétiser la vision, soit nous détruisons un potentiel futur. Que ce soit l’un ou l’autre, cela nous importe peu. Par contre, il est nécessaire d’apporter une réponse à ton rêve pour que nous puissions en percevoir un nouveau le cas échéant.
Gabrielle lui offrit un doux sourire en guise d’au revoir, Agun un signe de tête et Nami une salutation presque militaire, touchant brièvement son front de ses deux doigts. À leur départ, Marc expira de dépit, constatant qu’en leur compagnie, il se sentait mieux, voire plus fort. Une intense fatigue parcourait à présent son corps. Il ne put creuser plus loin cette troublante réflexion ni leurs paroles, car Annie venait d’apparaître à la porte d’entrée. Chargée de sacs de courses, elle demeurait dans l’encadrement, ses cheveux blond-châtain remontés en un petit chignon maintenu par deux crayons colorés. Elle le dévisageait en silence. Marc fit de même.
— Tu vas bien ?
— Bien sûr ! Pourquoi n’irais-je pas bien ?
— Ça fait deux bonnes minutes que je suis là, et tu n’as pas bougé d’un millimètre.
Deux minutes ? Ce n’est pas possible, elle vient pourtant juste d’entrer ! Ils ne se sont pas croisés ?
L’angoisse le prit de court. Avait-il rêvé tout cela ? Annie alla déposer ses achats dans la cuisine et revint le voir.
— Tu es certain que ça va ? Si je ne te savais pas vampire, je jurerais que tu es plus pâle que d’habitude.
Marc la fixa un instant, oscillant entre le désir de lui parler et celui de se taire. Ce qu’il avait à révéler aurait dû se transmettre d’abord au chef de clan, mais cette information le touchait de trop près. Alors, pouvait-il demander conseil à sa femme ? Au Prince ? Ou plutôt à la prophétesse ? 
— Youhou, Marc ? Tu es sur quelle planète ?
— Pardon… Oui, je suis un peu perturbé, excuse-moi. Tu as trouvé les radis noirs ?
— Trois, ainsi que tu le souhaitais.
— Parfait ! Allons cuisiner, proposa-t-il d’un ton faussement enjoué.
Durant l’heure suivante, Marc mit de côté ses préoccupations pour paraître normal. Il s’appliqua à préparer le repas en compagnie d’Annie : un carpaccio de Saint-Jacques sur lit de radis noir, relevé de gingembre et zestes de citron vert, ainsi qu’un tartare de bœuf pour les autres invités. Tous les vendredis soir, le clan se retrouvait au grand complet autour de la table. Chacun relatait ses différentes avancées quant à la prophétie, les recherches scientifiques ou les nouveaux liens tissés avec les autres clans et les humains influents. Que raconterait-il ce soir ?
*
*    *
Maja passa la porte d’entrée couverte de taches colorées, grommelant de manière inintelligible. Ses cheveux blonds tranchaient avec la noirceur de sa tenue en cuir, désormais bariolée et criarde. Quand Marc l’aperçut, il se tut, une nouvelle fois. Visiblement, elle venait de perdre au paintball contre le clan du Ve arrondissement. La soirée s’annonçait délicate. Elle fila dans les escaliers, sans un mot pour lui.
Quand Deniel rentra, il le salua en coup de vent sans s’arrêter, pressé de déposer des papiers à son bureau pour ensuite se rendre au premier étage. Marc demeura seul à la cuisine, ressassant sa matinée. Pour calmer sa nervosité, il remit son tablier et prépara un dessert supplémentaire.
Annie se trouvait dans son bain quand Deniel frappa contre le chambranle. Il engagea d’abord sa tête, paupières closes, et s’informa de manière guillerette :
— Mon épouse est-elle visible ?
— Entre, répondit-elle dans un léger rire, amenant pudiquement la mousse vers elle.
Ne se faisant pas prier, il referma la porte derrière lui, alla voler un langoureux baiser à sa femme, avant de se dévêtir et de jeter ses affaires dans le panier à linge. 
— Besoin de réchauffer l’eau ? demanda-t-il en se glissant avec malice derrière elle.
La baignoire en marbre était suffisamment grande pour accueillir leurs corps entrelacés. Annie se réjouit de retrouver le torse brûlant de son mari. Ils restèrent ainsi de longues minutes, savourant en silence la douceur de chacun. La tête posée contre son épaule, Annie s’amusait à chatouiller la joue de Deniel avec ses mèches humides. Le regard empli d’amour qu’il lui retourna contribua à la faire fondre et, quand il l’embrassa, elle s’abandonna à ses caresses incendiaires.
Quand ils rejoignirent la salle à manger, les quatre autres convives les attendaient déjà à table. Après les salutations d’usage, Miss Mandrel servit le vin. Tous avancèrent le bras au centre pour tinter leurs verres simultanément. Bréven fut le premier à se rassasier, pendant que sa compagne relatait quelques ragots glanés dans les hautes sphères ainsi que les couloirs de célébrités. Deniel humait toujours son alcool et dévisageait à présent Maja. Elle était ailleurs, le visage fermé.
— Qui a réussi à te toucher ?
Se sentant visée, Maja fixa une brève seconde Marc, prenant conscience que ce dernier avait rapporté mentalement l’incident au chef de clan. Elle scruta alors méticuleusement son repas. Quand elle releva les yeux vers Deniel, elle se contenta de saisir son verre pour le boire d’un trait. Le silence devint pesant. Les fourchettes furent posées sans bruit sur la nappe et tous les regards convergèrent vers elle. Seul son profond soupir troubla l’instant.
— Maja. Qui ?
Les mots de Deniel n’étaient pas odieux, toutefois c’est le goût qui lui restait en bouche. Elle ne souhaitait pas répondre, mais savait qu’elle ne pourrait échapper longtemps à cette terrible humiliation. 
— Tous les sept.
Sur ces mots, elle se leva brusquement et quitta la pièce. Tous la virent se figer dans le hall, avant que ses épaules ne s’affaissent. Annie comprit que Deniel venait de communiquer mentalement avec elle. Peut-être lui avait-il demandé de l’attendre dans son bureau. En tout cas, ce fut la direction qu’elle prit. Plus personne ne parla pendant tout le reste du repas. Le chef de clan s’excusa et sortit de table avant le dessert. Tous les quatre le suivirent du regard. Annie n’eut droit à aucun commentaire de la part de Bréven et Miss Mandrel qui, subitement, se prirent de passion pour un minutieux nettoyage de vaisselle. Marc offrit alors à Annie un sourire amical et lui servit une part de tiramisu qu’elle accepta avec plaisir, puisqu’elle perdrait le soir même les calories emmagasinées. Depuis quelques semaines, elle accompagnait sa meilleure amie, Virginie, à un cours de Zumba fitness. Elle s’était inscrite sur un coup de tête en découvrant une démonstration de son professeur et avait adoré ce côté ludique permettant d’entretenir sa forme sur des chorégraphies inspirées de danses latines. Un bon moyen pour décompresser et perdre du poids. Un rêve pour contrer les bienfaits des petits plats de Marc qui la bichonnait toujours avec autant de cœur et évacuer le stress dans l’attente de la réalisation de la prophétie.
Quand Deniel entra dans son bureau, Maja lui tournait le dos, debout entre les deux chaises. Sa tension et son énervement étaient palpables. La pièce empestait d’ailleurs la rage contenue. Cette attitude inhabituelle lui arracha un froncement de sourcils avant que son faciès reprenne sa neutralité. Il avança d’un pas lent pour s’installer face à elle. Maja gardait les yeux hors d’atteinte. Agacé, Deniel soupira aussi bruyamment qu’inutilement.
— Et si tu m’expliquais ce qui te perturbe tant ?
Maja eut soudain honte de son comportement. Malgré la déception du chef de clan, le calme et la douceur se dégageaient de cette voix presque paternelle.
— Je n’aurais pas dû quitter la pièce ainsi, je m’en excuse.
Deniel effectua un geste pour atténuer son accablement et l’inciter à s’asseoir pour poursuivre l’explication, mais l’embarras semblait être plus fort.
Cela ne sortira pas d’ici, concéda-t-il.  
Elle le fixa intensément, presque rassurée de converser à nouveau mentalement, et commença à chercher ses mots.
Il a réussi à me déstabiliser avant le match. Lors de son attaque, j’ai pensé à autre chose une fraction de seconde, ce qui leur a suffi pour me toucher.
Qui ?
Maja mit un temps avant de répondre, comme si elle ne voulait pas faire ressurgir un souvenir de plus.
Carbone.
Comment s’y est-il pris ?
Cette fois, elle baissa la tête, apparemment peu encline à s’expliquer. Deniel posa ses avant-bras sur la table et pencha son corps en avant sur le modèle du chuchotement.
Aucun clan ne doit plus jamais nous battre à ce petit jeu, Maja. Je t’ai formée. Je sais ce que tu vaux. Nul ne t’arrive à la cheville. Ton sens de la survie est bien plus ancré en toi qu’en n’importe lequel d’entre eux. Il est important d’affirmer notre supériorité aux yeux de tous. Alors, qu’est-ce qui fait qu’aujourd’hui, tu as perdu ?
Ses mots la touchèrent. Ils apportaient la preuve que Deniel avait toute confiance en elle, même si ses propos mettaient en évidence son échec. Maja afficha une moue, tortura ses doigts, pour enfin décrire la situation.
Il est de coutume qu’un adversaire me provoque verbalement avant la rencontre. Carbone est venu, mais il n’a rien dit. Son silence… ou plutôt sa proximité m’a troublée. Quand je l’ai eu dans mon viseur, il n’a pas tiré tout de suite… et… son regard m’a fait perdre conscience du danger.
Deniel tiqua. La tension devint à nouveau plus lourde autour d’eux. Il eut la conviction qu’elle ne lui avouait pas tout. Connaissant Maja, un simple regard ne pouvait l’avoir perturbée autant. Il insista donc à l’aveuglette.
Qu’a-t-il dit ?
Son ton, désormais ferme et sec, démontrait que sa patience avait atteint ses limites. Maja baissa la tête. Les paupières closes, elle répéta les mots lus sur les lèvres de son adversaire.
Si je gagne, tu es à moi.
Deniel haussa un sourcil.
— Ce n’est pas ainsi que ça fonctionne, Maja ! Tu devrais le savoir. C’est de l’intox, et tu y sautes à pieds joints ?
Maja détourna la tête pour éviter d’avoir à croiser à nouveau ses yeux. Le fait d’entendre à présent sa voix résonner dans la pièce était bien suffisant.
— Invite-le.
— Quoi ?
— Je veux que tu l’invites à partager notre repas demain. Je veux le rencontrer.
Alors qu’elle le foudroyait du regard, Maja se releva d’un mouvement leste et donna un coup de pied dans le vide. À défaut de pouvoir refuser. Elle se sentait mal. Elle désirait hurler de la même manière que jadis envers une remarque de ses parents… Mais elle n’était plus humaine. Elle ne possédait plus ce droit en présence du chef de clan.
Si tu ne règles pas rapidement la situation, elle te poursuivra et deviendra une faille. Je veux savoir si la créature qui a causé une brèche en toi en vaut la peine. Demain, treize heures.
Par courtoisie pour Maja, il termina la discussion mentalement. Elle ne l’en remercia pas pour autant et sortit d’un pas leste de la demeure. Quand Marc aperçut Deniel dans le hall, ce dernier se dirigeait vers lui. Un trait soucieux barrait son front. Il espérait que son air interrogateur suffirait à glaner une réponse auprès du chef. Cependant, Deniel se contenta de retourner s’asseoir à sa place et dissimuler un instant son visage entre ses mains.
— Je crains que l’on aille au-devant de problèmes… Maja connaît ses premiers émois de vampire.
Les deux hommes se scrutèrent. Marc reprit la bouteille de bordeaux sur le bar, servit deux verres, puis s’installa à ses côtés. Leur silence était lourd de sens.

*
*    *
Bréven et Miss Mandrel s’étaient éclipsés sitôt le repas terminé. Leur participation à une œuvre caritative qui financerait des dons pour Emmaüs, l’Armée du Salut et la banque alimentaire les obligeait à se rendre à l’hôtel « Les jardins du Marais » situé dans un quartier aux rues médiévales où se succédaient boutiques de luxe, galeries d’art et restaurants de charme. Elle aimait beaucoup cet endroit qui inspirait nombre d’artistes.
Deux grands noms des nuits parisiennes avaient dépensé sans compter pour cet événement haut en couleur. Dans quelques heures, quatre cent cinquante personnes fouleraient le sol de l’espace-conférence utilisé pour l’occasion dans sa totalité. Tout le gratin parisien, célébrités, personnalités politiques, artistes, nouveaux riches y laisseraient des chèques conséquents. Miss Mandrel avait été très heureuse d’offrir une de ses créations pour cette vente aux enchères et entendait bien lier connaissance avec quelques amateurs de haute couture.
L’intérieur se révélait raffiné, et les pièces réparties autour de la verrière permettaient un accès aux jardins privatifs. Les lieux furent une découverte pour tous deux. Peu à peu, la foule commença à se diriger vers les tables de cocktail dispersées dans toute la salle. Il y en avait pour tous les goûts, des plus ordinaires aux plus délicats : terrine de crabe et guacamole, truite ou saumon fumé en verrines, zakouski en tout genre, filets de caille aux épices, samossas poulet gingembre, crevettes, petits fours, assortiments de fromages, bœuf de Kobé, caviar, homards, huîtres gratinées, fruits frais, macarons, cupcake enrobé d’or et melon de Yubari. Miss Mandrel avait eu le temps de détailler tous les plats des tables avant qu’une personne ne l’aborde. Le nom de l’homme d’affaires ne lui était pas inconnu, car sa femme lui avait commandé une tenue auparavant.
Bréven récupéra deux flûtes à champagne au passage d’un serveur et chercha des yeux sa compagne, sa couturière préférée. Il la repéra sans mal parmi les convives, bien peu portaient une robe d’un rouge aussi flamboyant. Elle se trouvait en grande discussion avec un homme visiblement sous le charme. D’un pas discret, il s’avança vers eux, un sourire de circonstance rivé sur les lèvres.
— Ah ! Bréven, tu tombes bien. Sommes-nous libres le 12 ? Monsieur Delcourt souhaiterait que je passe chez eux pour surprendre sa femme. Il désire lui offrir une robe de cocktail rouge, expliqua-t-elle, ravie.
Suspicieux, Bréven détailla de plus près le visage de l’invité, se demandant si son but ultime était de faire créer une tenue ou de virer celle de Mandrel. Il semblait honnête dans ses propos… Ou bon menteur.
— Le 12, oui, ça convient, je t’y emmènerai. À quelle heure ?
— Dix heures, ce sera parfait.
Un hochement de tête de la part des deux hommes, un échange de cartes de visite, puis quelques coups de gong retentirent. La vente aux enchères débutait, et les clients potentiels revinrent des jardins pour y participer.

*
*    *
Prise par l’écriture, Annie sursauta lorsqu’elle entendit frapper à la porte de son bureau. Deniel, le regard perçant et envoûtant, patientait à l’entrée de la pièce, dépourvu de son sourire habituel.
— Quelque chose ne va pas ? Ça concerne Maja ?
Deniel avança de quelques pas. Ses yeux s’obstinaient à s’arrêter sur la tranche de chaque livre de la bibliothèque pour en lire l’intitulé. Visiblement, il ne savait par quel bout commencer. Cette constatation provoqua un trouble chez Annie qui se leva pour s’approcher de lui.
— Qu’est-ce qui te perturbe, mon chéri ?
En silence, il enserra ses doigts entre les siens, accola leur front. Leurs pupilles se lièrent. Il afficha une moue.
— J’ai invité un vampire au repas de demain. Il fait partie du clan qui ne respecte pas les humains. Tu risques de ne pas apprécier la rencontre, et sa présence te mettra certainement mal à l’aise. Cependant, j’aimerais beaucoup que tu sois des nôtres. 
— Tu veux lui montrer que deux peuples peuvent vivre de manière agréable en communauté sans asservir l’autre ?
— Entre autres, oui.
Deniel caressa avec douceur une de ses mèches, la glissant entre son pouce et l’index. 
— Je te chéris plus que quiconque et exècre à l’avance cette rencontre, mais j’ai besoin de toi en tant que femme et humaine à mes côtés. J’ai également besoin de ton intuition féminine pour éclairer cette situation entre Maja et Carbone.
— Bien sûr. Je serai des vôtres.
Il ne doutait pas de sa détermination, elle faisait toujours autant plaisir à entendre. Lui étant redevable d’une totale transparence, il poursuivit.
— Sous mon toit, il n’osera rien tenter contre toi, mais son attention pourrait être suffisante pour t’incommoder. Ne t’inquiète pas, je garderai un œil sur lui quelque temps.
Annie fut touchée par son attention. Elle sentait son désir de la protéger et comprenait cette nécessité de la mettre en danger. Ce besoin d’opinion supplémentaire pour le clan lui prouvait l’importance qu’il lui accordait. Bien qu’il tente par tous les moyens de la tenir éloignée de leurs tracas personnels, elle faisait partie de la famille. Son regard permettrait-il de dénouer l’imbroglio de la situation ? Elle était fière de lui, fière de ses décisions et vouait une foi inconditionnelle en sa protection. Ce bonheur pouvait prendre quelques risques de temps à autre.
— Je sais que je ne crains rien auprès de toi.
— Merci, mon ange. En plus, l’entendre suscitera peut-être une prophétie.
— Une prophétie… D’accord. Il est plus important que je l’imaginais.
— Il perturbe Maja. Et je ne veux pas te jeter inconsciemment dans la gueule du loup. 
Elle distinguait à présent une légère crainte chez lui. Il s’inquiétait réellement pour Maja et des conséquences de cette prochaine entrevue. Annie hocha la tête, se haussa sur la pointe des pieds et s’approcha de son visage. 
— Je ferai un effort et saurai me tenir, promis. 
Son clin d’œil ne fut pas aperçu, car, dans le même temps, les mains de Deniel enlacèrent ses joues et des lèvres glacées emprisonnèrent les siennes.

*
*    *
De son côté, Marc faisait les cent pas dans la cave, ne sachant toujours pas que conclure de son rêve. Les trois Éternels lui avaient octroyé deux jours pour se décider, ce qui lui compliquait sérieusement la tâche. Il ressentait le besoin d’un conseil et ne voyait pas vers qui se tourner, si ce n’était vers le Prince et son frère. Après quelques minutes de réflexion, il opta pour un appel téléphonique. Jusqu’ici, jamais il n’avait eu à les déranger en Sibérie et appréhendait leur réaction. Trouveraient-ils son appel prétentieux et irrespectueux du protocole ? Pour se rassurer, il verbalisa à voix haute le fait qu’aucun des deux ne pourrait le torturer ou le tuer. C’était déjà ça. 
Lorsqu’une voix féminine répondit, Marc bredouilla sa demande, retrouvant par la même occasion les craintes de sa jeunesse. La femme, s’annonçant du nom de Vanjea, discuta poliment avec lui quelques secondes et le fit patienter avec une musique de Mozart. Deux minutes plus tard, la voix d’Anton se répercutait dans l’appareil.
— Que se passe-t-il ?
Malgré le ton serein qui surprit Marc, il perçut de l’irritation dans l’intonation. À moins que cela soit dû au combiné ? Par pur réflexe, il aurait bien raccroché tel un adolescent apeuré, mais il s’efforça de se contenir quand il entendit son prénom répété à plusieurs reprises.
— Excusez-moi de vous déranger, je… J’ai besoin d’un conseil.
— Je vous écoute.
Marc déglutit et réfléchit au problème : comment en parler sans trop en dévoiler, dans le cas où il n’irait pas jusqu’au bout de son rêve ?
— Depuis le retour de votre fils, je fais un rêve récurrent. Au départ, je n’y avais guère prêté attention, mais, ces derniers jours, j’ai en plus des flashs alors que je suis éveillé. Les Éternels, que j’ai finalement rencontrés, disent qu’il faut me décider à le réaliser ou à le tuer dans l’œuf.
— Eh bien ?
— Hum, cela concerne le passé de Deniel. Je ne sais pas si je dois à nouveau le perturber ou non. J’ai conscience qu’il est chargé d’une mission de la plus haute importance et… je crains de créer davantage de soucis qu’autre chose.
— Je comprends. Mon fils en a vu d’autres et en verra certainement encore. Si vous pensez qu’il faut agir, alors faites-le, Marc. Pour ma part, je ne vous en tiendrai aucune rigueur. Nous savons tous deux que vous avez aussi un rôle à jouer pour notre communauté. Qu’importe le prix, nous ferons toujours face. Ce sera tout ?
— Heu, oui, Monsieur… Merci.
L’Éternel garda l’écouteur en main, alors qu’à l’autre bout du fil, le Prince avait déjà raccroché. Il avait obtenu une réponse et, malgré tout, ne s’en trouvait pas soulagé. Devait-il en parler à Annie ? Après avoir encore tourné dans son atelier, il se laissa la nuit pour réfléchir.
Le lendemain, Annie prenait son déjeuner dans la cuisine quand Marc la rejoignit.
— Tu as de sacrés cernes, tu travailles trop, lui lança-t-elle d’un ton de reproche tout en trempant un croissant dans son bol.
— Si seulement… Non, j’ai un petit souci et je ne sais que faire.
— Je peux t’aider ?
L’apothicaire la dévisagea. Les joues roses et les cheveux mal coiffés, elle semblait si loin de ses préoccupations du moment qu’il hésita à se confier.
— Peut-être la prophétesse, concéda-t-il après quelques secondes.
Annie redevint sérieuse, saisissant l’importance de la situation. Elle hocha la tête et s’essuya les mains sur la serviette en tissu. Marc chercha l’inspiration en observant le plafond, puis s’expliqua à demi-mot.
— Je dois choisir entre agir ou non, et cela peut toucher indirectement Deniel.
— Un choix ? Quel choix ?
— J’ai le pressentiment que je dois réaliser quelque chose, et le résultat peut passablement l’énerver. Par contre, cela concerne une humaine alors… Je me dis… C’est peut-être aussi en lien avec le clan.
— La sixième personne ?
— Peut-être.
— Mais c’est une super nouvelle, ça ! Pourquoi ne lui en parles-tu pas ?
— Je le connais, il va refuser.
Les yeux d’Annie reflétèrent sa surprise.
— Si c’est pour le clan, pourquoi refuserait-il ?
— Ça le touche de trop près. Écoute, tu veux bien ne rien lui confier pour l’instant et… si tu as l’occasion d’obtenir une information… lors d’une vision… qui pourrait m’aider à choisir, ce ne serait pas de refus.
Le silence engloutit tout l’espace de la cuisine. La demande était confuse et Marc très mal à l’aise. Elle pouvait lire sur ses traits toute l’importance que revêtait son soutien. C’est ce qui la poussa à accepter.
— J’y penserai, d’accord. Si je perçois quelque chose, je te tiens au courant.
— Merci. Ça… Ça presse un peu.
— Ben oui, mais il faut être deux pour ça, hein.
Son clin d’œil amical lui montra qu’il n’avait pas suffisamment précisé l’urgence de la réponse. Mais, comme spécifié l’instant précédent, duo et feulement étaient indispensables. Marc se contenta de la remercier une seconde fois et la laissa terminer son repas. 

*
*    *
De son côté, Maja n’avait pas encore remis les pieds dans la demeure du clan. Marchant au hasard dans Paris, elle avait tout d’abord évacué sa colère, puis s’était mise à pester contre Carbone, Deniel et enfin contre elle-même. Elle...

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