L
144 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

L'Attente

-

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
144 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Description

Sasha a dix-huit ans. Élève en Terminale Scientifique, il n’attend qu’une seule chose : passer son bac et partir. Son horizon se résume à cette fuite jusqu’à ce qu’il rencontre Léandre, un doux rêveur qui le fascine. Sasha se retrouve divisé entre cet amour qui le bouleverse et les dangers qui le guettent dès qu’il franchit le pas de sa maison. Sasha nous conte ce parcours difficile, fait de joies et de douleurs, vers ce qu’il pense être le bonheur.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 13
EAN13 9782390060987
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

L’Attente Nathalie Marie Livre 2 Sasha a dix-huit ans. Élève en Terminale Scientifique, il n'attend qu'une seule chose : passer son bac et partir. Son horizon se résume à cette fuite jusqu'à ce qu'il rencontre Léandre, un doux rêveur qui le fascine. Sasha se retrouve divisé entre cet amour qui le bouleverse et les dangers qui le guettent dès qu’il franchit le pas de sa maison. Sasha nous conte ce parcours difficile, fait de joies et de douleurs, vers ce qu’il pense être le bonheur.
Première édition L’Attente Nathalie Marie © Nathalie Marie, 2016, pour le texte © Reines-Beaux, 2015, pour la présente traduction © Nessendyl, 2016, pour l’illustration de couverture Collection Amour, n°2016-1016 Suivi éditorial par Hayden Faley Ceci est une œuvre de fiction. Les personnages, lie ux et évènements décrits dans ce récit proviennent de l’imagination de l’auteur ou sont utilisés fictivement. Toute ressemblance avec des personnes, des lieux ou des évènements existants ou ayant existé est entièrement fortuite. Tous droits réservés. Cette œuvre ne peut être repr oduite, de quelque manière que ce soit, partiellement ou dans sa totalité, sans l’accord écrit de la maison d’édition, à l’exception d’extraits et citations dans le cadre d’articles de critique. Avertissement sur le contenu : cette œuvre pourrait dépeindre des scènes d’intimité entre deux hommes et un langage adulte. Elle vise donc un publ ic averti et ne convient pas aux mineurs. La maison d’édition décline toute responsabilité pour le cas où vos fichiers seraient lus par un public trop jeune. ISBN : 978-2-39006-098-7 Ce titre est également disponible au format papier sous l’ISBN : 978-2-39006-099-4 Dépôt légal : juin 2016 Édité en Belgique info@reines-beaux.com
Nathalie Marie
L'attente
www.reines-beaux.com
Remerciements Mes remerciements vont à Jeannine pour ses nombreuses relectures et son aide précieuse dans la chasse aux fautes. Ils vont aussi aux lectrices/lecteurs qui m'ont donné le courage de me lancer dans l'édition, et à Reines-Beaux pour le travail que nous avons effectué ensemble sur ce livre.
Chapitre 1 Je regarde autour de moi et je ne sais pas trop quo i penser. Un nouveau village, une nouvelle maison et, quoi que j’aimerais en penser, la même vie qui m’attend. Je ne connais personne, ce qui ne doit pas être le cas des autres. Dans un patelin co mme celui-ci, tout le monde se côtoie au quotidien et il ne doit pas y avoir beaucoup de secrets. Et p our tout dire, ça ne fait pas mon affaire. Je ne souhaite pas que l’on sache quoi que ce soit sur mo i. Ma vie est déjà bien assez compliquée comme ça, je n’ai pas besoin qu’on vienne y fourrer son nez. Qu’est-ce que je vais bien pouvoir faire ici, pour m’échapper ? Il va me falloir trouver un endroit tranquille où je pourrais m’isoler à chaque fois qu e ce sera possible. Je déteste resterchez moiet je place un grand espoir dans mon futur lycée. Si je d evais n’émettre qu’un souhait, un qui soit réalisable, ce serait de m’y plaire. La seule chose que j’ai réussi à imposer, c’est l’importance de l’école. Des études, cela signifie une chance d’avo ir un bon boulot, et donc, un salaire correct. C’est un schéma assez primaire qui sous-entend une attent e envers moi, quelque chose qu’il peut comprendre. En ce qui me concerne, j’aime étudier et faire du mieux que je peux. Non pas que je veuille être le meilleur, mais je n’aime pas échouer. Les études sont le seul moyen que j’ai trouvé pour m’éloigner. Être au lycée, même plus que nécessaire, est facilement faisable.Iln’a aucune idée de mon emploi du temps, je peux le rendre élastique et je le fais sans scrupule. Je traverse le village en suivant la rue principale. Une boulangerie, une petite épicerie, un bureau de tabac, deux cafés et autant de salons de coiffure sont ce qui le constitue. La localité la plus pro che est à trois kilomètres, dix minutes en bus, vingt en tout pour se rendre au lycée. C’est là que se trouve mon futur établissement scolaire. J’ai jeté un coup œil sur le net, ce n’est pas une ville importante. Elle est cependant suffisante pour y trouver un cinéma et une médiathèque. Cette dernière est tout ce que je souhaite et elle a toutes les chances de devenir mon antre. Il y a aussi une piscine, ce qui est un plus non négligeable. J’adore l’eau et m’en sentir entouré. C’est rassurant. De retour vers la maison, je rencontre quelques personnes qui, je dois l’avouer, ont l’amabilité de toutes me saluer. C’est étrange pour quelqu’un comme moi qui viens d’une ville de banlieue où on prend plus l’habitude de baisser la tête devant ceux que l’on rencontre. Je suis à quatre maisons dechez moi, lorsque je croise le premier jeune de mon âge. Il est plus grand et plus fin que moi, et a les cheveux clairs. Je ne distingue rien d’autre de lui, car il a la tête en l’air et les yeux tournés vers le ciel. Je lève les miens dans la même direction et ne vois rien de spécial, rien qu’une immensité bleue sans aucune particularité. Arrivé à faible distance, je l’observe et me focalise sur son sourire. Ce n’est pas la seule chose que je remarque. Il est très beau, tout en finesse et délicatesse. Son visage dévie légèrement vers moi, mais je sais qu’il ne me voit pas vraiment. Son esprit est ailleurs. Ce n’est pas de l’indifférence, tout du moins je ne crois pas. Je relève la tête vers le ciel pour essayer de voir ce qu’il voit et ce que je comprends, c’est qu’il est en train de suivre des yeux un avion. Il m’est impossible de concevoir ce qui l’attire autant. Au moment où je passe devant lui, il est presque totalement t ourné dans ma direction, ce qui me permet d’entrevoir ses yeux. Ils sont verts, vert d’eau, et déconnectés de la réalité. L’image qui se grave dans mon cerveau est celle d’un magnifique doux rêveur qui avance dans un univers qu’il est le seul à percevoir. Je ne connais rien aux mondes des songes , mais je viens d’entrouvrir la porte de l’un d’eux. Cette image est celle qui va devenir mon seul rêve.
Deux ans plus tard. Parfois, je scrute le ciel pour essayer de comprendre ce mystère qu’est Léandre. Il n’y a rien à faire, je n’arrive pas à le lire et je ne connais pas la traduction. Pour moi, ce qu’il regarde à tout bout de champ, ce n’est que du bleu ou du gris. Que voit-il ? L’année où je suis arrivé, je rentrais en Seconde. Je n’ai pas retrouvé au lycée ce garçon que
j’avais croisé à mon arrivée ici. En fait, il a un an de moins que moi. Je l’aperçois quelques fois, de loin, sortant ou rentrant chez lui. L’année dernièr e, il a rejoint le lycée et nous nous sommes retrouvés à faire le même trajet le matin et le soir, sauf que nous ne prenons pas le même bus. Je pars tôt et rentre le plus tard possible, ce qui n’est pas son cas. Je le regarde souvent, autant que je peux sans me faire remarquer. Ce n’est pas vraiment une obsession. Je n’attends rien de lui, si ce n’est de peupler ce seul univers que j’ai réussi à me créer. Sa beauté, et ce qui transparait de lui, est une bulle dans laquelle je m’enferme lorsque mon quotidien devient trop pénible à supporter. Il n’est pas réel pour moi. Je l’admire comme on contemple une œuvre d’art qui nous a particulièrement touchés ou comme on relit le passage d’un livre que l’on a ado ré. C’est une douce présence qui allège mon existence. Nous n’avons aucun lien, bien qu’étant voisins : ju ste unbonjourquand c’est inévitable. En fait, il m’ignore royalement. Je pourrais me sentir vexé, mais ce n’est pas le cas. Il est un rêve éthéré que je ne peux toucher, que je n’oserais toucher. Rien de ce qu’est ma vie, rien de ce que je suis, ne pourrait être assez beau ou assez sain pour quelqu’un comme lui. Je l’ai beaucoup observé et je ne suis pas le seul. Force est de constater qu’il n’en tient aucun compte. Les regards glissent sur lui, ce qui est étrange. Il pourrait être la coqueluche de ce lycée, s’il le voulait, mais non. Il passe la plupart de ses récréations et de ses déjeuners avec ses trois amis, sans chercher à se lier avec qui que ce soit d’autre. Il connait tout le monde, salue toutes celles et ceux qu’il croise, sans plus. En deux ans, il a pas mal changé ou, tout du moins, il a perdu son côté enfantin. Il est devenu encore plus beau. Il a grandi et s’est étoffé, tout en conservant cette finesse qui le caractérise. C’est une personne joyeuse qui arbore toujours un sourire. Rien ne semble le contrarier dans sa vie. Et c’est, sans conteste possible, un grand rêveur. Ses yeux se perdent constamment dans ce qui l’entoure. C’est captivant. Si je n’ai pas ce désir de rêverie, j’ai celui d’entrer dans son monde. Je n’arrête pas de me demander en quoi ce qu’il voit le fascine tant. Il est une énigme pour quelqu’un comme moi. Et moi, qui je suis ? Le plus simple est de me présenter. Je m’appelle Sasha, j’ai dix-huit ans et je suis en terminale scientifique. Je suis ce qu’on peut appeler un très bon élève. Il faut dire que je fais tout pour. Je vis avec celui que j’appelleil, mon père. Ma mère, je ne sais pas où elle est. Elle est parti e un jour, sans un mot, et m’a laissé aveclui. Pourquoiil? Disons que mon père n’est pas un homme qu’on aimerait appelerpapa, alors je ne le fais pas. Son but dans la vie ? Ne rien faire, si ce n’est picoler et me pourrir la vie. C’est un sale type. Il ne m’est pas agréable d’en parler.Ilit nécessaireest déjà bien trop réel pour moi, sans qu’il ne so d’y mettre des mots. J’appréhende toujours de me retrouver seul aveclui. C’est ma hantise chaque seconde où je suis à la maison, de jour comme de nu it. Je fais face, j’ai appris à le faire, mais c’est constamment dans la peur. Si je suis un si bon élève, c’est grâce àilet c’est bien la seule chose que je peuxluiconcéder. Dès mon bac en poche, j’ai bien l’intention de mettre les voiles. Je n’attendrai pas un jour de plus que celui des résultats. Plus ces derniers seront bons et plus j’aurai de chance de trouver un moyen de poursuivre mes études. C’est une évidence pour moi. La réalité est ce qu’elle est. On aidera plus facilement un élève brillant promis à un bel avenir qu’un cancre. Les primes d’excellence pour les bourses sont là pour en attester. Certains établiss ements très cotés recrutent parmi les meilleurs élèves de terminale et sont prêts à aider, si nécessaire, cette catégorie d’élèves qui leur permet de maintenir le prestige de leur établissement. Je ne vois que cette chance pour moi. Je suis majeur et je n’ai pas d’argent. C’est la seule chose que je peux offrir. Physiquement, je n’ai rien de particulier. Je suis de taille et de corpulence moyenne, un mètre soixante-dix-sept pour je ne sais combien de kilos, brun et les yeux bleus. J’ai la peau légèrement mate et les traits pas trop mal dessinés. Je ne sui s ni beau ni laid. Mes yeux sont attirants, ce sont peut-être eux qui font pencher la balance. Je fais du judo, une fois par semaine. C’est le seul sport que je pratique, mais il a suffi pour sculpter mon corps. Je n’attache pas trop d’importance à mon apparence et c’est heureux pour moi, car j’en serais pour mes frais. Je n’ai pas d’autre choix que de faire avec ce que j’ai, alors autant s’en contenter. Je ne teste que très rarement mon pouvoir de séduct ion. Je me montre même extrêmement prudent. Je suis homosexuel et je le sais depuis le début de mon adolescence. Je n’ai pas grand-chose à en dire, car je ne m’y suis pas vraiment arrêté. J’avais bien assez de sujets de préoccupation pour m’en rajouter un. Je l’ai accepté pour ce qu’il est, une réalité, et j’en ai fait un secret dans le seul but de me protéger. Je ne veux même pas imaginer ce qu’ilen penserait. À n’en pas douter, sa réaction
serait des plus violentes, et je m’en fiche. Dans un an, je serai parti avec la ferme intention de ne plus le revoir. Il sera bien temps d’y réfléchir plus avant. Je ne vois pas quoi ajouter d’autre sur moi. Je crois m’être montré franc et sincère.
J’ai repris les cours depuis un mois, pour cette dernière année, cette année fatidique, et j’en suis bien content. Je sais où aller la journée sans me p oser de questions et c’est, à n’en pas douter, rassurant. J’ai deux heures de maths ce matin et j’aime vraiment cette matière. Mon prof est super et j’apprécie ses cours. À la sonnerie, je range mes affaires sans me presser. C’est l’heure de la pause déjeuner et je la passe souvent seul. Non pas que j’aime la solitude, pas à ce point-là, même si elle fait partie de mon quotidien, mais les repas, c’est un peu compliqué pour moi. Je suis sur le point de sortir lorsque mon professeur m’interpelle. — Sasha ? Tu as cinq minutes à me consacrer ? — Oui, bien sûr. Que puis-je pour vous ? — J’ai un élève de première qui a quelques difficultés en maths. Je lui ai proposé de faire une ou deux heures de soutien dans le cadre du tutorat et j’ai pensé à toi. Tu aurais le temps ? Deux heures officielles de plus au lycée, ce n’est pas négligeable, et si c’est pour faire des maths, c’est encore mieux. Aider un élève en difficulté n’a rien pour me déplaire. Je ne vois donc aucune raison de refuser et j’accepte immédiatement. — Oui, si nos emplois du temps concordent. — Vous verrez ça ensemble. Je lui proposerai de nous retrouver demain dans cette salle, à l’heure du déjeuner, si ça te convient. — D’accord, pas de problème. Il me confie la suite en marquant quelques hésitations, ce qui me surprend. — Hum… Pour être précis, cet élève n’est pas réellement en difficulté. Il peut tout à fait réussir dans cette matière. C’est d’ailleurs la seule qui l ui pose souci. En fait, je n’arrive pas à fixer son attention. Comment dire… apparemment, le ciel lui semble beaucoup plus intéressant que mes cours. À ces mots, mon cœur fait une embardée. Je ne conna is qu’une seule personne capable de se déconnecter de la réalité pour se perdre dans le ciel. C’est à Léandre, car ce ne peut être que lui, qu’on me demande de donner des cours de maths ? Mes mains deviennent moites et je ne me sens pas très bien tout à coup. Est-ce une bonne idée ? Est-ce un e bonne chose de me rapprocher de ce qui constitue ma seule échappée dans la vie ? Je suis sens dessus-dessous. C’est la voix de mon professeur qui me ramène au présent. — Sasha ? SASHA ? — Oh ! Excusez-moi. J’ai perdu le fil. — Ce n’est pas possible ! Pas toi, Sasha. J’en ai assez d’un ! — Désolé, vraiment. Je crois… que j’ai faim. — Je préfère que ce soit ça, plutôt que de me dire que le seul fait de parler de ce garçon nous coupe de la réalité… Cet élève s’appelle Léandre et il est en première S Bleue. Ton rôle va consister à découvrir le moyen qui lui permettra de trouver de l’intérêt aux maths. À partir de là, il devrait pouvoir s’en sortir. Je dois reconnaître qu’il est un peu à part. Il est agréable et attachant, et il peut réussir bien mieux que ce n’est le cas à l’heure actuelle. Il gâche son potentiel et je n’aime pas ça. Penses-tu pouvoir le faire ? — Je… je peux essayer. — Parfait. Je vais lui proposer et, s’il est d’acco rd, je lui demanderai de nous retrouver ici à douze heures trente demain. Lorsque je sors de la salle de classe, je suis passablement distrait. J’ai parfaitement conscience que Léandre m’a toujours évité, sans que j’en discerne la raison. Il ne cherche pas d’autres amis, ça je l’ai bien compris, mais il n’empêche que nous sommes voisins et qu’un peu plus qu’unbonjour n’engage à rien. Je suis tout autant lucide sur l’effet qu’il me fait, même si je n’en ai jamais tenu compte. J’ai toujours les mains moites et je n’ai plus faim, ce qui tombe bien, car je n’ai rien amené à manger, et qu’ainsi, le peu d’argent que j’ai sur m oi durera un peu plus longtemps. Je passe mon heure de déjeuner assis dans le couloir, à côté de la porte de mon prochain cours. Je suis terriblement angoissé. Je ne me sens pas capable d’assumer plus de problèmes que ceux que j’ai déjà. Je suis
profondément triste, plus encore, malheureux. Comme une difficulté n’arrive jamais seule, ce soir -là, lorsque je rentrechez moi, je constate qu’ilest particulièrement énervé et de fort méchante hu meur. Je me fais tout petit et rase les murs, alors qu’il braille. — SASHA ? — Oui ? — J’ai faim. Magne-toi de faire à bouffer et apporte-moi une bière ! — Je m’en occupe. — T’as plutôt intérêt. Et comment qu’ça fait que tu rentres à c’t’heure ? Qu’est-ce que t’as foutu ? — J’ai mon prof de maths qui voulait me voir. J’ai été désigné pour l’aider avec certains élèves. — Eh ! C’est des trucs en plus, ça. T’es pas obligé d’les faire. Si ça fait qu’tu n’peux plus faire c’que t’as à faire ici, envoie-le balader. J’essaie deluirépondre avec le plus d’assurance possible. — Ça fait partie des obligations du lycée. — Rah ! Y font chier ! — Je sais bien, mais je n’ai pas le choix. — Donne-moi ma bière ! Mon Dieu ! Les salades que je dois lui raconter pou r qu’il me fiche la paix ! Je ne m’en suis pas trop mal sorti, cette fois-ci, et il s’est calmé assez vite. Il n’était énervé qu’en surface, ce qui est une bonne chose. Tout le reste de la soirée, je me fais très discret. Dès que son assiette est posée devantlui, je file et m’enferme dans ma chambre. C’est ici que je passe tout mon temps lorsque je suis à la maison. C’est même là que je mange. Je ne m’en plains pas, je préfère rester entre mes quatre murs. Heureusement qu’il ne m’impose pas sa compagnie, ca r malgré ma résistance, là, c’est sûr, je laisserais tout tomber et advienne que pourra.
J’ai passé ma nuit à tourner et virer dans mon lit, pour finir par arrêter d’essayer de dormir. Je me suis martelé le crâne jusqu’à être capable de me co nvaincre que j’allais donner des cours à un élève lambda. Je l’ai fait jusqu’à pouvoir me recouvrir d’une apparente indifférence. J’ai ordonné à mon cœur de se calmer, à mes mains d’arrêter de trembler et à mon cerveau de superposer l’image d’un mec banal devant celle de Léandre. Ça tiendra le te mps que ça tiendra, l’important étant que ça fonctionne jusqu’à ce que nous nous soyons mis d’accord pour les cours. Demain est un autre jour. Mes réactions peuvent paraître absurdes et irréelles, mais dans la vie étriquée que je mène, Léandre est ma bouffée d’oxygène. L’apercevoir, ne serait-ce qu’un instant chaque jour, me permet de faire face. Je me suis accroché à son image, à ce qu’il dégage, à sa légèreté et sa gaieté. Me retrouver à devoir le considérer comme une réalité me fait peur. S’il n’est pas celui que je vois, je perdrai ma bouée de sauvetage. Si c’est l’inverse, je serai en danger. J’évite d’y penser et de mettre des mots trop concrets là-dessus, mais je sais bien que je suis amoureux de cette image. Tant que ce n’est que de la représentation que je me fais de Léandre, les choses peuvent rester assez simples, sinon tout deviendra très compliqué. C’est à s’en taper la tête contre les murs. À l’heure dite, j’ai assez pris sur moi pour être e n mesure d’afficher ce visage neutre que j’emploie avecil. Si j’en suis capable face à mon père, je peux le faire face à Léandre. Ma peur n’est pas la même. Je dois pouvoir la surmonter. Une fois tous mes camarades sortis, la tête de Léandre s’affiche dans l’encadrement de la porte et il salue le professeur. Je le suis des yeux, tandis qu’il se tourne vers moi, et ne manque ni sa surprise ni sa stupeur. Elles sont incontournables. Il se fi ge sur place, bouche bée. Je dois prendre sur moi pour rester stoïque. Je suis incapable d’interpréter sa réaction, mais ce qui est sûr, c’est qu’elle est tout sauf neutre. La première évidence qui s’impose à moi est qu’en ce qui me concerne, le mot simplepeut définitivement pas s’accoler au prénom de Léandre. ne Complicationssemble bien me plus adéquat. La seconde se résume en une phrase : cette dernière année de lycée avant ma liberté va être difficile, très difficile. Et je suis convaincu que c’est un euphémisme. Il me suffit de regarder ses yeux pour savoir que je ne vais plus pouvoir m’en passer et de lire les expressions de son visage pour
  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents