L ironie intégrale
494 pages
Français

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Description


L’ironie d’un sort


Alan est un jeune coiffeur à la vie complexe. Fraîchement majeur, il découvre la vie trop tôt, trop jeune, et traîne depuis un passif lourd à gérer. Au fil de ses rencontres, il fait des choix, parfois bons pour lui, parfois plus controversés.
Pourra-t-il, seul, reprendre sa vie en mains ? Ou est-ce le destin qui, par l’ironie du sort, va guider ses pas sur le chemin d’une vie plus stable ?



L’ironie du destin


Jesse Delgrange est étudiant en droit. En collocation avec sa meilleure amie Emma, il recherche un emploi et trouve la perle rare en devenant nounou chez un couple de coiffeurs, Alan et Justin. Depuis qu’il s’est fait licencier de son précédent emploi pour avoir couché avec son patron hétéro, il s’est juré de ne plus retomber dans ce piège classique. Ainsi, quand il rencontre le nouveau voisin de ses patrons, il doit tout faire pour lutter contre cette attirance.



Elliott Vital revient tout juste des États-Unis où il a laissé son ex-épouse avec son ex-meilleur ami filer le parfait amour. Désemparé, il ne sait plus très bien où il en est, ni dans quelle catégorie se ranger. Hétéro ou homo, les questions qu’il se pose à tout moment de la journée le perturbent grandement. Mais osera-t-il agir sur ses désirs et déclarer sa flamme au jeune homme d’à côté ?


L’ironie de deux destins qui n’auraient pas dû se rencontrer...

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 151
EAN13 9782376769088
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0049€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Publié par
JUNO PUBLISHING
2, rue Blanche alouette, 95550 Bessancourt
Tel : 01 39 60 70 94
Siret : 819 154 378 00015
Catégorie juridique 9220 Association déclarée
http://juno-publishing.com/
 
 
 
L’ironie d’un sort
Copyright de l’édition © 2020 Juno Publishing
© 2015 Mathias P.Sagan
Relecture et correction par Sandrine Joubert
Première édition : novembre 2015
 
L’ironie du destin
Copyright de l’édition © 2020 Juno Publishing
© 2016 Mathias P.Sagan
Relecture et correction par Sandrine Joubert
Première édition : janvier 2016
Conception graphique : © Mary Ruth pour Passion Creation
Tout droit réservé. Aucune partie de cet ebook ne peut être reproduite ou transférée d’aucune façon que ce soit ni par aucun moyen, électronique ou physique sans la permission écrite de l’éditeur, sauf dans les endroits où la loi le permet. Cela inclut les photocopies, les enregistrements et tout système de stockage et de retrait d’information. Pour demander une autorisation, et pour toute autre demande d’information, merci de contacter Juno Publishing : http://juno-publishing.com/
ISBN : 978-2-37676-908-8
Édité en France métropolitaine
 
Table des matières
Avertissements
Dédicace
Remerciements
L’ironie d’un sort
Prologue
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 19
Chapitre 20
Chapitre 21
Chapitre 22
Chapitre 23
Chapitre 24
Chapitre 25
Chapitre 26
Chapitre 27
Chapitre 28
Chapitre 29
Chapitre 30
Chapitre 31
Épilogue
L’ironie du destin
Prologue
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 19
Chapitre 20
Chapitre 21
Chapitre 22
Chapitre 23
Chapitre 24
Chapitre 25
Chapitre 26
Chapitre 27
Chapitre 28
Chapitre 29
Chapitre 30
Épilogue
À propos de l’Auteur
Résumés

 
Avertissements
 
 
Ceci est une œuvre de fiction. Les noms, les personnages, les lieux et les faits décrits ne sont que le produit de l’imagination de l’auteur, ou utilisés de façon fictive. Toute ressemblance avec des personnes ayant réellement existées, vivantes ou décédées, des établissements commerciaux ou des événements ou des lieux ne serait que le fruit d’une coïncidence.
 
Ce livre contient des scènes sexuellement explicites et homoérotiques, une relation MM et un langage adulte, ce qui peut être considéré comme offensant pour certains lecteurs. Il est destiné à la vente et au divertissement pour des adultes seulement, tels que définis par la loi du pays dans lequel vous avez effectué votre achat. Merci de stocker vos fichiers dans un endroit où ils ne seront pas accessibles à des mineurs.
 
Dédicace
 
 
À mon mari, en reconnaissance de toutes les années ensemble.
Et toutes celles à venir…
 
À vous lectrices, lecteurs, puissiez-vous trouver votre seconde moitié d’orange.
 
Remerciements
 
 
Cette série a été publiée en 2015, et elle m’a fait connaître auprès de vous, juste après Nouveaux Départs. Elle m’a lancé, elle m’a permis de vous dévoiler les vies d’Alan, de Jesse, d’Elliott et de Justin. Mais aussi d’Hugo. Et de tant d’autres. Alors, un grand merci !
 
Aujourd’hui rééditée chez Juno Publishing, que je remercie chaleureusement de leur confiance et leur travail ; j’espère que cette intégrale peaufinée saura vous séduire et que vous passerez un excellent moment.
 
À très bientôt,
Amitiés
Mathias
 
 
 
 
L’ironie d’un sort
L’ironie #1
 

Mathias P.Sagan

 
Prologue
 
 
 
 
Déprimé depuis de trop nombreuses années, j’essayais une nouvelle fois de mettre fin à ce calvaire que représentait la Vie.
Il était absurde de vouloir en finir avec la Vie, cette chose si merveilleuse pour certains, à seulement dix-huit ans et quelques jours, et pourtant je recommençais. Ironie de la Vie, ironie d’un sort connu d’avance.
Sauf que cette fois, j’allais trop loin. Je me réveillais, branché de part en part, des tuyaux me courant dans les veines pour me donner de quoi tenir, de quoi rester vivant. Du liquide qui me remplissait, et m’empêchait de fuir cette sinistre existence, nourrissant mon triste corps malmené par mes trop nombreuses errances… Errances de médicaments, de pharmacies familiales dévalisées, de mensonges éhontés, pour simplement ressentir l’esprit qui s’éloignait de toute réalité.
J’apprenais, une fois réveillé par l’infirmière de garde, que je me trouvais à l’hôpital Georges Pompidou du quinzième arrondissement. Il dépendait de l’endroit où se situait ma chambre de bonne, dans le huitième, rue Jean Goujon. Vingt-quatre heures de coma, un arrêt cardiaque de quelques secondes, un lavage d’estomac, des reins malmenés. Elle me demandait ce que je voulais faire, quelles personnes devaient être prévenues. Aucune, et ne pas rentrer chez moi, dans ce sinistre placard de huit mètres carrés qui me coûtait les trois quarts de mon salaire d’apprenti coiffeur, étaient mes seules demandes. Puis je replongeais dans un sommeil sans rêves, sommeil faux, faussé par les multiples perfusions qui m’entouraient.
Plus tard, une femme me réveillait, indéfinissable et inconnue à mes yeux brumeux, qui me tendait des papiers à signer pour mon transfert en unité psychiatrique. La Vie ne voulait pas que je l’abandonne, car au lieu de m’enfermer à Sainte-Anne, le pire endroit parisien pour panser des blessures psychiques, des ambulanciers m’emmenaient à l’hôpital Henri Ey, près de la porte de Choisy, pour me rétablir.
Comment en étais-je arrivé là ? Comment étais-je encore en vie ? Et pourquoi ? Pourquoi ma conscience m’interdisait-elle de partir ? Pour la première fois de toutes mes tentatives, j’atteignais le but. L’ultime : la Fin. Et pourtant, avant de sombrer, j’appelais les secours. Revêtant mon apparat habituel : un beau pantalon, de belles chaussures, une chemise cintrée sur mon torse extrêmement mince, presque maigre, recouvert d’un manteau trop long, trop chaud malgré ce début novembre. J’attendais, prenais le temps d’entendre les sirènes, celles qui me secouraient, qui me venaient en aide pour la bêtise que je venais de commettre. Mon corps me lâchait, m’abandonnait, mais j’essayais de rester digne et fier en les attendant.
Le camion rouge arrivait, et je renonçais quand la civière devenait visible. Les tremblements redoublaient, ma tête tournait, mon cœur battait plus lentement qu’à l’accoutumée. Je m’effondrais sur le premier secouriste à ma portée, telle une âme échouée sur un trottoir parisien. Dans cet automne qui ressemblait plus à mes yeux, à un hiver froid et sinistre d’un pays nordique abandonné où aucune âme ne vit, qu’à une arrière-saison pleine de douceur dans la plus belle ville du monde.
Quand j’arrivais à ma future prison qui m’était choisie, mon téléphone en main, je prévenais Olivier, mon ex de l’été. Un homme charmant au demeurant, malgré sa séropositivité et nos rapports non protégés. Une personne loyale de quinze ans mon aîné qui venait immédiatement, m’apportant son ancien ordinateur portable, avec d’innombrables séries et films pour me divertir de ce cauchemar volontaire.
Mais ce n’était pas ce qui m’intéressait dans son prêt. Je découvrais le simple logiciel Word, appris durant mes années au collège, dans cet établissement maudit où j’avais passé mon adolescence. Réapprendre à mes doigts le doux glissement des touches qui se succèdent pour écrire.
Traitement de texte.
Étonnant ce terme. Il me faisait toujours rêver. Rêver parce qu’enfant, je n’avais pas d’ordinateur. Tout attrait pour cette machine me faisait fantasmer. Toutes ces choses que l’on pouvait entreprendre d’un simple appareil, plus mince qu’un dictionnaire, rempli de pièces techniques, cette petite boîte rectangulaire qui permettait d’accomplir une montagne d’actions, d’avoir un éventail de possibilités à partir de logiciels, d’Internet, de photos…
Dans ma cellule, je commençais à raconter l’histoire d’un jeune homme interné qui avait atterri trop tôt dans le monde des adultes, dans le milieu gay, qui avait déjà trop vécu.
Et dans la vie, il faut savoir se battre pour ce que l’on veut. Alan le comprenait, comme tant d’autres avant lui. Parce que, finalement, la Vie est belle, cruelle quelquefois, mais tellement tendre dans ce qu’elle peut nous offrir.
Souvent, tout est une question de choix, de décisions à prendre, d’affirmations à démontrer, de chemins à parcourir…
Cette histoire, c’est une souffrance combattue, mais aussi l’amour de la Vie .
 



Chapitre 1
 
Sortie et décisions
 
 
Malgré la réputation du groupe hospitalier du Perray-Vaucluse, l’endroit où je suis n’en reste pas moins une unité psychiatrique. Les malades présents sont dans le même état que moi : désarçonnés et désemparés. Un véritable monde parallèle pour les vivants que nous ne sommes plus. Abrutis de médicaments, nous avons souvent l’impression que nous sommes dans un « moins bon état » que nous l’étions, avant notre arrivée. Cela n’empêche pas les pleurs de certains patients la nuit, les hurlements terrifiants que nous pouvons entendre, les marques de violence envers autrui ou soi-même, et tant d’autres choses qu’une personne saine d’esprit n’imagine pas un seul instant.
Cela fait plusieurs semaines que je n’ai pas senti l’air du dehors, ressenti les effets du vent sur mon visage. Cloisonné, enfermé, réduit à un numéro, j’ai cette impression d’être un cobaye qui va finir exterminé avec les doses de médicaments, ou alors, qu’un troisième bras va se mettre à me pousser sur mon torse. Mais aujourd’hui, c’est différent, je veux sortir. Je dois le faire.
Je me rends dans le bureau de mon psychiatre, m’installe correctement sur la chaise vacillante, et attends qu’il parle.
— Bonjour, Alan. Comment allez-vous ?
— Bien, docteur.
Mensonge. Mais un sourire s’épanouit sur mon visage, validant mon propos. Je ne peux décemment pas lui dire que tout n’est qu’illusion, que la moindre de mes phrases n’est que supercherie. Cette tendance à vouloir être en opposition permanente, entre la réalité et ce que je pense honnêtement, cache ma nature profonde à ne pas me découvrir. Ne pas montrer qui je suis reste ma barrière principale, face à la cruauté du monde. Mes secrets, mes émotions, mon cadeau du ciel si précieux que je garde pour moi envers et contre tous, pour mieux le protéger, sont des éléments qui me permettent de tenir…
— Cela fait cinq semaines que vous êtes parmi nous, Alan. Vous sentez-vous prêt à rentrer chez vous ?
— Vous me demandez si je veux sortir de cette prison ? Docteur ! Je n’attends que ça. J’ai conscience d’avoir fait une erreur, mais qui n’en fait jamais ? Il est temps que je retourne au travail. Et puis les fêtes de fin d’année sont dans quelques semaines, il faut que je sois libre et présent pour mes parents.
— Vous ne les avez toujours pas prévenus ?
— Non, docteur. Ils ont des choses plus importantes à penser qu’au rejeton qui est parti de la maison avec son sac à dos avant ses seize ans. Vous savez très bien que nos relations sont limitées, mais des traditions perdurent. Noël en fait partie.
— C’est votre choix, je le comprends, mais ne le valide pas comme je vous l’ai déjà dit. Je suppose que si je vous propose une sortie dans l’après-midi, plutôt que demain, cela vous convient mieux ?
— Exactement !
— Dans ce cas, je vous laisse faire vos bagages. Je prépare votre ordonnance, ainsi qu’un arrêt pour votre absence. Trois jours supplémentaires vous suffiront pour retourner au travail ?
— Parfait ! Merci docteur.
Je le salue et quitte son bureau trop clair, trop bien rangé, trop antipathique pour moi, comme le médecin que je vois chaque matin depuis trente-trois jours.
 
 
Le talon de mes bottes résonne dans le couloir blanc aux odeurs d’antiseptiques, inhospitaliers et nous rappelant sans cesse, nous, pauvres âmes échouées, où nous sommes. Ma valise brinquebale sur le carrelage, mon manteau se soulève au gré de mes pas trop rapides et je me retrouve dehors, devant cette façade grise de l’hôpital psychiatrique. Je prends une grande inspiration de l’air extérieur, cet air froid maintenant lié à l’hiver, et ma tête tourne. L’oxygène frais emplit mes poumons, mes membres semblent renaître, mes jambes flageolent, mais je suis de nouveau libre, sans gardien, sans fenêtre condamnée, sans les hurlements de mes voisins.
J’allume une cigarette et me dirige directement vers la file de taxis. Il est hors de question que je monte dans le métro avec son sordide confinement souterrain, après tant de temps enfermé.
Il ne faut qu’une vingtaine de minutes au chauffeur pour me déposer devant mon immeuble cossu des quartiers chics, et je prends le couloir auxiliaire pour me retrouver dans mon minuscule appartement.
Je m’assois sur mon lit une place et réfléchis. Il me faut changer de lieu de vie, modifier beaucoup de choses pour au moins relever la tête, et espérer peut-être amener les bonnes décisions. Je ne peux pas continuer ainsi, pas avec cette insécurité d’être mis à la porte, car sans bail. Prenant mon téléphone, je contacte mon conseiller bancaire qui me fait la grâce de m’octroyer un emprunt malgré mes faibles revenus.
Deux heures que je suis là, à pianoter sur mon appareil, regardant la petite télévision par intermittence et j’étouffe déjà. J’envoie un message à Olivier pour dîner avec lui, mais je ne reçois pas de réponse, ce qui sans grande surprise m’amène à penser qu’il est en vol. J’attrape le double des clés qui traînent dans un de mes placards et décide d’aller chez lui. Au moins, je pourrais toujours passer un peu de temps avec Sweetie, sa chatte Angora de cinq ans.
Je prends cette fois-ci le métro à Franklin Roosevelt, effectue mon changement à Reuilly-Diderot pour finalement sortir à Daumesnil, dans le douzième. L’air est encore plus froid que tout à l’heure avec la tombée de la nuit. Je le ressens moins avec toutes ces guirlandes lumineuses qui décorent les rues, les bonnes odeurs de fête, prémisses du réveillon qui approche et qui me rappelle que je dois acheter mon billet de train pour me rendre en Normandie, chez mes parents.
Je pousse la porte vitrée ornée d’entrelacs en fer forgé, après avoir composé le code d’entrée de l’immeuble, et gravi les deux étages pour atteindre l’appartement. Je ne prends pas la peine de sonner, et insère ma clé directement dans la serrure. Je me retrouve face à Sweetie qui dort paresseusement, sur un gilet posé sur la console de l’entrée. Elle lève à peine la tête vers moi et continue de sommeiller sans me prêter plus d’attention. J’accroche mon manteau à la patère derrière la porte, et pénètre dans le salon où je tombe nez à nez sur Olivier et un autre homme, occupés à copuler bassement sur le canapé. Mon cerveau court-circuite l’information, éliminant l’air de mes poumons, annihilant toute pensée rationnelle, et sans prendre la peine de réfléchir, je récupère mon manteau et claque la porte en sortant.
Je sais que notre relation est terminée, mais je n’arrive pas pour autant à me faire à l’idée qu’il puisse rencontrer quelqu’un d’autre.
J’entends mon téléphone sonner et, surpris, je décroche quand je vois qu’il s’agit d’Hélène, la mère de ma meilleure amie, décédée deux ans auparavant d’une tumeur au cerveau.
— Allô ?
— Alan ? C’est Hélène, me dit-elle d’une voix incertaine.
— Comment vas-tu ?
— Alan, on est à l’hôpital. Hugo est tombé dans les escaliers, et il a le bras cassé.
— Comment est-ce arrivé ? Il se porte bien ?
— Oui, ça a l’air. Ils lui font des examens pour tout vérifier, mais il ne souffre que d’une fracture. Il jouait dans sa chambre, et je n’ai pas fait attention sauf quand je l’ai entendu, m’explique-t-elle en pleurant.
— Hélène, ce n’est pas de ta faute. Je peux venir ?
— Oui, Louis ira te chercher au train.
— Pas la peine. Je vous rejoins à l’hôpital. Si vous partez avant, préviens-moi.
Je hèle un taxi après avoir raccroché, et lui demande de m’amener le plus vite possible à la gare Saint-Lazare. Le temps que j’arrive, je réserve mon billet pour Rouen, dans le prochain train qui part vingt minutes plus tard. À peine descendu, je cours dans la première boutique et achète une peluche pour Hugo, avant de me diriger vers la gare où je récupère mon ticket à une borne, et monte dans le train.
Pendant l’heure de trajet, mon téléphone n’arrête pas de sonner : Olivier, qui après m’avoir harcelé de cinq appels m’envoie un message pour me dire qu’il sait que je suis passé vu le bruit que j’ai fait en partant, et que ses clés que je possédais étaient par terre ; mon patron qui me demande quand je reprends le travail ; et ma mère qui me questionne sur ma date d’arrivée pour les fêtes. Bien sûr, je ne l’apprends qu’en consultant mon répondeur, vu que je ne décroche à personne. Mon esprit est trop embrouillé pour parvenir à dissocier les évènements de la journée : ma sortie de l’hôpital, ma décision de changer d’appartement, Olivier et son nouveau mec, et le plus important dans tout cela et qui me tord les tripes à mesure que je m’approche, Hugo.
N’ayant pas reçu de message d’Hélène depuis son appel, je sors de la gare rapidement, prenant à nouveau un taxi, et lui demande de m’amener au CHU Charles Nicole, unité pédiatrique.
Lorsque j’arrive dans l’hôpital, je me dirige machinalement vers l’accueil, et m’adresse à la jeune femme derrière le comptoir, d’une voix que j’espère ferme :
— Bonsoir, madame, où se trouve la chambre de Hugo Jamain ?
— Bonsoir, monsieur, seule la famille est autorisée à cette heure.
— Je suis son père .
 



Chapitre 2
 
L’hôpital et Hugo
 
 
— Vous ne pouvez pas être son père, puisque ses parents sont déjà avec l’enfant dont vous me parlez ! me rétorque-t-elle.
— Ses grands-parents. La nuance est d’une génération, précisé-je en la toisant. Vérifiez son dossier.
— Votre nom ?
— Alan Jamain, le même que mon fils.
Je commence à m’impatienter devant son stoïcisme et sa nonchalance à prendre son temps, pour taper les quelques lettres de mon patronyme. J’ai conscience d’être jeune, et de ne pas ressembler à un père à cause de mon âge, de mes manières et de mon style vestimentaire, mais peut-on réellement se permettre de juger quelqu’un surtout en travaillant dans le milieu hospitalier ? Mon physique de minet parisien avec mes mèches blondes et ma minceur accentuée par des habits trop près du corps ne doivent pas m’aider dans le rôle de jeune papa tout juste majeur d’un enfant de presque trois ans. Encore moins quand ma sexualité est presque tatouée sur mon front ! Mais qu’est-ce que je peux y faire si j’ai un fils, que je n’élève pas, conçu avec ma meilleure amie condamnée, avec l’aval de ses parents ? J’ai fait un choix, ou plutôt j’ai accédé à la demande de la personne qui comptait le plus dans ma vie. Je ne le regrette pas, car qui pourrait déplorer le fait d’avoir un enfant ?
— En effet, excusez-moi, me répond-elle au bout de quelques instants qui m’ont paru interminables.
— Votre mauvais jugement frisant la perfection, je voudrais juste savoir où il se trouve ? ironisé-je.
— Chambre 203, deuxième étage, troisième porte après le bureau des infirmières, sur la droite, m’adresse-t-elle le rouge aux joues.
— Merci de votre compétence, clôturé-je en me dirigeant vers les ascenseurs.
Suivant ses instructions, je me retrouve rapidement devant la porte, et après avoir frappé doucement, j’entre.
Seul un des deux lits est occupé, et je remarque tout de suite Louis, installé dans un fauteuil sous l’unique fenêtre de la chambre, somnolant. Hélène est assise sur le bord du matelas, un livre à la main, en train de lire une histoire à mon fils, qui relève la tête avec un sourire étirant son beau visage fatigué :
— Papa !
— Salut mon cœur ! Comment te sens-tu ?
— Ça va bien ! Dis, tu me feras un dessin sur mon bras ?
Je me mets à rigoler en m’approchant de lui, avant de lui déposer un bisou sur son front, tout en lui ébouriffant ses cheveux d’un noir de jais, indomptables, qu’il tient de sa mère.
— Oui mon cœur, je t’en ferai un. Tu réfléchis à ce que tu veux, et je m’en occuperai demain, d’accord ?
— Hum hum.
Malgré l’accident des escaliers, il ne semble pas traumatisé, contrairement à Hélène, dont les traits tirés et les yeux rouges sont certainement dus au fait d’avoir trop pleuré. Je salue Louis d’une poignée de main chaleureuse, et embrasse la grand-mère de mon fils.
— Je suis désolée, me répète-t-elle d’une voix larmoyante.
— Hélène arrête, ça peut arriver à tout le monde ! Il va bien, hein, mon grand ? Tu vas bien ?
— Oui ! C’est cool, j’ai un plâtre !
— C’est bien vrai, mon cœur, c’est trop cool ! Alors, il n’y a aucune raison de s’inquiéter, il est moins traumatisé que toi, dis-je en me retournant vers Hélène.
Quelques minutes après, un jeune médecin vient nous voir pour nous remettre les documents liés à la sortie d’Hugo. Je le porte jusqu’à la berline familiale, et nous prenons le chemin de la place Saint-Marc, où se situe la maison bourgeoise des personnes qui ont accepté la seule demande de leur fille, Laura, quand nous avons appris sa maladie incurable.
Tandis que Louis conduit, toujours prudemment, j’attrape la main valide d’Hugo et repense à cette période.
Nous étions si jeunes et si proches à l’époque.
Laura venait de quitter Caen pour s’installer à Rouen, suite au changement de travail de son père, et je passais mes vacances de printemps avec elle. Nous nous sommes connus en primaire, et telle une sœur aînée, elle m’a toujours défendu. Du fait de son redoublement, elle était plus grande que les autres, et personne ne pouvait dire du mal de moi. Sous son aile, voilà ce que j’étais. Nos premières bêtises nous les avons faites ensemble, ignorant les recommandations parentales.
Mais au cours de nos vacances, avant que tout ne bascule, Laura a commencé à avoir des migraines épouvantables, à en hurler. Nous nous sommes retrouvés tous les quatre dans le bureau du médecin, Louis et Hélène d’un côté, Laura et moi de l’autre nous tenant par la main, quand il a annoncé :
— Je suis désolé, sincèrement, Laura. Vous avez développé des tumeurs au cerveau. Celles-ci forment des points de compression qui vous occasionnent vos migraines.
— On peut l’opérer ? avait demandé Louis.
— C’est inopérable, je suis navré.
Et ma Laura, telle l’adulte qu’elle était en voie de devenir, l’a interrogé une seule fois, avec la question que nous nous posions tous sans oser la formuler, de sa voix parfaitement claire, contrôlée :
— Il me reste combien de temps ?
— Avec une chimiothérapie couplée à une radiothérapie, vous avez entre cinq et six ans devant vous ; car elles ne disparaîtront jamais. On peut les diminuer, mais pas les éliminer.
— Et, sans ça ?
— Laura ! avait protesté dans un gémissement sa mère.
— Et, sans ça ? avait-elle reposé, toujours calme et sûre d’elle, au médecin.
— Avec des traitements moins pesants, dits alternatifs, vous pouvez espérer deux ans, trois au mieux. Mais rien n’est fiable, et les douleurs seront plus difficiles à gérer. Je vous conseille la chimiothérapie, c’est plus lourd, certes, mais ça peut laisser du temps pour trouver une solution à l’opération, d’ici là.
— Merci docteur, a-t-elle dit en se levant, me tenant toujours la main. On va réfléchir, et on vous recontacte.
Nous sommes sortis, ses parents encore à l’intérieur, sous le choc. Laura m’a entraîné dans les couloirs d’un pas rapide, pressée de quitter l’hôpital. Nous avons couru jusqu’aux quais de Seine, où nous nous sommes affalés sur un banc, avant de pleurer l’un sur l’autre.
Elle a été forte devant ses parents du haut de ses quinze ans, mais maintenant qu’elle se trouvait seule avec moi, elle se lâchait. Alors, quand au bout d’un moment, elle s’est tournée vers moi et m’a dit : « Pas de chimio, je garde mes cheveux et je souffrirai, mais je souhaite quelque chose, quelque chose de toi », la seule chose que j’ai répondue est : « Tout ce que tu veux, Laura ». C’était Hugo. Mais je ne le savais pas encore.
À peine arrivés à la maison, je pars coucher Hugo dans sa chambre.
— Papa ?
— Oui, mon cœur ?
— Tu dors avec moi ?
— D’accord. Je te rejoins dès que j’aurai discuté avec papy et mamie.
— Super !
Il en faut peu pour rendre un enfant de trois ans heureux. Il ne comprend pas encore tous les mécanismes de la vie, mais il ressent l’amour que nous lui portons tous les trois. Les trois seules personnes qui connaissent son existence. Je pourrais, non je devrais, en parler à mes parents, à mon frère ou à ma sœur, mais ils n’accepteraient pas. Ils jugeraient Louis et Hélène d’avoir dit « oui », quand Laura les avait mis au courant de son projet. Ils me banniraient de leur vie de façon irrévocable et ne reconnaîtraient jamais mon fils pour ce qu’il est : le fruit d’une amitié, d’un amour platonique de deux adolescents, dont l’un d’eux est condamné à mourir. La honte de la famille serait notre lot à tous les deux, sans compter l’opprobre qu’ils jetteraient sur les deux personnes qui font tout pour lui. Je préfère mentir, omettre la vérité, pour le protéger.
Je redescends l’escalier, et trouve du réconfort après cette longue journée dans le verre de whisky que me tend Louis, une fois arrivé dans le salon.
— Comment vas-tu, Alan ?
— Bien, Louis. Où est Hélène ?
— Dans la cuisine. Je crois qu’elle nous prépare un truc à grignoter. Tu n’as pas mangé non plus ?
— Non.
— Je suis au courant, m’annonce-t-il simplement.
— De ?
— L’hôpital, les soins, etc.
— Comment ?
— Ton patron s’inquiétait, et dans la fiche de renseignements d’embauche, c’est moi que tu as indiqué.
— Il n’avait pas le droit ! m’exclamé-je.
— Chut ! Je ne l’ai pas dit à Hélène. Mais pourquoi, Alan ? Pourquoi te fais-tu toujours du mal ?
— Je ne sais pas… Ça n’allait pas, et j’ai déconné. C’est tout !
— Pense à Hugo la prochaine fois !
— Il vous a ! C’est déjà bien… me lamenté-je.
— Ne sois pas égoïste, Alan. C’est ton fils, pas le nôtre. J’ai conscience qu’un jour tu l’élèveras, et je le souhaite, mais construis-toi. Ne fais pas l’inverse en te détruisant, comme tu en prends le chemin. J’ai perdu ma fille unique, ne crois-tu pas que c’est déjà suffisant pour ne pas en rajouter en « déconnant », comme tu dis ?
— Louis…
— Non, Alan ! Tu me connais, je parle peu, mais pas cette fois. Il faut que tu comprennes que ton fils a besoin de toi. Il nous a peut-être pour le moment, mais c’est le tien ! Il n’a déjà plus sa mère, tu désires qu’il devienne complètement orphelin ? Tu souhaites vraiment qu’il grandisse avec l’image d’une jeune femme qui lui a donné la vie avant que la sienne ne la quitte, et d’un père qui n’a pas su ou voulu de lui ? Car c’est ce qu’il retiendra plus tard ! Il ne verra dans sa tête qu’un jeune homme, mal dans sa peau, qui n’a pas fait en sorte de s’en sortir, qui l’a caché à tous, pour quoi au final ? Pour se foutre en l’air alors que sa propre mère a préféré perdre quelques années pour lui ? Pour lui donner la chance de vivre, car elle le voulait ? Parce qu’elle désirait un enfant avec toi ? Réfléchis, Alan ! Tu ne peux pas continuer comme ça.
— C’était la décision de Laura et nous l’avons tous acceptée ! Je l’aime plus que tout, mais que souhaites-tu que je fasse, Louis ? Que je le mette sur la place publique chez mes parents ? Je ne fais que le protéger, et vous aussi par la même occasion !
— Tu te voiles la face, Alan. Tu n’as pas besoin de nous préserver. Hélène et moi sommes assez grands pour assumer nos décisions. Mais toi ? Qu’est-ce que t’apportent tes parents ?
— Rien.
— Alors, pourquoi ne pas leur dire ?
— Pour qu’ils rejettent Hugo ? Non, je préfère qu’ils ne l’apprennent pas.
— Mais ils le sauront un jour ! Ils le découvriront ! C’est ton fils, Alan ! Réfléchis un peu, ne penses-tu pas qu’ils pourraient avoir une réaction différente, de celle que tu imagines ?
— Je te rappelle qu’ils ne se remettent déjà pas que je sois gay ! Alors, un enfant ! Quand j’avais quinze ans avec Laura ! Non, je ne crois pas…
— Les gens peuvent agir autrement que ce que l’on pense, tu sais…
— À table les garçons ! nous interrompt Hélène.
Le dîner se passe calmement, mais au moment où je monte retrouver Hugo, Louis me murmure à l’oreille de réfléchir.
Préférant ne pas l’écouter, je me glisse sous les draps, et instinctivement mon fils se colle à moi, posant sa tête sur mon torse et son bras m’agrippant. Je promène une main sur son dos pour l’apaiser et m’endors immédiatement en entendant la douce respiration de ce petit bout qui me rappelle tant sa mère .
 



Chapitre 3
 
L’annonce
 
 
Un mois s’est écoulé depuis mon weekend improvisé avec Hugo, et les choses commencent à changer. Mon propriétaire possède un appartement dans le dix-huitième arrondissement, au niveau de la porte Montmartre. D’un peu moins de trente mètres carrés, il est assez grand pour moi seul. Et surtout, il accepte de me le louer à un prix inférieur à celui du marché, ce qui me donnera le temps de me stabiliser, et d’économiser afin de pouvoir vivre avec mon fils. Louis m’a convaincu au fil des semaines, je dois le faire pour lui, il le mérite. Et même s’il est heureux avec ses grands-parents, ce n’est pas à eux de l’élever et l’entretenir. C’est mon rôle. Cela me prendra du temps, mais après tout Paris ne s’est pas construit en un jour, et il est hors de question de ne pas avoir une stabilité financière plus que suffisante pour lui.
Mon travail entre les cours en début de semaine, et le salon de coiffure le reste du temps, m’épuise à son maximum. Je tiens bon, je m’accroche, car je dois obtenir ce diplôme qui me permettra d’avoir un salaire « normal », et non un pourcentage au rabais du SMIC.
La banque a débloqué mon emprunt qui est déjà presque intégralement liquidé. Entre la caution que j’ai payée, les meubles que j’ai réservés et qui seront livrés quand j’aurai les clés dans une quinzaine de jours juste après les fêtes, les cadeaux pour la famille, et ceux pour Hugo.
Je termine le dernier brushing de la journée, sur une des clientes habituelles du salon, et la laisse régler au comptoir avec Gino. Je pars me changer dans le vestiaire, et salue mes collègues en leur souhaitant un joyeux Noël. Je récupère ma valise, et prends le métro pour attraper mon train à Saint-Lazare, qui au lieu de m’emmener à Rouen, me dirige vers Caen, chez mes parents. Les heures qui se profilent me font paniquer, mais j’ai promis de leur annoncer le soir du réveillon, quitte à devoir appeler Louis en renfort.
En sortant de la gare, je distingue Anaïs, ma sœur aînée qui m’attend dans sa voiture. M’apercevant, elle sort et me saute au cou :
— Oh, Alan ! Ça fait tellement plaisir de te voir !
— Je suis content de te retrouver aussi ! lui retourné-je.
— Dis donc, tu as une sale tête !
— Merci pour l’accueil ! Je te rappelle que je bosse depuis neuf heures ...

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