La chair et le néant
152 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Découvre YouScribe en t'inscrivant gratuitement

Je m'inscris

La chair et le néant , livre ebook

-

Découvre YouScribe en t'inscrivant gratuitement

Je m'inscris
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
152 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Suite à une rupture sentimentale Sylvain peine à se remettre en selle. Sa rencontre avec Laetitia, une étudiante, ne l’aide pas vraiment : il persiste à tout passer au crible de l’analyse, surtout lorsqu’il partage son lit, alors que ces moments devraient lui redonner goût à la vie. L’amour physique lui apparaît désormais comme un tour de magie à l’astuce éventée.
S’ajoutent à cela des hallucinations et des colères violentes contre le système d’aliénation médiatique qui le décident peu à peu à passer à l’action.
N’aspirant plus à mener une vie rangée dans les cases standards de l’accession à la propriété et de la conjugalité, il se rend à Paris pour y éliminer Merlin, animateur autoproclamé « le plus débile de la télé ». Un des pires responsables selon Sylvain de la tyrannie économique que nous subissons. Mais tel le Feu follet de Drieu La Rochelle, il perdra toutes ses illusions au cours de cet ultime tour de piste.
Au terme d’un périple qui le mènera entre autres au planétarium et entre les bras d’une fille perdue, il découvrira la nature du principe qui nous conduit tous, de la chair, au néant.
Sylvain Lapo est professeur de philosophie à Amiens. Il collabore au journal Fakir depuis sa création. La chair et le néant est son premier roman.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 février 2015
Nombre de lectures 39
EAN13 9782359626896
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Résumé
Suite à une rupture sentimentale Sylvain peine à se remettre en selle. Sa rencontre avec Laetitia, une étudiante, ne l’aide pas vraiment : il persiste à tout passer au crible de l’analyse, surtout lorsqu’il partage son lit, alors que ces moments devraient lui redonner goût à la vie. L’amour physique lui apparaît désormais comme un tour de magie à l’astuce éventée.
S’ajoutent à cela des hallucinations et des colères violentes contre le système d’aliénation médiatique qui le décident peu à peu à passer à l’action.
N’aspirant plus à mener une vie rangée dans les cases standards de l’accession à la propriété et de la conjugalité, il se rend à Paris pour y éliminer Merlin , animateur autoproclamé « le plus débile de la télé ». Un des pires responsables selon Sylvain de la tyrannie économique que nous subissons. Mais tel le Feu follet de Drieu La Rochelle, il perdra toutes ses illusions au cours de cet ultime tour de piste.
Au terme d’un périple qui le mènera entre autres au planétarium et entre les bras d’une fille perdue, il découvrira la nature du principe qui nous conduit tous, de la chair, au néant.

Sylvain Lapo est professeur de philosophie à Amiens. Il collabore au journal Fakir depuis sa création. La chair et le néant est son premier roman.
Sylvain Lapo

LA CHAIR ET LE NÉANT

Roman



ISBN : 978-2-35962-689-6
Collection Blanche
ISSN : 2416-4259


Dépôt légal Février 2015
©couverture Ex Aequo
©2015 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle, réservés pour tous pays.
Toute modification interdite.





Éditions Ex Aequo
6 rue des Sybilles
88370 Plombières les bains

www.editions-exaequo.fr
À mes parents,
qui m’ont fait chair
et sorti du néant.
« Tous les sentiments puisent leur absolu
dans la misère des glandes ».

Cioran
1



J’ai rendez-vous avec un copain, Marc, l’archétype même du beau brun aux yeux bleus. Il a promis de me donner le téléphone d’une fille disponible et peu farouche. D’après lui elle me distraira « à coup sûr » de mon récent célibat. Rendez-vous a été pris chez son employeur : La brasserie Jules, un restaurant guindé où on sert des cadavres de mollusques sur de vastes plateaux en faisant des manières. Serveur, séducteur, il a eu de nombreuses occasions d’emprunter des canaux vaginaux. Son portable dégouline de numéros aux cheveux longs. Me refiler celui d’une sirène qu’il a déjà harponnée n’est donc pas de la générosité de sa part, plutôt une façon d’entretenir notre amitié à moindres frais.
Tiens, me fait-il, je suis pressé, c’est le service.
Je glisse le papier dans ma poche sans même le regarder. Marc m’épargne bien des efforts. Nous devons aujourd’hui pour « aimer » nous déplacer vers d’autres corps en traversant des distances relationnelles considérables, des océans d’indifférence. C’est du moins ce que m’ont appris mes quelques tentatives dans ce domaine. Et puis, après ce que je viens d’endurer, peu m’importe les aspects psychologiques du moment que le corps en question soit joli. On assouplit volontiers son caractère pour des compensations fessières ou mammaires.
Je m’attarde un moment pour considérer à mon aise mon proche entourage : les convives sont attablés et s’apprêtent à interpréter pour la énième fois la comédie du repas gastronomique. Approbation du vin par le client feignant l’expertise mais se délectant avant tout d’être placé en position de connaisseur. Service chichiteux des plats. Grandiloquence de la carte. Près de moi, deux vieilles poules au goitre ridé picorent à bons coups de bec dans la conversation. Assis près de l’une d’elles, un jeune homme qui, au vu de leur ressemblance, doit être son fils. Ainsi elle a prévu une assurance sur le néant. Il a hérité de quelques-uns de ses gènes en échange de quoi, après sa décomposition, il continuera à la faire subsister sous forme de traces chimiques résiduelles sur des neurones mnésiques dans un coin de son esprit.
Je m’assois à une table laissée libre près de la fenêtre et commande un apéritif. Marc, l’air enthousiaste, me l’apporte fissa.
Tu n’as pas l’air pressé aujourd’hui ?
Contrairement à toi j’ai pas tout un harem à combler.
Console-toi, tu vas bientôt t’amuser.
Au cas où tu l’aurais oublié tu me parles d’une fille là, pas d’un jeu.
Appelle-la tout de suite. Je te coache si tu veux.
Tu crois pas que t’abuses ? Allez, lâche-moi maintenant, c’est bon.
Marc s’éloigne en mâchonnant son envie de m’en répliquer une. Je crois l’entendre marmonner :
Eh bien mange-le si c’est bon ! Mais visiblement il n’a pas le temps pour une dispute.
Qu’est-ce qui m’a pris au juste ? Est-ce parce que j’ai décelé dans son intonation la pointe de condescendance de l’expérimenté désireux de se mettre en valeur ? Ou alors l’insupportable terme qu’il a utilisé « coaché » promu par Télé.1, énième coup d’État du lexique médiatique qui s’impose à la subjectivité du public. Je dois être à cran en tout cas parce qu’il n’y a quand même pas de quoi s’énerver.
À ma gauche, un taureau aux yeux noirs et au front court crache sa fumée par les naseaux en murmurant des bisous et autres sucreries à son portable. Curieusement il ne cesse de froncer ses sourcils broussailleux en prodiguant ses douceurs. Impossible de paraître content avec des sourcils pareils. Devant moi un couple. Lui porte un toast à elle, « à tes vingt ans », au jugé, elle a déjà du plomb oxydatif dans l’aile et doit plutôt en avoir trente-cinq ou quarante.
Je me dis qu’il y a aussi « une femme qui aime le bordeaux ne peut pas être complètement mauvaise », peut-être même lui souffle-t-il dans l’intimité « de quoi remplir la main d’un honnête homme », toutes ces expressions qui traînent dans les familles, les séries, les lieux de travail, qu’on ramasse « histoire de dire » et dont on va se servir parce qu’on n’a plus rien à dire ou plus le courage de se dire.


***


Assez vu et entendu, j’achète la paix à Marc avec deux euros de pourboire et sors rapidement sans même être attendri par les plaintes du vent que lacèrent les arêtes vertes et métalliques des lettres Jules de la devanture.
2



Un seul être vous manque…
Vous connaissez la suite.

Je traverse des rues désertes. C’est l’heure du repas. Aux façades de briques décrépies succèdent des immeubles gris. Pour ranger sa vie on a le choix entre les maisons individuelles et les appartements locatifs. Les premières m’effraient : les maisons sont des pyramides pour prolétaires cadres ou employés, pharaons d’un royaume domestique. On y fixe son existence. On y anticipe sa retraite. C’est là, à l’ombre de murs bien à soi que l’on va continuer à baiser, bouffer et déféquer jusqu’au terme de sa vie dans les mêmes m². C’est cela faire partie des choses moyennes : avoir une maison à soi et puis mourir. Certaines d’entre elles s’appellent Phénix, on s’y enterre de son vivant.
Mais l’appartement c’est pas mal non plus : une boîte aux murs si fins qu’ils vous condamnent à la misère sonore. Les offices HLM nourrissent une passion immodérée pour le placoplâtre, retour rapide sur investissement oblige. Grâce à quoi on peut entendre les pas, les éclats de voix les plus aigus et la pisse des voisins qui coule au-dessus de votre tête en baptêmes multiples et humiliants. De temps à autre un déménagement, soulagement inespéré pour une vacance acoustique toujours trop brève. Puis vient quelqu’un d’autre. Changer de voisin c’est changer de bourreau.
Depuis que Sandra m’a quitté, moi qui suis déjà d’un naturel taciturne, sans grande surface sociale, j’ai assisté presque en spectateur à un origami psychologique d’un genre particulier : je me suis replié sur moi-même jusqu’à limiter mes contacts sociaux au strict nécessaire. J’ai décidé de ne pas recourir aux antidépresseurs, autant par conviction (hors de question de me camer pour engraisser les labos pharmaceutiques tout en modifiant par des prises standard, à savoir prescrites à l’aveuglette par un généraliste, mon délicat équilibre neuro-chimique) que par curiosité : l’état dans lequel je me trouve, est-ce de la dépression post-conjugale ou une lucidité retrouvée ? Ce qui est sûr c’est que je considère depuis la réalité d’un regard neuf.
Les immeubles et maisons que je longe pour rentrer m

  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents