La Dernière Gardienne
166 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

La Dernière Gardienne , livre ebook

-

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
166 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Paris, 2019.
Héléna McFinigan, jeune femme au caractère bien trempé enchaîne les jobs miteux. Orpheline, elle ignore tout de ses origines, de sa famille, alors quand elle reçoit une lettre d’une prétendue parente résidant dans les Highlands, elle n’hésite pas une seconde. Elle voit là l’occasion de s’offrir une parenthèse dans sa vie de galère et d’en savoir plus sur ses ancêtres, et sur elle-même.


Écosse, 1742.
Si Liam McLaren travaille dans les écuries du château de son Laird et lutte contre les Tuniques Rouges qui pullulent dans la région, il attend surtout de pouvoir récupérer ses terres des mains de son infâme beau-père.
A priori, rien n’aurait dû réunir Héléna et Liam, mais les rouages du Temps recèlent bien des secrets...

Plongez dans cette épopée fantastique où Gardiennes et Mercenaires du Temps s’affrontent depuis des siècles.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 35
EAN13 9782378122539
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

La Dernière Gardienne






Prologue
Glenfinnan, Highlands, Écosse – 20 avril 1996
H oward s’était rué hors de la maternité après l’appel de sa tante. Ivre de colère, il avait parcouru les trente kilomètres qui séparaient Fort William de Glenfinnan en à peine vingt minutes. Il devait mettre les choses au clair. De quel droit cette… cette tordue la lui réclamait ? Garant sa voiture en quatrième vitesse, il entra avec fracas dans la bâtisse en briques brunes. Il se hâta vers le petit salon vieilli dans lequel se trouvait sans aucun doute la maîtresse de maison.
— Elizabeth, il n’en est pas question ! Héléna ne deviendra pas comme toi ! s’époumona Howard, sans saluer son interlocutrice.
Elle ne fut pas surprise de l’arrivée assourdissante du nouveau venu. À vrai dire, elle l’attendait. Quittant son fauteuil en cuir avec grâce et sans précipitation, Elizabeth souleva ses mains vers son neveu afin de le calmer.
— Howard, il le faut ! Ta fille est la dernière à pouvoir l’être ! lui répondit-elle d’une voix douce.
Le jeune père se rapprocha et profita de posséder une tête de plus que sa parente pour la dominer et la regarder avec mépris. Un océan de rage bouillonnait dans son âme. Comment osait-elle proférer de telles bêtises ? 
— Mon bébé vient tout juste de naître que tu souhaites déjà l’enlever à Milly et moi ? Cette mascarade a assez duré. Il est grand temps de mettre un terme à ces folles légendes ! rétorqua-t-il.
Il cacha sa tête entre ses mains, abasourdi par les fables de sa parente.
— Howard, je n’ai jamais eu la chance de pouvoir donner la vie, car cela m’est impossible, tu le sais. Cependant, seules les jeunes filles peuvent devenir des Gardiennes. Et aujourd’hui, tu as une enfant qui vient de pointer son adorable petit nez dans notre monde et qui sera susceptible, un jour, de récupérer le flambeau ! C’est une aubaine incroyable ! Je ne tiendrai plus très longtemps ce rôle. Il est nécessaire qu’elle prenne la relève, lui expliqua-t-elle.
— Tu ne saisis donc pas ? Tu es complètement à l’ouest ! On n’a jamais eu la moindre nouvelle de ta part, et ce d’aussi loin que je me souvienne. Et c’est quand je deviens père que tu reviens parmi les vivants ! Papa m’a toujours certifié que tu étais excentrique, un peu rêveuse, que tu racontais n’importe quoi parfois ! À l’époque, je ne m’en rendais pas compte, mais tu es folle à lier ! Tu ne comprends pas l’esprit de famille. Moi, je veux une vie normale avec Milly et Héléna. Une existence douce où aucun « Mercenaire » ne pourrait s’en prendre à nous. L’âge des « Gardiennes », comme tu dis, prendra fin avec toi. Je suis sans appel là-dessus ! explosa-t-il.
Elizabeth regarda son neveu, qui faisait les cent pas dans son salon tel un lion en cage, avec tristesse. Il fallait avouer que tout n’avait pas été aisé pour lui. Entre un père très rationnel et une mère décédée trop tôt, il était normal qu’il réagisse ainsi face aux propos qu’elle tenait. Ne pas être une femme dans une famille de Gardiennes n’avait jamais été bon, et ce de tout temps. Cependant, il fallait qu’elle parvienne à le persuader. Pour le bien de tous.
— Howard, je sais que tout cela n’a pas été facile à vivre pour toi. Ton père aussi n’a jamais compris ce que notre mère faisait avant et ce que je fais dorénavant ! Ta fille a un plus grand destin que le nôtre ! Elle est la Clef ! Sa venue a été prédite il y a des millénaires, par les prêtresses de Samaya, les premières Gardiennes du Temps. Elles l’ont lue dans les étoiles. Quand l’ultime d’entre nous naîtra, l’ère des Mercenaires prendra fin : c’est d’elle qu’il s’agit, Howard ! certifia-t-elle, en tentant de le convaincre.
Celui-ci regarda sa tante avec horreur et dégoût. Il la repoussa quand elle essaya de lui effleurer le bras.
— Il est hors de question que tu touches ne serait-ce qu’un cheveu de ma fille. Toutes ces inepties de voyages dans le temps, de pouvoirs, de déesse archaïque... Ça me dépasse ! Mon bébé aura une vie simple. Quand Milly pourra quitter l’hôpital, nous partirons tous les trois, là où tu ne pourras pas nous retrouver. Est-ce clair, Elizabeth ? Jamais tu ne devras te lancer à notre recherche. Sur ce, je te laisse. Je vais retourner avec ma femme et mon enfant.
Fulminant, il sortit de la pièce aux meubles anciens et aux tapisseries défraîchies pour se rendre dans le couloir qui menait à la porte d’entrée.
— Howard, attends ! ordonna sa tante, les larmes aux yeux.
— Quoi ? répondit le jeune père, exaspéré.
— Quel est le nom complet de ton bébé ?
Howard soupira. Après tout, un nom ne lui servirait pas à grand-chose.
— C’est Héléna. Héléna Margaret Elizabeth McFinigan, déclara-t-il.
Puis il ferma le battant, laissant derrière lui son passé. La femme, quant à elle, savait très bien que là où il irait, il n’aurait pas d’avenir.



Chapitre 1: Une vie ­d’orpheline
Paris, France – 20 mai 2019
— Héléna ! Bouge tes fesses de feignasse et retourne au travail ! vociféra, d’une voix grasse et nasillarde, Gilles, mon patron.
Je soupirai. L’impression d’être une esclave me suivait sans relâche depuis que je passais la plupart de mon temps ici. Me levant de la chaise sur laquelle je m’étais assise quelques minutes, je le scrutai avec un regard hargneux. Après une soirée entière à servir dans le petit restaurant miteux de l’espèce de montgolfière qui se figurait être mon chef, il me semblait bien avoir le droit à quelques secondes de répit ! Pour une première expérience dans un établissement culinaire, l’unique point positif était que l’enseigne n’accueillait que très peu de clients, ce qui m’évitait les crises d’angoisse provoquées par mon agoraphobie. Je fis craquer mes articulations, manie que certains pouvaient penser fort déplaisante. Par chance, personne ne pouvait m’en faire la réflexion.
Bon sang, si seulement les choses pouvaient être plus simples. Toutefois, ce troquet était le dernier endroit où j’avais réussi à trouver du travail et c’était un job qui m’apportait un peu d’argent. Et Dieu savait que j’en avais besoin.
Je retournai dans la salle pour essuyer les tables sales sur lesquelles des hommes et femmes saouls avaient mangé ce soir. Frottant comme une dératée avec une éponge brûlante et du dégraissant, une nouvelle pellicule de transpiration se forma sur mon front et ma nuque. Malgré mes efforts, une épaisse couche de gras resterait, comme incrustée à la surface, telle une tache dont on ne pouvait se débarrasser, quelles que soient les méthodes employées pour la faire partir. Je ne comprenais d’ailleurs pas comment l’inspection des services sanitaires autorisait ce taudis à poursuivre son activité.
— Dépêche-toi, idiote, tout doit être propre pour demain lors de l’ouverture ! Je ne te paie pas pour rien ! reprit-il.
Je passai ma main sur mon visage et continuai ma besogne, terminant les tables et prenant la serpillière afin de laver le sol poisseux. Diverses auréoles maculaient le carrelage en terre cuite et je préférais ne pas savoir comment elles s’étaient retrouvées là. Au fond, j’ignorais ce que je faisais encore ici. Je détestais cet endroit, ces odeurs de nourriture rance et d’alcool entêtant. J’en avais la nausée et la tête qui me tournait.
— Bouge ton cul, le pub ne se nettoiera pas tout seul ! beugla encore l’homme.
Cette fois-ci, je ne pus me retenir. J’en avais assez de l’entendre m’insulter et me traiter comme une moins-que-rien.
— Ferme-la ! explosai-je. Tu n’as toujours pas compris que ton boui-boui dégueulasse ne serait jamais propre ? Même un porc ne voudrait pas vivre ici ! Et ce n’est pas la misère que tu me paies qui va changer grand-chose !
Il s’approcha de moi et leva la main, prêt à me frapper.
— Je ne me laisserai pas parler comme ça par une sale petite pute qui ne sait rien foutre d’autre que nettoyer des tables dans sa vie ! s’égosilla-t-il.
Hors de question que je lui permette de me toucher ! Je saisis son bras et profitai de sa force pour la retourner contre lui. Il alla valser à l’opposé de la pièce minable, son poids important fracassant le comptoir. Mes tutrices, à raison, m’avaient fait suivre des cours d’arts martiaux quand j’étais enfant. Ils m’étaient toujours d’une grande utilité !
— Tu n’auras qu’à te trouver une nouvelle serveuse, et entre nous, je te souhaite bonne chance, tocard ! déclarai-je en attrapant ma veste en cuir noir comme une furie.
Je sortis de cet infect trou à rat pour aller dans la ruelle sombre, récupérant mon casque et mon scooter bon marché afin de rentrer chez moi. Et encore un job en moins... Il fallait que j’en retrouve un, et au plus vite. À chaque fois que je réussissais à me faire embaucher, je finissais toujours par perdre mon travail à un moment ou à un autre...
Je mis ma protection, démarrai mon engin et lançai mon deux-roues sur la voie. Je pris les routes les moins utilisées le soir en région parisienne afin d’éviter les bouchons, chose que je détestais. Même à vingt-trois heures, les rues de Paris étaient sans cesse bondées : entre les touristes qui se décidaient à retourner à leurs hôtels, les gens qui allaient au boulot ou en revenaient, ou ces petits bourgeois qui n’existaient que la nuit sur l’argent de leurs géniteurs, la chaussée était à chaque fois pleine. Mais je constatai que le trafic s’avérait agréablement fluide et fus ravie de voir que j’allais pouvoir rentrer chez moi de façon assez rapide.
Je passai devant la tour Eiffel, les Champs-Élysées, les beaux quartiers... Par chance, je possédai un appartement dans le sixième arrondissement. En réalité, il n’était pas à moi, mais aux parents de Juliette, ma meilleure amie, avec qui je vivais en colocation.
Enfin arrivée dans ma rue, je poussai un soupir de soulagement, cette maudite journée était presque terminée. Je garai mon scooter, m’assurai de bien mettre mon cadenas afin d’éviter de me le faire voler et entrai dans mon immeuble.
Mon logement se trouvait au quatrième étage, sans ascenseur. Je montai quatre à quatre et, après avoir ouvert la porte, je pénétrai dans mon petit cocon. Mon refuge. Mon chez-moi. Home sweet home , songeai-je.
Quarante-cinq mètres carrés pour un peu plus de 800 euros le mois. Une véritable aubaine. Les parents adoptifs de mon amie en avaient hérité quelques années auparavant d’une des grands-mères de Juliette. Leur fille réalisant ses études dans la capitale, ils lui avaient laissé à disposition. Alors, elle s’était empressée de me demander si j’avais envie de vivre avec elle. Puisque nous avions grandi ensemble, je la considérais comme ma sœur. Ce fut donc avec plaisir que j’acceptai sa proposition. Afin de nous apprendre la valeur de l’argent, Meredith et Charles nous avaient imposé un loyer : 400 euros chacune. Peu cher payé, au vu du prix de l’immobilier en région parisienne !
Notre logement comprenait deux chambres, une minuscule salle de bains et un salon qui servait également de coin cuisine. Nous en avions fait notre paradis, et nous n’en étions pas peu fières. Un lieu confortable, lumineux, dans lequel on se sentait bien.
Je me dirigeai vers ma propre chambre, afin d’y déposer mes affaires. Mon lit était d’un doux bleu pastel et mes murs couleur crème. Quelques guirlandes électriques étaient accrochées au-dessus, ainsi que des photos de Juliette et moi, allant de notre enfance à maintenant. En face se trouvaient une petite télé et à sa gauche, ma bibliothèque, pleine à craquer de livres d’histoire et de romans historiques. Il y avait aussi mon armoire, mon arc – acheté de seconde main et en plusieurs fois – et mes affaires de combat. J’adorais ma tanière.
Je laissai glisser ma veste sur le matelas et me rendis dans le séjour.
— Juliette ? Tu es là ?
Personne ne me répondit. Je constatai alors un bout de papier, posé en plan sur la table.
«   Je reste cette nuit chez Paul. Ne te fais pas de soucis pour moi   !
Passe une bonne soirée ma belle ;-) Ju’  »
Je souris, heureuse pour elle. Elle et ce fameux Paul s’étaient rencontrés à la fac. Ils se fréquentaient depuis quelques mois maintenant et cela semblait assez sérieux entre eux. Haussant les épaules, je me dirigeai vers la minuscule salle de bains. Ma petite queue de cheval détachée, mes cheveux auburn retombèrent sur mes omoplates. Je jetai un coup d’œil dans le miroir : mes yeux gris s’entouraient d’imposants cernes violets dus à trop de jours travaillés durement et de nuits d’insomnie. Au lieu de paraître mes vingt-trois ans, on pouvait m’en donner dix de plus. Au moins.
Le liquide brûlant provoqua une sensation de bien-être, il me fit même un bien fou et la répugnante odeur du bar s’en alla peu à peu. Purifiée de toutes les saletés qui se trouvaient au pub, un sentiment de sérénité m’envahit. Lavant ma chevelure ainsi que mon corps, je restai sous la douche jusqu’à ce que la dernière goutte d’eau chaude eût coulé. Puis je sortis de la cabine, détendue, m’essuyai et enfilai un vieux tee-shirt Nirvana ainsi qu’un short, afin de pouvoir être à mon aise.
Affamée, je réalisai que je n’avais rien avalé depuis le midi même, et que mon estomac criait famine.
Les pâtes en cours de cuisson, je pris le jambon, le gruyère râpé ainsi que le ketchup, je lançai la bouilloire pour préparer en même temps une soupe en sachet. Une soupe à la volaille. Pas le grand luxe, mais au moins, cela me tiendrait au corps. Je mangeai le tout avec appétit, malgré la fatigue. Une fois mon repas englouti, je nettoyai ma petite vaisselle. Puis je me brossai les dents avant de me rendre dans ma chambre.
Je dépliai les draps puis me faufilai dessous, après avoir saisi ma pile de livres d’histoire et mon vieil ordinateur. Puis je m’installai avec confort contre mes oreillers et repris l’écriture de mon roman historique là où je l’avais laissée. Car si j’avais une vie miteuse – dans le sens professionnel du terme –, je faisais ce que je pouvais pour m’en sortir par ce biais. En effet, je rêvais depuis toute petite de faire voyager les gens par les mots, et souhaitais ardemment être éditée un jour.
Orpheline, il m’était impossible de demander de l’aide à mes parents pour subvenir un tant soit peu à mes besoins. Je ne possédais rien d’eux, si ce n’est mon prénom et mon nom à consonances britanniques, Héléna McFinigan.
D’aussi loin que je me souvienne, j’avais toujours vécu dans un orphelinat, en Bretagne. Les éducateurs m’ont dit que j’avais été déposée au seuil de leur porte alors que je ne devais avoir que quelques jours, un mois tout au plus, il y a vingt-trois ans. Et même si j’avais eu beaucoup d’entretiens avec des familles potentielles, aucune ne souhaita me faire entrer dans leur vie, au contraire de celle qui partageait cet appartement avec moi. Malgré l’apparence austère de mon enfance, ces temps-là furent les plus belles années de mon existence. C’était là que j’avais rencontré Juliette. Je lui en avais voulu, au départ, d’être adoptée. Cependant, ses nouveaux parents – qui ne souhaitaient qu’une seule fille – avaient saisi que nous étions très proches et ainsi, nous gardâmes contact, nous voyant aussi souvent que possible.
L’école était pour moi tout sauf une corvée. Ce fut à cette époque-là que je me découvris une passion pour l’Histoire, surtout celle de l’Écosse, mais également le sport, mes préférés étant le karaté et le tir à l’arc. Selon mes entraîneurs, j’étais assez douée.
Les dirigeantes de l’établissement dans lequel j’étais placée m’appréciant, elles mirent de l’argent de côté pendant des années sur un compte à mon nom. Cette épargne devait me permettre de prendre mon envol à ma majorité. Toutefois, si cette profonde bonté m’avait beaucoup aidée, ce n’était pas assez pour pouvoir me payer des études. Je quittai l’orphelinat à mes dix-huit ans et décidai de faire un service militaire volontaire de deux ans au centre de La Rochelle. Là, j’y appris les premiers secours, mais aussi le maniement des armes, comment survivre en pleine nature et tout un tas d’autres choses. Le but de cet apprentissage était d’économiser assez pour aller en région parisienne et entrer dans une faculté d’histoire. Puis, vers la fin de ma formation, Juliette me proposa d’emménager ensemble et je la rejoignis. Grâce à mon épargne et à cet heureux coup du sort, je pus enfin faire une demande de bourse ainsi qu’une inscription à l’université, qui furent acceptées. En parallèle de mes études, j’enchaînai plusieurs emplois jusqu’au dernier que je venais de quitter. J’étais actuellement en troisième année de licence d’histoire, et même si jongler entre l’université et le travail était ardu, je m’investissais à deux cents pour cent comme me l’avait appris le service militaire.
Il me restait encore à ce jour un pécule assez conséquent, mais je ne voulais surtout pas y toucher. Je rêvais de pouvoir m’acheter mon propre chez-moi une fois mes diplômes obtenus. De ce fait, il fallait que je retrouve un job si je souhaitais garder cet argent de côté, tout en continuant de donner leur dû aux parents de Juliette, car la bourse ne suffisait pas. Avec les événements de ce soir, je me trouvais mine de rien dans une situation embarrassante. Je savais très bien qu’ils ne s’offusqueraient pas si je loupais un versement ou deux, mais hors de question que je laisse cela se faire. J’étais bien trop fière pour ça.
Adorant écrire, je m’étais fait la promesse le jour où j’avais commencé à rédiger mes romans de me sortir de cette situation grâce à cela et à l’histoire... Mon récit non terminé, je devais bûcher sans relâche pour payer mes charges...
Je tapai sur mon clavier une bonne partie de la nuit, jusqu’au moins trois heures du matin. C’était à cet instant, où je couchais les mots provenant de mon imagination que je pouvais m’échapper et penser à autre chose qu’à ma petite vie compliquée. Je créais toute une existence à mes personnages, qui prenaient place il y a plus de deux cents ans. Toutefois, au bout d’un moment, la fatigue fut trop forte et je m’endormis devant mon ordinateur, rêvant aux lointaines contrées que je détaillais avec précision dans mon roman ainsi qu’aux légendes celtiques...
***
Quand je me réveillai le lendemain, la matinée devait déjà être bien entamée. Mais au moins, j’étais en forme et, pour la première fois depuis des semaines, je me sentais reposée et détendue. Au petit-déjeuner, je croisai Juliette, qui venait apparemment de rentrer.
— Ben, tu es encore là ?
Je regardai l’horloge en forme de chouette. Midi. Même moi je fus éberluée. J’avais dormi autant ?
— Oui… Pour tout t’avouer, j’ai démissionné, lui appris-je en mangeant une nouvelle bouchée de céréales.
Elle pouffa.
— Dis surtout que tu m’as enfin écoutée, et que tu as envoyé balader ton patron comme toi seule en as le secret ! affirma-t-elle.
Je ris moi aussi, au point d’en avoir mal au ventre.
— Je plaide coupable.
Elle me saisit par l’épaule et me prit dans ses bras pour me réconforter.
— T’en fais pas, tu retrouveras du boulot. D’autant plus que tu as la chance d’avoir déjà terminé ton année, alors les jobs saisonniers vont pas manquer.
Je répondis à son accolade avant de m’en détacher.
— C’est prévu, puisque je compte aller en dénicher un aujourd’hui même !
Elle attrapa son sac, qui était sur le canapé, et se dirigea vers la porte.
— Bon, je suis venue récupérer ce dont j’avais besoin. À ce soir, il faut que j’aille à la bibliothèque pour faire de dernières recherches pour mon mémoire ! me salua-t-elle.
— À ce soir, Ju’ !
Après cette brève discussion, je me préparai en quatrième vitesse. Après avoir fouillé un certain temps dans mon armoire, je saisis un jean noir, un débardeur rouge et mes Dr. Martens élimées. Je pris les CV que j’avais en réserve et partis en quête d’un nouvel emploi. Je réussis à en déposer quelques-uns dans Paris, dans des endroits moins malfamés que le restaurant dans lequel je travaillais encore la veille.
Ceci fait, je regagnai mes pénates en coup de vent afin de récupérer mon arc et mes flèches, pour pouvoir aller m’entraîner au stand de tir de l’université, que j’avais délaissé avec mes derniers horaires abominables. Le soir arriva assez vite. Je pris de nouveau le chemin du retour et fus surprise de voir que ma meilleure amie était déjà rentrée, et se trouvait devant les fourneaux. Une délicieuse odeur se répandait dans toutes les pièces de l’appartement.
— Bonsoir, mademoiselle ! s’écria-t-elle en baissant la musique qu’elle avait lancée à fond sur son portable.
— Hello ! Alors, cette journée d’étude ? la questionnai-je tandis que je posais mes affaires dans ma chambre.
— Ne m’en parle pas ! J’ai l’impression que mon mémoire est tout sauf prêt alors que je dois le rendre dans… quinze jours ? répondit-elle, agacée.
Une fois mon attirail rangé, je rejoignis mon amie afin de mettre la table.
— Ne dis pas ça, je suis sûre que tu vas cartonner, affirmai-je. Tu fais quoi ?
— Poulet curry et haricots verts, m’apprit-elle. Au fait, tu as reçu une lettre. Je l’ai laissée sur le canapé, je ne sais pas si tu l’as vue.
Je haussai un sourcil et me dirigeai vers le sofa où se trouvait en effet une enveloppe. Curieuse, je la ramassai afin de découvrir son contenu. Je ne réceptionnai que très rarement du courrier. Après avoir scruté la lettre sous toutes ses coutures, je me rendis compte qu’elle avait été postée en Écosse il y a cinq jours. Chose encore plus étrange ! En dehors des éducateurs de l’orphelinat et les quelques amies avec qui j’avais gardé contact, je ne connaissais personne qui aurait pu vivre là-bas. Alors, de qui pouvait bien venir ce pli ? Je l’ouvris, ne pouvant attendre plus longtemps, et mon cœur cessa de battre. Je dus m’asseoir pour avaler l’énormité contenue dans ce bout de papier.
« Chère Héléna,
Je m’appelle Elizabeth McFinigan, et je suis persuadée que nous faisons partie de la même famille. En effet, j’ai découvert depuis peu que nous étions apparentées, en fouillant dans les affaires de tes parents. Cela peut paraître incroyable, mais je suis la tante de ton père, Howard McFinigan. Milly et Howard sont venus en France il y a de cela vingt-trois ans après ta naissance. Depuis leur départ, je n’ai plus eu aucune nouvelle. Ils ont disparu, sans laisser la moindre trace. 
J’ai mis beaucoup de temps à le savoir et à accepter leur possible mort. Ce qui explique la raison pour laquelle je ne t’ai retrouvée que maintenant. Je suis sûre que tu as plein de questions à me poser et j’ai, moi, des milliers de choses à t’avouer. C’est pour cela que j’ai joint à cette lettre un billet d’avion pour Édimbourg, ainsi qu’un autre pour le train afin de venir jusqu’à Glenfinnan, un village dans les Highlands dans lequel je vis depuis toujours. 
J’espère avoir de tes nouvelles bientôt,
Tante Elizabeth. »
Mon cœur galopait dans ma poitrine, au point que je crus qu’il allait s’en échapper. Mon front et mes tempes se couvrirent de sueur. Mes mains devinrent moites et tremblantes. Mon souffle se fit court. J’étais abasourdie. Était-il possible que j’aie de la famille ? Certes, en Écosse, mais j’avais de la famille. Cette Elizabeth... était tout ce qu’il me restait. Le doute s’empara de moi. N’était-ce pas un canular ? Je déchiffrai une fois encore le bout de papier, et constatai la présence d’un post-scriptum précisant l’adresse de cette femme…
— À table !
Puis Juliette s’approcha lorsqu’elle s’aperçut que je ne répondais pas.
— Ben, Héléna, ça va ? Tu es toute pâle. Tu as vu un fantôme ou quoi ? m’interrogea ma meilleure amie, inquiète.
Je lui tendis la lettre, tandis que j’essayais de recouvrer mes esprits. Elle lut la missive, et tomba aussi lourdement que moi sur le canapé.
— Oh, merde alors… C’est… Wow ! souffla Juliette, ne trouvant pas les mots.
Je n’arrivais toujours pas à y croire. C’était bien trop beau pour être vrai.
— Tu comptes faire quoi ?
Je haussai les épaules.
— Je trouve ça quand même bien trop improbable. Et si c’était une mauvaise farce ? fis-je, encore sous le choc.
Juliette scruta l’enveloppe d’un air méticuleux et fit une moue concentrée.
— Je ne pense pas, Héléna. Qui prendrait la peine de faire le voyage jusqu’en Écosse pour poster un tel courrier, juste pour te faire une plaisanterie ? Personne, d’après moi. C’est bizarre, je te le concède, ajouta-t-elle devant ma mine effarée, mais après tout, pourquoi ne pas la rencontrer ? Même s’il s’agit d’une erreur, cette femme te paie vraisemblablement l’aller-retour.
Ma meilleure amie posa la lettre, récupéra l’enveloppe et en sortit deux billets de transports, qu’elle scruta avec attention avant de me les tendre.
— Regarde, ton départ est planifié pour après-demain ! Tu devrais saisir cette occasion.
Je soupirai, désemparée.
— Tu es sûre ? murmurai-je.
Elle hocha la tête.
— Après tout, ce ne sera qu’une question de quelques jours. Je peux rester seule pendant ce temps. Puis il faut que je finisse ce maudit mémoire, et Paul a prévu de me faire rencontrer ses parents. Tu vois, j’aurai de quoi m’occuper pendant le mois qui vient. Tu dois y aller, chérie, me persuada-t-elle. Imagine que cette Elizabeth ait les réponses que tu cherches depuis des années. Maintenant, viens, on va manger pendant que c’est chaud. Tu y réfléchiras mieux avec l’estomac plein.
Nous nous rendîmes à table. Nous discutâmes de cette mystérieuse lettre, et je pris ma décision. Si cette femme faisait bel et bien partie de ma famille, je devais en avoir le cœur net. Comme elle l’avait dit, j’avais des milliers de questions à lui poser, je voulais enfin apprendre la raison pour laquelle mes parents m’avaient abandonnée ici, alors que j’étais de toute évidence écossaise. Quoi qu’il advienne, je n’avais pas grand-chose à perdre.
Enfiévrée par ces révélations, je me dépêchai de faire la vaisselle pour ensuite aller préparer, avec l’aide de ma meilleure amie, une valise où nous fourrâmes quelques affaires. Alors que Juliette racontait je ne savais quoi, mon cœur battait à tout rompre. Nous nous jetâmes sur l’enveloppe où je récupérai les fameux titres de transport. L’heure du vol était prévue pour le surlendemain matin à dix heures. Je n’avais plus qu’à patienter quarante-huit petites heures. Dans à peine deux jours, ma vie prendrait un autre tournant.



Chapitre 2: Retour aux ­origines
Paris, France – 21 mai 2019
L a nuit précédant mon voyage, je fus si excitée que le sommeil ne vint pas. Mille et une questions tournaient dans ma tête, dont certaines restaient sans réponses depuis des années. Je tentai de toutes les classer, de la plus à la moins importante. Pour être sincère, la peur prédominait. Qu’allait-il se passer si Elizabeth constatait que je n’appartenais pas sa famille ? Le fait de ne pas savoir et de ne plus contrôler cet aspect de mon existence m’effrayait. En parallèle, je me sentais euphorique, je regardais sans cesse les billets, je me répétais ce que j’allais bien pouvoir dire à cette fameuse Elizabeth, ou encore je me demandais quelle tenue j’allais bien pouvoir porter le jour de notre rencontre.
Après avoir mis mon lit sens dessus dessous à force de me retourner, je réussis à m’endormir au petit matin. Mon réveil sonna à cinq heures trente. Je n’avais connu les bras de Morphée qu’à peine une petite heure, mais mon impatience m’empêchait presque d’éprouver toute fatigue. Je terminai de préparer ma valise tout en papotant avec Juliette, qui était aussi fébrile que moi. Nous emballâmes quelques livres supplémentaires ainsi que mon ordinateur afin que je puisse me distraire durant le vol.
Je quittai mon cocon un peu à contrecœur, mais après tout, ce n’était qu’un au revoir. Avec un pincement au cœur, j’adressai mes adieux à Juliette, puis j’attendis mon taxi.
À peine arrivée à l’aéroport Charles-de-Gaulle, je m’empressai de faire enregistrer mes bagages et partis en direction du terminal, en contournant le plus possible les attroupements de voyageurs. Déjà que c’était la première fois que je montais dans un avion – chose que j’appréhendais beaucoup à cause de ma peur de tout ce qui touchait le domaine aéronautique –, il valait mieux pour moi éviter une crise d’angoisse en pleine foule. Tout allait bien tant que j’avais mon espace vital. Malgré mes efforts pour rester calme, de grosses gouttes de sueur perlaient sur mon front, mes mains devenaient de plus en plus moites et ma poitrine se soulevait avec difficulté. Mon moyen de transport, un Embraer 190, appartenait à l’une des meilleures compagnies de vol françaises. En dépit de cette information, je ne pouvais stopper le tic nerveux qui secouait ma jambe alors que j’étais installée dans un coin tranquille, en attendant d’embarquer.
L’appel des passagers commença et fut même assez rapide, au vu du peu de personnes qui prenaient ce vol. Je trouvai alors mon siège après l’avoir cherché quelques minutes et m’y assis, dans l’attente du décollage. Je fus surprise de voir que ma place se situait en première classe, privilège que je n’avais jamais pu m’offrir, par manque d’argent. Mon emplacement, moelleux à souhait, me fit penser à un bon fauteuil au coin du feu. L’espace d’un instant, ma peur s’envola, ce qui me permit de savourer le confort qui m’était proposé.
Tant que la carcasse métallique n’avait pas encore bougé du sol, tout allait pour le mieux. Toutefois, cela changea bien vite lorsque l’appareil se mit en marche. Une panique sourde s’empara de moi au moment même où l’avion commença son ascension. La carlingue de l’aéronef trembla si fort que je dus m’agripper à ma banquette, telle une moule à son rocher. Un homme, la cinquantaine environ, les cheveux poivre et sel et fort séduisant malgré son âge, était assis à côté de moi, mais sur une autre rangée de sièges. Il me regarda et se mit à glousser. Agacée, je me tournai vers lui et le dévisageai sans vergogne.
L’engin se stabilisa et je pus me décrocher de mon accoudoir.
— Qu’est-ce qui vous fait rire ? lui demandai-je d’une voix plus sèche que je l’aurais souhaité.
Il posa ses yeux sur moi, amusé.
— C’est la première fois que vous vous envolez dans ce genre d’appareil ?
— Oui. C’est mon attitude qui vous fait penser cela, n’est-ce pas ?
— C’est exact ! La majorité les gens qui montent à bord pour leur première expérience font la même tête que vous ! m’expliqua-t-il. Je suis désolé, je ne voulais pas vous blesser, demoiselle.
Je lui souris. Il fallait sans cesse que l’on me remarque, et ce partout où j’allais ! À vrai dire, je détestais ça…
— Vous êtes-vous déjà rendu en Écosse ?
— Ma foi, oui ! Je suis Écossais, mais je travaille beaucoup en France. Là, je rentre chez moi pour retrouver ma femme et mes enfants, m’avoua-t-il. Et vous, qu’allez-vous y faire ?
— Je vais chez... une vieille tante, dans les Highlands, bégayai-je d’une voix incertaine.
Il ne releva pas mon doute, mais enchaîna, les iris pétillants de malice :
— Ah, les Highlands, terre des plus farouches et courageux Écossais ! Cette partie du pays comble plus d’un visiteur de Sa Majesté ! Un lieu chargé d’une ambiance particulière et surtout de légendes ! Peut-être avez-vous déjà entendu parler des mythes celtiques, jeune femme ?
— Oui, et ce sont ceux que je préfère ! J’étudie l’histoire écossaise depuis mon enfance, c’est très enrichissant ! Je trouve que la connaissance du passé aide à comprendre les habitants d’aujourd’hui, déclarai-je d’une voix passionnée. ...

  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents