La dynastie des Sambourg - Tome 1 : partie 2
208 pages
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La dynastie des Sambourg - Tome 1 : partie 2 , livre ebook

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Description

La mort rôde à Dorfblut : la variole fait des ravages et emporte Isaure de Sambourg, la mère du roi.


Dolorès, la fille de Richard, a réussi l’épreuve sur l’Ile des Initiées et elle est devenue prêtresse. N’écoutant que son courage, elle débarque au château fort de sa famille, dans la capitale du Royaume.


Digne héritière d’Alizée, la princesse s’éprend d’un homme violent et possessif, au sang prestigieux. Leur amour a un goût de cendres, de défi éternel aux lois et à la morale...


Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 2
EAN13 9782902427802
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

La dynastie des Sambourg
Tome 1 – Les Sambourg : partie 2
 
Dédicace
 
 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Alexandrine Solane
 
 
La dynastie des Sambourg
Tome 1 – Les Sambourg : partie 2 
 

 
 
«Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. L’auteur ou l’éditeur est seul propriétaire des droits et responsable du contenu de ce livre. Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon, aux termes des articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.»
 
 
Editions Plumes de Mimi éditions
© Alexandrine Solane
Éditions Plumes de Mimi éditions, 122 rue de l’Argonne 62117 Brebières.
Siret : 84469800100014
ISBN numérique : 978-2-902427-80-2
ISBN papier : 978-2-902427-81-9
Dépôt légal : 04/2021
 
Alexandrine Solane
On peut lire tant de choses à travers les lignes, à la pointe d’un stylo...
Alexandrine vit dans les Bouches-du-Rhône, elle a trente-neuf ans.
Ses romans sont un mélange de science-fiction, fantastique, parfois dans un cadre historique.
Curieuse, elle se passionne pour l’Histoire, l’archéologie, les mythes et légendes. Son premier roman paru en 2007 « Le Cercle de Stonehenge » mêle sorcellerie et démons.
« La Femme Philosophale », une nouvelle version d’un mythe médiéval, sort le 14 novembre 2020 aux Éditions Éthen        
Retrouvez Alexandrine sur sa page personnelle :
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et sur celle des rêveries d’Alexandrine :
https://www.facebook.com/groups/1109532699430404/
 
ainsi que sur son site :
https://alexandrinesolane.wordpress.com/actualites/
 
 
 
 
 
Seul l’acte de chair compte...
Izabella
 
 
 
 
 
 
 
 
À Khunlung
 
 
Table des matières
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 19
Chapitre 20
Chapitre 21
Chapitre 22
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Deuxième partie
 
Lazare et Dolorès
 
1242-1254
Chapitre 1
Sarra, choquée, s’était isolée dans sa chambre pour digérer la nouvelle : ce matin, un pigeon voyageur lui avait apporté un message de Richard de Sambourg. Il ne lui annonçait pas sa joie de revoir sa fille, non, il lui annonçait un drame, une tragédie. Un fléau s’abattait sur le peuple. La princesse ne pouvait revenir à Dorfblut. Cette décision allait lui briser le cœur.
La prêtresse retrouva l’initiée et son fils pêchant sur la rive. Le régime alimentaire des prophétesses se constituait de fruits et légumes, mais les futures mères, les malades pouvaient consommer de la viande. Dolorès remonta un harpon, un poisson fluet se débattait sur la grosse flèche de métal.
 
— Tu en connais beaucoup des princesses qui font ça ?
— Tes sœurs ? ironisa Louis.
— Tu plaisantes ? Illoa en ferait une syncope, la pauvre !
 
Sarra s’approcha d’eux, les interpellant. Dolorès et Louis, inquiets, se regardaient. Elle tremblait, sa voix chevrotait.
 
— Le roi m’a écrit.
— Dolorès, nous allons à Dorfblut !
— Louis, tu goûteras nos brotchens.
— Isaure de Sambourg est malade. C’est la variole. La calamité se répand dans la cité.
 
Le ciel tombait sur la tête de Dolorès, sa grand-mère, qu’elle n’avait pas vue depuis cinq ans, agonisait vraisemblablement. Les Dorfblutiens affrontaient une épreuve terrible. Beaucoup de personnes périraient ou seraient marquées à vie dans leur vie. Elle se révolta lorsque Sarra l’avisa qu’elle demeurerait au sanctuaire.
 
— Richard de Sambourg a formellement interdit que sa fille et mon fils mettent un pied à la capitale. Il craint la contamination du pays.
— Sarra, Grand-mère se meurt ! Je ne resterai pas les bras croisés. Une prêtresse peut aider le peuple de Dorfblut.
— Petite idiote, tu risquerais ta vie ! Alizée est une prêtresse, elle organise l’isolement des malades. Ni toi ni Louis ne débarquerez là-bas. Est-ce clair ?
— Mon Don est...
— DOLORÈS ! Obéis-moi, nom de Dieu !
 
Les yeux de Sarra, échevelée, roulaient dans ses orbites et lançaient des éclairs, son visage était rouge. Maugréant, c’est une Dolorès furibonde qui consentit à se soumettre à la sibylle, sans toutefois promettre. Pour la bouillante princesse, il s’avérait impensable de demeurer dans le marécage, en attendant passivement la mort des siens. Son père envisageait de fermer les portes de Dorfblut, donc elle devait agir au plus vite. C’était décidé, elle partirait cette nuit. Mais elle n’emmènerait pas Louis ; le garçon la ralentirait dans son plan et elle refusait de l’exposer à l’infection.
Elle maîtrisait les plantes médicinales, les poisons, les charmes, elle savait soigner et tuer, si nécessaire. Elle disposait de tout ce qu’il lui fallait pour enrayer l’épidémie. Elle était la troisième génération de prêtresses dans la famille, après Assiane et Alizée. Son arrière-grand-mère était une légende chez les devineresses et les gens du sud, elle était d’une puissance redoutable, pouvait envoûter une dizaine de personnes simultanément. Orgueilleuse, forte de cette lignée exceptionnelle, Dolorès savait que la maladie ne l’atteindrait pas.
L’obscurité était tombée sur le sanctuaire, une ombre furtive sortit du temple et fila vers une barque dissimulée dans une crique. La fuyarde avait volé le canot à un pêcheur imprudent. Sans attendre, elle s’embarqua et rama rapidement.
Ses compagnes ne se réveillaient qu'au lever du soleil, elle bénéficiait d’un peu de temps. Sarra et Sylvia comprenaient immédiatement qu’elle se dirigeait naturellement vers Dorfblut. Même si le roi mobilisait une escorte pour la retrouver, elle serait déjà arrivée à destination. Donc elle avait déjà gagné !
Sa mère lui avait raconté sa fuite de l’Île des Initiées, vingt-trois ans auparavant. Elle refusait de confier son bébé à Richard de Sambourg, elle s’était teint les cheveux. Dolorès avait hérité d’une sublime cascade dorée, et elle ne la colorerait pas ni ne la couperait. On ne renonçait pas à un joyau. Elle se contenterait d’un sortilège modifiant la perception des gens qu’elle croiserait, pour que nul ne la reconnaisse.
Le lendemain, Dolorès se réveilla dans une grange abandonnée, elle évitait la grande route fréquentée par les marchands, pèlerins et paysans. Elle préférait s’engager dans les sentiers cachés des vallées verdoyantes. La légendaire Élina avait façonné le microclimat particulier du marais des siècles auparavant.
C’était une exception dans ce sud, empli de plaines, de bois épais et de clairières. Ici, la vie était plus facile que dans le nord, les récoltes s’avéraient abondantes, les villages ouverts aux étrangers et aux prêtresses. On cultivait une mentalité païenne, lascive. L’infidélité était tolérée. 
Le premier soir, elle s’arrêta dans une hostellerie. Attablée devant un frugal bouillon, du pain blanc, elle écoutait les conversations animées au coin du feu. Elle cherchait à savoir si Dorfblut accueillait encore les Sambourgeois. Oui, encore, mais pour combien de temps ? Se méfiant des hommes, elle dormit dans la salle principale[1]. Le second jour, elle reprit sa route, emportant dans sa besace des réserves de viande séchée et de fromage, fournies par l’aubergiste. 
 
*
 
Les remparts interminables de la cité se dressaient devant Dolorès : un flot continu de personnes attendait pour rentrer dans la capitale. Elle avait quitté les lieux enfant et revenait adulte. Elle n’avait jamais vu une telle foule s’agglutiner à la barbacane. Habituellement, chariots, visiteurs et bétail franchissaient sans encombre l’imposant ouvrage de fortification. Quelques instants plus tôt, elle admirait, les larmes aux yeux, le nid d’aigle, surplombant les falaises. Le château ! En ces murs battait son cœur... Lazare ! Celui pour qui elle avait passé les nuits dans des cahutes de chasseurs ou de bergers. Elle avait prié la Déesse de ne pas tomber sur des violeurs. Heureusement, elle était une prêtresse et les incantations pouvaient servir de protection physique.
Les militaires de la chantepleure[2] filtraient plutôt rudement la principale entrée. Des cris, des protestations fusaient dans la file d’attente. Soudain, un manant chuta violemment sur l’herbe, à côté de la voie d’accès. La terre maculait son visage. Furieux, il se releva, prêt à en découdre avec celui qui l’avait poussé.
 
— Vous n’avez pas le droit !
— Nous habitons dans la cité !
— Espèces de pourris !
— SILENCE, tonna une voix autoritaire. Par ordre du roi Richard de Sambourg, les portes de la ville resteront fermées jusqu’à nouvel ordre.
 
C’est-à-dire jusqu’à la fin de la contamination. Cela pouvait prendre des semaines ! Non, Dolorès n’attendrait pas des jours, des heures, ne fût-ce qu’une minute supplémentaire. Elle décida de foncer. Elle bouscula hommes et femmes, ignorant les vitupérations légitimes, et se précipita entre les portes monumentales. Les gardes, qui ne pouvaient identifier la princesse, la bloquaient aussitôt avec leurs lances.
 
— Halte, pucelle !
— On ne passe pas !
 
Une formule prononcée plus tard, elle plongea dans l’artère principale et se fondit sans tarder dans un lacis de tortueuses ruelles. Petite, elle avait parfois accompagné sa grand-mère – par goût du risque, plus que par dévotion aux œuvres charitables – et s’était perdue, avec délices, dans ces venelles populaires. Ici, elle connaissait une femme, qui vendait de sublimes brotchens, là, un cordonnier s’échinait sur une vieille paire de bottes. 
De détour en détour, elle arriva finalement sur la place de la cathédrale, la citadelle était si proche d’elle. Son voyage s’achevait. Ces années d’espoir et de colère s’envolaient dans la brise. Elle se présenta devant l’entrée du burg. Les arbalétriers la visaient.
 
— Je suis la princesse Dolorès de Sambourg.
— Le château est interdit d’accès !
— J’exige de parler au capitaine.
 
De Nemours, la connaissait et se hâterait de la rejoindre. Comme elle l’avait escompté, le solide officier apparut dans la cour :
 
— Votre Altesse ?
 
Il la dévisageait, stupéfait et impressionné par sa transformation physique.
 
— Je suis Dolorès.
— Vous êtes venue seule ?
— Oui, mon père reportait mon retour.
— Comment va mon fils ?
— Il est en parfaite santé. Ce chenapan, je crois, est amoureux de moi.
 
À ces mots, Lydéric de Nemours se rembrunit, il ne goûtait guère la plaisanterie de la pucelle. Son Louis n’épouserait certainement pas une fille née d’une union incestueuse ! Il ferait tout pour que cela n’arrive pas.
 
— Votre Altesse, la variole frappe notre cité, dit-il.
— Je le sais. Ma grand-mère est-elle vivante ?
— Dame Isaure est atteinte du mal, mais elle respire encore.
 
Elle respire encore... L’énoncé ne laissait guère de doute sur l’issue fatale. Elle avait raison de forcer le destin.
 
— Un autre membre de ma famille est-il malade ?
— Non, notre reine s’occupe seule de la reine mère, elle interdit tout contact avec vos frères et sœurs. Néanmoins, des serviteurs sont contaminés et certains sont morts.
 
Dolorès frissonna, elle s’était jetée dans la gueule du loup. Alizée veillait sur Isaure, c’était logique, en tant que prêtresse, elle connaissait les sortilèges de guérison. Elle se préservait du fléau. Pourquoi n’avait-elle pas sauvé son aïeule ?
 
— Donc, j’imagine que toute ma famille est présente au château ?
— Oui, Sa Majesté Alizée est avec sa mère, votre père s’entretient avec ses conseillers et vos sœurs sont confinées dans leurs chambres.
— Appelez mon frère aîné, capitaine.
 
En attendant l’arrivée de son cher amour, Dolorès s’installa sur un banc, adossé à un mur. Quelques femmes se dirigeaient vers les magasins. L’effervescence habituelle du burg avait cédé la place à une atmosphère sombre. Les gardes, sur le chemin de ronde, se montraient soupçonneux. La situation était préoccupante, la variole se répandait dans la forteresse. Heureusement, les stocks de provisions prévus pour l’hiver étaient intacts.
Une silhouette musclée se profilait devant elle, elle devina que c’était lui , sans même voir son visage. Elle se redressa, les mains moites, son cœur galopant comme un cheval fou. 
 
— Dolorès ? murmura-t-il d’une voix rauque.
 
Un éclair de désir traversa son regard, elle le perçut. Ils se dévisageaient, figés à quelques pas l’un de l’autre. Lazare se repaissait des formes sensuelles, des hanches arrondies, de la poitrine voluptueuse. Ses iris félins le transperçaient aux tréfonds de son âme, il la sentait lire en lui comme dans un livre ouvert. Il mourrait d’envie de plonger ses doigts dans l’opulente chevelure flavescente. À cette seconde, il oubliait son épouse, son fils, il n’y avait plus qu’eux. Elle. Sensuelle, sublime, elle le bousculait. Elle réveillait un amour enfoui dans sa mémoire.
Dolorès reconnaissait ce grand frère, si protecteur, mais il avait embelli avec le temps. Les années, clémentes, avaient sculpté ce corps d’apollon, ciselé par la main d’un génie artistique. Son visage affichait des traits virils, affirmés, ses yeux étaient des lacs d’encre. Elle avait toujours aimé ses boucles. Sa carrure s’était étoffée – à vingt-trois ans – et ses jambes exsudaient la puissance.
Elle ne lui était pas indifférente, elle avait remarqué son air subjugué. L’autre ne comptait pas, elle n’était qu’un pis-aller, un ventre à féconder. Lazare de Sambourg devait posséder une femme de sa trempe, une partenaire fougueuse au lit. Angélique de Fulda devait se complaire à prier Dieu, accomplir le devoir conjugal en fermant les yeux.
 
— Tu es revenue, petite sœur ! Dolorès, Dolorès. Tu m’as tant manqué !
 
Il s’approcha d’elle, la serra dans ses bras forts. Il huma son parfum. L’émotion le saisissait. Comment gérerait-il sa femme légitime et celle qu’il avait toujours aimée ? Celle qu’il n’avait pas su attendre... Son silence était-il mauvais signe ? Elle était une prêtresse maintenant, elle portait le tatouage lunaire sur le poignet.
Elle s’assura qu’aucun serviteur ou soldat ne les fixaient, puis elle l’embrassa. Surpris, Lazare se reprit et mêla son souffle au sien. Leurs bouches impérieuses se goûtaient enfin, après cinq ans de séparation. Leurs langues s’enchevêtrèrent en une sarabande infernale, puis le prince se détacha d’elle à regret.
Quelques instants plus tard, il l’entraînait dans sa chambre. Rien n’avait changé ici, mais elle, si. Elle n’était plus la gamine enamourée de Lazare, elle s’était muée en femme avide de plaisir et de pouvoir. Elle désirait régner à ses côtés. Cependant, le spectre de sa félonie, humiliante, insultante, flottait entre eux telle une hydre insidieuse. Elle devait vider son sac, ils devaient régler leurs comptes avant qu’il fasse d’elle... une femme.
Elle s’avança vers lui, le gifla. Si Lazare n’eut pas été solide, il aurait chancelé sous la violence du coup. Furieux, il la toisa, les narines frémissantes.
 
— Tu m’as trahi ! Tu as trahi toutes tes promesses ! Tu avais juré de m’attendre.
— Dolorès, je t’interdis de lever la main sur moi. C’est indigne de ton rang.
— C’est digne ce que tu as fait ? Lazare, j’ai conservé ma fleur pour toi, et tu fais quoi de cet honneur ? Tu m’ignores, tu épouses une étrangère à notre clan !
— Dolorès, puis-je parler ?
— Vas-y.
 
Énervée, elle tira un siège en cuir et s’installa dessus. Lazare reprit ses esprits, inspira une goulée d’air. Les accusations de sa sœur le blessaient profondément : elle insinuait qu’il s’était joué d’elle. Comment lui faire comprendre le besoin pressant d’engendrer un héritier ?
 
— Dolorès, nous avons huit ans d’écart et...
— Tant mieux ! Je n’ai pas de goût pour les jouvenceaux et tu es expérimenté en matière de sexe.
— Vers mes vingt ans, je voyais mes amis se marier, enfanter. Moi aussi, je voulais avoir un fils. Mère m’encourageait à choisir une femme « qui ne soit pas de notre sang ». J’ai épousé de Fulda et Philippe est né.
— Quel âge a-t-elle ?
— Angélique a dix-neuf ans, répondit-il.
— J’ai trois ans de moins qu’elle ! Je peux te donner des enfants, et j’en veux beaucoup.
 
Oui, Angélique faisait pâle figure comparée à l’incandescente Dolorès : l’une était timide, chaste – elle laissait son mari la besogner, sans mot dire –, dévote, et l’autre, le feu incarné, la passion, l’intrépidité. Physiquement, elles étaient aux antipodes. Excepté leur blondeur commune, Angélique était svelte, aux yeux marron, et Dolorès, un péché ambulant lascif et irrésistible, aux courbes envoûtantes. Hélas, il avait épousé une insignifiante femelle ! Pourtant, sa sœur était son idéal... sexuel, charnel, et sentimental.
 
— Ma chérie, je t’aime depuis que tu es née. Je n’aime que toi.
— Et ta femme ?
— Une matrice à féconder.
— J’exige que tu tiennes ta promesse. Je serais ta femme, pas ta putain, Lazare.
 
Audacieuse, elle ne s’embarrassait pas de scrupules et lui suggérait de répudier Angélique de Fulda.
 
— Lazare, si je suis furieuse, je te promets que je ne déteste pas ton fils, et je veillerais sur lui.
— Dolorès, tu n’as que quinze ans !
— Maman avait presque mon âge quand elle t’a mis au monde.
— Elle n’avait aucune rivale, ma belle Dolorès.
— Évidemment. Je veux voir nos parents, déclarat-elle soudain.
 
Elle déposa sa besace sur le parquet. Était-ce le signe qu’elle... emménageait chez lui ? À cette idée, son phallus se dressait, Dolorès l’aperçut naturellement. Munie d'un sourire narquois, elle le suivit dans le couloir.
 
— Mère, je dois vous parler, dit Lazare en frappant à une porte.
 
Quelques instants plus tard, Alizée apparaissait dans l’encadrement de l’huisserie, une odeur de renfermé piqua les yeux de la princesse.
 
— Oui, Lazare ? Est-ce que Phil...
 
La reine écarquilla ses prunelles, similaires à celles de son aînée, et elle reconnut sa fille. Folle de joie, elle referma précipitamment la porte de la chambre d’Isaure. Dolorès crut entendre des gémissements. Quelle idiote elle faisait ! Sa grand-mère s’éteignait, alors elle souffrait, naturellement.
 
— Dolorès, mon bébé ! Ma fille !
 
Elle étouffa ses sanglots, elle couvrait de baisers son enfant adoré. Elle ne se lassait pas de l’admirer. Elle était magnifique, elle lui ressemblait tellement ! Elle surprit le regard de connivence et chargé d’érotisme entre son fils et sa fille, ce qui lui déplaisait fortement... Les Sambourg ne devaient plus se marier entre eux, ou la lignée s’évanouirait dans les limbes de l’Histoire. Cependant, Lazare avait suivi son conseil et avait épousé la jeune Angélique de Fulda. Elle avait prouvé sa fécondité en mettant au monde un fils un an après l’union.
 
— Dolorès, ton père avait interdit ton retour à Dorfblut. Il a écrit à Sarra et elle a dû t’informer que la variole ravageait notre cité.
— Mère, je veux t’aider. Pourquoi Grand-mère est-elle encore malade ?
— Je l’ignore, avoua-t-elle. J’ai tout tenté, en vain. Je ne comprends pas. Dolorès, tu as réussi l’Épreuve !
— Je me suis inspirée de toi pour la réussir, j’ai envoûté les pêcheurs.
— J’ai immunisé ma personne, ton père, tes frères et sœurs, dit-elle.
— Et le bébé, mon neveu ?
— Lui et sa mère, également. Dolorès, je dois retourner auprès de ma mère. Mon amour, ma petite fille...
 
Elle effleura la joue de sa fille aînée et retourna, non sans appréhension, dans l’alcôve de Dame Isaure. Pensive, Dolorès ne comprenait pas comment sa mère, la prêtresse la plus puissante du Royaume après Sylvia, ne parvenait pas à guérir l’épouse de feu Aaron Ier de Sambourg. Le destin s’acharnait-il sur la reine mère ? Où avait-elle perdu le goût de vivre ?
 
— Lazare, nous n’avons croisé personne dans l’escalier, tout à l’heure. Où sont nos frères et sœurs ? 
— Concernant nos sœurs, c’est très simple : nos parents les cloîtrent au château, elles peuvent circuler dans leurs chambres, le jardin, les étuves. Quant à Aaron et Archie, ils batifolent avec une servante.
 
L’annonce de Lazare laissa Dolorès sans voix.
 
— Peux-tu répéter ?
— Mon amour, les jumeaux ont dix-sept ans !
— Je sais, je sais. Mais j’entends bien, ils se partagent une femme ?
— Oui, ils sont inséparables , ironisa le prince. Aaron et Archie baisent une mignonne brunette, d’origine italienne. 
 
Selon Lazare, Aaron avait un faible pour les beautés langoureuses et métissées, et Archie, lui, n’affichait pas de préférences particulières dans ce domaine.
 
— Moi, j’aime les blondes, précisa le fils de Richard. Pardon, j’aime une blonde .
— Alors, traduis ces sentiments en gestes, exigea-t-elle.
— Je le ferai. Je répudierai Angélique.
 
Lazare montra à sa sœur, qu’il considérait déjà comme son épouse, les chambres des trois princesses. Ils entrèrent dans celle d’Illoa, âgée de douze ans. La jeune fille brune, ravissante, désigna la femme blonde derrière son frère :
 
— Est-ce notre Dolorès ?
— Oui, confirma-t-il.
 
Aussitôt, une enfant aux yeux de velours poussa un cri de joie et délaissa le lit d’Illoa, où elle était occupée à tresser un ange blond.
 
— Dolorès !
 
Elle se jeta sur l’arrivante, la prêtresse la serra contre elle. Alana – elle l’avait deviné – était vive, indisciplinée. Elle briserait les cœurs dans quelques années. Pauvre Lazare ! En tant qu’aîné, lui incombait l’implicite devoir de veiller à la vertu des princesses. Il le comprit et s’en amusa.
 
— Dolorès, Dolorès !
— Bonjour, Alana, Illoa, Azur.
— T’as vu, Illoa, c’est une initiée ? s’exclama Alana.
 
Dolorès s’approcha du lit, s’empara de la petite Azur. C’était un amour de petite fille avec ses traits doux, sa blondeur innocente, ses yeux purs. Elle portait parfaitement son nom.
 
— T’es ma grande sœur ? 
— Oui, Azur. Par la Déesse, tu es à croquer !
— Je vous laisse entre filles, dit Lazare.
— Lazare, ma chambre est-elle libre ? demanda-t-elle.
— Bien sûr.
— Déposes-y ma besace, s’il te plaît.
 
Le prince se retira, Illoa, Alana et Azur admiraient cette grande sœur dont le souvenir s’était dilué dans le temps. Pour elle, Dolorès était une sorte de créature éthérée, une fée qui avait vécu loin de Dorfblut, dans les marais.
 
— Est-ce que tu es vierge ? demanda l’insolente Alana.
— Alana, protesta Illoa.
— Je garde ma virginité pour l’homme que j’aimerai, expliqua la prophétesse.
— Qu’est-ce que tu sais faire ?
— Les mêmes choses que mère. Comment va Kitty ?
— Elle est toujours fainéante et grasse.
 
Des pas précipités résonnaient dans le couloir. Lazare n’avait pas refermé la porte et les quatre princesses entendaient les visiteurs se hâter derrière la paroi épaisse. Ils étaient plusieurs incontestablement.
La porte s’ouvrit à toute volée.
 
— DOLORÈS !
— Père, dit-elle, en fondant en sanglots.
 
Deux jeunes hommes, blonds, entouraient le monarque Richard de Sambourg, toujours aussi beau, dont les tempes se parsemaient l’argent. Comme le vin, il se bonifiait et le fougueux amant d’Alizée se muait en patriarche. Mais ce père et grand-père comblé – sa succession était assurée avec trois fils, un petit-fils – demeurait un mâle éminemment viril, séduisant. 
 
— Mon père adoré. Mon papa !
— Ma Dolorès !
— Salut, sœurette.
— Bonjour, Aaron, Archie. Mon petit papa, tu m’étrangles !
— Pardon, ma Dolorès.
 
Le souverain libéra de son étreinte possessive sa fifille adorée. La princesse était aujourd’hui une femme, et elle ressemblait tellement à son Alizée. Si Lazare exigeait d’épouser sa sœur, lui, le roi de Sambourg, annulerait le mariage de son héritier et d’Angélique. Qu’est-ce que c’était pour celui qui avait défié Dieu et choisi de posséder et revendiquer la propre fille de son père ? Sa déception avait été grande quand Lazare avait convolé avec cette étrangère, cette pucelle mièvre et sans saveur. Alizée, qui voulait briser « la malédiction des Sambourg » avait poussé leur fils à s’unir avec une intruse . La grande question : comment se débarrasser d’Angélique ? Une répudiation, un assassinat ? Naturellement, son petit-fils Philippe resterait avec son clan, il appartenait à Lazare, son père.
 
— Petite folle, gronda-t-il. Pourquoi es-tu venue ici ? Tu ne pouvais pas attendre ?
— Non, je suis une princesse, et ma place est à Dorfblut, Père !
 
Richard devait savoir s’il existait une attirance entre Lazare et Dolorès, avant de décider d’un moyen d’annuler cette alliance inopportune. Quand son fils aîné l’avait averti de la présence de la princesse, des étincelles de désir avaient crépité dans ses iris onyx. La prêtresse partageait-elle ses sentiments ? 
 
— C’est Lazare que tu as demandé à voir en premier. Je vais être jaloux !
— Père, je ne voulais pas te déranger. Tu gères « la variole » à Dorfblut.
 
L’instinct de Richard ne le trompait pas, Dolorès était éprise de Lazare. Ses pupilles s’étaient dilatées, en entendant son prénom, et sa poitrine se soulevait plus vite, sous sa tunique blanche.
 
— J’ai donné ordre de fermer les portes de la cité. Mes hommes ont affiché l’avis, pour avertir autrui de la situation. Comment as-tu fait ?
— Lorsque je suis arrivée, effectivement les portes se fermaient. J’ai foncé et j’ai semé la garde de la barbacane.
— Ta grand-mère...
— Je sais.
— Dolorès, j’avais ordonné que tu restes au sanctuaire pour t’épargner. Tu cours un risque énorme, ici.
— Père, je suis immunisée. Où est Lazare ?
 
Encore Lazare ! Je dois marier ces deux-là. Désolé, Angélique, vous êtes un obstacle dans le bonheur de mon fils et ma fille.
 
— Il est avec son épouse. Dolorès, comme tes sœurs, tu resteras au château.  
— Puis-je porter assistance aux malades du château ?
— Tu peux.
 
Elle pense et agit comme une reine ! Elle est absolument parfaite pour mon fils. Parfaite... Impitoyable, il envisageait, sans l’ombre d’un remords, la mort d’une innocente pour réaliser ses projets dynastiques.
 
— Dolorès, rassure-moi, tu es venue seule ?
— Père, je n’ai pas emmené Louis.
— Quand la variole ne sera plus, je le ferais venir. Aaron, Archie, vous irez chercher le fils de Sarra.
 
La raison était très simple : Richard refusait de séparer Lazare et Dolorès, et il espérait que leur amour grandirait dans les remparts de Dorfblut. Cependant, ce qui le dérangeait, c’était la réaction d’Alizée. Lorsqu’il avait évoqué la possibilité d’un hymen entre Lazare et Dolorès, elle l’avait violemment décliné. Comment la persuader ? Devait-il organiser des épousailles secrètes entre les tourtereaux ? Non, il excluait cette idée offensante pour la reine, la mère des futurs conjoints.
 
— Père, Grand-mère affirme que la virginité d’une princesse est son bien le plus précieux, dit, innocemment Alana. 
— C’est vrai, ma chérie, une princesse offre sa virginité à son époux.  
 
Le fils d’Isaure, songeur, savait que les prêtresses se livraient à des ébats saphiques ou choisissaient les mâles issus du peuple des marais. Sa fille aînée avait-elle cédé à des plaisirs illicites avec des hommes roturiers ? Lazare refuserait d’épouser une femme déflorée.
 
— Dolorès, elle est vierge, comme Illoa.
 
Aaron et Archie éclataient de rire. Cramoisie, Dolorès sentait le regard satisfait de son père. Il savait qu’elle n’avait pas batifolé sur l’île des Initiées.
 
— Père, « entre filles », ça passe ? ironisa Archie.
— Es-tu la seule princesse, là-bas ? dit son frère.
— Aaron, Archie, dehors !
— À bientôt, Dolorès, concluaient les jumeaux en obtempérant.
 
Richard attendit le départ de ses fils turbulents pour poursuivre la conversation :
 
— Alana a raison : l’honneur d’une jeune fille nubile repose sur un hymen intact.
— Père, je n’ai plus six ans. Sylvia m’a rebattu les oreilles avec l’honneur des Sambourg !
— Comment va-t-elle ?
— Bon pied bon œil. 
— Parfait. Bienvenue à la maison, ma chérie, dit-il enfin.
 
Il savait tout ce qu’il voulait. Dolorès aimait Lazare, et elle se préservait pour lui. C’était évident, il savait lire entre les lignes. Il salua ses filles, puis se retira.
Dolorès soupira d’aise. Enfin, son père était sorti. Il lui avait fait la morale, devant ses petites sœurs.
 
— Je ne me suis pas lavée depuis six jours, dit-elle.
— Six jours ! répéta, Illoa, dégoûtée.
 
La famille royale était l’une des rares d’Europe à se baigner régulièrement, dans leurs cuviers personnels et les étuves du château.
 
— Les filles, j’ai voyagé pendant trois jours dans des auberges. Je n’avais pas la possibilité de me savonner. Je vous propose de nous baigner.
— Toutes les quatre ?
— Oui.
— J’ne veux pas, pleurnicha Azur.
— Je suis l’aînée, je décide, proclama Dolorès.
 
Azur dans les bras, la prêtresse, Illoa et Alana quittèrent la chambre de la seconde princesse, puis elles se présentèrent dans les bains du burg.
 
 
[1] Au Moyen Âge, l’usage, chez les nobles et manants, est de proposer leur lit à l’invité de passage. Dans les auberges, les voyageurs dormaient souvent dans des chambres communes.
[2] Barbacane.
 
 
Chapitre 2
Tant de... gentillesse, de mièvrerie agaçaient Dolorès de Sambourg. Alors qu’elle et ses sœurs revenaient de leur amusante baignade dans les étuves, elle avait eu le profond déplaisir de croiser Angélique de Fulda. Elle refusait farouchement de lui attribuer son nom de famille, dans son for intérieur, pour marquer son opposition. Comme elle s’y attendait, sa belle-sœur était confite de bondieuseries, de bienveillance écœurante.
Jolie, sans être d’une beauté renversante, elle se réjouissait de « devenir amie avec la princesse rentrée au bercail ». Son innocence ne lui avait pas fait voir l’éclat de haine dans les iris de la prêtresse. Blonde, svelte, elle affichait une candeur naïve – que Lazare devait exploiter sans remords, supposa-t-elle –, une petite poitrine, elle baissait souvent les yeux. Pour Dolorès, elle n’avait qu’un mérite, celui être la mère de son neveu. Philippe, pour l’instant, ressemblait à Angélique.
Dolorès avait murmuré quelques banalités, et s’était empressée de se présenter à la chambre de sa grand-mère. C’était le seul membre de son clan qu’elle n’avait pas encore vu. Elle frappait donc à la porte, Alizée lui ouvrit :
 
— Dolorès ?
— Je veux la voir, répondit-elle.
— Ma mère est gravement malade, ma chérie.
— Mère, comme toi, je suis immunisée.
 
La princesse sentait son hésitation, son inquiétude aussi La reine craignait d’exposer sa fille à la variole.
 
— D’accord, mais tu ne restes pas longtemps, affirmat-elle.
— Très bien, mère.
 
Dolorès inspira, et se prépara à affronter une vision d’angoisse. Lorsqu'elle pénétra dans la chambre de Dame Isaure, l’air vicié irrita immédiatement sa gorge, ses yeux pleuraient. Une toux grasse résonna dans la pièce. La princesse s’avança, son pied heurta des pots de chambre. La puanteur, insoutenable, lui indiquait que le corps de la suppliciée rejetait les aliments qu’il ingurgitait vainement.
 
— Mère, c’est Dolorès.
— Dolorès.
 
Isaure s’exprimait avec un filet de voix. Sa petite-fille ne reconnaissait plus la femme décharnée, allongée sur le lit. Des centaines de croûtes purulentes parsemaient les bras, les paumes de ses mains, la gorge de l’épouse d’Aaron Ier de Sambourg. Pourquoi son visage était-il épargné par cette disgrâce ? Alizée ne supportait pas cette idée et elle avait agi en conséquence.
Pour faire bonne figure, la malade tenta de se relever, mais une douleur éclata dans son dos. Se courbant en deux, elle toussa violemment, la reine se précipita, lui tendit un mouchoir. Du sang maculait le linge frappé aux armoiries des Sambourg.
 
— Bonjour, Grand-mère, je suis revenue.
— Que tu es belle, ma chérie ! Tu as les cheveux de ton grand-père. Tu es le portrait de ta mère.
— Nous allons te guérir, Grand-mère.
— C’est la fin, je le sais. Je le sens. Nous ne sommes que des fragments de poussière, Dolorès. Bientôt, je rejoindrais mon Aaron, mon enfant, mon père.
 
Une larme perla sur la joue d’Isaure, majestueuse dans son affliction. Bouleversée, Alizée fondit en sanglots.
 
— Dolorès, tu as quinze ans, ne traîne pas ici.
— Mère, je reviens dans un instant, dit Alizée en raccompagnant sa fille.
 
Dans le couloir des appartements royaux, Alizée se tourna vers Dolorès, ébranlée par la tragédie subie par sa grand-mère. Isaure n’avait plus le goût de vivre, se laissait mourir. Comment son aïeule, certes âgée, mais en forme, avait-elle pu se muer en loque ?
 
— Mère, de quel enfant parlait-elle ? demanda-t-elle.
— Après la naissance de Richard, elle est tombée enceinte et elle a fait une fausse couche.
— Quand la variole est-elle apparue à Dorfblut ?
— Il y a deux semaines, un premier cas a été signalé chez un commerçant, près du château. Le temps que l’on comprenne, ta grand-mère, les serviteurs du burg étaient contaminés.
— Mère, j’ai sondé Grand-mère et j’ai découvert qu’un autre mal la rongeait. 
— Ses organes pourrissent, avoua la souveraine.
 
Interloquée, Dolorès considéra sa mère, les yeux rouges, qui essuyaient ses larmes du revers de la main. Les malades de la variole souffraient de fièvres, vomissements, d’hémorragies, mais ils ne se putréfiaient pas  !
 
— La variole ne provoque pas cela, remarqua-t-elle.
— Je ne comprends pas. J’ai tout essayé, je la perds, Dolorès ! Elle meurt.
 
Dolorès étreignit sa mère, dont le corps était agité par les frissons d’angoisse, les sanglots presque convulsifs. Depuis l’apparition des premiers symptômes, Alizée la veillait, la soignait, jour et nuit – elle dormait sur une couchette, au pied de son lit. Elle la nourrissait, la lavait et changeait elle-même ses draps. Richard la soutenait, l’admirait pour son courage.
Mère et fille ignoraient que, des années plus tôt, Isaure avait été violée et que ses agresseurs, des rustres, lui avaient transmis la syphilis[1]. La conjonction de l’âge de la victime et la présence de ses deux maladies l’achevaient littéralement.
 
— As-tu vu ton neveu ?
— Oui, maugréa la jeune fille.
— Va le voir, cela te remontera le moral.
 
Alizée l’embrassa affectueusement et elle retourna dans la chambre d’Isaure. Quelques instants plus tard, Dolorès, attendrie, tenait dans ses bras un poupon fluet, aux yeux sombres. Il regardait sa tante, curieux.
 
— Dolorès, vous savez vous y prendre avec les enfants, dit Angélique.
 
L’épouse de Lazare allaitait leur fils, et Philippe dormait dans les quartiers de Dame Angélique. Un crucifix et un prie-Dieu signifiaient la foi véritable de l’occupante. La prêtresse plaignait cet enfant, qui grandirait dans une atmosphère étouffante.
 
— J’ai trois sœurs plus jeunes que moi, se justifia Dolorès. Au sanctuaire, les enfants sont confiés à d’autres que leurs mères respectives.
— Dolorès, vous êtes une princesse chrétienne.
— Angélique, je crois en la Déesse. Croyez-moi, son pouvoir est réel.
— La reine a conçu le prince Lazare, lors d’une épreuve impie.
— Vous avez épousé un homme, né d’amour incestueux.
— Dieu pardonne à tous, les enfants sont innocents des péchés de leurs parents.
 
Pour choquer ce parangon de vertu, la torride princesse révéla, avec jubilation, que les prêtresses expérimentaient les plaisirs de Lesbos[2], et que des couples libres se formaient avec les pêcheurs des environs.
 
— Les femmes choisissent ces hommes pour la reproduction ?
— Oui, Angélique.
— Dolorès, ne commettez pas cette folie !
— Je suis amoureuse d’un homme, et il n’est pas issu du peuple des marais. Nous aurons sept enfants, comme mes parents, affirmat-elle, résolument.
 
*
 
— Merci, Votre Altesse. Vous avez répondu à toutes mes questions.
— Louis est un enfant attachant. Lorsque l’épidémie ne sera plus qu’un souvenir, votre fils vous rejoindra à Dorfblut.
 
Lydéric de Nemours avait demandé l’entretien avec la princesse une semaine après son arrivée au château. Il l’avait interrogé sur le caractère de son héritier, ses espoirs, ses doutes. En un mot, il cernait son propre garçon. Les sept jours précédents, il avait observé Dolorès et Lazare. Les regards qu’ils échangeaient étaient brûlants d’érotisme, la malédiction des Sambourg – le spectre de l’inceste – imprimait sa main sur la seconde génération. D’après Dolorès, Louis éprouvait un amour juvénile pour elle. Redoutant que son fils la demande en mariage, il décida d’ agir  . Angélique devait mourir, et le couple damné pourrait se former. Cette union libérerait Louis de son désir envers la belle Dolores.
L’officier salua la prêtresse, puis s’éloigna d’elle. Ils s’étaient vus dans la grande cour, là où personne n’accuserait l’homme de vouloir séduire la fille du roi.
 
— Dolorès !
— Mon cher frère...
 
Elle tendait les bras vers lui, une bouffée de désir l’envahissait. Dans sa chambre, elle rêvait de ses mains sur son corps, de son sexe la faisant jouir... Il marchait vers elle, à grandes enjambées.
 
— Qu’est-ce que tu fais ici, seule  ? Je t’interdis de quitter le burg !
— Nemours demandait des nouvelles de Louis.
— C’est un homme de confiance. Dolorès !
 
Soudain, elle remarqua son teint blême, son regard perdu dans le vide. Pourtant, son prince n’était pas du genre à se lamenter.
 
— Que se passe-t-il ?
— Grand-mère est partie, annonça-t-il.
— Non, non !
— Ma chérie, elle est partie aux côtés de ses enfants.
 
La majestueuse Isaure de Sambourg, mère du roi actuel, avait vécu soixante ans. Fille du duc de Saxford et de la Grande Prêtresse Assiane, elle avait mis au monde deux enfants, elle laissait derrière elle sept petits-enfants, un arrière-petit-fils. Elle rejoignait enfin Aaron sur l’autre rive. Une page se tournait, l’époque du bienheureux Aaron Ier s’éteignait définitivement.
Lazare souleva sa sœur, tétanisée, et il l’emporta dans la salle d’armes. Il voulait lui éviter le réconfort maladroit d’Angélique – dévote, elle estimait sa grand-mère par alliance – et la présence du chapelain, ce sombre bigot. Dolorès coulait dans un puits interminable où les parois se refermaient sur elle, l’empêchant de respirer. Elle s’affala sur les pierres froides.
 
— Dolorès, petite sœur !
— Ne m’appelle pas comme ça, Lazare ! Je veux être ton amante, la flèche dans ton cœur, le poison dans ta peau.
 
Le prince l’entourait de ses bras, elle s’accrocha à lui, chercha ses lèvres. Je t’aime. C’était l’urgence de la chair, la pulsion d’Éros dans la nuit de Thanatos. La vie, qui l’emportait sur la mort...
 
— Mon amour, non, pas comme ça.
— Je te désire, Lazare. C’est un feu qui me dévore.
— Je t’aime. Depuis ton retour, je suis obsédé par toi, je veux me fondre en toi.
 
Elle frôla son érection, il l’empêcha de plonger sa main dans ses chausses. Elle n’était plus elle-même, elle lui faisait des avances pour exorciser son chagrin. Il la repoussa, à contrecœur.
 
— Sois forte.
— Grand-mère est décédée !
— Mais nous sommes vivants, Dolorès. Mon cœur bat pour toi.
 
Le prince et la princesse retrouvèrent leur famille, qui s’était réunie dans la chambre de la défunte. Isaure avait été recouverte d’un drap blanc, les servantes évacuaient les pots infâmes remplis, et la fenêtre était ouverte. Angélique était absente, sa belle-mère l’avait chargé de veiller sur Philippe et Azur, âgée de quatre ans. Alizée, secouée de sanglots, tenait toujours la main de la femme qui l’avait portée en son sein. Les jumeaux, d’humeur sombre, consolaient du mieux qu’ils pouvaient une Illoa, mutique, et Alana, criant son désespoir. Richard s’avérait désemparé. Sur l’île des Initiées, Sylvia disait adieu à sa sœur...
Dès qu’elle reçut la nouvelle, la Grande Prêtresse fit dresser un autel. Il fut positionné vers l’ouest qui désigne l’endroit où le soleil se couche en emportant l’âme vers l’autre monde, le Sidh. Sylvia posa sur cette table liturgique un objet, un bijou, que la défunte avait oublié sur l’île. Les prêtresses portaient pour l’occasion un ruban noir au poignet et le garderont jusqu’à que l’usure du temps le détache. De nombreuses bougies furent disposées en cercle. Elles resteront allumées trois jours. Les prêtresses imploreront, une Bansidh, une messagère des dieux pour accueillir la défunte de l’autre côté. Ni enfer, ni paradis, La Plaine de la Paix est un sanctuaire où reposent les esprits pour l’éternité.
 
*
 
Alizée et Dolorès de Sambourg faisaient ce qu’aucune reine du Royaume n’avait jamais fait avant elles : elles soignaient les serviteurs, dans les dépendances. Les dortoirs étaient situés au-dessus de la salle d’armes, des magasins d’approvisionnement. Ébahis, les modestes gens avaient vu débarquer, sans crier gare, les deux prêtresses avec leur savoir incommensurable. Elles réunissaient les contaminés dans une salle commune, et les isolaient des bien-portants.
Il n’y aura plus de morts de la variole, fût-il de sang roturier.
La regrettée Isaure, épouse de feu Aaron Ier, avait été inhumée dans la crypte de la chapelle royale, aux côtés de son mari. Les gisants[3] représentaient pour l’éternité ce couple fondateur, si apprécié du peuple et de l’Église. L’Histoire se souviendrait également d’eux pour avoir engendré un fils et une fille incestueux, qui s’étaient mariés et avaient procréé sept descendants.
La famille Sambourg portait le deuil, les souverains et leurs enfants privilégiaient donc le blanc.
En apprenant la décision de sa mère et de sa sœur, Lazare s’était violemment opposé à cette folie , mais son père affirmait que la variole devait être éradiquée. Dolorès et Alizée étaient immunisées, il avait confiance en elles.
Ce jour-là, alors que la princesse se dirigeait vers les quartiers des domestiques, l’héritier du trône lui barra le passage :
 
— Non. Je ne permettrai pas que la future mère de mes enfants meure !
— Mon amour, je suis préservée de la variole.
— Notre grand-mère...
— Elle était atteinte de plusieurs maladies.
— Dolorès, je t’aime.
— Pendant que je soigne les manants, réfléchis à un moyen de répudier Angélique. 
 
Maté, le prince s’effaça et la laissa passer. Elle rejoignit rapidement Alizée dans la chambrée des dolents. Sa bien-aimée avait raison : tant qu’il ne renvoyait pas sa conjointe, il ne pourrait pas épouser Dolorès. Sa sœur, actuellement, ne pouvait prétendre qu’à un titre de concubine, de favorite. Ses veines charriaient du feu, il se consumait dans un volcan. Elle devait lui appartenir. Machiavélique, il envisageait de faire déclarer Angélique folle ou stérile, pour annuler cette union de raison.
Alizée et Richard de Sambourg étaient frères et sœurs, et ils s’étaient mariés. Donc ils ne s’opposeraient pas à son alliance outrageusement sulfureuse, scandaleuse avec leur propre fille. Leur clan n’intégrerait pas une étrangère. Dolorès lui avait assuré qu’elle était fertile, et elle désirait une famille nombreuse. Avec ses quinze printemps, il pourrait la féconder sans problème et elle lui donnerait des fils ainsi que des filles.
Il savait pourquoi Richard autorisait cet acte insensé : ainsi, la plèbe louerait « le courage, l’abnégation de la reine et de la princesse ». C’était un roi, et il tirait de cette situation imprévue une gloire politique dédiée aux Sambourg. S’il avait attendu un an, seulement un an !, il n’aurait pas été confronté à cette condition délicate ; inventer un prétexte légitime pour repousser Angélique. Son honneur s’en offusquait, pas son corps ni son sexe. Il aurait Dolorès, quoiqu’il en coûte...
 
*
 
Les cloches de la cathédrale sonnaient dans la cité, elles annonçaient la fin de l’épidémie. Les efforts du roi et de la population avaient été payants. L’infection n’avait pas franchi les portes de Dorfblut, les défunts étaient enterrés, les malades guéris grâce aux bons soins d’âmes charitables.
L’Église, hostile aux sulfureux Sambourg, louait de mauvaise grâce l’abnégation de la reine et de la princesse. Ce n’était plus  tu périras par le péché,  mais : tu guériras par le péché  ! Le clergé s’inclinait devant la puissance des initiées, incarnée par une mère et sa fille. 
Au burg, Alizée et Dolorès avaient sauvé leurs serviteurs, et dorénavant, la domesticité et les gardes les considéraient avec admiration, respects. Fin manipulateur et stratège, Richard de Sambourg érigeait sa femme et sa fille en « modèles de dévouement et de piété ». Pour un souverain excommunié par le pape, il ne manquait pas d’audace ! Il espérait ainsi et surtout que l’évêque accepte d’unir religieusement Lazare et Dolorès, après avoir défait l’hymen d’Angélique et de son fils...
Deux mois s’étaient écoulés depuis le retour de la princesse prêtresse, et son frère cherchait un moyen de renier son épouse. Son désir pour Dolorès s’intensifiait et il leur devenait de plus en plus difficile de le nier... Le prince était à deux doigts de dévorer la sculpturale blonde, née de son sang. Il se contrôlait pour ne pas la violer comme le dernier des soudards.
Angélique de Fulda suivait les traces de Dame Isaure, elle avait repris son patronage des bonnes œuvres, orphelinats, soupes populaires. Le sort des enfants l’émouvait particulièrement et elle cousait manteaux, gants pour les bambins miséreux. Elle s’assurait sa place au paradis, à droite de Saint-Pierre. Pour rejoindre les hospices, elle montait une petite jument alezane. Nemours voulait toujours tuer la mère de Philippe, et il avait trouvé le moyen d’atteindre son but : elle ferait une chute de cheval mortel...
Le soir était tombé sur le château. Lazare se dirigeait vers les appartements de sa conjointe, ses propres parents baisaient, Aaron et Archie batifolaient dans un lupanar, ses sœurs – excepté, la plus âgée, Dolorès – dormaient.
Le prince héritier frappa un léger coup à la chambre d’Angélique et entra après un instant de battement. La jeune femme, vêtue d’une chemise de nuit épaisse et pudibonde, était couchée dans son lit et remonta la courtepointe jusqu’à son menton. Ce simple geste énervait Lazare, elle lui signifiait subtilement qu’elle n’avait pas envie de faire l’amour.
La nuit de noces s’était avérée compliquée : elle refusait de paraître nue devant son époux, elle avait accepté après deux paters et en se signant. Une bûche de bois était certainement plus coopérative qu’elle ! Angélique, croyante, exigeait d’accomplir le devoir conjugal en suivant le calendrier liturgique, et, donc, cela faisait beaucoup de jours, où elle était indisponible. 
Philippe dormait dans son berceau, son père s’approcha du refuge textile de sa mère. Il gronda et repoussa brusquement les couvertures en arrière.
 
— Je suis en deuil, Lazare.
— Angélique, vous êtes ma femme. Que croyez-vous que font ma mère et mon père, à cette seconde  ?
— Grand bien leur fasse, mais vos parents ont toujours agi à leur convenance, de façon païenne. Pas moi.
— Vous êtes une future reine, comportez-vous comme tel, riposta-t-il, acide.
 
Une future reine... Sa voix intérieure ricanait, même elle n’y croyait pas ! L’ennuyante Angélique aurait été parfaite pour une vie rassurante et monotone, dans un château médiocre de la province. La princesse frissonnait, de peur et de dégoût. Pour elle, les plaisirs de la chair n’en étaient pas. Elle écartait ses cuisses par dépit. Cette fois, elle prétextait le devoir de mémoire envers Isaure, pour le dissuader. Sans un mot, Lazare s’allongea sur elle et dénoua ses chausses. Il s’arrêta, sentant les tremblements.
 
— Chère épouse, voulez-vous donner des fils à la Couronne ?
— Si vous désirez des enfants, c’est différent. Je ne satisferais pas vos appétits grossiers.
 
Naturellement, elle suivait à la lettre les préceptes de l’Église, qui autorisait les rapports sexuels maritaux pour la reproduction.
Lazare retroussa la chainse féminine, et il introduisit son membre gonflé dans la matrice aride d’Angélique. Comme d’habitude, elle se mordait les lèvres, il posa ses mains sur sa poitrine. Elle sursauta. Énervé, il ahana, s’évertuait à dégeler sa femme, en vain. Son cocon était plus sec que le désert de Tartarie. C’était une véritable épreuve pour un homme aussi sensuel que lui. Au lieu de ces iris bleus, il voyait ceux d’un autre genre... incandescent et mystérieux.
Il se redressa, s’extirpa du vagin rugueux. Perplexe, elle le regardait.
 
— Lazare, vous ai-je froissé ?
— Angélique, nous sommes mariés, parents. J’aimerais que nous nous tutoyions, proposa-t-il.
— C’est inconvenant.
— Mes parents le font. Je suis sûr que ma mère ne s’excuse pas à chaque fois que mon père veut la posséder ! s’écria-t-il. Votre matrice est tellement abrasive que l’on pourrait y polir le manche d’un outil.
 
Furibond, il quitta brusquement l’alcôve d’Angélique. Un an à souffrir, attendre un rapprochement quelconque. Hélas, leurs caractères étaient trop différents : elle, dévote et prude, lui, passionné et concupiscent. Il pouvait retourner le problème dans tous les sens, il n’y avait qu’une solution, le divorce.
Il ne réintégrait pas ses quartiers, il était hanté par un prénom. Dolorès. Il n’hésita pas et la rejoignit. La princesse lisait un ouvrage à la bougie. C’était un luxe que la famille royale pouvait se permettre. Sa curiosité et son intelligence l’attiraient aussi – pas comme Angélique, qui se contentait de la bible.
 
— Lazare, dit-elle, posant le livre sur un coffre.
— Dolorès.
 
Ils se comprenaient, instinctivement, presque de façon surnaturelle. Toutes ces années, depuis leurs naissances respectives jusqu’à cet instant, les avait conduits l’un à l’autre. Le destin les liait : de rang égal, ils régneraient ensemble et fonderaient une famille.
Le prince s’assit au bord du lit, ses pieds s’enfonçant dans le tapis persan. Encore un détail qui différenciait Angélique de Dolorès, la première fustigeait ce qu’elle appelait « la mollesse orientale ». Il baissa le haut de la chainse, sa bouche suça les mamelons. Elle gémissait, vibrait. Elle planta ses ongles dans ses avant-bras.
Entreprenante, elle ouvrit ses chausses, glissa une main vers la colonne de chair. Elle le caressait, une secousse agitait le phallus. Le prince râlait de plaisir. Elle le consumait, l’embrasait ! La frustration ressentie avec Angélique se muait en désir incontrôlable : il s’étendit sur elle, la princesse s’activait à retirer la tunique de son frère. Il avait déjà ôté ses sandales d’intérieur. Lazare et Dolorès s’embrassaient, la coquine mordit même sa langue. Pour lui rendre la pareille, il pinça une pointe délicate.
Il déchira presque la chainse, et enfin, admira son corps. La lueur des lumignons éclairait le visage parfait, la somptueuse chevelure ambrée, la bouche pulpeuse, le ventre plat, les hanches en amphore. La princesse était conçue pour l’amour, jouir et donner la vie. Il quitta ses lèvres accueillantes pour titiller, lécher les bourgeons abricot. Il aimait les poitrines lourdes, son inconscient était attiré par une femme au physique de déesse gironde, synonyme de fécondité. 
Dolorès savait que cette nuit, elle deviendrait une femme. La fièvre de Lazare était évidente, il bandait déjà. Gourmande, elle effleura le gland masculin. Qu’il était beau ! Ses yeux d’onyx l’excitaient, son calice s’humidifiait. Elle ondulait ses hanches, prélude à la tempête. Il avait lutté, elle lui offrait sa récompense.
Les jambes s’introduisirent entre les cuisses de Dolorès, qui s’ouvrirent légèrement. Elle creusait ses reins dans le matelas. Il refusait de la faire souffrir, mais elle était plus courageuse que lui ; elle l’attira d’un coup sec, ainsi, le poignard pénétra la chair tendre. Lazare écarquilla les yeux, sa corolle d’amour s’avérait étroite, accueillante et aqueuse. Il découvrait une rose sensuelle, douce, indécente. Elle était son âme sœur, son âme sexuelle. 
L’hymen était rompu, elle tressaillit à peine sous la douleur. Il la marquait de son sceau. Elle noua ses jambes autour de ses reins, tandis qu'il se déchaîna. Il allait et venait rapidement, elle l’enserrait tel un serpent obsédant, lancinant. Elle l’avait envoûtée. Elle absorbait avec délice la longue épée, qui la limait.
Le miel tapissait ses parois, la volupté affluait. Ses neurones commençaient à perdre la tête ! L’organe viril déversa un venin liquoreux, une marée répandit ses flots tumultueux dans la rosace de nacre. Ils s’embrassaient brutalement, noyés dans un vertige inégalable. Lazare pilonnait Dolorès, possédé par une soif enragée. Des étoiles scintillaient dans les prunelles de la princesse. L’orgasme les saisissait, là, sur un rivage torride. Le paroxysme les unissait, frère et sœur maudits.
Lazare se retira, elle posa sa main sur son sein. Elle se pressait contre lui, tel un fauve indomptable. Elle avala les gouttes de sa cyprine. Une pellicule de sueur recouvrait son ventre, ses éminences arrondies. Il n’avait jamais autant joui ! Il avait pris la fleur de son aimée, elle faisait preuve d’une maîtrise exceptionnelle pour une pucelle. Dolorès s’était donnée à l’homme qu’elle attendait depuis cinq ans, et leurs ébats étaient extraordinaires. Lascive, elle désirait baiser avec lui, le plus souvent possible.
Ils reprenaient leur souffle, les amants savaient qu’ils avaient franchi le point de non-retour. La princesse n’était plus vierge, et aucun homme ne voudrait d’elle. Un enfant pourrait naître de cette étreinte.
 
— Je t’aime.
— Je t’aime, Lazare. Encore , réclama-t-elle.
— Tu es trop impatiente pour une vierge, Dolorès !
 
Il souffla sur les chandeliers, la chambre fut plongée dans l’obscurité. Lazare et Dolorès passèrent la nuit dans les bras l’un de l’autre. Ils avaient consommé leur amour. Leur destin s’accomplissait enfin.
 
*
 
Les yeux baissés de la jeune fille, sa pâleur... Elle cachait quelque chose. Le matin se levait sur la citadelle de Dorfblut et la reine croisait une servante, près de l’escalier. Elle tentait de dissimuler dans son dos un panier.
 
— Qu’as-tu ? Si tu es enceinte, je peux t’aider, dit Alizée. Réponds-moi !
— Votre Majesté, je vous en prie.
— Montre-moi le linge.
 
Tremblant, la lingère s’exécuta, Alizée fouilla et découvrit un drap souillé de sang.
 
— La princesse Dolorès... Elle...
 
Choquée, Alizée comprit les insinuations de la fille. Cette tache écarlate n’était pas issue des règles de la princesse. Elle avait reçu un homme dans sa chambre. Elle avait perdu sa virginité.
 
— As-tu vu un homme sortir de chez ma fille ? Dis la vérité ou je te renvoie !
— Pas moi. Ma cousine a vu le prince sortir à l’aube...
— Lequel ?
— Lazare, Votre Majesté.
 
Oh non, l’histoire se répète... Mes enfants s’accouplent, ma lignée donnera naissance à des débiles, des enfants chétifs ! Mère, c’est donc ce que tu as ressenti quand tu as appris que ton fils et ta fille s’envoyaient en l’air ? La souveraine exigea de la lingère son silence absolu sur la délicate situation. Quelques instants plus tard, Alizée, Richard, Lazare et Dolorès étaient réunis dans le cabinet de travail du roi. Le prince et la princesse se dévoraient du regard, incapables de nier leur désir commun. La fille d’Aaron Ier l’en avait informé, catastrophée, son frère s’était avéré ravi de ce rapprochement incestueux.
 
— Lazare, ce matin, une servante t’a vu sortir de la chambre de Dolorès.
— Richard, il a séduit sa sœur ! s’emporta Alizée.
— Laisse-moi parler. Soyons clairs, avez-vous fait l’amour, Dolorès, Lazare ?
 
Les nouveaux amants revendiquaient leur passion, leurs corps associés . Richard était fou de joie, ainsi, Lazare accomplissait son devoir en déflorant sa jeune sœur. Ils s’uniraient, perpétueraient la dynastie. Angélique sombrerait dans les limbes de l’oubli. C’était Dolorès que Richard avait toujours destinée à son aîné.
 
— Hier, c’était ta première fois, donc. Étais-tu consentante, Dolorès ?
— Père, je l’étais ! Depuis mes dix ans, j’attends ce moment.
 
La confidence arracha un hoquet de stupéfaction à Alizée. Sa fille était amoureuse de son fils depuis l’enfance, elle ne pourrait briser un sentiment aux racines aussi profondes. Richard souriait, il acceptait un mariage entre eux.
 
— Père, mère, j’ai promis à Dolorès de l’épouser. Un Sambourg tient toujours ses promesses.
— Je l’épouserai, lui donnerai des enfants, affirma Dolorès.
— Lazare, tu as une femme, Angélique ne mérite pas cette humiliation !
— Et moi ? s’écria le prince. Est-ce que je ne mérite pas une femme entreprenante, qui aime le sexe ? Angélique est plus froide qu’un glaçon !
— Calmez-vous. Alizée, ils ont consommé leur amour, notre fille ne pourra prétendre qu’à un mariage... uniquement avec son frère.
 
La reine secouait la tête, refusant ce destin de mère et belle-mère de ses propres enfants ! L’inceste devait rester une exception. Richard voulait l’instituer en règle.
 
— Je répudierai Angélique et j’élèverai mon fils.
— La Couronne versera une rente à Angélique de Fulda, et nous l’autoriserons à se remarier ou à prendre le voile, annonça Richard.
— Père, accorde-moi la main de Dolorès.
— Je t’accorde la main de ma fille. Félicitations, les jeunes !
 
Dolorès cria de joie, Lazare l’embrassa passionnément. Alizée, bouleversée, s’accrocha au rebord de la fenêtre. Ses pires craintes se réaliseraient. Son fils et sa fille se reproduiraient, encouragés par leur père. La reine savait déjà que sa Dolorès, aux courbes voluptueuses, serait fertile et donnerait de nombreux héritiers à son amant.
Soudain, Lydéric de Nemours pénétra dans la pièce, il salua les souverains.
 
— Votre Altesse Royale, un accident horrible est arrivé !
— Mon fils ? Philippe ?
— Mon prince, votre fils est indemne. Mais votre épouse, Son Altesse Royale, Angélique de Fulda a perdu la vie. Son cheval s’est cabré. Elle n’a pas survécu à la chute.
 
 
[1] Qui peut se déclarer des années après.
[2] Le terme de lesbienne découle de la poésie antique de Sappho, qui est née à Lesbos. (Source : WIKIPÉDIA)
[3] Statue funéraire représentant un personnage étendu. Saint-Denis, par exemple.

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