La femme au carnet
108 pages
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La femme au carnet , livre ebook

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Description

Une rupture douloureuse et un énième rendez-vous raté : il est temps pour Alba de faire le point sur sa vie.
Le bilan n’est pas réjouissant. Elle a toujours cherché l’approbation des autres et s’est perdue en cours de route.
Son ex petit-ami lui dictait même la couleur de ses cheveux ! Tout ça, c’est terminé. Derrière elle.


Elle va se reprendre en main. Et quoi de mieux pour ce nouveau départ que l’achat d’un carnet rouge pour écrire la liste de ses envies ?
À l’intérieur, quatorze objectifs pour être heureuse.


Or, dans la vie, rien ne se passe jamais comme prévu. Dans sa quête du bonheur, elle pourrait bien faire une rencontre inattendue...
Celle qui va tout changer.

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Informations

Publié par
Nombre de lectures 0
EAN13 9782378121853
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Premier jour
— Tu n’as pas besoin de lui ! Il ne sait pas ce qu’il perd ! Quand il s’en rendra compte, il sera trop tard, car toi, tu auras avancé. Ne pleure pas, il n’en vaut pas la peine.
Ça, c’était moi, Alba, l’année dernière presque jour pour jour. Sophie, ma meilleure amie venait de se faire larguer par son amoureux, et moi, en bonne copine, j’ai joué mon rôle à la perfection. Elles sont belles mes phrases toutes faites, pleines d’optimisme, j’en étais très fière à ce moment-là. Aujourd’hui, je dois avouer qu’elles me paraissent bien futiles.
Assise sur mon canapé blanc dans mon appartement, j’entends Patrick me raconter combien je suis superbe, combien il ne me mérite pas, et bien sûr, que tout est de sa faute. J’écoute celui qui est mon compagnon depuis trois ans, l’homme que j’aime profondément, celui avec qui je me voyais déjà marcher vers l’autel, me quitter.
— Le problème vient de moi, toi, tu n’as rien à te reprocher. Je sens que quelque chose m’échappe dans notre relation, mais ne t’en fais pas, tu es parfaite, dit Patrick en me fixant de ses yeux bleus.
Il s’assied en face de moi sur la table basse, il passe une main dans ses cheveux courts et blonds, il a l’air triste lui aussi, enfin, c’est ce que je crois.
— On a vécu une belle histoire, ne partons pas fâchés. On ne mérite pas ça, tu sais. Bien sûr, tu vas me manquer, je vais mettre du temps à me relever, mais c’est mieux pour nous deux.
Ses paroles me parviennent, mais elles ne font pas écho en moi, elles ne me touchent pas. Je dois certainement être sous « le choc ». Je suis abattue par son annonce, déconcertée par ses excuses. Après tout, j’ai compris la première phrase, celle où il dit que je suis géniale, mais qu’il ne veut plus de moi, ai-je besoin d’en apprendre plus ?
Ah tiens, il se lève ! Il doit avoir terminé son speech, il a l’air désolé, mais jouer la comédie, c’est un peu son fort. Patrick est un brillant commercial, il sait donner le change.
Il m’embrasse sur le front, comme si j’étais une enfant. Est-ce comme ça qu’il me voit ? Comme quelqu’un d’immature ? Il l’a peut-être dit, mais je n’ai retenu que des blablas et du vent…
La porte claque, et je reste là, recroquevillée sur mon canapé, j’ai l’impression que les briques rouges de mon salon rétrécissent. Je n’ai pas envie de bouger, de pleurer, de crier, ni de jeter ses affaires par la fenêtre... J’encaisse, c’est tout. Je me force à me lever, mes jambes tremblent, menacent de céder, mais je tiens bon. J’ai perdu mon pilier, celui que j’aimais et il va falloir l’accepter. Je tourne en rond, dehors la pluie a commencé à tomber. C’est bien, on est en accord elle et moi. J’ose un rapide coup d’œil au petit miroir doré suspendu au mur et rebrousse chemin aussitôt, mes grands yeux marron sont rouges de tristesse et mon sourire, qui me vaut généralement plus d’un compliment, n’est plus qu’un souvenir. J’attache mon carré méché de blond en une sorte de queue de cheval et retourne m’asseoir. Je ne lutte pas, et laisse ma peine déborder. Peu à peu, mon visage devient humide, mon tee-shirt autrefois blanc est taché de traînées sombres, je rabats mes genoux et pose mon menton sur eux, je tremble. Pourquoi est-il parti ? Je nous revois heureux et amoureux, ne pouvant nous passer l’un de l’autre, et aujourd’hui, il me demande de l’oublier pour toujours... J’ai mal comme jamais.
Il y a un an, je ne réalisais pas la peine de Sophie, ce mal-être, cette tristesse, j’ai dû me battre avec elle pour qu’elle accepte de sortir une semaine après que son ex l’ait quittée. L’idée qu’une rupture puisse la rendre aussi faible, elle qui d’ordinaire était si joyeuse, si pleine de vie, si forte, m’était inconcevable !
Aujourd’hui, je comprends.
Voilà un quart d’heure que mon Patrick – ou plutôt que mon ex-Patrick – a fui notre relation. Pendant ces minutes, bien trop longues à mon goût, j’ai eu le temps de faire le tour de ses petites manies. Alors oui, il ne range pas la moindre chaussette, il ne cuisine pas, il ne regarde pas de séries et il déteste la nourriture japonaise, mais, malgré cette farandole de points négatifs, ses qualités effacent tout d’une traite. Elles me font même oublier ses mauvaises plaisanteries sur Ally Mcbeal. Patrick, c’est la gentillesse, le cinéma, les musées et les parcs.
J’ai donc passé une minute à me remémorer ses insignifiants défauts, et les quatorze restantes à idolâtrer celui qui ne m’aime plus, à l’imaginer me disant que tout ceci n’était qu’une blague, que bien sûr, il ne peut pas se passer de moi. Comment le contraire serait-il, envisageable ? Je nous vois main dans la main, riant de cette très mauvaise farce, on déambule dans notre parc préféré, on s’embrasse tout en admirant les flamants roses.
Mes pensées, aussi naïves et utopiques soient-elles, sont à mon goût beaucoup plus attrayantes. Mais se perdre dans ses songes est impossible, voire même déconseillé, alors je me lève et décide de me changer les idées.
Je m’empare de la télécommande et allume la télé. Aucun des programmes proposés ne me plaît, je ne l’éteins pas pour autant, le bruit de fond me rassure et m’apaise. Je vais vers ma bibliothèque et saisis un livre au hasard, je l’ouvre au milieu et essaie de lire tous ces mots... En vain. Ma douleur me rappelle à l’ordre, de nouveau tout devient trouble et mon corps tremble.
C’est d’une amie dont j’ai besoin, d’une meilleure amie, elle seule peut me comprendre, et panser ma peine. Je débloque mon téléphone, non sans un sanglot supplémentaire à la vue de ma photo... Patrick qui me sourit. J’expire et appuie sur la touche « appeler ».
— Je pensais justement à toi et à notre future séance de shopp… Alba, tout va bien ?
— C’est Patrick, il... il... il m’a quittée, dis-je la voix tremblante, faisant attention à ne pas libérer toutes ces larmes qui ne demandent qu’à exploser.
— J’arrive, en attendant calme-toi, mange quelque chose, regarde un film, ouvre un magazine de mode, mais ne succombe pas. Je t’aime et Patrick ne te mérite pas.
Je ris à l’écoute de cette dernière phrase, au moins Sophie et mon ex-amour sont sur la même longueur d’onde aujourd’hui.
Comme promis, vingt minutes plus tard, ma meilleure amie grimpe les marches de mon immeuble et déboule dans mon salon, un sac de viennoiseries à la main. Elle est comme ça, Sophie, elle pense à tout.
— Raconte-moi ce qui s’est passé, me dit-elle en s’asseyant sur mon tapis gris, ses yeux verts braqués vers moi.
— Je ne m’y attendais pas ! Hier, on a dîné dehors, et il était normal. Je me sens si naïve, si bête de n’avoir rien compris ! Je n’arrive pas à lui en vouloir.
— Ça, c’est ce qu’on appelle le déni. Dans une petite semaine, tu auras tout oublié de lui.
— J’en doute.
Sophie a l’air agacée maintenant, je le sais, car elle tente en vain de lisser ses boucles rousses indomptables, c’est sa marque à elle.
— Tu viens de te faire larguer comme une pauvre chaussette, aucun de ses arguments n’est recevable. Laisse de côté sa peau, remémore-toi sa haine pour la série Friends  !
Je me vois dans ses yeux, m’entends dans ses paroles, me reconnais dans le ton de sa voix. Je lui ai dit toutes ces choses moi aussi, alors pourquoi je n’arrive pas à appliquer mes propres conseils ? À cause de la douleur, c’est certain.
— Tu vas avoir besoin de temps, je le sais mieux que personne, mais je ne compte pas t’abandonner dans ton appartement.
— Je n’ai pas envie de sortir ni de croiser nos amis et leurs questions. Je suis bien chez moi, en plus, tu apportes les croissants… Que demander de plus ?
— Même célibataire depuis peu, tu gardes ton sens de l’humour douteux, c’est un bon début ! Je t’accorde deux jours pour te morfondre. À partir du troisième, on attaque la phase du deuil de ta relation. Et comme il est à peine dix heures, le premier jour commence dès aujourd’hui, m’annonce Sophie en lissant sa belle robe noire à volants.
—  C’est bien trop court pour sortir la tête de l’eau, je serai incapable de sourire de nouveau d’ici là.
— Tu le pourras et le feras. Lui ne va pas se priver pour vivre sa nouvelle vie de célibataire ! Et puis, quand il va te croiser et voir le canon que tu es, crois-moi, il va regretter ses paroles qui ne valent pas un clou !
— J’ai deux jours alors, hein ?
— Quarante-huit heures rien que pour toi. Écoute du Céline Dion , regarde Bridget Jones, mange de la glace, du chocolat et des cookies, les trois en même temps si tu en as envie. Mais le troisième jour, sera celui de ta renaissance !
— Je n’en serai pas capable…
— Bien sûr que tu vas y arriver ! Nous sommes en congés, on n’a aucune copie à corriger, on n’a pas encore trente ans, c’est l’été les oiseaux chantent, et notre belle ville de Tours est merveilleuse en cette saison. Tout va bien se passer.
Elle n’a peut-être pas tort, j’ai toujours du mal à décrocher, mon métier me passionne ! Je m’étais mis en tête de travailler pendant les semaines à venir, de faire lire mes cours sur la Grèce antique pour mes sixièmes à Patrick… Je souffle un bon coup, et souris : le compte à rebours est lancé.
***
Le plus compliqué dans une rupture, surtout quand vous en êtes la victime, c’est la solitude. J’étais triste lorsque Sophie était avec moi, mais ses mots, sa présence pansaient, ne serait-ce qu’un peu, ma peine.
Pour l’heure, je me retrouve dans ma cuisine à fouiner dans mon placard pour trouver ma tablette de chocolat. Le moral est au plus bas, alors j’en prends deux. Après tout, personne ne va me juger ce soir.
Je donnerais tout pour voir son petit nez et sa bouche parfaite que j’ai tant de fois embrassée. Mais son absence me ramène à la réalité et ce trou béant et frais dans mon cœur me fait toujours souffrir. Et voilà que je pleure de plus belle.
Il faut que j’occupe mon esprit, je décide alors de visionner Coup de foudre à Nothing Hill. Julia Roberts sera mon amie pour cette première soirée de célibat. Je ne peux pas profiter de ce film dans ma chambre. Sans lui, ce n’est qu’une grande pièce sombre, agrémentée d’un lit froid dur comme de la pierre. Mon vieux canapé fera l’affaire pour cette nuit, et pour demain aussi…



Second jour
M a seconde journée de deuil s’annonce peu fructueuse. La nuit a été courte, triste, douloureuse. J’ai regardé à peu près cinquante fois mon téléphone, rêvant d’apercevoir son nom, en vain, bien entendu. En constatant mon écran vide encore et encore, j’ai l’impression qu’on remue le couteau dans la plaie.
Ma première erreur du jour est de relire tous nos échanges via la nouvelle technologie. Ce message datant d’à peine deux semaines me brise davantage :
[Mon amour, je rentre plus tôt ce soir. J’ai pensé à toi toute la journée, hâte d’être dans tes bras. Je t’aime   !]
Et pour finir, nos mails... Je n’ai eu la force d’en ouvrir qu’un seul, comme tous les autres celui-ci est banal, on s’envoyait souvent des notes ou encore des dossiers, mais toujours avec une touche romantique :
Mon cœur, tu trouveras en pièce jointe la facture d’électricité. À ce soir, Ton Patrick
PS  : Tu étais si belle dans ton jeans ce matin
Je ne sais pas trop pourquoi je m’inflige ce supplice, peut-être pour comprendre notre rupture, enfin sa rupture. Quatre mugs de thé plus tard, je n’ai pas de réponse, mais les larmes sont de retour. Patrick me laisse comme orpheline, ces mots si doux me touchent toujours en plein cœur malgré tout. Arriverais-je un jour à lui en vouloir ? Je suis consciente que je devrais chercher la force de lui pardonner, c’est peut-être la prochaine étape, peut-être que demain, je vais avoir une envie folle de lui crever les yeux, de lui crier ma colère ou peut-être que je l’aimerai.
La sonnerie de mon téléphone me sort de mes pensées, c’est Sophie.
[ Bonjour, ma Alba. Je n’ai pas voulu t’embêter trop tôt, je me suis dit que midi était une bonne heure pour t’écrire. Comment vas-tu ce matin   ? As-tu survécu à ta première nuit de célibat   ? N’oublie pas que tu es une femme forte, et que Patrick ne peut pas t’anéantir. Nous sommes au jour deux de ton deuil, tu as encore le droit de dormir et de pleurer. Je t’embrasse. ]
Sophie, c’est mon bonheur au quotidien, et je pense qu’elle ne sait pas à quel point elle me réconforte, je me sens moins seule.
En plus de me remonter le moral, elle me rappelle que je dois me nourrir. Cuisiner est hors de question, c’était quelque chose qu’on avait l’habitude de faire à deux. Mon gros pot de glace suffira bien à combler le vide. Je décide pour mon bien de ne plus toucher à mon téléphone, ma tablette ou encore mon ordinateur. Quand j’y pense, je dois faire peine à voir, moi qui étais très critique avant ma propre séparation, moi qui détestais ces femmes qui pleuraient indéfiniment leur ex ! Même pas une semaine s’est écoulée et je ne ressemble déjà plus à rien, mes cheveux mériteraient d’être lavés et mes joues, noires du mascara de la veille, feraient fuir le premier venu.
Je m’affale dans mon canapé, et lance le premier épisode de la série Desperate Housewives . Je me demande combien de saisons il est possible d’écouler en une après-midi complète et une partie de la soirée.
La réponse est trois.



Troisième jour
L e réveil est un peu trop matinal à mon goût, ce qui n’est pas le cas de ma meilleure amie. Mon écran affiche cinq appels en absence, elle est bien décidée à mettre un terme à ma tristesse.
Mon téléphone sonne une nouvelle fois, je réponds, prête à affronter ses mots.
— Il est à peine neuf heures. Ce sont les vacances scolaires, on n’a pas de copies à corriger, je me suis fait larguer, va te coucher !
— Hors de question ! Je viens de terminer mon second café, je suis habillée, maquillée, et je serai chez toi dans une heure. Maintenant, va prendre une douche, je peux te sentir d’ici !
— Puisque je n’ai pas mon mot à dire… à tout à l’heure !
— Super, et fais-toi belle.
Je souffle, exténuée par ces deux jours, et puis, je sais que je vais avoir besoin de passer par la case fond de teint, et même plus... Ça me déprime d’avance, mais mes cernes ne me laissent pas le choix. J’ai perdu dix minutes à râler et à penser à ma tenue, si je ne suis pas prête à temps, je suis bonne pour une leçon de morale.
Je prends une douche rapide, bien décidée à gagner du temps pour dompter mes cheveux et camoufler ma fatigue. Je m’attarde sur l’étape du maquillage, après tout prendre soin de moi ne fait pas de mal.
On frappe. J’enfile à toute hâte ma longue robe bleu marine, la pièce parfaite quand je veux être présentable en deux secondes ! Sans tarder, j’ouvre à Sophie.
— Quelle surprise ! Moi qui m’attendais à tomber sur un cadavre, me voilà face à une ravissante jeune fille tout apprêtée. Je suis impressionnée, constate Sophie en tournant autour de moi et en émettant des sifflements.
— Je pense que j’ai assez pleuré pour le reste de l’année, mes yeux sont encore douloureux de toutes ces larmes. Quel est le programme ? lui demandé-je en lui faisant signe d’arrêter son manège.
— On commence par un petit déjeuner en terrasse pour profiter du soleil, et puis on verra ! Ce sont les vacances, on va tâcher d’être heureuses.
C’est alléchant, je dois bien l’avouer, et je n’ai pas envie de la décevoir. Elle tient à chasser ma peine, et moi aussi je le souhaite. Mais je ne sais pas si je suis capable de l’oublier aujourd’hui, de prétendre que son absence était tout à fait normale.
— Allez, ça va le faire ! me rassure ma meilleure amie en m’attrapant la main.
Je souris. Il m’arrive d’avoir l’impression qu’elle peut lire dans mes pensées.
Le soleil me réchauffe la peau, et je regrette déjà mes deux jours d’enfermement. J’adore l’été, ces journées qui n’en finissent pas, les repas à toute heure qui durent encore et encore, la chaleur, ne plus avoir froid, et s’en plaindre. Je souris, et Sophie le voit. Elle est heureuse, je le sais, car l’année dernière, lors de sa rupture, c’était mon premier objectif.
Elle se décide enfin après quinze minutes de questionnement profond à choisir un restaurant. Quand la plupart des personnes jettent leur dévolu sur la terrasse la moins bondée, Sophie fait l’inverse. Elle se sent bien entourée par tous ces bruits, ces discussions entremêlées. Elle est comblée lorsqu’au détour d’une conversation, elle entend malgré elle un « je t’aime » un « je suis chanceux de t’avoir ».
L’incontournable et unique Place Plume du centre-ville de Tours rayonne ce matin, j’adore être au milieu de ces somptueuses maisons à colombages. Je ne connais pas de meilleur endroit pour déguster un verre au soleil.
— Croissant et thé ? me demande Sophie, le nez plongé dans la carte.
— Je ne tiens pas à changer nos habitudes !
Mon amie monopolise la conversation, elle sait que le silence est traître, il peut nous apaiser, nous faire du bien, mais il peut aussi être cruel et nous renvoyer nos malheurs en pleine face... Et ça, elle le refuse, alors elle me raconte tout et n’importe quoi. 
— La nuit dernière, j’ai regardé un film un peu trop romantique à mon goût, je n’ai même pas pu le terminer, t’imagines ? Oh, et je suis tombée sur cette nouvelle paire de sandales dans mon magazine, il me les faut absolument ! J’ai encore plus pensé à toi hier quand j’ai goûté le tofu goût herbes de Provence... Sérieusement, comment peux-tu manger ça ?
Mais à trop s’en faire pour moi, elle s’oublie. Sophie vit une belle histoire depuis huit mois maintenant. Avant la fin de la mienne, on passait des heures à parler de son idylle. J’apprécie son aide, mais quel genre d’amie je suis, si je ne m’intéresse pas à elle ? Son bonheur, c’est aussi le mien après tout.
— Nous avons discuté de beaucoup de choses, tu fais attention à moi, mais je ne suis pas en sucre. Comment va Jules ?
— Tu es sûre ? Je n’ai pas envie de te faire de peine.
— Je le sais, et je t’adore pour ça. Il me semble qu’il doit bientôt t’emmener en voyage ! Tu as plus d’informations ?
— Il a tout avoué hier, ce sera Venise ! Je suis impatiente, ça va être un séjour parfait. Mais j’y pense, je vais te laisser seule !
— Je suis une grande fille, je vais m’en sortir. Et puis, j’ai eu le temps de pleurer, maintenant je dois avancer.
— Très bien, et si tu le croises ? Parce que je sais que tu vas te promener dans ces parcs qu’il aime tant, que tu vas t’arrêter dans son café préféré, je te soupçonne même de prendre la mauvaise rue et d’atterrir devant la maison de sa mère !
— Je te fais la promesse de ne pas me torturer à ce point. Si malgré tout cette hypothèse se produit, eh bien, je lui dirai bonjour, et je ferai comme si j’étais heureuse.
— Quand tu le verras, tu ne feras pas semblant !
Je bois ses paroles, je veux croire à ce bonheur dans un futur proche. Après tout, je doute que Patrick pleure du matin au soir notre rupture, je l’imagine souriant, profitant de la vie, pendant que moi je... je suis moi. L’inconsolable, la trop émotive, celle qui a les yeux qui s’embrument au moindre souvenir.



Quatrième jour
J e me réveille dans mon canapé. Je n’ai pas encore trouvé la force de dormir dans mon grand lit froid malgré la superbe journée d’hier avec Sophie. Je regrette déjà sa présence, j’ai peur de succomber à la tentation des réseaux sociaux pour espionner mon ex, il n’y a que mon amie pour m’en dissuader. Je hais celle que je suis aujourd’hui, je déteste cette tristesse. Je compte bien redevenir celle que j’étais, que je respectais. Je veux de nouveau être joyeuse et penser à autre chose qu’à ses bras. Pour cela, il n’y a pas trente-six solutions, je dois me débarrasser de lui et de son souvenir.
Quand j’ai soumis par message l’idée à Sophie, elle a été ravie :
[ Virer son bazar ? Enfin ma journée prend une tournure agréable ! Je termine mon café et je suis là. ]
Moi, j’ai hâte de retrouver ma chambre, de découvrir ce que la vie me réserve sans lui. J’appréhende bien sûr, mais je dois le faire maintenant. Son empreinte est partout et mon bonheur trop loin.
En attendant Sophie, je me sers un bol de céréales sans oublier de me préparer un thé vert, et allume la télé. Ce matin, ce sera sur une série à l’eau de rose, ça suffira amplement à me tenir compagnie. Peut-être même que je vais y prendre goût ?
Une demi-heure plus tard, j’entends qu’on frappe. Je souris en ouvrant et en découvrant une Sophie plus belle que jamais.
— J’ai les croissants, les cafés et les sacs poubelle ! On va effacer son souvenir, Alba !
Lorsque je la vois radieuse comme à son habitude, un léger sentiment de honte me submerge. Un rien l’habille, au contraire de moi ! Mon pyjama short rose ne peut pas rivaliser avec sa superbe robe d’été fleurie. Et mes grands yeux marron ne font définitivement pas le poids devant son beau regard émeraude.
— Je suis contente que tu sois là.
— Pour le meilleur et pour le pire !
Mon appartement est loin d’être un palace, mais c’est comme s’ il était partout, et ça me donne l’impression de vivre dans un dix mètres carré. Sophie décide d’attaquer fort, et de débuter par la pièce qui me fait le plus peur : la chambre. Lieu que je rêve de récupérer parce que oui, mon petit canapé est confortable, mais mon dos me fait sentir qu’il veut mon super matelas, payé bien trop cher.
— De quel côté il dormait ? me demande-t-elle, pressée de commencer.
— Gauche. Il a oublié son oreiller d’ailleurs.
Avant que je puisse ajouter quoi que ce soit, Sophie l’a déjà attrapé et ne lui a laissé aucune chance. Ses vêtements si bien pliés dans l’armoire subissent eux aussi le même sort.
— À ton tour, jette ses affaires, fais-le partir d’ici !
Je marque un temps, ce n’est pas correct et ça ne me ressemble pas. Après tout il en a peut-être besoin de ses tee-shirts. Certes, je suis triste et je ne comprends pas son choix, mais ce sont ses habits quand même.
— Il n’a pas eu de remords à te larguer du jour au lendemain comme une vieille chaussette, alors ne fais pas de sentiments.
— Je vais finir par croire que tu peux lire dans les pensées.
— Non, je te connais juste trop bien. Laisse ta gentillesse de côté, au moins pour aujourd’hui...
Elle n’a pas tort, je me reprends et lance un franc :
— Donne-moi ce sac !
J’ouvre la commode et jette tout ce qui lui appartient : boxers, cravates et même les cadeaux qu’il m’a offerts, je regrette qu’il n’ait pas oublié plus d’affaires. S’ensuit un passage par la salle de bains : gel douche, brosse à dents… et pour terminer les photos en pagaille : les anniversaires, les Noëls, les week-ends… Je l’efface de ma vie.
Je prends conscience du mal qu’il m’a fait, et le déteste pour ça. Je n’ai pas eu de plainte avant l’expulsion, je ne suis pas tombée de haut, mais de cinquante étages. On ne peut pas arrêter d’aimer quelqu’un du jour au lendemain, on ne se lève pas un matin en pensant « aujourd’hui je n’ai plus de sentiments pour toi. » Pourtant, c’est ce qu’il a fait, sans sourciller, sans une larme.
À midi pétant, mon appartement est nettoyé de Patrick. Après un rapide coup d’œil dans mon frigo vide, Sophie décide qu’il est temps de commander des sushis, et de descendre au kiosque du coin pour acheter des magazines, pour rire, parfois se moquer et surtout se faire du bien et aussi créer des tonnes de wishlist .
— Merci, j’avais oublié combien un california roll peut panser n’importe quelle plaie, dis-je, la bouche pleine.
— Ça vaut mille fois toutes ces cochonneries que tu as pu avaler depuis ces trois derniers jours !
— C’est vrai, et puis ta présence change tout. Le silence et la solitude ont été un peu... compliqués. Je sais que je ne devrais pas parler de lui, mais quelque part, il me manque… Je le déteste de me faire autant souffrir, mais c’est comme ça.
— C’est normal, l’amour ne disparaît pas comme ça, même si pour certain c’est facile à faire. Tu vas avoir besoin de temps pour t’habituer à son absence, mais bientôt, dans un futur très proche, tu auras oublié jusqu’à son prénom. Elle me regarde avec de grands yeux avant de descendre du canapé pour s’installer sur le tapis de mon salon et reprend sa tirade.
— D’ailleurs, si j’en crois cet interview, me dit-elle en montrant un des magazines, et on sait très bien que les récits psycho de nos revues de mode sont très sérieux ! Pour guérir d’une peine de cœur, la solution la plus efficace est de remonter en selle le plus vite possible, dans le mois qui suit, c’est écrit là, tu vois ?
— Sans moi ! Je ne suis pas prête pour une autre relation, alors que l’ancienne est encore trop présente.
— Qui te parle de « relation » ? Tu peux sortir boire un verre et t’amuser !
— Très peu pour moi.
— Moi, je pense au contraire que c’est sérieux et plein de vérité. Tu n’as rien à perdre, et puis j’aimerais bien te voir joyeuse. Jules a un ami qui est célibataire et qui traîne sur les sites de rencontres, je vais vous organiser un rendez-vous ! clame-t-elle avec un grand sourire.
— Tu as raison, ça semble prometteur… Je passe mon tour !
— Penses-y, je le connais, c’est quelqu’un de plutôt sympa. Ce n’est pas un psychopathe, et ce sera l’histoire d’un dîner. Si ça ne fonctionne pas, si tu n’as pas au moins deux éclats de rire alors d’accord, on laisse tomber.
— Si je dis oui, tu arrêtes d’en parler ?
— Si tu acceptes, je tourne la page pour regarder les chaussures tendance du mois !
Je ne suis pas emballée, mais je dois bien avouer que je suis prête à tout essayer pour me sentir légère de nouveau, et puis après tout ce sera peut-être amusant, et ce jeune homme pourrait devenir un ami.
Comme promis, Sophie n’a plus abordé le sujet, mais je sais qu’elle est impatiente de téléphoner à cet inconnu. Jouer au « Cupidon » est quelque chose qu’elle aime faire, mais avec moi, c’est une première. Nous passons le reste de l’après-midi à commenter les divers articles des magazines, et les tenues qui y figurent parfois.
— Pour toi, c’est un haut ou un short ? me demande Sophie en pointant du doigt une photo.
— Je n’en suis pas certaine, à première vue ça ressemble à un top, mais c’est vrai que ces deux passants sur les côtés sèment le doute. Après tout, vu son prix, il peut faire les deux.
Elle rit et, dans un ultime gloussement, approuve ma théorie. Cette parenthèse me fait du bien, je suis reconnaissante envers Sophie pour son aide et sa présence. J’ai un peu l’impression qu’elle fait office de nounou en surveillant que je ne me déshydrate pas et que je ne fais pas de bêtises. Jules travaille beaucoup en ce moment, alors je culpabilise moins de la garder près de moi… Bon j’aurais aimé qu’elle reste une heure de plus, mais je me montre raisonnable et surtout j’ai le sens du partage.
— Je vais devoir te laisser, Jules et moi on dîne chez mes parents à vingt heures. Tu me téléphones si ça ne va pas, OK ?
— Ne t’en fais pas pour moi et dis bonjour à tout le monde de ma part.
— C’est promis, me répond Sophie en m’embrassant.
J’entends ses talons claquer dans l’escalier. Je ferme la porte et retourne à ma nouvelle vie de célibataire.
Je décide de terminer les sushis de ce midi et de retrouver une ancienne amie : Brooke Davis de la série One tree hill . Je prends le temps de me lamenter un peu : après tout je suis seule un vendredi soir, vêtue d’un jogging et d’un vieux tee-shirt maintenant taché de sauce soja. Demain sera un autre jour, en espérant qu’il brillera plus, premièrement parce que je vais me réveiller sans les affaires et photos de Patrick et secundo, car ce sera le cinquième jour et que je trouve que c’est un excellent chiffre pour aller de l’avant.
Une nouvelle fois, je m’endors sur mon canapé.



Cinquième jour
D oux et bleu, voilà comment commence ce nouveau jour. Je n’ai pas rêvé de Patrick, de ses bras et de ses mots, mais plutôt de mon futur radieux sans lui, et je souris en y pensant. Une si belle matinée se doit d’être exploitée à son maximum, hors de question de prendre mon premier repas toute seule dans ma cuisine. Rentrer dans ma chambre pour récupérer des vêtements n’est plus aussi pénible qu’hier, et ce sentiment accentue ma bonne humeur. Je me permets même de traîner, les lieux ne semblent plus si vides que ça sans son bazar, non, ils paraissent mieux.
J’aime cette pièce, elle n’est pas très volumineuse, mais l’exposition fait qu’elle est toujours lumineuse, ce qui la rend plus grande. Des cadres sont accrochés un peu partout, ainsi que des citations et des photos de fleurs. Ça donne, je trouve, plus d’âme. J’ai aussi opté pour des meubles en bois clair qui offrent un côté champêtre que j’adore.
Je m’apprête à envoyer un SMS à Sophie pour l’inviter à prendre son café avec moi, mais comme souvent, mon téléphone sonne avant le sien. J’ouvre son contenu.
[ Ma ...

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