La Foudre
153 pages
Français

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La Foudre , livre ebook

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Description

À 26 ans, Quinn vient d’apprendre qu’elle est atteinte d’une leucémie. Pour ne rien arranger, son fiancé la quitte. Elle qui leur avait prévu un voyage surprise pour leur remonter le moral...
Eh bien ! Tant pis ! Elle le fera seule, ce périple.


Mais le destin frappe encore en mettant N. sur sa route. Play-boy à l’allure de surfeur, il est aussi mystérieux qu’agaçant, et surtout dangereux. Depuis près de dix ans, N. travaille pour Edward Godesh, un milliardaire et criminel en col blanc.
Bref, N. n’a définitivement pas de temps pour « baby-sitter » une touriste bornée ; et un séducteur arrogant est la dernière chose dont Quinn ait besoin dans sa vie.



Pourtant, la foudre a frappé, chamboulant leurs vies et les entraînant vers des endroits et des sentiments inattendus.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 4
EAN13 9791034819218
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0060€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Au cœur des tornades

1 – La foudre
 
 
 
 
 
Gine Daniels
 
 
Au cœur des tornades
1 – La foudre
 
 
Couverture : Chloé S.
 
 
Publié dans la Collection Enaé
 
 

 
 
© Evidence Editions  2021

 
Mot de l’éditeur
 
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1

N.
 
 
 
— On n’est pas bien là ? s’enquit mon ami André de sa voix veloutée.
Les yeux clos derrière ses lunettes de soleil de marque, allongé sur un transat, il exposait sa peau d’ébène aux rayons. Cela faisait deux bonnes heures que nous reposions au bord des bassins du Caesars Palace. C’était l’un des terrains de jeux d’André et de ses concurrents, une vitrine où ils pouvaient dévoiler leur plastique de rêve pour appâter de nouvelles clientes. Je n’appartenais pas à leur monde et ma concurrence déloyale en agaçait plus d’un, mes muscles bronzés et ma courte crinière dorée rivalisant avec leurs physiques travaillés.
Trois jeunes femmes passèrent lentement devant nos transats en nous lançant des regards appréciateurs, un sourire gourmand dessiné sur leurs lèvres. Ces filles étaient à peine majeures, mais cela faisait partie de Vegas : elles étaient là pour s’amuser. Mais, contrairement à moi, André était un homme avec des valeurs. C’était une des raisons pour lesquelles nous étions amis depuis toutes ces années. Des valeurs, j’en avais aussi, mais moins que lui. Beaucoup avaient été perdues en cours de route, au fil des années. Par exemple, contre un peu de plaisir, je pouvais accepter de coucher avec elles. Ça se mariait parfaitement avec ma vie : pas de promesses, pas d’attaches, pas de temps à perdre, pas de blessés, pas besoin de réfléchir et pas de soucis.
En attendant, il fallait nous montrer plus désirables et les ignorer était la meilleure méthode pour y parvenir, nous le savions tous les deux. « Suis-moi, je te fuis ; fuis-moi, je te suis », songeai-je avec un sourire intérieur.
— Combien tu paries qu’elles reviendront te trouver pour leur vingt et unième anniversaire ? me moquai-je derrière mes lunettes de soleil.
— Même avant ça, avec une fausse pièce d’identité, renchérit mon compagnon en soupirant.
— Ça fait partie du jeu.
— J’ai sûrement une nièce de leur âge.
Son excuse bidon me poussa à lui répondre avec ironie :
— On en a tous une.
Cela m’attira aussitôt un regard réprobateur d’André par-dessus ses lunettes, mais mon sourire ne fit que s’élargir, nullement affecté.
— Tu sais ce que je veux dire.
Évidemment, mais je n’avais pas autant de scrupules qu’André. Il était un ange gracieux dans la ville du péché, alors que j’étais son contraire, l’incarnation parfaite de l’ange de la mort largement tatoué sur mon dos. Rien n’avait d’importance à mes yeux. Tout le monde était responsable de ses actions et chacun devrait en assumer les conséquences. C’était une leçon que j’avais apprise de bonne heure.
— Il vaut mieux que j’y aille, annonçai-je en me levant.
— N…
— J’ai du travail qui m’attend. On se voit plus tard.
Depuis des années, André avait la fâcheuse tendance de vouloir me ramener du côté lumineux, légal et honnête de la vie. Il ne voulait pas comprendre que j’étais très bien là où j’étais, dans l’ombre, toujours sur le fil du rasoir et ne sachant jamais de quoi demain serait fait. Je travaillais avec des gens dangereux, qui géraient les affaires criminelles de la ville et cela m’allait très bien. Ma vie était trépidante et j’assumais chacun de mes actes, chacune de mes décisions. J’étais un homme de main à la vie trépidante, qui pouvait tout s’autoriser ou presque.
En longeant l’un des grands bassins, je surpris les regards intéressés d’un groupe de jeunes femmes dans la piscine, pas vraiment étonnant, puisque je faisais de mon mieux pour toujours me faire remarquer. Pourquoi pas ? J’étais un beau gosse, grand, blond, le bronzage d’un surfeur australien et les muscles d’un mec qui s’entretient. J’avais toute la bonne combinaison, et ma chemise à manches courtes ouverte sur mes abdos et mes pectoraux tannés tranchaient parfaitement avec mon bermuda beige. D’humeur joueuse – comme d’habitude –, je tournai le dos au groupe dans la piscine pour saluer galamment un autre groupe de femmes d’âge mûr. Ignorant superbement les plus jeunes, je fais un baisemain aux seniors qui gloussèrent comme des midinettes.
Presque aussitôt, l’une des naïades derrière moi m’interpella :
— Hé, Apollon ! Hé !
Je continuai à faire semblant de ne pas les voir, ce qui sembla beaucoup plaire à mes interlocutrices. Finalement, je sentis de l’eau sur mes mollets, ce qui m’obligea à me retourner, après m’être excusé auprès du groupe de femmes plus âgées.
— Je peux vous aider ? demandai-je en me tournant vers le harem à mes pieds.
— Oui. Il faudrait que tu nous rejoignes dans l’eau.
— Ah… C’est dommage, mais je n’ai pas mon maillot de bain, répliquai-je non sans un sourire en coin.
— On s’en fout, s’exclama aussitôt l’une des filles.
Je contins mon sourire à l’intérieur, là où mon excitation pétillait à l’idée des délicieuses heures auxquelles je goûterai avec elles. En toute conscience, je m’accroupis au bord du bassin pour me montrer plus convaincant. Comme je l’avais prévu, plusieurs filles agrippèrent les pans de ma chemise et m’attirèrent dans l’eau. Je remontai rapidement à la surface parmi elles et, en un clin d’œil, je me retrouvai avec une fille à chaque bras, une autre contre moi, ses bras autour de mon cou et sa langue dans ma bouche. En sentant une autre se lover contre mon dos, j’entrevis une suite promettant d’être agréable.
J’entendis brusquement mon prénom. Et il ne s’agissait pas d’une voix de sirène. La suite me le confirma :
— Le patron veut te voir.
De justesse, je retins le soupir de frustration qui menaçait.
— Désolé, les filles, le devoir m’appelle, annonçai-je en m’échappant à regret.
Mes compagnes de jeu essayèrent de me retenir en gémissant, mais un devoir plus important à mes yeux m’attendait. Il y aurait d’autres filles et d’autres parties de jambes en l’air. L’homme qui me convoquait, n’était pas du genre à accepter un non ni de passer au second plan. Il me payait suffisamment pour exiger un service irréprochable et instantané.
— Comme d’habitude, tu ne t’ennuies pas.
Sa remarque me fit esquisser un sourire en coin avant que je ne lui réponde :
— Jamais !
Nous traversions le casino bouillant toujours d’énergie et résonnant de cris et de la musique des machines à sous et autres sonneries victorieuses. Des gens vivaient ici, dans ce genre d’endroit. Certains y travaillaient, certains venaient s’amuser, d’autres y cherchaient la fortune, la chance, l’occupation ou le défi. Jour après jour, chaque heure du jour et de la nuit, cet endroit ne se taisait jamais et j’adorais ça.
Depuis près de dix ans, Las Vegas était devenu mon terrain de jeu. Je m’étais fait à son rythme, son activité incessante, à la multitude de visages et de corps que je croisais par hasard chaque jour. Ici, les proies étaient faciles : hommes, femmes, vieux ou jeunes, chacun était là dans un but bien précis et pensait rarement aux risques. Ceux qui ne l’oubliaient pas recherchaient ce danger, acceptant plus ou moins les conséquences. Cela faisait partie de Vegas.
En habitué des lieux, je saluai l’un des agents de sécurité, qui parut à peine remarquer mes vêtements trempés.
— Comment tu fais pour attirer toutes ces filles, sapé comme tu l’es ? Moi, je porte un costard tous les jours et, pourtant, aucune femme ne me court après.
— Même en costume, tu as le mot criminel tatoué sur ton crâne dégarni, Lenny.
— Oh, c’est vrai, alors que, toi, tu as l’air d’un ange.
— On sait très bien tous les deux que je n’en suis pas un ; et ceux qui le croient comprennent rapidement qu’ils ont tort, lui accordai-je sans me démonter.
— Ça te rend bien pire que moi.
Son accusation me fit sourire avec une certaine fierté. J’avais travaillé dur pour devenir aussi redoutable.
Sur le parvis de l’hôtel, nous montâmes dans un petit SUV noir garé sur une zone de livraison. Lenny et moi étions des hommes avec qui il valait mieux ne pas s’embrouiller, et nous pouvions tout nous permettre, ou presque.
Mon acolyte s’engagea sur South Las Vegas Boulevard avant de remonter vers le nord. En cet après-midi banal, le soleil écrasait sa chaleur estivale sur la ville. Malgré tout, le Strip était bondé de jour comme de nuit et la circulation tournait légèrement au ralenti. C’était l’un des points négatifs, mais on s’y faisait à force.
— Tu sais pourquoi le patron veut me voir ?
— Tu rigoles ? Si c’était le cas, je ne m’occuperais pas de venir te chercher.
— Pas faux.
Le silence reprit sa place, refroidissant légèrement l’atmosphère. Je n’étais pas nerveux, je ne l’étais plus depuis bien longtemps. Mais notre patron était quelqu’un d’assez imprévisible et pouvait m’envoyer n’importe où, faire Dieu sait quoi.
En arrivant au pied d’un immeuble moderne, Lenny s’engouffra dans le parking souterrain dissimulé à sa base. Petit à petit, la ville se transformait et prenait des allures futuristes avec des bâtiments faits de verre et de métal. Ces derniers surplombaient Las Vegas, effleurant presque le ciel. C’était le jeu des promoteurs et des hommes d’affaires, construisant des immeubles toujours plus hauts et des appartements toujours plus luxueux. Mon patron en savait quelque chose, il occupait l’appartement-terrasse au sommet de celui-ci. Lenny se gara à un emplacement réservé dans ce parking uniquement occupé par des voitures identiques. Toutes appartenaient à Edward Godesh, un milliardaire, magnat des affaires, spécialiste en immobilier et philanthrope. Depuis plus de vingt ans, il avait jeté son dévolu sur Las Vegas et avait collaboré à sa transformation. Un homme simple malgré sa fortune et avec des valeurs. C’est pourquoi beaucoup de monde l’encourageait à entrer en politique et faire campagne pour devenir le prochain maire de Vegas ou gouverneur du Nevada. Mais Godesh s’en amusait et refusait humblement.
Il avait raison, il n’avait pas besoin de cela. Derrière son image d’homme avenant et tourné vers les autres, Edward Godesh chapeautait toutes les activités criminelles de la ville et son pouvoir dépassait largement les frontières de l’État. Sa réputation était aussi blanche que celle d’un saint et personne n’aurait pu soupçonner que ce gentil sexagénaire était en fait, un redoutable parrain. Tout le monde lui rendait des comptes : les gangs, les dealers, les macs, les voleurs, ainsi que des nantis implantés en politique, justice ou n’importe quel secteur d’activité… Personne n’y échappait.
L’ascenseur privé s’éleva jusqu’au dernier étage où les portes s’ouvrirent sur un gigantesque et luxueux hall. Les miroirs dorés, les meubles en bois précieux, les lustres en cristal, tout respirait l’oisiveté des propriétaires et aurait ébloui n’importe quel visiteur, mais pas moi. Trop bling-bling à mon goût.
Lenny me conduisit à la cuisine d’où s’échappaient du bruit et de délicieuses odeurs. En entrant, je ne fus pas surpris de trouver mon patron derrière les fourneaux, un tablier blanc légèrement taché pendu à son cou. Il m’accueillit en essuyant ses mains.
— Monsieur Hayes ! Vous arrivez à point nommé. Je viens de préparer l’un de mes fameux cocktails. Vous en voulez ?
— C’est le genre de choses que je ne refuse jamais, rétorquai-je en m’approchant.
Sur l’îlot central étaient regroupés les épluchures d’une multitude de légumes colorés et les outils utilisés par ce passionné de cuisine. Il me tendit un verre avec un breuvage alcoolisé que je savais déjà délicieux. J’avais déjà eu la chance de goûter à ses préparations et ça valait les plats proposés dans certains établissements chics de la ville. Ses rencontres avec de grands chefs l’ont encore aidé à s’améliorer.
— Alors ? s’enquit mon hôte.
— Excellent, comme toujours.
Ma réponse le fit rire, tandis qu’il retournait vérifier la cuisson de ses plats.
— Vous dites ça, parce que vous craignez ma réaction ?
— Non. Parce que vous en savez plus que moi sur la préparation de cocktails ou la cuisine. Vous composez et j’apprécie le résultat.
— Quel baratineur ! se moqua Godesh en secouant la tête.
— C’est en partie pourquoi vous me payez, non ?
À nouveau, mon patron esquissa un sourire et approuva :
— En partie. D’ailleurs, j’aurais besoin que vous convainquiez une personne qui s’acharne à me contrarier. Toutes les informations sont dans ce dossier, indiqua-t-il du bout de sa spatule.
Je remarquai un dossier sur la table dressée pour le déjeuner et allai le récupérer. En silence, je l’ouvris et le parcourus tranquillement :
— Un flic, hein ?
— C’est un jeune loup qui a tendance à mettre le nez dans mes affaires depuis quelque temps et ça commence à m’énerver.
— Vous pensez qu’il sait quelque chose ?
— Non, mais je n’ai aucune envie qu’il poursuive ses recherches à mon sujet. J’aime les chiens, Henry, mais seulement ceux que je peux dresser. Assurez-vous qu’il en fasse partie et qu’il rentre dans le moule.
— Littéralement ? demandai-je calmement.
J’avais posé la question comme s’il s’agissait d’un sujet anodin, et non de me débarrasser d’un policier. Mais ici et dans cet univers, ce genre de choses faisait partie de la routine et de mon quotidien.
— Pas encore. Laissons-lui une chance de se retirer du jeu.
— Je suppose que je dois m’en occuper le plus tôt possible ?
— En effet. Je n’aime pas voir ma vie examinée à la loupe.
Je me contentai d’acquiescer, tout en étudiant le profil du jeune officier dont je devais m’occuper. Barry Chow était un officier récemment promu détective. Originaire de New York, il avait été muté à Vegas quelques semaines plus tôt. Et il s’intéressait déjà à Edward Godesh ? Ce ne pouvait être une coïncidence.
— Vous restez déjeuner ? s’enquit mon patron comme si de rien n’était.
C’était tout lui, un mélange de danger recouvert d’une épaisse couche de sucre, du faux sucre qui, finalement, fait plus de mal à l’organisme que le vrai ; et une chose était sûre, Edward Godesh était mortel. Méticuleux, il ne fonçait jamais tête baissée, mais il arrivait toujours à ses fins.
— Merci, patron, mais je préfère me mettre tout de suite au travail.
— Comme vous voulez.
Avec un signe de tête, je lui annonçai avant de tourner les talons :
— Je vous tiens au courant dès que ce sera réglé.
Sans plus attendre, je revins sur mes pas jusqu’à l’ascenseur à côté duquel Lenny m’attendait. Il appuya sur le bouton d’appel et se tint à mes côtés devant les portes.
— Tu as besoin d’un chauffeur, on dirait ?
— Je peux aussi emprunter l’une des voitures du garage.
— N’y compte pas.
— Ah ! Je savais que tu m’aimais bien finalement, me moquai-je, alors que nous sortions dans le parking.
— Tu me fais seulement pitié.
— Impossible. Tu n’as aucune pitié.
Lenny esquissa un sourire avant de déverrouiller l’une des berlines noires et rutilantes. Il passa derrière le volant et je m’installai à l’arrière pour rester discret. Profitant du silence, je rouvris le dossier sur Barry Chow et me plongeai brièvement dans son histoire avant d’interroger mon chauffeur :
— Tu as déjà croisé ce flic ?
— Oui, c’est moi qui ai rapporté sa présence au patron. Je l’ai vu rôder à plusieurs reprises lors de déplacements officiels, et pas seulement à Vegas. Je l’avais déjà repéré à New York, mais, quand ce n’était que là-bas, je ne m’inquiétais pas vraiment. Je le considérais seulement comme un petit flic zélé qui cherchait à bien se faire voir.
— Il ne s’est jamais approché de Godesh ?
— Il n’est jamais venu lui parler, non.
— Et rien n’a été entrepris pour le détourner de son chemin ?
— Non, pas jusqu’à présent. Il faudra te montrer prudent et jouer intelligemment. Vu ses résultats à l’académie de police, ce gars a oublié d’être bête.
— Tout comme moi. Je sais ce que je dois faire, je te signale.
— J’espère. Parce que si tu te plantais, cela compliquerait encore la situation et on n’a pas besoin de ça.
— Aie un peu confiance en moi, Lenny.
— C’est un luxe que je ne peux me permettre, répondit-il d’un ton grave.
— Dans ce cas, tu devras faire une exception.
Je relevai la tête et regardai par la fenêtre. Nous redescendions vers le Strip et atteignîmes le quartier bondé de touristes où je pourrais me noyer dans la masse.
— Tourne au prochain carrefour, je vais descendre là.
Lenny ne discuta pas. Sans un mot, il obtempéra calmement avant d’arrêter la voiture. Chacun concentré sur sa tâche, nous nous quittâmes en silence. J’avais du pain sur la planche, mais c’était l’une des parties que je préférais. Je devais en apprendre davantage sur ce détective Chow et découvrir la bonne stratégie pour le mettre hors circuit.
Je retournai au Caesars Palace et récupérai ma Jeep grise couverte de poussière du désert. « Un jour, je prendrai peut-être le temps de la nettoyer un peu », songeai-je en m’installant derrière le volant. Mais, dans l’immédiat, je pris la direction du commissariat principal afin d’entamer l’observation du grain de sable qui dérangeait mon patron.
 
 
 
 
2

QUINN
 
 
 
La nouvelle me laissa sans voix. C’était un nouveau coup de massue et Jérôme avait beau me répéter qu’il était désolé, j’étais de moins en moins convaincue. « C’est une blague », me répétai-je en boucle, alors qu’il poursuivait son monologue. Incapable de parler, je l’écoutais à peine, encore sonnée par le sujet de son monologue : « Je te quitte. »
Je venais de rentrer d’une session de courses, lorsque je l’avais découvert dans ma cuisine. Assis sur une chaise, encore dans son uniforme de gendarme, il avait la tête baissée, visiblement préoccupé.
Je m’étais aussitôt inquiétée en venant jusqu’à lui.
— Hé ! Tout va bien ? Mon cœur, avais-je ajouté en prenant son visage dans mes mains.
Aussitôt, il s’était levé et écarté, échappant en même temps au contact de mes mains.
— Jérôme, que se passe-t-il ?
Il me tournait le dos et j’aurais dû comprendre de moi-même, apercevoir plus tôt les valises près de la porte. « Qu’est-ce que ça aurait changé ? Ça n’aurait pas fait moins mal ! » fit remarquer une voix sarcastique dans ma tête.
En tendant l’oreille, j’entendais mon fiancé déblatérer sur les raisons de son départ et de notre rupture. Il n’était même pas original, c’était toujours les mêmes qu’on entendait partout. Pas de « je ne t’aime plus », mais des « ce n’est pas toi, c’est moi », « je ne me sens pas la force de continuer ». Évidemment, là encore, il m’assura qu’il n’y avait personne d’autre. Bref, ce n’était la faute de personne…
Et, bien sûr, cela n’avait rien à voir avec l’annonce de mon cancer.
À vingt-six ans, je venais d’apprendre que j’étais atteinte d’une leucémie myéloïde chronique. Celle-ci avait été découverte de bonne heure, mais ce cancer allait demander un traitement de choc, peut-être une intervention chirurgicale. Dans tous les cas, la récupération serait longue et difficile. « Si je m’en sors », songeai-je avec une montagne de doutes à l’esprit. Finalement, la décision de Jérôme n’était peut-être pas surprenante.
— Désolé, mais non, ce n’est pas une raison valable, se rebella Mike, mon frère, en se resservant un verre de vin.
Après l’annonce de notre rupture, j’avais dû prendre sur moi pour assurer la fermeture du café. Même si ne rien montrer n’avait pas été des plus aisés, j’avais ressenti le besoin de me jeter dans le travail. Mais à ma grande surprise, j’avais découvert mon frère et ma meilleure amie, Gaëlle, sur le seuil de ma porte, alors que je baissais le rideau. Sans un mot, juste en levant la bouteille de vin en leur possession, ils me saluèrent. Leurs moues désolées s’ajoutèrent à ma déduction.
— Il nous a prévenus, annonça Gaëlle en venant me prendre dans ses bras.
— Comme quoi, ce n’est pas un enfoiré fini, marmonna Mike en nous dépassant.
Après que nous nous étions installés sur les canapés qui trônaient dans un coin de mon café, mon frère avait débouché la bouteille pendant que je sortais les verres. Contrairement à eux, je n’avais pas touché au mien, pas parce que cela m’était interdit, mais simplement parce que je ne pouvais avaler quoi que ce soit. J’étais bloquée à « je te quitte » et l’information n’était toujours pas digérée.
— On devait se marier dans moins de trois mois, murmurai-je, pensive.
— Visiblement, tu es mieux sans lui, rétorqua mon amie. Il valait mieux qu’il te lâche maintenant que devant l’autel ou juste après.
Comme je ne répondais pas, elle chercha mon regard et demanda :
— Tu ne vas pas me dire que tu aurais préféré qu’il reste avec toi, malgré ses doutes et ses craintes ?
— C’est normal d’en avoir, concédai-je, avec une part de ressentiments. Je peux le comprendre. Moi aussi, j’en ai !
— Peut-être, mais, lui, c’est un homme, répliqua Gaëlle.
— Hé ! l’interrompit mon frère. Je suis un mec moi aussi, je te signale et je suis là. Je ne compte certainement pas me défiler.
— Tu sais très bien que c’est différent.
— Gaëlle a raison, reconnus-je finalement. Si Jérôme et moi nous étions mariés, cela aurait signifié être uni « pour le meilleur et pour le pire, dans la santé comme dans la maladie… » Jérôme se serait senti contraint de prendre soin de moi. Ça l’aurait tué de ne pas être là pour moi autant qu’il le voulait. Il n’aurait pas eu la conscience tranquille et, en tant que gendarme, cela aurait pu lui porter préjudice.
— Alors quoi ? Tu vas accepter sa décision ? s’insurgea Mike.
— Je n’ai pas vraiment le choix.
— Tu ne vas pas essayer de le récupérer ? Peut-être qu’en lui parlant…, commença son amie.
— À quoi bon ? Je connais Jérôme, il n’a pas pris cette décision à la légère.
— Qu’est-ce que tu en sais ?
— Mike, je sors avec lui depuis plus de six ans et nous allions nous marier, je te le rappelle, je le connais sur le bout des doigts. Il m’aime et je l’aime… Mais je ne lui demanderai pas de revenir. Je ne veux pas lui imposer ce fardeau et je préfère le savoir concentré sur son travail et sa vie plutôt que sur moi. Il est préférable qu’il se détache de moi.
Mike et Gaëlle me connaissaient suffisamment pour savoir que ma décision était prise, aussi difficile cette tâche soit-elle. Ils se contentèrent de soupirer en plongeant le nez dans leur verre. Un silence de plus en plus gêné s’installa dans le café et, pour l’alléger, je ne pus m’empêcher de lancer avec un sourire maladroit :
— Dommage qu’il n’ait pas rompu plus tôt, ça m’aurait permis de faire des économies.
— Comment ça ?
— Après l’annonce de mon… « état », j’ai décidé de nous prendre des billets d’avion pour l’étranger. Je me disais que cela nous ferait du bien après cette découverte. Dommage, ça m’aurait plu de voir tout ça et de changer d’air.
Ma tentative pour améliorer l’ambiance sembla peu à peu se transformer en échec. À mesure que les secondes s’écoulaient, je voyais le malaise de mes compagnons s’intensifier et me contaminer. C’était peut-être inévitable, le fait de sombrer après une accumulation de mauvaises nouvelles.
— Tu devrais le faire, intervint Mike avec un certain enthousiasme. Pas avec lui, évidemment, mais je pense que partir quelques jours te ferait du bien. Tu ne sais pas quand cette occasion se présentera à nouveau.
« Ou plutôt, SI elle se représentera », pensai-je, rongée par mes doutes et mes craintes. Pourtant, un problème de taille me faisait encore reculer.
— Je ne me vois pas y aller toute seule, grimaçai-je en secouant la tête. Vous ne voudriez pas vous joindre à moi ? Je suis sûre qu’on s’éclaterait comme des fous.
— C’est sûr, mais on est à court de personnel en ce moment et on ne peut pas non plus se permettre de fermer la boulangerie, intervint Gaëlle avec une mine contrite.
— On adorerait venir avec toi, Quinny, renchérit Mike, visiblement désolé.
— Je sais…
— Tu n’es pas obligée de prendre une décision immédiatement, mais tu peux au moins y réfléchir, la nuit porte conseil, m’encouragea mon amie avec une expression rassurante.
— D’accord… En attendant, est-ce que l’on pourrait changer de sujet ?
Après un démarrage compliqué et timide, Gaëlle et Mike se montrèrent aussi bavards et enthousiastes que d’habitude, l’alcool aidant au fil des heures. Mon frère et ma meilleure amie s’étaient associés quelques années plus tôt pour reprendre la boulangerie du village, situé en face de mon café-épicerie. À eux deux, ils formaient un duo de choc et l’expérience renforçait leur amitié, malgré leurs chamailleries qui me faisaient toujours sourire.
Mais cette fois, ils revinrent à notre discussion initiale et demandèrent :
— Allez, dis-nous où tu avais prévu d’aller avec Jérôme. Moi, je parie pour Venise ou Ibiza ! chantonna joyeusement ma meilleure amie.
— Pourquoi pas le pôle Nord, pendant que tu y es ? ironisa mon frère. Non, moi, je pencherais plutôt pour l’Afrique, un safari au Kenya ou l’Inde avec ses palais des maharadjas. Ou non, tiens ! La Thaïlande avec ses plages magnifiques. T’imagines ? Tu croises Leonardo DiCaprio là-bas…
— C’était un film ! lui reprocha son associée.
— Peut-être, mais ça existe, les sosies !
— Mais bien sûr ! D’ailleurs, j’ai croisé celui de Guillaume Canet la dernière fois où je suis allée chez le médecin. Oh ! Et celui de George Clooney, chez le poissonnier.
— Très drôle, ronchonna Mike.
— Bon, si tu te taisais, ta sœur pourrait nous dire où elle avait prévu d’emmener son chéri.
— « Ex-chéri », rectifiai-je...

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