La rédemption du loup
125 pages
Français

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Description

Alyson est une jeune institutrice de maternelle. Tout va bien pour la jeune femme jusqu’au jour où une nouvelle élève intègre sa classe. Il s’agit de la nièce du chef de la Communauté, et le moins qu’on puisse dire, c’est que le courant ne passe pas du tout entre elle et Kellen Wolfang. D’autant plus qu’elle en est persuadée, il a quelque chose à cacher.



Et lorsqu’elle se retrouve prise malgré elle entre les griffes de ce chef de meute, elle n’imagine pas une seconde que son avenir est sur le point de basculer.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 8
EAN13 9782819106036
Langue Français
Poids de l'ouvrage 4 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Aurélie Lavallée
 
 
La Rédemption du loup 1
Les loups de Wolfang
 
Du même auteur aux Editions Sharon Kena
Un passé à effacer (avec Pierrette Lavallée)
Black Devils tome 1 à 2 (avec Pierrette Lavallée)
 
 
 
« Le Code de la propriété intellectuelle et artistique n’autorisant, aux termes des alinéas 2 et 3 de l’article L.122-5, d’une part, que les « copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective » et, d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illustration, « toute représentation ou reproduction intégrale, ou partielle, faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite » (alinéa 1er de l’article L. 122-4). « Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles 425 et suivants du Code pénal. »
 
 
© 2020 Les Editions Sharon Kena
www.leseditionssharonkena.com
Remerciements
Je tiens à remercier ma famille qui est toujours présente pour m’épauler. Petite pensée toute particulière à maman sans laquelle je ne serais pas ce que je suis aujourd’hui. Je t’aime !
Je remercie également Cyrielle et les éditions Sharon Kena de me permettre de faire vivre mon bébé.
J’espère que vous, lecteurs, apprécierez votre lecture et que vous prendrez plaisir à plonger dans l’univers des Wolfang.
Table des matières
Du même auteur aux Editions Sharon Kena
Remerciements
CHAPITRE 1
CHAPITRE 2
CHAPITRE 3
CHAPITRE 4
CHAPITRE 5
CHAPITRE 6
CHAPITRE 7
CHAPITRE 8
CHAPITRE 9
CHAPITRE 10
CHAPITRE 11
CHAPITRE 12
CHAPITRE 13
CHAPITRE 14
CHAPITRE 15
CHAPITRE 16
CHAPITRE 17
CHAPITRE 18
CHAPITRE 19
CHAPITRE 20
CHAPITRE 21
CHAPITRE 22
CHAPITRE 23
CHAPITRE 24
CHAPITRE 25
CHAPITRE 26
ÉPILOGUE
CHAPITRE 1
Ils étaient là ; ils la poursuivaient. Elle avait beau courir de toutes ses forces, elle ne parvenait pas à les distancer. Elle percevait leurs regards écarlates posés sur elle, elle sentait leurs odeurs sauvages, bestiales. Elle trébucha et se redressa avec peine. Ses pieds étaient en sang, elle avait conscience qu’elle les attirait d’autant plus, mais elle ne pouvait rien y faire.
Leurs souffles se firent soudain moins audibles. Elle aurait pu croire qu’ils avaient perdu sa trace, mais elle savait que c’était un piège. Ils jouaient avec elle.
C’étaient des chasseurs.
Elle était la proie.
Elle parcourut encore quelques mètres avant de se laisser tomber. Elle n’avait plus aucun désir de fuir, elle se savait perdue, alors à quoi bon lutter ? À quatre pattes, elle se traîna jusqu’à un arbre auquel elle s’adossa. En moins d’une minute, ils furent sur elle. Leurs grondements la laissèrent tremblante, mais le pire c’étaient leurs yeux, des yeux d’un rouge rubis qui étincelaient dans la noirceur de la nuit.
Elle ne pouvait plus bouger, elle était encerclée. L’un d’eux se fit plus pressant, il posa ses deux pattes avant sur ses cuisses et lui renifla le visage, toujours en grondant. Un filet de bave coula sur sa poitrine... Elle ressentit une brûlure intense à l’endroit de la coulure, comme si elle venait d’être brûlée à l’acide et elle ne put retenir un cri de douleur. Elle regarda la bête qui se trouvait sur ses genoux. Il en fit de même, un « sourire » se lisait sur son visage. Il recula d’un pas et se mit à hurler à la lune. Un de ses congénères lui répondit ; puis un autre, et encore un autre. Quelques secondes plus tard ce fut un concert de hurlements qui agressa ses oreilles. Elle ne put s’empêcher d’y plaquer ses paumes. Son cœur battait de plus en plus fort, elle savait qu’il ne lui restait plus que quelques minutes à vivre. Les clameurs effroyables cessèrent laissant place à un silence menaçant, glacial… et ils attaquèrent.
 
Alyson se réveilla en hurlant, le cœur battant à tout rompre. Elle chercha à tâtons l’interrupteur de sa lampe et se hâta d’allumer la lumière. Ses mains tremblantes parcoururent son corps à la recherche de morsures, de griffures. Elle avait senti leurs crocs s’enfoncer profondément dans sa chair, celle de ses cuisses, de ses bras...
Elle poussa un gémissement pathétique et se leva de son lit après un regard à son radio réveil qui lui indiquait 5 h 06. Elle fourragea nerveusement dans sa longue chevelure et ne put retenir un cri de douleur lorsque ses doigts rencontrèrent un nœud. Elle savait qu’elle ne réussirait pas à se rendormir. Son cauchemar revenait régulièrement depuis quelques années, mais ces dernières semaines, il la réveillait dans cet état proche de la panique, pratiquement toutes les nuits. Elle commençait à ressentir le manque de sommeil, mais il lui fallait tenir le coup encore quelques jours. Cinq pour être précis. Elle serait en congés à la fin de la semaine ! Les vacances de printemps seraient pour elle l’occasion de se reposer ; enfin, elle l’espérait !
Elle se dirigea vers la salle de bains et, sans même allumer le plafonnier, se déshabilla et plongea sous la douche. Elle laissa l’eau ruisseler le long de son corps, emportant les restes de son horrible rêve.
De retour dans sa chambre, elle s’habilla, ouvrit les fenêtres, les volets et respira le bon air frais. Une odeur de lilas se mélangeait à celle plus appétissante du pain chaud ! Alyson adorait sa demeure. Située un peu à l’écart, au sommet d’une petite côte, dans un village du nom de Wattmer ; elle était peut-être un peu grande pour elle, mais elle avait l’avantage d’être à quelques kilomètres seulement de son travail. De l’endroit où elle se tenait, Alyson avait une vue imprenable sur la commune en contrebas. Elle n’avait aucun voisin aux alentours, mais ça ne gênait pas la jeune femme qui aimait son indépendance et sa tranquillité. Depuis l’arrière de la maison, l’horizon était encore plus époustouflant : d’immenses collines se dressaient, mélangeant leurs différentes teintes verdâtres, aux fleurs des champs et aux plantes médicinales que les paysans cultivaient pour la phytothérapie. Ces monts offraient au panorama un patchwork de couleurs et de senteurs qu’Alyson percevait dès que l’air entrait dans la pièce.
La première boutique à l’entrée de la ville était la boulangerie du Moulin. La farine utilisée était fabriquée dans l’un des derniers moulins encore en activité de la région. Situé un peu plus au nord de la ville, Marc, le meunier, ne travaillait qu’avec des matières premières venant des champs alentour. Deux établissements concurrents étaient disséminés sur la commune, mais ces derniers ne vendaient que des aliments industriels. Alyson était une adepte des produits frais et avait poussé la porte de la boulangerie du Moulin plus par curiosité que par réelle nécessité ; toutefois, elle avait aussitôt été conquise par la chaleur qui se dégageait des lieux et depuis, c’était devenue « sa boulangerie ».
Les yeux fermés, humant les doux parfums qui se mêlaient, Alyson imagina Pierre, le boulanger, mettant à la cuisson sa deuxième fournée de la journée, et ne put résister. Elle savait qu’il était trop tôt pour que ça soit ouvert, mais Pierre et ses apprentis seraient heureux de lui faire cadeau du premier petit pain au chocolat.
Elle entrebâilla la fenêtre, se précipita dans les escaliers, attrapa sa veste qu’elle avait laissée sur le divan et, claquant la porte derrière elle, descendit tranquillement la colline. On était encore au mois de mars et un petit vent piquant vint fouetter le visage d’Alyson. Ça ne faisait que quelques minutes qu’elle était sortie de chez elle, mais elle ne put retenir un frisson dû à l’air vivifiant qui s’engouffrait sous son vêtement. Cependant, bien vite, les odeurs de pain chaud lui réchauffèrent le cœur. Elle jeta un regard à la devanture de la boutique avant de se diriger vers l’arrière du bâtiment. En habituée, elle frappa un coup sec contre le battant qui s’ouvrit sur l’un des néophytes de Pierre.
– Salut, Greg ! Le patron est là ? s’exclama-t-elle.
Elle adressa un sourire éblouissant à cet ado d’une quinzaine d’années qui faisait son apprentissage depuis un an déjà, mais, de toute évidence, il n’était pas à prendre avec des pincettes.
– Où veux-tu qu’il soit ? râla-t-il. Tu connais le chemin…
Sur ces mots, il la laissa sur le pas de la porte et retourna à la décoration des gâteaux.
– Il me semblait bien avoir entendu ta voix ! Qu’est-ce que tu fais debout si tôt ? s’inquiéta aussitôt le boulanger.
Il serra la jeune femme contre son large torse sans même se soucier de la farine qui maculait son tablier.
– Un cauchemar m’a réveillée, avoua Alyson en lui retournant son étreinte, et l’odeur de pain chaud m’a guidée jusqu’ici. 
– Viens, j’allais justement faire une pause. Un petit café et une viennoiserie, ça te tente ? la taquina-t-il en lui décrochant un clin d’œil.
– Toi, tu sais parler aux femmes.
– N’en dis rien à Walter, il pourrait penser que j’ai viré de bord.
Alyson éclata de rire. Walter et Pierre étaient en couple depuis près de dix ans et avaient ouvert la boulangerie ensemble. Pierre, plus solitaire, s’occupait de la fabrication tandis que Walter, lui, était plus à l’aise dans la vente. La première fois que la jeune femme était entrée dans la boulangerie, elle les avait trouvés enlacés et s’embrassant tendrement. Ils s’étaient vite séparés, un peu honteux de s’être laissés surprendre, mais Alyson n’avait pu s’empêcher de leur sourire en leur disant : «  Je comprends pourquoi j’étais attirée par ici ! Outre cette bonne senteur, les lieux et leurs propriétaires dégagent une douce impression de chaleur . » La glace était rompue ; et si Alyson préférait Pierre, plus calme et plus pondéré, lorsqu’elle passait la soirée avec eux, elle aimait le côté déjanté de Walter, ainsi que son sens de l’humour.
– Bon alors, tu me racontes, l’incita Pierre, sortant Alyson de ses pensées.
– Toujours la même chose, je dois être plus fatiguée que je ne le pense, admit-elle devant son ami.
– Il n’est même pas six heures, la gronda-t-il en secouant la tête. À quelle heure t’es-tu couchée ?
– Je n’ai pas réussi à m’endormir avant minuit et demi, une heure du matin, lui répondit-elle en se mordillant la lèvre inférieure.
– Al, soupira Pierre, comment veux-tu tenir le choc en ne dormant que 5 heures par nuit ?
– Je n’y suis pour rien, moi !
– Je ne comprends pas comment tu parviens encore à rester debout. Entre l’entretien de la maison, du jardin, ton travail d’instit, sans compter les coups de main que tu donnes à droite et à gauche, comment fais-tu pour tenir ?
– En pensant que dès mon réveil, mon boulanger favori aura préparé un bon petit-déjeuner ! ironisa-t-elle en plongeant son croissant dans son bol de café au lait.
– Alyson, tu es désespérante.
– Je préfère changer de conversation. Peux-tu me dire ce qui se passe avec Greg ce matin ? Il est d’une humeur de dogue.
– Je ne sais pas. Il est comme ça depuis que cette fille est entrée dans la boutique.
– La fille ? Quelle fille ? J’ai loupé un épisode ? s’enquit Alyson entre deux bouchées.
– Il y a environ une semaine, une jeune fille s’est pointée ici, quatorze, quinze ans tout au plus. Elle voulait savoir si elle pouvait passer quelques jours en observation à la boulangerie.
– Il me semble que ce sont des stages obligatoires au niveau du collège pour les troisièmes.
– Oui, c’est ça, lui confirma Pierre. Tu me connais, ça ne me dérange pas de prendre des stagiaires ; les endroits qui les acceptent ne courent pas les rues à Wattmer, mais au moment où j’allais accepter, ce petit con s’est pointé en piquant une crise parce que la demoiselle viendrait de là-haut.
Pierre indiqua d’un signe de tête à Alyson la grande colline derrière chez elle et poursuivit.
– Et avant que je n’aie eu le temps de la retenir, la miss s’est fait la belle !
– Elle venait de la Communauté  ? l’interrogea Alyson, étonnée. Pourtant, leurs enfants ne sont pas scolarisés, je me trompe ?
– Non, c’est ça qui est étrange, avoua Pierre en fourrageant dans ses cheveux. Si elle ne va pas à l’école, qu’est-ce qu’elle est venue faire ici ?
– Te voilà face à un mystère, mon ami, mais ça n’explique pas le comportement de Greg.
– Moi non plus, je ne comprends pas ! À moins que…
– Crache le morceau, Pierre, à quoi penses-tu ?
– À moins qu’il ne connaissait cette jeune personne avant qu’elle ne mette un pied dans la boulangerie.
– Dans ce cas, pourquoi lui refuser sa chance ?
– Je ne sais pas, peut-être qu’il est au courant qu’elle n’est pas fiable, soupira Pierre. En tout cas, c’est encore un mystère de plus concernant cet endroit.
Ils restèrent silencieux un moment, jusqu’à ce que Pierre n’avale son café d’un trait et se lève.
– Bon, ne fais pas attention, il faut que j’y retourne, la deuxième fournée ne va pas se mettre en route toute seule !
– Tu as raison, admit-elle en se levant à son tour tout en époussetant son tee-shirt. Je vais rentrer moi aussi. Il faut que je me change maintenant que mon maillot a pris un coup de vieux !
– Tu vas me soupçonner peut-être, rétorqua-t-il, une lueur malicieuse dans les yeux
– Non, bien sûr, la farine s’est déposée toute seule sur mon haut…
Pierre éclata de rire et s’effaça pour laisser passer la jeune femme. Au moment de franchir la porte, elle se tourna vers Greg qui regardait par la fenêtre, une immense tristesse se lisait sur son visage. Elle adressa un léger signe à Pierre qui jeta un coup d’œil à son apprenti avant de hausser les épaules. Alyson secoua la tête et referma la porte derrière elle, laissant le patron et son second seul à seul.
Le jour n’était pas encore tout à fait levé, mais de jolies couleurs venaient éclaircir l’horizon. Des traînées orangées et rosâtres se mêlaient à l’obscurité donnant au ciel des allures de tableaux de maîtres. Comme à l’aller, Alyson prit son temps pour rentrer. Les cours commençaient à huit heures trente et il n’était même pas sept heures. Elle aurait encore une bonne heure à tuer avant de rejoindre l’établissement scolaire duquel elle dépendait. Tout en remontant la côte, elle ne put s’empêcher de penser à la Communauté . Lorsqu’elle était arrivée douze mois auparavant, pour un remplacement au sein de l’école, elle fut étonnée de l’accueil chaleureux qui lui avait été réservé. Elle ne connaissait personne, mais tout le monde l’avait considérée comme une Wattmeroise d’origine. Elle avait aussi vite compris que la petite ville avait des préjugés envers les gens d’en haut quand les habitants de Wattmer ne s’étaient pas privés de la mettre en garde contre leurs « Résidents ». Elle ne put retenir un sourire en se rappelant toutes les inepties qu’elle avait pu entendre à leurs sujets «  ce sont des adorateurs du diable  » voire par moment «  ce sont des démons, même notre prêtre n’a pu s’approcher de leur antre  » et encore «  je suis sûre qu’ils font des sacrifices humains  ». Alyson, elle, n’avait jamais répondu, se contentant d’acquiescer poliment alors qu’elle n’avait qu’une envie : lever les yeux au ciel.
Elle avait été élevée au sein d’une famille qui lui avait inculqué des valeurs, dont la tolérance. La mère d’Alyson détestait les idées préconçues. Pour elle, un être humain ou un animal, qu’il soit jaune, vert, noir ou violet était aussi précieux qu’un blanc. De même, pourquoi deux personnes de même sexe n’auraient-elles pas le droit de s’aimer ? Dieu n’avait-il pas dit «  Aimez-vous les uns les autres !  » Certains avaient informé Alyson qu’en fait la Communauté était une secte qui vivait selon le précepte de la «  vie dans la nature  » : Alyson n’y voyait aucun inconvénient. Il se disait également qu’il y avait plus d’hommes que de femmes au sein de cette congrégation et que ces dernières devaient partager leurs faveurs entre tous les individus de sexe masculin. Là non plus, Alyson n’avait rien trouvé à redire, tant que celles-ci avaient le choix ! Aussi, elle s’était donc vite désintéressée de ces gens.
Elle n’y avait plus repensé pendant plusieurs mois, jusqu’à ce jour de décembre. Elle s’était rendue au supermarché du coin pour y faire ses achats de Noël quand elle avait croisé le regard d’un homme sublime au rayon librairie. Elle n’avait pu retenir un sourire en prenant connaissance du livre qu’il tenait dans ses mains. Il s’agissait d’un roman qui faisait fureur parmi les lectrices adeptes d’érotisme, voire de pornographie. Celui-ci était un peu plus... chaud qu’une simple romance. Il s’agissait d’une œuvre dont le sujet traitait sans aucune pudeur de sadomasochisme et en le voyant secouer la tête, incrédule, elle avait laissé échapper un petit rire qui lui avait fait lever les yeux. Pendant de longues secondes, ils n’avaient pu détacher leur regard l’un de l’autre.
Puis, une superbe jeune femme, vêtue d’un micro-short et d’un débardeur – en plein hiver, il fallait le signaler –, s’était approchée de l’inconnu et avait posé une main délicate sur son bras. Le sourire d’Alyson s’était figé et elle s’était obligée à quitter le rayon. Elle avait de nouveau croisé le mystérieux inconnu tandis qu’il déchargeait, cette fois accompagné de plusieurs femmes aussi belles les unes que les autres, plusieurs caddies remplis jusqu’aux rebords.
Elle avait perçu son attention qui s’attardait sur elle, mais l’avait tout simplement ignoré, comme si elle s’était soudain prise d’une passion subite pour le ticket de caisse qui sortait de la machine. Une fois ses achats réglés, elle fut pourtant obligée de passer devant le petit groupe pour rejoindre sa voiture. Ce n’était pas moins d’une dizaine de chariots qui attendaient en file indienne le long de l’allée, alors que l’homme se tenait immobile, l’observant attentivement. L’une des femmes dut s’en apercevoir et faire un commentaire peu charitable, car bientôt tout le groupe féminin se mit à glousser de concert tandis qu’Alyson rougissait violemment. Un bref rappel à l’ordre de l’inconnu et la troupe se tint silencieuse, voire même un peu... hostile.
Ce fut à ce moment-là qu’Alyson fut interceptée par Mme Cradock, la secrétaire de mairie, qui ne pût s’empêcher de critiquer à haute voix, «  ces prostituées de bas étage accompagnées de leur souteneur qui se permettent de côtoyer les honnêtes gens  ». Sans un mot, plein de mépris pour elles deux, l’homme et les jeunes femmes passèrent devant elles et sortirent dans le froid glacial. Alyson, le cœur serré, avait vu les portes du supermarché se refermer sur le groupe tandis que Mme Cradock continuait de se répandre en médisances sur la Communauté .
Alyson soupira en repensant à cette journée, les yeux braqués sur la colline. Pour rejoindre le lieu où ces personnes vivaient en groupe, il n’y avait que deux chemins possibles, et l’un d’eux passait devant l’endroit où elle résidait. Cependant, la jolie institutrice avait eu beau fixer la route du regard pendant toute la semaine qui avait suivi leur rencontre, pas une fois le chemin de cet homme qui l’avait troublé n’avait à nouveau croisé le sien.
Elle inspira profondément et les odeurs se mélangèrent, la faisant frissonner de bonheur. Elle n’était plus qu’à quelques mètres de chez elle quand elle entendit un bruit dans les fourrés. Elle s’arrêta, écouta, mais ne perçut plus le moindre son. Elle allait se remettre en marche lorsque le froissement reprit de plus belle, accompagné cette fois d’un gémissement. N’écoutant que son bon cœur, Alyson s’approcha des bosquets en allumant la torche de son téléphone portable. Elle le braqua en direction des geignements qui s’étaient faits plus insistants. Elle aperçut alors deux yeux jaunes qui la fixaient. La créature à qui ils appartenaient était un… loup. Un loup de grande taille, gris avec des traînées blanches sur le dos, alors que son poitrail était aussi immaculé que la neige. Alyson s’approcha lentement, sa paume gauche ouverte, tendue vers l’animal pour lui montrer qu’elle venait en paix.
– Doucement, mon beau, tu vois, je ne te veux aucun mal. Là, tu sens, je souhaite juste t’aider. Qu’y a-t-il ? Pourquoi restes-tu couché sur le bas-côté ? Tu es blessé ? Je vais m’approcher et regarder si je peux découvrir quel est le problème, d’accord ? Tu restes sage et tu n’essaies pas de me mordre, OK ? Bon… j’arrive.
Alyson s’approcha de la bête et s’accroupit à ses côtés. Le soleil commençait à se lever, mais la luminosité n’était pas encore assez vive pour abandonner la lampe de son téléphone. Elle approcha la main du flanc du loup et le caressa doucement. Elle la retira vivement en percevant quelque chose de chaud et d’humide qui s’écoulait entre ses doigts. Du sang…
– Oh mon Dieu, tu saignes ! s’écria-t-elle. Et je ne peux pas prendre le risque de t’emmener chez le véto ! Même s’il est gentil, il ne permettra pas que tu sois en liberté. Je crains même qu’il n’envisage de t’euthanasier.
Elle se mordilla la lèvre inférieure et réfléchit à une meilleure solution, lorsqu’elle soupira.
– Voilà ce que je vais faire : je vais t’emmener chez moi. Je laverai ta plaie et regarderai si tu as besoin d’un professionnel ; si c’est le cas, je joindrai quand même le Docteur Pollus en le suppliant, s’il le faut, de te laisser en vie.
Elle l’attrapa à bras le corps, le portable coincé entre les lèvres, le souleva et se mit en route. Le trajet ne fut pas aisé. Outre la bête qui pesait son poids, le téléphone dans la bouche d’Alyson l’empêchait de respirer correctement. Quand enfin ils arrivèrent, elle posa délicatement son fardeau sous le porche, chercha ses clés, déverrouilla l’entrée et reprit le loup dans ses bras avant de l’installer sur le canapé. Elle ne perdit pas de temps et, la respiration haletante, sortit tout le nécessaire de la salle de bains pour le nettoyer. Elle désinfecta son pelage à l’aide d’un antiseptique et aperçut des bouts de métal. Se saisissant d’une pince à épiler, elle ressortit tous les éclats qu’elle déposa dans une petite coupelle.
– Oh mon Dieu, mais c’est horrible, on t’a tiré dessus ! explosa-t-elle. Parfois les humains peuvent être réellement cinglés ! Tu es un animal superbe et tu mérites d’être libre.
Elle était si en colère, si bouleversée, qu’une larme coula sur sa joue.
– On ne peut pas enfermer ni tuer une créature aussi majestueuse que toi, lui dit-elle tout en continuant de nettoyer la plaie. Regarde-toi, tu ne te plains pas, tu n’essaies même pas de me mordre ! Tu es encore plus humain que Mme Cradock ! Celle-là est pire qu’une vipère à cracher son venin. Bon, voilà, tous les éclats de balle sont enlevés. Je vais apposer un pansement sur ta blessure et tu seras remis sur pieds dans quelques jours !
Elle se redressa en admirant son œuvre et lui caressa doucement le haut du crâne.
– Je vais me changer parce qu’il faut que j’aille travailler, donc, pour l’instant, tu restes là.
Alyson se précipita dans la salle de bains, frotta les tâches de sang sur ses mains, mit un autre maillot et retourna au pas de course dans le salon. Là, elle nettoya encore les traces du passage du loup et se tourna vers lui après avoir jeté un coup d’œil à la pendule.
– Bon, finalement, je suis à l’heure. Malheureusement, je ne peux pas te garder enfermé à l’intérieur. Je vais te mettre une gamelle d’eau fraîche sous le porche, ainsi qu’une couverture. Je passerai ce soir au supermarché acheter de la nourriture. Quoique, tu préfères certainement la chasser toi-même, mais j’ai des restes de la veille. Je vais te les préparer si tu veux manger un peu. En attendant, repose-toi, mon loup.
Comme elle l’avait signalé, elle aménagea un petit coin douillet à l’extérieur avant de l’y porter, déposa un bisou sur la truffe fraîche de l’animal et s’engouffra dans un cabriolet rouge et noir sans oublier de lui adresser un petit signe de la main.
Le loup la regarda partir, une expression d’intense réflexion se lisant dans ses prunelles. Il avala d’un trait la nourriture, s’abreuva de l’eau bien fraîche, arracha son pansement et s’enfuit en direction des collines.
CHAPITRE 2
– Eh bien Alyson, c’est bien la première fois que j’arrive avant toi en un an !
La jeune femme se retourna vers la directrice de l’école maternelle pour laquelle elle travaillait, un sourire aux lèvres.
– Désolée, Maria, j’ai eu un contretemps ce matin ! Alors, quoi de neuf ?
– Une nouvelle élève intégrera ta classe dès la première heure de cours, lui répondit Maria, les lèvres pincées.
– Et on dirait que ça ne t’enchante pas, lui fit remarquer Alyson. Il y a un problème avec cette fillette, quelque chose dont je devrais être au courant, avec ses parents peut-être ?
– Je ne saurais pas te le dire, puisqu’ils sont portés disparus depuis deux mois. C’est l’oncle de la gamine qui en est responsable pour le moment et il veut respecter les désirs de ses géniteurs et la scolariser !
– Pourquoi ? Lui-même ne voulait pas la faire admettre à l’école ? demanda Alyson, étonnée.
– Son oncle est Kellen Wolfang !
– Je ne connais pas ce nom ! avoua-t-elle en réfléchissant un moment.
– C’est le responsable de la Com  ! souffla Maria
– De la Com  ? Oh, tu veux dire de la Communauté  ! énonça Alyson en souriant. Maria, je ne pensais pas que toi aussi tu pouvais avoir l’esprit autant étriqué.
– Ce n’est pas ça, avoua-t-elle, c’est simplement que cet homme... m’impressionne.
À ces mots, Alyson éclata de rire. Que quelqu’un puisse avoir cet ascendant sur la directrice Maria de Lupa était totalement aberrant. Elle menait l’établissement, qui comptait environ deux cents élèves, d’une main de fer et, chez elle, son petit monde était dirigé à la baguette. Outre son poste dans l’établissement, Maria était aussi bénévole au sein de plusieurs associations et l’une des conseillères municipales les plus respectées. Elle n’hésitait pas à défendre ses convictions avec beaucoup de fouge, voire même avec agressivité si la cause lui tenait à cœur. Aussi, de voir que quelqu’un avait réussi à bouleverser cette femme exceptionnelle, c’était pour le moins... risible.
– Tu te marreras moins lorsque tu l’apercevras, grinça Maria, un brin vexée. Il me semble que tes élèves t’attendent ! Ah, au fait, depuis la disparition de ses parents, la fillette ne parle plus.
Alyson rejoignit sa salle en souriant toujours, même si elle éprouvait de la peine pour sa future élève. Elle fit la bise à Elsie, son aide maternelle, qui avait déjà préparé les différents ateliers qu’elles mettraient en place toute la journée. Alyson était responsable de la classe des « grands », celle qui accueillait ceux de cinq à six ans. C’était pour elle l’âge le plus intéressant. Les bambins posaient tout un tas de questions, commençaient à déchiffrer les mots, connaissaient les couleurs…
– Elsie, tu es au courant que nous allons accueillir une nouvelle ?
– Oui, Maria m’en a fait part. On va devoir garder un œil sur elle, répondit-elle avec sérieux. Les enfants d’ici ont entendu de telles conneries de la part de leurs parents sur l’endroit d’où elle vient qu’il ne faudrait pas s’étonner s’ils s’en prennent à la petite !
– Et si on n’en parle pas ? On va plutôt faire fonctionner leurs cerveaux, commença Alyson en réfléchissant. Cet après-midi nous avons un atelier lecture, nous choisirons « le vilain petit canard » ! Ainsi, nous pourrons enchaîner sur la façon dont il a été mis à l’écart à cause de sa différence.
– Tu es franchement retorse ! Sans en avoir l’air, tu leur fais admettre que malgré son appartenance à la Communauté , la nouvelle peut être digne d’une princesse ! Les enfants ont beaucoup de chance de t’avoir, Alyson ! déclara sa jeune assistante avec respect.
– Non, c’est moi qui en ai beaucoup ! Ma famille me manque énormément et ça me permet d’y penser un peu moins.
– Tu les vois pendant les vacances ? lui demanda Elsie qui savait à quel point la jeune femme se languissait des siens.
– Non, pas cette fois. Maman est partie avec son amie Rosa aux Antilles et mon père est resté à la maison avec les garçons.
– Ça doit lui faire drôle à ta mère de voyager, d’autant plus qu’elle menait une vie très sédentaire !
– Oui, heureusement que Papa est cool ! Sans compter que Rosa est géniale ! La preuve, moi-même, je n’ai pas à me plaindre, j’ai la jouissance de cette superbe maison !
– Et quand elle voudra la récupérer, tu devras te trouver un autre logement alors ?
– Non, je ne pense pas. Elle compte s’installer dans sa famille en Espagne, elle a eu un trop gros choc avec le divorce et le fait que ses enfants aient préféré rester avec leur père ! Heureusement que ma mère était là, sinon, je pense qu’elle n’aurait pas eu la force de s’en sortir !
– Et ce qui est génial, c’est qu’elle est riche à millions...
...

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