Le Paris de la Passion
129 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Le Paris de la Passion

-

129 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Description

Au cours d’un vernissage rue Mazarine, à Paris, Pierre et Jacky se lient d’amitié. L’un est collectionneur et peintre à ses heures, l’autre sculpteur. De fête en vernissage, ils font la connaissance d’Irina et de Ludmilla, deux jolies femmes russes à la sensualité explosive – l’une violoniste, l’autre soprano –qui les précipiteront l’un à la ruine, l’autre au chaos sentimental. Les deux amis se soutiennent et s’entraident. Ils affrontent ensemble les aléas de la crise du marché de l’art qui ne fait que débuter. Leur bouée de sauvetage : une grande complicité amicale et un humour déjanté...


Aussi rocambolesques que cocasses, leurs tribulations nous transportent dans les lieux mythiques de Paris, au cœur de ce fascinant microcosme où s’entrecroisent artistes, galeristes, collectionneurs et mondains...



Truffé d'anecdotes authentiques sur de grands peintres et sculpteurs – tels Gauguin, Modigliani, Giacometti, César et Jeff Koons – ce roman autobiographique est largement romancé.


***



Extrait :


Tous les mardis, Pierre Delaroche éclusait les galeries de la rue Quincampoix à la recherche d’émotions plastiques. Il marchait, tête baissée, tel un loup des villes. Grand, élégant, portant beau, c’était un amateur d’art, éclairé et collectionneur... Les jeudis, il les consacrait aux galeries du 6ème arrondissement.


C’est alors qu’entra dans la galerie une véritable bombe. Moulée dans une robe rouge fendue jusqu’à mi-cuisses, la fille rayonnait dans toute la splendeur de ses vingt cinq printemps. Un bref silence fit place au tumulte : toutes les têtes convergèrent vers l’Apparition. La belle Irina était une musicienne russe fraîchement émigrée de son pays natal. D’ordinaire, son territoire de prédilection se situait plutôt du côté des galeries d’art Rive Droite de l’avenue Matignon...


Contrairement à Isabelle, Bernadette subissait la passion de son amant pour l’art en regrettant à présent de l’y avoir encouragé. Comme certaines compagnes d’artistes, elle prenait « cette concurrence » comme s’il s’agissait d’une maîtresse exigeante contre laquelle on ne peut lutter. Et il faut avouer que ces femmes d’artistes n’ont pas toujours tort....


À présent, notre amitié était bien cimentée. Pierre et moi marchions main dans la main comme un seul homme. J’étais heureux d’avoir été l’intermédiaire de son bonheur en lui présentant Tatiana. Pierre mourait d’envie de me renvoyer l’ascenseur. Il m’offrit de partager sa prochaine exposition au Cloître des Billettes, prévue six mois plus tard...

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 16
EAN13 9791034806393
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Le Paris de la passion
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Jacky Kooken & Monique Ayoun
 
 
 
Le Paris de la passion
 
 
   
Couverture  : Maïka
 Toile d'Hubert Ulysse Leca , Bas-relief Jacky Kooken

 
 
Publié dans la Collection Electrons Libres,
 
 
 

 
 
 
© Evidence Editions 2018

 
 
 
 
 
Vous désirez être informé de nos publications.
Pour cela il vous suffit de nous adresser un courrier électronique à l’adresse suivante :
 
Email : contact@evidence-editions.com
 
Site internet : http://www.evidence-boutique.com
 
 
 
 
1
1990, ma rencontre avec Pierre
 
 
 
Tous les mardis, Pierre Delaroche éclusait les galeries de la rue Quincampoix à la recherche d’émotions plastiques. Il marchait, tête baissée, tel un loup des villes. Grand, élégant, portant beau, c’était un amateur d’art, éclairé et collectionneur… Les jeudis, il les consacrait aux expositions du VI e arrondissement. Je l’avais croisé à plusieurs reprises lors des portes ouvertes de celles de Saint-Germain et de la Rive droite. Un soir de printemps, nous nous sommes retrouvés côte à côte, devant le buffet fastueux de la galerie Valois, rue de Seine. Pierre m’apostropha gaiement par ces mots :
— Vous avez une moustache surréaliste, cher Monsieur !
Je ne m’attendais guère à tant de familiarité de sa part. Son beau physique de cadre dynamique un peu coincé aux entournures ne laissait guère présager de fantaisie. Surpris, je rétorquai du tac au tac :
— Un homme sans moustaches, c’est un cheval sans crinière, cher ami !
Les bulles de champagne avaient pulvérisé en moi toute timidité.
— Les femmes sont si belles au printemps, vous ne trouvez pas ? enchaîna-t-il sans transition en me désignant une jolie blonde à voilette noire qui tentait de se frayer un chemin dans la foule se pressant devant le buffet.
— Autour du point d’eau, les grands fauves et les gazelles ! m’exclamai-je en riant.
Pierre leva son verre vers moi :
— Aux grands fauves ! lança-t-il en trinquant… Il avait fière allure dans son costume de lin clair et, ce soir-là, il était euphorique. Il avait réalisé une plus-value d’exception l’après-midi même dans une vente aux enchères à Drouot :
— J’ai eu le nez fin en achetant, il y a quinze ans, ce bronze de Camille Claudel. En 1975, ça ne valait pas grand-chose ! Aujourd’hui, il a été adjugé à plus de deux cents fois son prix d’origine !
— Normal, après le succès du livre et, surtout, du film ! répondis-je.
— Oui, mais en 1975, il n’y avait pas grand monde pour prédire un tel revirement ! Moi, je savais qu’étant exposée au musée Rodin de par la volonté du Maître, Camille Claudel trouverait, un jour ou l’autre, une cote comparable aux meilleurs sculpteurs de son temps, comme Pompon ou Bourdelle…
— Bravo pour le flair !
 
Ce fut par ce coup d’éclat qu’il commença, une coupe de champagne à la main, à me raconter sa vie… Ce qui le passionnait avant tout, c’était la peinture et les esquisses. Tout jeune, il adorait dessiner et il avait d’ailleurs un bon coup de crayon. Mais son bourgeois de père lui avait formellement interdit toute carrière artistique. Et c’était presque sans sourciller que Pierre s’était laissé guider vers de sérieuses études de commerce. HEC n’avait pourtant pas eu raison de sa passion pour l’art. Au sortir de l’école, il avait pris des cours du soir à l’académie de la place des Vosges. Tout en exerçant son métier de directeur commercial dans une grosse boîte de la banlieue parisienne, il s’était perfectionné des années durant dans les techniques du dessin et de la peinture à l’huile. Excellent coloriste, il taquinait en secret la muse et exécutait des toiles de petit format qu’il stockait sur une mezzanine qu’il avait fait installer dans son bureau. Sa femme le qualifiait méchamment de « peintre du dimanche ». Cela le vexait à peine. Cette expression ne faisait que conforter la piètre estime qu’il avait de ses propres tableaux. Pour compenser, il s’était mis à acheter des œuvres d’art de manière compulsive. C’était devenu « sa drogue ». D’autant qu’il faisait mouche presque à chaque fois ! Il parvenait toujours à revendre, en en tirant un bénéfice, les toiles ou les sculptures qu’il achetait. Et c’était ainsi qu’il était devenu collectionneur. Par pure frustration ! Comme je le lui faisais remarquer, il se mit à rire :
— Tout à fait, je l’avoue volontiers ! De peintre frustré, je suis devenu un découvreur comblé !
« Eh bien, quelle passion lucrative ! » me dis-je par-devers moi. Je considérais sa montre Cartier, son costume de marque, son air satisfait. C’était un homme qui, au final, avait eu de la chance : tout ce qu’il achetait se transformait en or. Son talent de découvreur le faisait exulter. Comme bien d’autres amateurs, il prenait un malin plaisir à acquérir, en galerie, des toiles d’artistes ayant le vent en poupe pour les revendre à l’hôtel Drouot, quelques mois plus tard, en doublant quasiment la mise… Oui, cet homme avait eu de la chance, mais à cette époque, en 1990, cette aubaine était largement partagée ! À Paris, la spéculation battait encore son plein… Paris était, après New York, la deuxième capitale de l’art contemporain. Nul ne pouvait prévoir son déclin.
 
Quand Pierre eut achevé ses confidences, je lui glissai, en toute sympathie, dans la main, un carton d’invitation pour mon exposition.
 
 
 
 
2
Mon vernissage
 
 
 
Quelques jours plus tard, j’eus le bonheur de retrouver Pierre à mon propre vernissage, celui que me consacrait la galerie Koralewski, rue Quincampoix… Les œuvres exposées là étaient parmi mes favorites : des anges, des femmes ou des sirènes, parfois les trois confondus. J’étais sculpteur de taille directe et, depuis tout jeune, je travaillais la matière — pierre, marbre ou granit — avec une euphorie sauvage qui me faisait oublier toute fatigue. À vingt-sept ans, le monde de l’art s’ouvrait pour moi et je jouissais des faveurs de quelques aficionados…
Dès que je vis Pierre entrer dans la galerie, je vins à sa rencontre.
 
— Quelle bonne surprise, merci d’avoir tenu votre promesse.
— Je viens juger, sur pièce, votre travail, cher ami !
 
Il fit le tour de la galerie, caressant les courbes et marchant autour des œuvres avec un plaisir visible. Soudain, il s’arrêta devant l’un de mes plus beaux marbres de Paros, un homme accroupi en méditation. Il appela Tadeus, le galeriste :
— Quand pouvez-vous me le faire livrer ? s’enquit-il.
— À la fin de l’exposition, dans trois semaines, répondit Tadeus.
 
Lorsque je vis le point rouge auréoler le titre de mon œuvre, je fus aux anges. Tout à ma jubilation, je me permis d’intervenir :
 
— Investir dans la pierre est toujours un bon placement ! Surtout à un prix si ras du plancher que vous pourriez marcher dessus.
— Vous situez votre plancher au niveau de quel étage ? Du troisième ?
— Peut-être bien. Mais ma cote est en devenir, elle pourrait atteindre d’ici peu le top des Twin Towers ! dis-je en souriant…
Incapable bien sûr d’imaginer que celles-ci seraient, un jour, réduites en poussière !…
 
C’est alors qu’entra, dans la galerie, une véritable bombe. Moulée dans une robe rouge fendue jusqu’à mi-cuisses, la fille rayonnait dans toute la splendeur de ses vingt-cinq printemps. Un bref silence fit place au tumulte : toutes les têtes convergèrent vers l’Apparition. La belle Irina était une musicienne russe fraîchement émigrée de son pays natal. D’ordinaire, son territoire de prédilection se situait plutôt du côté des expositions d’art Rive droite de l’avenue Matignon ou de la rue Saint-Honoré qui offraient champagne à volonté et petits fours raffinés. Mais ce soir-là, elle avait choisi de s’encanailler au vernissage de la galerie Koralewski. Ici, rue Quincampoix, seul le bordeaux coulait à flots et le standing n’avait rien de comparable à celui des beaux quartiers, mais il y avait une sacrée ambiance !… En face, à quelque pas, il y avait la galerie Françoise Palluel, la plus ancienne et la plus renommée de la rue. Françoise avait pris en amitié Tadeus, alors jeune galeriste, et planifiait ses vernissages le même jour que ceux de Tadeus. Toute la soirée, c’était un chassé-croisé d’artistes, de collectionneurs qui passaient d’une exposition à l’autre.
L’entrée d’Irina continuait de faire sensation. Elle était chaussée d’escarpins noirs, vernis, à talons hauts qui mettaient en valeur la finesse de ses chevilles et le galbe de ses jambes de ballerine.
— Si ce n’est pas une danseuse étoile, elle en a la plastique ! murmurai-je au peintre Tony Soulié, bel homme brun à la cravate rose.
— Comment peux-tu être sûr que c’est une danseuse ? me répliqua son voisin, un autre artiste de renom, Hans Bouman.
— Ça ne fait aucun doute : ses chevilles sont une signature ! Tu sais sans doute que les attaches de celles des femmes synthétisent toute leur plastique. C’est ainsi que mon vieux prof, aux Beaux-arts, nous cachait les nouveaux modèles nus derrière un rideau, avec juste les muscles du mollet visibles, et nous devions imaginer le reste du corps en fonction des jointures ; selon qu’elles étaient fines ou robustes, longues ou courtaudes. À plus de quatre-vingts pour cent, nous étions dans le mille !
 
Irina n’avait pas seulement de jolies chevilles. Elle avait une silhouette quasi irréelle. Tout en elle irradiait. Hélas, elle le savait et le moindre de ses gestes était habilement contrôlé… J’étais néanmoins totalement ébloui. Mon Dieu, quelle beauté ! me répétais-je. D’un blond roux automnal, ses cheveux coulaient en cascade sur ses épaules. Ses yeux verts, menthe à l’eau, exprimaient un mélange de candeur, de dédain et de perversion. Autour de cette fleur magnifique, les hommes de l’assemblée s’étaient d’un coup métamorphosés en grosses abeilles vrombissantes. Ils la buvaient des yeux avec convoitise ; l’un d’entre eux avait la mâchoire à demi décrochée. C’était à qui serait le plus prévenant, le plus spirituel. Pierre se montra à la fois subtil et entreprenant. Il prit aisément le dessus sur ses concurrents. Son bagout de commercial de haut vol lui avait d’ores et déjà donné l’avantage. D’autant qu’Irina, dès son arrivée dans la galerie, semblait avoir jeté son dévolu sur lui. D’un œil aussi rapide qu’expert, elle avait détaillé tous les hommes élégants et, en particulier, les quelques amateurs d’art se portant acquéreurs d’une œuvre. Pierre était sans conteste le plus fringant d’entre eux… Irina semblait très sensible à la mâle assurance de Pierre. Elle le fixait de son regard hypnotique et il lui retournait son flux magnétique dans un échange visuel intense.
 
À la fin du vernissage, vers vingt-deux heures, nous nous retrouvions tous dans la galerie Françoise Palluel, son espace étant plus vaste que celui de Tadeus. Une heure plus tard, Françoise nous entraîna tous, artistes, exposants, collectionneurs et amis, au « Quincampe », un restaurant rustique de la meilleure tradition française. Jacques était là, jouant de l’accordéon avec un musicien du Cap-Vert. C’était une figure de proue de ces after . Il y avait aussi Lucien, un ancien artiste lyrique coiffé d’un chapeau romantique à larges bords., il avait une voix de baryton et chantait a capella des airs célèbres de Franz Lehár. Ce soir-là, il commença par son préféré : « La veuve joyeuse » …
Pierre se plaça en face d’Irina et elle sentit d’emblée que l’attraction était partagée. Elle n’avait plus qu’à le laisser se noyer dans le vert de ses yeux de fauve. J’étais assis à côté d’eux et, sans pouvoir m’en expliquer la raison, j’éprouvais un certain malaise. La belle énergie que dégageait cette jeune femme avait quelque chose d’inquiétant. Certes, elle rayonnait comme un astre, mais l’ombre n’est jamais si noire qu’en aplomb du soleil de midi… J’essayai de détourner mon attention lorsque Pierre me présenta et loua mon travail de sculpteur, ainsi que mon passé insolite de dompteur, fils de Pablo. Chaque fois qu’on mentionnait le métier de mon père, « dompteur de fauves », c’étaient des oh et des ah dans l’assemblée. Les questions fusaient. Les yeux s’allumaient. On me sommait de donner sans cesse de nouvelles précisions.
— Comment peut-on avoir été élevé parmi les fauves ? s’exclamait-on.
Moi qui étais né dans le cirque, j’avais du mal à saisir ce qu’il y avait là d’extraordinaire, mais, de bonne grâce, je m’exécutais. Je montrais avec grand plaisir les photos de mon enfance qui ne me quittaient jamais et qui étaient plus éloquentes que tous les discours. Elles me représentaient au réveil, dans mon petit lit, serrant dans mes bras mon bébé lionne ou lui donnant le biberon. Je devais avoir onze ans, et Belle, ma bien nommée sœur de lait, était alors âgée de deux mois à peine. Sur la photo suivante, j’avais seize ans et Belle m’entourait de ses grosses pattes. Elle avait beaucoup changé : elle me dominait de trois têtes et devait peser dans les cent quatre-vingts kilos ! Mais la tendresse qui nous liait était toujours aussi visible… Ces quelques polaroïds en noir et blanc avaient été pris par mon paternel dans l’intimité de notre petit pavillon de banlieue, rue des Aubépines à Gournay sur Marne. Je les portais toujours sur moi. Mon père avait été le précurseur d’un genre nouveau de dressage : à l’affectif. Et sans cage ! C’était ce dont j’étais le plus fier… Mon père était un homme extraordinaire. J’avais travaillé à ses côtés et vécu toute ma jeunesse dans son ombre gigantesque. C’était un touche-à-tout de génie. Il excellait dans tous les arts, sans en approfondir aucun. Pendant la période creuse du cirque (au moins six mois par an), il passait du dessin à la peinture, à la sculpture, à la création de vêtements, à la guitare manouche ainsi qu’à l’écriture… Il s’inspirait des récits de son enfance en Iran — émaillés d’histoires fantastiques de derviches tourneurs — pour inventer ses propres contes et, chaque soir, il m’en racontait un… Il avait disparu bien des années auparavant, mais j’avais toujours le son de sa voix au creux de mon oreille…
 
Irina écoutait poliment, mais on la sentait impatiente d’en arriver à son sujet favori : elle-même. Je m’interrompis pour lui demander courtoisement :
— Et vous, mademoiselle, d’où vous vient ce charmant accent ?
Ce fut avec une volubilité et une emphase toutes slaves qu’elle se présenta à son tour. Russe originaire de Novgorod, elle vivait à Paris depuis deux ans avec une bourse d’études de composition au Conservatoire supérieur de musique. Dès sa prime enfance, elle avait été repérée pour ses dons exceptionnels dans les disciplines du violon et de la danse. Pur produit de l’école russe, elle fut contrainte de se spécialiser dans l’étude de la musique, mais elle n’était pas peu fière d’avoir su déjouer le système en continuant à prendre des cours de ballet classique… Sa manière de rouler les r, ajoutée à sa beauté éthérée, la rendait grandiloquente et quasi irréelle.
Pierre était ébloui jusqu’à la sidération. Lui, le Normand issu du terroir, n’avait jamais côtoyé de femme étrangère. Et encore moins de Russes… En dehors de ses activités juteuses de collectionneur, Pierre avait, il fallait bien le dire, une vie tout à fait banale. Directeur commercial chez SAT, un important groupe de télécommunications, marié, deux grands enfants, il habitait un appartement bourgeois boulevard Haussmann à Paris et partait en vacances à la Baule ou dans le Lubéron chaque été avec sa femme… À ses yeux, Irina était une extra-terrestre. Quand il la regardait, sa lèvre inférieure pendait légèrement. Et sa pupille dilatée se remplissait de larmes. Moi aussi, bien entendu, j’étais charmé. Mais en tant qu’homme marié et père de famille responsable, je n’avais guère les coudées franches. De toute façon, je ne m’imaginais pas, avec mon physique trapu de bûcheron, pouvoir séduire cette diva ! J’avais l’habitude, de prime abord, d’apeurer les femmes. Du moins celles qui prisaient les minets ! Mon regard noir et direct, mon épaisse et humoristique moustache en guidon de vélo et mes pectoraux puissants avaient pour effet d’en déconcerter certaines. C’était pourquoi, en amour, je n’étais jamais très pressé. Le temps jouait pour moi. J’étais confident avant d’être amant… Peut-être au fond me conduisais-je comme mon très cher père qui amadouait les lionnes à force de tact et de douceur : à l’affectif !
 
Nous en étions au dessert. Crèmes brûlées et tartes au citron atterrissaient sur nos tables. Pierre continuait à s’entretenir avec la belle Irina. Moi, je restais dignement en retrait tout en m’emplissant les prunelles de l’éclat radieux de la jeune femme… Soudain, un troisième homme vint se joindre à notre chœur soupirant : Lucien, le chanteur d’opérette, qui se mit à déclamer, pour Irina, les plus beaux refrains d’amour de tout son répertoire !
 
La soirée, très arrosée au bordeaux, s’acheva vers deux heures du matin, toujours au son de l’accordéon et dans la liesse des chansons reprises en chœur par tout le restaurant… Nous nous retrouvâmes donc sur le trottoir de la rue Quincampoix, passablement éméchés. Je saluai Pierre et m’effaçai discrètement. Celui-ci raccompagna la jeune femme dans sa BMW. Très ému, il ne put faire un geste vers elle ni prononcer une parole. Mais ce moment avait été pour lui si fort qu’il ne put s’empêcher de me relater la scène en détail dès le lendemain. Il la déposa donc place Clichy, au bas de son immeuble, et, sans un regard, redémarra aussitôt, avec un puissant vrombissement de moteur, aussi intense que le baiser qu’il n’osa pas lui donner et qui lui dévorait le cœur et les lèvres…
 
Je rentrai chez moi, fourbu, mais content. Tadeus avait vendu plusieurs de mes sculptures et j’avais passé une excellente soirée. Que demande le peuple ? Je m’affalais avec un soupir de satisfaction sur mon lit. Maryse, ma femme, dormait déjà. Nous étions loin de l’euphorie bienheureuse de nos premières années. Ma femme avait boudé mon vernissage. Chose curieuse, elle m’en voulait depuis que j’avais pris la sculpture au sérieux, quatre ou cinq ans après notre mariage. C’était étrange parce qu’elle-même était dotée d’un fort tempérament artistique qu’elle n’exploitait pas. Éprouvait-elle de la jalousie ? Je n’en savais rien. En tout cas, ce n’était pas une question d’argent. Je gagnais ma vie : je travaillais à mi-temps dans une grosse boîte de publicité. Cet emploi remplissait le frigo, mais m’ennuyait et, pourtant, je continuais de l’exercer juste pour faire plaisir à ma femme et pour mettre nos enfants à l’abri du besoin. Et c’était peine perdue, elle persistait à m’en vouloir, sans que je saisisse la raison de cette étrange rancœur. Ah, ce n’est pas toujours simple de comprendre ce qui se passe dans la tête des femmes ! Je m’endormis en rêvant qu’elle m’aimait encore…
 
 
 
 
3
L’ouragan Irina
 
 
 
Le lendemain matin, à neuf heures le téléphone sonna.
C’était Pierre. Décidément, cet homme m’était de plus en plus sympathique. Sous sa façade placide de premier de la classe, il bouillonnait d’émotions…
Il attaqua sec :
— Je n’ai pas dormi de la nuit. Ah, mon Dieu, quelle femme !
— Oui, et vous ne lui sembliez pas indifférent, gros veinard !
— C’est vrai ?
— Je vous le jure !
— Vous avez vu ça comment ?
— Ses yeux. Ses yeux brillaient en vous parlant.
— Ah oui ? Vous êtes sûr ?
— Certain.
— Comme je suis content.
— J’en suis ravi aussi.
Je ne mentais pas. Le bonheur naïf de Pierre était contagieux et je le vivais un peu, par procuration .
— Je lui ai laissé ma carte. Vous pensez qu’elle va m’appeler ?
— Vous rigolez ? C’est à vous de le faire !
— J’en suis incapable !
— C’est une faute de goût si vous ne l’avez pas fait.
— Je vais le faire.
— Qu’attendez-vous donc ?
— Je vous appelle justement à ce propos. J’aimerais vous inviter tous les deux à la galerie Lelia Mordoch, rue Mazarine. Le vernissage aura lieu jeudi à dix-huit heures.
— Pourquoi avez-vous besoin d’un chaperon ? Restez donc en tête à tête avec votre Irina !
— Je ne veux pas avoir l’air de lui courir après ou de faire pression sur elle ! Si vous êtes là, cela paraîtra plus naturel, plus léger…
— Si vous le dites !
— C’est d’accord ? Vous êtes libre, jeudi ?
— Je pense…
— Vous êtes sûr ? Regardez bien votre agenda. Ne me faites pas faux bond, mon vieux.
— C’est si important ?
— Essentiel. Si vous n’êtes pas là, j’aurai l’air d’un con ! Alors ? Vous êtes disponible jeudi ?
Bien sûr que j’étais libre puisqu’il s’agissait d’un jour de vernissage où j’allais régulièrement soutenir et encourager mes potes artistes qui inauguraient leurs expositions. Les mardis, jeudis et samedis étaient les jours traditionnels d’inauguration et j’avais l’autorisation de sortie ces soirs-là. Le microcosme de l’art à Paris passait par la fréquentation de ces événements incontournables si l’on voulait se faire remarquer des collectionneurs et des galeristes. C’était aussi une récréation pour moi, je m’y sentais dans mon élément et reconnu comme sculpteur, loin des contraintes de mon boulot gagne-pain. Ma femme était trop occupée après son travail par l’éducation de nos enfants — mon fils avait neuf ans et ma fille trois — pour me suivre. De toute façon, ce milieu ne l’attirait pas, elle s’y sentait exclue. Elle me faisait confiance pour ne pas trop boire et pour rentrer, comme Cendrillon, avant minuit.
 
Ce soir-là, Irina fit une entrée digne d’une star des années trente. Débarquant en taxi devant la galerie Lélia Mordoch, elle glissa une jambe, puis l’autre, hors de la voiture dans une attitude des plus voluptueuses, robe élégamment retroussée. Gantée dans une tenue violette au décolleté généreux, elle fit les quelques mètres qui la séparaient de l’exposition comme une top model haute couture. Le galbe de ses petits seins, artistiquement avantagés, pigeonnait dans un délicieux soutien-gorge à balconnets. La couleur violette de sa robe lui donnait l’aura d’une vestale… Bien sûr, son arrivée théâtrale fit sensation. Pierre courut à sa rencontre avec l’expression médusée d’un mystique ayant vu la vierge Marie… Cela faisait une bonne heure qu’il l’attendait et il ne tenait plus en place. C’était à peine s’il avait jeté un regard aux toiles de l’exposition, ce qui n’était guère dans ses habitudes. La seule conversation dont il me fit l’aumône, entre deux verres de vin, fut consacrée à la gloire de son nouvel amour à la beauté mythique. Il tournait entre les murs et les vitrines comme un lion en cage, guettant la rue au travers de la vitrine et sursautant à chaque passage de voiture. Quand elle apparut enfin, s’extrayant languissamment de son taxi, il courut donc à sa rencontre pour lui donner le bras et la conduire comme une reine de Saba jusqu’à la galerie. Je regardai tour à tour leurs deux visages. Celui de Pierre, illuminé par l’extase, et celui de la jeune femme, d’une beauté de madone Botticellienne.
 
Après le vernissage, Pierre nous entraîna au café de Flore. Choyée et entourée, Irina testa son pouvoir en exprimant le désir d’un dîner au champagne, désir que Pierre se fit un plaisir d’exaucer. Grand prince, il m’invita également. Et à la fin du repas, Irina s’éclipsa, prétextant la fatigue, non sans avoir administré à Pierre un baiser russe dont, de nouveau, il se souviendrait toute la nuit.
 
Pierre me téléphona désormais tous les jours. Il avait besoin d’un témoin « auditif » à son bonheur, ne fût-ce que pour se prouver qu’il ne rêvait pas. C’était avec gourmandise que je l’écoutais. Les péripéties amoureuses de ces deux-là m’amusaient autant qu’elles m’inquiétaient. Je partageais l’attente exaltée de Pierre, et je discernais tout autant la jouissance qu’Irina ressentait à le faire languir, mesurant ainsi la force de son désir et l’ampleur de sa propre emprise.
Le plus surprenant, c’était qu’Irina, elle aussi, prit l’habitude de me téléphoner régulièrement. Cela me mit dans une position fort inconfortable vis-à-vis de Pierre. Je me gardai bien de le lui dire… J’espérai ainsi, comme aux échecs, avoir quelques coups d’avance sur le jeu d’Irina. Je savais fort bien que les femmes qui s’éprennent de messieurs ayant deux fois leur âge sont légion ! Pierre, avec ses tempes argentées et son visage séduisant, en imposait. Il possédait le même charisme que certains professeurs… Dans le monde de l’art, c’est tout à fait classique qu’une élève s’éprenne de son maître. Les profs des Beaux Beaux-arts doivent bien souvent s’enchaîner aux poteaux afin de résister aux chants des jeunes sirènes en mal de Pygmalion. Les plus jouisseurs profitaient du moment présent sans se préoccuper de l’avenir. Opportunistes et conscients de vivre une seconde jeunesse avec leur belle égérie, ils se disaient : « Ce qui est pris est pris… Lorsqu’on te donne, prends, lorsqu’on te prend, crie ! » Ainsi se maintenaient-ils en forme le plus longtemps possible, sachant qu’au bout du compte, leur muse s’acoquinerait certainement avec un amant de leur âge, voire plus jeune, comme il était si usuel dans les pièces de boulevard. Philosophes, ils préféraient fermer les yeux et partager : « Il vaut mieux avoir cinquante pour cent d’une bonne affaire que cent pour cent d’une mauvaise », pensaient-ils ! Pour sûr, Pierre aurait pu être son professeur !
 
Ce matin-là, il m’appela et il commençait sa litanie quotidienne de louanges à Irina, quand je coupai court. Je lui fixai un rendez-vous à Saint-Germain, à la Palette.
J’avais la ferme intention de l’inciter à la prudence devant l’essor de cet amour naissant. La tâche serait ardue, j’en étais conscient. La plupart des personnes, hommes ou femmes, ébranlées par un coup de foudre, ne veulent rien entendre. Il me fallait donc user de diplomatie…
 
Pierre arriva avec un quart d’heure de retard. Se garer dans ce quartier n’était jamais une mince affaire.
En complet veston bleu nuit trois-pièces à chevrons beige, taillé sur mesure, cravate et chemise assorties, il faisait vraiment très cadre sup. Il s’installa à ma table et commanda un thé.
 
—- Alors, mon vieux, qu’avez-vous de si important à me dire ? s’exclama Pierre.
—- Je peux te dire « tu » ? amorçai-je, un peu embarrassé.
— Bien sûr, allez-y !
— Toi aussi, tutoie-moi !
— Ah, mais tu vas la cracher ta valda !
— Eh bien, je sens que tu es sur le point de basculer dans une passion débridée pour Irina.
— Oui, c’est probable. Et alors ?
— Essaie de gérer la situation le plus intelligemment possible, ne mets pas ta famille en péril…
Silence.
— Un bon coq a toujours plusieurs poules, ajoutai-je, histoire de détendre l’atmosphère…
— Mais on n’est pas dans une basse-cour ! rétorqua-t-il, agacé.
— Fais comme Tonton ! Cloisonne et assure des deux cotés, tu seras comblé !
 
À cette époque, la double vie de Mitterrand commençait à se savoir dans les milieux artistiques. Scandale révélé en confidence par l’écrivain et peintre Jean-Edern Hallier qui s’offusquait que l’entretien de la maîtresse et de la fille, fruit du péché présidentiel, soit, comme au temps des rois, assumé sur les deniers publics.
— Je ne mange pas de ce pain-là, rétorqua Pierre. Si je tombe fou amoureux d’Irina, je quitterai, bien sûr, ma femme !
— Justement, ce serait une connerie !
— Et pourquoi donc ?
— Sois prudent, je t’aurai prévenu ! J’ai une mauvaise intuition.
— Voilà que tu nous joues madame Soleil, maintenant ?
— Écoute, vous avez vingt-cinq ans d’écart, ce n’est pas viable à long terme ! Plus tu avanceras en âge et plus le décalage s’accentuera ! C’est exactement comme si tu coupais un vin charpenté ayant maturé en tonneau de chêne avec un autre encore vert, tout juste sorti du pressoir…
— Tu dis n’importe quoi ! trancha Pierre. Ce sont de vieux clichés ! Regarde la fameuse peintre d’origine polonaise, Lidia Siroka. Trouves-tu qu’elle a l’air malheureuse avec Yankel, son époux et ancien professeur aux Beaux-arts ? Il a vingt-six ans de plus qu’elle et cela ne les a pas empêchés de se marier, voici trois ans !
— Elle est surtout heureuse avec son art, à mon humble avis ! D’ailleurs, le jour de son vernissage, alors qu’elle était au comble de la joie, j’ai bien vu la jalousie de son mari percer derrière son paternalisme ! Souviens-toi de la tête qu’il faisait après le succès qu’elle a remporté à sa dernière expo chez Françoise Palluel !
— Ça va, Jacky ! J’ai compris le message. Ne t’en fais pas, j’ai la tête bien sur les épaules, je sais ce que je fais… finit-il par capituler.
 
J’avais de sérieux doutes. Convaincre un amoureux transi et épris jusqu’à l’os est une cause perdue d’avance… Le soir même, en effet, lorsqu’Irina l’appela pour lui faire part d’un concert exceptionnel au théâtre des Champs-Élysées, il courut, ventre à terre, acheter des places à prix d’or et vint la chercher, dans sa BMW, au pied de son immeuble… Il s’agissait d’un concerto pour violon de Tchaïkovski interprété par Maxim Vengerov et l’orchestre philharmonique de Paris dirigé par Daniel Barenboïm.
Après la représentation, il l’invita à un fastueux dîner au champagne chez Maxim’s. Quand le voiturier lui rapporta son véhicule, il raccompagna Irina en jetant de furtifs coups d’œil sur son profil de princesse. Il sentait en elle un tempérament de feu qui couvait sous la glace. De confus fantasmes bouillonnaient dans sa tête. Les femmes russes n’étaient-elles pas renommées pour leur sensualité sulfureuse, leur extraordinaire fougue sexuelle ? Pierre espérait bien, après ces agapes, conclure la soirée par une chaude nuit d’amour… C’était sans compter avec le mental d’acier d’Irina qui analysait ses sentiments avec la rigueur d’un champion d’échecs… Arrivée au pied de son immeuble, elle administra à Pierre un baiser de la mort qui l’électrisa de la base du dos jusqu’à la nuque. Puis elle se déroba sans autre excuse qu’une journée harassante à affronter le lendemain. Tétanisé, Pierre ne fit pas un geste pour la retenir.
 
La semaine suivante, comme le soleil était de la partie, il lui proposa une escapade de deux jours à Deauville. Il pouvait aisément prendre deux jours de congé. Prétextant auprès de sa femme un voyage d’affaire éclair, il fit retenir une chambre luxueuse au Grand Hôtel par sa secrétaire.
Quand j’appelais, je tombais souvent sur son assistante, Laure Bonnefois, qui était depuis plus de dix ans attachée à Pierre. Rondelette et dévouée, ses petites lunettes rondes toujours sur le nez, c’était un spécimen de collaboratrice à l’ancienne. Elle avait progressé avec lui et, de dactylo, était devenue secrétaire de direction lorsqu’il avait été nommé directeur. Elle avait une profonde admiration pour lui et je sentais qu’elle en était secrètement amoureuse. Ce jour-là, elle me dit que Pierre était en réunion sur un appel d’offres international important. Me sachant dans la confidence, elle en profita pour se lamenter à propos de la nouvelle lubie de son boss :
— Ha le démon de midi, c’est terrible ! Lui qui était un modèle de mari et de père de famille ! À présent y a plus rien qui compte, ni ses dossiers ni sa femme. Si vous pouviez le dissuader de faire de telles folies !
Le mercredi matin, tout joyeux, rasé de frais, et sa BMW rutilante, il arriva à dix heures tapantes place Clichy où Irina l’attendait devant un café, attablée à la terrasse du Wepler. Ils prirent illico l’autoroute et deux heures plus tard, ils dégustaient un somptueux plateau de fruits de mer à la terrasse du restaurant « Les Vapeurs ». Le grand soleil de ce mois de mars leur permit de déjeuner en tee-shirts. Pendant le repas, il l’embrassa à plusieurs reprises, mais Irina s’écarta en lui demandant de ne pas se montrer en spectacle. À quinze heures, le soleil donnant à plein et le vent tombé, ils décidèrent de piquer une tête dans la célèbre piscine d’eau de mer de la ville. Cela permit à Irina de dévoiler son corps de danseuse étoile, dans un élégant maillot une pièce au décolleté plongeant. Elle se déplaçait en ondulant des hanches avec l’aisance et la fluidité d’une panthère : Pierre était fasciné.
Le soir, ils allèrent dîner au casino. Comme on était en semaine, il put retenir une table dans un angle discret de la salle. Au menu : champagne, foie gras et huîtres pour la ligne. Irina portait une robe du soir en velours frappé bleu nuit. Le dos échancré la dévoilait jusqu’à la naissance des reins et une large fente montrait le galbe de ses jambes aux fines attaches de reine. Après un sorbet aux fruits de la passion et à l’armagnac, Pierre partit de nouveau à l’assaut de sa muse. Dans la pénombre de la salle, Irina se montra moins farouche. Comme ils étaient assis côte à côte, elle lui enlaça la taille à la ceinture. Elle sentit l’effet de ses baisers à l’insolente proéminence qui était apparue au niveau de son nombril. Avec une discrétion absolue, elle entreprit, dans l’immobilité simulée de son bras, d’appuyer avec son coude sur le point sensible et ainsi de le caresser, sa main restant sur la...

  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents