Le Seigneur Cathare
458 pages
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Le Seigneur Cathare , livre ebook

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Description

An 1359 au pays de France. Un vent de jeunesse souffle sur la forteresse de Termes, depuis qu’Édric Montsalvat d’Aguilar en est devenu le seigneur. Il assume désormais cette charge avec fierté et honneur aux côtés d’Arthus le maître d’armes, l’homme qu’il aime. Cependant, leur amour résistera-t-il aux nombreuses épreuves mises sur leur chemin ? Lorsqu’un secret familial, caché depuis de nombreuses années, sera révélé quelles conséquences inattendues provoquera-t-il ? Entre amours interdites, amitiés indéfectibles, vengeances et trahisons sournoises, suivez la destinée des héros et pénétrez en pays Cathare, afin de vivre le quotidien d’un village abrité à l’ombre d’une forteresse moyenâgeuse.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 2
EAN13 9782376764649
Langue Français
Poids de l'ouvrage 4 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0041€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Publié par
JUNO PUBLISHING
2, rue Blanche alouette, 95550 Bessancourt
Tel : 01 39 60 70 94
Siret : 819 154 378 00015
Catégorie juridique 9220 Association déclarée
http://juno-publishing.com/
 
 
 
Le Seigneur Cathare
Copyright de l’édition française © 2019 Juno Publishing
© 2019 Eva Justine
Relecture française par Valérie Dubar, Sandrine Joubert
 
Conception graphique : © Francessca Webster
Tout droit réservé. Aucune partie de cet ebook ne peut être reproduite ou transférée d’aucune façon que ce soit ni par aucun moyen, électronique ou physique sans la permission écrite de l’éditeur, sauf dans les endroits où la loi le permet. Cela inclut les photocopies, les enregistrements et tout système de stockage et de retrait d’information. Pour demander une autorisation, et pour toute autre demande d’information, merci de contacter Juno Publishing :
http://juno-publishing.com/
ISBN : 978-2-37676-464-9
Première édition : avril 2019
 
Édité en France métropolitaine
 
 
Table des matières
Avertissements
Remerciements
Lexique
Préface
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 19
Chapitre 20
Chapitre 21
Chapitre 22
Chapitre 23
Chapitre 24
Chapitre 25
Chapitre 26
Chapitre 27
Chapitre 28
Chapitre 29
Chapitre 30
Chapitre 31
Chapitre 32
Chapitre 33
Chapitre 34
Chapitre 35
Chapitre 36
Chapitre 37
Chapitre 38
Chapitre 39
Chapitre 40
Épilogue
A propos de l ’ Auteur
Résumé

 
 
 
 
Avertissements
 
 
 
Ceci est une œuvre de fiction. Les noms, les personnages, les lieux et les faits décrits ne sont que le produit de l’imagination de l’auteur, ou utilisés de façon fictive. Toute ressemblance avec des personnes ayant réellement existées, vivantes ou décédées, des établissements commerciaux ou des événements ou des lieux ne serait que le fruit d’une coïncidence.
Cet ebook contient des scènes sexuellement explicites et homoérotiques, une relation MM et un langage adulte, ce qui peut être considéré comme offensant pour certains lecteurs. Il est destiné à la vente et au divertissement pour des adultes seulement, tels que définis par la loi du pays dans lequel vous avez effectué votre achat. Merci de stocker vos fichiers dans un endroit où ils ne seront pas accessibles à des mineurs.
 
 
 
 
 
 
 
Remerciements
 
 
À tout seigneur, tout honneur, merci à Georges, ainsi qu’à mon chevalier Grégory.
Aux gentes dames, Michelle G, Mireille B, Virginie C et Gwenaëlle B de m’avoir suivie tout au long de l’écriture de cette romance. Comme toujours votre aide m’a été précieuse.
Aux éditions Juno publishing de m’avoir fait confiance et d’avoir été à mon écoute tout au long de l’édition des deux tomes de cette série.
Aux lecteurs qui m’auront suivie dans cette belle aventure. Un jour peut-être, je reviendrai vous conter l’histoire de Willibert et Blanche, là-bas en pays Bourbonnais.
 
 
 
Lexique
 
 
Bliaud : vêtement, qui ressemblait à une robe, porté par les femmes au Moyen Âge.
Boursemolle : impuissant.
Conet : cul
Coquille : sexe féminin
Corondage : colombage
Coureuse de rempart : prostituée
Fouille au train : sodomite
Nobilis  : un homme éminent, un notable
None : milieu d’après-midi
Peine de mur large : simple assignation à résidence
Prime : premières lueurs de l’aube
Puterelle : jeune putain
Sexte : correspond aux environs de midi
Vigiles : correspond à 14h00
 
 
Préface
 
 
Le Moyen Âge n'est guère réputé pour son romantisme. Il résonne plutôt du choc des épées et du cliquetis des armures. Les chevaliers rompus au maniement des armes sont âpres, rugueux et ne s'embarrassent ni de ronds de jambe ni de discours choisis quand il s’agit de pourfendre l’ennemi ou de venger l'affront d'un impudent qui a osé les défier. Ils aiment la guerre, la chasse et la sueur qu'on laisse dans des combats sans merci. Quand leur esprit guerrier les laisse fourbus et affamés, ils adorent la bonne chère. Leurs festins regorgent de porcelets grillés, de terrines de lapereau, de cailles au chou. La fève au lard est plus goûteuse à leur palais que n’importe quelle délicatesse de salon. Quand repus et émoustillés par les gobelets de vinasse, ils croisent le jupon affriolant, ils ne s’embarrassent pas de fioritures pour coqueliner avec l'accueillante, qu’elle soit servante au château ou dans les tavernes qu’ils ont l’habitude de fréquenter. Dans ce monde de virilité qui se confond souvent avec brutalité, il y a des amitiés indéfectibles qui se nouent pour créer l’indivisible. À l’instar des célèbres mousquetaires, Édric, Arthus et Willibert se feraient trucider sans ciller s’il s’agissait de sauver l’un d’eux fourré dans un sale guêpier. Mais aucun n'avouera jamais qu’il tient à l’autre plus qu’à lui-même... leur attachement se déguise en blagues grivoises, en paris stupides et les tours pendables qu’ils se jouent parlent beaucoup mieux de leur complicité que n’importe quels mots.
Oser parler romance et qui plus est mêler plusieurs histoires d'amour dans un décor aussi brut relevait de la gageure et représentait un défi hautement risqué. Eva Justine a relevé le gant avec simplicité et brio et nous entraîne avec elle dans ses histoires à ne pas dormir du tout avec le petit Sire Édric, seigneur Cathare et son beau maître d’armes Arthus, sexy en diable, tous deux amoureux fous malgré la menace qui plane sur leurs amours interdites. Baudry, père d’Édric et seigneur des Corbières, époux d’Eloïse, de vingt ans sa cadette et d’autres personnages qui gravitent autour d’eux, Willibert, Finette, Blanche, Agathe, Arnaud St Gondrin, et leurs âmes damnées, Roland de Brassac, Claudas... et là je laisse planer le mystère pour ne pas vous mâcher la lecture.
Mièvrerie au pays des cottes de maille et des châteaux forts. Que nenni ! Si les épisodes chauds émaillent le récit pour vous communiquer la fièvre, ils permettent aussi de détendre l’atmosphère quand les sujets brûlants tendent un peu trop l’intrigue. L’inquisition dont la sombre et terrible vigilance guette sodomite, sorcier et autre hérétique pour les torturer au nom des Saintes Écritures et les envoyer au bûcher. Les filles, à peine pubères que l’on marie à convenance pour sceller des alliances et qui dépendent du bon ou mauvais vouloir de leur époux parfois vieux et répugnant. Battues, abusées, répudiées, elles finissent leur triste vie dans un couvent à moins qu’un destin propice, à la faveur d'un duel malchanceux, leur offre une seconde chance.
La peste et autres maux d’hiver déciment nobles et populace et constituent une menace permanente qu’une guérisseuse tente de tenir en respect grâce au secret des plantes. Qu’un imprudent se casse un bras, qu’une femme accouche, elle est appelée en renfort et brave les éléments pour s’efforcer de porter soulagement et réconfort.
On vit le quotidien d’un village au cœur de la forteresse qui le protège. Le seigneur règne en maître sur les terres et les gens, tous lui doivent respect et allégeance, et gare à celui qui l’oublie. Il a droit de vie ou de mort sur ses sujets et sa justice est implacable, même s’il est vrai que parfois puissants et misérables ne sont pas sur un pied d’égalité. Le malandrin, rossant et dépouillant un noble, sera pendu haut et court sans autre forme de procès, alors qu’un pervers bien né pourra passer entre les mailles du filet à coups de couardises ou de trafic d’influence.
À la lecture de ce roman, je me suis dit que c’était une époque où la justice avait encore le bras vengeur aussi cruel et rude soit-il... on arrachait la langue des menteurs et parjures et on coupait la main des voleurs. Imaginez de telles pratiques expéditives de nos jours... les muets rivaliseraient avec les manchots pour un beau dialogue de sourds...
J’ai poussé un soupir de soulagement et béni mai 68 qui a libéré la femme pour lui rendre ses lettres de noblesse. Même si les inégalités subsistent toujours, celle-ci peut décider de son sort, de l’homme qu’elle veut épouser et des enfants qu’elle veut avoir. Il y a même quelques méchantes langues qui disent qu’elle porte la culotte !
Bref, la romance est bien là pour réjouir les cœurs tendres, mais elle n’est pas aussi simpliste que le genre pourrait le faire croire. Eva Justine a creusé son sujet, elle n’invente rien qu’elle ait vérifié, mais l’horreur et le misérabilisme ici ne font pas recette.
L’histoire pourrait couler tranquille vers son happy end, mais c’est compter sans l’esprit facétieux de l’auteure qui s’amuse à redistribuer les cartes pour créer la surprise dans un épilogue déroutant... Et là, ne comptez pas sur moi pour vendre la mèche. Il faudra le découvrir par vous-même et un petit conseil, ne commencez pas le livre par la fin, vous vous priveriez d’un bon moment de lecture.
Elvy Combeille
 
 
 

Les Seigneurs #2

EVA JUSTINE

Chapitre 1
 
Avant que l’hiver déploie son blanc manteau
 
 
L’an 1359. À Termes
Le ciel bleu et les grosses chaleurs de l’été venaient de céder la place aux brouillards humides et à une mosaïque de teintes flamboyantes. Les forêts du pays cathare étaient désormais habillées d’une farandole de jaune, de rouge et d’orange. Dans les paresseuses vagues de brume qui s’étiraient et s’enroulaient aux pieds des arbres, trois chasseurs suivaient une meute de chiens lancée à la poursuite d’un cerf. Laissant derrière lui ses amis, Édric Montsalvat aiguillonna son cheval sur un étroit sentier tapissé de feuilles mortes serpentant au milieu de buissons épineux.
— S’il croit nous semer, il se trompe, cria Arthus. File par le nord. Moi, je passe par là. La chance finira bien par tourner.
Willibert approuva d’un signe de la tête et s’engagea dans ce qu’il espéra être un raccourci pour atteindre le premier la bête aux abois. La partie de chasse battait son plein. L’émulation des trois hommes était à son comble. Même si la course de leurs chevaux était souvent ralentie par des ronces, des branches ou des troncs d’arbres morts couchés au sol, les cavaliers déjouaient ces encombres en les contournant ou en sautant par-dessus. La visibilité étant réduite, seuls les jappements excités des chiens les informaient sur la direction à suivre. Lorsqu’Arthus et Willibert émergèrent finalement de la futaie, Édric bandait déjà son arc sur le cerf qui pointait ses bois.
— Cornebouc ! Il a réussi, marmonna Arthus.
Décidément, depuis quelque temps, Édric devenait imbattable à la chasse. Willibert et Arthus assistèrent à la mise à mort de l’animal. Preuve qu’Édric était un chasseur compatissant, sa main ne trembla pas lorsqu’il abrégea ses souffrances.
— Félicitations ! Ce cerf est magnifique, admit Willibert en regardant les douze cors de la ramure.
— Chargeons-le et rentrons. Si nous tardons trop, la nuit nous surprendra avant notre retour au château, déclara Arthus.
Selon leur estimation, la dépouille pesait plus de trois cent trente livres. Sa viande remplirait le garde-manger du château pour quelques jours. Ils l’attachèrent sur la croupe d’un cheval, puis prirent sans tarder la direction de Termes.
— La prochaine fois, laisse-nous le plaisir de tirer autre chose que des lapins. Cela devient ennuyeux d’assister à tes victoires, déclara Willibert avec rancune.
Édric ricana. Manifestement, il ne suffisait pas d’être un géant de près de sept pieds de haut doté d’une carrure impressionnante pour remporter une traque.
— Je te laisse les biches à deux jambes, de quoi te plains-tu ?
Willibert, dont les yeux noisette faisaient fondre tout ce qui portait de près ou de loin un atour féminin, admettait qu’il n’avait jamais eu à se plaindre de ce côté-là, mais rêvait de remporter une chasse pour mettre fin à sa suprématie et surtout aux gages farfelus qu’il leur imposait. Depuis quelques semaines, le trio avait en effet décidé de donner cette liberté au gagnant, aussi Arthus et Willibert avaient-ils soif de revanche.
— Le jour où je te battrai, tu comprendras mieux ce que je ressens, grommela-t-il.
— Je me réjouis par avance de vous voir me servir comme un roi toute la soirée. Avoir deux valets tels que vous, vaut bien le mal que je viens de me donner.
Après plusieurs mois de camaraderie, une solide amitié soudait désormais les trois hommes. Willibert était extrêmement fier d’avoir été autorisé à tutoyer le jeune seigneur de Termes. Il avait également été extrêmement touché, lorsqu’Arthus lui avait offert son cheval. Un tel présent coûtait en effet cent sols, alors qu’un serf en valait quarante. Depuis peu, il avait même été officiellement mis dans la confidence de leur inclination amoureuse. Même si cette révélation n’en avait pas été vraiment une, puisqu’il les entendait chaque nuit faire l’amour. Depuis, il protégeait ce secret comme s’il était le sien.
— Ne sois pas jaloux, Willi, ton heure de gloire sonnera prochainement, le consola Édric.
— Qu’as-tu envisagé pour nous torturer, cette fois-ci ? lui demanda Arthus.
— Pendant que tu me laveras, Willy chantera pour me distraire.
— Encore ? se lamenta ce dernier.
— Tu n’as pas le choix. J’ai remporté la traque, donc je décide.
Willibert se jura de le faire danser le moment venu, et c’est sur l’image fort plaisante d’un Édric tournoyant autour de lui qu’il poursuivit sa route le sourire aux lèvres.
À l’heure dite, tandis qu’Édric barbotait et profitait des bons soins d’Arthus, il chanta de sa belle voix grave la seule chanson friponne qu’il connaissait et dut même répéter plusieurs fois le refrain pour plaire au vainqueur.
La gueuse n’avait pas l’choix
La coquille ou l’conet
Devait montrer et trémousser
Aux envoyés du Roy
Relevez vos cuisses plus haut
Qu’ils entrent sans chercher
Relevez vos cuisses plus haut
Qu’ils entrent dans le bon goulet
Arthus battait la mesure sur la tête du baigneur qui lui-même frappait en cadence dans ses mains. À la fin de la dernière rengaine, Arthus appuya fortement sur les épaules de son amant pour le faire couler. Lorsqu’il remonta à la surface, il crachota en riant. Des yeux azur comme un ciel d’été, et une figure sans aucune imperfection, Édric était un jeune seigneur de dix-neuf ans à la beauté indéniable. Son corps musclé, sans une once de graisse, débordait de vitalité, et seule la poigne ferme d’Arthus parvenait à maîtriser son inépuisable énergie.
— Tu nous as assez torturés. Au lit, petit sire ! déclara Arthus qui, en jetant l’éponge dans la cuve, éclaboussa tout ce qui se trouvait à proximité.
Satisfait que sa pénitence soit terminée et comprenant qu’il était temps pour lui de partir, Willibert soupira de soulagement. Les regards enfiévrés de ses deux amis démontraient sans la moindre équivoque que ceux-ci s’apprêtaient à jouer à tout autre chose. Il leur souhaita la bonne nuit, puis rejoignit sa chambre à seulement quelques pas de là.
Le lendemain matin, Édric et Arthus savourèrent de se réveiller serrés l’un contre l’autre. Arthus dut même se faire violence pour s’extirper de la douce chaleur des bras de son amant pour rejoindre le casernement où la soldatesque était logée. Avant de le quitter, il déposa un ultime baiser sur ses lèvres, puis emprunta le passage secret. Édric soupira. S’il avait pu afficher aux yeux de tous, son amour pour le beau maître d’armes, son bonheur aurait été total. La trentaine, le visage hâlé par la vie au grand air, les coins de ses paupières légèrement marqués par de fines rides, Arthus plaisait beaucoup, même s’il veillait à ne témoigner rien d’autre qu’un intérêt poli aux servantes du château. La rumeur selon laquelle il avait le cœur brisé à la suite d’un amour impossible courait de bouche en bouche alors, respectueuse d’un si grand chagrin, aucune ne tentait de le séduire. Un jour, lorsque celui-ci reprendrait espoir en l’amour, elles afficheraient aussitôt leur désir de le consoler. Édric se leva et, après un brin de toilette, sortit à son tour de la chambre pour se rendre à son cabinet de travail où son intendant l’y retrouva peu après.
— Maître, puis-je m’entretenir avec vous ?
— Bien sûr, Flocel, entre !
Petit homme trapu à l’œil vif, ce dernier se plaça face à lui.
— La guérisseuse doit arriver aujourd’hui. Je voudrais savoir si vous désirez l’installer dans le corps de logis principal ou dans le quartier des domestiques.
Édric n’en avait aucune idée.
— Où vivait l’ancienne guérisseuse ?
— Au village. Mais ce n’était pas très pratique, puisqu’en cas d’attaque, nous devions aller chercher la totalité de ses remèdes pour les protéger. Et croyez-moi, il y en avait beaucoup.
— Il serait alors judicieux de tirer les leçons du passé. Y a-t-il un endroit dans la forteresse où elle pourrait s’installer ?
— Eh bien, ici dans la tour ou en bas avec les serviteurs. Mais dans nos quartiers les pièces sont étroites et l’ancienne guérisseuse disait que l’espace pour soigner et entreposer ses potions était insuffisant, alors je suppose que celle-ci fera de même. De plus, elle a un enfançon, ajouta-t-il.
Édric se souvenait encore trop précisément des cris de son petit frère, aussi n’avait-il pas envie de subir des hurlements ressemblant à ceux d’un chat écorché vif. Même s’il était ravi que Guillaume prouve sa pleine forme, il laissait bien volontiers ses braillements à ses parents.
— Fais le nécessaire pour qu’elle soit bien installée, mais suffisamment loin de moi, décida-t-il aussitôt.
— Bien, maître. Je vais faire au mieux.
Ils discutèrent ensuite de la situation des diverses réserves de provisions indispensables à la survie des habitants de la forteresse, puis étudièrent les livres des comptes. Une fois ses charges accomplies, Édric rejoignit la place d’armes où Arthus entraînait les soldats. Lorsqu’il y arriva, celui-ci faisait comme à son habitude la démonstration de plusieurs passes et contre-attaques. À cet instant, il avait pour adversaire Willibert qui, malgré sa large carrure, son adresse et sa force, ne parvenait jamais à parer tous ses coups. Arthus se défaisait de n’importe quel adversaire et ne s’avouait jamais vaincu. Édric observait avec attention le duel. Rapidement, il devina les failles défensives de Willibert qui peinait à parer les assauts, puisqu’Arthus modifiait perpétuellement ses angles d’attaque. Lui aussi se demandait s’il parviendrait enfin ce matin à l’emporter. À ce jour, personne n’avait encore jamais réussi cet exploit. Chaque fois, Arthus posait la pointe de son épée sur son cœur à la fin de leur face à face. Quand Arthus conclut une fois de plus le duel en piquant Willibert de sa lame, Édric poussa un soupir admiratif. Le temps de l’apprentissage étant terminé, il fit signe aux soldats de se disperser.
— Tu deviens adroit. Je vais bientôt pouvoir dormir sur mes deux oreilles avec un gardien tel que toi pour surveiller mes arrières, dit Édric pour consoler Willibert.
— Je laisse ce plaisir à Arthus, répondit-il en rangeant son épée dans son fourreau.
— J’ai beaucoup d’affection pour toi aussi, assura Édric, en lui donnant une bourrade amicale dans le dos. Malheureusement pour toi mon choix est fait. Ne sois pas jaloux.
— Je ne le suis pas, s’offusqua Willibert.
— Tant mieux. Cesse tout de même de nous écouter.
Willibert arbora une mine offusquée. S’il croyait que c’était facile de ne pas les entendre, alors qu’ils se trouvaient seulement à quelques pas de lui. Il avait beau se boucher les oreilles et enfoncer sa tête dans son oreiller, rien n’y faisait.
— J’écoute ce que l’on me donne à entendre, dit-il crânement.
— Nous verrons qui gueulera le plus fort quand ta main cessera de te satisfaire.
— Viens te battre et laisse ta langue au repos, le sermonna Arthus.
Prêt à en découdre, Édric enfila sa cotte de mailles, puis gagna le centre de la place. Les deux hommes levèrent leur épée en guise de salut et engagèrent aussitôt le fer. Willibert s’installa sur un muret pour les regarder. À sa grande surprise, tous deux retenaient à peine leurs coups. Édric s’investissait assidûment, aussi Arthus ne relâchait-il à aucun moment sa vigilance. Jusqu’à la fin du duel, personne n’aurait pu affirmer lequel allait l’emporter. Ce n’est qu’après une lutte acharnée qu’Arthus triompha. Courbé en avant, Édric reprenait son souffle tout en tentant de comprendre ses erreurs. Il avait pourtant engagé de vigoureuses attaques et appliqué tout ce qu’il avait appris, et malgré cela, le bras du maître d’armes n’avait jamais faibli. Pire, il était une fois de plus victorieux.
— Foutre Dieu… cette fois-ci, j’y croyais.
— Tu peux être satisfait. Tu m’as donné du mal. Un jour, je trouverai moi aussi mon maître, assura-t-il, pour atténuer sa déception. Sois bon perdant. C’est une noble attitude de savoir s’incliner.
— Quelle douce revanche ! Arthus va pouvoir choisir l’endroit et la position, ricana Willibert.
— Preuve est faite que tu nous écoutes, s’écria Édric.
— Je vous ai entendu parler, c’est vrai. Toutefois, rassure-toi, les murs sont suffisamment épais pour protéger et masquer votre intimité. En revanche… pour tes cris…
Arthus ne put contenir son rire. Son jeune amant se laissait parfois emporter dans des jouissances explosives et s’il ne les étouffait pas toujours d’un baiser, c’était tout simplement parce que cela le flattait.
— On dirait bien qu’Arthus va une fois de plus te faire brailler.
Amusé, Arthus confirma que telle était bien son intention.
— Misère ! Vous allez encore m’empêcher de dormir.
— Ne t’en déplaise, je ne peux résister à des assauts guerriers.
Édric lança à son amant un regard ardent.
— Pourquoi attendre cette nuit ? déclara celui-ci, l’œil aiguisé. Il n’y a aucune raison de patienter plus longtemps. J’ai gagné. Je décide. Suis-moi !
S’ils prirent la direction de la chapelle, ces deux-là n’allaient pas prier, mais simplement emprunter le passage secret qui menait directement dans la chambre seigneuriale. Willibert surveilla les alentours, jusqu’à ce qu’ils disparaissent de sa vue, puis se dirigea vers le puits pour se désaltérer. Un enchaînement de passes avec un maître d’armes tel qu’Arthus était une réelle épreuve.
Chargé de défendre et de veiller sur le seigneur de Termes, Willibert Dupuy faisait son labeur consciencieusement. Chaque jour, il s’évertuait grâce à un apprentissage rigoureux, à devenir un épéiste, un stratège à la lutte et à la dague, ainsi qu’au combat en armure de bon niveau. Toute la domesticité féminine admirait sa haute taille et sa musculature. Si l’air volontaire qu’il arborait la plupart du temps intimidait, ses prunelles couleur noisette adoucissaient favorablement cette première impression. Willi, comme ses amis l’appelaient, ne se privait d’ailleurs pas de culbuter toutes celles qui ondulaient des hanches et lui lançaient des œillades sans équivoque. Lorsqu’Édric l’asticotait en lui répétant que seule sa fonction les faisait se pâmer, il se contentait de sourire et de le remercier de sa bonne fortune. Oui, décidément, il se plaisait beaucoup dans sa nouvelle vie et ne regrettait en rien d’avoir abandonné son apprentissage de charpentier. Il était d’ailleurs en train de faire le joli cœur dans les cuisines, quand le prévôt s’approcha pour le questionner :
— Toi qui sais toujours où se trouve le seigneur Montsalvat. Peux-tu lui demander de venir me rejoindre dans son cabinet de travail ? Je dois lui parler.
— Je suis navré, sieur Aubert, je ne peux le déranger pour le moment.
Le prévôt afficha une mine contrite. Inutile d’insister. Il s’était plusieurs fois frotté à des refus fermes et définitifs de la part de son homme de confiance qui ne donnait d’ailleurs jamais la moindre explication pour justifier ou excuser l’absence d’Édric. Quiconque voulait s’entretenir avec lui, en dehors des heures d’audience ou de travail, devait d’abord obtenir son aval. Depuis le premier jour de sa prise de fonction, Willibert avait l’absolue confiance du seigneur Montsalvat. N’avait-il pas emménagé en face de la chambre seigneuriale, afin de protéger jusqu’à son repos ? Le prévôt s’en alla, bougonnant de ne pas savoir si cette absence serait longue ou non, et sur la difficulté de gérer un château dans de telles conditions. Quand l’intendant entra à son tour dans les cuisines, Willibert le salua :
— Comment vas-tu, Flocel ?
— Bien, je te remercie. Je prends juste le temps de boire un gobelet de vin pour me réchauffer, puis je remonte attendre la guérisseuse. J’espère qu’elle ne tardera plus, sinon je vais finir par prendre froid à rester sur le perron.
Il avala en trois lampées son vin chaud.
— Je dois prendre toutes les dispositions, afin de la loger décemment. Cela me cause du souci, dit-il en se grattant le crâne, car les deux seules pièces vacantes sont étroites et humides. Si rien de ce que je lui propose ne lui convient, elle devra habiter au village même si notre maître ne le souhaite pas.
— Pourquoi ne la loges-tu pas dans la tour ?
— Il m’a bien précisé son désir de ne pas être gêné par des braillements d’un enfançon.
Willibert colla un sourire moqueur sur sa face. Édric n’avait manifestement pas envie d’entendre quelqu’un crier plus fort que lui.
— Tout ceci est pour moi un véritable casse-tête, expira Flocel.
Même si l’intendant connaissait bien mieux la place forte que lui, Willibert essaya de l’aider. À tout hasard, il suggéra :
— Pourquoi pas la salle de repos des soldats ?
Flocel réfléchit. En effet, elle était grande et possédait une cheminée. Elle pourrait convenir, même s’il lui fallait probablement essuyer de nombreux reproches de la soldatesque et obtenir la permission du seigneur pour l’y installer. Cela lui laissait une alternative de plus, aussi le remercia-t-il sincèrement avant de remonter attendre la guérisseuse .
 

 
Chapitre 2
 
Même si un chemin est parfois cahoteux et difficile, il est souvent entrecoupé de moments de douceur
 
 
Finette, ainsi que l’escorte mise à sa disposition arrivèrent à la forteresse en début d’après-midi.
— Bienvenue à Termes ! Je suis Flocel l’intendant.
Il lui donna la main pour l’aider à descendre de la carriole.
— Entrez vite vous abriter du vent.
Il l’accompagna jusqu’à la grande salle dans laquelle une généreuse flambée diffusait une agréable chaleur.
— Vous êtes un cadeau envoyé du ciel, ma dame. Tous les Termenais vous attendaient avec impatience. Nous appréhendions, je vous l’avoue, de passer un nouvel hiver sans une guérisseuse.
— Appelez-moi Finette, proposa-t-elle, en toute simplicité. Je vous remercie, monsieur l’intendant. Je ferai de mon mieux pour soulager vos douleurs.
— Vous avez un bel enfançon, la complimenta-t-il.
— C’est une fillotte. Elle se prénomme Elaine.
— Elle est avenante. Voyez ! Elle sourit.
Finette supposa qu’elle rêvait, puisqu’elle dormait. Elle accepta un gobelet de lait chaud et un beignet, tout en trouvant surprenant qu’il la traite avec la déférence généralement accordée à une visiteuse d’importance. Éloïse n’avait pas exagéré sur l’aimable accueil qui lui serait réservé.
— Avant votre venue, je me suis longuement demandé où j’allais pouvoir vous loger, lui révéla-t-il. La forteresse ne dispose pas d’un endroit réellement approprié à vos fonctions.
— Où était installée l’ancienne guérisseuse ?
— Au village. Cependant, le seigneur Montsalvat désire que vous restiez ici pour plus de commodité. Dès que vous aurez bu votre lait, nous ferons ensemble le tour des pièces disponibles pour voir si l’une d’elles vous convient.
Après avoir visité et refusé deux logements humides, tout à fait inadaptés selon elle à la préservation des plantes, Finette opta pour la salle habituellement dévolue au repos des soldats. Tant pis si ces derniers devaient perdre un peu de leur confort. Une cheminée lui semblait en effet indispensable pour réchauffer les malades dont elle aurait la charge durant l’hiver. La salle était composée de deux grandes pièces et d’une plus petite. Maintenant qu’elle maîtrisait l’art de confectionner des potions et des onguents, un logement sombre et sec lui était nécessaire. Elle réserva donc la plus grande pour la préservation des herbes récoltées au fil des saisons. Quand elle vit l’état du sol, elle réalisa que de toute évidence, les soldats se préoccupaient peu de laisser des traces de boue ainsi que des reliefs de repas à terre.
— Il faudrait récurer le dallage et les murs.
— Quelqu’un viendra nettoyer demain matin. Vous faut-il autre chose ?
— Deux bassines, un broc, des linges propres, une réserve de bois suffisante et une paillasse de plus, énuméra-t-elle.
Flocel ordonna aussitôt à un serviteur d’apporter ce qu’elle réclamait. Quelques instants plus tard, une seconde paillasse, des fourrures, ainsi qu’une malle de rangement et plusieurs chandelles furent livrées.
— S’il vous manque quoi que ce soit, n’hésitez pas à le demander. Préférez-vous souper ici ou aux cuisines ?
Finette se sentait suffisamment à l’écart de la bâtisse principale pour ne pas chercher à s’isoler un peu plus. Puisqu’il lui faudrait, tôt ou tard, rencontrer les habitants du château, inutile de repousser l’échéance.
— Je souperai volontiers avec la domesticité.
L’intendant sortit en aviser les cuisinières. Avant de rejoindre le logis principal, Finette prit le temps de se rafraîchir et se recoiffer, afin de donner une première impression appréciable, puis enveloppa sa fille dans un épais châle de laine. Après avoir demandé son chemin à un garde, elle n’eut qu’à suivre les odeurs alléchantes pour situer les cuisines. Dès son entrée, les conversations cessèrent. Les serviteurs s’accordèrent aussitôt à la trouver jolie avec sa longue chevelure brune et ses beaux yeux verts. Son sourire fut également jugé délicieux. La guérisseuse ne tarderait pas à séduire tout ce qui portait du poil au menton. Elle s’installa avec Elaine sur l’un des bancs, se présenta en quelques mots et essaya ensuite de retenir le plus de prénoms possible.
— Est-ce facile d’être guérisseuse ? lui demanda une jeune servante.
— Il faut avoir une bonne mémoire et savoir reconnaître les plantes. Ensuite, se souvenir de leurs bienfaits, ainsi que la façon de les utiliser. Cela requiert un apprentissage de plusieurs mois.
Lors du sien, toutes les fois où elle ne s’était pas trompée dans ses diagnostics ou prescriptions, elle avait été fière d’apporter une aide concrète aux malades et de prouver sa compétence à Radegonde.
— Laisse-la manger ! la houspilla Louise, la cuisinière en chef, en posant sur la table un plat de saucisses grillées. Elle est si mince qu’il ne faudrait pas qu’elle trépasse au premier hiver.
Grâce à Radegonde, Finette savait désormais qu’avoir une taille aussi large que ses hanches n’était pas signe de bonne santé. Bien au contraire. Mais, elle n’en dit rien. Les exquises odeurs lui mirent instantanément l’eau à la bouche, et avant même d’avoir pu protester, elle fut copieusement servie.
— Voyons ! Je ne vais jamais pouvoir manger tout cela, dit-elle en secouant légèrement la tête.
— Pourtant, il va bien falloir, répondit tout bas Marguerite, sinon Louise serait vexée.
Finette fit de son mieux pour faire honneur au plat. Elle venait d’avaler sa dernière bouchée de chou, quand une pile de crêpes nappées de miel fut déposée au centre de la table. Elle écarquilla les yeux.
— Mangez-vous toujours autant ? ne put-elle s’empêcher de demander à la ronde.
— Oui da, répondit une cuisinière. Nous ne saurions faire tout un repas d’une carotte comme les lapins.
Tout le monde éclata de rire. Le ventre de Finette se mit à crier grâce. Impossible pour elle d’en déguster une seule. Alors qu’elle cherchait la meilleure façon de ne pas vexer Louise, on l’avisa qu’elle devait aller se présenter au seigneur Montsalvat sitôt le repas fini. Finette se sentit aussitôt nerveuse. L’unique fois où elle avait parlé avec un seigneur, c’était avec Baudry Montsalvat le jour de son jugement et en conservait un désagréable souvenir. Elle se souvenait vaguement du fils comme de tous ceux qui étaient présents ce jour-là, tant le regard perçant de l’aigle l’avait impressionnée.
— Comment est notre maître ? demanda-t-elle à l’intendant.
— En bonne santé.
Sa réponse démontrait que l’homme n’était pas versé dans les commérages. A priori, elle n’apprendrait rien de plus de lui, puisqu’il mordit dans une crêpe sans plus se préoccuper d’elle.
Elle attendit qu’il ait avalé sa bouchée pour demander encore :
— Avez-vous actuellement des malades ?
— S’il y en avait, croyez bien qu’ils seraient déjà devant votre porte. Lorsque l’information de votre arrivée aura circulé au-delà des remparts, tous essaieront de vous rencontrer. Vous ne devriez pas tarder à être sollicitée, la tranquillisa-t-il.
— Je crains que les soldats grincent des dents, quand ils apprendront que j’occupe désormais leur salle de repos.
— Ils finiront par en comprendre les raisons, la rassura Flocel.
— Je suis navrée pour eux, mais j’ai réellement besoin d’espace pour veiller des malades, ranger mes fioles et sécher des plantes.
— Ils comprendront, je vous le répète.
— Je l’espère.
Elle tourna la tête en direction des servantes.
— Est-ce que l’une d’entre vous accepterait d’être la nourrice de ma fillotte ?
— Ce serait pour moi un grand honneur, répondit aussitôt Marguerite. Mon Alma tète encore.
— Je te remercie. Il faudrait la nourrir si je dois m’absenter hors de la forteresse.
Marguerite hocha deux fois la tête en guise d’accord. Il était naturel pour des servantes d’allaiter les enfants de leurs maîtres ou des personnes haut placées dans la domesticité. C’est alors qu’une jolie jouvencelle fit son entrée. Ses cheveux emmêlés prouvaient qu’une main s’était chargée de les décoiffer.
— Eh bien, Agathe ! Ce n’est pas trop tôt, grommela Louise. Où traînais-tu encore ? À te comporter en gueuse, tu n’en gagneras que plus vite un marmot sur les bras.
Celle-ci haussa les épaules. Louise pouvait toujours la houspiller, pas question de renoncer au beau Willibert.
— Commence à préparer les pâtes pour les tartes. Tu as pris tant de retard qu’il te faut te dépêcher, maintenant.
— Mais, je n’ai encore rien mangé, se plaignit-elle en soulevant le couvercle de la marmite suspendue dans l’âtre pour voir s’il restait quelque chose.
— Il fallait y penser avant. Tu souperas plus tard.
Agathe estimait que coqueliner avec Willibert valait bien ce petit sacrifice. Pas rancunière, elle se mit instantanément à l’ouvrage en farinant la table. Finette l’envia. Cette jouvencelle avait un amant qui la rendait heureuse. Tandis qu’elle… qu’avait-elle ? Tout raté jusque-là. Elle avait dû quitter sa mère et sa sœur, ainsi que sa chaumière et ses amis. Le seul qui ne lui manquait pas était son époux Claudas. Devant ce bilan amer, son moral déclina.
— Je vous envie, Finette ! dit Louise en s’asseyant près d’elle pour boire sa tisane.
— Moi ! Et pourquoi, donc ?
— Vous avez voyagé. Vous êtes instruite du savoir des vertus médicinales. Vous êtes la maman d’une jolie petiote et n’avez pas de mari sur le dos. Ah, décidément, vous êtes bien chanceuse.
Pourquoi n’avait-elle pas compris cela d’elle-même ? Sa nouvelle vie commençait avec bien plus que ce qu’elle laissait derrière elle. Elle lui adressa un sourire reconnaissant et coula un œil sur Agathe qu’elle enviait un instant plus tôt. Chacune traçait sa destinée. La sienne serait dorénavant de soulager et guérir, ce qui la soignerait à son tour de ses peines de cœur. La cuisinière disait vrai. Elle était chanceuse et n’avait nul besoin de jalouser quelqu’un d’autre. Il était d’ailleurs temps pour elle de rencontrer son nouveau seigneur. On lui indiqua où le trouver, mais le hasard voulut qu’elle le croise dans le hall au moment même où il s’apprêtait à sortir. Après une courte révérence, elle se nomma et précisa sa fonction au sein du château.
— Je me souviens de toi, dit Édric. Termes a besoin de toi, aussi je compte sur ton savoir pour aider la populace à traverser l’hiver sans encombre.
— Je ferai de mon mieux, Seigneur. Dame Eloïse m’a chargée de vous transmettre ses amitiés et son meilleur souvenir.
— Comment se porte-t-elle ?
— Fort bien.
— Et les autres ?
— Chacun se prépare à affronter un hiver rigoureux.
— Es-tu bien installée ?
— Oui, Seigneur. Merci de vous en inquiéter.
— Pour le moment, il n’y a pas d’escarmouches avec les Espagnols ni d’épidémie, alors prends le temps de découvrir le village et ses habitants. N’hésite pas à descendre à Termes, afin de demander si quelqu’un ...

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