Le tourment de nos âmes
152 pages
Français

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Le tourment de nos âmes , livre ebook

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Description

Roxane quitte Paris pour un nouveau départ en Bretagne. Elle fait la connaissance de Léonardo lors d’une promenade sur la plage. Entre eux, l’attirance est réciproque et ils ne peuvent lutter contre l’attraction qui les pousse l’un vers l’autre.


Peu à peu, la jeune femme essaie de reprendre confiance en elle grâce à cet amour naissant. Mais, malgré ses sentiments envers elle, Léonardo est incapable de lui révéler ce secret qui dirige sa vie.


Parviendra-t-il à lui avouer son plus grand tourment ? Et Roxane acceptera-t-elle de poursuivre sa relation avec lui malgré ce mal qui l’empêche de vivre comme tout le monde ?

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Informations

Publié par
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EAN13 9782493219077
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Le tourment
de nos âmes
 
 
DÉDICACE
 
 

 
STÉPHANIE DELECROIX
Le tourment
de nos âmes
 
 
«Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. L’auteur ou l’éditeur est seul propriétaire des droits et responsable du contenu de ce livre. Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon, aux termes des articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.»
©2020, Stéphanie Delecroix
Édition : Plumes de Mimi éditions, 122 rue de l’Argonne, 62117 Brebières.
Siret : 84469800100014
Dépôt légal : 02/2021
ISBN numérique : 978-2-493219-07-7
ISBN papier : 978-2-493219-08-4
Stéphanie delecroix
 
Auteur auto-édité de mai 2018 au 30 avril 2020, j’ai auto-publié douze titres. Puis j’ai commencé à travailler avec plusieurs maisons d’édition.
 
Maman de 5 enfants, j’écris dès que possible lorsque j’en ai le temps afin de pouvoir m’échapper du quotidien et partir à l’aventure avec mes personnages.
 
Mes romans ont tous pour point commun la romance, mais dans des univers multiples. Du fantastique au suspens, en passant par la romance contemporaine, je manie l’amour à toutes les sauces en tentant de partager un maximum de sentiments dans mes productions écrites.
 

Table des matières
Note de l’auteur
Prologue
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 19
Chapitre 20
Chapitre 21
Chapitre 22
Chapitre 23
Chapitre 24
Chapitre 25
Chapitre 26
Chapitre 27
Chapitre 28
Chapitre 29
Chapitre 30
Chapitre 31
Chapitre 32
Chapitre 33
Chapitre 34
Chapitre 35
Chapitre 36
Chapitre 37
Chapitre 38
Chapitre 39
Chapitre 40
Chapitre 41
Chapitre 42
Chapitre 43
Chapitre 44
Chapitre 45
Chapitre 46
Chapitre 47
Épilogue

 
Note de l’auteur
Je tenais à vous informer que l’histoire des héros que vous allez découvrir dans ce roman m’a été inspirée par un documentaire. Avant de me lancer, j’ai fait quelques recherches, je me suis renseignée, pour essayer d’être au plus proche de la réalité.
Toutefois, ce livre reste une fiction, tout sort de mon imagination et j’espère vous entraîner dans une aventure palpitante.
Je vous souhaite une bonne lecture, chers lecteurs.
 
 
Prologue
Roxane
 
La porte se soulève sous le poids des coups qu’il lui inflige.
 
— Espèce de putain ! Ouvre-moi !
 
Prostrée sur mon canapé, dans l’obscurité, je fixe l’entrée en priant pour que la police arrive vite. Le téléphone dans la main gauche, un couteau de boucher dans la droite, je suis figée par la terreur. Je ne parviens presque plus à respirer à cause de la peur. L’angoisse qui me noue les tripes fait remonter de l’acide le long de ma gorge.
Je leur avais dit ! J’avais prévenu qu’il finirait par passer à l’acte ! Personne ne m’a crue. S’il entre, il n’y aura plus aucun espoir, ce sera lui ou moi.
Je pense, une fois encore, à mes parents. Ma mère va sûrement culpabiliser. Elle qui m’a toujours encouragée à poursuivre mes rêves. Mon père lui martèlera à longueur de journée qu’il avait raison, qu’à force de s’afficher, on finit par attirer l’attention des fous.
Tout à ma vision égoïste, je ne l’ai jamais écouté, étalant mon sourire et roulant des hanches sur les podiums successifs. Mon objectif ? Devenir Miss France ! Le résultat ? S’il entre, je suis morte. Je pensais que mon corps m'appartenait, et de ce fait, je pouvais en faire ce que je voulais sans avoir à en subir les conséquences. Visiblement, ce n'est pas une évidence pour tout le monde.
Un nouveau coup sur le chambranle me fait hurler. J’ai bien cru que cette fois elle cédait. Je ne dois pas rester là, je dois me cacher. À quatre pattes, je me dépêche de rejoindre la salle de bains. Une fois la porte verrouillée, celle de l’entrée explose sous un dernier impact.
 
— Roxane ! Viens ici, tu ne m’amuses plus.
 
Cette fois, je réduis mon souffle au minimum pour être sûre qu’il ne m’entendra pas. Il se rapproche, je perçois le bruit caractéristique de ses pas sur la moquette. Oh, mon Dieu ! S’il vous plaît ! Aidez-moi ! Ma prière silencieuse reste sans réponse et je vois la clenche baisser lentement.
Je me réveille en sursaut. Apeurée, je regarde dans tous les recoins de ma chambre. Je tâtonne ma table de chevet pour m'assurer que mon pistolet est bien là. Je soupire de soulagement, rassurée par sa présence. Je suis seule, tout va bien. Je récupère peu à peu mon souffle, coupé par l’angoisse. Avant de poser le pied à terre pour rejoindre la cuisine, je reste à l’affût du moindre bruit dans l’appartement.
Rassérénée, j’éteins ma veilleuse, et je sors de ma chambre après avoir enfilé mon peignoir blanc en coton. J’actionne le premier interrupteur se trouvant près du seuil de ma chambre, puis je me dépêche d’enclencher chaque lumière, à commencer par la salle de bains située juste à côté. La cuisine est à droite de la partie séjour qui occupe tout le reste de l’espace. Cet appartement est ouvert, cosy, petit. C’est moins grand que le duplex de mes parents, mais c’est chez moi ! Une fois la pièce bien illuminée, je me dirige vers le frigo pour m'emparer d’une bouteille d’eau.
Ma soif étanchée, je pousse un long soupir de bien-être. Je suis épuisée. Mes souvenirs viennent de plus en plus hanter mes nuits. D’après mon thérapeute, c’est dû au fait d’avoir retrouvé mon indépendance. Quitter le nid douillet de mes parents à Paris devenait urgent. À vingt-six ans, il était plus que temps de reprendre ma vie en main. Je suis heureuse d’avoir dégoté cette place de bibliothécaire à Lannion. Je suis passée devant mon lieu de travail en voiture ce matin, il se trouve dans un ancien couvent immense et magnifique.
Lannion est une merveilleuse petite ville des Côtes-d’Armor. Son centre-ville est superbe ! Les habitations à colombages éparpillées un peu partout dans les rues nous parlent d’une époque révolue. Je suis tombée en admiration devant l’une d’entre elles, elle date du dix-septième siècle et elle est surnommée « la maison du Chapelier ». Le dépaysement que je souhaitais avec Paris est total !
J’inspire et réunis mon courage pour rejoindre ma chambre. Vivre seule la journée ne me dérange pas, mais la nuit, c’est une tout autre histoire. Les coins sombres et le moindre bruit ravivent mes cauchemars. La peur essaye d'enfoncer ses griffes acérées dans mon esprit. Je dois parvenir à vaincre mes démons pour reprendre les rênes de mon existence.
L'appartement de nouveau plongé dans le noir, je m'allonge sur mon lit et fixe le plafond pendant de longues minutes. Je frissonne de frayeur, sursautant au moindre craquement. Je tourne et me retourne sans trouver grâce auprès du doux Morphée. Agacée, je cède une fois de plus à mes habitudes infantiles en allumant la lampe de chevet qui me sert de veilleuse, et en caressant mon pistolet comme un doudou. Cinq minutes plus tard, je m’endors.

Chapitre 1
Roxane
 
— Mademoiselle Delacourt, je suis heureux de vous accueillir dans notre belle médiathèque.
 
Je souris au maire adjoint de la ville, Monsieur Lison. La bibliothécaire précédente a cessé de travailler avant sa retraite pour cause de maladie. Je vais devoir reprendre les rênes d’une médiathèque fermée au public depuis trois mois. Ce matin, j’ai croisé une employée de ménage qui s’activait à dépoussiérer chaque centimètre carré de la pièce.
 
— Merci, Monsieur Lison.
 
La salle, déjà lumineuse grâce aux peintures de couleur crème, bénéficie de nombreuses sources d'éclairage. Des piliers s'imposent à intervalles réguliers au centre de la pièce. Le long des murs, des étals en pins sont alignés pour y recevoir les ouvrages par milliers. Dans la partie la plus éloignée de l’entrée, un espace numérique permettra aux étudiants de venir étoffer leurs recherches s’ils ne trouvent pas de réponse parmi les documents mis à leur disposition. Tout est parfait. L’adjoint au maire termine par me montrer le fonctionnement des machines pour le prêt des livres et avant de s’éclipser après une bonne demi-heure d’explications.
Je jette de nouveau un regard circulaire à mon nouvel environnement de travail. La médiathèque, bien qu’immense, n’occupe qu’une toute petite partie de l’ancien monastère. Monsieur Lison m’a rapidement indiqué qu’il comprenait aussi des salles de réception, de conférences, un point information jeunesse, des locaux associatifs… Ils sont tellement nombreux que je suis assurée de ne jamais être seule entre ces murs.
Je jette un coup d’œil à l’horloge et décide d’ouvrir la porte automatique avec cinq minutes d’avance. Je flâne entre les rayonnages pour replacer certains livres. Vers onze heures, seulement une jeune fille se présente, étonnée de voir les panneaux vitrés coulisser lors de son passage après un rendez-vous pour un entretien d’embauche. L’information de la réouverture ne semble pas avoir encore fait le tour de la commune, il va falloir réfléchir à une stratégie de communication pour informer les habitants de Lannion.
À midi, je rejoins le centre-ville pour me restaurer en me baladant. J’achète un sandwich à la boulangerie et me rends à l’office du tourisme. Par chance, elle ouvre avant la médiathèque. Une dame charmante m'accueille.
 
— Bonjour, puis-je vous renseigner ?
— Bonjour, je suis fraîchement arrivée de Paris et je souhaiterais connaître les lieux à visiter dans les environs.
 
Il ne fallait pas en demander plus ! En moins de dix minutes, je sors heureuse, avec des adresses plus alléchantes les unes que les autres. La plage de Trégastel est la destination me faisant le plus envie. J’ouvre la médiathèque avant de me plonger dans les documents concernant la côte de granit rose. La journée s’écoule avec lenteur, j’en profite pour redécouvrir des littératures classiques. À dix-sept heures, je ferme les portes jusqu’au lendemain. Ce fut une première journée calme mais agréable.
Mon petit cocon est situé au premier étage d’un immeuble qui en comprend six. Le fait de me retrouver enfermée dans mon appartement me déprime un peu lorsque j’y pénètre. J’ai envie de bouger, forte de ce regain d’énergie que mon activité m’a procurée, je décide d’aller visiter les environs. Avant de quitter mon logement, je me dirige dans ma chambre et place mon pistolet dans mon sac à main, cela m’aide à me sentir plus en sécurité. J’arrive vite dans la rue et rejoins ma Mini garée à une centaine de mètres de la porte, direction la plage de Trégastel. En cette journée de fin mai, le soleil est encore haut dans le ciel à dix-huit heures, il fait beau. Le trajet est rapide, j'atteins le parking en à peine quinze minutes.
Paris ne me manque pas ! Je prends un bol d’air pur iodé en ouvrant ma portière, ce qui contraste grandement avec la pollution de la capitale. Le vent est plus présent par rapport au centre-ville, c’est très agréable. J’enfile ma parka, je la conserve dans mon coffre en cas de besoin, et je descends le plus près possible de l’eau. Comme je m’y attendais au vu des photos consultées, c’est magnifique. Je commence à longer le rivage et j’apprécie la beauté de la grève blanche. Au loin, je remarque une presqu’île surmontée de deux gros rochers. J’ai lu quelque part que certains Bretons l’appellent « l’île aux lapins ».
Je m’installe sur une pierre recouverte de verdure et admire le ciel s’embrasant sous le coucher du soleil. Les reflets dorés s’étalent à perte de vue devant mes yeux émerveillés. Ce lieu est magique. Je suis si absorbée par la beauté du spectacle, que je réalise être seule sur la plage quand la nuit noire remplace mon tableau aux lueurs chatoyantes.
Je panique. Une boule d'angoisse enfle peu à peu au creux de mon estomac. Mon souffle s’accélère légèrement. Je dois rejoindre ma voiture le plus vite possible. Je vérifie dans mon sac et m’aperçois que j’ai oublié ma lampe torche. Bon sang ! J’ai besoin de lumière. Je regarde autour de moi, au loin, je repère un petit hameau de maisons éclairé par des lampadaires. Je m’y réfugie, le pas pressant, presque en courant. L'anxiété commence à ronger mes nerfs de ses effluves acides et néfastes. Je souffle de soulagement quand le béton remplace le sable sous mes pieds.
J’essaie de m'orienter, mais, je dois me l’avouer, je suis perdue. J’arrive à l’extrémité du hameau. Je suis pratiquement sûre que ma voiture se situe de l’autre côté de l’obscurité, mais je me sens incapable de la traverser seule. Je reste sur place, immobile et indécise, me laissant emporter par mes souvenirs cauchemardesques. Les images commencent à défiler devant mes yeux, tentant d’annihiler le peu de raison qu’il me reste. Je pourrais peut-être dénicher une nouvelle route pour rejoindre mon véhicule ? Cependant, rien ne me garantit d’en trouver une !
Soudain, je ressens une présence derrière moi. Je fais volte-face en hurlant. Guidée par la terreur, je glisse la main dans mon sac pour sortir mon pistolet. Je tiens en joue l’inconnu. Il recule vivement, les paumes tendues vers moi.
 
— Du calme, je ne vous veux pas de mal ! s’exclame-t-il le regard écarquillé de peur devant mon arme.
 
Je me ressaisis de justesse et baisse mon pistolet. L’homme face à moi me domine d’une tête. Il possède une carrure athlétique. Son visage aborde des traits ciselés, une mâchoire carrée, un nez fin et une bouche charnue aux lèvres pincées par la contrariété. Une ride du lion se creuse entre ses sourcils. La lueur tamisée des lampadaires ne me permet pas de déterminer la couleur de ses yeux. Ils paraissent sombres. Il y a quelque chose de rassurant dans son regard doux. Il est vêtu d'un pantalon de lin clair et une chemise noire ouverte sur son torse laissant apparaître la naissance de ses pectoraux.
Je souffle de soulagement, demandant mentalement à mon cœur battant à tout rompre de se calmer. Je lance à l’homme face à moi, contrite :
 
— Désolée, vous m’avez surprise. J’ai eu peur.
 
Le rire qui s’échappe de sa gorge sonne agréablement à mes oreilles. Quand il me répond, je remarque un changement dans sa voix devenue plus grave que lorsque je l’ai menacé avec mon pistolet.
 
— Eh bien, on peut dire que vous avez de quoi vous défendre.
 
Je me sens bête de ma réaction. Gênée, je ne sais plus quoi dire.
 
— Il me semblait que vous cherchiez quelque chose. Je m’approchais juste pour vous demander si je pouvais vous renseigner, ajoute-t-il d'un ton amusé.
 
Dans un premier temps, j’ai envie de l’envoyer promener, mais je me souviens de l'obscurité que je dois traverser. Je n’ai pas beaucoup de choix. Soit je réclame de l'aide à cet homme, soit je le remercie et trouve une autre solution. Je n’ai certainement pas l’intention de camper ici !
 
— Je suis perdue. Je me suis garée sur la digue un peu plus en amont, mais la tombée de la nuit m'a surprise. J'ignore quelle direction prendre.
— Je vous accompagne, si vous le souhaitez. À deux, nous pourrons peut-être retrouver votre voiture.
 
J’étudie sa proposition, il ne me semble pas avoir de mauvaises intentions cachées. Je ne peux m’empêcher de passer les doigts dans mon sac pour caresser mon arme afin de me rassurer. Je suis protégée, je ne risque rien. D’un signe de tête, j’accepte son offre.
 
— Alors, c’est parti ! Et quelle voiture devons-nous chercher ?
 
Je lui détaille ma jolie Mini avant de nous mettre en route, puis je plonge dans les ténèbres de la plage avec un parfait inconnu, luttant contre mes appréhensions qui me hurlent de ne plus faire un pas.
 
Chapitre 2
Léonardo

Eh bien ! On peut dire que la demoiselle a de bons réflexes ! Si j’avais eu l’intention de l’agresser, je serais mort à l’heure qu’il est. Nous marchons silencieusement côte à côte. Elle demeure sur ses gardes, terrorisée, sur la défensive, prête à braquer l’inconnu pouvant nous sauter dessus par surprise. J’ignore pourquoi elle est dans cet état.
 
— Quel est votre prénom ? je demande pour tenter de l'aider à se détendre un peu.
 
Qu’est-ce que ça peut te faire ? Tu la balances dans sa voiture et tu te casses !
Je me raidis en entendant le ton sec qui résonne dans ma tête. Elle me détaille d'un œil scrutateur. C'est comme si elle essayait de m'analyser. De percevoir à travers mes gestes les raisons de ma question innocente. Je ne sais ce qui la convainc, mais elle finit par me répondre. Sa voix, devenue plus douce, porte difficilement à cause du vent qui rugit sur la plage.
 
— Roxane. Et vous ?
Ne dis rien !
— Léonardo. Enchanté, Roxane, je poursuis en ignorant l’ordre qui a retenti dans mon esprit.
 
Elle sourit avant de me lancer :
 
— Vous êtes du coin ? Il me semble percevoir un léger accent.
— J’habite une petite ferme isolée à l’extérieur de Lannion. Mais je suis né au Guatemala. J’ai la double nationalité. Mes origines guatémaltèques sont issues de mon père. Ma mère vit en Bretagne depuis toujours. Je suis heureux qu’elle ait choisi de m’élever ici. C’est un cadre magnifique pour un enfant. Et vous, d’où venez-vous ?
 
Elle lâche un petit ricanement avant de me dire :
 
— C’est un interrogatoire ?
Laisse cette fille tranquille !
— Non, simplement une conversation entre deux adultes responsables faisant connaissance.
 
Je ne peux pas m’empêcher de lui faire un clin d’œil. Son visage s’éclaircit malgré l’anxiété qui perce sur ses traits. Elle est vraiment très belle. Son visage, encadré par une chevelure brune faisant ressortir le bleu de ses yeux en amande, forme un ovale parfait au milieu duquel se dresse un petit nez fin et légèrement retroussé. Elle porte des vêtements amples dissimulant sa silhouette. Sa démarche est gracieuse, je suis sûr qu’elle doit être top model ou quelque chose dans le genre.
Regardez-moi ça ! Il va nous faire le Don Juan !
Je baisse rapidement les paupières pour repousser les commentaires sarcastiques que je suis le seul à entendre.
 
— J'ai grandi à Paris. Je suis arrivée il y a un peu plus d’une semaine à Lannion. J'ai obtenu un poste à la médiathèque de l’espace Saint-Anne.
— Paris ? Oh ! Je comprends pourquoi vous vous promenez avec un pistolet alors ! Il est vrai que ce n’est pas la plus sûre des villes de France.
 
Son souffle d’exaspération m’interpelle. Ironique, elle s’exclame   :
 
— Mais oui ! C’est ça ! À tous les coins de rue, un homme attend une jeune fille insouciante pour l’égorger !
 
Oh ! Oh ! Il a énervé la dame !
Je suis autant amusé que médusé par sa réaction.
 
— Pardon si je vous ai offensée. J’essaie juste de comprendre pourquoi une femme se balade avec un flingue sur elle. Ce n’est pas très courant dans le coin.
 
Je crois qu’elle ne s’est pas rendu compte de sa véhémence, car elle baisse la tête, gênée.
 
— J’aime Paris. L’image que certains en ont m’énerve. Ce n’est pas plus dangereux de vivre là-bas que partout ailleurs.
 
Taquin, je lui réponds :
 
— Promis, je ne dirai plus le moindre mal de notre belle capitale.
 
Nous continuons notre marche en échangeant sur des banalités, les lieux qu’elle a repérés et souhaiterait visiter. Quand nous atteignons la digue, elle pousse un soupir de soulagement.
 
— Je ne pensais pas être de si mauvaise compagnie.
 
Tu la fais suer ! Laisse-la tranquille !
Elle lâche un léger rire.
 
— Non, ce n’est pas ça. C’est… autre chose, elle me réplique, mystérieuse.
 
L’éclairage plus lumineux des réverbères me permet de remarquer son teint hâlé. Cette fille est un canon de beauté ! Pourquoi s’habille-t-elle si mal ? Elle pourrait être beaucoup plus resplendissante dans des vêtements plus ajustés.
C’est vrai que son goût pour la mode laisse à désirer !
Une fois de plus, je presse les paupières pour repousser la voix dans ma tête. J’essaie de rester discret, je ne veux pas qu’elle pense que j’ai des tics incontrôlables.
 
— Elle est là !
 
Trop vite, elle a rejoint sa voiture. Arrivée près de cette dernière, elle sort les clés de son sac et ouvre les portières.
 
— Merci beaucoup de m’avoir aidée à retrouver mon chemin, Léonardo.
 
Je hausse les épaules en lui répondant :
 
— Ce n’est rien, je suis garé à quelques pas, moi aussi.
 
Elle me fixe, puis se secoue et se retourne, prête à monter dans son véhicule. Sous le coup d'une pulsion, je crie :
 
— Attendez !
 
Elle me jette un regard interrogateur. Je prends le temps de calmer les gémissements plaintifs qui fusent à l’intérieur de mon crâne et lui demande :
 
— Je peux vous inviter à boire un verre ? En toute amitié !
 
Elle pèse le pour et le contre, puis me répond, un sourire moqueur aux lèvres.
 
— Il se fait tard pour cela. Une prochaine fois, peut-être ?
 
Difficile quand je ne sais même pas comment la contacter. Bien décidé à la revoir, je lui propose :
 
— Le café Le Chapelier , dans la rue du même nom, à Lannion. Vous connaissez ?
 
Elle réfléchit, je vois qu’elle hésite et semble ennuyée, mais finalement elle hoche la tête.
 
— Oui, il me paraît sympa ! Mais, je suis désolée, je ne…
 
Je lui coupe la parole avant d’essuyer un refus.
 
— S’il vous plaît.
 
Elle se concentre sur ses mains, et je vois qu’elle a du mal à accepter. Je me baisse légèrement et lui lance un regard suppliant, elle pouffe avant de me répondre.
 
— Je ne vous connais pas.
— Alors, apprenons à faire connaissance. Tenez, voici mon numéro de téléphone.
 
Tout en sortant la carte bristol de la poche de ma veste, je plisse les yeux pour lutter contre les protestations à l’intérieur de mon crâne. Elle récupère le morceau de papier avant de le fourrer dans son sac.
 
— Encore merci, Leonardo, lance-t-elle en se retournant.
 
Je la regarde grimper dans sa voiture et la suis des yeux jusqu’à ce qu’elle disparaisse.
Putain ! T’es fou ! Tu n’as aucun espoir ! Tu le sais !
 
— Taisez-vous !
 
J’ai hurlé tout en me tapant la tête. Dès que le silence est revenu et après m’être assuré que personne n’a remarqué mon combat intérieur, je me dirige vers mon véhicule. Assis sur mon siège, je lâche un soupir dépité. Je suis éreinté. J’espère réussir à être présent samedi. Cette femme m’a tout de suite intrigué, j'ignore pourquoi, mais j’ai envie d’en savoir un peu plus sur elle.
Tu veux juste te la faire ! Tu sais que c’est interdit !
Je cogne mon crâne deux, trois fois sur l’appui-tête et démarre pour rentrer à la maison. Tout au long du trajet, je prie pour être présent au rendez-vous de samedi.
 
Chapitre 3
Roxane
 
Mais dans quoi me suis-je engagée ? Depuis deux semaines, j’échange avec Léonardo tous les trois jours. Il me fait rire et se révèle sympathique. Malgré tout, je ne parviens pas à passer outre mes réticences. Je ne serais pas dans cette situation si j’avais su étouffer ma culpabilité.
Ma mère m’a appelée et m’a demandé si j’avais enfin réussi à faire de nouvelles connaissances. Sans le vouloir, elle laissait paraître son angoisse quant à ma vie sociale. Pour la rassurer, je lui ai annoncé que j’ai fait la rencontre d’un homme charmant. Pourquoi ? Eh bien, parce que c’est la première chose qui m’est venue à l’esprit. Deux jours plus tard, rongée par le remords de lui avoir menti, j’ai accepté la nouvelle invitation de Léonardo pour soulager ma conscience. Je sais que, sur le coup, ça m’a semblé être une bonne idée. Après tout, je ne vais pas arrêter de vivre ! Faire des connaissances dans le coin me permettrait de me sentir un peu plus intégrée. D’échapper à l’ennui.
Depuis une heure, j’essaie de trouver comment m’habiller, et je n’arrive toujours pas à me décider. Lors de mes dernières séances shopping à Paris, j’ai acheté des vêtements amples et sombres pour dissimuler mon corps. Je le regrette maintenant.
Je lâche un cri d’exaspération en envoyant valser la jupe longue plissée que je tiens dans les mains. Je jette un regard furibond à mon armoire. Je suis restée moi-même surprise d’avoir accepté si facilement de le rejoindre pour boire un verre. Puis j’ai finalement mis cet entrain sur le coup de la solitude qui commence à me peser depuis que je n’ai plus mes parents près de moi. Les jours qui ont suivi notre rencontre sont passés à une vitesse alarmante.
J'ai tout de suite remarqué cette gentillesse perçant dans le regard de Léonardo. Mais je ne vais pas me le cacher, c’est aussi un homme très attirant. Six ans plus tôt, j’aurais tout fait pour qu’il me regarde et je l’aurais croqué sans hésiter. Parfois, la fille joyeuse au tempérament fonceur que j’étais me manque. Mes amis également…
Je me reprends avant que la nostalgie ne s'installe. Si je me laisse aller, je ne serais plus capable de sortir de chez moi. Ce ne serait pas juste de lui poser un lapin alors qu’il m’a gentiment aidée l’autre soir. Je choisis d’enfiler un jean bleu, trop moulant à mon goût et dissimule mes formes grâce à un pull gris en laine. J’accommode le tout avec un gilet en cachemire épais et une casquette gavroche noire. Après avoir rapidement vérifié le résultat dans le miroir en pied de ma chambre, je m’attaque au maquillage. Je trace un trait de khôl sous mes yeux, le bleu qui les colore paraît plus intense. Je place ma frange de façon à les dissimuler un peu pour ne pas trop attirer l’attention. Je peste contre mes propres contradictions : être présentable pour ce rendez-vous tout en voulant me fondre dans le décor.
Mon appartement se situe à cinq minutes à pied du centre-ville, je décide de m’y rendre en marchant malgré les nuages menaçants perçant à l’horizon. Je longe les trottoirs en admirant les maisons à colombage. C’est étrange, on a vraiment l’impression qu’elles sont penchées, prêtes à s’étaler au sol à cause de leur architecture particulière. Je tourne dans la rue du Chapelier et arrive au café du même nom à quatorze heures pile.
J’entre dans le bar et remarque l’absence de Léonardo. Je m’installe à une table près de la devanture. Après avoir commandé un café au lait, je regarde passer les badauds à travers la fenêtre. Chacun vaque à ses occupations sans se soucier du monde qui l’entoure. Un homme jette un coup d’œil dans ma direction et me lance un sourire charmeur suivi d’un petit signe.
Un sentiment d’insécurité s’empare aussitôt de moi. Il m’a vue ! Je détourne le regard et l’ignore. Je fixe ma tasse, puis me risque à lever les yeux après plusieurs minutes, pour me rendre compte qu’il a continué sa route sans insister. Je ne me sens plus aussi à l’aise qu’à mon arrivée. Et si cet homme m’attendait à l’extérieur ? Quand j'ai croisé le regard de Julien pour la première fois, il m'a semblé insignifiant, pourtant, cet instant a marqué le début de mon enfer.
 
— Roxane ?
 
Je suis tellement perdue dans mes souvenirs infernaux que je pousse un petit cri quand la voix grave de Léonardo prononce mon prénom. Une fois de plus, il tend les mains devant lui et me lance sur le ton de la moquerie :
 
— Ne sortez pas les armes, je viens en paix !
 
Là-dessus, il s’empresse d’attraper la serviette en papier blanc près de ma tasse et l’agite en guise de drapeau. Je sens mes joues chauffer, à coup sûr, je pique un fard ! Je ne sais plus où me mettre. J’essaie de reprendre contenance le temps qu’il s’installe face à moi et commande un coca.
 
— Bon ! On recommence à zéro ! Bonjour, Roxane. Comment allez-vous ?
 
Je me confonds en excuse.
 
— Je suis désolée, j’étais en train de… enfin… Je… J’étais ailleurs.
 
Un joli sourire éclaire ses yeux et accentue la courbe de ses pommettes.
 
— Eh bien, je n’aimerais pas y être ! Ça doit être effrayant !
 
Je ne peux m’empêcher de rire devant sa grimace. Quel clown ! Nous sirotons doucement nos consommations en discutant de ses lieux préférés en Bretagne et des miens à Paris. Deux heures se sont écoulées sans que j’en prenne conscience. Nous décidons de profiter de la clémence du temps pour retourner à la plage de Trégastel. Ma Mini étant restée chez moi, nous prenons sa voiture. Le tutoiement s’est installé de lui-même au cours de nos conversations, et cinq minutes après avoir démarré, il me demande :
 
— As-tu déjà goûté nos spécialités bretonnes ?
— Non, je n’en ai pas encore eu l'occasion, mais j’en ai bien l’intention !
— Mercredi prochain, si tu es d’accord, je t’emmène en déguster une.
 
Une invitation au restaurant ! J’hésite à accepter. Je pèse le pour et le contre, avant de m’imaginer dans une dizaine d’années, recluse et vieille fille, errant dans le centre de Lannion. Je n’ai qu’une vie, Julien a déjà essayé de me la voler une fois, à moi de ne pas continuer la descente aux enfers ! La compagnie de Léonardo est agréable, je ne vois aucune raison de refuser.
 
— J’ai hâte de découvrir de nouvelles saveurs !
 
Nous arrivons à Trégastel. Le vent est au rendez-vous. Étant donné qu’on ne parvient pas à s’entendre parler, nous nous contentons de nous promener le long de la plage. Nous ôtons nos chaussures et laissons les vagues venir mourir sur nos pieds dénudés. Encore une fois, le spectacle qu’offre le soleil rejoignant l’horizon est époustouflant ! Je suis si concentrée sur les couleurs dorées que je marche sur un trou dans le sable. Je perds l’équilibre et manque de m’aplatir la tête la première.
Deux bras puissants m’attrapent sous la poitrine. Léonardo me tourne vers lui pour m’éviter la chute. Collée contre son torse, je plonge directement dans son regard marron chocolat. Une décharge électrique parcourt mon corps en réponse. Je suffoque un peu sous le coup de l’étrange émotion qui s’empare de moi. Nous restons ainsi un long moment, nos souffles se mélangeant à chaque expiration.
Quelque chose glisse furtivement dans les prunelles de Léonardo. Il soupire et nous nous détachons rapidement. J’ai du mal à me ressaisir. Il est le premier à reprendre ses esprits.
 
— Si tu veux piquer une tête, je te conseille un maillot de bain. Néanmoins, à cette période, tu risques d’en ressortir toute bleue !
 
Je ricane, troublée par les sensations ressenties. L’obscurité commence à prendre place, alors nous décidons de rentrer. Sur le trajet du retour, je suis attristée de devoir déjà le quitter. Si Léonardo n’était pas à côté de moi, je me mettrais des claques juste pour me faire réagir face à mon apitoiement.
Devant mon appartement, nous nous accordons pour qu’il vienne me chercher mercredi vers dix-huit heures. Je sors de la voiture et le salue d’un signe de la main. Une fois rentrée chez moi, je me plaque contre la porte d’entrée, essoufflée, comme si j’avais fui le diable.
Il me faut plusieurs minutes pour me reprendre avant de filer sous la douche. Je prends le temps de me détendre et de penser à la journée écoulée. Au moment d’aller me coucher, je décide de mettre mes réactions à l’égard de Léonardo sous le coup de la solitude qui commence à me peser. Comme chaque soir, je m’endors lentement après avoir allumé la veilleuse et caressé mon pistolet.
 
Chapitre 4
Léonardo
 
Si les autres apprennent mes desseins, je risque de passer un sale quart d’heure. Je vérifie une fois de plus être habillé de façon correcte. Jean noir, chemise blanche et veste de costume assortie au pantalon. J’agrémente le tout d’une paire de chaussures de ville à lacets. Je ne force pas trop sur l’After-shave, pour éviter de filer la migraine à ma cavalière et laisse le premier bouton de ma chemise ouverte. Parfait !
Je m’apprête à sortir de la salle de bains, mais mon regard se pose sur la boîte de médicaments trônant sur le lavabo. J’ai vraiment envie de passer une soirée tranquille. Sans ça… Je risque de tout faire capoter. Je décide d’embarquer le petit récipient blanc, j’en avalerai une ou deux discrètement lors du repas.
Quand j’arrive dans le salon, Izabella mate la télévision, installée sur le canapé. Encore une série à l’eau de rose en espagnol.
 
— Comment veux-tu apprendre correctement le français si tu continues à regarder les programmes en espagnol ?
 
Elle ne prend pas la peine de se retourner pour me répondre, elle me lance :
 
— Léonardo, quand je désirerai ton avis, je te le demanderai...

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