Lou
201 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Lou

-

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
201 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Description

Romance contemporaine - 322 pages


Lou n’a que dix-huit ans. Pourtant, elle a déjà tout d’une adulte responsable. Depuis toujours, elle consacre sa vie à sa mère alcoolique et à ses frères et sœurs, ce qui n’est pas toujours évident quand la menace des services sociaux pèse sur sa petite famille, telle une épée de Damoclès.


Toutefois, elle décide de suivre ses études à Harvard, où elle vient d’être acceptée, dans l’espoir d’obtenir son diplôme d’avocat afin de sortir de la misère et d’assurer un avenir convenable à sa fratrie.


Pensant pouvoir jongler sans trop de difficultés entre l’université et sa maison de Roslindale où elle revient le week-end pour s’occuper des enfants, sa rencontre avec le séduisant professeur Smith va tout bouleverser.




Les émotions éprouvées lors de notre lecture sont portées par les rebondissements qui rythment l’ensemble.



Un récit captivant sur une relation interdite !



Beli, Chroniqueuse pour Livre sa vie.


Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 104
EAN13 9782379610165
Langue Français
Poids de l'ouvrage 11 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

LOU – Tome 1
Tome 1

ANGIE L.DERYCKERE
Tome 1

ANGIE L.DERYCKERE



Mentions légales
Éditions Élixyria
http://www.editionselixyria.com
https://www.facebook.com/Editions.Elixyria/
ISBN : 978-2-37961-016-5
Corrections : Nord correction
Photo de couverture : Studio Neosiam
Remerciements


Je remercie les éditions Elixyria de me faire confiance pour Lou, une héroïne pas comme les autres.
J’ai décidé de m’ouvrir un peu plus en tant qu’auteur en écrivant cette histoire inspirée de faits réels. Cela n’a pas été évident de coucher les mots sur le papier quand tous les souvenirs vous reviennent, intacts, pourtant, alors que j’étais persuadée de les avoir enfouis au plus profond de moi-même… pour oublier.
Mais on n’oublie pas Lou…
Mes personnages m’ont bouleversée, peut-être parce qu’ils me sont chers… et j’espère sincèrement que son histoire vous touchera, peu importe de quelle manière.
Je remercie mes bêta et amies, Marlène (Beli), Mélissa Letabareux, Véronique Barrère et ma collègue Christelle, pour l’aide précieuse qu’elles m’apportent, peaufinant mes écrits avec dextérité. Vous voir hurler de rage, vous emballer dans l’histoire et conseiller Lou comme si elle était là à mon côté m’a beaucoup touchée.
Je n’oublie pas non plus de remercier mes proches pour la patience qu’ils témoignent quand je suis plongée dans mon manuscrit. Celui-ci particulièrement.
Et à vous, lecteurs, bienvenue dans la vie de Lou, une héroïne pas comme les autres…

Angie L.Deryckère










« Écrire, c’est aussi ne pas parler. C’est se taire. C’est hurler sans bruit. »
Marguerite Duras
À Lou…
Tu es celle qui m’a montré qu’il faut toujours se relever, quoi qu’il arrive. Malgré tes souffrances et les difficultés, tu as su pardonner et ne jamais abandonner.
À toi, mon étoile

CHAPITRE 1



— Ce n’est pas à moi de le faire ! Je te rappelle que j’ai mis la table ce midi.
Exaspérée, je lève les yeux et ravale silencieusement le juron qui roule dans ma gorge. Lilou est insupportable. Elle ne m’est d’aucune aide à cette minute.
Cependant, je continue de garder le contrôle de la situation malgré la pagaille qui règne dans la cuisine.
— Tu peux au moins t’occuper de Liam, le temps que je termine de préparer le repas, beuglé-je en lançant un coup d’œil vers mon petit frère qui s’est mis à courir autour de la table en braillant dans son pyjama bien trop étroit.
Je l’observe tandis qu’elle se lève d’un bond de sa chaise pour attraper le bambin par le bras avant de lui fourrer sa tétine dans la bouche.
— Tu vas te calmer cinq minutes ! J’en ai assez de t’entendre, grogne-t-elle en soulevant le petit.
Je fronce les sourcils pendant qu’elle l’installe dans sa chaise haute. Du haut de ses douze ans, elle n’avait jamais montré jusqu’alors autant de nervosité. Habituellement impassibles, à cette minute, ses traits fins sont durcis par une grande impatience.
Je remue les macaronis et éteins le feu de la sauce bolognaise qui bouille depuis quelques minutes.
— Tu sembles sur les nerfs, remarqué-je en m’avançant vers la table où elle vient de reprendre place, concentrée sur son livre. Tu veux en parler ?
Elle lève la tête et accroche mon regard pendant quelques secondes avant de m’ignorer totalement.
Un soupir de résignation m’échappe. Je retourne devant mes fourneaux et prépare la passoire dans l’évier. Je mets les pâtes à égoutter quand, au même instant, la porte s’ouvre brusquement sur Louna qui déboule dans la cuisine en riant aux éclats.
— Je l’ai vu ! J’ai tout vu ! s’écrie-t-elle en posant les mains sur sa bouche.
Surprise, je pose les miennes sur ses épaules afin de l’immobiliser. Ses yeux bleus me fixent telles des soucoupes.
— Qu’as-tu vu, ma puce ? lui demandé-je, intriguée.
— J’ai… Lenny !
— Et alors ? insisté-je en me baissant à sa hauteur.
Elle déglutit péniblement. Tout en m’observant de son regard malicieux, elle semble perdre l’énergie avec laquelle elle vient de débarquer dans la pièce.
De plus en plus inquiète par son comportement, je l’oblige à me révéler ce qu’elle a vu.
— Ben… Je ne savais pas que Christie était là. Je suis… entrée dans sa chambre et il avait sa main dans son pantalon.
— Dans son pantalon ? répété-je, outrée.
— Oui, dans le pantalon de Christie ! acquiesce Louna d’une voix innocente.
— Mon Dieu, ce n’est pas vrai…, soufflé-je.
Je suis furieuse et complètement sous le choc. Cependant, je ne montre pas à ma petite sœur âgée de sept ans à peine que je suis très en colère contre lui et que je pourrais le tuer maintenant d’avoir infligé cela à Louna.
Évidemment, Lilou le remarque quand je me redresse d’un bond. Je l’oblige à mettre la table sur-le-champ et décide de rejoindre ce petit con dans sa chambre avant qu’il n’aggrave sa bêtise.
J’ignore la grimace réprobatrice de Lilou et m’éclipse de la pièce au pas de course.
Une fois arrivée à l’étage et après avoir marché douloureusement sur les pièces de Lego qui jonchent un peu partout le sol, je tambourine contre la porte de l’adolescent en rut.
Pendant une fraction de seconde, j’hésite à ouvrir immédiatement afin de les tirer du lit, lui et sa petite-amie.
En fait, non. Le choix est fait.
Je l’ouvre brusquement et écarquille les yeux de stupeur. Je la referme illico presto face au spectacle indécent dont l’acteur porno n’est autre que mon petit frère de quinze ans.
Sous le choc, je m’adosse contre le mur et me masse les tempes en tentant d’effacer les images bouleversantes de mon cerveau et d’ignorer les cris et insultes qui fusent de sa chambre.
Christie ne met pas longtemps avant d’ouvrir la porte, le visage rougi par la honte. Elle est si gênée que je l’aie surprise en pleine activité buccale qu’elle n’ose pas croiser mon regard et se met à courir vers la sortie.
— Chris ! Chris !
Les appels de Lenny n’y changent rien. Nous entendons la porte d’entrée claquer violemment.
Elle est partie.
— Putain ! Tu fais chier, Lou ! hurle-t-il en me rejoignant dans le couloir.
— Oh, excuse-moi de t’avoir interrompu pendant ta petite gâterie ! lancé-je d’un ton sarcastique. Louna vous a surpris, bordel ! Tu devrais faire plus attention à ce que tu fais dans cette maison !
Je suis furieuse… lui aussi. Il me fixe avec des yeux si noirs que je crains pendant un instant qu’il ne me colle son poing sur le nez.
Comme si j’avais peur de cet ado sans cervelle !
Je me redresse de tout mon haut sans lâcher son regard.
— Louna t’a surprise en train de mettre ta main dans sa petite culotte, Lenny !
Son visage blêmit. Il semble enfin se rendre compte de la situation.
— Merde…
— Arrête d’être grossier, tu veux ! Écoute, tu es bien trop jeune pour…
— Quoi ? me coupe-t-il, furibond. Après les insultes, tu m’interdis de baiser, c’est ça ?
— Lenny !
— Arrête, Lou ! J’en ai marre, occupe-toi de ta vie au lieu de t’immiscer dans mes affaires !
— Tes affaires ? hurlé-je à mon tour. Ce sont mes affaires, figure-toi ! Tu n’as que quinze ans et tu te conduis n’importe comment sans te soucier de tes sœurs !
— Tu n’es pas ma mère !
Mon cœur cesse de battre instantanément. Les larmes me montent, mais c’est à ce moment précis que je remarque qu’il regrette amèrement les mots qui viennent de s’échapper de ses lèvres.
Déboussolée, je secoue la tête, espérant retrouver le courage dont j’ai besoin pour nous sortir de cette dispute.
— Je le sais, Lenny…
— Ce n’est pas ce que je voulais dire. Excuse-moi, Lou, répond-il en levant une main vers moi.
Je hoche la tête, acceptant ses excuses, mais j’ignore ses doigts tendus dans ma direction. Son regard brillant de larmes me touche de plein fouet.
— Lou, souffle-t-il d’une voix tremblante. On n’a jamais rien fait…
— Ce n’est pas la question, rétorqué-je. Louna n’a que sept ans et tu sais très bien qu’on essaie tous les deux de faire en sorte qu’elle n’assiste jamais à ce genre de situation avec maman.
— Je sais… Je suis désolé.
Je ferme les paupières et inspire profondément avant de les rouvrir pour ancrer mon regard au sien.
— Écoute… Je ne t’interdis pas de voir ta petite-amie, mais ici, ce n’est pas l’endroit idéal, tu comprends ?
— Ouais… Je vois… Avec maman qui ramène un type différent chaque soir.
Un faible sourire étire mes lèvres. Nous savons tous les deux que nous ne pouvons rien faire pour changer cela. Évidemment, ce n’est pas faute d’avoir essayé de faire comprendre à notre mère qu’on en avait assez de voir défiler des hommes différents à longueur de temps à la maison.
Pourtant, Sally Taylor n’a que faire de ce que pense sa progéniture. De toute façon, elle n’est jamais là pour s’occuper de nous et je me demande à nouveau si j’ai bien fait d’avoir décidé de partir à l’université.
J’ai travaillé dur pour être acceptée à Harvard. Au fond, je n’y croyais pas vraiment quand j’ai envoyé mon dossier d’inscription en y joignant la thèse qui permettait à l’administration de faire son choix. C’est d’ailleurs Lenny qui m’a persuadée de le faire, me promettant qu’il s’occuperait des petits quand elle serait au travail ou dans son lit à faire des galipettes avec son nouvel amant.
Je ne sais pas ce qui m’a pris de l’avoir écouté, car ce qui s’est passé ce soir risquerait bien de compromettre mon avenir, ainsi que celui de ma famille.
Notre mère a toujours été volage et instable. Nous sommes cinq, tous issus de pères différents. Elle est restée avec le mien pendant mes deux premières années avant de demander le divorce. Après cela, elle n’a fait que courir à droite et à gauche, tentant désespérément de trouver le bon parti. Chose qui n’est jamais arrivée.
Pourtant, après les pitoyables échecs avec le père de Lenny et celui de Lilou, nous avons tous cru que John Stevens parviendrait à la dompter. Cela a duré cinq ans avant qu’il ne claque la porte un soir de printemps en laissant Louna sans nouvelle.
Aucun d’entre nous ne connaît les raisons de ce malheureux départ, Sally n’a jamais rien voulu dire. Alors, malgré notre déception de voir partir cet homme qui nous avait élevés avec beaucoup d’attention et d’amour, nous avons fait comme si rien ne s’était passé et avons pris le relais en nous occupant des plus petits quand maman décrochait encore et encore de son rôle de mère.
Puis, le père de Liam est arrivé un beau matin de février. Je m’en souviens comme si c’était hier. Il s’est présenté à Lenny et moi comme le plombier, mais il n’a jamais touché à la tuyauterie. Il passait le plus clair de son temps dans la chambre de notre mère et braillait comme un homme des cavernes quand le dîner n’était pas prêt à l’heure.
Il me faisait peur. Son regard me révulsait.
Je secoue la tête, chassant les horribles moments passés en sa compagnie et sentant la nostalgie refaire surface.
Je n’ai aucun souvenir de mon père. Sally dit qu’il est mort lorsque j’avais à peine quatre ans, mais je n’y ai jamais vraiment cru.
Pourquoi avoir déménagé aussi souvent ?
Je déglutis, me souvenant des nombreuses fois où j’imaginais mon père revenir pour reprendre son rôle, pour m’emmener loin d’ici…
Notre mère nous cache beaucoup de choses, mais au fond, je ne préfère rien savoir sur son passé. Le présent est plus important. Lenny, Lilou, Louna et Liam ont besoin de moi.
Soudain, les cris provenant de la cuisine me sortent de mes pensées. Je me concentre sur les braillements de Liam avant d’entendre la voix de Lilou qui tente sans doute de le calmer. Je lâche un soupir de lassitude et, irritée, j’observe Lenny qui reste planté devant moi, la tête baissée.
— Lenny… Je pense que je vais repousser mon départ…
— Non ! me coupe-t-il d’une voix tranchante. Ne fais pas ça. Ils t’attendent à Harvard, Lou. Tu vas devenir quelqu’un et ce n’est pas en restant ici que ça arrivera.
— Au moins, je pourrai veiller sur vous…
— Ne fais pas ça, Lou. Je m’en sortirai et tu seras là les week-ends, c’est bien pour ça que t’as choisi cette université. Ce n’est qu’à une heure de route en voiture, comme tu l’as dit.
— Je sais, mais maman ne fait pas d’efforts. J’ai pensé qu’elle essaierait au moins de rentrer à l’heure pour le dîner et coucher les petits, mais regarde ! Elle n’est pas là alors que son service est terminé depuis trois heures.
— Elle boit un coup avec Carla et Jessy. Elle nous a prévenus hier.
— Oui, peut-être, mais je pars demain matin. Elle aurait pu au moins être là le dernier soir, non ?
— Si, mais tu sais comment elle est, dit-il en haussant les épaules.
— J’en ai marre. Elle ne mérite pas de nous avoir.
Je regrette aussitôt de l’avoir dit à voix haute. Cependant, Lenny ne me reprend pas. Il acquiesce silencieusement avant de plonger son regard azur dans le mien.
— On s’en fout un peu qu’elle nous mérite ou pas, Lou. Tout ce qui compte, c’est qu’on a la chance de t’avoir pour grande sœur.
— Lenny, soufflé-je, émue.
Je l’observe attentivement. De notre fratrie, c’est lui qui me ressemble le plus. Quand il le veut, il sait se montrer très responsable et intelligent. C’est un ado et, comme tous, il ne pense qu’à être provocateur. Bagarreur à l’école, il est revenu plusieurs fois des cours avec un œil au beurre noir, mais grâce à ses pirouettes magiques, il est toujours parvenu à se sortir des problèmes, seul, comme un grand.
Cependant, la menace des services sociaux pèse quotidiennement sur nous. Nous sommes tous conscients ici qu’il suffit d’une erreur de plus pour que nous soyons enlevés à notre mère et c’est la chose que je ne supporterai pas.
Non pas que nous serions plus malheureux sans elle, mais de savoir que mes deux frères et sœurs pourraient être séparés est inconcevable.
Nous sommes comme les cinq doigts de la main et nous resterons toujours unis, quoi qu’il advienne.
Les yeux bleus de mon frère me scrutent avec désolation. Ses traits fins et délicats sont durs et les cils qui entourent son regard brillant d’émotion battent légèrement.
— Je suis désolé, Lou, bredouille-t-il avant de se jeter dans mes bras.
Je ferme les paupières et l’étreins également de toutes mes forces.
— Je t’aime, petit con.
— Moi aussi, je t’aime, Lou, murmure-t-il avant de se racler la gorge.
Je fais un pas en arrière pour le regarder et l’expression qu’il affiche à cet instant me fait oublier la mère insupportable qui nous lie.
— Je compte sur toi, Lenny.
Il relève fièrement le menton et répond :
— Je ne te décevrai pas, c’est promis. Et pour Christie… elle ne viendra plus ici, je t’en fais la promesse.
Je garde le silence, je ne lui en demande pas tant. Après tout, j’ai conscience que flirter est normal pour son âge. Au moins, il a la chance de le faire et je n’ai aucun droit de l’en empêcher.
— Je veux juste que tu préserves les petits, Lenny.
— Je le ferai. J’ai été stupide, j’étais persuadé d’avoir verrouillé la porte.
— D’accord, admets-je en souriant. Tu devrais descendre, le repas est prêt.
— Je te suis, dit-il en s’avançant à mon côté. Dis-moi, je t’ai promis de faire attention aux petits, mais est-ce que tu peux me faire une promesse à ton tour ?
Surprise, je m’arrête au milieu de l’escalier et l’interroge du regard avant de hausser les épaules.
— Qu’est-ce que c’est ?
— Je veux qu’à Harvard, tu ne penses à rien d’autre qu’à étudier et à t’amuser, Lou.
Mon cœur gonfle d’une vive émotion.
J’entrouvre les lèvres pour répondre, mais il ne m’en laisse pas le temps et reprend d’une voix culpabilisante :
— Tu n’es jamais sortie avec un garçon et je sais que c’est à cause de nous, de maman…
— Lenny…
— Promets-moi de penser à toi, pour une fois !
Ça n’arrivera jamais…
Un rictus déforme mes lèvres. Je me mords l’intérieur de la joue et finis par acquiescer, remarquant que cette promesse lui tient à cœur.
— Je ferai mon possible, Lenny.
— Promets-le !
— Très bien ! grogné-je, exaspérée qu’il insiste. Je te le promets, petit con, mais tu as plutôt intérêt à m’appeler au moindre problème, t’entends ?
Satisfait, il m’offre un large sourire qui illumine son regard presque translucide.
— C’est promis, Louane Taylor !
J’ébouriffe sa tignasse sombre, il grogne. Il déteste quand je passe mes doigts dans ses boucles sauvages. Moi, j’adore ça et il le sait.
Complices, nous échangeons un clin d’œil et allons rejoindre les petits dans la cuisine.

CHAPITRE 2



Je ne sais pas si je dois être en colère après Sally ou si je dois la remercier pour le coup tordu qu’elle m’a fait. Après tout, c’est peut-être un énième signe afin de me montrer, une fois de plus, que je n’ai rien à faire à Harvard !
Oui, parce que ma chère mère n’a pas trouvé mieux que de revenir ivre en pleine nuit, réveillant ainsi les enfants par ses hurlements intempestifs et sa crise d’hystérie lorsque j’ai voulu virer l’inconnu à moitié à poil qui titubait au milieu du salon !
Résister à Sally n’est pas de tout repos, surtout quand elle a bu. Cette nuit a été presque ingérable, son comportement m’a donné envie de vomir, surtout après avoir reçu une gifle monumentale en pleine figure, agrémentée par un tas de noms d’oiseaux que je n’oserais jamais répéter à voix haute.
Heureusement que l’autre a filé dès qu’il a entendu ma menace d’appeler les flics s’il ne déguerpissait pas tout de suite de la maison. J’étais tout de même terrifiée par la réaction de ma mère. Je savais qu’en la confrontant de cette façon (en lui bousillant sa partie de jambes en l’air, une fois de plus), j’allais finir sur le parquet en sang, mais Lenny est arrivé juste à temps et s’est interposé.
Elle a fini par me laisser tranquille et s’est affalée sur le canapé, la jupe encore relevée jusqu’aux hanches. Très vite, le filet de bave a coulé de ses lèvres entrouvertes tandis qu’elle partait dans les bras de Morphée.
J’ai regardé Lenny, dépitée, et me suis approchée pour la couvrir du plaid avant d’ordonner à mon frère de retourner se coucher, le temps de m’occuper de Liam qui hurlait dans son lit à barreaux.
Il m’a fallu plus d’une heure pour calmer le petit. Je me suis assise sur la chaise à bascule et l’ai serré dans mes bras en pleurant silencieusement. Liam n’a que dix-huit mois et j’ai l’impression qu’il comprend déjà que son enfance ne sera pas de tout repos à cause de sa génitrice, incapable de se poser cinq minutes pour le bien de ses gosses.
Je lui en veux. Je la déteste, mais je m’en veux encore plus de devoir les abandonner à leur sort. Lenny a raison, je ne peux pas repousser mon entrée à l’université. Grâce à mon acharnement qui a fini par payer, j’ai obtenu une bourse pour décrocher mon entrée à Harvard. Je n’ai pas le droit de décevoir les petits, car ils attendent précisément le jour où je sortirai de cette école, diplôme d’avocate en poche, afin de leur offrir une meilleure vie… un avenir.
J’essuie rageusement une larme de ma joue avant de serrer le volant de la vieille Volvo qu’un amant de Sally a oublié de reprendre en partant, la queue entre les jambes, après leur dispute, trois mois plus tôt.
Mon départ s’est fait précipitamment. Je n’ai pas entendu mon réveil, et Louna a eu un mal fou à me sortir du lit. Encore groggy par la bagarre qui s’est produite dans la nuit, je me suis enfin levée, complètement paniquée à l’idée d’arriver en retard pour mon premier jour.
Heureusement, Lenny a pris soin de préparer le café ainsi qu’un sandwich qu’il a soigneusement emballé dans un sac en papier en guise de déjeuner. Je l’ai remercié et, toujours avec son aide, nous avons chargé mes affaires dans la voiture.
Je n’ai pas pris grand-chose, contrairement à tous les étudiants qui seront probablement à l’heure pour le discours du président de Harvard afin de nous souhaiter la bienvenue dans la prestigieuse université basée à Cambridge, dans le Massachusetts. Je n’aurai pas avec moi non plus des parents aux sourires éblouissants de fierté d’accompagner leur progéniture sur ces bancs où de grands hommes ont fait leurs études.
Non, je n’ai pas la chance d’avoir un père et une mère à mon côté pour les grandes étapes de la vie. Je suis seule. Désespérément. Qui plus est, en charge d’une petite tribu qui compte uniquement sur moi pour les sortir de leur quotidien misérable et insupportable.
Je secoue la tête et profite du feu où je viens d’arrêter la voiture pour fermer les paupières. Je revois encore clairement les visages de mes petits démons que j’ai longuement observés avant que Lenny ne me fiche à la porte en hurlant de me mettre en route pour ma nouvelle vie.
Un sanglot m’échappe. Je rouvre les paupières au moment où des klaxons résonnent derrière moi. Exaspérée, j’enfonce le pied sur l’accélérateur. Le moteur vrombit dans des bruits disgracieux.
— Merde ! Ce n’est pas le moment de me lâcher, ma vieille !
Je prie pour que le régime se rétablisse. Heureusement, quelqu’un là-haut entend mes prières et le reste du trajet se passe pour le mieux.
Bientôt, je repère le parking des étudiants et esquisse un large sourire en cherchant une place vide. J’ai compté que j’en avais pour une petite demi-heure (voire plus) pour atteindre l’université depuis la maison, à Roslindale, et je suis agréablement surprise d’avoir mis moins de temps. En tout et pour tout, seulement vingt minutes de route me séparent de ma famille ! Une constatation qui me donne enfin du baume au cœur. Je me dis qu’au final, ce n’est pas très loin et, bien que je pourrais rentrer chaque soir à la maison pour m’occuper des petits, je préfère rester sur le campus.
— En espérant que cette satanée bagnole tienne le coup, grommelé-je tout en coupant le moteur qui fait des soubresauts disgracieux.
Soudain, j’entends des exclamations derrière moi. Je jette un œil dans le rétroviseur et considère, sans comprendre, le groupe d’étudiants qui balaie l’air de la main en plissant le nez.
— Merde…
Je me rends compte qu’une grosse fumée noire s’est échappée de mon pot d’échappement. Mes joues rosissent et je croise les doigts en espérant qu’ils ne vont pas s’éterniser ici bien longtemps.
Quoi qu’il en soit, je ne peux pas me permettre de rester cachée dans ma voiture plus que nécessaire. Je suis déjà en retard et je n’ai pas envie qu’on me pointe du doigt dès le premier jour.
Alors, rassemblant mon courage à deux mains, j’attrape ma besace et ouvre la portière qui couine furieusement. Je viendrai chercher ma valise plus tard.
Ignorant les regards réprobateurs du groupe qui est resté planté là pour m’observer, je me précipite vers la cour où une foule écoute attentivement l’homme perché sur une estrade aux couleurs de l’université.
Soudain, je me heurte violemment à un torse puissant qui surgit de nulle part. Le souffle coupé par le choc, je prends le temps de retrouver mes esprits et lève les yeux vers l’homme qui me contemple d’un air cynique.
— En retard dès le premier jour ! lance-t-il avant de tourner les talons.
Son ton empli de sarcasmes m’irrite au plus haut point. Néanmoins, je refoule la réplique qui me brûle les lèvres et serre les poings contre mes cuisses.
Connard !
Cet étudiant aurait pu s’excuser de m’être rentré dedans sans prévenir. Je n’ai pas eu le temps de croiser son regard, il porte des lunettes de soleil, et je me sens frustrée. On m’a toujours dit que je savais sonder les gens rien qu’en les regardant dans les yeux, chose que je n’ai pu faire ici avec ce goujat de première !
— Vous pourriez regarder où vous marchez ! m’écrié-je, espérant qu’il m’entende malgré le brouhaha de la foule visiblement excitée.
Il n’a aucune réaction. Rageuse, je m’avance en observant le dos de l’individu qui accélère le pas en direction de l’estrade. Légèrement troublée, je m’arrête, préférant rester un peu à l’écart, tandis que l’assistance se met à applaudir chaleureusement le président qui arbore un large sourire sous une moustache grisonnante.
J’esquisse un rictus gêné. Je n’ai rien entendu de ce qui a été dit, mais je devine que les étudiants sont ravis des informations qu’ils viennent d’obtenir.
À cette minute, je hais ma génitrice de m’avoir mise en retard. Moi qui avais prévu de partir deux heures plus tôt afin de me familiariser avec les lieux, c’est raté !
Un soupir las m’échappe. Je tente de me concentrer sur cet homme au-devant de la scène. Il se tourne à plusieurs reprises, ce qui n’a pas l’air d’intriguer les étudiants ni les familles qui ont écouté son discours depuis le début.
Puis, je comprends mieux ce qui se passe quand il s’adresse au public en écartant les bras.
— Comme certains le savent, il a gagné toutes les affaires qu’il a présentées devant les tribunaux. C’est un orateur hors pair, un passionné, un as du barreau. Il est jeune et bel homme, continue-t-il en tournant la tête, le sourire aux lèvres.
Je me lève sur la pointe des pieds, mais je ne vois pas l’homme en question.
Je me contente alors de me concentrer sur M. Polansky qui ne tarit pas d’éloges envers ledit avocat.
— … je suis fier de vous présenter votre professeur. Je vous prie d’accueillir le meilleur des avocats de notre État, qui vous portera tout au long de votre cursus, chers amis ! Voici Michael Smith.
La foule se lève dans des applaudissements et exclamations explosives qui me vrillent les tympans. Soudain, j’aperçois une tignasse brune qui me dit quelque chose. D’ailleurs, c’est uniquement cette partie de son physique que j’ai retenue (sans parler des muscles de son dos, ainsi que ses fesses, parfaitement moulées dans son costume griffé).
Les personnes s’asseyent enfin et j’ai l’impression d’étouffer en prenant conscience qu’il s’agit du « connard » qui m’est rentré dedans quelques minutes plus tôt.
Je suffoque quand nos regards se croisent. Il vient d’ôter ses Ray-Ban et je me sens ridicule de me trouver ici, à cette minute, face à lui, où j’ai l’impression qu’il est en train de me reconnaître.
Il esquisse un large sourire, carnassier, dévastateur et je suis convaincue qu’il m’est adressé.
Eh merde !

CHAPITRE 3
 
 
 
Je me suis faufilée entre la cohue qui s’est précipitée vers l’estrade après le discours présomptueux de M. Connard (avec un grand C). Je suis peut-être fière, prête à me battre pour protéger ceux que j’aime, réservée aussi, mais je n’ai jamais été dotée d’une grande patience pour écouter les narcissiques !
Michael Smith se prend pour le génie du barreau et il semble bien trop sûr de lui pour que j’apprenne quelque chose de bon avec cet homme. N’a-t-il jamais appris l’humilité ? Il est bien bâti, je ne peux nier les éloges du président à son égard, mais la stratégie qu’il a adoptée pour parler à ses nouveaux étudiants est beaucoup trop orgueilleuse à mon goût !
Qui s’intéresse à sa première affaire qui a provoqué sa réputation de mentor ? Sérieusement ?
Tout le monde, sauf toi !
Je grimace et continue d’avancer lentement vers les tables disposées pour présenter les diversités que propose l’université en matière d’options.
Je ne traîne pas trop longtemps devant les présentoirs où des étudiants de deuxième année patientent que les nouveaux leur portent intérêt. Cela ne risque pas d’arriver si Smith reste dans les parages.
En effet, j’ai l’impression que tout le monde présent ici ne veut qu’une chose : s’approcher de lui. Je remarque une mère de famille qui pousse prestement sa fille pour empêcher deux jeunes hommes de passer devant elles. Une file d’attente se forme rapidement, tout cela pour saluer le professeur que je peine à apercevoir tant la foule ne cesse d’augmenter.
Pathétique !
Après tout, ce n’est qu’un prof parmi tant d’autres.
Bon, OK, c’est un as du barreau, un modèle pour Harvard et pour tous les passionnés de droit, mais il ne faut pas abuser !
Oh, il est vraiment sexy aussi… jusqu’à ce qu’il ouvre la bouche pour se vanter.
Exaspérée, je pousse un grognement sourd et retourne dans la foule, assez loin pour ne plus croiser le regard incandescent de M. Connard.
Je me rends soudain compte que je ne comprends pas vraiment ce qui m’arrive. Je ne laisse aucune chance à cet homme censé m’apprendre un tas de choses utiles pour mes études, et ce n’est pas dans mes habitudes de réagir ainsi. C’est sans doute à cause de ce qui s’est passé cette nuit, mais aussi, je l’avoue, par pure jalousie.
Quand je regarde ces familles qui soutiennent leur enfant pour leur entrée à l’université, ça me fait mal de réaliser que c’est quelque chose qui ne m’arrivera jamais.
J’aurais aimé voir ma mère sautiller d’excitation en me tenant par le bras pour aller saluer mon professeur. J’aurais aimé que papa m’embrasse tendrement sur le front et verse une larme en me laissant vivre ici, me répétant qu’il m’aime plus que tout au monde. Oui, j’aurais tant voulu que les choses soient ainsi. Mais elles sont différentes. Complètement.
Heureusement, Mme Kennet hèle les étudiants afin qu’ils s’avancent vers elle. Le président Polansky nous a présenté notre tutrice après que Smith a terminé son petit numéro du plus bel orateur des États-Unis. Mme Kennet possède des cheveux noir de jais tirés en un chignon strict sur le sommet de la tête. Son apparence semble être en osmose avec le rôle de responsable et doyenne des « première année » : exigeante.
Quelques minutes plus tard, après avoir rassemblé les étudiants dont je fais partie (même si je reste largement en retrait), elle nous informe que nous sommes attendus à Harvard Yard dans une heure et demie.
Tous s’affolent tandis que je suis impassible et les observe, les yeux plissés.
— Vous aurez toutes les autres informations nécessaires sur vos chambres et le reste là-bas ! s’écrie-t-elle, assez fort pour que tout le monde l’entende. Je ne répondrai à aucune question pour le moment. En attendant de vous retrouver au Yard , je vous prie de regarder les options que vous choisirez. Nos « deuxième année » sont là pour vous accueillir et répondre à vos questions. Vous pouvez disposer !
Les murmures vont bon train. Je ris intérieurement en chopant quelques remarques de parents. « Elle n’a pas l’air commode. »
« Tu es sûre que je dois venir avec toi ? » s’inquiète une mère dont la fille plante son regard dans le mien.
Je baisse les yeux et me retourne prestement, prête à m’éloigner, mais la blonde m’arrête.
— Eh ! Excuse-moi, tu as entendu où se trouve le Yard  ?
Il ne me semble pas que Mme Kennet l’ait précisé. Cependant, je ne fais pas la fille qui se la joue personnelle et lui réponds :
— Je ne sais pas, mais j’ai aperçu des plans du campus sur cette table.
Je lui montre ladite table du doigt, imaginant bien à cet instant la remarque acerbe de Louna si elle me voyait faire ce geste : « Ce n’est pas poli de montrer du doigt ! »
J’esquisse un sourire à cette pensée, oubliant pendant quelques secondes la fille aux longs cheveux dorés à mon côté.
— Ah, je te remercie. Euh… je m’appelle Jennifer Standall.
Elle me tend la main...

  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents