Lou
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Description

Romance contemporaine 274 pages



Parfois, la vie peut se montrer cruelle sous plusieurs angles.


Lou en a parfaitement conscience malgré ses tentatives de maintenir un semblant d’existence paisible pour sa fratrie. Mais après la disparition de Sally Taylor, rien ne va plus et les ennuis se succèdent pour tous les membres de la famille.


Heureusement, Michael est présent pour la jeune femme, bien qu’elle désire qu’il s’éloigne pour éviter d’autres situations délicates qui, inexorablement, arriveront.



Entre un quotidien difficile et l’angoisse permanente de perdre les siens, Lou saura-t-elle trouver une place pour l’amour ?

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 9
EAN13 9782379612770
Langue Français
Poids de l'ouvrage 8 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

LOU – Tome 3

Tome 3

ANGIE L.DERYCKERE
Tome 3

ANGIE L.DERYCKERE



Mentions légales
Éditions Élixyria
http://www.editionselixyria.com
https://www.facebook.com/Editions.Elixyria/
ISBN : 978-2-37961-277-0
Photo de couverture : Prometeus
« La vie n’est pas un problème à résoudre mais une réalité qui doit être vécue. »
Kierkegaard, Traité du désespoir
À Lou…
Tu es celle qui m’a montré qu’il faut toujours se relever, quoi qu’il arrive. Malgré tes souffrances et les difficultés, tu as su pardonner et ne jamais abandonner.
À toi, mon étoile
CHAPITRE 1


Lou

—  Veux-tu m’épouser, Louane Taylor ?
Les mots de Michael ne cessent de hanter mon esprit. Il a refusé que je lui donne une réponse dans l’immédiat. Heureusement, car j’ai perdu tous mes moyens à cette demande inattendue.
Quelques minutes plus tard, je me suis retirée dans ma chambre pour pleurer tant l’émotion m’a gagnée tandis qu’il raccompagnait Connors jusqu’à sa voiture.
Connors a réussi à avoir le juge Felman au téléphone pour lui confirmer que nous sommes prêts à le rencontrer, le plus tôt possible.
Malheureusement, ce ne sera pas pour aujourd’hui, ce qui tombe bien en fin de compte. J’aurai un peu plus de temps pour préparer les enfants à ce rendez-vous qui aura lieu demain matin.
Ce mariage, je me dis que ce serait évidemment la meilleure solution à mon problème, mais je prends conscience de l’importance du sacrifice que l’homme que j’aime est prêt à faire pour moi et les enfants.
Connors a été clair ; si je reste étudiante, Michael en aura terminé avec sa carrière. De plus, si je décidais de partir de l’université et que la direction venait à apprendre que nous entretenions une liaison alors que j’étais encore son étudiante, il perdrait également tout.
Quoi que je fasse, sa carrière sera anéantie par ma faute.
Et je ne peux pas.
Je refuse d’accepter de me marier avec lui. Je suis incapable de prendre l’entière responsabilité d’avoir ruiné son avenir.
Ce n’est pas envisageable, et il va falloir que je lui donne ma réponse.
Évidemment, je crains sa réaction.
J’ai conscience de son amour et je l’aime moi aussi, mais c’est justement pour cette raison que je ne peux pas accepter ça.
En tout cas, je refuse de me marier pour cette cause.
Il ne comprendra sans doute pas ma décision, mais je dois lui faire entendre que c’est mon combat et non le sien.
Ma mère m’a toujours appris à me débrouiller seule. Si insensée qu’elle soit, Sally a eu raison de me laisser expérimenter ces situations, plus difficiles les unes que les autres, car je suis devenue plus forte et je parviendrai à me battre pour mes frères et sœurs jusqu’au bout.
C’est ce que je me répète inlassablement ; je peux y arriver !
J’irai à ce rendez-vous avec le juge et lui exposerai la situation à ma façon. Je lui raconterai que j’ai toujours pris soin des enfants, et ce, depuis mon plus jeune âge. Je lui parlerai des nombreux appels que j’ai effectués seule pour négocier la remise des fournitures en eau et électricité, car maman ne payait pas les factures. Je lui dirai que j’apportais ma contribution personnelle pour nourrir ma fratrie, que c’est moi qui me déplaçais pour récupérer les enfants à l’école lorsqu’ils étaient souffrants, qui me levais en pleine nuit pour donner les biberons, qui les berçais pour les endormir et pansais leurs petits bobos quand ils se blessaient.
Je lui raconterai également les nombreuses nuits où je n’ai pas fermé l’œil, bien trop inquiète pour l’un d’eux. Je lui dirai que j’assistais moi-même aux réunions avec les professeurs, que je faisais tout ce qui était en mon pouvoir pour leur inculquer une bonne éducation malgré le chaos que notre mère semait au quotidien derrière elle avant de disparaître pendant des jours.
Je lui confierai mes pleurs et les doutes que j’éprouve sur mes capacités à être assez forte et aimante pour choyer ces enfants qui n’ont rien demandé à personne.
Oui, je ferai ce qu’il faut et je suis convaincue que le juge comprendra.
Cela ne peut pas se passer autrement.
C’est impossible.
Qui serait assez cruel pour me les retirer alors qu’ils ont toujours eu l’habitude avec moi ?
Je ferme les paupières et inspire profondément quand j’entends des pas dans l’escalier. Je suis certaine que c’est Michael qui vient me rejoindre pour savoir si j’ai une réponse à lui donner.
Mon cœur bat à tout rompre. J’ignore comment lui dire que je ne peux pas accepter de l’épouser. Cela me fait peur. J’appréhende qu’il le prenne mal, qu’il pense que je ne l’aime pas assez pour construire ma vie auprès de lui.
Je cesse de tergiverser. J’ai conscience que c’est inutile de me faire des idées. Si ça se trouve, Michael accueillera ma décision avec le sourire. Tout à l’heure, j’ai bien vu la lueur de peine qui s’est installée dans son regard océan, lorsque Connors m’a mise en garde que son ami pourrait perdre son travail.
— Lou ?
— Tu peux entrer, murmuré-je en fixant la porte qu’il ouvre.
Il me rejoint, les traits tirés par l’appréhension. Je culpabilise davantage à cet instant, mais je ne dois pas baisser les bras.
Il s’installe à mes côtés. Le sommier grince sous son poids, ce qui nous fait timidement sourire.
— Alors ? me demande-t-il en soudant son regard au mien.
— C’est compliqué, commencé-je d’une voix hésitante avant de m’infliger une claque mentale. Je ne peux pas t’épouser, ce serait une erreur, Michael. Tu ne peux pas ruiner ta carrière par ma faute !
— Je me fiche du reste. C’est toi qui importes le plus, réplique-t-il d’un ton sincère.
— Je sais, mais je ne pourrai jamais plus te regarder dans les yeux sans culpabiliser, et je le refuse. Si nous devons nous marier, je veux que nous fassions ce choix par amour et non pour arranger ma situation.
— Mais nous nous aimons ! s’écrie-t-il, visiblement dépassé par la douleur que lui provoque mon refus de l’épouser. C’est parce que tu ne m’aimes pas assez, tu n’as pas confiance en moi ?
— Ne raconte pas des bêtises. Tu sais que je t’aime, mais je t’ai prévenu depuis le début, je ne veux pas être la cause de ta perte.
— Bordel, Louane, grogne-t-il en passant une main nerveuse dans sa tignasse sombre.
Je ne peux pas m’empêcher de me dire qu’il est vraiment sexy à cette seconde. Toutefois, je me reprends et pose ma paume sur sa cuisse.
— Je t’aime, Michael. Je suis certaine que j’arriverai à trouver une solution…
— Tu as entendu Connors, me coupe-t-il, plongeant un regard contrarié dans le mien. Le juge serait plus rassuré si tu vivais avec moi. Il serait plus enclin à t’accorder la garde des petits, Lou.
— Oui, mais j’ai aussi compris que si j’accepte de t’épouser, que je décide de rester ou non étudiante, ta carrière pourrait être brisée par ma faute. Alors, il est hors de question que ça arrive !
Il plisse le regard et me considère pendant quelques secondes avant de soupirer de lassitude.
— Tu cherches toujours les complications, Louane Taylor, souffle-t-il en esquissant un faible sourire.
Je le lui rends, soulagée qu’il ne réagisse pas aussi durement que je l’avais imaginé.
— Qu’est-ce qu’on va faire ?
— Je n’en sais rien. Tout ce que je peux faire dans les vingt-quatre prochaines heures, c’est de trouver comment persuader le juge Felman que je peux prendre en charge les petits.
— Tu vas devoir vivre dans la maison de Connors, me rappelle-t-il.
— Je peux accepter d’emménager là-bas, mais seulement temporairement. Bien sûr, il faut que Felman me donne son aval. Et je paierai un loyer !
— Ne t’en fais pas pour ça, je me suis déjà arrangé avec Connors.
— Michael ! m’exclamé-je en écarquillant les yeux. Il faut que je me débrouille…
— Arrête ! m’interrompt-il en prenant mon visage entre ses mains. Laisse-moi au moins gérer ça.
Je déglutis péniblement et finis par acquiescer silencieusement.
— D’accord, mais j’aurai besoin de travailler. Je demanderai à adapter mes horaires à la bibliothèque pour les enfants. Carson Beach n’est pas très éloigné de la fac, ça me facilitera les choses.
— Tu oublies que les vacances scolaires sont dans quelques jours. Qui gardera les petits ?
— Je l’ignore, réponds-je en grimaçant. Il faut que je m’organise, Michael.
— Ce serait plus simple si tu acceptais de me laisser t’aider !
Je roule des yeux, légèrement agacée par son insistance.
— Je verrai avec le juge ce qu’il est possible de faire. Il existe bien des aides de garde pour notre cas, non ?
Il hoche la tête avant de froncer les sourcils.
— J’ai l’impression que tu es certaine qu’il acceptera ta demande, mais il faut que tu saches qu’il est rare que Felman se montre compatissant, Lou.
— Oui, murmuré-je, fatiguée de ce combat alors qu’il vient à peine de commencer. Je lui parlerai et nous verrons bien ce qu’il décide de faire à la fin de ce rendez-vous. En tout cas, je suis prête à me battre et s’il faut que je fuie avec les petits, je le ferai.
— Ne sois pas stupide, Louane. Je ne te laisserai jamais faire une telle chose. Tu pourrais être recherchée pour enlèvement de mineurs et il y a assez dans cette famille avec une meurtrière, tu ne penses pas ?
Ce détail qu’il dresse du tableau de ma famille me brise le cœur, mais je ne peux pas lui en vouloir. Il a entièrement raison. Sally est à présent une meurtrière, recherchée dans tout l’état par la police.
Ce constat est alarmant. Je n’aurais jamais imaginé que nous puissions être dans une telle situation par sa faute.
Pourtant, j’aurais dû me douter qu’un jour cela allait arriver. Notre chère mère a toujours agi par pur égoïsme sans jamais se soucier de la souffrance qu’elle pourrait nous infliger.
Parfois, je me dis que c’est sans doute un mal pour un bien. L’absence de Sally dans nos vies pourrait nous être bénéfique à présent. Je cesserais alors de m’inquiéter à chaque seconde de la souffrance qu’elle pourrait causer aux enfants en débarquant à la maison après des heures ou des jours d’abandon, complètement bourrée ou droguée.
— Lou…
Je sors de mes sombres pensées et plante un semblant de sourire sur mes lèvres. Je remarque l’inquiétude de Michael dans son regard et ses traits tirés.
Je lève une main pour la poser contre sa joue. Je m’en veux tellement de lire cette peine dans ses iris que j’éprouve le besoin de le conforter sur mes sentiments.
Alors, je caresse tendrement du bout des doigts sa peau marquée par une barbe de deux jours, ce qui le rend irrésistiblement attirant.
— Je t’assure que j’aimerais t’épouser, Michael, mais pas comme ça.
Il me sourit, visiblement soulagé par mes mots, ce qui provoque la venue de mes larmes. Néanmoins, je les ravale tandis qu’il avance son visage vers le mien.
— Je t’aime, Lou.
Cette fois, ma vue se brouille, inéluctablement.
— Je t’aime bien plus, Michae…
Il ne me laisse pas le temps de terminer de prononcer son prénom que ses lèvres capturent les miennes dans un élan de passion intense.
Je réponds à son baiser, me promettant qu’un jour, je demanderai moi-même cet homme en mariage.
CHAPITRE 2


Michael

— Bon Sang, grogné-je en mettant fin à la sonnerie de mon portable qui vient d’envahir la chambre.
Je jette un œil vers Louane et soupire de soulagement. Elle dort toujours paisiblement. Je ne voudrais pas la réveiller. J’ai conscience qu’elle est épuisée moralement, mais aussi physiquement.
Ce soir, elle n’a pratiquement rien avalé et a insisté pour débarrasser la cuisine seule. Heureusement, Lenny ne l’a pas écoutée, il lui est venu en aide.
J’ai l’impression qu’elle fait tout son possible pour me tenir éloigné d’elle ainsi que de toutes les tâches qu’elle doit gérer. Même quand j’ai proposé de m’occuper de Liam et de le mettre au lit, elle a hésité quelques secondes avant de finalement acquiescer.
Ça me fait mal. Je me sens impuissant, mais aussi inutile à ses yeux.
Son refus de m’épouser me reste encore en travers de la gorge, mais une infime partie de moi comprend sa position, même si mon propre ego en a pris un coup. J’ai évidemment appelé Connors pour l’informer de sa décision et lui ai avoué mes craintes en lui expliquant qu’à mes yeux, Lou croit de toutes ses forces que le juge Felman sera de son côté.
Il m’a semblé très surpris par le comportement de Lou, mais il m’a affirmé que je ne pouvais rien faire contre elle. Je n’ai pas vraiment apprécié qu’il me dise de ne pas insister pour qu’elle change d’avis, même si au fond, je sais qu’il a entièrement raison.
Je finis par sortir de mes réflexions et pose le regard sur l’écran de mon portable. C’est Tasha qui a tenté de me joindre. Je peste intérieurement. Je l’avais oubliée. Elle doit se demander où je suis, je suis pratiquement sûr qu’elle est en train de vider mon minibar dans le salon en attendant mon retour.
Il est plus de vingt-trois heures. Je ne compte pas l’appeler pour la rassurer, j’opte plutôt pour lui envoyer un message afin qu’elle n’essaie plus de me joindre.
Je ne veux pas réveiller Lou. Je la contemple depuis un long moment. Il est évident que le sommeil dans lequel elle est plongée lui sera bénéfique pour endurer la journée de demain qui s’annonce.
Le juge nous attend à dix heures tapantes.
Les plus grands sont prêts. Dès que Lilou est rentrée du collège, Lou lui a demandé de patienter dans le salon avant de la rejoindre avec Lenny pendant que je m’occupais de Louna et Liam dans la cuisine.
J’ai compati à la peine de Lou, obligée de leur narrer les crimes de leur mère, mais surtout, de les prévenir des conséquences qu’ils subiront tous par sa faute.
Ils ont discuté tous les trois pendant une bonne heure et j’ai surpris les larmes de tristesse dans le regard de Lilou quand je les ai rejoints au salon. Celle-ci s’est ruée dans sa chambre, très ébranlée par la situation.
J’ai évidemment rassuré Lou qui culpabilisait. Lenny m’a été d’une grande aide en avouant à sa sœur aînée qu’ils seraient bien mieux sans Sally et qu’il était prêt à partir de cette maison qui, selon lui, aurait fini par lui faire perdre les pédales.
Je le comprends aisément. Cela dit, je n’ai pas eu le temps de discuter avec lui plus longuement, Liam et Louna se montrant très demandeurs, côté affection. Je n’avais jamais imaginé jusqu’à maintenant combien ces gosses avaient besoin d’autant d’attention.
Je cesse de tergiverser et me concentre sur le SMS que je dois envoyer à l’adresse de Tasha afin qu’elle ne prévienne pas le commissariat de ma disparition. Une fois rédigé, je lui fais parvenir mon message. Très impersonnel, d’ailleurs. Je suis persuadé qu’elle m’en fera la remarque. Cela dit, ce n’est pas le sujet qui m’importe.
Je pose mon téléphone sur la table de chevet et me tourne vers ma Lou qui dort toujours profondément. Je l’observe pendant un moment. Je ne peux pas m’empêcher de la trouver belle et désirable. Néanmoins, elle semble si fragile et innocente dans son sommeil que je crains sincèrement qu’elle ne puisse supporter très longtemps cette situation.
J’ai bien compris qu’elle a refusé de se marier avec moi, uniquement pour préserver ma carrière ainsi que ma réputation. Cependant, tout ça ne compte pas à mes yeux. Elle seule m’importe. Même si Lou a du mal à le croire, je ne cesserai jamais de le lui répéter.
Demain, je l’accompagnerai dans le bureau du juge Felman. Connors nous rejoindra là-bas directement. Lou a bien évidemment essayé de me convaincre d’aller à l’université pour donner mes cours, mais je lui ai tenu tête. Il est hors de question que je la laisse endurer ça toute seule. Alors, nous avons trouvé un terrain d’entente.
Une fois que ce rendez-vous sera terminé, et ce, quelle que soit la décision du juge, je reprendrai le chemin de la fac tandis qu’elle s’occupera de préparer leurs affaires pour emménager à Carson Beach .
Soudain, la main de Lou se pose sur mon ventre. Je me tends instantanément, espérant ne pas l’avoir réveillée. Je jette un œil vers elle et constate qu’elle bat des cils. Elle commence à s’agiter dans son sommeil. Rapidement, je place un bras autour de sa taille et l’attire contre moi en lui murmurant des mots réconfortants.
Bientôt, sa respiration devient plus régulière. Je sens alors une vague de soulagement me submerger. Finalement, je m’endors, le corps de la femme que j’aime pressé contre le mien.

***

Il est à peine sept heures quand j’entends des bruits assourdissants de l’autre côté de la fine cloison. J’ouvre un œil, grogne de protestation en constatant que je suis seul dans le lit.
— Lou, murmuré-je en soupirant de lassitude.
Je me tends dans l’intention de revigorer mes muscles et me redresse. Tout à coup, la porte s’ouvre brusquement, augmentant les cris de Louna.
— Lou a dit de te réveiller ! hurle-t-elle en sautant dans le lit.
J’écarquille les yeux en pestant intérieurement avant de repousser la gamine qui me bondit dessus.
— Tu viens ! Elle va crier si tu dors encore…
— Oh… Où est-elle ? lui demandé-je d’une voix pâteuse.
— Cuisine… elle fait ton café.
— J’arrive, lâché-je en souriant, amusé par la moue innocente de Louna qui mâche à pleine bouche quelque chose de bleu.
Elle remarque que je l’observe, d’un air idiot sans doute, car elle m’interroge :
— Quoi ?
— Qu’est-ce que tu es en train de manger, Louna ?
Pour toute réponse, elle ouvre la bouche aussi grande qu’elle le peut.
— Tu es en train de manger des sucreries à cette heure-ci !
Elle entend parfaitement mon ton de reproche. Son visage se ferme, ainsi que ses lèvres.
— C’est bon, Louna, la rassuré-je. Rejoins ta sœur et dis-lui que j’arrive.
— D’accord ! s’exclame-t-elle avant de sauter du lit et de disparaître.
Frustré, je plaque l’oreiller de Lou sur mon visage et expire profondément avant de m’obliger à bouger.
Quelques minutes plus tard, je constate que Tasha n’a pas attendu pour me répondre. Elle m’a envoyé un message aussi long que le bras.
Je ne peux m’empêcher de sourire à la lecture de sa missive. Elle m’avoue qu’elle était à deux doigts d’aller rendre visite aux flics pour les avertir que j’avais disparu, comme je le craignais.
Heureusement, mon SMS l’a rassurée, mais j’ai droit à un interrogatoire en bonne et due forme avant de prendre connaissance de sa menace pour clôturer le message.
Si j’ai bien compris, je dois rentrer chez moi dans la journée si je ne veux pas qu’elle débarque dans tous les endroits où je me rends pour me faire une scène, qu’il y ait du public ou pas, elle s’en fiche.
— Ben, voyons, grogné-je en roulant des yeux.
Je ferme la fenêtre de notre conversation et enfonce le téléphone dans la poche de mon jean, pressé de retrouver Lou et sa troupe au rez-de-chaussée.
Dans l’escalier, je croise Lilou. Je la salue en souriant, mais, remarquant ses traits tendus et le regard noir qu’elle me lance, je le fais disparaître de mes lèvres.
Je me sens stupide tout à coup. J’ai l’impression que cette ado ne me porte pas dans son cœur.
— Salut, Mike ! clame Lenny une fois que je pose les pieds sur le plancher du salon.
— Salut, réponds-je d’une voix hésitante en fouillant la pièce du regard.
Il est seul et il est visiblement prêt.
Remarquant qu’il est concentré sur l’écran de la télévision, je soupire de lassitude et m’empresse de rejoindre Lou dans la cuisine.
Elle s’y trouve effectivement. Elle est en compagnie des deux plus petits. Liam est installé sur sa chaise haute et fait un carnage avec son bol de céréales. Il a renversé la moitié de son contenu sur sa tablette et s’amuse à jeter les cornflakes imbibés de lait sur le sol.
Si le carrelage a bien besoin d’être nettoyé, je constate que le visage du bambin l’est également. Louna, quant à elle, me scrute tandis que je dévisage la scène avec des yeux horrifiés.
Je m’inflige une claque mentale pour reprendre mes esprits et m’avance dans la direction de Lou qui semble très tendue et exaspérée.
— Hey, souffleté-je, tout près d’elle.
Lou sursaute et me lance un regard réprobateur.
— Cet évier est encore une fois bouché ! râle-t-elle en sortant les mains du bac.
Je lui donne une serviette.
— Merci… Excuse-moi, je vais te servir un…
— Pas si vite, la coupé-je en l’attirant dans mes bras.
Ses doigts agrippent mes poignets, sans doute dans l’intention de me repousser, mais je ne la laisse pas faire et la ramène contre mon torse.
— Calme-toi, murmuré-je dans le creux de son oreille.
— Désolée. Je suis un peu nerveuse avec ce rendez-vous.
— Je sais, et je comprends, ma puce, mais tout se passera bien, d’accord ?
Elle recule légèrement pour planter son regard dans le mien.
— Tu n’en sais rien, Mike. Je n’ai aucune idée de si je parviendrai à persuader ce juge que je peux prendre soin d’eux et…
Elle s’interrompt et jette un œil vers les deux petits.
Je sens mon cœur se serrer en imaginant qu’elle pourrait être séparée de ses frères et sœurs.
— Eh, ne pense pas à ça, tu veux ? l’imploré-je en prenant tendrement son visage en coupe entre mes mains. Nous ferons ce qu’il faut, Louane. Et… je sais que tu refuses mon aide, mais j’ai envie d’être là pour toi. J’ai beaucoup réfléchi et j’accepte ce que tu veux et attends de moi, mais j’aimerais que tu en fasses autant.
— Que veux-tu dire ? me demande-t-elle d’une voix brisée par l’émotion.
— Je refuse de te laisser m’écarter de ta vie, Lou.
— Ce n’est pas ce que je fais, tu ne serais pas là si c’était le cas, réplique-t-elle d’un ton de reproche.
— Peut-être, mais j’ai l’impression que tu fais ton possible pour que je m’éloigne de tes problèmes. Je comprends que tu veuilles assumer toute seule, mais nous sommes ensemble, Lou ! Ce qui veut dire que tes problèmes sont les miens. Nous sommes d’accord ?
— Michael, souffle-t-elle en posant le front contre mon torse avant de relever la tête pour sonder mon regard. J’accepte déjà que tu paies le loyer de la maison de Carson Beach . Je ne veux pas t’écarter de ma vie ni de mes problèmes, mais je refuse que ta réputation et ta carrière soient en danger par ma faute.
— Ça ne sera pas le cas, Lou.
Elle m’adresse un faible sourire avant de caresser ma joue du bout des doigts.
— Écoute, je sais que je dois m’organiser et discuter avec toi de tout ça, mais avec les petits, ce n’est pas évident. J’aimerais…
Elle s’interrompt pendant un instant et se mordille la lèvre inférieure.
Aussitôt, j’attire son visage vers le mien et embrasse le bout de son nez.
— Qu’aimerais-tu, Louane ?
— Je… qu’on attende la décision du juge. Ensuite, nous discuterons de ce que nous ferons. Tu es d’accord ?
— Oui, bien sûr, murmuré-je, ému.
— Michael, si je t’ai donné l’impression de vouloir t’écarter, je m’excuse. C’est juste que… tout ça me fait très peur et puis, comme je te l’ai dit, je refuse que tu en pâtisses. Tu comprends ?
— Ma puce, ne t’inquiète pas pour moi, la rassuré-je en la serrant dans mes bras. Je t’aime.
— Je t’aime aussi, répond-elle dans un soupir de soulagement.
Quand je m’écarte pour lire l’expression de son visage, je me rends compte à cette seconde combien il lui est difficile de retenir ses larmes.
Alors, vivement, je capture ses lèvres et lui offre un doux baiser qu’elle me rend sans hésiter.
Cela dit, il est vite brisé par le bruit fracassant de Liam qui vient de jeter son bol sur le sol.
J’échange un regard désabusé avec Lou.
Je crains qu’elle s’énerve, mais contre toute attente, ce n’est pas ce qu’elle fait. Elle soupire de lassitude et éclate de rire avant de se dresser sur la pointe des pieds, me quémandant un autre baiser qu’elle plaque sur mes lèvres brièvement.
— Je crois que mon petit frère est jaloux de toi ! s’exclame-t-elle tandis que j’adresse un regard au bambin qui me tire la langue.
— Comme je le comprends, lancé-je avant de soulever Lou dans mes bras et de l’embrasser d’un long et fougueux baiser.
CHAPITRE 3
 
 
Lou
 
J’ai passé ma plus belle robe. Elle date du lycée. Je l’avais achetée pour assister au bal de dernière année, mais comme Sally m’avait encore une fois fait faux bond, je n’y étais pas allée pour rester avec les petits à la maison.
C’est la première fois que je la porte et je dois bien avouer qu’elle me sied à merveille. Ce qui me dérange, c’est le fait de constater que mon corps n’a pas évolué depuis ces deux dernières années.
Au contraire, j’ai perdu du poids. Je ressemble plus à une ado anorexique qu’à une jeune femme déterminée à prendre soin des enfants de sa propre mère.
Soudain, je mets fin à mes réflexions tandis que Michael me rejoint dans la chambre. Je reste immobile devant le miroir. Il m’enlace de ses bras protecteurs et je savoure son contact. Je ferme les paupières et laisse mon dos s’appuyer contre son torse puissant.
— Regarde comme tu es belle, souffle-t-il dans le creux de mon oreille.
J’ouvre les yeux et m’observe pendant quelques secondes. J’ai un tas d’arguments qui me passent par la tête pour le contredire, mais je garde le silence.
Là, à cet instant, je me sens bien. J’ai conscience que sa présence m’aide dans ce moment difficile. Sa façon de me regarder me donne l’impression d’être importante à sa vie.
— Ils sont prêts ? lui demandé-je en ôtant l’une de ses mains de mon ventre afin de me tourner vers lui.
— Oui. Lenny a préparé le sac avec des langes propres pour Liam.
Je souris, satisfaite qu’il y ait pensé.
— Tu es magnifique, ma puce, répète-t-il en caressant tendrement ma joue du bout de ses doigts.
Je rougis. Heureusement que j’ai trouvé la trousse de maquillage de Sally pour me saupoudrer un peu le visage de fond de teint. La semaine dernière, Louna a mis la main sur le mien et a tout détruit en ayant l’ingénieuse idée de tout placer dans le lavabo de la salle de bains avant de le remplir d’eau.
— Tu n’es pas mal non plus, répliqué-je en lui adressant un doux sourire.
Il porte l’un de ces costumes hors de prix avec lesquels il se rend toujours au tribunal pour ses audiences. Je dois dire que je regrette presque qu’il n’ait pas choisi de mettre son jean usé et sa veste en cuir qui lui donnent ce côté rebelle que j’aime tant.
— Tu seras parfaite, Lou. Cesse de t’inquiéter.
J’acquiesce silencieusement. Je n’ai effectivement pas besoin d’exprimer mon angoisse, mon corps parle pour moi. Mes mains tremblent légèrement, quant à mes maux de tête répétés, ils me donnent presque la nausée et le tournis.
Je détourne les yeux de Michael et m’observe dans la glace. Je souris, satisfaite de l’image que le miroir renvoie de nous deux.
Il est vrai que nous semblons former un couple parfait. Nous sommes assortis dans nos vêtements sérieux. Cela dit, je fronce les sourcils en me rendant compte que Michael est rasé de prés.
Il remarque le changement de mon expression et m’interroge :
— Quelque chose ne va pas ?
Je lâche un rire nerveux et le rassure aussitôt.
— Non, c’est juste que je viens de prendre conscience que tu t’es rasé.
— Oh… Et ? insiste-t-il, le regard moqueur.
Je me mords l’intérieur de la joue et baisse les yeux, incapable de lui dire ce qui me passe par la tête. Nous n’avons pas le temps pour ça.
Alors, je lui rappelle que Connors doit déjà nous attendre et que nous ne devons pas perdre une minute de plus. Il remonte la manche de sa veste et fixe l’heure qu’indique sa montre attachée à son poignet droit.
— Tu as raison. Allons-y.
Il prend ma main et m’entraîne au rez-de-chaussée. Nous retrouvons les enfants. Ils sont étrangement calmes, tous installés sur le canapé.
Je leur lance un regard suspicieux tandis qu’ils lèvent le visage dans ma direction.
— Vous êtes très beaux, les complimenté-je d’une voix brisée par l’émotion.
Je détourne mon attention d’eux pour la porter sur Michael qui a veillé à ce qu’ils s’habillent correctement.
— Merci, mimé-je du bout des lèvres.
Il me sourit et détache ses doigts des miens avant de s’avancer vers le canapé. Il s’y penche et soulève Liam dans ses bras.
— Je vais vérifier s’il a besoin d’être changé avant de partir.
— D’accord, réponds-je en le suivant des yeux tandis qu’il se dirige à l’étage.
Après cela, je considère mon frère et mes petites sœurs qui continuent de m’observer silencieusement. Lenny a fait des efforts vestimentaires en abandonnant pour aujourd’hui son pantalon Swag et son sweat imprimé d’une feuille de cannabis géante. Il a choisi de porter un jean propre et une chemise noire à longues manches. Il s’est même coiffé. Ses cheveux sont brillants de gel, ce qui lui permet de les garder plaqués contre son crâne. Il a également ôté l’anneau de son oreille.
— Vous êtes superbes ! m’exclamé-je en posant les yeux sur Lilou.
Ma sœur, comme à son habitude, s’est apprêtée de sa tenue du dimanche, comme elle l’appelle. Sa robe violette lui va à merveille. Elle a ajouté une ceinture de couleur grise pailletée de dix centimètres de largeur autour de sa taille.
— Tu es très belle, ma puce, lui dis-je en passant une main légère dans ses boucles brunes.
Elle me sourit et réponds d’une voix hésitante.
...

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