Lux s love
195 pages
Français

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Lux's love , livre ebook

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Description

Lux termine le lycée avec une liste de quinze choses à faire pour bien entamer sa vie d’adulte. Deux points détonnent dans le lot et semblent plus pressants à réaliser :
1. Rencontrer l’amour de sa vie et passer sa vie avec lui.
2. Devenir réalisatrice de musique et créer son propre label.


Cependant, ce n’est pas gagné, car ses parents en ont décidé autrement.


Lorsque Kurt Dudek débarque à Los Angeles, Lux a un coup de foudre pour ce mec tatoué.
Pourtant, Kurt n’a pas l’intention de se laisser charmer, et compte bien faire taire ses sentiments.



Un chassé-croisé émotionnel où les sentiments devront se frayer un chemin.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 1
EAN13 9791034813445
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0060€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Unreasonable

1 – Lux’s love
 
 
 
 
 
 
 
Sissie Roy
 
 
Unreasonable
1 – Lux’s love
(Spin-Off – Together)
 
 
Couverture : Chloé S.
 
 
Publié dans la Collection Aime
 
 

 
 
© Evidence Editions  2021

 
Mot de l’éditeur
 
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L’amour désire jusqu’à l’impossible et sait se contenter de peu.
Balzac
 
 
 
 
I need you, right here
By my side
You’re everything I’m not, in my life
You are so beautiful
It should be criminal, that you could be mine
And we will make it out alive
I promise you this love will never end
No matter what – Papa Roach
 
Prologue

Lux
 
 
 
J’ai parfois l’impression de passer à côté de ma vie. Chacun attend tellement de l’autre. Mes pensées peuvent vous paraître floues, un peu improbables, mais je préférais être à votre place qu’à la mienne. J’aimerais comprendre où est la limite, à quel moment les autres peuvent interférer avec mes ambitions, mes tentations ou même mes attentes.
Souvent, j’ai la sensation de vivre dans un monde parallèle, un peu fantasque et complètement décalé. Dans cet autre univers, je vis pleinement épanouie, je touche mes rêves du bout des doigts, les caresse et les ressens. Ils sont là à portée de main, mais, au réveil, tout part en fumée.
J’ai toujours vécu dans mes songes, un peu comme s’il y avait deux « moi » bien distincts. La Lux qui veut suivre la route toute tracée devant elle, celle avec qui ses parents ont établi un plan parfait pour une vie parfaite et celle qui n’a qu’une envie, faire exploser ce qu’on lui impose. Entre les deux, la ligne est très mince et je m’y perds. Je crois que je suis un peu ces deux filles, mais qu’elles, elles ne s’apprécient pas particulièrement, alors ça clashe dans ma tête.
Qu’est-ce qui est le mieux pour moi ?
Qu’est-ce qui me motive réellement ?
Pourquoi ai-je l’impression que désirer un truc pour moi, et seulement moi, c’est mal ?
Ma vie est une catastrophe, parce que si l’on ne peut pas être soi, ça ne vaut pas la peine d’exister. Cependant, j’ai de la difficulté à faire face à ce que je veux et à qui je suis. Comment pourrais-je avouer à mon père que j’ai menti sur mes projets de carrière ? Comment pourrais-je lui dire qu’être architecte et suivre sa voie, c’était bien quand j’avais dix ans, mais que maintenant j’aspire à autre chose ?
Pourquoi je semble si perdue en ce moment ? C’est simple, mais tellement compliqué à la fois. Je termine le lycée dans quelques jours et je sens peser sur moi le poids d’une décision qui n’a jamais été mienne. Alors, oui, je suis incroyablement perdue. J’ai dix-huit ans et je suis loin d’être une gamine. Mon père m’a toujours dit : Lux, quand tu veux un truc, assure-toi d’abord que tu le veux plus que ta propre vie, ensuite accroche-toi et mets tout en œuvre pour l’obtenir et pour terminer, assure-toi de tout faire pour le garder.
Puis-je vraiment dire que je sais ce que je veux ? Je crois que oui, c’est simplement que je ne sais pas comment l’obtenir. Dans mes moments de doute, j’énumère ce dont je suis certaine.
Est-ce que je veux aller à la fac ? Oui, mais pas en architecture.
Est-ce que je veux y aller maintenant ? Non, j’aimerais prendre une année sabbatique.
Est-ce que je sais ce que j’aimerais faire pendant ces douze mois ? Oui, voyager, voir le monde, rencontrer des gens.
Est-ce que je veux tomber amoureuse ? Oui, mais pas de n’importe qui.
Est-ce que je souhaite vivre à Los Angeles ? Non, je ne crois pas.
Est-ce que j’en ai parlé à mes parents ? Non, ils ont tellement d’attente envers moi qu’ils ne comprendraient pas.
Je n’ai jamais vraiment fait de vague. J’ai toujours eu de bonnes notes à l’école. Jamais je n’ai fait le mur ou manquer les cours. Je suis aussi capitaine de l’équipe de cheerleading de mon lycée. Rarement, je sors pour faire la fête et me bourrer la gueule. On me qualifie de personne assez sérieuse et avec une belle volonté. Vu de l’extérieur, ça semble idyllique, non ? Seulement, ça ne l’est pas. En fait, ma famille est parfaite, mes parents sont plus amoureux que jamais, à un point où Nolan, mon grand frère, et moi devons détourner le regard quand ils s’embrassent. Nolan est mon pilier, il est la seule personne outre ma meilleure amie Edwige qui me comprenne. Il est toujours là dans le doute comme dans mes joies. Sans lui, je ne serais pas celle que je suis.
Notre famille ne serait pas complète sans Zach et Izzy, les jumeaux. Ma sœur et moi, nous nous chamaillions parfois, elle pique mes fringues ou mon ordinateur. Zach est plus tranquille, plus sage. Il passe énormément de temps à dessiner et à lire. Les jumeaux sont très complémentaires.
D’ici quelques jours, je devrai annoncer à mes parents que j’ai un peu menti dernièrement et j’appréhende ce moment parce que chez moi, on ne se ment pas. C’est même une règle d’or, nous nous disons les choses comme elles le sont et sans détour. Mes parents nous ont appris à être conséquents avec nos paroles, mais aussi avec nos gestes. Peut-être est-ce pour cette raison que ce que j’ai fait et les choses que je leur ai cachées dans les derniers mois me restent en travers de la gorge.
 
 
 
 
1

Kurt
 
 
 
J’entends encore ses cris et ses pleurs qui me perçaient les tympans et prenaient toute la place dans ma tête. C’était si violent, si intense que ça me déchirait l’âme, les entrailles et ce qui restait de mon cœur. Obnubilé par la rage et la colère, je n’ai pas compris le mal que je lui infligeais à ce moment-là. J’étais dans une autre dimension, une autre galaxie, je n’étais plus maître de mes gestes, mais tout ça n’excuse en rien mon comportement. Je peux encore sentir ses poings marteler mon torse et ses ongles me griffer la peau. C’était la seule façon qu’elle avait de se défendre. Je vois mes mains appuyer sur son visage et la repousser avec tellement d’intensité que j’ai cru l’avoir tuée. Je me rappelle encore les larmes briller et emplir ses magnifiques yeux verts, son corps heurter le mur et glisser au sol dans un bruit sourd. Le reste est flou, trop confus pour que je m’en souvienne correctement. Il y a eu les sirènes d’ambulance, Joan qui me parlait, et moi qui me terrais dans mon mutisme.
J’ai compris trop tard que l’on se déchirait et que ce qui nous unissait nous divise maintenant. J’ai fait l’inimaginable, je l’ai blessée, je l’ai frappée, j’ai détruit la personne qu’elle était. J’ai commis l’irréparable, créant un monstre de moi-même.
Comment puis-je continuer à vivre lorsque l’image que me renvoie le miroir me dégoûte autant ?
J’aurais dû cesser cette mascarade bien plus tôt, mais j’étais con. En fait, je le suis encore, seulement maintenant, je suis conscient de tout ce que j’ai fait de mal. Mon corps et mon cerveau ne sont plus embrumés par la drogue ou l’alcool. Je suis sombre maintenant et compte bien le rester jusqu’à la fin de mes jours.
Chanelle et moi nous connaissons depuis que nous avons quinze ans, une relation faite d’intensité, de passion, mais aussi d’engueulades et de désaccords. Nous avions un rythme de vie des plus chaotique et une série de choix qui n’étaient pas les meilleurs pour nous. Tous les deux élevés dans les quartiers pauvres de Salt Lake City, elle par des parents dysfonctionnels, moi en l’absence d’autorité parentale, nous avons rapidement compris qu’il n’y a pas beaucoup d’options pour survivre. Ni elle ni moi n’avions assez d’argent pour faire des études, alors nous prenions tous les petits boulots possibles pour joindre les deux bouts.
Je passe une main sur mon visage et ferme les yeux pour chasser les pensées qui s’insinuent en moi et qui me déchirent de l’intérieur. Quelqu’un se laisse tomber à mes côtés, mais je n’ouvre pas les paupières, car je sais pertinemment que c’est Joan, ma petite sœur, qui vient s’enquérir de mon état.
— Frangin, on doit vraiment se parler, commence-t-elle.
— Je sais ce que tu vas me dire et je n’ai pas envie d’en discuter avec toi ou même avec un psy ou un putain de thérapeute. Je veux juste la paix et quitter cette vie de merde dans laquelle je me noie.
Joan pose sa main sur la mienne et inspire longuement. Je peux l’entendre réfléchir tellement elle s’inquiète pour moi. Nous sommes très fusionnels, elle est tout ce qu’il y a de positif, tandis que, moi, je suis tout ce qu’il y a de négatif. Je lui apporte tout un lot d’inquiétudes. J’avais dix-sept ans quand notre père est mort dans un accident de voiture, Joan quinze. Ça n’a pas été une période facile, et nous avons tout fait pour nous en sortir. Heureusement, elle a toujours été plus intelligente que moi et elle a rapidement compris que, pour s’en sortir, elle ne pouvait compter que sur les études. Elle a bossé comme une dingue pour obtenir ses diplômes et, maintenant, elle est infirmière dans un hôpital. Moi, j’ai choisi de suivre la voie de l’argent facile parce que ce n’était pas très glamour de travailler quarante heures par semaine comme concierge dans le putain de lycée dans lequel j’avais étudié et que, bien sûr, le salaire était plus que merdique. J’ai donc pris un deuxième job dans un bar comme serveur. Ce n’était pas le genre d’endroit tout à fait fréquentable, c’était même le lieu de prédilection de beaucoup de trafic de drogue et où les prostituées venaient attendre leurs clients. Je ne sais plus combien de fois j’ai trouvé un client en train de se faire faire une petite gâterie ou de sniffer un rail de cocaïne dans les toilettes crasseuses.
— Kurt, je crois que c’est une bonne idée que tu quittes Salt Lake City et…
Sa voix s’étrangle dans un sanglot. J’ouvre les yeux et passe mon bras autour de ses épaules. Instinctivement, elle se blottit contre moi.
— Tu vas me manquer, mais… mais… t’éloigner d’ici est peut-être la seule solution.
— Tu sais que je n’ai pas d’autre option, mais tu peux venir avec moi et…
Je me tais, je sais que je lui demande beaucoup, car elle a Julian, son petit ami, son job, son appartement. Elle réussit dans la vie, ma petite sœur. Elle renifle bruyamment et se redresse pour attraper la boîte de mouchoir sur la table basse du salon.
— Quand pars-tu ? demande-t-elle.
Elle ignore ma suggestion, mais je ne m’en formalise pas. Je sais que c’est difficile pour elle de me dire qu’elle souhaite rester ici et je ne veux pas être celui qui lui demande de choisir entre l’amour et la famille.
— Tout à l’heure, je n’ai pas envie de m’éterniser trop longtemps.
— Tu vas aller voir Chanelle à l’hôpital ?
— Non, je ne crois pas que ma visite lui ferait plaisir. Je préfère m’éclipser avant qu’elle ne sorte.
Joan serre les lèvres comme si elle retenait ses paroles. Cependant, je n’ai pas besoin de lui demander ce qu’elle voulait dire, car je le sais déjà. Enfin, j’en ai une bonne idée. Elle doit tellement être découragée du pauvre type que je suis.
— Je partirai à la tombée de la nuit, annoncé-je.
— Je serai au boulot, mais n’oublie jamais combien je t’aime, frangin.
— Je sais, Joan…
— Je dois me préparer et ensuite passer au supermarché, mais j’aimerais que tu passes par l’hôpital avant de quitter la ville.
— Oui, je vais venir t’embrasser, petite sœur.
Elle me sourit, et putain que j’aimerais voir dans ses yeux autre chose que de la tristesse. C’est tellement injuste que mes conneries l’affectent encore une fois. Dans la vie, chaque action a son lot de conséquences qui se répercutent bien souvent sur les gens qui nous sont chers. Même si ce n’est que par une affligeante tristesse, ça fait des dommages.
Mon adorable petite sœur se lève du canapé et se dirige vers sa chambre, mais, avant de franchir la porte du salon, elle se tourne vers moi. Je vois bien dans son regard que ce qu’elle va me dire ne me plaira pas. J’aimerais qu’elle se taise, qu’elle garde pour elle son opinion sur ce que j’ai fait.
— Rien n’excuse ce que tu as fait, mais tu es mon frère et je t’aime de tout mon cœur. J’espère sincèrement que tu trouveras une nouvelle vie qui te plaît à Los Angeles.
— Je ne t’ai jamais demandé de m’excuser, grogné-je en colère.
— Je sais, mais cette fureur qui t’habite, un jour, elle te consumera.
Incapable de lui répondre ou de lui donner raison, je me lève à mon tour du canapé et sors sur le balcon. Dès que Joan a rencontré Julian, ils ont emménagé ensemble. Il habite un quartier plus prisé, moins pauvre que celui auquel on a toujours été habitué. Je devrais être heureux pour elle, mais j’ai l’impression qu’elle me trahit. Peut-être que je suis seulement jaloux qu’elle se sorte enfin de la merde dans laquelle nous avons toujours vécu. Jaloux alors que, moi, je semble me plaire à patauger dedans.
Cette simple pensée me révulse et me donne envie de vomir. D’ici quelques petites heures, je serai loin de cette ville, loin de cet homme que je suis devenu. Je pourrai alors me réinventer et devenir quelqu’un de bien. Pour ce faire, je devrai oublier ce que j’ai vécu ici ou plutôt ne jamais la perdre de vue. L’amour et surtout les femmes seront proscrits de ma vie, tout comme la drogue. Je vais tout mettre en œuvre pour ne plus jamais briser quelqu’un comme je l’ai fait avec Chanelle.
 
 
 
 
2

Lux
 
 
 
Cette dernière journée au lycée a un petit goût de liberté qui m’exalte. À moi les vacances, la plage, le soleil, les soirées avec mes amies et bien plus encore. Les possibilités sont infinies sur ce qu’il peut arriver en deux mois. Avec mes meilleures amies, Lola, Edwige, nous avons un plan bien défini pour presque chaque jour. Cependant, j’ai peut-être une petite variante aux miens qui risque de ne pas leur plaire.
Il y a une chose que je souhaite plus que tout et dont je rêve depuis que je suis en âge de savoir ce qu’est l’amour. Hé oui, là où mes copines ont déjà perdu leur virginité, moi, j’ai encore la mienne. À dix-huit ans, c’est presque une honte. Lola et Edwige passent leur temps à me charrier là-dessus ou encore à me raconter leurs histoires parfois un peu folles, mais je m’en fous. J’ai un idéal et ne vais pas laisser un petit con boutonneux me retrousser la jupe juste comme ça. Non ! Je veux autre chose et, cet été, j’ai décidé que c’était le moment idéal pour rencontrer l’homme de ma vie. Mais, il n’y a pas que ça et je compte bien tout mettre en œuvre pour commencer à vivre réellement.
J’ai même une liste de choses à faire pour bien commencer ma vie d’adulte. Parce que c’est ce que l’on est lorsque l’on quitte le lycée, une adulte, non ? La liste n’est pas vraiment longue, mais elle est très précise et je ne vais pas y déroger.
1. Rencontrer l’amour de ma vie et passer ma vie avec.
2. Devenir réalisatrice de musique et créer mon propre label.
3. Faire un road trip à travers les États-Unis et l’Australie.
4. Me faire tatouer (plusieurs fois).
5. Faire un voyage humanitaire.
6. Perdre ma virginité (de préférence avec l’homme de ma vie).
7. Dormir à la belle étoile dans un pays étranger.
8. Faire le décompte du Nouvel An à Time Square à New York.
9. Prendre une année sabbatique.
10. Visiter le château d’Harry Potter et me croire une sorcière pendant quelques heures.
11. Changer la vie de quelqu’un.
12. Apprendre une langue étrangère.
13. Avoir mon appartement (ce n’est pas demain la veille).
14. Réussir à conduire sans accident (encore une fois, ce n’est pas pour demain).
15. Expliquer à mes parents que je ne souhaite pas devenir architecte.
 
Quinze points ! Seulement quinze petits points et le dernier est le plus difficile, mais celui que je risque de réaliser le plus rapidement. Quand j’ai envoyé mes candidatures à l’université, ils ont été très explicites. Les études, c’est ce qu’il y a de plus important, ensuite, je ferai ce dont j’ai envie, mais, pour le moment, je dois compléter mon bac en architecture. Ce qu’il y a de bien avec mes parents, c’est qu’ils ont beaucoup de projets pour mes frères, ma sœur et moi. Nolan et moi allons reprendre l’entreprise familiale, Lewis Architex. Pour mon grand frère, ç’a toujours été limpide, il a toujours voulu suivre les traces de notre père. Toutefois, moi, j’ai autre chose en tête et quand j’ai tenté d’en parler, ils m’ont dit que les possibilités de faire carrière dans le milieu de la musique étaient vraiment trop minces et que je devais penser à autre chose. C’est difficile de se refuser à ses rêves, de se dire que l’on ne peut choisir sa vie ni la mener comme bon nous semble.
Mes parents croient qu’à l’automne je vais entrer à l’université de UCLA et commencer mon cursus en architecture. Ce qu’ils ne savent pas, c’est que j’ai d’autres projets et que j’ai décalé mon bac d’un an. J’espère que, pendant ces douze mois, je pourrai les faire changer d’avis et leur prouver que je sais ce que je veux et que j’ai les capacités nécessaires pour décider de la vie que je souhaite.
Je n’ai jamais fait vraiment de vague, je bosse dur sur mes cours et ai toujours eu de bonnes notes, je suis aussi capitaine de l’équipe de cheerleading de mon lycée. On pourrait croire que je suis assez populaire, mais, non, je n’aime pas trop ce genre de truc. Je préfère faire mes petites affaires tranquillement dans mon coin plutôt que de me mêler à la masse. Peut-être que c’est pour cette raison que je n’ai jamais eu de coup de foudre pour un mec ou parce que je trouve que tous les gars de mon lycée sont immatures et un peu cons.
— Hello, baby Lux, s’écrie ma meilleure amie.
— Ewy ! Bon sang ! Tu m’as fait peur, grogné-je.
Ma meilleure amie rigole et s’appuie sur le casier à côté du mien. Nous nous connaissons depuis quatre ans. Sa famille et elle ont emménagé dans le quartier et depuis nous sommes inséparables. Ewy, Edwige de son vrai est probablement la meilleure personne dans ce monde de fous. Souvent, elle est trop gentille et les mecs ont tendance à lui briser le cœur. Elle fait celle qui n’en a rien à foutre, mais je sais lire au-delà de sa carapace.
— Où est Lola ? Elle devait venir nous retrouver ici pour nous ramener.
— Je n’en sais rien, mais, si elle n’est pas là, je peux demander à Nolan de venir nous prendre.
Je lance mes derniers cahiers dans le fond de mon sac pendant qu’Edwige tapote sur son téléphone pour tenter de rejoindre Lola. Notre autre amie a commencé à fréquenter depuis peu un mec qui va à la fac. Elle est tellement obnubilée par lui qu’elle nous oublie.
— Elle est avec Quentin et je crois qu’elle nous a encore oubliées, lâche-t-elle avec une pointe de colère dans la voix.
— J’appelle Nolan ou pas ?
— Oui, je n’ai pas envie de prendre le bus. C’est notre dernière journée au lycée, ça devrait être fabuleux.
— Ça l’est, ma chérie, ne te mine pas pour si peu.
— Ça m’agace, pouf, son mec arrive et, paf, on disparaît. Ce n’est pas normal.
— Souris, j’appelle Nolan et tu pourras continuer de le rendre chèvre.
Ma meilleure amie sautille sur place avec un sourire qui fend son magnifique visage d’une oreille à l’autre. Dernièrement, elle adore le taquiner, le questionner sur ses conquêtes et des trucs comme ça. Quelque chose est en train de se former entre ces deux-là, je ne sais pas s’ils en sont conscients ou encore si ça se limitera à une amitié, mais un truc est là. Nolan a toujours les yeux hyper brillants lorsqu’Ewy est là et cette dernière a tendance à bomber la poitrine et à papillonner des paupières lorsque mon frangin est dans les parages. Souvent, nos soirées cinémas se terminent avec la présence de Nolan et chaque fois que Lola nous fait faux bond pour nous ramener après les cours, mon frère rapplique à notre secours dix minutes après que je l’ai appelé.
Ça ne me poserait aucun problème qu’ils se fréquentent, mais je ne crois pas qu’Edwige soit prête pour lui. Bien qu’elle semble très intéressée, elle le trouve légèrement trop sage. Elle préfère largement les mauvais garçons qui lui brisent inlassablement le cœur à un mec plus doux et posé comme mon frère. Ma meilleure amie est très belle, sa peau est chocolat et ses yeux sont noirs, mais surtout ils brillent de vie.
Rapidement, je contacte mon frangin qui me promet d’être là dans la demi-heure, car il n’est pas à la maison en ce moment. Edwige m’entraîne vers l’extérieur et nous trouvons refuge à l’avant du lycée.
— Dis-moi que tu seras là ce soir, s’écrie-t-elle.
— Oui, je ne vois pas pourquoi je manquerais ça. Le lycée est terminé et nous devons absolument fêter cet événement.
— Tes parents ne t’empêcheront pas de venir ?
— Non ! Aucun risque, car je ne vais leur parler de mon année sabbatique que demain.
Edwige passe son bras autour de mes épaules et secoue la tête. Depuis que j’ai pris cette décision, elle ne cesse de me rebattre les oreilles pour que j’en parle à mes parents. Elle ne comprend pas pourquoi ce n’est pas déjà fait. Selon elle, ils vont accepter mon envie de « me trouver » avant d’entamer mes études. Elle a raison, mais seulement en partie, parce qu’ils ont beau être compréhensifs, ça n’empêche pas que je leur ai menti pendant plusieurs mois, prétextant que je voulais vraiment entrer à UCLA en architecture. Ce qu’elle ne sait pas, c’est qu’ils sont totalement fermés à mes projets d’avenir et que leur faire gober mon envie de faire autre chose que le plan initial ne sera pas de la tarte.
— Hé, Lux, s’écrie une voix masculine dans mon dos.
Ewy et moi nous retournons vivement. Oliver s’avance vers nous au pas de course. Ma meilleure amie me donne un coup dans les côtes et je n’ai pas besoin de la regarder pour savoir qu’un sourire étire ses lèvres. Je tente d’en plaquer un sur les miennes, mais c’est très difficile. Depuis quelques semaines, Oliver Parker tente de me courtiser. Je ne dirais pas que l’attention ne me touche pas, mais il n’est pas très doué. Moins je me montre intéressée et plus il est tenace.
— Que fais-tu ? Tu veux que je te ramène ? demande-t-il.
— C’est gentil, mais mon frère doit bientôt passer me prendre.
— Dommage, j’aurais bien aimé passer un peu de temps seul avec toi.
— Oh ! Oui, mais il y a Edwige aussi que je dois ramener chez elle, lâché-je, un peu mal à l’aise.
— Oui, je sais, mais je me disais qu’elle pourrait prendre le bus.
Quand je parlais de ténacité…
— Ah ouais, mais non. Elle doit être rapidement chez elle, le bus lui prendrait tout près d’une heure. Elle vient chez moi tout à l’heure et on va se préparer pour la fête de fin d’année.
Tout de suite, je me mords la lèvre pour empêcher mes mots de franchir la barrière de mes lèvres. Avant-hier, Oliver m’a demandé si j’avais envie que nous y allions ensemble, je lui ai répondu que je ne croyais pas y aller, car je devais faire du baby-sitting.
— Tu as pu te libérer, c’est vraiment cool. On se voit là-bas alors.
Il s’en va avant que je n’aie le temps de trouver quelque chose d’intelligent à dire ou mieux une excuse pour qu’il ne m’approche plus. Edwige éclate de rire et secoue la tête de nouveau.
— Il voulait vraiment me faire prendre le bus ?
— Il ne manque pas de culot. Ce soir, tu ne me laisses pas toute seule avec lui, répliqué-je.
— Pourquoi as-tu besoin de moi pour éloigner les bizarroïdes qui te collent au cul ?
— Parce que tu es ma meilleure amie et que c’est ton rôle, ajouté-je dans un petit rire.
Elle me donne un coup dans les côtes et un sourire ravi se dessine sur ses lèvres. Je tourne la tête vers où son regard a dévié. Une Mitsubishi rouge se gare devant nous. Tout de suite, ma meilleure amie se dirige vers la portière avant, mais je la retiens par le bras pour la taquiner. Cependant, au regard assassin qu’elle me lance, je me ravise tout de suite de la charrier. Sans un mot, elle se décale et me laisse m’asseoir à l’avant. Je crois que son geste était instinctif et qu’il l’a surprise.
— Salut, vous deux, lance joyeusement Nolan. On te dépose chez toi, Ewy ?
— Euh oui, je dois me préparer pour ce soir et j’aimerais faire une petite sieste aussi. Les journées avec ta frangine sont épuisantes, répond-elle.
— Je ne te le fais pas dire !
— Hé, vous deux ! répliqué-je en levant les yeux au ciel.
Nolan s’engage à nouveau sur la route et le silence règne dans l’habitacle. J’inspire longuement et tente de me concentrer sur autre chose que ce que je dois faire demain. Ma tête est pleine et déborde de pensées abracadabrantes comme le risque que mes parents me mettent à la porte quand ils apprendront la vérité.
— Vous êtes vraiment silencieuses, les filles, lance Nolan.
— C’est Ewy !
— Non, c’est Lux, peut-être qu’Oliver t’a fait perdre tes mots.
Je tourne la tête pour lui lancer un regard assassin, mais ça n’a pas l’effet escompté. Elle rigole comme une folle et mon frère me lance un regard de biais.
— Qui est Oliver ? demande-t-il.
— Le mec qui en pince pour Lux.
— Tu ne m’as jamais parlé de lui…
— C’est parce qu’il n’a rien d’intéressant à en dire, grogné-je.
— Tu m’en dis plus ? lance-t-il à l’intention d’Ewy.
— Il est dans notre cours de science et il kiffe grave ta petite sœur. Il est assez mignon dans son genre même.
— Jamais je ne vais être en couple avec un mec qui dit « c’est vraiment cool ».
— Je ne te dis pas d’en faire l’homme de ta vie, mais peut-être qu’il pourrait t’aider pour ton petit problème.
— Y a que toi qui vois ça comme un petit problème, grogné-je.
Nolan monte le volume de la musique pour ne plus nous entendre nous chamailler. Je crois qu’il a compris ce qu’était mon petit problème et ne souhaite pas en entendre plus. Il se gare devant la maison d’Ewy qui nous salue vivement et me promet de m’appeler vers vingt heures.
— Tu sais que tu n’es pas obligé de faire l’amour si tu ne te sens pas prête, commence-t-il.
— Et, toi, tu sais que j’ai déjà eu cette conversation avec les parents y a un moment déjà.
— Oui, car moi aussi, mais ce n’est pas sympa de te mettre la pression comme ça.
— T’en fais pas. Je n’ai pas l’intention de faire l’amour avec n’importe qui simplement pour faire comme tout le monde.
— Tu es vraiment une romantique dans l’âme, Lux.
Je ne réponds pas et me tourne vers la fenêtre pour regarder les maisons défiler devant mes yeux. Nolan et moi avons une relation particulière. Nous sommes très fusionnels, mais vraiment différents. Je sais que je peux tout lui dire et que jamais il ne me jugera.
— Quand as-tu décidé d’en parler aux parents ? demande-t-il.
— Demain, je crois.
— Tu hésites encore ? Tu sais que tu ne peux pas attendre à quelques jours de la rentrée…
— J’en suis consciente, mais ne t’en fais pas. Tout ira bien.
J’aimerais tellement en être convaincue, mais j’appréhende le moment. J’ai bon espoir que ma mère me comprendra parce qu’elle est écrivaine et que ce n’est pas un métier conventionnel. Mon père aussi devrait réussir à le faire sans problème, car il a été un moment sans trop savoir ce qu’il voulait faire de sa vie. Je dois rester concentrée là-dessus pour ne pas devenir folle, et aussi pour que ça ne gâche pas ma soirée. Ce soir, j’ai l’intention de m’amuser et de lâcher mon fou 1 .
— Ça te va toujours de faire mon chauffeur ce soir ? demandé-je.
— Bien sûr, mais tu sais que tu pourrais prendre la voiture de maman.
— Non, je déteste conduire, grogné-je.
— Que fait Brian à la maison aussi tôt ?
La voiture de notre père est garée dans l’allée à sa place habituelle. D’habitude, il n’est pas à la maison avant dix-neuf heures. Il a fondé sa propre compagnie en architecture et elle fonctionne à merveille. Nolan gare sa voiture à côté de celle de maman et nous entrons. Je dépose mon sac dans l’entrée et prends la direction de la cuisine pour prendre un soda.
Dans la salle à manger, je trouve papa et maman assis un à côté de l’autre, la mine grave, mes papiers d’université devant eux. Merde, ils veulent vraiment qu’on parle de l’organisation de ma supposée année à la fac maintenant ? Il n’y a même pas une heure que j’ai terminé le lycée.
— On ne peut pas parler de tout ça demain ? demandé-je d’emblée sans leur dire bonjour.
— Je crois que le moment est parfait, lance ma mère sur un ton presque cassant.
Je l’observe quelques secondes et, d’un signe de tête, mon père me demande de m’asseoir en face d’eux. Auraient-ils deviné mes projets ? Mon cœur se met à battre la chamade à une vitesse incroyable. Mes paumes sont moites et ma bouche me semble aussi sèche que le désert du Sahara. Je prends place sans un mot et la boule au ventre.
— Mon ordinateur m’a lâchée tout à l’heure, commence ma mère.
J’inspire longuement, ça ne sent vraiment pas bon pour moi tout ça.
— Ah oui, c’est vrai qu’il commence à avoir de l’âge, dis-je d’un rire jaune.
— Maman a trouvé quelque chose qui nous a laissés un peu sans voix.
— Pourquoi tu as fouillé dans mes affaires ? demandé-je dans un cri.
— Tu avais laissé ta boîte mail ouverte.
C’est vrai que, ce matin, j’ai jeté un coup d’œil, pour la millième fois, aux courriels que le chargé des inscriptions et moi avons échangés. Je voulais mémoriser nos conversations pour pouvoir tout expliquer à mes parents sans me tromper. Décidément, ils m’ont prise de court.
— Nous ne t’espionnons pas, Lux, poursuit mon père, mais nous sommes étonnés que tu aies annulé tes cours à la fac.
— Petite rectification, je ne les ai pas annulés, mais plutôt décalés d’un an.
— Tu nous expliques pourquoi, demande maman.
— Je ne sais pas… Je… je ne suis pas certaine que d’étudier l’architecture soit ce que je désire.
Papa passe une main sur son visage, mes mots semblent l’atteindre de plein fouet. Je ne sais pas si c’est du découragement ou parce qu’il est triste que je ne souhaite plus suivre ses traces. Mes parents échangent un regard et maman glisse ses doigts entre ceux de mon père. J’inspire longuement pour me donner du courage.
— Je… je vous l’ai dit que je voulais devenir réalisatrice de musique et…
— C’est un métier vraiment difficile, Lux, et…
— Maman, je sais tout ça, mais, si c’est ce que je veux, vous ne pouvez pas vous imposer.
— Ce n’est pas ce que l’on souhaite faire. Cependant, nous aimerions que tu comprennes ce que ça implique, m’explique papa.
— Je le sais très bien, j’ai pesé le pour et le contre depuis des mois.
— Je crois que, le mieux à faire pour le moment, c’est de ne pas prendre de décision hâtive, commence ma mère.
Elle et mon père échangent à nouveau des regards. J’ai l’impression qu’ils ont déjà décidé de mon sort et que je n’ai plus qu’à me soumettre à leurs désirs. Ça m’agace.
— Pendant l’été, tu vas bosser avec moi, poursuit papa.
— Non, impossible, j’ai d’autres plans pour les vacances, m’objecté-je.
— Tu crois que tu vas te la couler douce pendant un an, Lux ? Tu ne veux pas aller à l’université, nous n’allons pas t’en empêcher. Cependant, c’est soit tu vas à la fac, soit tu travailles si tu veux rester sous notre toit.
Le ton de voix de ma mère est tranchant et ne laisse place à aucune objection. Je croise les bras sur la poitrine et j’ai conscience d’avoir l’air d’une petite fille trop gâtée en ce moment, mais je suis tellement en colère que les larmes me montent aux yeux.
— C’est ma vie, j’en fais ce que je veux, d’accord !
— Tu habites chez nous et, tant que ce sera le cas, ce sera avec nos règles. Nous ne t’obligeons pas à aller à l’université cette année, mais tu dois bosser. Si tu te trouves un travail sérieux, tu pourras lâcher celui chez Lewis Architex.
— Je vais me trouver un appartement, répliqué-je, acide.
— Et tu vas le payer avec quel argent ? demande mon père.
— Je… Je…
— Tu commenceras lundi prochain. Tu as tout le week-end pour t’amuser, alors profites-en bien, ma fille, poursuit-il.
Mon regard passe d’un à l’autre à tour de rôle. J’inspire profondément avant de me lever et de quitter la salle à manger pour m’enfermer dans ma chambre. De grosses larmes roulent sur mes joues, je me sens comme une gamine qui fait des caprices, mais je n’avais pas envie de travailler ou encore qu’ils fassent capoter mes plans. Cependant, je dois admettre que leur réaction m’a beaucoup surprise. Je m’attendais à tout, sauf à ça.
 
 
 
 
Remerciements
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