Misfits
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Misfits , livre ebook

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Description

D’aussi loin qu’il se souvienne, Tom Fearnes a toujours aimé son partenaire Cass. Ensemble, ils ont créé plusieurs restaurants, mais leur travail les sépare souvent. Quand Tom rencontre un jeune homme étonnant nommé Jake dans les rues vibrantes de Camden Town, leur relation prend un tournant inattendu.



Jake Thompson peine à croire sa chance quand il se réveille dans le lit de Tom. Tom est sublime, gentil et... pris. Celui-ci lui explique le fonctionnement de sa relation ouverte, qui refroidit Jake. Mais Tom est trop attirant et quand les difficultés de la vie forcent Jake à accepter la main tendue de Tom, il se retrouve pris entre deux hommes qui se sont perdus en chemin.



Cass Pearson est une âme perturbée. Il aime Tom de toutes ses forces, mais parfois, il a l’impression de ne pas avoir assez à donner. Jake apparaît comme la solution parfaite. Cass risque tout ce qu’il a pour pousser Jake et Tom ensemble, mais Jake résiste, méfiant, jusqu’à ce que les ténèbres du passé de Cass l’appellent. Dès alors, Jake devient le dernier homme debout ; et il est temps de creuser un tunnel pour laisser filtrer une lumière dans la vie de ces hommes, qu’il a appris à aimer.

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Informations

Publié par
Nombre de lectures 0
EAN13 9782384400195
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0041€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Publié par
JUNO PUBLISHING
2, rue Blanche alouette, 95550 Bessancourt
Tel : 01 39 60 70 94
Siret : 819 154 378 00015
Catégorie juridique 9220 Association déclarée
http://juno-publishing.com/
 
 
 
Misfits
Copyright de l’édition française © 2022 Juno Publishing
Copyright de l’édition anglaise © 2015 Garrett Leigh
Titre original : Misfits
© 2015 Garrett Leigh
Traduit de l’anglais par Emma Velloit
Relecture et correction par Deborah Bourguignon, Agathe P.
 
Conception graphique : © Eunkyung Art
Tout droit réservé. Aucune partie de ce livre, que ce soit sur l’ebook ou le papier, ne peut être reproduite ou transférée d’aucune façon que ce soit ni par aucun moyen, électronique ou physique sans la permission écrite de l’éditeur, sauf dans les endroits où la loi le permet. Cela inclut les photocopies, les enregistrements et tout système de stockage et de retrait d’information. Pour demander une autorisation, et pour toute autre demande d’information, merci de contacter Juno Publishing :
http://juno-publishing.com/
ISBN : 978-2-38440-019-5
Première édition française : février 2022
Première édition : mars 2015
 
Édité en France métropolitaine
 
 
Table des matières
Avertissements
Avant-propos
TOM
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
JAKE
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
TOM
Chapitre 18
Chapitre 19
Chapitre 20
CASS
Épilogue
À propos de l’Auteur
Résumé

 
 
 
 
Avertissements
 
 
 
 
 
Ceci est une œuvre de fiction. Les noms, les personnages, les lieux et les faits décrits ne sont que le produit de l’imagination de l’auteur, ou utilisés de façon fictive. Toute ressemblance avec des personnes ayant réellement existées, vivantes ou décédées, des établissements commerciaux ou des événements ou des lieux ne serait que le fruit d’une coïncidence.
 
Ce livre contient des scènes sexuellement explicites et homoérotiques, une relation MM et un langage adulte, ce qui peut être considéré comme offensant pour certains lecteurs. Il est destiné à la vente et au divertissement pour des adultes seulement, tels que définis par la loi du pays dans lequel vous avez effectué votre achat. Merci de stocker vos fichiers dans un endroit où ils ne seront pas accessibles à des mineurs.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Avant-propos
 
 
Il ne me sera jamais possible de savoir tout ce qu’il y a à savoir sur le syndrome de Gilles de la Tourette, et quand je me suis assise pour écrire ce livre, je ne voulais pas décrire un personnage basé sur une recherche rapide sur Google.
Entre Rico, un jeune homme formidable que j’ai rencontré dans ma quête de connaissance. Rico m’a ouvert sa vie, m’a guidée et m’a appris. Il m’a fait rire et pleurer, et surtout, m’a appris que même si le ST est une condition dont un homme ne peut pas se cacher, avec le bon soutien et beaucoup d’amour, la vie peut devenir quelque chose de merveilleux.
La terminologie que j’ai utilisée dans ce livre n’est peut-être pas correcte. Rico m’a dit qu’il définit chaque tic par sensation. Bourdonnement. Popping. Ondulation. Il a aussi des termes plus grossiers, mais ceux-là, je les emporte dans la tombe.
L’interprétation de Jake du ST n’est peut-être pas la vôtre, ni même la mienne, mais sachez que j’ai mis tout ce que j’avais pour donner vie à l’expérience de Rico de cette maladie. Rico, je te remercie du fond du cœur pour ta générosité et ta patience, et pour la compagnie. Tu es un être humain épique.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
On ne refuse pas l’amour. Il était là, avant même que nous le sachions…
 
 
Misfits
Âmes perdues #1
 

 
Garrett Leigh
 

 
 
 
 
 
 
 
TOM

Chapitre 1
 
 
 
 
Tom Fearnes serra la main de l’agente immobilière, puis l’observa disparaître dans les rues animées de Camden Town. Autour de lui, des Londoniens pressés se bousculaient pour avoir plus d’espace, sans qu’aucun d’entre eux ne le remarque vraiment, là, à bloquer le passage. Il les chassa de son esprit et examina le bâtiment vide devant lui, les sourcils froncés. Le magasin de guitare désaffecté n’était pas tout à fait ce qu’il avait escompté, à l’intérieur comme à l’extérieur.
Mais, mais…
Tom mit mentalement de côté la devanture du magasin et jeta un coup d’œil aux étals populaires du marché de Camden et à ses musiciens ambulants. Le bourdonnement familier d’une nouvelle aventure palpitait dans ses veines. Il était au bon endroit, il le sentait ; mais parmi les seuls locaux disponibles sur la vibrante Camden High Street, aucun ne lui plaisait. Trop petits et chers, tous avaient été un non franc et sec. Son projet d’ouvrir un restaurant au printemps avait donc été relégué à l’état de rêve lointain.
Plongé dans ses pensées, Tom s’éloigna du magasin qui ne lui convenait pas et avança jusqu’à la station de métro. Il slaloma entre quelques personnes qui marchaient lentement et jura dans sa barbe comme un natif grognon. Camden n’était pas son quartier habituel, mais il était un Londonien converti jusqu’au bout des ongles et les touristes qui traînassaient lui tapaient sur le système. Surtout quand – génial – leur trop grand nombre impliquait la fermeture de la station Camden Town.
Tom étudia les volets en métal, furieux, et attira l’attention d’une employée proche.
— La station Chalk Farm est ouverte ?
Elle secoua la tête.
— Elle est fermée pour encombrement. Essayez Mornington.
Tom soupira. La station Mornington était à dix minutes de marche d’ici, dans la direction opposée de son appartement à Hampstead. Il allait devoir faire tout le trajet jusqu’à la gare d’Euston et y prendre une autre ligne. C’était ça ou se terrer dans un coin et attendre que les foules s’éparpillent.
Il se tourna vers le sud, direction Mornington, et passa en revue ses possibilités. Il était complètement claqué et pressé, et avec le magasin de guitare hors-jeu, il devait rentrer et recommencer à zéro les recherches de locaux. Hum . Penser aux derniers projets culinaires de son entreprise lui rappela qu’il n’avait pas mangé de la journée. Son estomac grogna et il regarda autour de lui, cherchant un endroit qui ne soit pas trop blindé de monde. Il repéra un pub PGB. Ce n’était pas le genre d’endroit qu’il fréquentait souvent, mais il voyait quelques tables libres par la fenêtre.
Il brava un zébra au sol et poussa la porte du restaurant. L’intérieur sentait la Lager bon marché et la graisse de viande brûlée. Une serveuse revêche lui indiqua une table près de la porte, y déposa un menu collant et le planta là. Avec un sourire en coin, Tom l’observa s’éloigner d’un pas lourd. Jauger la compétition était toujours amusant, surtout un dimanche en fin d’après-midi. Fatigués et abattus après un long week-end, si les employés fournissaient toujours de très bons plats, c’était signe d’une équipe du tonnerre en cuisine.
Tom s’installa sur sa chaise, retira son manteau et parcourut le menu. Pour un œil non entraîné, il semblait impressionnant, complet et varié. Mais Tom, lui, n’était pas dupe. Un restaurant qui proposait du steak, de la pizza, du curry et une tajine marocaine s’emmêlait sérieusement les pinceaux et faisait preuve de paresse. Il connaissait le manager de cette enseigne-ci et avait entendu dire que le gros de la nourriture était produit dans une usine à Sheffield.
C’est du tout fait, de la merde…
— Je peux vous servir un verre ?
Tom leva les yeux et cligna des paupières, imaginant un instant que les mots aient été prononcés dans un tout autre contexte. Waouh . Il n’y avait pas d’autre mot pour décrire la beauté virile de celui qui attendait à côté de sa table, avec un carnet de note. De longs doigts qui tapotaient sur le papier, prolongés de mains élégantes et de poignets fragiles. Des bras minces, des épaules sveltes et un beau cou pâle. Et son visage, bordel , son visage. Des pommettes hautes et une peau dénuée de défauts, soulignée par un petit anneau en argent à un nez parfait.
— Je… peux vous servir un verre ?
— Euh…
Tom tritura maladroitement le menu.
— Une pinte de Beck’s, s’il vous plaît.
Le serveur disparut. Vu l’attitude de la serveuse qui l’avait accueilli, Tom ne s’attendait pas à le revoir de sitôt. Il fut surpris quand une pinte mousseuse se matérialisa devant lui quelques minutes plus tard.
— Vous avez fait votre choix ?
Loin de là. Tom savoura l’accent mélodique du nord du jeune serveur et reparcourut des yeux le menu.
— Qu’est-ce que vous recommanderiez de bon ?
— Ça dépend de ce que vous aimez.
L’indifférence du serveur était évidente, mais sa beauté empêchait toute indignation.
— Ah ? Les tourtes, vous en pensez quoi ?
— Nous n’avons plus de bœuf ni de bière.
— Le poulet, il est bon ?
Silence. Le serveur plissa le nez. Tom jeta un coup d’œil à l’étiquette indiquant son nom. Jake . Mettre une étiquette sur les gens comme de la viande était un concept qui irritait Tom, mais il aimait bien le nom de ce jeune homme : ça lui allait bien.
— Le steak du burger, il est comment ?
Jake haussa les épaules.
— Il est… ça va.
La pause en disait long.
— Ça va, c’est tout ? D’où vient la viande ? C’est de la viande anglaise ?
— Elle vient d’Uruguay.
— Super. Vous m’avez convaincu qu’il n’y a rien de bon à manger ici. Comment vous savez que je ne suis pas un client mystère venu jauger la qualité du service ?
Il le regarda avec un sarcasme à peine réprimé et secoua la tête.
— Le restaurant n’en embauche plus maintenant, ils ne valent pas leur coût. Nous avons des sondages anonymes en ligne, à la place. Vous pouvez scanner le QR-code sur le menu avec votre smartphone.
Tom ravala un gloussement. Il était familier des enquêtes de satisfaction en ligne. Il avait même des parts dans une entreprise qui les mettait en place. Le QR-code, c’était nouveau, en revanche. Rares étaient les commerces à l’avoir.
— Je prendrai un fish and chips .
Jake fit un étrange bruit et agita la main.
— Vous ne voulez pas savoir d’où vient le poisson ?
Il se fout de moi ?
— Non merci. Je préfère vivre dans l’ignorance.
Jake s’empara du menu et disparut. Tom se força à ne pas le regarder et prit son téléphone dans la poche de son manteau. Il était absorbé dans la lecture d’un site de biens immobiliers pour commerces quand Jake revint avec son plat un peu plus tard.
— Vous… vous voulez de la sauce ?
Tom jeta un coup d’œil à la maigre portion de poisson pané dans son assiette, mais en remarquant le léger bégaiement de Jake, il décida de le laisser tranquille.
— Ça ira, merci.
Il fila sans demander son reste. Avec une certaine appréhension pour sa santé, Tom commença son repas en vérifiant son agenda et ses mails. En tant que directeur prospère de sa propre enseigne de restaurants, il avait beaucoup à faire.
Jake erra devant lui plusieurs fois, sans vérifier comment se déroulait le repas pour son client. La troisième fois que Tom sentit sa présence frêle, il l’interpella d’un signe, tendit son assiette de bouillie grasse et demanda l’addition.
Jake ne sembla pas surpris du manque d’appétit de Tom. Il apporta l’addition avec une remise conséquente et disparut à la hâte de nouveau. Le restaurant s’était rempli pendant que Tom se plongeait dans ses mails et son poisson trop cuit, mais Jake semblait être le seul commis de service en salle.
Tom attendit qu’il vienne à lui, mais quand il devint évident que cela n’arriverait pas, il ramassa ses affaires et se dirigea vers le bar. Le visage austère de la première serveuse l’accueillit. Elle prit l’addition et inséra sa carte de crédit dans la machine.
— Tout s’est bien passé ?
— Non, annonça Tom d’un ton léger. C’était froid, gras et présenté sur une assiette sale.
La serveuse le fixa, mais la réplique qu’elle aurait pu lui asséner fut coupée court par un fracas assourdissant. Tom grimaça. Il connaissait le son des assiettes qui s’écrasent au sol beaucoup trop bien. Il lança un regard par-dessus son épaule et aperçut Jake entouré d’une mer de vaisselle brisée.
Jake s’accroupit et s’appuya sur le sol. Il commença à rassembler les assiettes cassées, mais ne semblait pas réussir à les attraper. Un bol lui glissa des mains.
— Merde, bordel, putain  !
Tom avança instinctivement d’un pas, vit la pression sur les épaules de Jake, la colère dans ses muscles tendus. Soudain, il ressentit le besoin vif de l’aider, un besoin qui semblait aller au-delà de l’humble sympathie. Mais il s’arrêta. Il n’y avait rien de plus humiliant qu’un étranger remarquant le désastre tombé sur vous. Vu le rouge qui s’étendait sur la nuque de Jake, il était assez embarrassé comme ça.
Un manager furieux apparut de nulle part, lui qui avait pourtant brillé de par son absence jusque-là.
— Laisse. Sors par l’arrière et reprends-toi.
Jake étendit son bras, le tordant dans un angle étrange.
— Bande de connards .
Le manager lui lança un regard noir.
— Pour l’amour de Dieu, sors d’ici .
Jake se mit sur pieds en un éclair et se précipita vers la porte de la cuisine, qu’il claqua derrière lui. Tom se détendit un peu. Il avait déjà été témoin de ce genre de scène et en avait vécu lui-même, maintes fois. Qui n’avait jamais fait tomber une fournée d’assiettes en plein milieu d’un service chargé ? Même si les clients retournaient à leur plat comme si de rien n’était, Tom eut la sensation vive qu’il lui manquait une pièce du puzzle. Et il n’aimait pas les manières du manager. Rien n’était moins professionnel que de laisser un restaurant bondé voir votre frustration. Cela pouvait être pardonné venant d’un jeune serveur, mais pas d’un manager.
— Entrez votre code, s’il vous plaît.
La voix blasée de la serveuse fit sursauter Tom. Il était si concentré sur la calamité de Jake qu’il avait oublié qu’elle était là. Il suivit les indications sur l’écran.
— Les pourboires vont dans une cagnotte, ici ?
— Non. Votre serveur les garde.
Tom lui tendit un billet plié.
— Bien. Dites à Jake que j’ai apprécié sa candeur.
Le visage de la fille resta impassible. Tom soupira et lui rendit le lecteur de carte. Où des endroits pareils trouvaient-ils ces gens-là ? Même les remarques dédaigneuses de Jake étaient mieux que rien.
Tom sortit du restaurant légèrement nauséeux des quelques chips pleines d’huile qu’il avait réussi à manger. Fatigué, aussi. Ce long week-end en solitaire à chercher un local l’avait laissé brûlant de retrouver son lit chaud et Cass, aux abonnés absents. Toujours, toujours absent. Pourtant, son humeur maussade s’allégea quand il sortit et savoura l’air léger de septembre. Il adorait Londres quelle que soit la saison, mais l’automne était sa préférée. Douce et chaude, même quand l’air se rafraîchissait.
L’odeur facilement reconnaissable de la vie nocturne de la ville lui parvint aussi. Camden semblait différent quand le soleil était couché : enivrant et excitant. Soudain, les vingt mails sans réponses inondant sa boîte mail lui semblèrent moins importants. Il regarda l’heure à sa montre : 19 heures. Les foules du week-end s’étaient éparpillées et il aurait certainement dû rentrer, mais son dîner avorté – et la pinte de bière dans un estomac vide – l’avait laissé agité. Il ne voulait pas rentrer dans un appartement vide.
Il erra sur Camden High Street. Un pub attira son attention, l’un de ces bars super cool, avec un briquetage dépouillé, des graffiti et un milliard de bougies. Le genre d’endroit dans lequel il serait trop vieux pour entrer, dans quelques années. Il se faufila à l’intérieur. Londres étant Londres, personne ne releva la tête. Il paya une pinte de Lager hors de prix et trouva une table dans un coin sombre. La douce musique chillstep était apaisante et pendant un moment, il résista à l’appel de son ordinateur et observa les gens, à la place. Analysant la clientèle qu’il viserait s’il finissait par trouver le local idéal. Camden était un endroit éclectique. Hipsters, punks, gothiques, jeunes cadres, il voyait de tout dans le bar. Il les avait également repérés dans la rue, mystérieux et audacieux… trop cool pour leur propre bien. Camden semblait être un endroit pour les jeunes prometteurs, qui voulaient laisser une trace sur la planète d’une manière différente. Pour réussir ici, le restaurant qu’ouvrirait Tom devrait être plus qu’une marque traditionnelle.
Mais comment ? Les jeunes voulaient le luxe, mais ils manquaient d’argent pour cela. Et ces dernières années, Tom avait remarqué que sa jeune clientèle devenait moins aventureuse. Les jeunes préféraient la sécurité, la nourriture non élaborée… ils voulaient voir la même chose peu importe où ils allaient, ce qui ne laissait pas beaucoup de marge à la créativité. Simple, chic et pas cher. Il devait bien y avoir un moyen de faire les trois.
Tom pianota sur la table en réfléchissant à différents concepts, perdu dans ses pensées. Il faillit ne pas remarquer l’apparition de l’homme élancé et brun, à côté de lui. Un homme agité et nerveux, qu’il identifia avec un temps de retard comme le serveur du restaurant sans saveur en bas de la rue.
— Bande de connards .
Tom cligna des yeux.
— Pardon ?
Jake grimaça, et un moment passa avant qu’il reprenne la parole.
— Bonjour.
Tom sourit, ne sachant pas s’il n’allait pas se prendre un pain.
— Rebonjour.
— Salut.
Jake sursauta, comme si un courant d’électricité venait de le parcourir.
— Vous…
Il s’arrêta, fut traversé d’un nouveau courant frénétique et glissa un carnet avec une couverture en cuir sur la table.
— Vous avez oublié votre agenda.
Tom se saisit par réflexe du carnet qui contenait toute sa vie. Il quittait rarement son champ de vision.
— Comment avez-vous su où me trouver ?
— Je vous ai vu entrer ici quand j’étais en pause. Je me suis dit que j’irai jeter un œil après le travail, au cas où vous seriez toujours là.
Tom glissa son agenda dans la sacoche de son ordinateur. Jake marmonna quelque chose. Tom se redressa.
— Pardon, comment ?
Jake secoua la tête.
— Rien. C’est juste un tic.
Un tic . Tom avait déjà entendu parler de tics vocaux. Une ampoule s’alluma dans sa tête.
— Vous avez le syndrome de la Tourette ?
— Merde, putain, bordel. Oui . Merde, fit Jake en grimaçant. On est pas sorti de l’auberge.
Le syndrome de la Tourette. Eh ben. Ça expliquait beaucoup : les bégaiements, les membres agités, les jurons à des moments inopportuns.
— C’est pour ça que vous avez traité votre manager de connard ?
Jake haussa les épaules.
— Parfois, mes tics s’accordent au contexte.
Tom sourit, même si à l’intérieur, son cerveau était en ébullition. Il ne connaissait pas grand-chose au syndrome de la Tourette, mais il avait déjà vu aux premières loges combien cela pouvait être perturbant. Même maintenant, il remarquait que Jake s’efforçait de rester immobile.
— Je peux vous offrir un verre ?
— Non merci. Vous m’avez laissé un pourboire de cinquante livres, je peux me le payer moi-même.
Jake se leva aussi abruptement qu’il s’était assis et marcha jusqu’au bar. Tom le regarda s’éloigner, admirant la cadence fluide qu’avait son corps quand il n’était pas assailli d’un tic, se demandant s’il reviendrait.
Une éternité sembla s’écouler avant que Jake revienne avec deux pintes de Lager. Il en posa une devant Tom et hésita, en faisant onduler son bras gauche. Tom lui indiqua la chaise à côté de lui.
— Asseyez-vous, je vous en prie. Un peu de compagnie me ferait du bien.
Jake s’assit. Il tint fermement son verre et s’assombrit en voyant son bras agité, qu’il fixa jusqu’à ce qu’il ne bouge plus.
— Bande de connards . Pardon. C’est pire quand je rencontre de nouvelles personnes.
— Ne vous excusez pas, cela ne me gêne pas.
C’était vrai. Le jeune homme à côté de lui n’avait rien à voir avec la boule de frustration vibrante qu’il avait été au restaurant et ses tics semblaient naturels. Quand Jake se détendit, ils s’estompèrent et ralentirent.
— Je suis Tom, au fait, ajouta-t-il. Au cas où vous vous poseriez la question…
— Comment cela ne vous gênerait-il pas ? Je suis Jake, se présenta-t-il en tendant la main.
— Je sais, fit-il en prenant sa main.
Il sentit comme une étincelle, comme si l’énergie excessive de Jake l’avait parcouru.
— C’est écrit sur votre badge.
Jake eut un mouvement compulsif et une série de cliquetis lui échappa si vite que Tom se demanda s’il n’avait pas rêvé.
— Oui. Désolé pour le repas à chier. La nourriture est toujours merdique là-bas.
— Ce n’est pas votre faute. Vous avez essayé de me prévenir.
— Pas volontairement. Mon SGT me rend terriblement honnête.
— SGT ?
Tom était confus et il lâcha la main électrisante de Jake. La perte de ce contact lui permit de mieux réfléchir.
— Oh, vous voulez parler de votre syndrome de la Tourette.
Ce n’était pas une question, mais Jake lui lança un regard qui voulait dire en tout point : « idiot ». Tom le laissa faire.
— Je ne crois pas que votre syndrome de… pardon, votre SGT soit ce qui vous rende si mauvais en serveur.
Jake se pencha en avant.
— Ah oui ? Qu’est-ce que j’ai fait de si mauvais ?
De près, il était encore plus beau que ne l’avait imaginé Tom. Des yeux noirs, expressifs. Des cheveux ondulés qui étaient un poil trop longs. Et il sentait bon, comme la cigarette et la jeunesse.
Tom camoufla sa fascination en buvant une gorgée.
— Ce n’est pas ce que vous faites le problème, c’est la façon de le faire. En tant que client, je ne devrais pas savoir que vous aimeriez être partout ailleurs qu’ici, devant moi.
— On est pas sorti de l’auberge.
— Exactement.
Jake leva les yeux au ciel.
— Ne me donnez pas raison. C’est l’un de mes tics préférés. Si vous rentrez dans mon jeu, je vais oublier que je fais tout le temps ça et ça va sortir tout seul.
— D’accord…
Jake était visiblement à l’aise pour parler de son SGT.
— C’est une si mauvaise chose ? Les tics, je veux dire. Personne ne semble les remarquer, dit Tom en montrant la pièce.
— C’est parce que j’arrive à nuancer le volume. Je ne crie plus, du moins pas souvent. Il y a quelques années, je quittais rarement mon studio.
— Le volume ?
— Oui. Je ne voulais pas être le mec bizarre qui crie dans un coin tout le temps, alors j’ai appris à parler à voix basse. Il le fallait bien. C’était ça ou me promener avec la bouche scotchée. J’ai essayé pendant plusieurs mois, d’ailleurs.
L’image amusa Tom, mais la tristesse dans les yeux sombres de Jake tempéra son sourire.
— Alors qu’est-ce que tu détestes autant là où tu travailles ? Qu’est-ce qui t’a donné cet air renfrogné quand tu es venu me voir ?
— Pourquoi ça vous intéresse ?
Tom haussa les épaules. C’était une question pertinente.
— J’appelle ça des recherches. Je travaille dans le milieu.
— Le milieu… Bande de connards … de la restauration ?
Tom hocha la tête et Jake considéra sa question.
— Je déteste qu’on me dise d’être le même que les autres, finit-il par annoncer.
— Une chaine de restaurant n’est probablement pas le meilleur endroit pour toi, alors. Ils font de chaque grande rue le même tableau.
Jake souffla, l’air d’accord.
— L’entreprise pour laquelle je travaille a cinq pubs dans la ville et ils sont tous identique. La nourriture comme la déco. Ils ont même un script pour qu’on ait tous l’air de robots. Ça me tape sur les nerfs.
Cette fois, Tom ne ravala pas son sourire. Les plaintes de Jake renforçaient le puzzle sur lequel Tom avait réfléchi toute la journée.
— Alors si tu pouvais reconstruire le restaurant dans lequel tu travailles, comment le ferais-tu ?
— Je ne le ferai pas. Je m’en fiche. Je travaille là-bas uniquement parce que c’est le seul travail que j’ai réussi à avoir.
— Peut-être que ça t’importerait si c’était un concept que tu aimais, riposta Tom. De la nourriture que tu aimais, une philosophie en accord avec la tienne.
Jake renifla, mais difficile de dire si c’était un tic ou une réaction aux mots de Tom. Il attendit un moment, mais Jake n’ajouta rien, alors Tom vida son verre et alla au bar chercher une nouvelle tournée.
Quand il revint, Jake le regardait.
— Tu sais, tu as l’air beaucoup trop jeune pour t’intéresser à toutes ces conneries de business.
— J’ai trente ans.
Tom chercha à deviner l’âge de Jake. Sa silhouette élancée et sa peau lisse lui donnaient l’air d’avoir dix-huit ans, mais ses yeux lui donnaient plus. Il avait vu plus du monde qu’il aurait dû.
— Et toi ? demanda Tom.
— Vingt-quatre. Trop jeune pour toi ?
— Ça dépend pour quoi faire.
Les mots lui sortirent de la bouche avant qu’il puisse les retenir, aidés par trois pintes d’une Lager forte. Dans sa tête, il entendit Cass rire. Subtil .
Tom attendit que Jake le renvoie bouler. Le traite de con ou de pervers. Peut-être même qu’il se lèverait et partirait.
Mais Jake se contenta de sourire et posa ses coudes sur la table.
— Je pense que tu devrais commencer par la bouche et descendre petit à petit.
 

 
Chapitre 2
 
 
 
 
Jake plaisantait, du moins c’est ce que pensait Tom, mais leur échange lourd de sens changea le ton de leur conversation. La bière coula à flot et l’atmosphère entre eux devint de plus en plus chaude. Il était presque minuit quand Tom se rendit compte qu’il avait oublié de rentrer.
Il s’écarta de Jake avec un sourire chagriné. Ils avaient fini par être presque nez contre nez.
— Je devrais y aller.
Jake se leva et tendit à Tom le pull qu’il avait enlevé durant leur conversation.
— Oui, moi aussi.
Ils quittèrent le pub et sortirent dans la rue. Tom frissonna. La température avait chuté pendant qu’ils étaient à l’intérieur. Jake glissa une cigarette à ses lèvres. L’alluma.
— Ça ne te gêne pas, si ?
— Non, vas-y.
Tom ne savait pas quoi dire d’autre. Il était tard, mais il n’était pas prêt à ce que la nuit se finisse.
— Hum, tu prends le métro ?
— Oui.
Ils marchèrent jusqu’à la station Camden Town. Jake tressauta de nombreuses fois pendant qu’ils déambulaient ensemble. Tom se demanda pourquoi. Au pub, les tics de Jake avaient presque disparu – à moins que Tom se soit habitué à eux –, mais dans la rue, Jake luttait de manière évidente. Au bout d’un moment, Tom lui prit le bras. Il ne put dire si cela l’aidait ou non.
Jake se calma un peu quand ils descendirent sous terre. Il se tourna vers Tom et sourit.
— Merci. Ça aide quand quelqu’un me touche. Ça me donne quelque chose sur quoi me concentrer.
Tom scanna sa carte Oyster et passa les barrières. Il attendit que Jake fasse de même, puis il haussa les épaules.
— T’inquiète pas, c’est rien, du moment que ça ne te gêne pas qu’un étranger te touche.
— On fait avec ce qu’on a sous la main.
Tom fixa Jake. Il n’y croyait pas une seconde. Jake était superbe et même avec le SGT qui faisait des ravages dans son système nerveux, il débordait de sex appeal . Qui ne voudrait pas le toucher ?
— En fait, je suis surpris que tu m’aies accompagné aussi loin. La plupart des gens perdent patience quand on sort.
Tom fronça les sourcils, tout en se dirigeant vers le quai.
— C’est pire dehors ?
— Parfois. Ça dépend de la situation. Là, mes tics reviennent en force parce que je suis fatigué, mais avant, quand je t’ai rejoint au bar, c’était à cause de la nervosité…
— Et quand tu travaillais, tu étais en colère, hein ?
— Voilà.
Jake s’appuya contre le mur crasseux, sur le quai.
— Là, c’était assez extrême, quand même. Ça fait un moment que je n’ai pas perdu le contrôle à ce point-là.
Tom imita la position de Jake. Il ferma les yeux brièvement, certain de pouvoir sentir la chaleur du corps de Jake.
— Que s’est-il passé ? Je veux dire, je sais que tu détestes ton travail et j’ai vu les assiettes au sol, mais pourquoi aujourd’hui, c’était pire qu’un autre jour ?
...

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