Mon BOSS... le pire ex de ma vie !
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Description


Avoir comme nouveau Boss son ex-sex-friend, check.



Omettre de lui parler de son fils de cinq ans, double check...



Lui cacher qu’il en est le papa, triple check...



Lily a un poste de rêve : directrice financière d'une société de cosmétiques bio. Suite à la crise actuelle, Durasex, plus grosse entreprise de préservatifs au monde, les sauve d'une fermeture certaine en les rachetant.


Tout irait donc pour le mieux si son nouveau Boss, Thomas Savage, n'était pas son ex-sex-friend, celui qui lui a fait tourner la tête et le coeur pendant ses études.


Thomas, l'homme le plus sexy qu'elle ait rencontré. Thomas, le séducteur invétéré. Thomas, le connard arrogant. Thomas, le meilleur amant qu'elle ait connu.


Mais, surtout...


Thomas, le père de son fils, Léo. L'enfant qu'elle lui avait promis de ne pas garder avant que leurs chemins ne se séparent six ans plus tôt...



------



Elle quitte la salle, sans un mot, m’ignorant royalement.



C’est quoi, ce délire ?



Si je comptais en savoir plus grâce à ses collègues, c’est peine perdue. Ils se lèvent l’un après l’autre, et retournent dans l’open-space.



Qu’est réellement devenue ma Lily-Mélo ? Une chose est sûre, je vais tout faire pour en apprendre plus sur elle. Dès aujourd’hui.

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Informations

Publié par
Nombre de lectures 124
EAN13 9782376523161
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0037€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait


Tout irait donc pour le mieux si son nouveau Boss, Thomas Savage, n'était pas son ex-sex-friend, celui qui lui a fait tourner la tête et le coeur pendant ses études.


Thomas, l'homme le plus sexy qu'elle ait rencontré. Thomas, le séducteur invétéré. Thomas, le connard arrogant. Thomas, le meilleur amant qu'elle ait connu.


Mais, surtout...


Thomas, le père de son fils, Léo. L'enfant qu'elle lui avait promis de ne pas garder avant que leurs chemins ne se séparent six ans plus tôt...



------



Elle quitte la salle, sans un mot, m’ignorant royalement.



C’est quoi, ce délire ?



Si je comptais en savoir plus grâce à ses collègues, c’est peine perdue. Ils se lèvent l’un après l’autre, et retournent dans l’open-space.



Qu’est réellement devenue ma Lily-Mélo ? Une chose est sûre, je vais tout faire pour en apprendre plus sur elle. Dès aujourd’hui.

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Lila Collins
Mon Boss... le pire ex de ma vie!



ISBN : 978-2-37652-316-1
Titre de l'édition originale : Mon Boss... le pire ex de ma vie !
Copyright © Butterfly Editions 2021

Couverture © Butterfly Editions - Depositphotos
Tous droit réservés, y compris le droit de reproduction de ce livre ou de quelque citation que ce soit sous n'importe quelle forme.
Cet ouvrage est une fiction. Toute référence à des événements historiques, des personnes réelles ou des lieux réels cités n'ont d'autre existence que fictive. Tous les autres noms, personnages, lieux et événements sont le produit de l'imagination de l'auteur, et toute ressemblance avec des personnes, des événements ou des lieux existants ou ayant existé, ne peut être que fortuite.
ISBN : 978-2-37652-316-1
Dépôt Légal : mars 2021
27052021-VF1002-VF
Internet : www.butterfly-editions.com
contact@butterfly-editions.com

« Elle a dû faire toutes les guerres Pour être si forte aujourd'hui, Elle a dû faire toutes les guerres De la vie, et l'amour aussi… »

Francis Cabrel, Je l’aime à mourir
1






Lily

Inspiration .
— C’est de la délation !
Expiration .
— Une machination !
Je repose mes haltères, en sueur. Chloé, ma meilleure amie, me fixe comme si je venais de débarquer de la planète Mars. Elle s’arrête de pédaler, légèrement moins essoufflée que moi.
Moins énervée aussi !
— Rappelle-moi déjà…
Ah non, elle ne va pas recommencer !
— Je crois qu’il vaut mieux que tu te taises, je lâche avant d’avaler de grandes gorgées de ma bouteille d’eau.
Elle s’approche, bienveillante. Pitié, qu’elle ne m’offre pas sa sollicitude. Je n’en ai pas besoin.
— Tu vas perdre ton job ?
Forcément que non ! Mon regard hargneux vaut toutes les réponses du monde.
— Tu risques de te retrouver à la rue ?
Irritable comme jamais, j’attrape ma serviette et la passe sur mon cou. Elle me suit dans les vestiaires et, dépitée, m’observe m’asseoir sur le banc, la tête entre les mains. Je nage en plein cauchemar et je vais me réveiller, ce n’est pas possible autrement.
— Je t’accorde que ce n’est pas très glamour de vous faire racheter par l’industrie de la capote, c’en est même risible… Durasex, c’est vraiment naze comme nom. Mais, ça va vous sauver la mise ! Avec la COVID, vous avez perdu gros. Sans eux, tu pointerais à Pôle Emploi, ça, c’est certain.
Comment une boîte de deux-cents personnes, star nationale des produits de beauté bio, a réussi à tomber si bas ? Depuis quatre ans que j’y travaille, je n’ai pas compté mes heures, ai pris peu de vacances, me suis investie à fond, et tout ça, pour quoi ?
— Je crois que je préférerais pointer au chômage, figure-toi !
Il va bien falloir que je lui crache le morceau. C’est sûr qu’avec mes réponses hors de propos, elle ne risque pas de comprendre.
De me comprendre.
Je soupire, épuisée par mes trois nuits blanches consécutives. Pour une fois, ce n’est pas de la faute de mon fils, Léo. Mon petit bonhomme, qui vient de fêter ses cinq ans, a enfin pris un rythme normal. Il était temps.
— Franchement, si l’on met de côté leur nom débile, moi, leurs préservatifs, j’adore ! Surtout le super fin avec les petits…
— Stop ! je l’interromps. Ils pourraient être en peau de chameau que je m’en tamponnerais le haricot. Ce n’est pas ça, le problème, dis-je d’une voix plus sérieuse.
Ses yeux s’arrondissent de surprise. Ma meilleure amie me connaît aussi bien que je la connais. Depuis notre rencontre à l’ESSEC, neuf ans plus tôt, nous partageons tout. Nos bons comme nos pires moments.
Elle a le droit de savoir.
— Marcel m’a fait lire les papiers de rachat, et…
Ma gorge se serre, mes yeux deviennent humides. La tristesse me quitte rapidement. Je suis en colère. Foncièrement en colère.
Mon Boss , Marcel Deschamps, n’avait pas trente-six-mille options pour nous sauver la mise. Prêt à prendre sa retraite depuis l’an passé, la crise que nous venons de vivre a fait chuter notre chiffre d’affaires de soixante-dix pour cent. L’acheteur s’est défilé. Soit, il mettait la clé sous la porte, et nous avec ; soit, il trouvait quelqu’un de suffisamment sérieux.
— Lily, parle-moi.
Sa main posée sur la mienne, elle tente de me transmettre le courage qu’il me manque. Je renifle, perdue. Comment vais-je faire pour aller au travail, demain ?
— Il… Je…
Je respire un bon coup. Ces dernières années, j’ai dû me battre contre vents et marées pour arriver là où j’en suis. Rien n’est insurmontable. Rien.
Ni personne.
— Durasex a nommé un nouveau patron France. Le précédent est parti en Chine s’occuper de tout le marché asiatique.
Mes yeux se baissent fixant le bout de mes chaussures. Merde, merde, merde, comment est-ce possible ? Quand je relève et pose mon regard sur elle, je lâche de but en blanc :
— Thomas a pris les rênes de la société.
Elle blêmit instantanément.
— T…
— Oui, cet enfoiré.
— Tu…
— J’hésite encore à l’émasculer directement avant notre première réunion, prévue à neuf heures tapantes, demain matin.
Comme si mes paroles lui passaient au-dessus de la tête, elle me demande, totalement chamboulée par la nouvelle :
— Ton Thomas ?
Je réponds, stoïque :
— Mon Thomas.


***

— Je l’ai couché de bonne heure, aucun cauchemar ne l’a réveillé. Il a mangé toute sa soupe, et a pris deux portions de pâte bolognaises. Il n’avait plus faim pour le dessert, donc je n’ai pas insisté.
J’entends ma grande sœur, Clémence, mais l’écoute à peine. Je n’en reviens toujours pas. En moins de quelques heures, mon monde s’est écroulé. Des ruines m’entourent de partout. Je ne sais pas si, cette fois-ci, j’arriverai à me relever.
— Tout va bien, Lily ?
Non, tout ne va pas bien. Mais, elle a tellement fait pour moi ces dernières années, que je me sentirais affreusement mal de lui confier… ça . D’ailleurs, je crois bien qu’elle prendrait d’elle-même un sécateur tout rouillé pour aller lui tailler ses roubignoles.
— Je suis juste crevée, dis-je en me laissant tomber sur mon canapé.
Elle me rejoint, inquiète. Comme je m'en veux de lui mentir.
— C’est le rachat qui t’angoisse ?
— Non, non… Tout est sur les rails.
Elle me regarde triturer mon annulaire gauche.
— Tu devrais…
Je la coupe, agacée.
— L’enlever, je sais.
Elle soupire, perdue. Depuis des années, elle ne fait que ramasser les pots cassés. Les miens, de surcroît.
Je me lève, prête à pleurer. Je refuse de verser une larme de plus devant elle. Elle ne mérite pas ça.
Je ne la mérite pas.
— Merci pour Léo. Ça m’a fait du bien de me défouler. Tu devrais rentrer, Martin va s’impatienter.
Elle passe une main douce sur mes cheveux, comme pour m’apaiser.
— Tu sais que je suis là à n’importe quelle heure du jour et de la nuit. Jamais je ne te laisserai tomber. Jamais.
Je la remercie silencieusement avant d’aller m’enfermer dans la salle de bain. Comme souvent, elle claquera la porte en sortant.
Trop, c’est trop.
Une seconde de plus et je me serais effondrée devant elle.
Dire que ça commençait enfin à aller mieux. Pour moi, mais surtout pour Léo. Comment vais-je bien pouvoir affronter ce nouveau coup du destin ? Avouer au vrai père de Léo, mon tout nouveau Boss , que je n’ai jamais avorté ?
Chose que je lui avais promise, avant que nos chemins se quittent, il y a bientôt six ans…
2




Thomas
Ma journée avait pourtant bien commencé. Un réveil coquin auprès de la plantureuse blonde avec laquelle je venais de passer la nuit. Puis, j’ai retrouvé mes potes et voisins, Théo et Lucas, dans la salle de sport de notre immeuble. Une heure d’un entraînement intense qui m’a permis de relativiser certaines choses.
Non, je ne suis pas un connard. Quand Lou, ma charmante conquête de la veille, s’est mise à pleurer, avant de partir, je lui ai rappelé ma règle de base : JDFLMF.
Jamais. Deux. Fois. La. Même. Fille.
Clair, net, concis, précis.
Il y a quelques années, j’ai failli à mon mantra. Les conséquences ont été désastreuses. J’ai mis une fille enceinte. E.N.C.E.I.N.T.E. Même si elle a accepté de se débarrasser de ce problème, pour un gars qui s’était promis de ne jamais être père, ça a été la goutte d’eau. Depuis ce jour, je n’ai plus jamais fait dans les seconds rounds . Je dois dire que ça me réussit plutôt bien. Sport en chambre assez régulièrement, entraînement sur tapis de course chaque matin, cela me permet de garder une ligne parfaite, car impossible de refuser les repas d’affaires auxquels je suis invité quasi-quotidiennement.
Et non, je ne vais pas être considéré comme le connard suprême qui rachète cette boîte. Franchement, si ma firme n’avait pas été là, qui aurait voulu s’encombrer d’une pauvre vieillerie has-been dont l’un des slogans pourris se résume à : « Lait d’ânesse, non à la vieillesse ! » ? Passer de la capote pour jeunes branchés aux mamies ménopausées, quel kiff . Mais, je n’ai pas le choix. Je dois faire mes preuves. Prouver au grand manitou, Pierre Borier, qu’il a misé sur le bon poulain. Que je suis capable de gérer deux structures à la fois.
En souhaitant une bonne journée à mes potes, je n’ai qu’une idée en tête : devenir le meilleur dans mon job. Relancer cette fichue entreprise ayant pour cible marketing des antiquités aigries.
Pour me permettre de tenir le coup, nuits de débauche à volonté !

***

Cheveux à peine séchés, regard fier, épaules droites, je ne me suis jamais senti aussi bien dans mon costume bleu marine. Je respire le calme, l’assurance, la maîtrise. Dans l’ascenseur, une jolie métisse me fait de l’œil.
Toi, ma jolie, si je n’étais pas aussi pressé, je te demanderais ton 06…
Je sors de l’ascenseur, prêt à devenir l’homme le plus apprécié de l’étage. Pierre m’a bien briefé sur le sujet : Élisabeth Mayer, la Directrice financière, est considérée comme la Boss suprême entre ces quatre murs. Bosseuse, juste, droite, toujours ponctuelle, personne ne peut se permettre la moindre erreur face à elle. Tout en elle respire la réussite.
Message reçu cinq sur cinq : cette femme-là, il va falloir la ménager.
Chose étrange, j’ai tenté de me renseigner, d’en savoir un peu plus sur elle. Je n’ai rien trouvé. Elle n’est inscrite sur aucun réseau social, et toutes les images de son petit minois ayant été publiées ou partagées lors d’événements professionnels n’existent plus. Un dinosaure d’Internet ? Parfait. Au moins, elle partira rapidement à la retraite, prête à passer sa journée engluée dans des bains au lait d’ânesse.

#Bonjour, Thomas. Vous êtes arrivé ?

Pierre, toujours ponctuel. Même en avance, sur ce coup-là. Je ne suis censé investir les lieux que dans deux minutes, soit à neuf heures moins le quart.

#Bonjour, Pierre. J’y suis. C’est très classe.

En parcourant le hall d’entrée, je suis subjugué par tant de beauté. Ce vieil immeuble haussmanien respire le Paris que j’adore. Je m’y sens déjà comme un petit poisson dans l’eau.

#Vous avez déjà rencontré Constance ?

Le BOSS des BOSS, comme nous aimons l’appeler dans la profession, n’arrête jamais. Je me demande même si ça lui arrive de dormir. Quand il a pris la direction du groupe Santé+ , il y a bientôt deux ans, personne ne donnait cher de sa peau. Moi, le premier. À soixante-cinq ans bien passés, il devrait plutôt profiter d’une retraite bien méritée que de se tuer à la tâche, entouré de types prêts à vendre père et mère pour grimper dans l’échelle sociale.
Le pouvoir, le nerf de toutes les guerres.
Au fond, je ne suis pas si différent d’eux. Mon enfance et mon adolescence reposent désormais en paix. Je ne me bats plus afin de bénéficier d’une quelconque reconnaissance… J’agis pour ma route personnelle, celle que je ne partagerai jamais avec personne.

#Elle vous a montré votre bureau ?

Message subliminal : T’as intérêt à te bouger, mon vieux.
Je pourrais mentir, mais je ne le ferai pas. Ce type est capable de tout vérifier derrière moi.
Je préfère gérer d’abord Constance. Répondre à Pierre ensuite. Rapidement, je repère la grande rousse, des lunettes sur le nez, assise derrière son bureau, les yeux plissés devant l’écran de son ordinateur.
— Constance ?
— Mon…sieur… Sav…age ?
Je souris légèrement.
— Vu que je ne vois pas âme qui vive à part vous et moi dans un rayon de quarante mètres à la ronde, donc sur une échelle de 1 à 10, 1 frôlant la probabilité quasi-nulle, 10 s’approchant de la certitude, je dirais qu’il y a onze chances sur dix que je sois effectivement Monsieur Savage.
Des plaques rouges parsèment son cou. Un peu et son épiderme me dévoilerait son numéro de téléphone. Encore une qui n’a qu’un rêve dans la vie : trouver le Prince charmant, pondre une ribambelle de petits chouineurs, passer ses mercredis et ses week-ends à Disneyland, cuisiner des gâteaux en tous genres, les bouffer, prendre quarante kilos. Et kiffer sa vie. CQDF. Tout ce que j’ai en horreur.
— Vous vou…lez que je vous mon…tre vo…tre bur…eau ?
Gêné, je regarde autour de moi. Personne.
— Madame Mayer était-elle arrivée ?
— Non, jam…ais avant neuf heu…res quin…ze. Elle em…mè…ne son f…
Elle m’a regardé ? Vraiment regardé, je veux dire ? Je me contrefiche des activités gériatriques de Mémé Ânesse avant son arrivée au travail.
— Et si vous me montriez mon bureau ?
Cherchant à me subtiliser le plus rapidement possible à cet étrange moment, autant m’enfermer dans mon antre. Pierre m’a vanté les besoins d’un pied à terre dans ces locaux pendant la mise en route de la reprise. Si, au début, cette idée m’a enchanté, là, je regrette de l’avoir remercié dix fois au moins pour cette attention… Passer les trois prochains mois entouré d’une vieille fille et d’une momie, je risque de tomber en dépression profonde.
Dépité, je la suis à travers le long couloir lumineux. De hauts plafonds blancs décorés de moulures, des murs de la même couleur, de magnifiques parquets… que demander de plus ? J’ai connu… tellement pire.
Perdu dans la contemplation des lieux, mon regard s’accroche rapidement sur un cadre noir, agrémenté d’une photo de groupe. Mes yeux, soudain acérés, remarquent une femme positionnée au centre. Brune, grande, fine, magnifique.
Mon putain de palpitant s’emballe.
Encore plus belle que dans mes souvenirs.
Je la pointe d’un doigt tremblant. Constance, sentant mon trouble, s’arrête, s’approche.
— C’est… ?
Impossible de prononcer son prénom. Pour moi, c’est et restera ma Lily-Mélo.
— Élisabeth Mayer, notre Directrice financière.
Mon cœur s’emballe. Il doit y avoir une erreur.
— Élisabeth Toledo, je rectifie.
La secrétaire me sourit, gênée. Et se remet à rougir. Mauvais signe.
— Oui, c’est bien elle, mais Toledo est son nom de jeune fille.
Arrêt sur image.
Lily-Mélo, mariée ?
Cela devrait me ravir. Au moins, zéro débordement possible. Pas de troisième round à craindre. Tant mieux pour mes spermatozoïdes. Ces sales traîtres ont tendance à trop kiffer Lily.
Pourtant, je tremble de l’intérieur. J’ai beau détester beaucoup de choses… les épinards, les filles de plus de vingt-cinq ans, les chaussettes qui puent, les slips vintage … mais ce que je hais, ce sont les imprévus. Un de taille se profile à l’horizon. Comment se fait-il que je n’aie pas été mis au courant de cette info ?
Personne ne sait que vous avez couché ensemble…
Elle, elle aurait dû me contacter ! Me prévenir ! Putain, rien n’aurait pu l’empêcher de m’annoncer ça ? Que je puisse me préparer, bordel.
— Montrez-moi son bureau. Tout de suite.
— Mais elle n’est pas en…
— Tout de suite !
Immédiatement, je regrette mon ton. Constance n’a pas à faire les frais de mes erreurs de jeunesse. Encore moins, celles de sa patronne.
— Bien, Monsi…eur Sava…ge.
On progresse, elle bégaie de moins en moins. Nous partons en sens inverse. Je me sens flotter au-dessus de cet endroit.
Lily-Mélo, ici ?
Depuis que nous nous sommes quittés, je me suis souvent demandé ce qu’elle était devenue. J’ai beau ne pas m’attacher, je ne suis pas un salaud pour autant. Dès que je repense à ce que je lui ai fait promettre, ma fierté en prend en coup.
— Voilà, nous y sommes.
Constance m’ouvre la porte, sur la défensive. Elle craint de recevoir un retour de manivelles de sa patronne. Je comprends.
— Ne vous en faites pas, je dirai à Lil… Élisabeth que l’idée vient de moi.
— Mer…ci.
J’entre dans une pièce sans vie, sans saveur, totalement aseptisée. Un bureau en bois clair, une petite bibliothèque, quelques tableaux d’art moderne, une plante verte, ça ne lui ressemble pas.
Putain, qu’est-il arrivé à ma Lily-Mélo ?
Une chose est certaine, je ne vais pas tarder à le découvrir.
3





Lily

Ensemble tailleur gris anthracite. Check .
Ma longue tignasse châtain foncé, tombant dans un coiffé-décoiffé en dessous de mes épaules. Check .
Mes yeux marron maquillés afin de rendre mon regard aussi perçant que sûr de lui. Check .
Lèvres agrémentées d’un gloss rouge. Check .
Chaussures à talons, enfilées. Check .
J’ai beau avoir mon cœur en miettes, l’image renvoyée par le miroir me plaît. La femme de vingt-neuf ans que j’observe paraît indestructible, hermétique à tout chagrin, toute colère.
Forte. Je suis forte.
Je suis forte. Je suis forte. Je suis forte. Je suis forte. Je suis forte. Je suis for…
— Maman… j’ai faim…
Mon mini-moi tire ma manche, me rappelant à ici et maintenant. Je me retourne, et le soulève dans mes bras, enfouissant mon nez dans son petit cou tout doux. J’aime ses réveils, le matin. J’aime sa petite moue tout ensommeillée. J’aime son odeur. Mais, ce que j’aime par-dessus tout, ce sont ses yeux qui me fixent comme si j’étais la huitième merveille du monde.
— J’ai faim…
En le gardant blotti dans le creux de mon épaule, je rejoins ma cuisine, et le dépose sur une chaise haute face à l’îlot central. J’ai beau vivre seule depuis peu, ma position professionnelle fait que je n’ai pas eu besoin de vendre ce magnifique appartement, en plein cœur du Marais. Plafonds hauts, magnifiques peintures blanches satinées, parquets d’origine en chêne, vaste cheminée dans le salon, cuisine dernier cri, trois chambres, deux salles de bain, il allie à la perfection l’ancien et le moderne. Même si de mauvais souvenirs me hantent dès que j’essaie de dormir, cet endroit représente le calme pour Léo. Son havre de paix. Rien que pour ça, je ne déménagerai jamais .
— Tiens, mon poussin, dis-je en lui ébouriffant les cheveux, tout en lui servant son bol de céréales et une tartine au Nutella.
— Merchi, Maman.
J’observe mon petit amour dévorer avec gourmandise son petit-déjeuner. Qu’il est beau… Un nœud me serre le cœur… J’ai beau tenter d’enfouir ça au plus profond de mon cœur, plus il grandit, plus il ressemble à son père. Mon fils a hérité de sa beauté, de ses traits fins. Mais surtout… de ses yeux bleus perçants. Bien sûr, il me ressemble aussi, mais si Thomas devait le rencontrer, aucun doute ne serait possible. Il comprendrait immédiatement.
— Maman, cha va ?
— Tout va bien, mon ange. Et si l’on allait se préparer pour l’école ?

***

— Madame Mayer !
Dire que j’ai essayé de me faufiler discrètement à travers le couloir de l’école… C’était trop beau pour être vrai. Quatre matins que j’arrive à passer entre les mailles.
— Madame Mayer ! Je peux vous parler deux minutes ?
Je pivote, un faux-sourire braqué sur mes lèvres.
— Madame Chinon, j’allais vous envoyer un mail dans la journée.
Si elle devine que mon mensonge est gros comme une maison, elle n’en montre rien.
— Vous avez donc bien lu ma demande de rendez-vous dans le cahier de liaison de Léo ?
— Tout à fait ! C’est pourquoi j’allais…
— Ce soir, dix-sept heures ?
— Euh… oui, je me sens obligée de répondre.
Connaissant cette institutrice, je sais qu’elle ne me dira rien de plus, ce matin. Nous sommes entourées de parents. Ni elle ni moi n’avons envie d’aborder ce sujet en public.
— Je serai là, ajouté-je en déglutissant.
— Parfait.
— À ce soir… alors.
Je hoche la tête, puis m’apprête à partir dans le sens inverse quand je sens sa main bienveillante accrochée à mon poignet.
— Je suis désolée de ce qui vous arrive, à vous et Léo. Toute l’équipe l’est… Si nous pouvons faire quoi que ce soit, surtout, n’hésitez pas…
Il faut que je parte, que je quitte cet endroit. Sinon, je vais me mettre à pleurer à chaudes larmes. Triturant mon alliance du bout de mes doigts, je la remercie du regard avant de m’éclipser le plus rapidement et discrètement possible.

Une fois dans la rue, j’inspire profondément. Comment en suis-je arrivée là ? Si bas ? Depuis que j’ai fait le choix de garder Léo, j’ai tout mis en œuvre pour que ça se passe au mieux pour nous deux. Je ne me suis inscrite sur aucun réseau social – professionnel ou autre –, n’ai pas partagé la moindre photo, nous ai volontairement blacklistés d’Internet. J’avais promis à Thomas qu’il ne serait pas père. Pas si jeune. Pas comme ça. C’était notre pacte. Notre secret. Quand j’y repense, j’ai été aussi bête que puérile. Comment ai-je seulement pu lui donner ma parole sur… mon bébé ? Peu après notre séparation, dès que j’ai aperçu ce petit haricot lors de l’échographie de datation, j’ai compris que jamais, ô grand jamais, je ne serais capable de le rayer de mon ventre… et de ma vie.
Je me suis battue pour nous garder loin des projecteurs de ma vie professionnelle, de mon réseau spécialisé dans la finance et le commerce… de lui .
Je ne peux pas.
Je ne peux pas lui dire la vérité.
Je ne peux pas infliger ça à Léo.
JE. NE. PEUX. PAS.

Fière de ma résolution, je franchis les portes de mon entreprise, rue de Turenne, non loin de la place des Vosges. Une vingtaine d’employés travaillent ici, véritable centre financier de la société. En tant que Directrice financière, je suis la plus haute placée. La plus respectée, aussi. Marcel se promenait de pôle en pôle, même si son véritable bureau se situe sur Grasse, là où il vit depuis une dizaine d’années maintenant, siège de nos chaînes de fabrication.
— Bonjour, Madame Mayer.
Constance, l’épaule sur qui je peux toujours m’appuyer. Constance, la meilleure secrétaire de l’Univers. Constance, cette jeune trentenaire avec qui je serais certainement devenue amie si nos routes s’étaient croisées dans d’autres circonstances. Si j’ai bien compris une chose, ces dernières années, c’est de ne jamais mélanger amour et travail. Je l’ai appris à mes dépens.
Connard de Thomas.
Même si je n’étais pas tombée enceinte, jamais je ne lui aurais pardonné ce qu’il m’a fait. Une enflure pareille ne mérite aucun de mes regards, aucune de mes attentions. Il n’aura définitivement rien de moi.
Léo restera mon secret…
— Madame Mayer, Mad…
— Plus tard, Constance, plus tard. Avez-vous déposé un double du dossier du rachat sur mon bureau ? lui demandé-je sans vraiment la regarder, mes yeux rivés sur mon portable professionnel, ma tasse de café dans l’autre main.
— Oui, mais Madame May…
Si j’avais pris soin de l’observer, de lui accorder autant d’importance que celle qu’elle m’octroie depuis son arrivée, il y a plus de deux ans, j’aurais remarqué les plaques rouges dans son cou. Vraie rousse, cette pigmentation colorée de son épiderme n’est présente qu’en cas de stress intense. D’imprévu. De…
J’ouvre la porte de mon bureau, prête à replonger dans ces fichus papiers. Trouver une faille, n’importe laquelle. Celle qui me permettrait de revenir en arrière, de rembobiner ces deux derniers jours. Sauf que les miracles n’existent pas…
Par contre, les pires imprévus, oui.
— T…h…o…m…a…s ?
Adossé nonchalamment contre ma grande fenêtre, les bras croisés sur son torse toujours aussi… Bref, il n’a pas pris vingt kilos comme je l’espérais, n’a pas souffert de calvitie précoce – me suis-je fait arnaquer avec cette poupée vaudou à trois chiffres ? –, n’est pas devenu myope comme une taupe, n’est pas…
— Lily-Mélo.
Personne ne m’a plus appelée ainsi depuis… lui . Un peu et j’en laisserais presque tomber ma tasse de café brûlante. Le visage impassible, mais le cœur en vrac, je ne laisse rien paraître. Ni ma colère ni mon trouble face à la perfection incarnée qui se tient devant moi. Cheveux presque noirs ondulés, yeux bleus perçants, grand, fin… Léo avec vingt-quatre ans de plus.
— Élisabeth. Je m’appelle Élisabeth.
Sans que je m’y attende, il se redresse et part dans un grand éclat de rire.
— Élisabeth, Lily… peu importe. Pour moi, tu seras toujours ma Lily-Mélo.
Je vais le tuer…
— Non, pour toi, ce sera Élisabeth.
Nonchalamment, je pose mon gobelet sur la table. Café que je tenais de ma main gauche, siège de mon alliance brillant de mille feux.
— Élisabeth… Mayer.
J’aurais aimé que ses yeux s’arrondissent de surprise. Il n’en est rien. Il sait. Il savait.
Comment est-ce possible ? Et pour Léo ? À cette idée, mon palpitant manque un battement. Je dois rester digne, forte. Ne pas lui montrer toutes les fêlures qui m’habitent.
— Maintenant, si tu veux m’excuser… j’ai du travail. Nous nous verrons lors de la réunion de présentation. À dix heures. Comme convenu.
Le cœur battant à tout rompre, je me fais violence pour rester droite. Avancer jusqu’à mon bureau. M’y installer. Et l’ignorer jusqu’à ce qu’il parte enfin.
Bordel, que vient-il de se passer ?
4




Thomas
Elle porte une putain d’alliance. 
Face à l’une des grandes vitres de la salle de réunion, j’observe Paris. Sur les trottoirs, les gens s’activent, le visage fermé. Une nuée d’inconnus qui rejoignent différents horizons. Dans moins de quelques minutes, cette salle se remplira. Il me faudra faire mon show de businessman aguerri. 
Face à elle. 
Lily-Mélo s’est mariée.
Je ne devrais ressentir aucune jalousie, zéro sentiment contradictoire… Pourtant, sans que j’en saisisse les tenants et les aboutissants, il se passe un truc bizarre en moi. 
Je ne comprends pas ce qu’il m’arrive. J’ai chaud, j’ai froid. Un étrange filet de sueur coule de ma nuque vers le bas de mon dos. 
Nous n’étions pas censés nous revoir. Enfin, pas dans cette situation. Mes plans culs ne réapparaissent jamais dans mon existence. Jamais. 
Toutes ces années, je n’ai même pas pensé à elle. Enfin… un peu. Juste… un tout petit peu… Lily-Mélo et moi, c’était explosif. Dans tous les sens du terme. D’où les rounds suivants. Au lit, nous nous entendions à merveille. Après notre première nuit passée ensemble, après l’une des fêtes du campus, j’ai compris que mon putain de pacte, JDFLMF, ne marcherait pas avec elle. Il m’en fallait plus. J’en voulais plus. Elle aussi, du reste. Alors, nous avons établi une règle : pas de sentiments, juste du sexe. Nous nous quitterions comme nous nous sommes rencontrés. Sans rancœur. 
Sauf que… 
Merde. 
Je me suis comporté comme un connard en la laissant se débrouiller. J’ai eu beau me convaincre que c’était une affaire de nanas, depuis, j’ai grandi. Évolué. Je me suis mieux compris moi-même. 
J’ai merdé. Dans les grandes largeurs, en plus. 
M’en a-t-elle voulu ? Possible . 
M’a-t-elle pardonné ? Improbable . 
Vu l’accueil que j’ai eu, je représente l’ennemi à abattre. 
— Jamais à l’heure ! Ils m’énervent ! 
En tout cas, un point n’a pas changé : elle peste toujours autant. Je me retourne, fébrile. Pourvu qu’elle ne remarque pas mon état. Ce ne serait pas très professionnel. Je suis là pour redresser cette société, pas me laisser avoir par la première ex- sex friend que je croise. La seule qui ait vraiment eu ce titre. 
Bordel. Fallait que ça me tombe dessus. Aujourd’hui. De si bon matin. 
D’ailleurs, existe-t-il un seul moment propice à un tel… tsunami ? 
Je viens vraiment de parler de tsunami ?  
Incrédule, je la regarde passer la tête dans l’embrasure de la porte et appeler Constance. Lui demander de chercher ses collègues dare-dare. Au fond, je ne connais pas grand-chose d’elle, toutefois, là, elle paraît sur les nerfs. Quand elle pivote dans ma direction et que ses yeux croisent les miens, j’y découvre un océan de contradictions.
— Pourquoi ? me demande-t-elle froidement. 
Sa question me désarçonne. 
J’essaie de sourire pour détendre l’atmosphère, mais ça n’a pas l’effet escompté. 
— J’aurais dû te rappeler…
D’après ses traits qui se tendent, ce n’est pas la réponse qu’elle attendait. Un petit rire hystérique s’échappe de ses lèvres. 
— M’appeler ? Vraiment ? Tu y as pensé quand pour la première fois ? Il y a cinq minutes quand tu cogitais ici ? Lorsque que tu t’es dit : « Merde, mais qu’est-ce qu’elle fout là ? » Je te rassure sur ce point : à aucun moment, je n’ai espéré que tu prennes des nouvelles. Tu avais été très clair sur le sujet, poursuit-elle, amère. Donc, je me suis… 
...

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