Monseigneur Blanche
146 pages
Français

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Monseigneur Blanche , livre ebook

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Description

Blanche, élevée avec son frère et sa sœur dans une ferme de Vessuire, comprend déjà enfant que la société dans laquelle elle vit ne lui convient pas. Malmenée par les gars du village, elle prend une résolution : elle sera un garçon. Adieu les jupes et la soumission !


Justicière, entourée de ses trois compagnons, elle défend les opprimés, notamment de son ennemi juré, Gauthier, qui cherche à l’éliminer.


Un jour, le Prince Louis vient s’installer dans son château et recherche un garde du corps personnel. Il est hors de question que Gauthier soit choisi ! Pour l’en empêcher, Blanche se présente sous l’identité d’Henri, son défunt frère.


Mais quand les sentiments s’en mêlent, Blanche devra faire un choix : pourra-t-elle sauver le Prince en gardant son secret ?

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 16
EAN13 9782379601033
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Violaine Janeau
© Violaine Janeau et Livresque éditions pour la présente édition – 2020
© Thibault Benett, pour la couverture
© Jonathan Laroppe , pour la mise en page
© Mélodie Bevilacqua-Dubuis & Marine Gautier ,
pour la correction et le suivi éditorial

ISBN : 978-2-37960-103-3

Tous droits réservés pour tous pays
Conformément au Code de la Propriété Intellectuelle, il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement le présent ouvrage, et ce, par quelque moyen que ce soit, sans l’autorisation préalable de l’éditeur et de l’auteur.
à Eneour,
Prologue
Cette masse informe et blanchâtre représentait, selon Élisabeth et sa sœur Perrine, un « bonhomme ». Moi, je penchais plutôt pour une bouse de vache, mais pour une fois que les deux jeunes filles daignaient jouer avec moi, j ’ évitai tout commentaire et poursuivis ma tâche. Cet hiver débutait à peine et était déjà très rigoureux en cette année   1536. Il allait être difficile pour les plus pauvres d’entre nous.
Étant la moins sensible au froid, j ’avais pour mission de leur apporter la plus grande quantité possible de neige afin qu’elles façonnent notre œuvre. Marie, elle, était en train de récupérer des brindilles et cailloux un peu plus loin. C’ était peine perdue , ce gros tas de glace ne ressemblerait toujours à rien, même agrémenté de bouts de bois en guise de bras .
Élisabeth attrapa une boule de neige qu ’elle plaqua tant bien que mal au milieu de l’amas.
—   On dirait qu’il lève le doigt ! s’exclama-t-elle.
Sa sœur émit un glapissement et frappa des mains. Elle ne servait qu’ à ovationner chaque action d’Élisabeth. Assise sur le sol gel é depuis le début de la récréation, elle s’ était plainte d ’avoir les fesses mouillées, ce qui, en soi, était normal dans la neige, mais je la soupçonnais de s’ être fait pipi dessus pour se réchauffer. En plus, sa sœur s ’approchait peu d’elle, c’était un bon indice des effluves qui devaient s’en dégager.
La grande posa ses mains rougies sur sa taille, fière de sa sculpture. Mon air sceptique ne la dégonfla pas, elle surenchérit :
—   Marie va le trouver gé-nial.
Impliquer ma sœur n’ était pas fair-play, mais c ’ était bien joué. Je cautionnai par un hochement de tête en secouant ma robe trempée et crottée. Maman allait me tuer, je le savais, mais j ’en pris mon parti et me servis de ma jupe comme brouette pour rapprocher une nouvelle pelletée de neige que je trouvais sur le rebord du puits. La petite frappa des mains, la grande considéra d’un œil expert le contenu et montra un trou dans ce qui devait figurer le crâne :
—   Mets-en là, m’ordonna-t-elle.
Je remarquai alors qu’elle tremblait. J’aurais dû y penser avant. Les sœurs Molinet étaient pauvres, j ’avais entendu Maman bavarder avec leur mère, leur père avait même envisagé de vendre la ferme et d’aller s’installer à la capitale. Les vêtements des filles étaient constitués de bouts de tissus rapiécés et la robe d’Élisabeth était bien trop courte pour la saison. Je pouvais apercevoir ses chevilles maigres et blanches enfoncées dans ses chaussures usées.
J’enlevai un de mes châles et le lui tendis sans rien dire. Elle hésita avant de s’en saisir et de le déposer sur ses frêles épaules, rejetant ses cheveux roux derrière ses oreilles rosies. Je lui obéis alors docilement. Le « bonhomme » avait une excroissance sur le côté gauche, mais cela plut à la petite qui applaudit encore. Je cherchai Marie aux alentours, espérant son arrivée, qu’on en finisse. Elle avait dû partir à l’orée du bois situé derrière la rivière pour s’approvisionner. Les autres enfants s’amusaient tantôt à se jeter de la neige, tantôt à se lancer le ballon fabriqué par le père Foucher, le porcher du village. Nous étions tous plus ou moins couverts d’écharpe et de bonnet remis par nos mamans avant de partir. Certains adultes, une baguette ou un panier à la main, nous saluaient en passant pour regagner leur exploitation. La classe avait lieu dans la chapelle à la sortie du village et était enseignée par un prêtre sévère. Il fallait que ma sœur se dépêche avant que la cloche ne sonne. Mais ce n’ était pas ce qui m’inquiétait pour le moment : la bande de Gauthier émergea depuis l’auberge . Ce dernier me vit en même temps que moi, alors je décidai de l’ignorer, espérant qu’il soit attiré par quelqu’un d’autre.
Une calèche traînée par deux chevaux nous dissimula pendant quelques secondes. Leurs occupantes, deux nobles maquillées et chaudement vêtues, rirent en nous apercevant. Vessuire, notre village, ne possédait pas de riche propriété. Les seuls aristocrates qui le traversaient n’étaient donc que de passage, en général pour regagner Losse, et nous étions habituées à leurs moqueries, d’autant plus en tant que petites filles déjà rabrouées par les garçons.
Élisabeth ramassa une nouvelle poignée de glace qu’elle colla sur le pied du bonhomme pour en améliorer la base. Elle attendit alors que je parte en chercher d’autres, ce que je ne fis pas : Gauthier et ses deux acolytes, Colin et Pacôme, n’ étaient plus qu ’ à quelques toises de nous.
—   Qu’est-ce que vous faites de beau, les filles ? nous héla le premier en se penchant au-dessus de l’ épaule de la petite.
Les cheveux blonds hirsutes, le visage émacié, il devait bien mesurer un pied de plus que nous. Â gées toutes les trois d’à peine onze ans, nous paraissions vulnérables à ses côté s. Malgré le temps, ces garçons portaient simplement une fine redingote. Les mains dans les poches, ils se mirent à tourner autour de nous, tels des prédateurs à la recherche d’une prise pour nous mordre. Élisabeth décida de faire ce que l’on faisait toujours dans ces cas-là : les ignorer. Elle m’invectiva :
—   Allez ! Va en chercher d’autres !
Je comprenais son choix. En ne leur répondant pas, on avait une chance qu’ils s’intéressent à d’autres filles, de celles qui minauderaient par exemple, ou se mettraient à pleurer lorsqu’ils leur prendraient leur ballon. Me demander de m’ éloigner était un pari risqué. Je jetai un œil sévère sur Gauthier et amorçai un pas en arrière, mais ce fut Colin , le plus petit, à la propreté douteuse, qui bougea en premier.
—   Hey, les gars ! Vous avez vu leur bonhomme ?
—   Za ? ricana Pacôme qui zozotait depuis qu’il s’ était battu avec mon frère. Z'est pas un bonhomme... Z'est du purin...
Ils s’esclaffèrent en chœur. Je serrai les poings. Ils avaient raison, mais je ne pouvais pas l’avouer devant eux. Élisabeth se figea et me fixa de ses yeux gris perçants. Elle savait que je voulais répondre, mais je lisais dans son regard qu’il en était hors de question et que si je bougeais ne serait-ce que le petit doigt, je n’aurais plus l’autorisation de m’amuser encore un jour avec elle. Je fis donc un effort surhumain pour me contrôler, ce que ne manqua pas de remarquer Gauthier. Il me dévisagea, parcourut les quelques pas le séparant d’Élisabeth et écrasa d’un violent coup de pied le tas de neige. La cadette cria, les garçons se tordirent de rire. Élisabeth, ses joues d’ordinaire tachetées devenues livides, m’ordonnait toujours de ne pas intervenir. D’un calme impressionnant, elle annonça  :
—   Ce n’est pas grave, Perrine, on va recommencer.
Les trois autres se bidonnèrent davantage. Les mains sur les hanches, Gauthier me jaugeait. Il savait le combat intérieur que je menais pour ne pas bouger, et il jubilait. Je me penchai pour ramasser de mauvais gré deux poignées de neige. Voyant que j’avais compris qu’elle ne voulait pas d’histoires, Élisabeth s’agenouilla près de son bonhomme pour lui redonner une forme convenable. Mais Gauthier ne lui en laissa pas le temps : il agrippa les pans arrière de sa jupe et les lui renversa sur la tête :
—   Oh les jolis cuissots ! s’extasia-t-il sous l’hilarité de ses compagnons.
Mon sang ne fit qu’un tour, et, oubliant mes bonnes résolutions, je sautai au nez de Gauthier, que je cassai d’un coup de poing bien placé. Passé la surprise, il riposta en se jetant sur moi 

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