Mords-moi si tu peux !
126 pages
Français

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Description

Si l'on vous dit qu'un vampire brille parfois au soleil, cela vous évoque-t-il quelque chose ? Pour Mike, le jeune alpha de la meute Hollyster, c'est surtout synonyme d'ennuis. De gros ennuis Surtout quand le vampire en question est Cody Latimer, enduit de colle et de paillettes par ses Bêtas le jour même de la rentrée.


Entre les loups-garous et les vampires, cette agression signe le début d'une guerre des blagues aux conséquences aussi loufoques qu'inattendues.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 11
EAN13 9782375210291
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0026€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

M . R . Stevens
Mords-moi si tu peux  
Mix Editions
N° ISBN : 978-2-37521-029-1

© Mix Editions 2016, tous droits réservés.
© Jay Aheer, pour la présente couverture.

Dépôt légal : novembre 2016
Date de parution : novembre 2016

Mix Editions :
Impasse des Mares, 76970 Grémonville

Site Internet : www.mix-editions.fr
Pour Carine .
PROLOGUE
— Bonjour et bienvenue à l’Université SupraSouth qui permet à toutes les créatures surnaturelles de poursuivre leurs études tout en apprenant à maîtriser leurs pouvoirs. Je me présente, je suis la doyenne McDonnald et je suis une chimère. Aujourd’hui est votre journée d’intégration et cette matinée sera consacrée à la visite des principaux bâtiments et à la découverte de vos emplois du temps. Nous ne sommes bien sûr pas la seule université du pays ou même du monde, mais je suppose que si vous avez choisi de nous rejoindre, c’est parce que l’idée d’encourager la mixité entre les différents groupes raciaux vous a séduits. En effet, chez nous, vous ne trouverez aucun cours exclusivement réservé à une seule espèce.
La doyenne McDonnald fait une courte pause pour boire et, du haut de son estrade, elle parcourt du regard l’ensemble des nouveaux étudiants qui l’écoutent attentivement. Certains prennent même des notes, ce qu’elle trouve encourageant .
Une légère brise soulève une mèche rebelle qui s’est échappée de son chignon pour jouer sur sa nuque. Elle se retient de refaire sa coiffure pour que cette mèche taquine retrouve la place qu’elle lui a assignée. Une fois de plus, elle maudit intérieurement le conseil d’administration d'avoir voté cette ineptie. Le discours de bienvenue à l’extérieur, quelle hérésie ! L’amphithéâtre principal a toujours été parfait pour ça. Sauf cette année, puisqu’ils ont décidé d’innover. Enfin, c’est fait et elle doit maintenant s’en accommoder. La doyenne reprend son allocution en cachant son agacement.
— Dans notre université qui est maintenant la vôtre, vous serez amenés à côtoyer des créatures telles que des Vampires, des Métamorphes, des Sorciers et Sorcières, des Faës et des Esprits. Vous croiserez également des êtres beaucoup plus rares, tels que des Ménades, des Satyres, des Banshees ou des Minotaures. Le cours de connaissances de base, obligatoire et commun à tous les premières années, vous permettra de reconnaître rapidement les différentes espèces.
Une main se lève au troisième rang et la doyenne s’empêche d’émettre un soupir exaspéré. Si elle est tout le temps interrompue, elle ne pourra jamais terminer à l’heure. Toutefois, elle donne la parole à la péronnelle – une sorcière apparemment – qui ose poser une question à ce stade de son discours.
— Oui ?
— Quel Surnat brille au soleil comme s’il était couvert de paillettes ?
La doyenne fronce les sourcils et jugule son envie de grogner. Encore une fan de Twilight ! Sont-ils donc partout  ? Ça l’étonne toujours de voir que même les êtres surnaturels ont pu s’enticher de cette saga.
— Sachez, Mademoiselle, qu’aucun « Surnat » comme vous dites, ne brille au soleil comme s’il était couvert de paillettes.
— Mais alors, qu’est-ce que c’est ? insiste la jeune sorcière.
La doyenne porte son regard sur ce que l’étudiante désigne d’un index impoli et manque de s’étouffer avec sa salive.
Cody Latimer, le fils du vampire le plus puissant du sud des États-Unis, traverse la pelouse du campus à grandes enjambées furieuses. Et il semble en effet qu’il soit couvert de paillettes. Cette fois, elle grogne bel et bien.
L’année débute seulement et les ennuis commencent déjà. Elle en est fatiguée d’avance. La doyenne reporte son attention sur son auditoire et déclare d’une voix qui ne souffre aucune discussion :
— Dans le deuxième cours obligatoire pour les premières années, « Usages et Convenances », vous découvrirez qu’il y a certaines choses qui ne se demandent pas, sous peine de déclencher de profondes dissensions et parfois même des guerres. Par exemple : pourquoi un vampire se promène-t-il sur le campus en étant couvert de paillettes ? Il y a des réponses à certaines questions dont on se passe très bien.
La doyenne reprend son discours sans plus s’étendre sur l’interruption.
***
Cody Latimer fulmine en traversant la pelouse du campus afin de rejoindre la maison que les autres étudiants de son nid partagent. Le jeune vampire marmonne dans sa barbe inexistante des insanités et autres injures à l’égard de ceux qui ont osé lui faire ça . Le couvrir de paillettes ! Lui !

C’est apparemment le nouveau jeu à la mode pour les loups-garous. Et pas n’importe quels loups-garous ! Les chiens galeux de la meute Hollyster. Bande de bâtards pleins de puces ! Le jeu consiste à jeter un mélange de paillettes et de colle sur le premier vampire qui passe en l’appelant Edward ou Emmett. Les plus infortunés se voient affublés d’un « Jasper ».
Ah ! Mais ils vont voir ! On ne s’en prend pas impunément à Cody Latimer ! Mike Hollyster et ses chiens n’ont qu’à bien se tenir !
CHAPITRE 1  
Cody Latimer a vingt ans, ce qui est relativement jeune pour un vampire déjà Maître de son nid. Excepté qu’il tient sa puissance de son géniteur. Contrairement à la croyance populaire, les vampires peuvent avoir des enfants et ceux-ci bénéficient de la force de leurs parents. Plus un vampire est âgé, plus il a de potentiel et plus ses enfants en auront également. A fortiori quand, comme Cody, l’enfant descend de deux éminents vampires nés. Son père, Richard Latimer, est assez puissant pour contrôler toute la population vampirique du sud des États-Unis, soit environ quarante pour cent des vampires américains. Sa mère, Marcia – héritière d’une famille italienne arrivée avec les premiers migrants – est la fille de celui qui contrôle le nord des États-Unis.
La puissance d’un vampire vient également de son âge. Marcia avait un peu plus de six cents ans au moment de la naissance de Cody. Richard était bien plus âgé, même si personne ne connaît avec certitude sa date de naissance. C’est une information jalousement gardée et il entretient savamment le mystère. Richard est, par exemple, connu pour donner l’impression d’être né à une époque et vous remer cier ensuite de lui avoir appris quelque chose sur cette même époque, vous faisant douter qu’il l’ait vécue.
En général, un vampire aime garder l’attitude et le code vestimentaire de l’époque de sa naissance ou de sa transformation. Richard ne fait jamais ça. Il met un point d’honneur à toujours être à la pointe de la mode, qu’elle soit vestimentaire ou linguistique. Il est tout aussi incollable sur la culture-pop. C’est quelque chose que Cody admire beaucoup chez son père, cette capacité d’adaptation qui lui a valu le surnom de Caméléon. Ce qui a beaucoup fait rire Richard quand il l’a découvert. Pendant un mois, tout le monde a dû l’appeler Jarod, comme le personnage principal de la série « Le Caméléon ». Cody aime ça aussi chez son père, cette capacité qu’il a à rire de lui-même sans tomber dans l’excès. Malgré tout, le puissant vampire reste craint et respecté. C’est le parfait exemple à suivre et Cody entend bien marcher sur les traces paternelles. Ce pourquoi il s’oriente vers un MBA, un Master en Administration des Affaires ou Master of Business Administration . Après avoir longtemps réfléchi, Cody a choisi ce diplôme en se disant que ça l’aiderait à développer ses capacités de management et, surtout, ses capacités d’adaptation. Il faut être un requin réactif dans le monde des affaires.
« Requin de la finance » n’est pourtant pas le terme qu’on associe immédiatement à Cody. La plupart des gens disent de lui qu’il est un gentil garçon. D’ailleurs, avec ses cheveux châtains toujours ébouriffés, ses yeux bruns et cette espèce d’air gouailleur, il donne l’irrésistible impression d’être un éternel gamin. Jusqu’à ce qu’il sorte les crocs. Et il a prouvé qu’il en était capable en devenant Maître juste avant d’intégrer l’université un an plus tôt. On pourrait croire que parce qu’il est le fils de Richard Latimer Cody a bénéficié de passe-droits. Et l'on se tromperait. Il a passé l’examen comme tous les autres prétendants au titre de Maître. Et Cody a remporté toutes les épreuves haut la main. Il a fait preuve de détermination, d’agilité, de puissance et d’intelligence, avec juste ce qu’il fallait de ruse et de cruauté pour impressionner les juges. Juges qui venaient d’autres pays pour que personne ne soit accusé de favoritisme. Voila comment Cody est devenu Maître.
Sauf que là tout de suite, alors qu’il entre dans la maison qu’il a achetée sur le campus, le vampire n’a plus rien de la créature surnaturelle surpuissante et maîtresse d’elle-même qui inspire camaraderie et respect aux autres. À cet instant, alors qu’il claque la porte d’entrée à en faire trembler les murs, il a l’air d’un gamin en colère et couvert de paillettes. Ça aurait de quoi faire sortir de ses gonds n’importe qui. Cody n’est pourtant pas prompt à la colère, mais ce genre de gamineries l’agace prodigieusement.
Est-ce qu’il aurait réagi de la même manière si c’était venu de quelqu'un d'autre que des cabots d’Hollyster ? Non, parce que Cody est assez honnête et lucide pour avouer que venant de n’importe qui d’autre, il aurait ri et évacué l’incident d’un haussement d’épaules. Sauf que voilà, les pailleteurs sont Carlos et Noclas, les seconds de la meute d’abrutis Hollyster. Et là, ça lui reste en travers de la gorge.
Pour une raison inconnue, Cody Latimer et Mike Hollys ter se sont détestés au premier regard. Cody est le premier à reconnaître que c’est complètement irrationnel, mais quand son regard a croisé celui du loup-garou, une colère flamboyante a pris naissance au creux de son ventre, est remontée dans sa gorge, bloquant son souffle. Ses canines sont sorties et ses yeux ont pris la couleur argentée propre à son statut de Maître. En réponse, les propres crocs d’Hollyster sont apparus et ses yeux ont flashé doré, la teinte de l’Alpha. Depuis, les deux jeunes hommes se vouent une haine farouche alors qu’ils ne se sont jamais adressés la parole. Toute l’université est au courant et quand les membres du nid et ceux de la meute se retrouvent malencontreusement au même endroit, chaque personne présente veille à bien rester hors de leur chemin, personnel enseignant compris, histoire ne pas devenir un dommage collatéral. Même si le conflit est confiné aux sifflements rageurs et autres grognements saupoudrés de quelques insultes, la prudence reste de mise. En tout cas, jusqu’à présent.
— Kaylana ! beugle Cody depuis le hall d’entrée.
Une jeune femme qui a l’air d’avoir à peine vingt ans, mais en ayant en réalité plus de deux cents, passe sa tête blonde par-dessus la rambarde du deuxième étage. Ses yeux bleus presque délavés se plantent dans ceux du Maître et un lent sourire étire ses lèvres pleines maquillées d’un rouge agressif.
—  Eh bien, eh bien, commence-t-elle avant d’être sèchement coupé e.
— Ferme-la si tu tiens à tes crocs ! feule Cody. Et ramène ton cul.
Elle arque un sourcil. Pour qu’il parle de cette manière, c’est qu’il est réellement énervé. Et une seule chose peut le mettre dans cet état : la meute Hollyster. Les paillettes qui transforment le vénéré chef de nid en boule disco ne doivent pas non plus être étrangères au phénomène. Kaylana retient un soupir et saute souplement par-dessus la rambarde pour atterrir presque sans bruit dans le hall, à quelques pas de Cody.
—  Noclas bave toujours autant devant toi ? demande Cody.
— Autant qu’un escargot devant une salade bien fraîche, acquiesce-t-elle.
— Parfait. Débrouille-toi pour lui piquer les clés de la Tanière de la meute.
Une lueur calculatrice s’allume dans le regard de Kaylana . Lueur en totale contradiction avec son physique de poupée de porcelaine. Cody a déjà vu des gamins d’à peine vingt ans lui tenir la porte, alors que la galanterie n’est plus de mise dans cette époque et ce depuis bien longtemps. En réaction, Kaylana glousse comme une écervelée, jouant de son physique pour que les autres se plient en quatre pour elle. Sauf que sous ses airs fragiles se cache une vipère. Ceux qui l’ont vue en action l’ont surnommée « Le Fer de Lance » à cause du serpent du même nom, l’un des reptiles les plus dangereux et venimeux de la planète. De plus, cet animal à sang froid est connu pour ses capacités de camouflage. Tout comme Kaylana. Qui pourrait croire qu’elle a un jour arraché la tête d’un homme dans la rue parce qu’il l’avait sifflée ? En la voyant pour la première fois, tout le monde pense que c’est une plaisanterie. Et en général, ceux qui réfutent sa dangerosité ne vivent pas assez longtemps pour changer d’avis.
La jeune femme sourit, laissant entrevoir un croc et ronronne presque.
—  Tu veux la clé d’origine ou une copie suffira ? demande- t-elle.
Cody n’a même pas besoin de réfléchir.
— Une copie. Je ne veux pas que les cabots se rendent compte qu’il leur manque une clé et qu’ils changent les serrures par précaution.
— Je t’apporte ça tout de suite, déclare-t-elle.
Il regarde Kaylana remonter dans sa chambre, perplexe. Elle cache Noclas dans sa piaule ou quoi ? Quand elle redescend quelques secondes plus tard en lui tendant une petite clé et un papier, il arque un sourcil interrogateur.
— Noclas est un grand rêveur. Il m’a donné une clé et le code de l’alarme le semestre dernier en disant que je pouvais passer quand je voulais et surtout faire comme chez moi s’il n’était pas là, révèle-t-elle.
— Eh bien, l’espoir fait vivre, je suppose, se moque Cody.
— Et il espère tellement qu’il vivra probablement trois ou quatre millénaires, se gausse la blonde.
— D’un autre côté, ce serait impoli de ne pas accepter l’invitation, n’est-ce pas ? ironise le jeune Maître.
— Absolument. Et nous ne sommes pas impolis.
Malheureusement, les croyances populaires sont parfois correctes, même si ce n’est que partiellement. Par exemple, celle qui dit qu’un buveur de sang ne peut pas rester au soleil ne concerne que les plus jeunes vampires qui doivent se protéger au maximum. Une autre croyance, complètement exacte cette fois-ci, déclare qu’un vampire est incapable d’entrer dans une habitation privée sans y être invité. Ça n’arrange pas vraiment Cody même s’il n’a pas le choix. Il devra faire avec.
— Tu es d’accord pour une petite revanche demain après-midi ? questionne Cody.
— Pas de problème, chef, sourit la blonde, ravie de jouer un tour aux cabots de la meute.
— Malheureusement, tu devras le faire seule, puisque tu es la seule à avoir été invitée.
— Peut-être pas, fait une voix au fort accent britannique en provenance de la cuisine.
Un homme immense aux longs cheveux blonds, transfor mé au début de la trentaine, sort de la cuisine. Malgré sa taille, l’homme se déplace aussi silencieusement et furtivement qu’une ombre. C’est d’ailleurs pour ça que presque huit cents ans plus tôt, il a changé son prénom – qu’il refuse de révéler – pour Kaspian. Littéralement « Celui qui se cache », et il est doué pour ça. Si l’ancien Viking ne veut pas que vous vous rendiez compte de sa présence, vous pouvez passer à côté de lui sans le remarquer. Jusqu’à ce qu’il soit trop tard. À sa manière, Kaspian est aussi dangereux que Kaylana.
En fait, les deux vampires ne font pas réellement partie du nid de Cody. Ils sont là parce que Richard Latimer a décidé que son unique héritier ne pouvait pas aller seul à l’université. Il lui a donc assigné des gardes du corps. Cody doit bien avouer que, sur le coup, il n’a pas trop apprécié. Après tout, il est un Maître-Vampire, il n’a pas besoin de gardes du corps. Heureusement pour lui, les deux vampires qui ont été désignés sont ses amis depuis qu’il est tout petit. Kaspian et Kaylana ont toujours fait partie de sa vie, ce qui rend les choses plus faciles.
Avec le temps, les deux blonds ont même lentement commencé à migrer du nid de son père vers le sien. Et s’ils en profitent pour glander sur les bancs de la fac, eh bien disons que tout le monde est gagnant.
— Je veux dire que quand j’ai baisé le petit Scott l’autre jour, il m’a gentiment invité à venir lui rendre visite quand je le voulais. Et bien sûr, je peux amener un ami avec moi, ricane Kaspian
—  C’est qui Scott ? interroge Cody en fronçant les sourcils . Et comment as-tu réussi à obtenir une invitation aussi ouverte ?
— Tu connais Scott, argue Kaylana. C’est celui qui ressemble à un chiot et qui n’a pas inventé l’eau chaude.
— C’est aussi celui qui avait vraiment besoin de jouir, explique Kaspian.
— Bon, je ne vois pas qui c’est, mais on s’en fout. Bien joué, Kas, félicite Cody.
Ce qui lui vaut un grognement en réponse. Parce que Kaspian déteste qu’on l’appelle Kas et Cody le sait parfaitement.
— Ils sont combien à vivre dans la Tanière ? demande-t-il.
— Une vingtaine en permanence et environ une dizaine d’autres qui naviguent entre la Tanière et leurs logements en dehors du campus, révèle Kaylana.
L’information fait tourner la tête des deux hommes vers elle et Kaylana hausse les épaules devant leurs regards suspicieux.
— C’est fou ce qu’un cabot peut révéler pour se vanter devant une nana qu’il veut tirer, lâche-t-elle avec mépris.
— Tu devrais essayer, contre Kaspian avec nonchalance. Les cabots sont toujours partants et se foutent du lieu.
—  Contrairement à un certain vampire gay que je ne nommerai pas, je ne baise pas avec n’importe qui, argumente -t-elle.
C’est une vieille dispute entre ces deux-là. Kaylana pratique ce qu’elle appelle « une sélection rigoureuse ». En réalité, elle ne couche qu’avec des vampires. Tous les autres sont hors course. A contrario , Kaspian saute tous les mecs qui veulent bien écarter les fesses. Il a même couché avec une goule une fois. Ce que la blonde a appelé une abomination a été pour le Viking une simple erreur de parcours. Il répète d’ailleurs à qui veut bien l’écouter, et même à ceux qui ne veulent pas, qu’on ne peut pas dire « j’aime pas » tant qu’on n’a pas essayé.
Cody n’a aucune envie d’entendre cette vieille rengaine, aussi tape-t-il dans ses mains, comme un maître d’école le ferait en maternelle. Et quand il parle, il le fait sur le même registre, mais la pointe d’autorité qui se glisse dans sa voix ne trompe pas les deux autres.
— Les enfants, on se calme. Nous avons des courses à faire.
— Ah bon  ? s’étonne Kaspian.
— Quel genre ? interroge Kaylana.
— Du genre animalerie et bricolage. Allez, en route !
 
CHAPITRE 2
Mike Hollyster regarde passer Cody Latimer avec une certaine inquiétude. Il est un peu trop loin pour voir avec précision son visage ou sentir son odeur et ainsi connaître son état d’esprit, mais la manière qu’ont les autres étudiants de s’écarter de son chemin est en soi une indication. Le jeune Maître-Vampire est connu pour être du genre plutôt cool, ne s’énervant vraiment que quand on le pousse à bout. En fait, les seules fois où Mike a eu des échos des colères de Cody, sa meute était toujours impliquée.
Qu’est-ce que ses loups ont encore inventé ?
Il se pince l’arête du nez avec exaspération. C’est une manière d’être assez vieillotte pour un loup-garou de vingt-et-un ans. Et le geste ne correspond pas du tout à son physique. Grand, un mètre quatre-vingt-trois, avec des muscles saillants, les yeux verts, les cheveux bruns coupés courts et une cicatrice qui part du sourcil droit jusqu’au coin de l’œil, le loup dégage une dangerosité que son caractère confirme. Mike est connu pour piquer de spectaculaires crises de colère, voire de rage, qui retombent aussi vite qu’elles ont commencé. Ironiquement, Mike est souvent qualifié de lunatique par ceux qui ne savent pas qu’il est un loup-garou.
Le loup espère que ses Bêtas de tête n’ont rien fait, parce qu’il n’a pas envie de racheter encore des meubles pour le salon. Il vient de le faire. Et puis, surtout, ça veut dire devoir écouter son père lui faire une énième leçon de morale sur son caractère qu’il doit absolument mieux maîtriser. Et vraiment, il peut s’en passer. Mike aime son père, mais parfois il a envie de lui dire de la fermer. Principalement parce qu’Andrew Hollyster est du genre vieille école. Mais vraiment très vieille puisque l’Alpha a plus de mille cinq cents ans. Et l’âge du plus influent Alpha du sud des États-Unis prouve qu’un loup peut vivre très vieux pour peu qu’il ait la puissance nécessaire, l’ingéniosité et, parfois, la cruauté qu’il faut. Ce qu’a Andrew. Et s’il faut encore prouver tout ceci, les mille cinq-cents meutes qui sont sous sa protection ne suffisent-elles pas ? La meute paternelle ne compte en elle-même qu’une cinquantaine de membres. Mais tous sont aussi puissants ou presque que l’Alpha.
Mike respecte et admire son père et tout ce qu’il a accompli . Vraiment. Mais certaines idées de son paternel sont… vieux jeu, pour ne pas dire totalement réactionnaires. Ça change, mais trop lentement au goût du jeune Hollyster. Ce pour quoi le loup a demandé à être le leader de sa propre meute. Heureusement, et contrairement à il y a deux ou trois cents ans, il n'est plus nécessaire de tuer un Alpha pour le devenir. Andrew Hollyster a mis en place une nouvelle organisation sur le territoire qu’il contrôle. Le système pourrait être résumé ainsi : il est l’Alpha des Alphas.
Les Alphas du territoire d’Andrew lui ont prêté allégeance pour la plus grande partie d’entre eux. Ils appliquent les directives d’Hollyster et, en échange, bénéficient de son aide et de celle de sa meute, qu’elle soit financière ou sous forme de prêt de Bêtas, ou bien qu’il s’agisse de simples conseils. Ceux qui ne reconnaissent pas l’autorité du père de Mike sont livrés à eux-mêmes, avec le risque que la meute Hollyster senior leur tombe dessus au moindre faux pas. Étonnamment , ça fonctionne plutôt bien. Les prises de pouvoir sanglantes se font de plus en plus rares. Puisque maintenant n’importe quel loup peut tenter sa chance pour devenir Alpha, pourquoi s’embêter à en tuer un ? À charge au demandeur de prouver qu’il a le pouvoir de contrôler une meute et les capacités de la diriger. Ce que Mike a fait presque sans aucun problème. Certains des loups qu’il comptait intégrer dans sa meute n’ont pas répondu à son appel. Le jeune Hollyster n’en a pas fait plus de cas que ça. Ce sont là des choses qui arrivent. De même que les persiflages de ceux qui prédisaient son échec parce que Mike est gay. Le jeune loup s'est fait une joie de leur faire ravaler leurs mots.
Toutefois, son orientation sexuelle est depuis un moment une pomme de discorde entre Mike et Andrew. Quand le jeune a fait son coming out à l’âge de quinze ans, le vieux Hollyster a grogné. Et c’est tout. Mike avait alors cru la partie terminée et gagnée. Grave erreur. Pendant les trois années suivantes, Andrew n’a eu de cesse de jeter de belles et jeunes louves dans les pattes de son fils. Andrew ne conçoit le couple que dans son modèle le plus traditionnel. Un loup, une louve et des louveteaux. Au moins pour ce qui concerne son fils unique. Tous deux se sont souvent affrontés sur le sujet. C’est une des raisons qui a poussé le jeune Mike, alors âgé de dix-huit ans, à demander le statut d’Alpha . Trois ans plus tard, il ne regrette absolument pas sa décision.
Il a intégré l’université Supra pour suivre un cursus d’architecte. À vingt-et-un ans, il ne lui reste plus que deux ans pour terminer la première étape de ses études. Pourquoi devenir architecte ? D’abord parce que ça lui plaît. Concevoir les plans d’un bâtiment le met quasi en transe. Ensuite parce que, souvent, les gens ont le stéréotype du loup-garou mécano, intégralement vêtu de cuir, tatoué et pilotant une moto. Mike aime bousculer les conventions et écraser les idées reçues. C’est aussi pour cette raison que ses amants ne sont pas toujours des loups-garous ou même des métamorphes . Il a, par exemple, eu une relation pendant plus de six mois avec un incub e et ils ont rompu quand le jeune Surnat’ a été sommé de rentrer dans sa famille pour se marier. Mike a été un peu déprimé pendant quelques semaines, mais n’a pas été dévasté. Il a poursuivi son chemin tranquillement .
Cette tranquillité a été mise à mal la première fois que Mike a croisé les deux orbes couleur de chocolat chaud de Cody Latimer. Le loup-garou ne dira jamais que ça a été le coup de foudre parce qu’il ne croit pas à ces choses-là. Mais il a ressenti un désir tellement intense et brûlant qu’il a dû rajuster son jeans pour cacher son érection grandissante. Le jeune Hollyster a été pris complètement au dépourvu quand le vampire a sorti les crocs et que ses yeux ont flashé de cette couleur argentée caractéristique des Maîtres. Pour la première fois de sa vie, Mike a été déstabilisé. Aussi, en réaction, a-t-il dévoilé ses canines proéminentes et laissé ses yeux devenir dorés. Depuis ce jour, les deux jeunes hommes s’évitent le plus possible. Probablement pour des raisons différentes. Mike pense que Cody le hait pour… Il ne sait pas pourquoi. Mike, pour sa part, préfère éviter d’être en présence de Cody parce que ses instincts lui disent qu’il pourrait très facile ment succomber à son désir. Et si le fait que Cody soit un vampire ne lui pose aucun problème, son intuition lui souffle également qu’il pourrait souffrir de ces sentiments. Alors il se préserve. Ce qui n’empêche pas le jeune Hollyster de toujours garder un œil sur Latimer quand il est dans son champ de vision.
C’est la raison pour laquelle il a repéré Cody traversant le campus comme si le diable lui-même était à ses trousses. Ça n’annonce rien de bon.
— Encore en train de mater ? se moque une voix sur sa droite.
Quand Mike tourne la tête, il découvre une jeune femme d’environ vingt-cinq ans, métisse, brune, les cheveux courts et des yeux verts étincelants. Elle est celle que l’on appelle « l’indécise du campus ». Tout simplement parce qu’elle est à l’université depuis six ans et n’a toujours aucun diplôme. Et pour cause, Katerina Papandrious change d’orientation tous les semestres ou presque. Véritable touche à tout, elle est également le meilleur espoir d’un petit Coven de sorcières avides de puissance et de reconnaissance. Sauf que dans la vision des sorcières, la plus puissante prend la tête du Coven et Kat dit elle-même qu’elle n’a aucune envie de diriger une bande de vieilles mégères qui feraient peur à des harpies.
La jeune femme est apparemment très forte, mais elle n’en montre absolument aucun signe. Elle ressemble plutôt à une sorte de baba cool qui se laisse vivre sur le campus. Excepté que rien ne lui échappe. La sorcière a tout de suite trouvé suspecte l’attitude de Mike et a décidé de lui tirer les vers du nez. Il n’a rien lâché, mais Katerina n’a pas besoin d’un odorat surnaturel pour savoir. Elle le taquine à la moindre occasion avec ça. Le loup se contente de ne rien dire. Parce qu’il n’y a rien à dire. Ce n’est qu’un béguin. Ça lui passera. Sûrement. Un jour .
— Je ne mate pas, répond-il calmement.
Trop calmement et la jeune femme ne s’y trompe pas. Elle ricane avant d’ironiser.
— Bien sûr que non, tu ne matais pas. Tu observes juste le résultat de la dernière connerie de Carlos et Noclas.
Mike lui jette un coup d’œil perplexe.
—  De quoi est-ce que tu parles ? demande-t-il, sincèrement étonné. Et comment peux-tu être au courant de leur dernière connerie ? Nous sommes ensemble depuis plus de vingt minutes.
— Je savais que tu saurais que j’étais là, s’amuse-t-elle avant de murmurer d’un air mystérieux : les arbres chuch otent souvent à mes oreilles.
Puis elle éclate de rire, brisant cette étrange sensation de voir la magie à l’œuvre.
Le loup-garou n’aime pas ça. Il y a des moments où il a l’impression qu’elle exsude la magie comme d’autres suent, et puis elle casse le truc comme si ça n’était qu’une illusion. Comme si Mike ne pouvait plus faire confiance à ses sens. Ça le fait se sentir vulnérable. Et c’est déstabilisant pour lui qui n’a jamais ressenti ça. Sauf avec Cody. Bref…
— Kat, qu’est-ce qu’ils ont fait ? insiste-t-il, parce qu’il sait que même si elle n’a aucun moyen d’être au courant, elle l’est quand même.
— On a peut-être murmuré à mon oreille que tes deux Bêtas ont, ou pas, fait l’erreur de jeter de la colle et des paillettes sur Cody Latimer, chantonne la sorcière.
Puis elle souffle presque tristement :
— Ça aura des conséquences…
Mais Mike ne l’écoute déjà plus. Il a filé en direction de la maison de la meute.
La Tanière… Quel nom débile. Mais c’est le premier Alpha à l’avoir habitée qui l’a appelée ainsi et c’est resté. À vrai dire, à l’instant présent, le jeune Hollyster a d’autres préoccupations en tête que le nom débile de sa maison. Par exemple, se faire des descentes de lit avec les peaux de ses Bêtas. Mais à quoi pensaient ces deux abrutis ?
Quand Carlos et Noclas entrent en riant dans la maison, quinze minutes plus tard, ils découvrent leur chef campé dans le hall, de l’or en fusion noyant ses iris. Les deux loups cessent aussitôt de rire et regardent leur Alpha, dans l’expectative.
—  Vous avez passé une bonne journée, les gars ? demand e doucement Mike.
Carlos et Noclas se fixent, incertains.
Carlos est un homme du même âge que le jeune Hollyster , a la peau mate, les yeux noirs et du muscle là où il faut. Noclas, pour sa part, est également brun, mais la ressemblance avec ses deux compagnons de meute s’arrête là. Il a d’incroyables yeux bleus, une barbe de trois jours et s’il n’est pas aussi musclé que Mike ou Carlos, il n’est pas non plus un poids plume. Tous deux ont grandi avec Mike et quand celui-ci a lancé son hurlement de ralliement, ils ont été les premiers à répondre.
Ils connaissent bien le jeune homme. Aussi savent-ils sans le moindre doute que son calme apparent n’est qu’une façade. Mike est bien plus dangereux lors de ce genre de colère froide que quand il explose tel un volcan...

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