Mosaïque de toi
136 pages
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Mosaïque de toi , livre ebook

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Description


Au fil des mots, une histoire d’amour comme aucune autre.


« Je te vois. Dans ta robe bleue, celle que tu aimes tellement, celle de la photo. »
Après avoir découvert une énigme laissée dans la boîte à livres de son quartier, Camille entame un échange épistolaire avec Amaël, un parfait inconnu.


« Mon attention t'est dévolue. Pleine et entière. Uniquement toi. »
Après avoir découvert un chaton perdu dans un parc, Élia fait la rencontre de Raphaël, vétérinaire.



Deux couples, deux histoires intenses, mais un même lien.


Qu’a vécu Camille ? Où est passée Élia ?
Amaël et Raphaël seront-ils prêts à entendre la vérité ?


#Romance #Suspense #Mystère

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 0
EAN13 9791038107021
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Olivia Billington 
Mosaïque de toi




Collection Infinity
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Collection Infinity est un label appartenant aux éditions MxM Bookmark.
Illustration de couverture ©  Moorbooks Design
    Suivi éditorial  ©  Caroline Minic
  
  Correction ©   Emmanuelle Raux

Toute représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit est strictement interdite. Cela constituerait une violation de l'article 425 et suivants du Code pénal. 
ISBN : 9791038107021
Existe en format papier


 
À toutes mes Caroline, fabuleuse mosaïque d’amies épatantes.
 


Maintenant
 
Je te vois. Dans ta robe bleue, celle que tu aimes tellement, celle de la photo.
Tu vas avancer dans la lumière, tes cheveux vont capturer les rayons du soleil, tes yeux vont se plisser et tu vas les protéger de la main pour me chercher dans la foule. Le parc est bondé, comme toujours en cette période de l’année. Des corps allongés sur l’herbe, des enfants qui jouent, qui crient, des promeneurs qui me frôlent. Je les remarque à peine.
Mon attention t’est dévolue.
Pleine et entière.
Uniquement toi.


Camille
 
Camille ferma la porte derrière elle et tourna la clé dans la serrure. Après avoir vérifié que le livre se trouvait bien dans son sac, elle entra dans l’ascenseur aux parois vitrées. Des parois vitrées, quelle idée ! Voir le mécanisme en marche ne la rassurait pas outre mesure, au contraire, elle imaginait l’accident. « Tu t’inquiètes trop », lui auraient dit ses amies. Elle avait tendance à penser qu’il était préférable d’anticiper… Cependant, elle ne pouvait nier que l’anxiété s’offrait une large place dans son quotidien – logique, si l’on songeait aux événements qui avaient bouleversé sa vie et dont elle tâchait, petit à petit, de se remettre.
Elle descendit au rez-de-chaussée, l’odorat assailli par des effluves de peinture – le vestibule de l’immeuble bénéficiait d’un bon rafraîchissement. Camille trouvait la bande grise, encadrée de blanc, un peu triste, mais, après tout, ce n’était qu’un lieu de passage. Elle poussa la lourde porte, vitrée elle aussi, tandis que les oiseaux présents sur le trottoir s’envolaient en pépiant. La jeune femme remarqua les graines restées au sol ; la vieille dame du premier adorait en lancer de son balcon pour observer les petits becs picorer. Son père, quand elle avait emménagé, avait pesté contre cette manie, mais Camille l’avait ignoré – l’avis paternel n’avait jamais eu beaucoup d’impact sur elle, il n’avait pas mérité ce droit.
D’un bon pas, Camille remonta la rue, savourant les rayons du soleil sur son visage. Timide encore en cette fin avril, la douceur la réjouissait cependant. Il lui fallut une douzaine de minutes pour parvenir à sa destination : un immense parc, avec une fontaine, une aire de jeux, un parcours santé et, trésor précieux, une boîte à livres. Elle suivit le chemin bordé d’arbres en pleine floraison, qui parfumaient l’air de délicates senteurs, et se dirigea vers l’ancienne cabine téléphonique reconvertie, peinte d’un magenta éclatant. Elle batailla un peu pour l’ouvrir – quelqu’un en avait coincé le loquet – puis examina les étagères remplies d’ouvrages. D’abord, elle déposa celui qu’elle avait apporté. Son attention fut attirée par un nom familier : Martin Vallois. Elle l’avait lu – et adoré –, mais, poussée par une étrange intuition, s’en empara tout de même pour le feuilleter.
Entre deux pages, elle découvrit un fin carton, sur lequel étaient inscrits quelques mots en lettres majuscules : SOUS L’ÉTAGÈRE DU BAS, TU ME TROUVERAS.
Intriguée, elle se pencha pour passer la main sous la dernière planche de bois. Ses doigts frôlèrent quelque chose de froid, elle les retira, par réflexe. Puis, avec un bref rire, elle reprit son investigation. Dur, oblong : un tube métallique attaché à l’aide de ruban adhésif. Elle le détacha, se releva pour l’observer à la lumière, avec curiosité. Elle en défit l’embout, regarda à l’intérieur. Des feuilles de papier enroulées, qu’elle extirpa de leur cachette. Sur la première, un texte, dont le titre était Tu es perdue .
 
« Tu es perdue.
Dans un univers immaculé où nul n’a prise.
Envolée, effacée, disparue. Sans aucune logique, mais tu n’as jamais été rationnelle. Tu t’es offerte au gré de tes envies, indifférente au changement de saisons, d’époques et de lieux.
Le déni, d’abord. Foutaises ! Elle reviendra ! Mais qui peut l’affirmer avec autant de certitude ? Personne.
La colère, ensuite : ils se sentent floués, arnaqués, presque. Comme si, à l’ouverture du paquet, le vide les avait submergés.
Enfin, la tristesse, papier kraft qui se déchire inexorablement.
Les derniers échos te renvoient à cette perfection dont on te pare, mais déjà tu n’es plus qu’évanescente et divine poussière.
Loin des conceptions paradisiaques, il ne reste que rayons déserts de supermarché et roulettes de casino qui tournent au ralenti, sans jamais s’arrêter.
Sans toi, plus de mots, plus d’images, plus de couleurs, plus de sons.
Tu es perdue.
Et partout, des artistes scandent ton nom : Inspiration. »
 
Après ce texte, une note manuscrite – une jolie écriture, facile à déchiffrer : Microrécit de Michaela Dauclair, dont j’aime beaucoup l’œuvre. Si tu l’aimes aussi, essaie de résoudre l’énigme la concernant et laisse ta réponse dans le tube.
 
Camille avait tout de suite reconnu le texte, issu d’un recueil qu’elle avait dévoré un ou deux ans plus tôt. Elle déplia l’autre feuillet, secoua la tête en le lisant – de la réflexion lui serait nécessaire pour élucider cette devinette. Elle enroula les papiers, les replaça dans le tube qu’elle reboucha avant de le caler dans son sac. Excitée par sa trouvaille, elle faillit partir sans prendre un autre livre, mais s’en souvint quelques mètres plus loin. Revenue sur ses pas, elle lut plusieurs quatrièmes de couverture, puis se décida pour un polar suédois.
Lectrice compulsive, elle repartait parfois bredouille, mais en général elle parvenait à dénicher un titre pas encore lu. Il lui restait trois chroniques à rédiger pour son blog de lecture, qui connaissait un petit succès sur le Net. Elle appréciait les échanges qui en découlaient et partager une passion solitaire. Elle lisait davantage depuis sa récente rupture, non pas pour éviter la tristesse, simplement parce qu’elle avait plus de temps à consacrer à la lecture, à présent.
Mettre un terme à une relation de trois ans avait été plus simple qu’elle ne l’avait cru, d’autant plus qu’elle et son ex-compagnon n’avaient jamais emménagé ensemble et ne se voyaient pas tous les jours. Il avait bien un peu rechigné, voulu la reconquérir, mais, au final, n’y avait pas mis tellement d’enthousiasme, les sentiments attiédis de son côté aussi. Elle aurait pu y travailler, cependant elle avait estimé que ça n’en valait pas la peine : si, après trois ans, elle ne lui avait toujours pas confié ce qui devait l’être, c’est que leur histoire n’avait pas de futur.
Camille s’était vite réhabituée au quotidien en solo et avait rapidement perdu le réflexe de vouloir tout raconter à l’homme qui partageait sa vie. De nature indépendante, elle appréciait la solitude et n’avait jamais ressenti le besoin de se marier. L’« amour toujours » lui paraissait, sinon utopique, du moins pas pour elle. Ce qui ne l’avait pas empêchée d’aimer sincèrement ses partenaires, même s’il lui fallait du temps pour se laisser apprivoiser, car elle avait du mal à accorder sa confiance. Elle savait que son passé en était responsable, et le travail accompli sur elle-même avait été énorme. Et continuait, jour après jour. Un travail nécessaire et thérapeutique.
Elle avait rompu un mois plus tôt avec son ex et avait refusé de le revoir lorsqu’il le lui avait demandé. Elle était toujours effarée de constater à quelle vitesse une séparation éloignait des personnes qui avaient été si intimes, parfois longtemps. Redevenir des connaissances, après avoir partagé étreintes et secrets, avait quelque chose d’assez déroutant… Elle n’avait jamais éprouvé le désir de rester en contact avec aucun de ses anciens compagnons : rompre, c’était, selon elle, quitter la vie de l’autre, de façon définitive. L’amitié, elle la privilégiait au féminin.
Perdue dans ses pensées, elle s’éloigna de la boîte à livres, puis s’arrêta devant la camionnette du marchand de glaces ambulant. Trois minutes plus tard, elle dégustait son parfum préféré – melon. D’aussi loin qu’elle s’en souvienne, la crème glacée avait toujours été son dessert favori. Elle commençait par mordre dans la boule givrée, puis, avec un petit frisson, la savourait en léchant avec lenteur.
Un groupe d’enfants passa en courant à côté d’elle, elle les observa avec détachement. Plus loin, elle croisa la mère, qui couvait sa progéniture d’un regard attendri. Camille ne comprenait pas ce besoin de procréer, et ce non-désir de bébé lui avait coûté deux ou trois relations sentimentales. Elle ne se voyait pas être responsable de petits êtres humains, ne s’en sentait pas la force. Comment aurait-elle pu assumer, dans sa situation ? Il y avait bien trop de risques – qu’arriverait-il si elle disparaissait ? Un enfant signifie la perte de la tranquillité, presque aussi la perte de soi, et Camille ne connaissait cette sensation que trop bien. Elle se sentait sereine face à ce choix, cependant, parfois, les questions des autres lui pesaient. Était-il si inconcevable d’être une trentenaire sans mômes ? Les regards désolés, de pitié même, qu’elle surprenait par moments, la hérissaient. Sa vie, ses décisions !
Elle traversa la rue, jeta le reste de son cornet dans la première poubelle qu’elle croisa et parvint à son avenue.
Dans le hall d’entrée, elle avisa les deux rangées de boîtes aux lettres noires : elle n’avait pas pris son courrier depuis deux jours. Elle vérifia le contenu de la sienne : vide. Avec hâte, elle monta à son étage, pesta contre son trousseau de clés enseveli au fond de son sac, l’en extirpa et franchit enfin le seuil de son appartement.
Sa veste suspendue au crochet, elle s’assit sur le canapé. Elle avait fait une très bonne affaire en l’achetant lors d’une liquidation totale d’un magasin de meubles et ne regrettait pas cette dépense : il était très confortable, et ses amies se chamaillaient pour s’y prélasser.
Le cylindre métallique à la main, elle réfléchit. Quel livre de Michaela Dauclair lui permettrait de résoudre l’énigme ? Elle opta pour Ma vie de sirène , le sortit de sa bibliothèque, en parcourut quelques paragraphes, sourire aux lèvres. Elle avait aimé l’histoire, ainsi que le style de l’autrice. Elle chercha, tourna les pages, lut des scènes, mais ne trouva pas. Frustrée, elle relut l’énigme en s’attardant sur chaque mot. Elle tambourina des doigts sur l’ouvrage puis, d’un coup, comprit : la réponse était dans la question. Avec cette constatation, la solution devenait évidente : il s’agissait de la dernière phrase du roman.
Assise à la table sur laquelle elle prenait ses repas et travaillait parfois, elle inscrivit la solution à la suite du message anonyme. Puis, elle recopia à son tour l’un des microrécits de Michaela Dauclair de sa plus belle écriture. Sur une impulsion, elle décida d’ajouter un message. Les mots, de façon étrange, coulèrent seuls de son stylo. Elle traça les lettres sans vraiment réfléchir – ni à ce qu’elle rédigeait ni aux conséquences possibles de sa lettre – et ne se relut pas. Les feuilles enroulées réintégrèrent le tube, et Camille, pressée de voir où cette correspondance la mènerait, se rua à l’extérieur pour retourner à la boîte à livres.
Elle parvint au parc en moins de dix minutes, essoufflée, ses longs cheveux bruns ébouriffés par le vent qui s’était levé. Devant l’ancienne cabine téléphonique, le cœur battant, elle inspira avec lenteur. Ensuite, les doigts un peu tremblants, elle déposa son message à l’endroit où elle l’avait trouvé.
Pourtant coutumière d’intuitions fulgurantes, Camille ne se douta pas une seconde que son action allait mettre son identité en péril. Elle s’éloigna de quelques pas, regarda autour d’elle. Était-elle surveillée ? Elle remonta ses lunettes qui avaient glissé, sans cesser de jeter des coups d’œil aux alentours.
Les yeux écarquillés, souffle suspendu, elle observa une adolescente s’approcher, examiner les livres et repartir sans rien prendre. Un petit rire nerveux franchit ses lèvres, cela faisait bien longtemps qu’elle ne s’était plus sentie si… enfantine. Elle appréciait la sensation, voulait la faire durer. Cependant, elle goûtait le mystère, aussi ne s’éternisa-t-elle pas : inutile de surprendre celle ou celui qui avait déposé l’énigme. Même si, bien sûr, elle s’interrogeait sur l’identité de cette personne…
À nouveau, elle effectua le trajet qui menait à son bâtiment, cette fois en observant chaque visage qu’elle croisait. Et si c’était elle ? Et si c’était lui ? Cette jeune femme aux tresses rousses ; cet homme mûr à l’allure élégante ? Le sourire ne quitta pas les lèvres de Camille, qui rentra dans son immeuble et gravit l’escalier.
Dans son appartement, elle se prépara un thé et, la tasse à la main, sortit une chemise du tiroir de son bureau. Elle contenait un manuscrit, envoyé par l’éditeur pour lequel elle travaillait, au comité de lecture, depuis quatre ans maintenant. Avant de commencer, elle lut le résumé. Une romance. Bien que sa préférence aille aux suspenses psychologiques et au fantastique, elle appréciait les belles histoires d’amour. Pelotonnée sur le canapé, elle commença le texte, la grille d’annotation à ses côtés.
Deux heures plus tard, elle avait griffonné de nombreux commentaires et s’octroya une pause. En mâchant un carré de chocolat, elle pensa à l’énigme et à sa mystérieuse provenance. Son esprit influencé par sa lecture, elle imagina une rencontre magique et passionnée, avant de ricaner doucement de ses bêtises. Elle se remit au travail, cependant quelque chose la poussait à se demander si ses élucubrations ne pouvaient pas être fondées, en vérité. Se trouvait-elle à l’orée d’une belle histoire ?
Et si…


Élia
 
La femme qui s’était assise sur le banc à côté d’elle se leva pour aller à la rencontre d’un homme, dont Élia ne vit pas le visage, son attention focalisée sur l’imposant collier rouge de l’inconnue. Le sentiment d’urgence qui l’étreignait disparut peu à peu.
Combien de temps depuis la dernière fois ?
Elle ouvrit le sac posé sur ses genoux, en sortit un carnet et le téléphone, dont elle consulta la date et l’heure. Elle les recopia dans le calepin, compara avec la précédente ligne. Plusieurs mois… Tant que ça…
Élia poussa un soupir, se redressa à son tour. Ôtant ses lunettes de soleil, elle les rangea dans son sac. Face à la fontaine, elle contempla l’eau qui scintillait sous les rayons. Elle entendit deux jeunes femmes discuter en espagnol et, tout de suite, l’accent chantant la propulsa dans la cuisine familiale.
Sa mère, toujours en vie. Si pétillante. Si belle.
Il y avait si longtemps, bien trop longtemps.
Le souvenir se présentait avec tant d’acuité qu’Élia ressentit le manque de manière encore plus cruelle. Les larmes débordèrent de ses yeux, elle les fit disparaître d’un clignement. Avec un reniflement, elle s’éloigna des vestiges de son passé, avec l’intention de rentrer chez elle – elle n’avait rien à faire là. Elle dépassa les grilles, marcha le long des haies qui séparaient le parc de la rue. C’étaient des buissons touffus, qui ne permettaient pas de voir l’activité à l’intérieur de l’enceinte.
Elle tournait au coin lorsqu’elle entendit un bruit étrange, dans les fourrés. Immobile, elle écouta avec plus d’attention. Oui, un… glapissement ? Pas le son d’une bête féroce, en tout cas. Elle s’accroupit, tenta d’apercevoir quelque chose dans la pénombre du bosquet. Les yeux plissés, elle finit par distinguer une petite masse poilue qui miaula faiblement.
— Oh ! N’aie pas peur, chaton.
Avec délicatesse, afin de ne pas l’effrayer, elle écarta les branches les plus basses et tendit la main. D’un ton doux, elle murmura :
— Viens vers moi, je vais t’aider. Viens…
Aider. Ce n’était pas tant un verbe, pour Élia, qu’une manière d’être. Quand l’autre était en souffrance, Élia surgissait, pour panser les plaies, de l’esprit ou de la chair.
Un nouveau miaulement. Elle approcha encore sa main, très lentement – il ne fallait pas qu’il recule ou, pire, s’enfuie. L’animal trembla. D’une voix apaisante, Élia lui parla, tout en tendant les doigts pour le caresser. Elle l’effleura, l’amadoua, petit à petit, jusqu’à ce qu’il vienne nicher sa tête dans sa paume. Quand il ronronna, elle s’enfonça dans la plantation, sans prendre garde aux branches qui lui griffaient les bras et le visage et elle plaça son autre main sur le petit corps. D’abord, il se raidit, alors elle lui chuchota qu’il n’avait rien à craindre. À force de caresses, elle parvint à le prendre et à le mener vers elle. Lorsque, enfin, elle se releva avec le chaton dans les bras, il ronronnait de nouveau. Blanc aux taches grises, avec un museau tout rose, il la fit immédiatement craquer. Elle vérifia qu’il n’y avait pas d’autres chats dans les buissons, en fit le tour avec difficulté, écopant de nouvelles lacérations, aux jambes, cette fois. Aucune trace de la mère de l’animal, Élia s’en assura avant de l’emporter.
Avec des gestes lents, elle attrapa son smartphone et lança une recherche pour trouver un vétérinaire à proximité. La liste visible quelques secondes plus tard n’était pas très longue. Élia choisit le deuxième, sans réelle raison, d’instinct, aurait-elle répondu, si on lui avait posé la question. Maintenant la boule de poils contre elle, elle tâcha d’obtenir l’itinéraire – à pied, car conduire était dangereux pour elle, jamais elle ne s’y serait aventurée. Une vingtaine de minutes de marche et, par chance, c’était dans la direction de son domicile, elle aurait moins de kilomètres à faire au retour. Elle envisagea un instant de prendre un bus, mais y renonça : ça risquait d’effrayer le chaton. Du reste, elle aimait marcher.
Tout en lui parlant à l’oreille, elle avança. Elle le sentit se détendre petit à petit, cependant il se crispait dès qu’une voiture passait en trombe. De sa voix un peu chantante, aux intonations parfois rauques, elle le calmait. Sentir le petit corps chaud contre elle lui procurait une étrange sensation d’accomplissement. Elle avait envie de le bercer, qu’il s’endorme au creux de ses bras, en confiance.
Une demi-heure lui fut nécessaire pour parvenir à destination, ralentie par son petit compagnon qu’elle avait dû apaiser à plusieurs reprises. Toutefois, elle avait le temps, et surtout, le désir de s’assurer qu’il était en bonne santé.
Les portes de la clinique vétérinaire coulissèrent devant elle dans un bruit ténu, et elle se dirigea vers la réception.
— Bonjour, je n’ai pas de rendez-vous, mais j’ai trouvé ce petit bonhomme et j’aimerais, si c’est possible, que le docteur Chatigny l’examine. J’attendrai, bien sûr, qu’il ait terminé avec ses patients.
— Un instant, je vous prie.
La réceptionniste, une jolie blonde en robe ample, passa un coup de fil rapide, hocha la tête, puis désigna le couloir à sa gauche.
— Première porte à droite, c’est la salle d’attente. Le vétérinaire s’occupera de votre chat très vite, vous avez de la chance, quelqu’un s’est désisté.
— Merci.
Elle se rendit dans la pièce indiquée, s’assit sur une chaise de plastique bleu. En face, un adolescent avec une cage sur les genoux parlait avec sa mère ; à gauche, un homme bedonnant caressait son bouledogue. La salle d’attente était spacieuse, avec une douzaine de sièges, une table sur laquelle des magazines étaient empilés. Un grand panneau blanc couvert de prospectus ornait le mur face à l’entrée – pas de porte, mais une paroi vitrée qui s’interrompait à deux mètres du coin.
Un claquement de talons précéda la vétérinaire qui apparut sur le seuil, suivie d’un chien et de son maître. Quelques minutes plus tard, la salle d’attente était vide, mais pas pour longtemps : de nouveaux patients arrivèrent. Élia maintenait le chaton calé contre son ventre pour qu’il ne soit pas effrayé par tous les animaux inconnus. Un chien s’approcha, renifla, puis s’éloigna en battant de la queue.
Un homme en blouse blanche apparut à son tour et fit signe à Élia qui l’accompagna dans le couloir. Il la mena dans une autre pièce dont il ferma la porte avant de passer la main dans ses cheveux noirs vaguement ondulés, dans une vaine tentative de les discipliner. Élia sourit en voyant le résultat hirsute. D’emblée, il lui parut sympathique.
— Docteur Chatigny…
Comme elle prononçait son nom avec une expression amusée, il grimaça.
— Oui, je sais, un nom comme prédestiné. J’ai toujours adoré les animaux. Alors, comme ça, vous m’amenez un chaton trouvé ?
— Il n’a pas l’air mal en point, mais je préfère être sûre qu’il va bien. Il me semble si minuscule. Bon, après, je ne suis pas une connaisseuse non plus…
Le vétérinaire remplit d’abord la fiche du petit patient, puis, de ses grandes mains, prit la mignonne créature et la caressa sans rien dire. Il se tourna vers la table d’examen, posa le chaton dont il vérifia le pelage et les griffes, avant de l’inspecter plus en détail – yeux, truffe, oreilles et tous les orifices –, et de murmurer qu’il n’y avait pas découvert de parasites. Il observa la manière dont le chaton se tenait debout, puis le pesa. Entre chaque examen, il prenait des notes, sans jamais lâcher l’animal. Il lui palpa ensuite le ventre, puis écouta le cœur et les poumons à l’aide du stéthoscope. Le tout sous le regard attentif d’Élia, qui appréciait les gestes assurés et doux du vétérinaire.
— Il est en bonne santé.
Élia eut un sourire radieux qui, constata-t-elle, trouvait un écho dans les yeux de son vis-à-vis. Elle ne le laissait pas indifférent, semblait-il…
— Vous avez une idée approximative de son âge ?
— Au vu de la denture, je dirais six ou sept semaines. Il est un peu maigre, il a été sevré trop tôt. Il a pu être abandonné, ou peut-être que sa mère est décédée il y a quelques jours. Vous comptez l’adopter ?
Élia acquiesça.
— Je ne peux pas le laisser tout seul dehors, non ? Et puis, j’ai comme le sentiment qu’il m’a appelée, qu’il m’a choisie. Je ne peux pas le renier, à présent, ce serait cruel.
Attendri, il sourit.
— Vous avez déjà eu un chat ?
— Jamais. C’est un engagement nouveau, pour moi. J’espère être à la hauteur.
— Quelque chose me dit que vous le serez. C’est lui qui vous a griffée, au fait ?
— Oh, non ! Ce sont les fourrés qui m’empêchaient de l’approcher.
Cette foi en elle l’amusa : le vétérinaire ignorait la raison pour laquelle elle n’avait jamais adopté d’animal. S’il avait su, il aurait compris ses appréhensions. Mais elle se sentait plus forte, à présent, plus déterminée. Peut-être même que le chaton l’aiderait, lui permettrait de prendre sa place.
Il lui expliqua le b.a.-ba de l’éducation féline. Il parlait avec animation, exposait toutes les tâches dont Élia devrait s’occuper. Frappée par le bleu de ses yeux, si lumineux, elle ne l’écoutait qu’à moitié. Il caressait la tête du chaton – celui-ci s’était blotti, les yeux fermés, contre le docteur Chatigny, en totale confiance. Élia aimait les animaux et ceux-ci le lui rendaient bien, mais elle n’avait pas un contact aussi facile, aussi évident que lui. Elle le dévisagea discrètement, alors qu’il avait la tête baissée vers la petite boule de poils. Il était grand, plutôt large d’épaules. Les lunettes rectangulaires, à monture fine, reposaient sur un long nez. Il semblait à la fois confiant et mal assuré. Sa blouse blanche n’était pas tout à fait fermée, et Élia put entrevoir un dessin de manga sur le T-shirt. Comme elle n’y connaissait rien, elle ne put reconnaître le personnage.
Il lui rendit le chaton, qui se pelotonna dans les bras d’Élia, à moitié endormi.
— N’oubliez pas de prendre les renseignements pour les vaccins auprès de la réceptionniste. Ils doivent être administrés d’ici une semaine ou deux.
— Je n’y manquerai pas, merci, docteur Chatigny.
— Je vous en prie, appelez-moi Raphaël.
D’un hochement de tête, Élia acquiesça.
Oui, vraiment, l’homme lui plaisait.
Elle marcha dans le couloir, sentant les yeux de Raphaël dans son dos.
À la réception, elle paya la consultation et prit la documentation relative aux vaccins, puis elle sortit de la clinique. Les portes coulissantes se refermèrent après son passage, et seulement alors, elle se retourna.
Il était toujours là, près de l’accueil, à la regarder partir.
Il lui sembla qu’il rougissait, et elle sourit.


Amaël
 
Bonjour, qui que tu sois ! Ton énigme m’aura fait cogiter, mais en voici la réponse, accompagnée d’un texte de Michaela Dauclair qui m’amuse –   parce que, oui, mon humour est assez noir. J’espère que le tien aussi (sinon tu risques de penser que je suis givrée) (ce qui n’est pas tout à fait faux) (non, non, je te rassure) (enfin, tu es peut-être toi-même dingue, donc…) (ne fais pas attention) (je me tais).
 
Amaël sourit en découvrant le texte choisi par sa correspondante – l’écriture lui avait immédiatement semblé féminine et l’accord à « givrée » avait confirmé sa première impression. Le titre Il en manque un était inscrit en vert.
 
« Il y a dix ans, je me suis mariée. Une belle célébration, personne ne pourra dire le contraire. Loin du clinquant de la cérémonie de Mélissa et loin du côté bourge coincée du mariage de Marie-Clémence sur un yacht. Mais la fête et les cotillons ne font pas tout…
Trois œufs, deux cent cinquante grammes de farine, etc., la recette est facile.
Depuis, j’ai bien changé. Ou, plus exactement, je me suis trouvée  : ma véritable personnalité, soie pas si lisse, a émergé. Pas de métamorphose à proprement parler, mais ça n’a pas plu à tout le monde. Qu’importe, je n’ai jamais vraiment fait attention à l’avis des autres.
Mélanger le tout, jusqu’à obtention d’une pâte homogène.
J’ai quitté l’homme qui croyait me connaître, au bout de cinq ans. Un divorce tempétueux pour un mariage de pacotille. Le quitter, lui et son “fric” comme il se plaisait à dire, fut un luxe pour moi, mais un luxe que je me suis permis avec faste. Le temps, infâme bourrasque, m’a arraché ces années, à jamais envolées. Cependant, je me suis relevée. Loin des tourments passés, ma vie sentimentale a connu de beaux jours ensoleillés. Un nouvel amour a déployé ses ailes.
Je raffole de l’odeur du chocolat fondu.
Célibataire. En couple. Fiancée. Mariée. Divorcée. De chrysalide en papillon, je suis passée par presque tous les statuts matrimoniaux.
Demain, je me remarie.
Sympa, cette petite tête de squelette sur la boîte.
Demain, je serai veuve. »
 
L’humour de l’inconnue n’était pas que cynique, en témoignait sa solution à l’énigme, qu’elle avait tournée de façon originale.
Amaël apprécia.
Beaucoup.
En laissant le message dans la boîte à livres, il ne s’était pas véritablement attendu à obtenir une réponse. Il l’avait écrit sur une impulsion, sans savoir au début où le déposer ni même s’il allait réellement l’abandonner quelque part. Puis il avait traversé le parc, un dimanche, avait vu la boîte à livres. Cette ancienne cabine téléphonique, qui faisait partie du décor. Comme une évidence. Le lendemain, le tube était dissimulé. Sa semaine chargée le lui avait fait oublier, pour s’en souvenir le week-end suivant, lors de sa course à pied hebdomadaire – il s’astreignait à cette habitude, même si là n’était pas son sport préféré. Le tube métallique toujours au même endroit, Amaël avait haussé les épaules, poursuivi sa route sans plus y penser. Chaque dimanche ensuite, il avait vérifié et constaté que personne ne l’avait pris. Jusqu’au jour où il avait remarqué que le cylindre avait légèrement bougé. Il s’était dit que quelqu’un en avait probablement lu le contenu et remis la lettre à sa place sans jouer, aussi avait-il été surpris de découvrir une écriture inconnue. Il avait attendu d’être rentré chez lui pour lire.
Amaël tourna la feuille ; au verso il trouva d’autres mots.
 
Je ne sais pas qui tu es, je ne sais rien de toi, et pourtant j’ai envie de me dévoiler. Comme si quelque chose d’irrationnel m’y poussait. Je m’appelle Camille, la trentaine (non, je ne serai pas plus précise, histoire de garder un peu de mystère). La lecture est ma passion, j’apprécie des genres variés. Je ne pense pas m’avancer beaucoup en disant qu’elle occupe une certaine place, dans ta vie, aussi. J’aime les promenades le long de l’eau, les pistaches, l’odeur de la pluie sur le bitume brûlant, parler pendant des heures avec mes amies. Je n’ai jamais fumé et je n’aime pas le champagne. J’aime les écureuils, rire aux éclats, les bonbons au caramel. Je suis parfois superstitieuse et je crois aux signes –   ou plutôt je les interprète pour qu’ils me disent ce que je veux entendre. Je déteste prendre l’avion et j’ai peur des araignées. Les mots croisés ne me résistent pas, mais je suis bien incapable d’imaginer une énigme, donc je ne pourrai pas te rendre la pareille. Navrée. Cela dit, j’essaierai de résoudre celles que tu voudras me laisser… Au plaisir de te lire…
 
Avec un sourire, Amaël lissa les feuilles pour qu’elles restent planes. Comme elles persistaient à s’enrouler sur elles-mêmes, il posa une pile de romans dessus. Grand lecteur, surtout de suspenses psychologiques et de livres à l’ambiance particulière, tels ceux de Michaela Dauclair, Amaël continuait à en acheter alors qu’il manquait de place sur ses étagères. Par conséquent, des tours de livres poussaient à côté de son lit, à côté des meubles, à tous les endroits inoccupés. Il allait bien, de temps à autre, en déposer à la boîte à livres, mais ne revenait jamais les mains vides. Pourtant, son métier – chercheur en mathématiques pures – et ses activités sportives ne lui laissaient pas énormément de temps libre. Il en grappillait : il allait au travail en transports en commun, ce qui lui permettait de s’adonner à la lecture pendant le trajet. Il était ravi de pouvoir discuter avec quelqu’un partageant cet intérêt, car ni ses collègues ni ses proches n’avaient de goût pour la fiction. Hormis ces piles de livres, son studio était très bien organisé : le peu d’espace n’admettait pas le désordre. Les quelques meubles montaient jusqu’au plafond, pour optimiser le rangement. Pas de collection, pas de tendance à accumuler, il ne s’embarrassait pas d’objets inutiles et parvenait ainsi à garder les lieux sobres. Il s’était installé dans ce studio lorsqu’il avait quitté la province pour la capitale afin d’y faire ses études, puis avait décidé d’y rester : trouver un emploi y était plus facile.
La main posée sur les livres, Amaël eut une petite mimique satisfaite : que la solution vienne d’une jeune femme et non d’un adolescent ou d’un vieil homme lui plaisait. Même si ça n’avait pas été son but, il réalisa que ça lui faisait plaisir et le titillait un rien. La lettre de Camille le charmait, et il était curieux d’en découvrir davantage à son sujet. Cependant, un théorème lui résistait et la réponse à l’inconnue devrait attendre – Amaël possédait le sens des priorités, quoi qu’en pensent certaines femmes qui lui avaient reproché de ne pas figurer en haut de la liste.
Sonnerie du téléphone. Il baissa les yeux vers l’écran. Louisa. Hésitation. Puis, après un soupir, il décrocha.
— Oui ?
— Salut. Comment vas-tu ?
— Bien. Que veux-tu ?
Il savait que son ton était sec, mais s’il se montrait trop aimable, Louisa en profiterait.
— Je ne retrouve plus un de mes foulards, j’ai cherché partout. Est-ce qu’il ne serait pas chez toi ?
— Je n’ai rien vu. Je t’aurais prévenue, dans le cas contraire.
— Oui, je me doute. Mais on ne sait jamais, il a pu glisser derrière quelque chose, ou que sais-je… Tu veux bien regarder dans ton armoire ?
Il réprima l’envie de lui dire que ça faisait plus de trois mois qu’elle n’avait plus mis les pieds chez lui. D’une voix lasse, il demanda :
— Laquelle ?
— Celle du hall d’entrée.
Celle qu’il ouvrait tous les jours, donc. Il soupçonna sa requête de n’être qu’un prétexte. Avait-elle poussé le vice jusqu’à planquer un accessoire chez lui, pour être sûre de pouvoir revenir ? Aurait-elle attendu autant de temps ? Elle avait sans doute eu un vide entre deux amants…
Leur relation avait été tumultueuse, tant de ruptures qu’Amaël n’en avait plus tenu le compte. Éternelle indécise, Louisa affirmait que le célibat et les coucheries sans lendemain étaient ce qui lui convenait, avant de reparaître, la mine penaude et des cœurs plein les yeux. Amaël craquait à chaque fois, parce qu’il n’avait rencontré personne d’autre encore pour une histoire sérieuse, parce qu’elle le fascinait toujours autant, et par facilité : lors des réunions de famille, il n’avait plus eu à subir d’interrogatoire à propos de sa vie sentimentale, puisque Louisa était présente. Bien sûr, les questions sur un éventuel bébé commençaient à arriver, mais Louisa en était le plus souvent la cible, et elle les esquivait de manière très habile. Il évitait de penser à ce que son comportement avait de lâche ; il n’avait, du reste, pas le temps pour l’introspection.
Il fouilla parmi les écharpes et les gants.
— Je ne vois rien.
Il entendit un soupir à l’autre bout du fil.
— Tu es sûr ?
— Certain, répliqua-t-il d’un ton agacé.
— Bon.
Le silence qui suivit ne présageait rien de bon pour Amaël qui s’empressa de dire :
— Eh bien, à une…
Elle le coupa :
— On peut se voir ?
— Pourquoi ?
— Pour discuter ?
L’intonation interrogatrice de la jeune femme le poussa à rétorquer :
— Ce n’est pas une bonne idée. Un autre jour, peut-être. Je te laisse, j’ai à faire.
Il raccrocha, irrité. À la fois contre elle et contre lui-même. Il ne comprenait pas pourquoi Louisa avait tant d’emprise sur lui, alors même qu’il accumulait les conquêtes et aurait de ce fait pu se passer d’elle. Se tenir à sa décision de ne plus la voir valait mieux, car il cédait en face à face, devant sa moue, ses mimiques, son corps… Il s’ébroua : encore en train de penser à elle ! Il était impératif de la sortir de son esprit. D’autant qu’à présent, il avait un excellent dérivatif : Camille. La jeune femme l’intriguait, et ça lui suffisait, pour l’instant.


Raphaël
 
Le chien jappa quand Raphaël lui caressa le haut du crâne et battit de la queue. Raphaël serra la main de son maître puis les raccompagna dans le couloir. ...

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