Never Back Down - Saison 1
281 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Never Back Down - Saison 1

-

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
281 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Round 1 : Léonie VS Tobias. Qui gagnera ?
#Boxe
#YoungAdult
#Dark
#AttractionDangereuse
#BadBoy
#Opposés
Je m'appelle Léonie Foster, je viens de m'installer à Chicago avec mon meilleur ami pour pouvoir profiter pleinement de la vie étudiante. Un rêve qui est en train de virer au cauchemar depuis que Tobias Reed – apparemment une célébrité ici – a décidé de s'immiscer dans ma vie. Il est tout ce que je redoute : autoritaire, glacial et surtout dangereux. Très dangereux : car il y a quelque chose qui me fascine en lui, quelque chose qui fait cogner mon cœur tel un boxeur fou dans ma poitrine.

Je suis Tobias Reed, le meilleur boxeur de Chicago, dit " The Devil " – mais je ne sais pas pourquoi je me présente, tout le monde me connaît. Enfin sorti de prison, je suis de retour en ville – et malheureusement aussi à l'université – et je compte bien de nouveau profiter pleinement de la vie, d'une vie de sueur et de débauche. Mais depuis que cette fille en apparence insignifiante m'est tombée dessus, je ne contrôle plus rien : une pulsion inconnue me pousse sans cesse vers elle. Et ça, je ne peux le supporter.

Entre attraction et répulsion, l'intensité de leur relation va bientôt mettre Léonie et Tobias en danger... jusqu'à les pousser à commettre l'irréparable.

Rejoignez-nous sur Facebook, Instagram et Twitter : Kaya Editions !


Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 12 octobre 2017
Nombre de lectures 83
EAN13 9782377030101
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0250€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait


Entre attraction et répulsion, l'intensité de leur relation va bientôt mettre Léonie et Tobias en danger... jusqu'à les pousser à commettre l'irréparable.

Rejoignez-nous sur Facebook, Instagram et Twitter : Kaya Editions !


" />

Auteure : Laura E-L
Suivi éditorial : Marine Cossé, Louise Champigny
ISBN : 978-2-37703-010-1
 
Collection : Dangerous Love
© Photographie de couverture : Vladimirs Poplavskis
 
 
© Kaya éditions
3, rue Ravon
92340 – Bourg-la-Reine
N° Siret : 82805734900015
 
 
Pour nous contacter :
contact@kayaeditions.com


 
 
Page de présentation

Crédits

#Prologue

#Chapitre 1

#Chapitre 2

#Chapitre 3

#Chapitre 4

#Chapitre 5

#Chapitre 6

#Chapitre 7

#Chapitre 8

#Chapitre 9

#Chapitre 10

#Chapitre 11

#Chapitre 12

#Chapitre 13

#Chapitre 14

#Chapitre 15

#Chapitre 16

#Chapitre 17

#Chapitre 18

#Chapitre 19

#Chapitre 20

#Chapitre 21

#Chapitre 22

#Chapitre 23

#Chapitre 24

#Remerciements

Prochainement chez Kaya

#Kaya



Prologue
 
– Léonie… murmure-t-il en restant debout, le regard anéanti.
 
Je m’approche de lui en le dévisageant, le cœur serré. Il s’empare de mon visage à l’aide de ses grandes mains, les yeux remplis de désespoir
 
– Je suis désolé, avoue-t-il en posant son front contre le mien.
 
A ces mots, ma respiration se coupe ; je ne les ai que rarement entendus et pour qu’il les prononce, il s’est, sans aucun doute, passé quelque chose de dramatique.
 
– Que s’est-il passé ? demandé-je apeurée en recouvrant ses mains des miennes.
 
Il respire bruyamment en commençant à trembler profondément. Je ne l’ai jamais vu dans un tel état et une terreur considérable s’empare de tout mon être ; je m’attends à une annonce qui pourrait changer tout le cours des évènements.
 
– Je te demande pardon, commence-t-il, je ne veux pas que tu oublies tout ce que j’ai pu te dire, mon amour. Ne l’oublie jamais, ajoute-t-il en m’embrassant le front.
 
Mes yeux deviennent subitement humides en l’entendant parler de la sorte. Je ne comprends pas ce qui est en train de se passer et je redoute le moment où je vais le découvrir.
 
Il s’apprête à me lâcher mais je resserre mon étreinte autour de ses poignets afin de replacer ses mains sur mes joues:
 
– Tobias, parviens-je à articuler, dis-moi ce qu’il se passe, je t’en supplie…
 
Une larme roule sur ma joue.
 
Sa respiration est irrégulière et je ressens toute l’inquiétude et la peur dans son regard, mais pas n’importe quelle peur ; la peur de me perdre, à tout jamais.
 
– C’était inévitable Léonie, inévitable…
 
***
 
Léonie.
 
Depuis toute petite, j’ai toujours cru à toutes ces choses que me racontait mon père à propos des hommes, et je l’ai cru bien sûr. J’ai toujours espéré qu’un jour je rencontrerai un homme. Un homme beau, fidèle, attentionné, avec une pointe de bestialité – comme dans les rêves de beaucoup de femmes.
 
Je n’étais pas du genre à boire, me droguer, et à être dévergondée, loin de là : mon père a été près de moi à chaque fois que je pouvais m’égarer, il m’a protégée tout au long de ma vie après que ma mère nous ait quittés.
 
En emménageant chez Dayan, mon meilleur ami, je rêvais de rencontrer un bel étudiant à l’université qui pourrait me faire tourner la tête…
 
Mais je ne m’attendais pas à faire cette rencontre, cette rencontre qui allait changer ma vie à jamais.
 
***
 
Tobias.
 
Depuis mon plus jeune âge, la colère, l’agressivité et la violence font partie de mon quotidien. Après avoir atteint ma majorité, on a commencé à m’appeler le Diable. « - C’est le diable en personne » disaient-ils tous, sans exception. Drogue, sexe, armes, meurtres, boxe, voilà mes domaines. Je suis l’homme le plus puissant de Chicago ainsi qu’un boxeur invaincu depuis maintenant sept ans.
 
Ce jour-là, je sortais de trois ans du centre de détention le plus sécurisé de cette ville. Mes affaires allaient reprendre leur cours, comme autrefois. J’allais reprendre les combats et recommencer avec un but précis : ne plus retourner en taule.
 
Ce soir-là, j’allais faire mon grand retour sur le ring. J’étais persuadé que tout allait se passer comme à chaque fois : j’allais les mettre tous, sans exception, K-O et ensuite finir dans ma chambre d’hôtel avec une ou deux nanas.
 
Mais elle allait être présente, et plus rien ne serait plus jamais comme avant.
 
Hasard ou destinée ?
 
 
« Le hasard n'existe pas, tout est pré-établi, préconçu, minutieusement élaboré. »
 
Mazouz Hacène.
 

 
Léonie.
 
*Dimanche, 17 h 35*
 
– Tu as grandi tellement vite ma chérie, dit mon père en m’embrassant le front.
 
Je ne lui réponds pas, je me contente de lui sourire. Il me rabâche la même chose depuis mon réveil. Aujourd’hui, je déménage chez Dayan, mon meilleur ami, que je connais depuis toute petite. Il habite tout près d’ici, mais pour mon père c’est une autre histoire. Pour lui, je serai toujours trop loin de lui. Mais j’ai presque dix-neuf ans et je pense que je suis assez mature pour prendre mes propres décisions.
 
J’habite avec mon père depuis ma plus tendre enfance. Nous avons déménagé à Chicago il y a maintenant trois ans. Dayan, qui a actuellement vingt-deux ans, y habite depuis sa majorité, pour ses études.
 
Ma mère nous a abandonnés à ma naissance, je n’ai jamais su pour quelle raison. J’ai donc grandi aux côtés de mon père qui m’a tout appris du monde en général, du bien et du mal par exemple. Je suis une fille plutôt réservée qui n’aime pas attirer l’attention. Mais j’ai aussi un caractère bien trempé qui m’a permis de surmonter beaucoup d’épreuves.
 
– Papa, il est temps d’y aller ! lui dis-je, impatiente.
 
Je le vois se dépêcher. Il se place devant moi et me regarde de haut en bas, le visage attendri.
 
– Tu es tellement belle ma fille, dit-il en m’embrassant la joue.
 
– Papa… murmuré-je.
 
Je sais ce qu’il fait. Il essaie de me faire changer d’avis pour que je reste vivre avec lui, mais c’est trop tard. Je veux aller vivre avec Dayan. Et puis, l’université est beaucoup plus proche de son appartement. Je voudrais devenir avocate, et c’est pour cela que j’étudie le droit.
 
***
 
– Tu as de la chance que ce soit Dayan, sinon je te ne t’aurais jamais laissée partir. Majeure ou non ! lance mon père avec une petite voix.
 
Nous sommes en voiture prêts à rejoindre mon nouveau chez-moi et depuis notre départ, c’est la première fois qu’il décroche un mot.
 
– Tu sais très bien que Dayan est un ange, tout ira pour le mieux. Je viendrai te voir les week-ends ne t’en fais pas papa.
 
Il tourne légèrement la tête vers moi en me regardant d’un air triste.
 
– S’il y a, ne serait-ce, qu’un tout petit évènement qui tourne mal, tu sais que je serai toujours là, ma puce. Quoi qu’il arrive, je serai là.
 
Il me dit ça comme si je partais pour toujours. Je ne vois pas pourquoi il en fait tout un plat comme ça. En même temps il m’a toujours couvée jusqu’à maintenant, ne laissant personne m’approcher, à part Dayan qui a su le convaincre de me laisser partir à ses côtés. Et je pense que c’est une bonne chose.
 
– Je sais, papa, lui dis-je en souriant.
 
***
 
Quelques cartons et mes deux valises en mains, on monte au premier étage afin de rejoindre l’appartement. Mon père a le visage crispé, légèrement contrarié par mon départ alors que moi, je suis littéralement excitée de revoir mon meilleur ami. Il m’a tellement manqué durant ces vacances…
 
Je toque à la porte, le sourire aux lèvres, et elle s’ouvre rapidement. Mon visage s’illumine en apercevant Dayan, habillé d’un simple jogging et d’un large débardeur blanc. Il est tellement beau ce monsieur Ross. Ses cheveux bruns et sa barbe de quelques jours font ressortir ses yeux noisette ainsi que son teint pâle. J’observe le tatouage sur son bras droit. Je ne me souvenais pas qu’il était aussi long. Il commence de son épaule et chemine jusqu’à son poignet.
 
– Tu as agrandi ton tatouage ? Observé-je en lui montrant du doigt.
 
Il se met à rire subitement avant de répondre en m’ouvrant ses bras :
 
– Viens donc là, canaille !
 
***
 
Mon père a déposé mes valises dans le salon et, après m’avoir enlacé de longues minutes, est vite reparti. Il était si triste de me laisser… Je ressens un pincement au cœur en me disant que je ne le verrai plus aussi souvent qu’avant. Mais comme il me le répète souvent : « Il faut savoir prendre son envol ».
 
– Alors tu en dis quoi de ma demeure ? demande mon meilleur ami le sourire aux lèvres.
 
– C’est tellement beau, je n’en reviens pas ! dis-je ébahie.
 
Je scrute l’appartement des yeux. Il est vraiment magnifique. Le salon est relié, par une salle à manger spacieuse, à une cuisine ouverte. Les murs sont marron clair et au sol il y a du parquet en chêne. Une grande baie vitrée mène à un petit balcon. C’est somptueux. Je n’en reviens pas qu’il habite ici, seul.
 
– Et encore, tu n’as pas vu les chambres ! annonce-t-il tout joyeux.
 
Il me prend la main et m’entraîne à l’étage. Il ouvre la première porte et nous rentrons dans une chambre. Je conclus qu’elle m’est attribuée grâce aux quelques photos de moi et mon père, et d’autres de Dayan et moi étant petits. Trois des quatre murs sont blancs, l’autre est bleu ciel. Une grande armoire est posée dans un coin de la pièce. Je me tourne vers mon meilleur ami et finis par le prendre dans mes bras.
 
– Elle est magnifique, Dayan. Je suis tellement heureuse d’être là, avec toi, dis-je, émue.
 
– Oh, je suis encore plus heureux que tu sois là, Léo’ ! m’avoue-t-il en me serrant encore plus fort.
 
***
 
– Maintenant, je veux que tu me racontes tout ce qu’il s’est passé durant ton été. Tout ! déclare Dayan, enjoué.
 
Installés confortablement sur le canapé, mes jambes placées sur les siennes, il me regarde fixement en attendant une réponse.
 
– Le problème c’est qu’il ne s’est rien passé… avoué-je en me grattant le cou.
 
– Tu ne vas pas me dire que tu n’as rencontré personne, magnifique et sexy comme tu es !
 
Il sourit comme s’il avait plein d’idées perverses en tête.
 
– Je ne te mens pas Yan !
 
Il se redresse en me regardant sérieusement.
 
– Léonie, tu as dix-huit ans, bientôt dix-neuf, et tu n’as encore jamais eu de copain. Il y a un problème, non ?
 
– Oh, ça va hein !

– Bah quoi ? pouffe-t-il, tu ne t’imagines pas ce que le sexe peut procurer ma belle ! ricane-t-il.

– Mais arrête ! ronchonné-je en lui frappant l’épaule.
 
– Je ne dis que la vérité ! répond-il en levant mes mains en l’air.
 
Non, mais celui-là alors !
 
Certes, j’ai bientôt dix-neuf ans et je n’ai jamais eu de relation sexuelle, et alors ? Je ne suis pas le genre de fille à écarter les jambes pour le premier venu c’est tout.
 
– Je veux juste que tu profites, que tu t’amuses. Tu es jeune, tu as toute la vie devant toi et j’ai l’impression que tu ne te lâches pas assez, je trouve ça dommage, Léonie, me confie-t-il sérieusement.
 
– Tu voudrais que je sorte, que je boive, que je fume toutes sortes de choses et que je ramène un gars différent chaque soir ? C’est ça que tu voudrais que je sois ? Une fille comme ça ? lui balancé-je, légèrement énervée.
 
– Je n’ai pas dit ça, Léo. Mais tu t’es préservée depuis toujours, ton père t’a gardé au chaud sous son aile sans te laisser profiter de la vie depuis trop longtemps ! s’exclame-t-il, agacé.
 
Je ne réponds pas. Il a peut-être raison, après tout.
 
– Mais maintenant que tu es ici, en ma compagnie, je vais pouvoir te faire découvrir plein de choses ! me confie-t-il en m’embrassant la joue.
 
Si mon père savait que Dayan était ce genre de garçon, il ne m’aurait jamais laissé partir. Il connaît Dayan depuis tout petit, mais quand il a déménagé pour venir ici, ça n’a pas été la même chose. Je sais quel genre de personne est Dayan, je le connais mieux que quiconque. Il n’est pas le colocataire idéal si on regarde du point de vue de mon père. Mais en ce qui me concerne, je sais qu’il va me permettre de m’ouvrir au monde extérieur ; me faire découvrir d’innombrables choses.
 
Je souris à mon ami quand on entend toquer à la porte. Dayan ouvre et une voix que je ne connais que trop bien résonne dans tout l’appartement :
 
– Salut ! s’écrie Isabelle, la sœur de Dayan et également ma meilleure amie.
 
Je me lève instantanément et me dirige vers cette dernière, qui me saute dans les bras, le sourire jusqu’aux oreilles.
 
– Tu m’as manqué, ma Poulette !
 
– Oh oui, toi aussi Isa ».
 
Je suis vraiment heureuse qu’elle soit là. Je ne l’ai pas vue de toutes les vacances, comme Dayan d’ailleurs. Elle est tellement gentille… Elle a toujours été là pour moi, à chaque instant. Dès que je l’ai rencontrée, je me suis entendue avec elle comme si c’était une évidence. Depuis que je suis enfant, je n’ai jamais eu beaucoup d’amis, ce n’est pas ce qui m’intéresse le plus, mais Dayan et Isabelle sont les incroyables exceptions, et je suis vraiment ravie d’être auprès d’eux.
 
– Tu es toujours aussi jolie, ma Léo !
 
– Et toi aussi, tu sais ! réponds-je, le sourire aux lèvres.
 
C’est vrai qu’Isabelle est magnifique, avec sa chevelure brune et ses yeux noisette, elle en a fait tomber plus d’un. De plus, son corps de déesse l’aide à obtenir tout ce qu’elle souhaite.
 
– Tu veux boire quelque chose, Isa’ ? demande Dayan.
 
– Oui, volontiers.
 
***
 
Installées toutes les deux autour de la table, les discussions s’enchaînent. Dayan nous apporte deux tasses de café avant de s’asseoir à nos côtés.
 
– Alors tes vacances, Léo ? me demande Isabelle.
 
– Oh tu sais, rien de bien intéressant.

– Ah bon ? Pendant deux mois de vacances, il ne s’est rien passé ? dit-elle, surprise.
 
Je lève les deux mains en l’air avant de dire :
 
– Absolument rien !
 
Elle lance un regard en biais à son frère.
 
Elle croit que je lui cache quelque chose ?
 
– Ne me dévisage pas comme ça ! rit-il. Moi aussi ça m’a surpris, mais elle ne te ment pas.
 
Isabelle me fixe et s’apprête à dire quelque chose, mais je la stoppe brusquement :
 
– Non, je ne veux pas en parler !
 
– D’accord ! disent mes deux amis en même temps en levant leurs mains.
 
Alors un silence assez pesant s’installe durant quelques minutes qui me paraissent interminables. Heureusement, Isabelle reprend rapidement la parole :
 
– Vous avez entendu les rumeurs ? dit-elle d’un ton sérieux, presque inquiet.
 
Dayan et moi la dévisageons, curieux.
 
Elle hésite un instant avant de parler :
 
– Il est de retour ! avoue-t-elle perplexe, avec une pointe d’excitation.
 
– De qui tu parles ? demande Dayan.
 
Elle nous regarde l’un après l’autre, comme choquée par notre ignorance.
 
– Vous ne savez pas ?
 
– Non… répond Dayan, impatient.

– Reed est de retour ! annonce-t-elle.
 
Le visage de mon meilleur ami se décompose. Son regard se fait plus profond, comme si cette nouvelle avait quelque chose de dramatique.
 
– Tobias ? Il revient ici ?
 
– De ce que j’ai entendu, oui ! Il faudra faire attention désormais ! confie-t-elle.
 
Personnellement, je ne comprends rien à ce qu’ils disent. Je ne connais pas le gars en question.
 
– Qui est Tobias Reed ? demandé-je subitement.
 
– Tu ne le connais pas ? me répond Isabelle, les yeux grands ouverts.

– Euh, non… Je devrais ?
 
– Elle est arrivée ici quelques jours après le jugement, Isa, rappelle Dayan à sa sœur.
 
– Ah oui, c’est vrai.
 
Je la regarde fixement, attendant qu’elle m’en dise plus sur cet homme.
 
– C’est le meilleur boxeur et l’homme le plus dangereux de tout Chicago et des alentours. Il est violent, extrêmement violent, c’est pour cela qu’il se fait appeler «  The Devil  » sur le ring. Il a toutes les femmes à ses pieds, c’est un dieu vivant ce mec, tu ne t’imagines pas… confie-t-elle avec des cœurs dans les yeux.
 
– Vraiment ?
 
Elle acquiesce.
 
Je réfléchis un instant avant de dire, perplexe :
 
– De quel jugement vous parlez ? La prison ?
 
– En quelque sorte, oui, me répond mon meilleur ami.
 
– Et c’est à cause de lui qu’il faut être vigilant ? Il est si dangereux que ça ? Vous le connaissez vraiment ?
 
– Moi je le connais parfaitement bien, Léo. Tu te porteras mieux si tu n’as pas affaire à lui ! certifie Dayan.
 
Je ne dis rien. Toute cette histoire me rend nerveuse et me surprend beaucoup. Je ne savais pas qu’un homme pouvait avoir une telle réputation.
 
Isabelle souffle avant d’ajouter :
 
– C’est quand même dommage qu’il ait ce caractère parce qu’il est vraiment magnifique, dit-elle en fermant les yeux un instant, oh mon Dieu rien que d’y penser…
 
Je me mets à rire en observant la tête qu’elle affiche.
 
Il est si beau que ça ?
 
– Bon, je suis contente de vous avoir vus, mais il faut que j’aille à l’université pour récupérer ma chambre, annonce-t-elle avec un sourire.
 
Elle est dans la même fac que moi, en droit, afin de devenir juge. Nous avons toujours eu ce point commun. En revanche, elle souhaitait à tout prix vivre seule, avoir son propre environnement. Dayan a longtemps insisté pour qu’elle vienne habiter avec nous, mais elle a refusé à chaque fois. C’est une fille indépendante, depuis son plus jeune âge.
 
– Déjà ? dis-je, tristement.
 
– On se voit demain de toute façon ! sourit-elle.
 
Je lui décroche un large sourire et elle nous embrasse avant de sortir de l’appartement. Après avoir verrouillé la porte d’entrée, Dayan se dirige vers la cuisine tandis que je le suis de près, bien décidée à en savoir plus sur ce boxeur si redouté. Il ouvre le frigo et prend le jus d’orange avant de se servir un verre sous mon regard tendu.
 
– Qui est ce Tobias pour toi ? demandé-je d’une douce voix.
 
Il s’adosse au plan de travail en croisant les bras, m’observant d’un regard mélancolique. Sans un mot, je m’approche et me place devant lui en le regardant avec insistance.
 
– Tu veux que je te dise quoi Léo’ ? me demande-t-il sérieusement.
 
– Je ne sais pas, ce que tu sais, pour que je comprenne vraiment qui est cet homme.
 
Il soupire légèrement avant de prendre la parole :
 
– Je le connais depuis que j’ai dix-neuf ans, à l’époque lui en avait vingt, commence-t-il, je l’ai rencontré lors d’un combat de boxe. Rodéric, son entraîneur ainsi que son demi-frère, est venu me voir pour me proposer de me coacher et… j’ai évidemment accepté.
 
Il se tait mais je le fixe pour qu’il continue, ce qu’il fait :
 
– Tobias a toujours été meilleur que moi. Il a la hargne, la violence que je n’aurai jamais. Je voyais que la boxe était quelque chose de vital pour lui, il avait besoin de ça pour maintenir son équilibre. Il s’entraînait jour et nuit, sans arrêt. Il est devenu l’homme le plus redoutable, que ce soit en boxe ou même en ville. Il engendrait des trafics de drogues, des trafics d’armes… Personne n’osait le toucher, lui demander quelque chose ou même lui parler. Il était invincible, et je l’étais à ses côtés.
 
Il soupire, comme si cette période de sa vie était douloureuse pour lui, alors je demande :
 
– Que s’est-il passé pour qu’il finisse en prison ?
 
Il soupire doucement en se passant la main dans les cheveux. Je vois qu’il ne veut pas me le dire et j’avoue m’attendre au pire.
 
– Un an après, Rodéric s’est fait poignarder dans le ventre par un alcoolique qui passait sur son chemin. Tobias ne l’a pas accepté et s’est jeté sur lui en le rouant de coups. C’est la première fois de ma vie que j’ai eu aussi peur. Je ne l’avais jamais vu si enragé et si triste… m’avoue-t-il.
 
– Que… que s’est-il passé ? parviens-je à articuler.
 
Il inspire un grand coup avant de continuer :
 
– Je n’ai jamais su comment ils ont réussi à couvrir ce qu’il a fait. Les flics ont accepté de fermer les yeux là-dessus. Ils en ont conclu que l’homme était tombé dans un coma éthylique et qu’il n’avait pas survécu. Sauf que ce n’est pas la vérité, dit-il en baissant la tête.
 
– Il… Il l’a…
 
– Tu sais, j’ai fait la promesse de ne jamais dévoiler ceci. Je te le dis parce que je veux vraiment que tu voies quel genre de personne est Tobias. Mais en aucun cas tu n’en parles, d’accord ?
 
Je hoche la tête en silence, encore choquée par ces révélations.
 
– Les flics ont quand même réussi à le mettre en centre de détention durant trois ans, finit-il doucement.
 
Je le regarde, ne sachant quoi dire. J’étais loin d’imaginer que Dayan avait vécu quelque chose d’aussi atroce. Comment ai-je pu manquer ce moment de sa vie ? Comment celui que je considérais, jusqu’à présent, comme mon meilleur ami a pu me cacher quelque chose d’aussi important ?
 
– Pourquoi tu ne m’en as jamais parlé, Dayan ? demandé-je, en contenant ma colère.
 
– Je ne voulais pas que tu me voies comme j’étais. Parce que je ne suis plus ce gars-là, Léonie. Je ne voulais pas que tu me voies différemment, m’avoue-t-il d’une triste voix.
 
– Je ne te verrai jamais différemment Dayan, alors arrête de te faire ce genre d’idées. Maintenant, j’ai l’impression de ne pas te connaître réellement !
 
Je suis vraiment déçue de lui. Je n’en reviens toujours pas... Depuis toujours, il me confie les événements les plus importants de sa vie. Je n’arrive pas à croire qu’il m’ait caché tout ça…
 
Il s’approche de moi et me prend dans ses bras. Malgré la colère que je ressens, son contact me rassure et m’apaise.
 
– Tu es la personne qui me connaît le mieux, Léonie, n’en doute pas.
 
– Hum.
 
Il me fait un bisou sur le front et je murmure :
 
– Que lui est-il arrivé à… je cherche son prénom, je ne m’en souviens plus.
 
– Rodéric ?
 
– Oui ?
 
– Il s’en est sorti. Je pense que Tobias ne s’en serait jamais remis sinon ! dit-il perplexe.
 
Je ne réponds pas. Ce Tobias a l’air d’être quelqu’un de dur et de caractériel. D’un côté, j’espère ne jamais le croiser, mais d’un autre, j’aimerais vraiment voir qui est cet homme si redouté de tous.
 
– Ce soir on sort ! annonce Dayan brusquement, me sortant de mes pensées.
 
– Comment ça, « ce soir on sort » ? réponds-je, surprise.
 
– À vingt-trois heures, on a une soirée ma belle ! déclare-t-il tout joyeux.
 
– À vingt-trois heures ? Une soirée ?
 
– Tu vas répéter tout ce que je dis ? dit-il en riant.
 
– C’est hors de question, demain c’est ma rentrée, Dayan !
 
– Et alors ?
 
– Et alors, et alors c’est comme ça !
 
Il me regarde avec ses yeux de merlan frit.
 
Comment résister à ça… ?
 
– Arrête, je sais ce que tu fais !
 
Je le bouscule en souriant malgré moi.
 
–  Allez ! On va juste voir le combat et on rentre apr…
 
En s’apercevant de ce qu’il vient de me dire, il se stoppe en m’observant, pour voir ma réaction. J’émets un rire nerveux.
 
– Tu te fous de moi là ?
 
– S’il te plaît ce ne sera pas long, je te le promets, insiste-t-il en me faisant les yeux doux.
 
– Oh tu m’énerves ! râlé-je avec un sourire.
 
– Ouais ! hurle-t-il. Je le savais que tu pouvais rien me refuser de toute façon !
 
–  Hmm.
 
Je me tourne en croisant les bras pour lui faire croire que je suis vexée. Je l’entends rire et une question me vient en tête alors je me retourne brusquement en songeant :
 
– S’il est sorti, il…
 
– Je ne pense pas qu’il sera là Léo’, ne t’en fais pas ! Je ne pense pas que dès sa sortie il viendrait ici en prenant le risque de se faire enfermer de nouveau !
 
Je ne réponds rien, il a sans doute raison.
 

 
Tobias.
 
Lorsque j’étais encore enfant, on me répétait souvent que l’obscurité n’est qu’un trou noir, un abîme où l’on aime se réfugier, mais que la lumière n’est jamais très loin. Je me suis longtemps accroché à ça, sans doute pour m’aider à passer au-dessus des épreuves… Mais dorénavant, ces mots ne sont plus qu’un simple murmure, un simple souffle.
 
Aujourd’hui, après trois ans de détention, je sors enfin de cet endroit. Trois ans qui ne m’ont pas servi à grand-chose. J’ai même eu droit à une assistante sociale. Non, mais franchement ! Elle ne m’a rien apporté de positif ou de négatif ; elle m’a juste servi à me les vider. Mais, je dois bien l’avouer, heureusement qu’elle était là pour ça, sinon je n’aurais jamais tenu dans cet isolement. Je suis de nature solitaire, c’est certain. Mais être loin de mon frère a été l’une des épreuves les plus difficiles de toute ma vie… J’ai cru que je ne tiendrais pas, à mon arrivée j’ai cru que je ne reverrais jamais le monde extérieur, mais je me suis rendu compte que je sortirais plus tôt que prévu si je ne faisais pas de vagues. Je me suis donc tenu à carreau, j’acquiesçais à tout ce qu’on me disait, je ne me suis jamais contrôlé à ce point. Et tout ceci a marché.
 
Je sors aujourd’hui.
 
Le grand Tobias Reed est de retour.
 
***
 
Posté devant le miroir, j’ajuste ma veste en soupirant. J’observe mon corps, ma musculature qui est devenue plus imposante, plus voluptueuse. Mes épaules sont maintenant plus carrées, mes triceps plus gonflés ainsi que mes abdos, et j’avoue en être fier. Mon visage s’est aussi sublimé. Je ferais tomber n’importe quelle fille. Lorsque je veux quelque chose, je l’obtiens. Aucune femme de me résiste. J’aime jouer de mes charmes et jouer avec elles par la même occasion, je dois bien l’admettre. J’ai maintenant vingt-trois ans et je suis l’homme le plus redouté et le boxeur le plus respecté de cette ville.
Ils pensent que trois ans de détention m’ont changé, que je suis devenu un bon gamin. Mais personne ne me changera. Personne ne pourra changer qui je suis. Par contre, cet endroit m’a fait prendre conscience d’une chose : je ne me ferai pas avoir une seconde fois. Les affaires reprennent. C’est le grand jour Chicago. Me revoilà et je ne cèderai jamais.
 
***
 
Léonie.
 
Je me regarde dans le miroir quelques secondes, tirant légèrement sur ma petite veste en cuir pour l’ajuster. Je n’ai vraiment pas envie d’aller à cette fête, pas la veille de la rentrée. Je viens juste d’emménager et me voilà partie à une soirée. Mais que dirait mon père ? Je me regarde de haut en bas en soupirant. Je me suis habillée simplement, avec un slim noir, un haut assorti et ma veste en cuir de la même couleur. J’ai mis des petites baskets blanches assez basiques. J’attrape la brosse qui se trouve sur mon bureau et peigne mes cheveux bruns. Ils commencent à être très longs, quelques reflets acajou ressortent sur les pointes. Je n’avais pas remarqué, ou plutôt je n’y prêtais pas grand intérêt, mais cela fait son petit effet.
 
Enfin prête, je descends rejoindre Dayan qui m’attend impatiemment. Il est assis sur le canapé en train de regarder la télé. Je m’approche et me place entre lui et l’écran, les deux mains sur mes hanches.
 
– Dépêche-toi avant que je change d’avis monsieur Ross ! sourié-je.
 
Il se lève instantanément et me regarde de haut en bas en s’approchant de moi, les yeux pétillants.
 
– Tu es magnifique, Léonie, me confie-t-il en me faisant tourner sur moi-même. Ni trop apprêtée ni pas assez, je te reconnais bien là ma chère.
 
– C’est très aimable à toi ! réponds-je d’un ton distingué.
 
Il rit en s’emparant de mes mains en commence à me faire danser en tournant autour de moi. Un rire s’échappe de ma bouche et plus les secondes passent, plus je rigole comme une enfant devant mon meilleur ami, aussi joyeux que moi.
 
Il s’arrête après quelques secondes et me regarde d’un air sérieux.
 
– Tu seras la seule habillée comme ça, mais ça a son avantage !
 
Je le regarde les sourcils froncés.
 
Ça veut dire quoi ça ?
 
– Comment ça ? Ça ne va pas ? demandé-je en regardant ma tenue.

– Ah si, si, tu es superbe ! Mais tu verras là-bas par toi-même.
 
Je le dévisage, le regard méfiant en répondant d’un ton fade :
 
– Je ne vois pas où tu veux en venir ‘Yan.
 
Il se gratte l’arrière du cou – c’est un tic nerveux chez lui. Dans des situations embarrassantes il le fait souvent, et en y songeant, moi aussi.
 
– On s’en fout, tu verras je te dis ! souffle-t-il en me prenant la main.
 
D’accord, j’ai compris. Les filles seront sûrement toutes en mini-jupes, avec pour seul but de draguer un maximum de mecs. Mais bon, des filles comme ça, il y en a partout.
 
Je le stoppe rapidement dans son élan en lançant, légèrement énervée :
 
– Non, mais s’il y a un problème avec ma tenue, tu peux y aller tout seul à ta soirée ! Moi ça m’arrange !
 
– Non, non, tu viens avec moi ! Je n’irai pas sans toi, je veux que tu t’amuses Léonie, insiste-t-il en me baisant la joue.
 
Je l’observe longuement en réfléchissant un instant. Je vais accepter, car je veux lui faire plaisir en passant un bon moment à ses côtés, mais j’avoue que passer la soirée devant un bon film en discutant avec lui ne m’aurait pas déplu… Mais bon, je lui souris et nous quittons rapidement l’appartement.
 
***
 
Nous sommes en voiture depuis maintenant dix minutes avec le volume de la musique à fond. Dayan roule très vite, même trop vite, et je vois à quel point il aime ça. Il sourit fièrement à chaque fois qu’il double dangereusement d’autres véhicules, mais moi, ça ne me fait pas rire du tout. Je plante les ongles dans mes genoux en regardant droit devant moi comme si de rien n’était, mais je pense que la peur doit transparaître sur mon visage.
 
Dayan enlève subitement une main du volant pour la placer sur ma main gauche.
 
– Ne fais pas cette tête Léo ! se moque-t-il en riant.
 
– Ne lâche pas le volant et regarde la route ! m’exclamé-je.
 
Il me fixe, surpris, et d’un coup, part dans un fou rire incontrôlable.
 
– Ne t’inquiète… pas pour ça, articule-t-il entre deux rires.
 
– Non, mais tu te rends compte de comment tu conduis Dayan ?
 
Il me dévisage de plus belle et repart dans son fou rire. Ça m’énerve qu’il réagisse comme ça, mais j’avoue que je me retiens de ne pas me joindre à lui.
 
Je lui mets un coup sur son épaule.
 
– Arrête de te foutre de moi !
 
Je ne peux m’empêcher de rire.
 
Après quelques minutes, Dayan emprunte un petit chemin très calme.
 
– Pourquoi tu passes par-là ?
 
– Parce que c’est plus rapide par ici, me répond-t-il en souriant.
 
Il continue toujours tout droit et on arrive rapidement sur une grande rue déserte. On roule encore et j’entends le bruit sourd d’une moto se rapprocher de nous rapidement, trop rapidement. Je regarde dans le rétroviseur et aperçois le conducteur de la moto ralentir, comme s’il avait vu quelque chose qui l’interpelait. Je tourne la tête vers Dayan et je vois sa tête se décomposer instantanément. Qu’est-ce qui lui arrive ? Le conducteur de la moto nous double à toute vitesse en faisant un bruit assourdissant.
 
– Dayan, ça va ? demandé-je, inquiète.
 
– Oui, oui, ça va ! me rassure-t-il.
 
– Tu le connaissais ?
 
– Qui ça ? Le mec sur la moto ? Je n’ai pas vu sa tête, dit-il rapidement.
 
Il me ment, je le sais… Je n’y prête pas plus d’attention, car nous arrivons devant une énorme maison – je devrais dire une énorme villa. Je ne savais pas qu’une villa pouvait être dans un coin aussi paumé que celui-ci. Il y a des tonnes d’endroits magnifiques pour construire des demeures pareilles pourtant. Je n’en reviens pas !
 
Dayan arrête le moteur et s’apprête à sortir.
 
– Dayan ? murmuré-je, hésitante.
 
Il se tourne vers moi en me regardant fixement.
 
– Oui ?
 
– Promets-moi que tu ne me laisseras pas durant la soirée...
 
Son regard devient grave. Il me prend la main et la sert fort entre les siennes.
 
– Je te le promets Léonie, je ne ferai pas cette erreur.
 
Je le regarde un moment. J’ai confiance en lui. Il sait ce qu’il s’est passé durant les années où il n’était plus là, où il est venu habiter ici. J’ai du mal à pardonner à autrui et à faire confiance. Mais depuis ce jour, c’est devenu un calvaire pour moi et pour les gens qui m’entourent. Dayan est le seul qui compte, à part mon père, il ne m’a jamais trahi. Même quand il en a eu l’occasion. Il est comme un frère pour moi, il fait partie de moi.
 
Je fais un mouvement de tête et on descend de la voiture pour se diriger vers la porte d’entrée. Il y a un monde fou, je n’ai jamais vu ça. Dayan a l’air habitué et rit devant mon ébahissement.
 
Il y a même un homme qui fait le videur devant l’entrée de la maison. Dayan le salut et l’homme nous ouvre la porte. Ils se connaissent ? Nous rentrons et je reste scotchée par tout ce monde, mais aussi par la grandeur de la demeure. C’est magnifique. L’intérieur est blanc, il y a un bar et une immense piste de danse. La soirée bat son plein. Plus nous avançons et plus je vois des filles se déhancher contre leur partenaire. Elles sont habillées de manière tellement provocante ! Je comprends maintenant la réaction de Dayan tout à l’heure, mais je n’aurais jamais pu les imiter.
 
Mon meilleur ami me tient fermement la main et on avance difficilement à cause de tout ce mouvement. J’ai l’impression qu’il connaît parfaitement les lieux. Il m’emmène un peu plus loin dans la maison. On passe près d’une cuisine où j’aperçois des couples visiblement très occupés. Ils ne savent pas se retenir c’est incroyable ! On arrive enfin dans une pièce, qui est exactement comme celle où nous étions il y a cinq minutes. Il y a un bar, peut-être un tout petit peu plus grand que l’autre, un espace pour danser et des canapés tout autour. Cette pièce est bondée de gens qui dansent et qui boivent à grandes gorgées. La musique est si entraînante que je ne peux m’empêcher de danser également. Dayan m’emmène au bar et on s’installe sur deux grands tabourets.
 
– On sera beaucoup mieux ici, sourit-il.
 
– Pourquoi on n’est pas restés là-bas ? C’est exactement la même pièce !
 
Il réfléchit un instant, sans doute pour chercher ses mots.
 
– Je préfère être ici.
 
– Quelque chose me dit que tu connais les lieux mieux que tu ne le devrais.
 
– C’est vrai, m’avoue-t-il, un sourire en coin.
 
Je n’ai pas le temps de répondre qu’il demande deux cocktails : « Le black », que je ne connais pas, au barman.
 
– Je connais les boissons de base, mais celle-ci je ne le connais pas, indiqué-je, perplexe.
 
– Ah bah tu vas goûter ma belle, tu vas voir ce que c’est, dit-il en riant.
 
Le barman nous tend nos verres en souriant et retourne à ses occupations.
 
– C’est fort ? demandé-je à Dayan.
 
– Goûte ! insiste-t-il, impatient.
 
Je regarde un instant mon verre et je bois une gorgée. Ce n’est pas mauvais. Ça se boit facilement - peut-être même trop.
 
***
 
J’ai bu trois Black et ma tête tourne plus qu’elle ne le devrait. J’ai demandé à maintes et maintes reprises ce qu’il y avait dedans, mais en vain. Personne n’a voulu me le dire. J’ai convaincu, après de longues minutes, Dayan de me laisser aller aux toilettes, car je ne me sens pas bien du tout.
 
Après avoir bousculé plusieurs personnes sur mon passage, j’arrive enfin aux toilettes. Elles sont déjà occupées, mais je n’y prête pas attention et me mets de l’eau sur le visage. L’état dans lequel je suis maintenant n’est pas normal, je le sais. Je ne bois jamais, c’est vrai, mais plus jeune quand je buvais ça ne me faisait pas cet effet, pas après seulement trois verres du moins. Dayan va m’entendre. Mais pour l’instant, il faut que je reste ici quelques minutes, le temps que je me ressaisisse.
 
***
 
Je sors rapidement de la salle de bains, je n’en peux plus d’entendre tous ces cris. Je titube jusqu’à la piste de danse en bousculant plusieurs personnes, me faisant sermonner au passage. Je sursaute lorsqu’on m’attrape violemment le poignet, me faisant me retourner instantanément. Je tombe nez à nez avec un homme, très grand, d’une vingtaine d’années. Je plisse les yeux en essayant de le reconnaître, mais sans succès. Il me regarde avec un sourire, sourire assez sympathique je dois dire. Il n’a pas l’air d’avoir bu d’alcool.
 
– Lâchez-moi ! lui lancé-je agressivement.
 
Il desserre son étreinte et je frotte mon poignet du bout des doigts.
 
– Qu’est-ce qu’une fillette fait ici ? demande-t-il avec curiosité.
 
Je le regarde, choquée. Quel culot   !
 
– Pardon ?
 
Il se rapproche de moi, un peu trop même. Je dois avouer qu’il est vraiment impressionnant : grand, blond aux yeux bleus, avec plusieurs tatouages sur les bras — j’en aperçois même sur sa clavicule. Dans cette ville, il n’y a pas beaucoup de personnes possédant ce style-là. À part Dayan, je n’en croise pas souvent. Même jamais.
 
– Tu comptes me regarder comme ça toute la soirée ou tu vas me répondre ? insiste-t-il doucement.
 
– Je suis venue avec un ami ! dis-je rapidement, sans trop savoir quoi répondre.
 
Il rit aux éclats. Il se fout complètement de moi.
 
– Ce n’était pas ma question jeune demoiselle, chuchote-t-il. Je voulais savoir ce qu’une fillette faisait ici ! balance-t-il, impatient de connaître ma réponse.
 
– Ne m’appelez pas comme ça ! grondé-je.
 
– Ne t’énerve pas ma belle. Et tu peux me tutoyer, tu sais ? Je ne suis pas encore vieux, sourit-il.
 
Je le dévisage plus attentivement. Il a sans doute raison, mais ce n’est pas exactement le moment d’aborder ce sujet.
 
– Mais bon, ma maison est assez grande pour accueillir des personnes comme toi, ma belle. Il me fait un clin d’œil.
 
Non, mais j’hallucine !
 
Sa maison ? Des personnes comme moi ? J’aurais tout entendu.
 
– Je devrais y aller ! dis-je, sûre de moi.
 
Il me sourit. Il n’a pas l’air méchant, loin de là, mais je ne comprends pas ce qu’il veut.
 
– Rodéric, dépêche-toi, on a un problème ! l’appelle quelqu’un au loin.
 
Rodéric… ?
 
Rodéric ! Oh mon Dieu !
 
S’il est là, ça veut dire que… Oh mon Dieu. Il faut qu’on parte !
 

 
Léonie.
 
Je me dépêche de rejoindre Dayan, hors de moi. Merde ! Mais pourquoi il m’a emmenée ici ? Dans la maison du meilleur ami, ou de je ne sais trop qui, de Tobias ! Lui qui disait qu’il fallait tout faire pour que j’évite cet homme si « redoutable », si « dangereux ». Non, mais quelle idée !
 
En arrivant au bar, je le vois debout, accoudé au comptoir. Je m’approche de lui rapidement et m’assois sur un des tabourets, essoufflée. Je m’apprête à le sermonner, mais il me lance un regard à la fois furieux et angoissé.
 
– Mon Dieu, Léonie, t’étais où ? me demande-t-il en me serrant l’avant-bras.
 
– Dayan, il faut que je te dise…
 
– Pourquoi ça t’a pris autant de temps, Léo ? me coupe-t-il.
 
– Écoute-moi Dayan ! insisté-je froidement.
 
Il se met à me fixer d’un air surpris tandis que je balance, au bord de l’explosion :
 
– Il faut qu’on parte !
 
– Quoi ? Maintenant ? s’écrie-t-il.
 
– Oui, maintenant !
 
J’empoigne son bras et descends de mon tabouret, l’obligeant à me suivre. Mais quelques secondes après, il se dégage brusquement de mon emprise, me faisant pivoter sur moi-même.
 
– Tu pourrais me dire ce qui se passe au moins ? souffle-t-il.
 
– Pourquoi tu nous as emmenés dans cette maison Dayan ? balancé-je, mécontente.
 
Il relève son visage, les sourcils haussés et la bouche entrouverte en me regardant avec incompréhension.
 
– Ne me fais pas ces yeux-là ! Tu sais très bien de quoi je veux parler, dis-je, exaspérée.
 
– Léonie, écoute…
 
– C’est bien lui, Rodéric, le gars…
 
– Le gars dont je t’ai parlé, oui, me coupe-t-il.
 
– Mais s’il est là, ça veut dire que…
 
Je ne finis pas ma phrase, car je comprends rapidement, à la façon dont il me regarde, qu’il est déjà au courant. Il le savait dès que l’on est arrivés...
 
– C’était lui le gars en moto hein ? C’était Tobias n’est-ce pas ?
 
Il baisse la tête sans prononcer un mot, presque mal à l’aise. Je comprends mieux maintenant pourquoi il est devenu aussi blanc en apercevant ce motard, et pourquoi il nous a emmenés dans cette pièce isolée.
 
– Non, mais tu es complètement inconscient ou quoi, Dayan ? Pourquoi tu nous as entraînés ici, chez son frère ? Et c’est encore pire si tu as vu ce fameux Tobias ! craqué-je, hors de moi.
 
– Je ne l’ai pas encore vu ici, Léonie. Et comment tu as su tout ça toi ? demande-t-il, interrogateur.
 
– Euh… Rodéric… Il m’a parlé, dis-je en me grattant la nuque.
 
– Quoi ? hurle-t-il.
 
Plusieurs regards se posent puis nous lâchent après plusieurs minutes de silence. Je reporte mon attention sur mon meilleur ami qui est maintenant à bout de nerfs, tout comme moi.
 
– Dayan il faut qu’on parte… S’il te plaît, je ne veux pas croiser ce gars.
 
Il me sourit légèrement en posant une main sur mon épaule.
 
– Tu ne le croiseras pas, ne t’en fais pas, chuchote-t-il.
 
J’ai vraiment l’air d’une idiote, j’en suis consciente, mais je ne veux pas avoir de problèmes. Après tout ce que j’ai entendu, j’avoue être un peu effrayée.
 
– Tu as vraiment envie d’aller voir ce combat de boxe ? demandé-je doucement.
 
Il se redresse momentanément en me dévisageant, la bouche entrouverte.
 
– Il n’est que vingt-deux heures quarante Léo, tu veux vraiment rentrer maintenant ?
 
– Non, bien sûr que non… dis-je, en espérant que mon mensonge est crédible.
 
Je veux partir au plus vite. Je ne veux pas prendre de risques en restant ici plus longtemps.
 
Il m’embrasse le front et je ferme les yeux à son contact.
 
– De toute façon, il faut qu’on parte avant qu’il y ait trop de monde à l’entrepôt, me dit-il en me prenant la main.
 
Je lui souris tandis qu’il s’empare de son verre d’alcool et le bois cul sec avant de le reposer bruyamment sur le bar. Il se tourne vers moi, serre un peu plus fort ma main et m’entraîne vers la sortie.
 
– Au fait, il y avait quoi dans ce verre ? demandé-je.
 
– C’est un mélange de plusieurs alcools forts.
 
– Alors pourquoi on ne sent rien quand on le boit ?
 
– C’est un secret de la maison ça ! sourit-il.
 
Je ne réponds pas, je me contente de plisser les paupières, ce qui fait rire Dayan. Je l’observe un instant, détaillant son sourire s’élargir lorsqu’il rit de bon cœur et je me demande sincèrement ce que je ferais sans lui. Si j’arriverais à avancer sans ses conseils, sans sa bonne humeur, sans l’amour presque fraternel qu’il me porte…
 
Mon sourire se transforme en grimace lorsque j’aperçois, au loin, Rodéric posté devant la porte en train de balayer la pièce du regard, comme s’il cherchait quelqu’un.
 
Je tire brusquement le bras de Dayan, le faisant pivoter de façon à ce qu’il soit placé devant moi.
 
– Il y a Rodéric là-bas !
 
– Et alors ? répond-il en souriant.
 
Je le dévisage, surprise. Mon ami s’avance vers le frère de Tobias en ne me lâchant pas la main une seule seconde. Lorsque le grand blond remarque Dayan, il se met à sourire de toutes ses dents avant de le prendre dans ses bras.
 
– Ça va, Yan ? demande ce dernier en souriant de plus belle.
 
– Oui et toi ?
 
– Comme toujours ! En pleine forme !
 
Son regard se pose sur moi un instant et dès qu’il distingue nos mains se tenant fermement, il ajoute en riant :
 
– Qu’est-ce que tu fais avec elle, Yan ?
 
– Arrête-toi tout de suite, Rodd, répond Dayan avec une pointe de menace dans sa voix.
 
Rodéric rit ainsi que les deux hommes à ses côtés. Je leur lance un regard noir, la seule chose que je puisse faire à ce moment.
 
Idiote ! Se moque ma conscience.
 
– Tu boxes toujours ? dit le grand blond, tentant de changer rapidement de sujet.
 
– Ça m’arrive, répond simplement mon meilleur ami.
 
– Si tu as besoin, tu sais où me trouver !
 
Dayan lui adresse un sourire, un sourire franc et chaleureux. Malgré la tension qui règne, on peut facilement voir à quel point ces deux hommes s’apprécient.
 
– Je suis heureux de t’avoir vu Dayan, ça faisait longtemps, ajoute tristement Rodéric.
 
Dayan lui presse légèrement l’épaule en le fixant quelques secondes, le regard grave.
 
– Moi aussi, Rodd.
 
Rodéric esquisse un léger sourire et Dayan tire légèrement sur ma main, me faisant comprendre qu’il est temps de sortir d’ici.
 
Arrivés dehors, on marche pour regagner la voiture. Il y a un monde hallucinant autour de nous. Les gens boivent et dansent sur des voitures, ils sont déchaînés. Mon regard se pose instinctivement sur un homme qui marche rapidement dans ma direction, mais le sweat noir à capuche recouvrant sa tête ne me permet pas d’apercevoir son visage. Il passe à côté de moi d’un pas assuré. Il est grand, extrêmement grand. Ses épaules et ses triceps ressortent parfaitement avec ce gilet moulant, sa prestance est si naturelle que beaucoup de regards se posent sur lui.
 
Soudain, il se tourne vers moi et me dévisage. Je remarque instantanément ses yeux. Son regard est si noir, un des plus noirs que j’ai pu voir jusqu’à présent. Je vois de la colère, de la rage dans ce regard. Il ne sourit pas. Il me fait presque peur. Il renvoie une émotion si négative que ça me fait froid dans le dos. Mais malgré tout, je reste envoutée par ce regard si mélancolique et si furieux.
 
Je reviens à la réalité quand plusieurs personnes me bousculent. Dayan me tient toujours par la main. Ce moment n’a duré que quelques secondes, mais j’en ai eu des frissons. Je n’ai jamais ressenti ça auparavant. Je pense que c’est à cause de cette histoire de prison. Mes idées sont embrouillées. Dayan, quant à lui, n’a rien remarqué, il veut juste rejoindre la voiture.
 
***
 
Alors que nous roulons, je suis toujours énervée contre lui. Je n’arrive toujours pas à comprendre pourquoi il nous a emmenés dans cet endroit…
 
– Ne me fais pas la tête, Léo, souffle-t-il.
 
– Pourquoi tu nous as emmenés dans la maison de Rodéric ? demandé-je, irritée.
 
– Parce que je sais que ses soirées sont géniales ! Je voulais que tu t’amuses, Léonie.
 
– Oui, bah géniale la soirée ! m’exclamé-je en regardant par la fenêtre.
 
– C’est toi qui as voulu partir Léo ! ajoute-t-il le plus calmement possible.
 
Je ne lui réponds pas, ne préférant pas débattre sur ce sujet avec lui maintenant.
 
***
 
Nous arrivons près d’un énorme entrepôt devant lequel il y a un monde fou.
 
– Pour pouvoir entrer, il va falloir parier mes agneaux ! crie un homme à l’entrée.
 
– Je ne savais pas qu’on était obligé de parier, dis-je à Dayan.
 
Il rit et s’approche de l’entrée en se frayant un chemin dans cette foule en délire. Je le suis de très près. En arrivant à sa hauteur, je me retrouve face à un homme, brun, aux yeux marron et assez rondouillet. Il sourit de toutes ses dents en voyant Dayan.
 
– Ah, salut mon gars ! dit l’homme en serrant la main de mon meilleur ami.
 
Il me regarde un instant avant de dire en souriant :
 
– Bonsoir.
 
– Bonsoir, réponds-je en souriant à mon tour.
 
– Ça va mon gars ? demande Dayan.
 
– Super ! Tu viens voir le combat ?
 
– Exact !
 
– Ça va être du lourd ce soir, j’espère que ta copine n’aura pas trop peur ! rit l’homme.
 
– Oh ne t’en fais pas pour elle, Luke ! répond Dayan, en me lançant un bref regard.
 
– Allez, bonne soirée mes agneaux, sourit Luke en nous ouvrant les portes.
 
Dayan me prend la main et nous avançons jusqu’au premier rang, au plus près du ring. Je ne sais pas comment Dayan a réussi à avoir d’aussi bonnes places… Mais j’ai remarqué que dès notre entrée, il s’est arrêté toutes les deux secondes pour serrer la main de quelques hommes et faire des accolades a de nombreuses filles déchaînées.
 
Je me fais bousculer par plusieurs personnes qui essaient coûte que coûte de se frayer un chemin jusqu’au ring. Je me fais même attraper par le poignet par des hommes pas très nets. Je tiens fermement le bras de Dayan pour éviter de me faire emporter.
 
– Ne t’inquiète pas, je suis là, me rassure-t-il à l’oreille.
 
Je lui souris en resserrant mon étreinte autour de son bras.
 
– Comment ça se fait que tu n’aies pas été obligé de parier ? demandé-je en hurlant presque à cause du bruit de la foule.
 
– Parce que je suis un habitué ! répond-il en souriant.
 
– Ah, je vois.
 
Tout à coup, j’entends une voix d’homme résonner dans les haut-parleurs et le silence se fait instantanément dans l’énorme entrepôt.
 
– Bonsoir Chicago ! Ce soir nous accueillons deux boxeurs connaissant très bien ces locaux. J’espère que vous avez misé gros ce soir, c’est tout ce que je peux vous dire, déclare-t-il en riant grassement.
 
Sa voix me donnerait presque froid dans le dos.
 
– Pour ce premier combat, nous accueillons, sous des tonnerres d’applaudissements, Mattheeeeew Holleeeeen !
 
Des spectateurs se lèvent et se mettent à crier. Beaucoup encouragent le premier boxeur, mais certains l’insultent. Des applaudissements en masse se font entendre à l’arrivée sur le ring, d’un homme extrêmement grand, dont la carrure est très imposante :il paraît plus gros que musclé. Ses longs cheveux blonds tombent sur ses épaules. Il est tatoué sur tout le torse, partout sauf sur les bras ce qui est plutôt étrange. Il marche rapidement un peu partout sur le ring, les deux poings en l’air en criant pour se motiver, ainsi que le public.
 
– Notre deuxième boxeur est une légende ici. Il fait son grand retour parmi nous, voici notre grand champion Tobias Reed, « The Deviiil » !
 
Mon cœur rate un battement quand j’entends ce nom. Je regarde Dayan qui est aussi enthousiaste que la foule en délire. Les filles comme les garçons sont debout et hurlent, en secouant leur maillot. Tout le monde, sans exception, encourage Tobias en criant son nom. J’entends même des filles le supplier de les prendre sur place.
 
Mais qu’est-ce que je fais ici ?
 
Dayan savait-il qu’il allait combattre ?
 
Je n’ai pas le temps de dire quoi que ce soit, le fameux Tobias entre sur le ring. Je reste figée. Il est vraiment impressionnant, ça ne m’étonne pas que personne ne veuille s’approcher de lui. Il est beaucoup plus grand que l’homme en face de lui, il doit faire un mètre quatre-vingt-dix – au moins. Mais, oh mon Dieu ce qu’il est beau ! Je comprends mieux la réaction d’Isabelle à son égard.
 
J’ai déjà croisé beaucoup d’hommes beaux, vraiment beaux, mais Tobias les éclipse tous. Tous mes fantasmes sont regroupés dans le corps si spectaculaire de cet individu. Il porte un large débardeur noir laissant apparaître ses tatouages merveilleusement dessinés et un short de sport de la même couleur. Ses muscles saillants ressortent à travers le tissu léger de son tee-shirt, ses trapèzes sont parfaitement mis en valeur ainsi que ses triceps et ses quadriceps.
 
Je vais m’évanouir !
 
Sa carrure me dit vaguement quelque chose, j’ai l’impression de l’avoir déjà croisé quelque part.
 
Je ne comprends pas. Cet homme si méchant et si redoutable m’intrigue - et m’attire ? - alors que ça ne devrait pas être le cas, loin de là. J’en reste figée. Son visage est froid, sans émotion. Il regarde son adversaire avec rage et fait un tour de ring pour saluer le public qui hurle en sa présence.
 
En reprenant mes esprits, je regarde Dayan.
 
– Tu savais qu’il serait là hein ! articulé-je avec un rire nerveux.
 
– Non, je te jure que non, me répond-il doucement.
 
Je ne dis rien, je ne le crois pas.
 
Les deux adversaires ne s’adressent pas un mot et se préparent quelques secondes de leur côté avant de se placer au milieu du ring. Leurs visages sont glacials. Ils se regardent avec tellement de colère et de haine… J’aperçois Rodéric qui descend du ring pour venir s’asseoir sur une chaise, il a l’air vraiment stressé. Comment a-t-il fait pour arriver aussi vite ? Je n’ai pas le temps de me poser d’autres questions, la cloche sonne et la foule cesse instantanément de hurler : le combat commence.
 
Le premier coup est donné par l’homme appelé Matthew. Il lance un coup de poing dans le ventre de Tobias, mais ce dernier ne bouge pas d’un pouce. Il sourit, même, comme si ce coup ne lui avait rien fait. Pourtant le choc m’a paru violent. Le beau brun riposte en frappant son adversaire au visage pour le déséquilibrer, et poursuit en lui envoyant un coup de poing des plus violents en dessous de la mâchoire. Le grand blond tombe instantanément au sol. Le combat n’a même pas duré cinq minutes que l’adversaire de Tobias est à terre. Ce dernier se jette immédiatement sur son concurrent et le roue de coups. Il les enchaîne, l’un après l’autre. Du sang gicle du nez, de la bouche, de l’arcade du grand blond. C’est atroce. Tobias me paraît incontrôlable. Les veines de son cou et de ses bras sont apparentes, ses muscles sont contractés, son corps tout entier est contracté. Il ne s’arrête pas. L’adversaire est K-O. Il ne bouge plus, ne se débat plus. La cloche devrait sonner ! Je ne peux pas voir ça. Je me cache derrière le bras le Dayan en fermant les yeux.
 
– Il va l’achever ! articulé-je paniquée.
 
Dayan ne me répond pas. Je ne sais vraiment pas ce que je fais ici. Il n’aurait jamais dû m’emmener voir ça. Le public a les yeux rivés sur Tobias en train de se défouler sur cet homme. Je n’en reviens pas que tous ces gens aient payé pour voir ça.
 
La cloche retentit enfin. Je regarde de nouveau vers le ring et je croise le regard du monstre, toujours accroupi près de son adversaire. Le même regard que celui de tout à l’heure à la soirée. Ce regard froid et dangereux. Alors c’était lui ! Une seule question me vient en tête : comment un homme peut-il être aussi cruel et aussi sexy à la fois ?
 
Il ne me quitte pas des yeux. Je fais de même ne sachant quoi faire d’autre. Je ne sais pas comment réagir, je suis complètement captivée par cet homme. Je ne saurais l’expliquer, c’est un sentiment vraiment étrange. J’ai l’impression d’être éprise de lui, de ne plus savoir où donner de la tête.
 
Oh merde ! Ce combat m’a vraiment retourné l’esprit !
 
En l’espace d’une seconde, il me décroche un petit sourire accompagné d’un signe de la main, comme le font les militaires.
 
Quoi ? Un signe de la main ? Et un sourire ? Je croyais qu’il ne souriait jamais  ! Je me tourne pour voir si c’est vraiment à moi qu’il est destiné et j’ai bien l’impression que c’est le cas. Je me retourne pour le regarder à nouveau, mais il s’est relevé sous un tonnerre d’applaudissements. L’homme au sol semble presque sans vie, et plusieurs personnes accourent pour le soigner.
 
***
 
Les combats continuent. Tobias les enchaîne en un rien de temps et met tous ses adversaires KO. Pas une seule fois il n’a été à terre, pas une seule fois ! Je n’ai jamais vu ça.
 
Une fois le dernier combat fini, il descend du ring et salue le public. Il me lance, encore une fois, un bref regard accompagné d’un sourire fier.
 
Je secoue la tête afin de me ressaisir et me tourne vers Dayan. Une fille arrivée de nulle part se colle contre lui en le dévorant des yeux. Il ne manquait plus que ça ! Je crois qu’il n’a pas remarqué l’attitude de Tobias envers moi… Si ça se trouve, j’ai rêvé ; j’ai tout inventé. Mais non ! J’ai bien vu pourtant !
 
J’observe la fille embrasser Dayan à pleine bouche, et je reste figée sur place. Oh non, pas devant moi s’il vous plaît ! Tenir la chandelle, très peu pour moi !
 
– Moi, je m’en vais ! dis-je à Dayan, dégoûtée.
 
Il me sourit en prenant la fille par la main et passe devant moi tandis que je soupire en le suivant pour regagner la sortie. Mais soudain, une main s’abat sur mon bras, me faisant sursauter.
 

 
Léonie.
 
Je suis surprise de me retrouver face à June, une amie de longue date. Je ne perds pas une seconde et lui saute dans les bras en la serrant de toutes mes forces.
 
– Oh, je suis tellement contente de te voir, June !
 
– Moi aussi, ma Léo.
 
– Qu’est-ce que tu viens faire ici ? l’interrogé-je en souriant.
 
– Je suis venue assister au combat, mais c’est plutôt à moi de te demander ça ! rit-elle.
 
– C’est Dayan qui m’a emmenée.
 
– Ah ! Ça ne m’étonne pas !
 
Je l’observe sourire tandis qu’on discute plusieurs minutes. Lorsque je l’ai rencontrée, j’ai tout de suite su qu’elle était une fille vraiment gentille avec le cœur sur la main. Elle est mon opposé, c’est vrai, mais on s’est toujours bien entendues. Elle fait partie des filles très populaires, elle est très mince, grande, blonde aux yeux bleus, et a un style vestimentaire très féminin.
 
Je sursaute légèrement quand Dayan tapote mon épaule.
 
– Tu pars déjà ? demande June tristement.
 
Mon meilleur ami se rapproche un peu plus de moi, sa conquête toujours à ses côtés.
 
– Tu peux rester un peu Léo’ si tu veux, je reviens vite ! me dit -il avec un sourire complice.
 
Je lève les yeux au ciel, me doutant de ce qu’il va bien pouvoir faire avec cette fille.
 
– Ne prends pas trop de temps, hein ? le préviens-je en riant doucement.
 
Il s’éloigne en s’esclaffant et June me propose de sortir de cet endroit bondé, loin des gens plus déchaînés les uns que les autres.
 
– Alors comme ça tu aimes la boxe maintenant ? déclare June en s’arrêtant près d’un mur.
 
– Oh non pas du tout, c’est Dayan qui voulait absolument que je l’accompagne.
 
– Ah, je vois, sourit-elle.
 
– Bon, sinon, prête pour la rentrée ?
 
– Oh, m’en parle pas !
 
– Tu veux toujours faire journaliste ? demandé-je en souriant.
 
– Oui toujours, ça ne change pas.
 
Lorsque son regard se porte derrière moi, elle se décompose.
 
– Ça ne te dérange pas si je te laisse deux petites minutes ? dit-elle, perplexe.
 
– Non bien sûr, réponds-je en esquissant une petite moue.
 
Elle tente de sourire et passe à côté de moi rapidement en posant sa main sur mon épaule.
 
Je souffle en fermant les yeux quelques secondes avant de me décaler pour ne pas être à côté de l’entrée, où d’innombrables personnes font des allées et venues, et je reste là, attendant patiemment que Dayan ait fini ses affaires. Je suis vraiment trop gentille, car je pense que peu de gens resteraient seuls dans un endroit aussi mal fréquenté juste pour attendre leur meilleur ami qui est en train de s’envoyer en l’air avec une pauvre dévergondée. La colère qui monte soudainement en moi me donne envie d’appeler un taxi afin de rentrer à l’appartement, mais une voix masculine me coupe dans ma réflexion.
 
– Tu es seule ?
 
Je tourne la tête en apercevant un jeune homme de mon âge, blond aux yeux marron, avec de jolies lunettes. Il est plutôt grand et très fin ; à première vue, il a l’air sympathique, mais je me méfie tout de même des personnes qui viennent m’accoster ; des gens en général je devrais dire…
 
Il me regarde en souriant, attendant patiemment ma réponse.
 
– Oui, pour l’instant, réponds-je froidement.
 
– Je ne viens pas pour te draguer, ne t’en fais pas, rit-il.
 
Je l’observe quelques secondes tandis qu’il sort de sa poche un paquet de cigarettes et un briquet. Je n’aurais jamais pensé qu’il était fumeur.
 
Il me tend une cigarette.
 
– Non merci.
 
Il la range dans son paquet avant d’allumer celle qu’il a dans la bouche. Il inspire la fumée lentement avant de lever la tête pour la recracher petit à petit.
 
– Alors d’où viens-tu ? demande-t-il sans me regarder.
 
– D’une ville à côté de Chicago.
 
– Pourquoi tu es venue ici ? continue-t-il.
 
Ça te regarde ? s’exclame ma conscience.
 
– Parce que j’aime bien ce coin de Chicago, je mens.
 
Il me regarde en continuant de sourire avant de me tendre la main :
 
– Je m’appelle Elyo.
 
Elyo ? Étrange comme prénom.
 
– Léonie, dis-je en lui serrant légèrement la main.
 
– Ce n’est pas souvent qu’on croise des filles comme toi ici, m’avoue-t-il.
 
Est-ce que je fais tache à ce point dans le paysage ? Je suis pourtant bien habillée. Je ne suis pas vulgaire c’est tout.
 
– Ne me regarde pas comme ça, je ne voulais pas t’énerver, déclare-t-il, perplexe.
 
Je lâche un léger sourire pour simple réponse, car je n’ai vraiment pas envie d’entamer une discussion avec lui. Je ne suis pas d’humeur après ce que Dayan vient de me faire. D’ailleurs, je ne sais pas pourquoi il prend autant de temps, mais je commence à m’impatienter. J’ai vraiment envie de partir d’ici et de me réfugier dans mon lit.
 
Je sursaute pour la énième fois de la soirée lorsqu’une voix rauque se fait entendre dans l’obscurité :
 
– Je pourrais savoir qui tu es ?
 
Je plisse les yeux en essayant d’apercevoir l’homme qui a dit ça, mais je n’y parviens pas. Je distingue simplement des vêtements sombres et une silhouette excessivement grande. Mais plus il s’approche, plus je le reconnais. Mon corps se raidit lorsque je me rends compte que l’homme se tenant à seulement quelques mètres de moi n’est d’autre que Tobias Reed.
 
L’homme dont tout le monde parle. L’homme que tout le monde redoute. L’homme le plus puissant et le plus dangereux de Chicago.
 
Mon Dieu…
 
Pourquoi vient-il vers moi ? Pourquoi vient-il me parler ? Au regard qu’il me lance, c’est à moi qu’il s’adresse, et rien qu’à moi…
 
Malheureusement, aucun mot ne parvient à sortir de ma bouche tant la surprise et la peur soudaine que j’éprouve ont pris le dessus. Il me reluque, m’observe et me dévisage intensément. Sa corpulence est si impressionnante que j’en perds mes mots. Je me sens honteuse de le trouver aussi beau, mais c’est pourtant la vérité ; cet homme est doté d’une beauté froide, une beauté dont très peu d’hommes ont la chance de bénéficier.
 
Il me fait peur, très peur même. Avec tout ce que j’ai entendu dire à son sujet, c’est tout à fait normal. Je ne suis pas du genre à écouter les « on-dit », mais là, c’est plus fort que moi. Je n’ai jamais été effrayée. D’habitude, malgré ma timidité apparente, je ne me laisse pas marcher dessus. Jamais. Mais avec lui, ce n’est pas du tout la même chose ; je ne saurais expliquer cette sensation d’impuissance qui m’envahit, plus forte à chaque seconde.
 
Il se rapproche de moi tandis que je recule à chaque pas qu’il fait en ma direction. Ses yeux vert émeraude me fixent d’un regard empli de rage et de noirceur. Je les observe attentivement et j’avoue n’en avoir jamais vu de la sorte. Magnifiques. Il est magnifique. Mon regard est ancré au sien, ne parvenant plus à s’en détacher. C’est une sensation déstabilisante et déroutante.
 
Je me sens assez ridicule face à lui. Il est si grand, si imposant, si colossal. Aux muscles contractés et bombés sous son léger tee-shirt, je peux deviner une musculature digne d’un dieu grec ; une musculature qui en ferait rêver plus d’une. Sa mâchoire est carrée avec un début de barbe ; ses traits sont si durs, si conquérants, si masculins. Ses cheveux sont noir corbeau, légèrement décoiffés, me donnant envie de passer la main dedans.
 
– Tu comptes me répondre ? gronde-t-il hargneusement.
 
Je le dévisage, choquée. Jamais personne ne m’a parlé sur ce ton.
 
– Pourquoi je te répondrais ? parviens-je à articuler.
 
Un jour, ton assurance te tuera Léonie !
 
Il s’avance de plus belle et pose sa main sur mon épaule, me faisant reculer. Mon dos cogne violemment contre le mur, ce qui m’arrache un couinement de douleur et de frayeur. Il me dévisage à la fois si intensément et agressivement que je ne sais plus où donner de la tête. C’est comme s’il me dévorait des yeux, mais avec une pointe d’amertume.
 
Une main vient se placer à côté de ma tête, contre le mur, et sa bouche s’approche de mon oreille avant de chuchoter :
 
– Tu devrais faire attention à qui tu t’adresses, ma jolie.
 
Il souffle le plus lentement possible contre la fine peau de mon cou, provoquant d’innombrables frissons incontrôlables, et se recule en continuant de me reluquer, un sourire narquois au coin des lèvres :
 
– Ma pauvre petite, regarde-toi, c’est à peine si je te touche que ton cœur s’emballe ! Pathétique, ricane-t-il.
 
Une colère insurmontable s’empare de moi et à cet instant, j’aimerais le frapper, l’étrangler et tout ce qui va avec ! Je ne réfléchis pas et m’approche de lui rapidement en levant la tête pour planter mes yeux emplis de haine dans les siens :
 
– Non, mais pour qui tu te prends ? lui lancé-je avec une agressivité dont je ne connaissais pas l’existence.
 
Mon Dieu… Pourquoi tu as dit ça, Léonie… ? s’exaspère ma conscience.
 
Je ne sais pas ce qui m’a pris et je vais le regretter, je le sens. C’est évident. Jamais je n’aurais réagi comme ça auparavant, je ne suis pas le genre de personne qui s’énerve facilement ; mais ça a été plus fort que moi.

  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents