On the run
179 pages
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Description

Ils n’auraient jamais dû se rencontrer, et encore moins être obligés de partager leur quotidien.


Jackson, orphelin livré à lui même depuis sa plus tendre enfance, taciturne et solitaire, rêve d’une vie meilleure, quitte à passer au dessus des lois et devenir le braqueur le plus recherché du moment.


Lana, journaliste maladroite et insouciante, a flairé le scoop de l’année et ne compte rien lâcher.


Quand deux mondes doivent cohabiter en pleine cavale avec la police aux trousses, la tempête n’est jamais loin.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 7
EAN13 9782493219190
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

On the
RUN
 
 
D é dicace
 
 

 
EVY BARNES
 
 
 
 
On the
RUN

 
«Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. L’auteur ou l’éditeur est seul propriétaire des droits et responsable du contenu de ce livre. Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon, aux termes des articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.»
 
 
©2021, Evy Barnes
Édition : Plumes de Mimi éditions, 122 rue de l’Argonne, 62117 Brebières.
Siret : 84469800100014
Dépôt légal : 11/2021
ISBN numérique : 978-2-493219-17-6
ISBN papier : 978-2-493219-18-3
EVY BARNES
 
 
Résidant en Belgique avec son mari et son fils, Evy travaille dans le domaine administratif depuis de nombreuses années.
L’écriture et la lecture ont toujours fait partie de son univers. Ses parents étant libraires, elle a grandi entourée de livres.
Elle aime particulièrement la romance contemporaine, la romance fantastique ainsi que la dark romance. Néanmoins très éclectique, ses lectures peuvent très bien passer d’un thriller à une romance psychologique.
Déjà auteure de Lust for revenge et 30 days to bewitch you, qui ont séduit de nombreux lecteurs, elle ne compte pas s’arrêter en si bon chemin.
 

 
 
 
 
 
"Au-delà des ténèbres, il existe toujours une lueur de clarté. Ne vous arrêtez pas avant de l'avoir trouvée"
Evy Barnes
Table des matières
Préface
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 19
Chapitre 20
Chapitre 21
Chapitre 22
Chapitre 23
Chapitre 24
Chapitre 25
Chapitre 26
Chapitre 27
Chapitre 28
Chapitre 29
Chapitre 30
Chapitre 31
Chapitre 32
Chapitre 33
Chapitre 34
Chapitre 35
Chapitre 36
Chapitre 37
Chapitre 38
Chapitre 39
Épilogue
Remerciements

 
Préface
 
 
JAX
 
Voilà trois heures que je tourne en rond dans le trou à rats qui me sert de squat. Trois heures que j’essaie de la joindre et qu’elle ne répond pas à son putain de téléphone. L’encastrer dès qu’elle va passer la porte est la seule chose qui me vienne à l’esprit en ce moment. Mes dents grincent les unes contre les autres alors que je suis à deux doigts d’exploser. 
Candy n’a que dix-sept ans, mon rôle est de la protéger. Elle est l’unique personne qui compte en ce bas monde. Il m’est inconcevable qu’il lui arrive quoi que ce soit. 
Elle devait juste aller chercher du pain. Bon sang.  
Qu’est-ce qu’elle a foutu ?  
Ne me dites pas qu’elle s’est fait coffrer pour avoir volé un peu de baguettes ?  
Je continue d’arpenter cet appartement de misère en balançant des coups de pied dans tout ce qui jonche le sol. Les canettes de bière vides, les sachets suintants de graisse de fast food, les paquets de cigarettes, tout y passe. Mes mains se glissent dans ma tignasse emmêlée et je tire sur les pointes en laissant échapper des cris de fureur.  
Et si les services sociaux l’avaient renvoyée dans cet horrible foyer ?  
Je ne le supporterais pas. J’irais la rechercher, encore et encore. Candice, c’est ma seule famille. Il n’y a qu’elle et moi, depuis toujours. On s’est rencontrés dans cet orphelinat alors que nous n’étions que des enfants. La petite blondinette au visage d’ange s’est collée à mes basques dès le premier jour de son arrivée. 
Les années ont passé, nos liens se sont renforcés. Elle est tout ce que j’ai. Et je suis tout ce qu’elle a. Néanmoins, je suis incapable d’éprouver le moindre amour pour qui que ce soit. Depuis l'instant où ce bâtard a étranglé ma mère devant moi jusqu’à lui ôter la vie. Je devais avoir environ six ans. La police m’a retrouvé trois jours plus tard, endormi contre le corps sans âme de ma génitrice. Mon cœur ne bat plus que pour m’empêcher de crever depuis ce moment-là. 
Candice et moi, on se soutient, on est soudés. Nous avons ce lien étrange que personne ne peut comprendre. On couche ensemble sans s’aimer. On se protège comme des frères et sœurs. Nous ne sommes rien l’un pour l’autre, mais nous ne sommes rien l’un sans l’autre. 
Alors que je coince une clope entre mes lèvres et sors le briquet de ma poche, la sonnerie de mon cellulaire résonne enfin dans cet espace vide et froid. Je le porte à mon oreille, prêt à dégommer mon interlocutrice. 
 
— Putain, Candy ! vociféré-je sans lui laisser la possibilité de s’exprimer. 
— Viens me chercher, Sweety, s’il te plaît. 
 
Sa petite voix tremblante arrive à dompter mon anxiété en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Je tente de calmer ma respiration, pourtant mon cerveau tourne à plein régime.  
Bordel, dans quel pétrin s’est-elle fourrée ?  
Si quelqu’un lui a fait du mal, je ne donne pas cher de la peau du responsable. 
 
— T’es où ? soufflé-je tout en faisant rouler la pierre de mon briquet pour en échapper une flamme. 
 
Ma cigarette glissée entre mes lèvres, le bout rougeoyant, je tire une longue taffe et laisse la fumée envahir mes poumons.  
 
— Dans les toilettes de la station-service, à Crossroads. 
— Mais qu’est-ce que tu fous là-bas ? grondé-je, espérant qu’elle ne soit pas allée se faire sauter par une bande de sales types. 
 
C’est tout à fait le genre de la blonde. Autant, moi, des nanas pour me vider les couilles, ça ne m’intéresse pas, autant Candice a cette tendance à ouvrir les cuisses pour un rien. 
 
— Je... je t’expliquerai, balbutie-t-elle, le timbre de sa voix n’étant plus qu’un fin murmure dans le combiné. 
 
Je souffle avec exagération, jette ma clope au sol et l’écrase négligemment du bout de ma Doc Martens. 
 
— J’arrive, grogné-je avant de raccrocher sans plus de cérémonie.  
 
Le portable glissé dans la poche kangourou de mon sweat, je sors de l’appart. Je descends en vitesse la volée d’escaliers et retrouve la bagnole garée sur le trottoir. Une voiture qu’on a chourée il y a quelques jours sur un parking. Vu l’endroit où on crèche en ce moment, j’ai déjà de la chance que personne ne nous l’ait empruntée. 
Frottant les fils l’un contre l’autre pour démarrer l’engin, le moteur de la vieille Cadillac se met en branle. Direction la pompe à essence.  
Qu’est-ce qu’elle a fait comme connerie cette fois ? 
Alors que j’entre sur le parking, trois voitures de flics attirent mon attention. Je continue ma course comme si de rien n’était et fais le tour du bâtiment pour rejoindre l’arrière. À l’instant où j’arrête la caisse devant la porte des WC, Candy sort en galopant et s’engouffre dans l’habitacle une hilarité sans précédent émanant de sa petite personne. 
Pour une gonzesse paniquée, elle semble aller très bien. Je pivote vers la blonde, le regard brûlant de rage. Elle m’aura tout fait, celle-là. 
 
— Tu m’expliques ? 
 
Pour toute réponse, elle ouvre un sac en plastique et me colle sous le nez une collection de billets de banque. Un sourire satisfait scotché sur ses lèvres, elle me fixe de son air de diablesse.  
Elle est fière d’elle, la cocotte. 
Je soupire, contrarié, et promène une main nerveuse sur mon visage.  
 
— Candice, qu’est-ce que je vais faire de toi ? 
— Mais on avait plus un rond ! Il faut bien qu’on mange, non ? se défend-elle. 
 
La rage me submerge d’un seul coup. J’attrape son cou et le serre de mes doigts, la collant au siège passager. Alors qu’elle devrait paniquer, un air sexy envahit ses traits de poupée tandis qu’elle relève son sourcil, provocatrice. 
 
— Tu sais bien que ta sauvagerie m’excite, Sweety, me souffle-t-elle. 
 
Malgré la situation plus que scabreuse, ma queue se met au garde à vous. Je soupire, vaincu, puis approche mes lèvres de sa bouche pulpeuse. Elle attrape mon piercing entre ses dents et tire légèrement dessus. Juste assez pour me faire basculer. Ma poigne se resserre autour de son cou et ma langue s’enfourne au fond de sa gorge.  
C’est alors que la portière s’ouvre à la volée et que je suis entraîné vers l’arrière par une paire de mains puissantes. Avant que je n’aie le temps de réagir, me voilà plaqué sur le capot de la voiture. Mon érection est vite redescendue, croyez-moi.  
Le flic me tord les poignets dans le dos pour me passer les menottes tout en m’énonçant mes droits, que je connais de toute façon par cœur. Le visage anxieux de Candice face au mien, nous sommes tous les deux à moitié couchés sur la bagnole dont le moteur vrombit toujours. 
 
— Surtout, tu ne dis rien ! lui soufflé-je avant d’être embarqué de force par le policier. 
 
Et c’est reparti pour un tour.
 
 
 
Chapitre 1
 
Lana
 
 
 
Trois ans plus tard 
Cette première journée commence vraiment mal. Après avoir fait demi-tour quatre fois dans les escaliers pour récupérer des affaires oubliées, je dévale les marches sur les fesses. Dans la précipitation, mon pied gauche n’a pas voulu suivre son acolyte et me voici donc affalée sur le sol en pierre bleue du rez-de-chaussée, le coccyx en morceaux et mon café renversé sur mon nouveau tailleur. 
Mais quelle matinée pourrie !  
Pourquoi rien ne se passe jamais dans le calme et la joie avec moi ? Pourquoi je ne ressemble pas à ces working girls aux talons vertigineux et aux sourires de requin ?  
Non, moi j’ai plutôt une fâcheuse tendance à me rapprocher d’Anne Hathaway dans “Le diable s’habille en Prada”, mais uniquement au début du film. L’odeur d’oignons frits de la veille, la tâche sur le cardigan. Oui, ça, c’est moi ! Lana Lombardo. La plus grande poisseuse que le monde ait porté. 
En râlant, je me retourne et file à quatre pattes vers le cinquième étage, faisant fi des protestations de mon arrière-train qui n’attend que de se poser sur le canapé. 
À hauteur du niveau où se situe mon appartement, je fouille partout à la recherche de mes clés. Mon sac en entier finit étalé sur le carrelage alors que l’inspection des poches de ma veste commence. Pas moyen de mettre la main dessus. Une seule option me vient à l’esprit : elles ont dû glisser par terre lorsque mon corps s’est retrouvé écrasé comme une crêpe sur le sol. Un œil à ma montre me confirme l’urgence de la situation. 8 h 47. Il me reste donc treize minutes pour aller récupérer mon sésame, remonter ouvrir cette satanée porte, me changer et parvenir dans les temps sur les lieux de mon premier emploi. JE N’Y ARRIVERAI JAMAIS ! La panique me gagne au moment où cette vérité me saute au visage.  
Sans lever le regard des aiguilles qui défilent, je me précipite vers la volée de marches pour les prendre à nouveau d’assaut tandis que mon élan est stoppé net par un mur en béton armé.  
Qui a construit une cloison dans le couloir ?  
Relevant la tête, je me rends compte que les blocs de ciment ne sont en fait que le torse ferme et musclé d’un étranger.  
Je recule, repousse mes lunettes sur mon nez et essaie d'afficher une certaine contenance face à l’inconnu. Ses yeux aussi sombres que du charbon me happent tout entière alors qu’il me fixe sans bouger. Aucune expression ne vient modifier son visage aux nombreux piercings. Il a un anneau à la lèvre inférieure, un autre à l’arcade et un dernier dans la narine. Mon regard parcourt avec rapidité le reste de son corps. Son cou est orné de tatouages en tout genre, qui se perdent sous le col d'un tee-shirt noir uni. Ses cheveux tout aussi foncés que son haut sont rasés sur les bords et plus longs sur le dessus, ajoutant encore une touche obscure à son côté bad boy. 
Mon corps se couvre de chair de poule. Ce type est étrange et me fait même un peu peur. Il n’a toujours esquissé aucune mimique alors que je me dandine d’un pied sur l’autre en face de lui. J’ai l’air d’une cruche. 
Vu le look de ma voisine de palier, ça doit certainement être un ami à elle. Enfin, c’est une supposition. Ou alors, il s’agit d’une petite frappe et il va me violer dans un coin avant de m’abandonner pour morte ?  
Tu lis beaucoup trop de faits divers, ma pauvre. 
En même temps, je ne fais pas que les parcourir. C’est mon job d’en écrire. Je suis journaliste pour le magazine “The Boston Globe”. Bon, c’est mon premier jour. Et peut-être le dernier si ma présence n’est pas validée dans les quelques minutes. 
L’homme au regard corbeau lève son bras vers moi et mon instinct m’oblige à reculer d’un pas tandis qu’un vent de panique m’englobe. Il balance mes clés devant mon visage et un éclair de malice coule au fond de ses prunelles.  
Il se fout de ma gueule en plus.  
Je les lui arrache des mains et grogne des remerciements entre mes dents.  
Tout à coup, ses iris glissent le long de mon anatomie pour s’arrêter au niveau de ma poitrine.  
Non, mais quel gros pervers celui-là.  
Je lui décoche une œillade meurtrière puis, troublée, j’observe à mon tour mon buste. Le café renversé a trempé mon haut, qui est dorénavant collé à mon soutien-gorge, dévoilant tous les détails de celui-ci. Il semblerait que la dentelle blanche plaise au ténébreux.  
 
— Vous devriez changer de tenue, raille-t-il d’une voix venue d’outre-tombe. 
 
Il possède ce genre de timbre à la fois effrayant et totalement affolant pour les sens. Mon intimité réagit au quart de tour alors qu’un millier d’étincelles parcourent mon corps.  
Super, il ne manquait plus que ça. 
Il va vraiment falloir que je baise un coup. Mon niveau de frustration est tel que la simple voix d’un pauvre mec m’excite. 
Mes joues virent au cramoisi, je dois agir avant qu’il ne remarque mon trouble. Les paumes plaquées devant ma poitrine rebondie, mes semelles glissent sur le plancher pour m’offrir un demi-tour sur moi-même aussi digne que possible. Je dois m’échapper de ce vestibule de malheur tant qu’il me reste un minimum de fierté. Cet espace réduit où je me trouve avec cet homme aux allures peu orthodoxes m’asphyxie.  
Après plusieurs essais pour insérer ma clé dans la serrure pendant que son regard me brûle les reins, je finis par plonger tête baissée à l’intérieur de mon antre. La porte claque dans mon dos et je m’y appuie en tentant de dompter mon souffle devenu sauvage. Des bruits étouffés me parviennent au travers du panneau de bois. Ma curiosité me pousse à couler un œil par le judas.  
Après tout, étant journaliste, l’intérêt pour les potins fait partie intégrante de ma personnalité. L’homme au physique de gangster est toujours planté au milieu du couloir, les mains dans les poches et le regard dans le vague. Aucune expression sur son faciès effrayant. Ce mec n’est pas net, c’est moi qui vous le dis. Il va falloir que je mène ma petite enquête.  
Ma salope de voisine s’est arrêtée devant lui et lui parle d’une voix tranchante. Impossible de distinguer les mots qu’elle prononce au vu de l’épaisseur qui nous sépare. Les portes anti feu, quelle invention à la con ! L’autre flippant la contemple sans une once d’émotion.  
Je vais le surnommer “Dark boy”, ça va lui plaire, tiens !  
La blondasse ouvre l’entrée de son appartement et y pénètre, suivie de près par son invité.  
C’est donc avec lui qu’elle passe ses nuits à hurler pour tout le quartier ?  
Le mur tremble après qu’ils ont claqué la porte d’à côté, me faisant sursauter au passage.  
Merde, avec tout ça, j’en ai oublié l’heure.  
Un rapide coup d’œil à ma montre me met une pression supplémentaire. 8 h 52. Je ne serai jamais à l’heure. 
Dans une tentative désespérée, je me précipite sur mon dressing, en sors une autre chemise claire et un soutien-gorge à balconnets beaucoup trop sexy pour le boulot, mais c’est le seul qu’il me reste. Il serait temps de penser à passer une soirée à la laverie. Je balance les vêtements sales au sol déjà jonché de nippes et enfile les nouveaux en quatrième vitesse avant de me ruer sur l’extérieur.  
Enfin arrivée sur l’artère principale, je cours à perdre haleine sur mes échasses de cinq centimètres. Je sais ce que vous vous dites. Une hauteur aussi ridicule, on ne peut pas surnommer ça des échasses. Croyez-moi, me casser la cheville avec des baskets est quelque chose qui est courant pour moi. Il ne faudrait pas tenter le diable avec des aiguilles au bout des talons. 
8 h 59. Je passe le tourniquet d’entrée de l’immeuble et me jette littéralement sur la pointeuse.  
Ouf, juste à temps. Oh bon Dieu, faites que tous les matins ne ressemblent pas à ça. Sinon, je ne donne pas cher de ma peau dans un mois. 
Je pénètre dans l’ascenseur et, en me plantant devant le miroir, je tente de remettre ma tenue et mes cheveux dans un ordre plus ou moins correct. Les portes se referment doucement quand une main bloque celle-ci. L’impressionnant Monsieur Miller entre à son tour. Il me toise de son air supérieur. Jerry est le plus important reporter de la boîte. Du haut de ses trente-cinq ans, il n’a plus rien à prouver à personne. Il a couvert les plus grands scoops de la rédaction. J’ai beau l’admirer fortement pour son talent inégalable, ce mec est un connard de première, imbu de sa personne. Si je pouvais trouver le bon filon et le surpasser sur un seul sujet, mon hésitation ne dépasserait pas la seconde. Je le coifferais au pilori et j’atteindrais à mon tour les hautes sphères du journalisme. 
Si seulement, j’avais une occasion. Un plan juteux à flairer. Mais avec ma poisse légendaire, ce n’est pas gagné si vous voulez mon avis. 
Les portes se déverrouillent sur le quatrième étage, je me faufile sur le côté pour sortir de l’appareil. Le grand journaliste ne daigne pas bouger d’un millimètre et prend toute la place devant l’ouverture. Je dois me glisser entre Monsieur Connard plongé dans les tabloïds du jour et la cabine de fer, sans déranger celui-ci. 
 
— Pardon, tenté-je d’une voix où transparaît ma gêne. 
 
Je sais que je ne devrais pas, mais il a l’art de me faire sentir comme une petite fourmi qu’il pourrait écraser d’un seul regard. 
 
— Voilà ce que c’est de pas faire un trente-six, murmure-t-il alors que les portes se referment derrière mon dos. 
 
Ma mâchoire se décroche presque de mon visage lorsque ses mots me percutent. Une intense inspiration m’est nécessaire pour ne pas lui hurler tous les noms d’oiseaux qui me viennent à l’esprit à cet instant. Ce type va être mon plus gros cauchemar dans ce nouveau job. Je le hais déjà du plus profond de mes entrailles alors que ce n’est que mon premier jour.  
Peut-être devrais-je penser à investir dans une poupée vaudou ?  
J’avance d’un pas assuré vers mon bureau en grommelant entre mes dents. On m'avait prévenu que c’était un connard. Mais à ce point-là, sérieux ?  
Je jette mon sac à bandoulière sur la première chaise vide que je trouve et soupire un bon coup. Marina se précipite sur moi, d’un air conspirateur, me lançant son sourire ultra blanc à la figure. 
 
— Oh, mon Dieu, Lana ! T’étais avec Jerry dans l’ascenseur ? Alors, il est sympa ? Et qu’est-ce qu’il est beau, c’est dingue !  
 
Elle parle sans s’arrêter, une vraie pipelette. Marina est ma meilleure amie depuis le lycée. Elle travaille comme secrétaire de direction et c’est grâce à elle que j’ai obtenu ce poste de journaliste. Je la regarde d’un œil torve alors qu’elle continue de s’extasier sur le reporter. Le côté connard arrogant des hommes a souvent attiré ma copine. Elle devrait arrêter de lire des romances. Je lui ai déjà expliqué des milliers de fois que la vie réelle n’a rien à voir avec ses bouquins. Les sales types restent des sales types et les chaudasses gagnent toujours. 
 
— Si t’as fini de te pâmer devant ce bellâtre, je peux peut-être aller en salle de rédaction ? proposé-je en me retenant de sourire. 
— Ah oui, pardon ! Le boss t’a convoquée dans son bureau avant la réunion journalière, me lâche-t-elle en reprenant son air professionnel. 
 
Ma meilleure amie me tire par le bras et m’entraîne à sa suite vers l’office du patron.  
Le premier café comme tentative de réanimation, ce ne sera pas encore pour tout de suite.  
Enfin, vous allez dire que je n’avais qu’à arriver à l’avance de la même manière que tout le monde ici présent. Pas faux. Elle frappe sur le chambranle de sa main aux ongles vernis de rouge et nous attendons quelques instants avant qu’une voix tonitruante nous intime d’entrer. 
 
— Allez, vas-y, il ne va pas te manger, m’affirme-t-elle avant de me pousser dans la fosse aux lions. 
 
Elle referme la porte derrière moi, me laissant seule face à cet homme imposant. Monsieur Bradford est un quinquagénaire à moitié chauve, un brin grassouillet et pourtant élégant. On peut aisément imaginer qu’il a dû avoir son succès étant jeune. Ses iris bleus azurés lui donnent un petit côté jovial qui effacent un peu son aura écrasante. Il n’est pas n’importe qui. C’est LE dénicheur de talents par excellence. Tous les meilleurs journalistes ont commencé avec lui. C’est une occasion incroyable qu’il m’accorde ma chance. Il me fait signe de la main de m’asseoir. Je me positionne sur le premier quart de la chaise et croise les jambes, espérant me conférer plus d’assurance. 
 
— Comment allez-vous, Lana ? me questionne-t-il d’une voix grave et paternaliste à la fois. 
 
— B… bien, monsieur ! balbutié-je, légèrement mal à l’aise face à un homme de son envergure. 
— Vous pouvez m’appeler James. Je suis très proche de mes collaborateurs. Je voulais simplement vous souhaiter la bienvenue parmi nous. Vous êtes engagée pour la rubrique faits divers. C’est un peu la page des “chiens écrasés” comme on la surnomme dans le milieu journalistique. Vous allez voir, ça va bien se passer. Marty, de l’édito, vous fournira chaque matin les différents sujets à couvrir pour le lendemain et vous choisirez avec lui ce que vous prenez en charge. J’attends votre rapport tous les jours pour dix-sept heures au plus tard sur le bureau de ma secrétaire. Marina me les transmettra. Si vous avez la moindre interrogation, ma porte est toujours ouverte à mes employés. 
 
Je hoche la tête d’un air sérieux, la bouche serrée pour retenir le sourire qui menace d’étirer le coin de mes lèvres.  
Me voici enfin journaliste pour de vrai !  
L'envie de hurler et de sauter au cou de mon bienfaiteur me démange, mais je me relève, le remercie et m’en vais d’un pas rapide et léger à la fois. 

 
Chapitre 2
 
JAX  
 
Je me suis tapé trois ans de prison à cause de Candice. Pendant que celle-là a sûrement été renvoyée en foyer jusqu’à sa majorité puis mise dehors comme une moins que rien. Les habitudes de l’État sont tellement connues qu’il me serait surprenant que Candy ait vécu autre chose que moi lorsqu’elle a eu dix-huit ans. 
Depuis notre enfance, nous ne formons qu’un. Dans les galères, on se soutient et je ne l’aurais pas laissée tomber quoi qu’il puisse m’arriver. Elle a eu la chance d’être toujours mineure. L’employé de la station-service l’a formellement reconnue, toutefois elle n’a pas pu être condamnée à cause de son âge.  
De mon côté, ce fut une tout autre affaire. J’avais dix-neuf ans à l’époque. J’ai donc fait les frais du juge qui a pris son pied à s’acharner sur ma “sale” gueule. De toute façon, les ex-pupilles de l’État sont toujours coupables aux yeux de la justice. Dès lors, il s’est fait un plaisir de me coffrer pour complicité. Tout ça pour mille dollars. Je peux vous assurer que Candy a dû avoir les oreilles qui sifflent pendant des semaines. Moi qui n’étais déjà pas très causant en temps normal, j’ai été muet pendant un long moment, pourtant ça ne m’a pas empêché de ruminer contre elle sous ma caboche des heures durant. J’ai fini par choisir de me concentrer sur les bouquins de la bibliothèque de la prison et sur mes croquis de tatouages.  
Mon intérêt pour les livres s’est développé quand on m’a proposé de donner un coup de main à l’employé de ce lieu magique. Ça occupait mes journées qui n’avançaient pas. Cet homme fasciné par la littérature me racontait les expéditions imaginaires dans lesquelles il plongeait à chaque nouvelle histoire, me transmettant sa passion au passage. J’ai ouvert la première page du roman qu’il m’a posé dans les pattes et n’ai plus réussi à le lâcher. Le souvenir de ce bouquin me hante encore comme si c’était hier. Il s’appelait “Voyage au centre de la Terre” de Jules Verne. La lecture était mon exutoire dans cet endroit morose. Plus je dévorais les mots, plus je m’évadais. C’est d’ailleurs la seule chose qui va me manquer de ce trou à rats. 
Je suis libéré aujourd’hui. Aucune idée de ce qui m’attend dehors, Candice n’étant jamais venue me voir. Je ne sais pas ce qu'il va advenir de moi. Le concept de devoir demander un logement de transition à mon contrôleur judiciaire me donne envie de vomir. 
Guidés par le gardien vers le sas de sortie, nous pénétrons dans une pièce dénuée de toute décoration avec les murs blancs et une table en métal soudée au sol. Mes effets personnels y sont déposés. Mon éternel jean noir qui tire sur le gris tellement il est délavé, mon tee-shirt foncé, ma veste en cuir et mes Doc Martens. Voilà toutes mes maigres affaires. Je soupire et entame de me changer sous l’œil avisé du surveillant. La première chose qu’on apprend ici, c’est à ne pas être pudique. Mon attention ne se porte donc pas sur les regards qu’il m’envoie et je me défroque sans sourciller. Vu l’odeur de mes fringues, celles-ci n’ont même pas été lavées avant de m’être rendues.  
Sympa le gouvernement.  
Je rêve d’une douche chaude et de vêtements qui sentent bon la lessive.  
Balançant l’horrible costume orange du pénitencier sur la table, le surveillant me tend une boite à chaussures dans laquelle tiennent mes uniques objets de valeur. Un téléphone portable pourri qui n’a de toute façon plus d’abonnement depuis longtemps et une gourmette, seul vestige de ma mère. 
Le couloir qui donne sur une porte grise en métal semble interminable à parcourir. Me postant devant, j’attends qu’un deuxième gardien se décide à enfin me libérer de cet endroit sordide. Lorsque le battant s’ouvre sur un parking en gravier, le soleil de midi me brûle la rétine. Non pas que je n’ai pas vu la lumière du jour pendant trois ans, mais avec une heure de sortie quotidienne, il était difficile d’apprécier la chaleur à sa juste valeur. J’avance et sursaute quand le gardien claque l’accès dans mon dos, me laissant seul au milieu de l’étendue déserte.  
Foutu dehors d’une prison comme un malpropre. Faut le faire ! 
Ma main en visière sur mon front, je scanne les alentours et repère l’arrêt de bus le plus proche. J’ai exactement vingt dollars en poche. Cadeau du gouvernement. M’apprêtant à traverser la chaussée, une voiture pile devant moi dans un nuage de fumée. Je toussote et râle en même temps. Ma gorge me gratte et mes yeux piquent avec l’amas de poussière que la bagnole vient de m’envoyer en pleine tronche. Lorsque mes facultés visuelles reviennent, une silhouette élancée se précipite sur moi.  
C’est quoi ce bordel ? 
 
— Sweety, enfin t’es dehors, hurle une voix stridente qui me perce les tympans. 
 
Je reprends mes esprits et repousse la petite chose qui vient de se coller contre mon torse pour la scruter de haut en bas.  
C’est Candy, ça ? Cette femme pleine de tatouages avec des dreadlocks blonds jusqu’au milieu du dos, un corps féminin au possible et des piercings ? Où est passée l’adolescente fragile et innocente qui ne pouvait pas s’en sortir sans ma protection ? 
 
— Candice ? lui demandé-je comme pour me confirmer que ce n’est pas un rêve. 
— Bah, qui veux-tu que ce soit, répond-elle d’un ton enjoué en haussant les épaules. 
 
Mes iris noirs sont happés par ses grands yeux bleus et, à cet instant, aucun doute n’est possible. C’est ma Candy. La jeune fille que j’ai laissée sur ce parking à Crossroads il y a trois ans. Derrière ses airs de petite frappe, se cache toujours la même nana. 
Elle m’emmène vers une bagnole cabossée de partout, mais dont le moteur vrombit sous le capot rouillé. C’est déjà bien. Et, apparemment, elle a les clés. Je lui décoche un regard suspicieux avant de grimper dedans. 
...

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