One last song - saison 1
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One last song - saison 1 , livre ebook

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Description

Et si une semaine suffisait pour tomber amoureux ?
Riley a toujours tout fait selon les règles, ne s'est jamais fait remarquer. Elle préfère le calme de sa chambre aux soirées étudiantes bondées et compte bien finir son séjour en Angleterre sans se faire remarquer.
Alexander, chanteur, avance dans le noir depuis qu'il a coupé les ponts avec son frère. En Angleterre pour une semaine avant de continuer sa tournée, il vit au jour le jour.

À première vue, tout les sépare.

Et si une semaine suffisait pour tomber amoureux ?
Et si une semaine suffisait pour que tout votre monde en soit chamboulé, que vos priorités soient remises en question ?
Et si ce que vous avez espéré n'était qu'une illusion et que vous deviez retourner à votre vie après la plus belle semaine de votre existence ?


Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 28 novembre 2019
Nombre de lectures 56
EAN13 9782360758425
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0100€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Direction éditoriale : Stéphane Chabenat
Conception graphique : Pinkart Ltd
Conception couverture : olo.éditions

16 rue Dupetit-Thouars
75003 Paris
 
www.editionsopportun.com
ISBN : 978 2 36075 842 5
Ce document numérique a été réalisé par Nord Compo .
À ma mamie,
“It isn’t what we say or think that defines us, but what we do.”
— Jane Austen
Sommaire
Titre
Copyright
Dédicace
Première Partie
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Première Partie
Chapitre  1

“I will not make
The same mistakes that you did
I will not let myself
Cause my heart so much misery”

Riley
« Riley, dépêche-toi ! »
Emy Parker, une de mes seules amies ici à Londres, déambule dans l’appartement comme si les trente secondes que j’avais prises pour enfiler mes chaussures allaient nous mettre plus en retard que les quarante dernières minutes qu’il lui a fallu pour parfaire son brushing.
« Tu plaisantes ? Tu nous as fait perdre une heure avec tes histoires !
— Tu veux vraiment qu’on joue à ce jeu ? Parce que je suis prête à partir et toi, non ! »
Je lace ma deuxième chaussure à la va-vite, enfile ma veste et récupère mon sac sur la table de la cuisine, tout ça sous le regard faussement agacé d’Emy. Elle écarte ses cheveux de ses yeux et les fait tomber en une longue cascade blonde sur ses épaules et le long de son dos. Je l’ai rencontrée il y a deux mois seulement, mais j’ai l’impression de la connaître depuis toujours.
Je suis un programme d’échange Erasmus pour un semestre au Royaume-Uni. Londres est l’une de mes villes préférées, je ne pouvais pas passer à côté de l’opportunité d’y vivre cinq mois. Je suis en troisième année de licence de littérature et j’étudie en parallèle l’écriture. Comme beaucoup d’autres, je poursuis le rêve un peu fou d’être publiée. Pendant mes quelques mois ici, j’étudie la littérature anglaise.
J’ai rencontré Emy quelques jours avant la rentrée universitaire. Elle venait aider les étudiants étrangers, comme moi, à s’adapter. On a tout de suite accroché et j’ai récupéré la chambre de son ancienne colocataire, partie pour une année sabbatique en Afrique.
« Max a attendu jusque-là, il peut bien attendre deux minutes de plus.
— Je te préviens, je dirai que c’est de ta faute. »
Je ris et Emy me suit, consciente que personne ne la croira. Emy aime prendre soin d’elle, elle enchaîne masques de beauté aux ingrédients toujours plus douteux, soins pour les cheveux et traitements anti-boutons. J’aime me faire belle, mais je ne me lèverais jamais deux heures plus tôt tous les matins pour avoir le temps de faire tous ces rituels qu’elle affectionne tant. Même sans tous ces artifices, Emy est une beauté née, elle n’a pas besoin d’efforts pour être magnifique.
Max est un des amis d’Emy avec qui je me suis tout de suite entendue. Il est l’un des seuls à ne pas s’offenser quand je dis que j’ai besoin de temps pour moi et que je ne réponds pas aux messages pendant plusieurs jours. Je ne suis pas une solitaire, mais par moments, j’ai besoin de m’éloigner de tout ce qui m’entoure. Max le comprend, au contraire d’Emy qui déteste ces moments, et fait tout ce qu’il peut pour m’aider.
« Au fait, je dis à Max qu’il est hors de question qu’on le retrouve dans cet endroit paumé, proteste Emy.
— Qu’est-ce que tu veux faire, alors ? »
L’université en Angleterre n’a rien à voir avec celle de France. Je n’ai que sept heures de cours par semaine, réparties sur trois jours. J’ai beaucoup d’essais à rendre et de livres à lire, mais moins de cours. De temps en temps, Max, Emy et moi arrêtons les révisions une journée pour aller visiter.
« Camden ! C’est une honte que tu n’y sois jamais allée. Honnêtement, je ne comprends même pas que ça soit possible. Il faut absolument que tu le voies de tes yeux, ça n’a rien à voir avec… quoi que ce soit que tu aies déjà vu.
— À ce point-là ?
— Et même plus que ça ! Tu verras, c’est un endroit magique. J’espère que t’as pas trop mangé, il y a plein d’endroits géniaux là-bas. Pourquoi est-ce qu’on ne t’y a jamais emmenée, d’ailleurs ? J’en toucherai deux mots à Max, c’est lui qui nous organise des sorties sans intérêt alors que Camden est à deux pas. Enfin, deux pas… peut-être un peu plus, mais c’est pas ça qui va nous arrêter, pas vrai, Riles ? »
Emy parle beaucoup. Toujours. Elle ne s’arrête pratiquement jamais, en réalité. Elle a toujours quelque chose à dire et, même quand ce n’est pas le cas… elle meuble. Alors que moi, c’est quand je suis nerveuse que je suis incapable d’arrêter de parler. Dans ces cas-là, rien ne peut m’arrêter et, généralement, ce que je dis n’a aucun sens.
En France, personne ne m’a jamais appelée Riles. Ni ma famille ni mes amis. Mais ici, ça semble être le diminutif le plus répandu pour mon prénom. Ma famille n’a rien de britannique ou d’américain. Ma mère avait seulement lu un roman quelques semaines avant ma naissance dont l’héroïne s’appelait Riley. Le roman lui rappelait son histoire avec mon père, alors elle lui avait soumis l’idée et ils ont tous les deux été convaincus.
« On y va ? C’est pas la porte à côté et, avec ces chaussures, il me faudra au moins deux fois plus de temps que d’habitude. »
Je me retiens de rire. Cette conversation est absurde puisqu’elle revient presque tous les jours. Que ça soit pour aller en cours ou sortir, il faut toujours prévoir notre trajet en fonction des chaussures du jour de mademoiselle Emy Parker.
Je la pousse hors de l’appartement, ferme la porte et range mes clés dans mon sac, ignorant les protestations de mon amie.
« Il ne faut pas qu’on soit rentrées trop tard, j’ai mon groupe d’écriture à dix-huit heures.
— Tu ne peux pas dire que tu es malade ou un truc du genre ? »
Emy ne comprend pas ma passion pour l’écriture. Elle marmonne toujours quelque chose à propos de frustrations et de rêves malsains. Je ne suis même pas sûre qu’elle sache ce qu’elle dit.
« Non, je ne peux pas.
— Y a que des vieux, de toute façon. Je suis sûre qu’ils s’en rendront même pas compte.
— Il y a plein de jeunes aussi.
— Vraiment ?
— Je te le dis à chaque fois qu’on en parle.
— Y en a des canons ? »
Je soupire, comme chaque fois que cette question revient. Emy fait une fixette sur les hommes. Tant qu’ils sont jeunes et à son goût, elle fonce. Pas question d’avoir un copain ou de rester plus d’une semaine avec le même, elle « profite de sa jeunesse », ce sont ses mots. J’ai beau l’adorer, on ne voit pas du tout les choses de la même manière. Pour moi, enchaîner les garçons n’est pas forcément une façon de profiter. Je préfère mille fois être avec quelqu’un qui partage mes centres d’intérêt, avec qui je peux vivre des expériences inoubliables, qu’embrasser le premier venu.
J’ai toujours été de ceux qui pensent qu’un baiser doit vouloir dire quelque chose. Embrasser quelqu’un dont on ne sait rien ne m’a jamais paru romantique. Emy dit que je suis vieux jeu, mais c’est comme ça. Je n’accorde pas ma confiance facilement et, de toute façon, je me concentre sur mes études. Je n’ai pas le temps pour une histoire d’amour, encore moins pour un mélodrame à l’eau de rose du genre qui fait rêver Emy.
« Ils ne t’intéresseraient pas, tranché-je.
— Ah oui ! Et comment tu sais ça ?
— Je le sais, c’est tout.
— Rabat-joie », grogne-t-elle.
Dire que le trajet jusqu’à Camden serait long est un euphémisme. Emy marche tellement lentement que nous irions plus vite en rampant. En plus de ça, un rien l’agace.
« Non, mais franchement, quelle idée ! Un froid pareil, à Londres ! C’est trop demander, des températures vivables, râle-t-elle après seulement deux minutes de marche.
— Tu n’avais pas de bonnet ?
— Aucun accordé à ma tenue, ma chère. Je préfère encore tomber malade que de sortir dépareillée. »
Un rire m’échappe. Emy est si différente de moi que je me demande parfois pourquoi nous sommes amies.
Après ce qui me semble être une éternité, à supporter Emy qui s’est plainte des passants au style douteux, des touristes qui dégainent les perches à selfies à la moindre occasion et de ses chaussures une bonne dizaine de fois, nous sommes enfin arrivées. Max nous attend, l’air mécontent. Il connaît Emy depuis si longtemps, je ne comprends pas qu’il compte toujours sur sa ponctualité.
« Vraiment ? Une heure et demie de retard ? C’est tout ce que tu as dans le ventre, Parker ? Je suis déçu, tu m’as habitué à mieux que ça. »
Il la serre dans ses bras et m’embrasse sur les deux joues. Depuis qu’il a découvert la bise, il refuse de me dire bonjour – ou au revoir – autrement.
« On peut y aller ? Tu as bien ton cours d’écriture ce soir, Riles ? »
Je hoche la tête. Max comprend ma passion pour l’écriture et la partage, mais il n’est pas encore prêt à dévoiler son travail. Il refuse que je lise ce qu’il écrit et je le comprends. Il m’a fallu plusieurs années avant d’accepter de montrer mes écrits.
« Attention les yeux, Frenchie Girl, je te présente… Camden Market. »
C’est incroyable. Simplement en changeant de rue, j’ai l’impression d’atterrir dans un autre pays. Une multitude de couleurs et d’odeurs se bousculent dès notre arrivée. Je jette immédiatement mon dévolu sur un disquaire. Le bonheur. De vieux disques des Rolling Stones défient ceux des Beatles, les 33 tours se mélangent aux 45 tours.
Je pourrais y rester des heures.
« Tu as terminé ? Il y a une super boutique de chaussures juste à côté, tu vas adorer. Ça ne ressemble à rien que tu aies déjà vu. »
Ça semble être le mot d’ordre pour Camden en général. Ça ne ressemble à rien d’autre, tout simplement.
« Ne te laisse pas avoir par miss Parker, rit Max. Prends ton temps, ce n’est pas si grand que ça, on aura largement le temps de tout voir. »
Après près d’un quart d’heure à dénicher les meilleurs disques, je repars avec un album des Rolling Stones en parfait état et la certitude de revenir. Je m’engouffre avec mes amis dans la fameuse boutique de chaussures quand la foule devient trop dense. Elle m’oppresse et m’empêche de respirer.
Je porte mes mains à ma poitrine, essayant de dégager assez d’air pour relâcher la pression, mais je n’y arrive pas. Je respire plus vite, trop vite. Une seule chose m’obsède : il faut que je sorte. Maintenant.
« Riley, ça va ? »
Max pose une main dans mon dos et me pousse vers la sortie. Ce n’est pas la première fois que ça m’arrive. J’ai de plus en plus de mal à supporter les endroits bondés et ce n’est pas la première crise d’angoisse à laquelle ils assistent.
Une fois éloignée de l’agitation de Camden Market, j’ai l’impression de respirer à nouveau. Je laisse la foule derrière moi et continue à avancer jusqu’à retrouver une respiration à peu près normale.
« Tu veux boire quelque chose ? Je peux y retourner te prendre quelque chose à…
— C’est gentil, Max. Ça va aller.
— Je suis désolé, j’avais complètement oublié. Il y a toujours plein de monde ici et je n’y pensais plus.
— Ne t’inquiète pas pour ça, tu ne pouvais pas deviner. Je ne veux pas vous empêcher d’aller dans tous les endroits où il y a du monde. »
Il hoche la tête, mais je vois qu’il s’en veut. Max est beaucoup trop gentil et se préoccupe toujours des autres avant lui-même.
« On a perdu Emy ?
— Oh, tu sais, il suffit d’une paire de chaussures et on n’existe plus. Je vais lui envoyer un message pour la prévenir qu’on est sorti. Tu veux que je te raccompagne ?
— Non, c’est gentil, je vais rentrer toute seule. Ça me calmera. »
Comme je m’y attendais, Max me fait la bise avant de repartir. Il a raison, si Emy a quelque chose en tête, rien ne pourra détourner son attention – encore moins si la chose en question est une paire de chaussures.
Le chemin du retour, forcément plus rapide puisque je ne suis pas accompagnée d’Emy et de ses échasses de douze centimètres, me fait le plus grand bien. Une fois à l’appartement, je m’accorde une douche chaude et une petite sieste avant mon cours d’écriture.
Je suis réveillée par le retour bruyant de mon amie.
« Riles, tu es là ? »
Je grogne en signe de réponse et attends qu’elle passe sa tête dans l’entrebâillement de ma porte.
« Max m’a dit ce qu’il s’était passé, je suis désolée de ne pas avoir été là. Je voulais rentrer, mais il m’a dit que tu préférais être seule. »
Je ne la contredis pas, Max a raison. Dans ces moments-là, la solitude m’aide à me sentir mieux. Je n’ai pas besoin qu’elle me prenne dans ses bras ou qu’elle me dise que tout va bien. J’ai besoin d’être seule et de respirer, simplement.
« Par contre, tu vas être en retard pour tes petits vieux, il est déjà dix-sept heures et c’est pas la porte à côté, ton truc.
— C’est pas des petits vieux, marmonné-je.
— Oui, peu importe. »
Elle balaie notre conversation de la main et s’éloigne en sautillant. Je lui donne dix minutes avant de revenir me montrer ses achats. Je me change en vitesse et me prépare mentalement à m’extasier devant ses trouvailles.
« Tu comptes détacher tes cheveux ? Parce que là, je suis désolée, mais je ne peux pas te laisser sortir comme ça. »
Je m’observe dans le miroir, pensive. J’attache toujours mes cheveux, que ce soit en un chignon rapide, une tresse plus élaborée ou une simple queue de cheval. C’est une habitude que j’ai prise il y a quelques années. Mais cette fois, Emy a raison. Mes cheveux sont tout bonnement indomptables aujourd’hui. Mes boucles folles ne parviennent pas à rester dans l’élastique et je suis obligée de les lâcher.
Un quart d’heure avant le début de mon cours, je sors de l’appartement et m’éloigne du centre de Londres. Je fais un détour pour éviter la foule de touristes qui se bousculent toute la journée, comme d’habitude. Il fait déjà nuit, les rues sont calmes, apaisantes.
J’approche du lieu de rendez-vous – une salle sombre qui servait auparavant de salle de répétition d’une chorale, à l’arrière d’une église. Ce n’est pas l’idéal, mais c’est amplement suffisant.
En apercevant une pizzeria, je réalise que je n’ai rien avalé depuis ce matin. Ce n’est pas dans mes habitudes et mon corps me le fait amèrement regretter.
Ensuite, tout s’enchaîne. J’ai l’impression d’être étrangère à mon propre corps, je n’arrive plus à assimiler toutes les informations. Le vent souffle, mon estomac me fait me tordre de douleur. La température flirte avec le négatif, mais j’ai trop chaud. Trop faim. Ma tête tourne de plus en plus, des taches noires viennent obstruer ma vision. Je tente de me raccrocher à quelque chose, n’importe quoi. Mes jambes tremblent, j’essaye de me concentrer tant bien que mal sur la route devant moi. Plus que quelques minutes et je serai au frais, assise, l’estomac rempli.
Je lève la tête quand ma vue se brouille et que mes jambes se dérobent. Je me sens partir en arrière, une voix grave derrière moi. Puis, le trou noir.
Chapitre  2

“Then you smiled over your shoulder
For a minute, I was stone-cold sober
I pulled you closer to my chest
And you asked me to stay over”

Alexander
C’est une journée comme une autre. Ou presque. Ce n’est pas comme si je jouais ma carrière aujourd’hui. Ou peut-être que si ?
Je rejette le quinzième appel de Lou de la journée, excédé. Apparemment, notre dernière rupture n’était pas assez claire pour elle et elle pense que c’est en me harcelant qu’elle parviendra à quelque chose.
Elle me gâcherait presque le plaisir de retrouver la route et les tournées. Presque. Il en faut plus pour me mettre de mauvaise humeur le jour de la première date de ma tournée en solo. Pour être sûr de ne pas céder à ces mauvaises ondes, j’éteins mon portable et monte sur la scène pour les derniers réglages.
J’attendais ce moment depuis des années. Voler de mes propres ailes, écrire mes propres morceaux et les mettre en musique comme je l’entends. Ne plus dépendre d’un groupe où l’aîné de mes frères avait le monopole. J’intéresse beaucoup moins les médias depuis que j’ai quitté le groupe, ce dont je ne me plaindrai pas. Ne plus avoir à anticiper chacun de mes mouvements en fonction des photographes et des journalistes est exaltant.
« Je vais faire un tour, hurlé-je à Daniel, occupé à la régie.
— Sois là pour dix-huit heures, on a encore une tonne de choses à régler. »
J’ai vingt-deux ans et l’impression d’être un gamin. Daniel Morgan est mon manager depuis le début de ma carrière, il y a six ans. Mes deux frères et moi avions monté un groupe et postions nos performances sur internet. Daniel nous a repérés et, en quelques mois, nous devenions l’un des groupes pour adolescents les plus populaires du pays.
Je fais signe à Oscar, mon chauffeur et garde du corps, que je n’ai pas besoin de lui et m’éloigne de l’effervescence d’avant-concert. J’erre dans les rues de Londres, ma ville préférée juste après Paris, pendant près de deux heures avant de prendre le chemin du retour. Je pourrais rester ici encore des heures sans m’ennuyer. Il y a tellement de choses à voir, tellement de quartiers uniques à découvrir.
Je quitte à contrecœur les rues vides de tout touriste pour retrouver Oscar, prêt à me ramener à la salle de concert, excentrée du centre-ville.
J’accélère la cadence quand je réalise que je vais certainement être en retard et que je vais devoir affronter Daniel. Les yeux rivés sur mon téléphone, je heurte de plein fouet quelqu’un qui arrive en sens inverse.
« Je suis désolé, je ne regardais pas. Tout va bien ? »
Je ne m’attendais certainement pas à ce que la jeune femme que j’ai percutée s’évanouisse. Je la rattrape du mieux que je peux, sonné. Une cascade de boucles rousses masque une partie de son visage. Sans réfléchir, je passe une main en dessous de ses épaules et une autre sous ses jambes et la porte jusqu’à l’endroit reculé où je suis censé retrouver Oscar.
« Qu’est-ce que c’est que ça ?
— Elle s’est évanouie, dis-je en haussant les épaules.
— Et alors ? Depuis quand on récupère toutes les filles qui s’évanouissent, nous ?
— Elle s’est évanouie avant . »
Oscar soupire et ouvre la portière de la voiture. Au moment de m’y engouffrer, je reçois un coup derrière la tête.
« Mais ça va pas ?
— Posez-moi. Maintenant.
— Je…
— Posez-moi ou je hurle. »
Des yeux verts empreints d’une rage infinie me scrutent. Je la repose aussi délicatement que possible tandis qu’Oscar fait tout son possible pour retrouver son sérieux.
« Vous… »
Son regard s’adoucit considérablement…
« Je vous connais. »
J’aimerais dire que je ne suis pas habitué à ce genre de situation, mais c’est faux. La plupart du temps, on a une opinion arrêtée sur moi – et sur ma musique. Une opinion qui date du temps où on m’a catalogué comme starlette pour adolescents. Même si ça m’a permis de gagner une certaine reconnaissance, la réputation qui a suivi ne sert pas ma musique d’aujourd’hui.
« Pete Wyland, c’est ça ? »
C’est impossible.
« Enfin, pas le Pete Wyland, bien sûr, mais c’est vous qui le jouez, non ? Dans Fight. Austin… quelque chose ?
— Oui, c’est moi. »
Je ne peux pas m’empêcher de sourire devant ce petit bout de femme. Pete Wyland est le nom du personnage que j’ai joué dans une petite série très peu médiatisée, pendant deux ans – l’équivalent de deux saisons de vingt-deux épisodes. Même si elle n’a pas connu un grand succès, je suis très fier de ce projet, mon premier en solo après avoir quitté le groupe.
« Bon, eh bien, tant que vous êtes là, il faut que je vous dise que la fin de cette deuxième saison, c’était vraiment n’importe quoi. Je suis désolée, mais ce n’était pas une vraie fin, ça !
— Je suis d’accord ! On avait tourné deux fins, une au cas où la série ne serait pas renouvelée et une autre si elle l’était. Sauf que la série a été renouvelée et que les producteurs sont revenus sur leur décision après la diffusion. »
Je prends quelques secondes pour l’admirer. Ses yeux verts fougueux sont les plus beaux que j’aie jamais vus, sans hésitation. Ses traits sont doux, comme pour compenser ses yeux et sa chevelure de feu. Elle a une beauté naturelle, elle n’a besoin d’aucun artifice.
« Alors je veux savoir, qu’est-ce qu’il se passe ? Dans la vraie fin ?
— Vous voulez vraiment savoir ?
— Oui. »
Oscar commence à s’impatienter et tousse pour me rappeler que l’heure tourne.
« Je suis vraiment désolé, pour tout à l’heure. Vous allez bien ?
— Désolé de quoi ? J’ai eu un coup de chaud, c’est tout.
— En plein hiver ? Vous devriez voir un médecin.
— Je vous dis que ce n’était rien, marmonne-t-elle.
— Je ne peux pas vous laisser partir comme ça, vous vous êtes évanouie en pleine rue. »
Oscar soupire et s’installe au volant, alors que la jolie rousse me regarde, excédée.
« Bon, écoutez, puisque je vous dis que je vais bien. Vous avez l’air pressé, moi aussi. Je n’ai aucune idée de l’endroit où je me trouve parce que vous avez pensé intelligent de jouer le chevalier servant. Je n’ai pas besoin de votre aide.
— Vous ne voulez pas connaître la fin de la série ?
— D’accord. Dites-moi ce qu’il se passe à la fin et je m’en vais. »
Pour la première fois depuis notre rencontre, c’est moi qui ai l’avantage. Et je compte bien m’en servir.
« Non. Venez avec moi et je vous dis tout ce que vous voulez savoir. Acceptez de voir un médecin, c’est tout ce que je vous demande. »
Elle soupire, l’air d’étudier ses options. Elle finit par hocher la tête à contrecœur et s’engouffre dans la voiture. Je m’assois à côté d’elle, satisfait.
« Vous avez gagné. J’écoute.
— Comment vous appelez-vous ? Vous savez déjà tout de moi, mais je ne connais même pas votre prénom.
— Riley. Et pour information, je sais tout de Pete Wyland, mais je n’ai aucune idée de qui vous êtes.
— Alexander, mais on m’appelle Alex. Austin est un nom de scène, c’est tout. »
Elle hausse un sourcil, pas impressionnée.
« Je ne disais pas ça parce que je voulais apprendre à vous connaître ou autre chose du genre, c’était juste une phrase en l’air. »
Je ne suis pas franchement habitué à ce qu’on me parle comme ça. En temps normal, je l’aurais remise à sa place, mais ses yeux verts m’envoûtent.
« Bon, ce n’est pas tout, mais je suis un peu pressée. Qu’est-ce qui arrive à Pete, en vrai ?
— Vous êtes sûre de vouloir savoir ? Parce que…
— Certaine. J’ai regardé tous les épisodes de cette série au moins trois fois, je mérite de savoir ce qui arrive à mon personnage préféré.
— Bien. Alors… il meurt. »
Ses yeux s’ouvrent lentement et son regard se fait assassin. Une lueur dorée se fait une place au milieu du vert, laissant transparaître toute sa colère.
« Vous plaisantez ?
— Quoi ? Non, bien sûr que…
— C’est impossible. »
Elle hausse ses sourcils parfaitement dessinés, refusant en bloc tout ce que je lui dis.
« Si. Dans le dernier épisode que vous avez vu, il a refusé le dernier combat et sa carrière est finie. Mais dans celui qui aurait dû être diffusé, il a accepté un combat clandestin. Il est mort d’une hémorragie cérébrale, si je me souviens bien.
— C’est ridicule. Pourquoi est-ce qu’il aurait accepté un combat clandestin, alors qu’il a déjà été blessé la dernière fois ?
— Anna venait de le quitter. Il voulait se prouver quelque chose, j’imagine.
— Je ne suis pas d’accord. »
Elle est catégorique là-dessus, au moins. Je dois avouer que je prends un certain plaisir à discuter avec elle. Cette série est une de mes plus grandes fiertés, j’ai participé à l’écriture du scénario pour quelques épisodes et j’aurais aimé qu’elle soit plus reconnue, mais c’est la première fois que je peux entendre l’opinion de quelqu’un d’objectif – et qui ne se laisse visiblement pas impressionner facilement. Elle me donne son avis sans détour.
« Finalement, je préfère la fin qui a été diffusée. Vous n’étiez pas déçu ? »
C’est la première fois qu’elle s’intéresse à ce que je pourrais penser, et c’est également la première fois qu’on me demande si j’ai aimé quelque chose en attendant une réponse sincère.
« Si, évidemment. Ce n’était pas tant le fait qu’il meure, plutôt la façon dont il meurt. Accepter un combat clandestin, c’est le Pete des premiers épisodes. Il a beaucoup trop évolué, il a beaucoup trop de choses à perdre maintenant pour prendre ce risque. »
Elle hoche la tête, l’air d’approuver et de partager mon avis.
« Vous êtes peut-être un peu moins prétentieux que ce que je pensais », lâche-t-elle après quelques minutes de silence.
Je ne lui réponds pas, mais elle ne semblait pas attendre de réponse. Elle est concentrée sur la route et soupire avant de se redresser, l’air de reprendre ses esprits.
« Bien. Je vous remercie pour votre… aide, mais je suis vraiment en retard et je n’ai pas le temps de discuter avec vous.
— Vous êtes sûre que vous ne voulez pas attendre de voir un médecin ? »
Elle lève les yeux au ciel, visiblement agacée.
« Je n’ai pas besoin d’avoir fait dix ans d’études pour savoir que je n’ai pas assez mangé. Vous avez l’air d’avoir besoin de compagnie, vous devriez kidnapper des filles dans la rue plus souvent. »
Oscar éclate de rire et me regarde dans le rétroviseur.
« Si elles sont toutes aussi drôles que celle-ci, ça pourrait nous divertir. »
Je lance à Oscar un regard noir et tente une dernière approche.
« Je suis vraiment désolé, je pensais aider. »
Elle semble se radoucir.
« Est-ce que je peux faire quelque chose pour me faire pardonner ? »
Elle plante ses yeux dans les miens, surprise. Je détourne le regard, perturbé par ce vert perçant.
« Vous n’avez qu’à me ramener là où j’étais et ça ira. »
Je fais signe à Oscar et attends qu’il fasse demi-tour pour me pencher vers elle.
« Venez.
— Comment ça ?
— Je donne un concert, ce soir. J’aimerais beaucoup que vous y soyez.
— Pourquoi ? »
Je hoche les épaules.
« J’aurais bien besoin de quelqu’un qui me donne son opinion sans mâcher ses mots. Et puis, vous semblez avoir bon goût. »
Elle hoche la tête, mais ne semble toujours pas convaincue.
« Je suis désolée, je ne pourrai pas…
— S’il vous plaît, pour me faire pardonner. Et si ça ne vous plaît vraiment pas, je ne vous en voudrai pas. »
Elle fait la moue, l’air d’évaluer ses options.
« Ne me dites rien. Donnez-moi juste votre adresse, je vous ferai parvenir deux places. Vous pouvez encore y réfléchir. »
Elle finit par acquiescer et note son adresse sur un bout de papier. Je le prends, souriant. Je ne sais pas pourquoi je me mets dans un tel état pour une fille que je ne connais même pas, mais ça fait bien longtemps qu’on ne m’a pas dit honnêtement ce qu’on pensait de moi.
« On est arrivés, chantonne Oscar.
— Merci », murmure Riley.
Riley. Qu’as-tu de si spécial ?
Elle me fait un signe de tête et sort de la voiture rapidement, comme si elle ne voulait surtout pas être vue. Je demande à Oscar d’attendre qu’elle soit rentrée pour repartir. Elle regarde constamment autour d’elle, comme si elle avait peur d’être suivie.

« Alexander ! rugit Daniel dès qu’il me voit. Mais qu’est-ce que tu faisais ? On est en retard sur tout le planning.
— J’avais…
— Garde tes histoires pour plus tard, on n’a plus de temps à perdre. Va te préparer et retrouve-moi sur scène dans deux minutes. »
Il repart en grommelant. Je n’y prête pas vraiment attention, Daniel est toujours de mauvaise humeur.
Je m’apprête à aller me changer quand je tombe sur Alan, l’organisateur de la tournée.
« Alan ! Est-ce que tu pourrais faire parvenir deux places VIP pour ce soir à cette adresse ? », dis-je en lui tendant le bout de papier.
Il hoche la tête comme si la réponse était évidente et repart directement. Alan est toujours en train de faire quelque chose, toujours en mouvement. Cette tournée serait un désastre sans lui.
Deux heures plus tard, la salle est remplie et je m’apprête à monter sur scène. J’ai pris l’habitude des foules et des tournées quand je n’avais que dix-sept ans, je n’ai plus le trac depuis longtemps. Mais ce soir, je suis nerveux. Je sais d’avance que je n’aurai d’yeux que pour le coin VIP, à la recherche d’une jeune femme au regard félin et à la crinière de feu.
Les premières notes de ma dernière composition, Empty Heart , se font entendre et je ne pense plus à rien. Quand les projecteurs s’éteignent, juste avant que la salle ne soit plongée dans le noir complet, je distingue deux silhouettes dans le coin VIP, mais pas de Riley. La déception m’envahit sans que je comprenne vraiment pourquoi.
Chapitre  3

“And in the naked light I saw
Ten thousand people, maybe more
People talking without speaking
People hearing without listening”

Riley
« Comment ça, tu ne veux pas y aller ? Tu plaisantes, j’espère ? »
Emy me rebat les oreilles depuis maintenant trente longues minutes. Au début, elle ne m’a pas crue quand je lui ai raconté que j’avais rencontré « le » Austin Ryan, qui ne s’appelle d’ailleurs pas du tout Austin Ryan. Et quand on a glissé deux places pour son concert sous la porte – qui fait une chose pareille ? Ils pouvaient au moins frapper ! –, Emy est devenue hystérique. Tour à tour, elle me suppliait de l’emmener avec elle, me rappelait qu’elle est follement amoureuse d’Austin Ryan depuis qu’elle a quatorze ans et que ce concert a l’air fantastique, même si ses dernières chansons ne ressemblent pas du tout à celles du groupe qu’elle vénérait.
Il me parlait de concert, je ne voyais que la foule.
La musique s’est effacée, je n’imaginais plus que les cris et les bousculades.
Il n’a jamais été question que j’y aille. Je n’en suis simplement pas capable.
Il me faut presque une heure pour convaincre Emy que je ne raterai rien, que je n’ai même pas entendu une seule chanson de cet album et que, de toute façon, je croule sous les révisions. Mon semestre Erasmus se termine dans une semaine et demie, j’ai une tonne de devoirs à rendre avant de rentrer en France.
« Tu es vraiment rabat-joie, Riles », grogne-t-elle.
Je lève les yeux au ciel, habituée à cette remarque de la part d’Emy. C’est certain qu’à côté d’elle, tout le monde est rabat-joie.
« Je te donne les places, tu n’as qu’à y aller avec qui tu veux. Max aime peut-être, tu peux toujours lui proposer.
— Max ? Il va encore me faire le coup des révisions.
— Propose-lui, au moins. »
Après près d’un quart d’heure au téléphone, Emy a réussi à convaincre Max de l’accompagner. Elle raccroche et me serre dans ses bras, me couvre de « merci, merci, merci » avant de filer à la salle de bain pour se préparer.
Emy a l’air d’être sur des ressorts, elle est encore plus surexcitée que d’habitude – ce qui est déjà un exploit. Elle a l’air d’hésiter entre me remercier pour les places et m’en vouloir parce que je refuse de venir, alors elle fait les deux en même temps.
J’attends qu’elle s’en aille, en sautillant et criant à qui voulait l’entendre qu’elle allait voir l’amour de sa vie ce soir, pour me jeter sur l’ordinateur. Il me suffit de taper « Austin Ryan » sur internet pour tomber sur tout un tas de performances en groupe. La curiosité me démange, j’appuie sur «  play  ». Je n’ai pas vécu dans une grotte, j’ai déjà entendu ces chansons, mais je les écoute maintenant d’une autre oreille. Alexander est cantonné derrière sa guitare, ne regarde jamais la caméra et se concentre sur son jeu, alors que ses frères chantent et jouent de la batterie.
Je sens une pointe de déception lorsque le morceau se termine. On ne l’entend pas chanter une seule fois.
J’approfondis mes recherches et finis sur la page Facebook de ce cher « Austin Ryan ». Il y a posté, il y a seulement quelques jours, son dernier morceau. Je lance la chanson et suis instantanément hypnotisée par sa voix.
Emy disait que ça n’avait rien à voir avec la musique de son ancien groupe, elle avait bien raison. Elle préfère la soupe commerciale que lui servait le groupe d’adolescents, mais cette musique-là est différente. Ses compositions débordent de sincérité et je ferme les yeux pour me concentrer sur cette voix grave et douce à la fois.
Ses paroles sont fortes et justes.

« We were just kids when we first met,
People say we’re too young to understand,
But I know that I loved you more than I loved myself,
And now I’m lost and you left my heart empty.
An empty heart is all I’ve left,
While he gets to hold you in his arms
I can’t breathe, I can’t live,
Knowing you’re there with him
You keep telling me how much you love him
That I was nothing but a mistake,
A way to pass time, waiting for him
But I need to tell you,
Yes, I have to tell you,
You meant the world to me
I would have reached the moon for you,
I would have been what you wanted me to be
I just needed you to love me
An empty heart is all I’ve left,
While he gets to hold you in his arms
I can’t breathe, I can’t live,
Knowing you’re there with him »
J’écoute chaque morceau de l’album plusieurs fois, pour mieux en absorber la mélodie, les paroles et la voix. Chaque phrase, chaque mot résonne et me reste en tête. Il y a longtemps que je n’avais pas autant aimé un album.
Je repense à mon fol après-midi. Je n’avais pas entendu parler d’Austin Ryan ni de son ancien groupe, les Madness Brothers, depuis des années.

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