Où que tu sois
174 pages
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Description

“C’est toujours d’une journée banale que naît une catastrophe. Hisae sait mieux que quiconque que le quotidien le plus ordinaire peut rapidement virer au cauchemar. Lors d’un incendie qui aurait pu lui coûter la vie, la jeune femme est secourue par un pompier dont elle ne connaîtra que les yeux. S’ensuit alors une recherche obsédante pour retrouver son sauveur. Malheureusement, sa quête s’avère être bien plus compliquée que prévu... Hisae essaiera tant bien que mal de retrouver une vie normale, mais, partout où elle ira, elle croisera le chemin d’un motard aussi mystérieux que l’homme qui hante son esprit. Entre la poursuite d’un soldat du feu qui la fuit et son attirance pour un inconnu sur deux-roues, Hisae ira d’espoirs en déceptions.


Réussira-t-elle à percer l’identité de ces deux étrangers ?”

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 6
EAN13 9782492518034
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0052€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Ce texte est une œuvre de fiction. Toute ressemblance avec des personnes vivantes ou mortes, des lieux ou des évènements réels n’est que pure coïncidence pour laquelle l’aute ure décline toute responsabilité .
Ce livre contient un langage de la rue ainsi que des scènes à caractère sexuel, pouvant choquer la sensibilité des plus jeunes.
Il est destiné à un public averti
© Elixa Vidu, 2020, Var
ISBN : 978-2-492518-03-4
EAN : 9782492518034
Dépôt légal : Décembre 2020
Distributeur  : © WōW Éditions , collection auto-édition
Création de la mise en page et graphisme de couverture : PoliGraph
Crédit photographique : ©Shutterstock, ©Rocksweeper

Sommaire
Prologue
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 19
Chapitre 20
Chapitre 21
Chapitre 22
Chapitre 23
Chapitre 24
Chapitre 25
Chapitre 26
Chapitre 27
Chapitre 28
Chapitre 29
Chapitre 30
Chapitre 31
Chapitre 32
Chapitre 33
Chapitre 34
Chapitre 35
Chapitre 36
Chapitre 37
Chapitre 38
Chapitre 39
Chapitre 40
Chapitre 41
Chapitre 42
Chapitre 43
Chapitre 44
Chapitre 45
Chapitre 46
Chapitre 47
Chapitre 48
Chapitre 49
Chapitre 50
Chapitre 51
Chapitre 52
Chapitre 53
Chapitre 54
Chapitre 55
Chapitre 56
Chapitre 57
Chapitre 58
Chapitre 59
Chapitre 60
Chapitre 61
Chapitre 62
Chapitre 63
Chapitre 64
Chapitre 65
Chapitre 66
Chapitre 67
Chapitre 68
Chapitre 69
Chapitre 70
Épilogue
Chapitre Bonus
Remerciements


Prologue
Je tire le frein à main et coupe le moteur avant d’attraper mon sac, sagement posé sur le siège passager. Je descends de ma voiture et entre dans le haut bâtiment qui renferme une multitude de sociétés différentes. Je prends un ascenseur pour me rendre à mon étage malgré ma phobie : je suis claustrophobe et monter dans cette boite à sardine est, chaque jour, un supplice. Direction le huitième étage.
À chaque palier, du monde monte et descend, une vraie ruche. Mon angoisse grandit au fur et à mesure que la cabine se remplit mais je prends sur moi. Prendre les escaliers me vaudrait quelques suées et je ne voudrais pas sentir le poney avant de commencer le travail.
Je salue les quelques visages connus et offre un simple sourire aux autres. Quand les portes s’ouvrent enfin sur mon étage, je me fraye un passage à travers la masse compacte contenue dans la cabine. Je sors juste avant que les portes ne se referment.
— Salut Izy ! s’exclame Julie, ma collègue et amie, en passant son bras autour de mon cou.
— Oh, blondasse ! lui lancé-je avec un immense sourire carnassier.
Mon amie rigole tout en me racontant les derniers potins de l’étage.
— Mick est parti avec Juliette hier soir. Ils ont été vus ensemble sur le parking... m’informe-t-elle en jouant des sourcils de manière suggestive.
Ces ragots la font rire mais je n’y prête aucune attention. Chacun fait bien ce qu’il veut. Mais ça alimente les conversations, alors j’écoute gentiment.
— Non, vraiment ? lui réponds-je de manière exagérément intéressée.
— Oui ! Et prends pas ce ton là avec moi, microbe !
Ce surnom... Comme si faire un mètre-cinquante-cinq était une raison valable pour m’attirer tous les termes faisant référence à ma (petite ?) taille.
— Arrête de m’appeler comme ça ! ronchonné-je en me dégageant de son bras pour poser mes affaires sur mon bureau.
— Alors arrête de faire référence à mes cheveux...
Ok, je l’ai mérité...
Julie continue sa liste d’infos jusqu’à ce que la tête de notre patronne apparaisse à la porte de son bureau. Depuis son poste d’observation, en mezzanine au-dessus de notre « Open Space », elle a une vue imprenable sur les petits récalcitrants qui ne seraient pas en plein travail.
Je plonge mon nez dans mon écran, même si mon ordinateur est encore éteint, pour ne pas me faire prendre. Bah ouais, je suis une flippette...
Une fois mon poste mit en route, mon casque sur la tête, les premiers appels arrivent. J’écoute les plaintes des clients au fil des heures et essaie de les aider au mieux. Je regarde l’heure et coupe la ligne pour ne plus recevoir de nouvel appel. C’est l’heure de manger !
Je rejoins Julie et une bande de collègues devant les ascenseurs. Le réfectoire est au dernier étage et nous offre une terrasse sur le toit : le pied total ! Nous avons une magnifique vue sur le lac d’Annecy au loin, que demander de plus ?
Plateau en main, nous cherchons une table libre avec un parasol. Le soleil cogne encore assez fort ici, même en septembre. Je m’installe entre mon amie et Lucas. Un serial-dragueur qui cherche par tous les moyens à me mettre dans son lit. Mais je résiste, envers et contre tout. Je refuse de faire partie de ses victimes ! Question de principe.
Après le repas, nous redescendons à notre étage. Sur le chemin, Lucas persiste.
— Tu ne sais pas ce que tu rates Izy, je suis le meilleur coup que tu ne connaîtras jamais, me glisse-t-il à l’oreille d’une voix séductrice.
— Je prends le risque Lucas, j’aime vivre dangereusement ! lui réponds-je avec une petite tape sur l’épaule.
Je le laisse planté là, avec son sourire en coin. Je sais qu’il n’en a pas fini avec moi mais je suis fière de ma répartie.
Je m’assois sur ma chaise et remets mon casque sur les oreilles. Le doigt flottant au-dessus du bouton pour réactiver la ligne, un mauvais pressentiment me saisit. La seconde suivante, une alarme retentit. Je repose ma main sur mon bureau et regarde autour de moi la réaction de mes collègues. Personne ne se presse, tout le monde finit sa communication. J’aperçois Julie, trois rangs plus loin, qui me fait des signes pour attirer mon attention. Je la vois hausser les épaules et les sourcils. Elle veut savoir ce qu’on fait... Je ne le sais pas plus qu’elle. Une petite pause gratuite ne serait pas de refus mais la cohue dans les escaliers, descendre et remonter les étages à pied... Bah oui, chez nous, les ascenseurs ne sont remis en route qu’une fois le personnel revenu en poste...
— Mademoiselle, il faut quitter les lieux ! m’ordonne un agent de sécurité qui passe à côté de moi.
— Oui, tout de suite.
Autour de moi, tout le monde se lève. Je souffle en me laissant tomber dans le fond de mon siège. Comme quelques autres rebelles, je tarde à bouger. L’endroit se vide petit à petit et l’alarme continue de nous agresser les oreilles. Je rejoins mon amie à son bureau, accompagnée de Lucas et trois autres personnes. Je lève les yeux et vois la patronne derrière son écran, insensible à l’alerte.
— Je vais la chercher, informé-je les autres en me dirigeant vers les escaliers.
Je gravis les marches une à une et frappe à la porte de son bureau.
— Oui ?
Je passe la tête avant de prendre la parole.
— La sécurité veut que tout le monde sorte Maryse, vous venez avec nous ?
— Oui, je vous suis dans une minute, me répond-t-elle sans même quitter son écran des yeux.
Je me tourne vers les autres, en bas, en levant à mon tour les épaules. Je ne sais pas quoi faire. Faut-il l’attendre ou partir ?
Une odeur désagréable envahit mes narines et je tourne la tête pour en trouver l’origine. Les cris de peur de mes collègues, plus loin, m’aident rapidement... Un feu nous bloque l’accès aux escaliers. Ce n’était pas une fausse alerte, et nous sommes pris au piège...



Chapitre 1
Je rejoins le petit groupe qui s’est tassé au centre de l’Open Space. L’agitation générale m’empêche de comprendre un traître mot de ce qui se dit. Je sens mon rythme cardiaque battre la chamade. Je regarde tout autour de moi et tout ce que je vois, ce sont les baies vitrées ou les flammes.
Je tourne la tête vers le bureau de Maryse. Elle a toujours le nez plongé dans son écran, ignorant totalement le désastre qui se joue à quelques mètres d’elle. J’hésite à retourner la voir et finalement renonce. Elle ne m’a pas écoutée ni suivie la première fois, elle ne le fera pas plus maintenant. À croire qu’elle préfère brûler vive plutôt que de laisser son travail en plan. Elle est complètement cinglée…
Je reporte mon attention sur mes collègues qui n’arrivent toujours pas à se mettre d’accord sur la marche à suivre. L’issue la plus proche est inaccessible, mais elle n’est pas la seule. Nous devons traverser tout l’étage pour accéder à la seconde. Étage qui se trouve être extrêmement grand.
Je finis par pousser un cri pour me faire entendre et obtenir le silence.
— Il faut aller à l’autre escalier ! annoncé-je.
— Ouais mais on y va comment Izy ? T’es au courant qu’on va avoir des portes potentiellement fermées sur la route ? déclare Lucas.
Je le regarde et fronce les sourcils. Depuis quand ce mec est un trouillard ?
— C’est ça ou crever calcinés ici, tu choisis quoi beau gosse ? lui demandé-je agacée.
Mon ton l’empêche de poursuivre. Tout le monde se tait et accepte de prendre le risque d’aller chercher l’autre escalier.
Je refuse de mourir brûlée vive au boulot !
Nous attrapons tous les extincteurs de notre espace de travail et avançons vers la sortie. Les flammes ne sont qu’à cinq ou six mètres de la porte. Il fait déjà une chaleur atroce ici, alors j’ai peur de la température qu’il fera là-bas. Je prends l’un des tubes en métal rouge et fonce vers le bureau de Maryse. Je ne peux pas la laisser sans rien.
J’entre sans frapper, ce qui a pour effet de lui faire relever la tête d’agacement.
— Je peux savoir pour qui vous vous prenez ? me gronde-t-elle.
À cet instant, je n’en ai plus rien à carrer de me faire taper sur les doigts. Qu’elle s’énerve, qu’elle me vire même.
— Je vous apporte un extincteur Maryse mais si vous voulez, je vous laisse brûler sans aucune défense.
Je lui lance un regard de défi et ma patronne semble se rendre compte du sérieux de la situation. Elle regarde en bas et voit enfin le feu. Ses yeux s’agrandissent d’effroi. Son regard se pose sur moi puis sur son ordinateur, à nouveau sur le feu et enfin s’arrête sur moi.
J’attends qu’elle se décide et commence à perdre patience. Je vois qu’un combat intérieur la travaille.
— Bon, je vous laisse ça là, dis-je en posant l’extincteur par terre, si vous voulez nous suivre, on y va, maintenant !
Sur ces mots, je fais demi-tour et sors du bureau. Je dévale les marches. En arrivant en bas, je me retourne et regarde le bureau de ma patronne. Elle m’observe avant de retourner à son ordinateur. Elle est complètement folle !
— On y va ! annoncé-je au groupe en passant à côté d’eux.
Je me rends aux toilettes et tout le monde me suit. Je retire mon chemisier, ce qui provoque les sifflements de Lucas. Je le fusille du regard avant de passer le tissu sous l’eau et de le remettre.
— Si vous voulez éviter que vos vêtements prennent feu, je vous conseille de faire comme moi.
J’ai vu ça une fois à la télé. Je ne sais pas si c’est réellement utile mais dans le doute, je le fais. Je n’ai pas de temps à perdre à aller vérifier sur internet. Je retire mon pantalon en coton et le passe sous l’eau tandis que mes collègues retirent leurs hauts. Je me dandine comme un ver de terre pour le remettre. J’aurais mieux fait de passer mes jambes une à une sous le robinet, tiens.
Une fois tout le monde mouillé, nous retournons à l’Open Space et marchons en direction de la sortie. Il fait de plus en plus chaud et je sens mes vêtements sécher au fur et à mesure de notre progression. Nous passons vite la porte et courons dans le couloir, loin du feu. Je me retourne et constate que les flammes proviennent de la cage d’escalier. Aucun regret, on ne peut vraiment pas l’emprunter.
Je ne me suis jamais aventurée par ici, je ne sais pas où nous devons aller.
— On va où maintenant ? demandé-je à mes collègues.
— Je ne sais pas…
— Aucune idée…
— Je ne suis jamais venu…
Les autres secouent la tête en signe d’ignorance. En même temps, ce couloir est celui des responsables. À moins d’avoir de gros problèmes, nous n’avons pas de raison de venir ici.
C’est donc à l’aveuglette que nous avançons, ne sachant pas du tout où aller pour accéder à l’autre ascenseur. Nous savons qu’il existe, c’est tout.
Arrivés à une intersection, deux choix s’offrent à nous : en face ou à droite. Nous choisissons d’aller tout droit et espérons ne pas nous tromper.
Il fait moins chaud ici mais l’air est envahi par la fumée. Ma gorge me fait sérieusement mal et mes yeux me brûlent. Nous avons tous monté notre col au-dessus de notre nez mais nous toussons énormément.
À l’angle d’un couloir, nous voyons apparaître plusieurs silhouettes sombres. Nous nous arrêtons pour voir de qui il s’agit. Une grosse quinte de toux me saisit et me plie en deux. Je me tiens au mur pour reprendre mon souffle. Il devient de plus en plus compliqué de respirer. Quand je me redresse, les silhouettes sont devenues des pompiers.
On est sauvés !
C’est la première chose qui me vient en tête. Ces soldats du feu sont venus nous sortir de l’enfer.
Nous les entendons communiquer, à l’aide d’une radio certainement, pour signaler notre présence. Mes collègues avancent en courant vers eux alors que moi je pense à Maryse. Je me retourne et regarde le couloir d’où je viens. J’observe les pompiers avant de courir en sens inverse, rebroussant chemin. Je vais chercher ma patronne, aussi désagréable soit-elle, elle ne mérite pas de mourir.
Derrière moi, j’entends l’un des pompiers m’appeler et me dire de m’arrêter. J’essaie d’accélérer mais mes talons hauts m’en empêchent. Alors que je suis presque à mon but, une main m’attrape le poignet.
La prise m’arrête net dans ma course. Je bascule en arrière et atterris dans les bras de mon sauveur. Je l’entends respirer fort dans son masque pour reprendre son souffle.
— Vous allez où comme ça ? me demande-t-il.
— Ma patronne… réussis-je à répondre entre deux quintes de toux.
Le pompier regarde la direction dans laquelle j’allais puis celle d’où l’on vient. À travers la visière de son masque, je ne distingue que ses yeux. Ils sont d’un bleu extrêmement clair, glacial, polaire. Ils contrastent avec l’atmosphère enfumée par les flammes.



Chapitre 2
Son regard restera à jamais gravé en moi. Mais ça, à cet instant, je ne m’en rends pas compte. J’admire ses yeux qui me détaillent, cherchant à comprendre ma réaction. Je ne la comprends pas moi-même. Pourquoi être partie à la recherche d’une femme qui m’effraie et qui a refusé de nous suivre, quitte à mourir brûlée vive ? Aucune idée. Ma bonne conscience très certainement. Un jour, mon besoin de bien agir aura ma peau. C’est peut-être d’ailleurs le cas aujourd’hui. Avec ma fuite, j’ai peut-être signé mon arrêt de mort et celui de ce pauvre pompier venu à mon secours. Je plonge mes yeux une dernière fois dans les siens, essayant de les graver à jamais dans mon esprit, même si, en réalité, ils sont déjà imprégnés en moi.
— Sauriez-vous retourner auprès des autres ? me demande le soldat du feu, qui me tient toujours le poignet.
Je hoche la tête de façon affirmative. Je tente de respirer du mieux possible mais parler est trop dur et trop douloureux.
— Allez-y alors, je m’occupe d’elle.
Sa main me libère de son étreinte et malgré la chaleur ambiante, j’ai froid à notre point de contact. Je le regarde s’éloigner en direction de mon ancien espace de travail. Mon héros disparaît dans la fumée aussi silencieusement que s’il n’avait jamais été là.
Je reviens sur mes pas, me tenant au mur. Il est de plus en plus difficile de tenir debout et de respirer. J’avance doucement et me demande comment j’ai bien pu faire pour courir. J’envisage une seconde de retirer mes talons mais réalise vite que le carrelage doit être brûlant. Encore un pas…
D’un coup, un bruit effroyable se fait entendre. Quelque chose est tombé et un cri l’a accompagné. Un cri masculin…
Oh mon dieu…
Dans mon esprit s’imprime l’image de mon pompier, allongé sur le sol. Sans réfléchir (encore une fois…), je cours en direction du vacarme. Mes jambes ont du mal à me porter mais je pousse mes capacités aussi loin que je peux.
À l’entrée de l’Open Space, un amas de débris jonche le sol. Sur la droite, je vois le masque du pompier. Je suis à trois mètres de lui et pourtant je vois parfaitement ses yeux effrayés.
Je soulève les barres qui tiennent normalement le plafond ainsi que les plaques de placo, une barre de néon et le voilà enfin libre.
— Merci… me dit-il essoufflé.
Un peu plus loin, sur le sol, gît le corps de Maryse. Je tente de m’en approcher mais le pompier m’en empêche. Son casque fait des va-et-vient de gauche à droite. Elle est morte…
Oh mon dieu…
Le soldat m’aide à me relever et nous remontons le couloir. La traversée me paraît durer une éternité. Quand nous arrivons enfin au bout, il n’y a plus personne. Logique. Nous empruntons la cage d’escaliers et rejoignons le rez-de-chaussée avant d’enfin sortir de cet enfer.
Dehors, c’est l’effervescence. Il y a du monde partout. Des pompiers, la police, le samu et des civils. Tout le monde s’agite dans tous les sens, tandis que mon héros et moi ne bougeons pas, figés devant les portes du bâtiment.
Rapidement, des infirmiers nous voient et viennent à notre secours.
— Mademoiselle, venez, m’ordonne l’un d’eux en me tirant vers une ambulance.
Ma main finit par lâcher le bras de ce pompier qui m’a sauvé la vie. Je le regarde avant qu’il ne soit emmené lui aussi, loin de moi. Il se tient les côtes et marche le dos courbé. Je veux savoir s’il va bien, s’il s’en remettra. Je ne veux pas qu’on l’éloigne de moi.
Un dernier regard pour cet homme, que j’ai sorti des décombres d’un plafond effondré. Mon regard rencontre le sien. Son visage est toujours dissimulé par son masque à oxygène, puis il disparaît derrière un camion de pompier. Je ne sais pas où il va, je ne sais pas si je le reverrai, je ne sais rien. Cette idée m’angoisse et je me débats de la prise de l’infirmier pour tenter de rejoindre mon pompier mais l’homme me tient fermement. Impossible de m’échapper.
— Calmez-vous, c’est fini, vous êtes sortis.
Je sais que je suis sortie. Non, je ne fais pas une crise de panique. Je regarde l’infirmier qui tente de me faire asseoir à l’arrière de l’ambulance pour m’ausculter. Ce qu’il découvre sur mon visage remplit le sien de compassion.
J’ai une sale gueule à ce point-là ?
Il ne me laissera pas partir alors je capitule et fais ce qu’il me dit. Je m’assois et le laisse m’examiner et immédiatement un masque à oxygène atterrit sur mon visage.
Je retrouverai ce pompier, je m’assurerai qu’il va bien, je le remercierai et je lui présenterai mes excuses. À cause de moi, il a failli mourir. Si je n’étais pas revenue… Cette simple idée me retourne l’estomac. D’un geste vif, je pousse l’infirmier sur le côté et vomis sur le bitume.
Je ne me sens pas bien. L’homme me regarde et me fait monter sur le brancard.
— On vous transporte à l’hôpital.
Parfait, je retrouverai mon soldat du feu là-bas !
Je monte donc docilement et m’allonge sur le brancard. Je tousse énormément mais l’oxygène du masque me fait du bien.
***
À l’hôpital, je subis toute une batterie d’examen et de traitement. Je passe une bonne partie de ce temps dans le coltard, incapable de me rappeler de ce qu’il se passe. Je suis restée hospitalisé deux jours pour surveiller mon évolution. Le médecin m’a dit que j’avais eu énormément de chance, que j’aurais pu en mourir. Sa remarque m’a glacé le sang. Je revois le corps de Maryse étendu sur le sol…
La police est venue me poser des questions mais je n’ai rien pu leur dire de plus que ce qu’ils ne savaient déjà. Julie était à quelques chambres de moi mais a pu sortir avant moi.
J’ai essayé d’avoir des informations sur l’état de santé de mon pompier mais personne n’a voulu me répondre. Je ne sais même pas s’il se trouve dans le même hôpital que moi. Je ne sais pas si son état était grave. Personne n’accepte de me donner la moindre information parce que je ne suis pas de la famille. J’ai pourtant harcelé tout le personnel de l’hôpital, aussi bien le service de jour que celui de nuit. Rien à faire, c’est peine perdue.
J’emballe mon pyjama dans mon sac de sport pendant que Julie et son copain m’attendent dans le couloir. Je sors enfin de cette prison. Bon ok, ils m’ont sauvé la vie, mais leur silence face à mes questions m’agace.
Je sors de la chambre et rejoins le petit couple. Ils sont adorables. Quentin tient son amoureuse dans ses bras, tandis que son visage, à elle, est blotti dans le creux de son épaule. Je souris devant ce spectacle qui m’attendrit autant qu’il me rend jalouse. Moi, personne ne m’attend à la maison. Pas même un animal de compagnie. L’avantage, c’est que personne n’a ressenti mon absence. Enfin, est-ce vraiment un avantage ? Bref.
Je me racle la gorge pour leur signaler ma présence et mon amie sort de sa cachette douillette. Elle me lance un sourire désolé avant de passer son bras autour de mes épaules.
— En route mauvaise troupe ! déclare-t-elle guillerette.


Chapitre 3
Je déteste les hôpitaux. Depuis que ma meilleure amie a eu un cancer du sein et y a passé le plus clair de son temps, je les ai en horreur. J’allais la voir aussi souvent que possible et les hôpitaux sont devenus, pour moi, signe de maladie, de tristesse. Je n’arrive pas à voir les belles choses qu’on peut y faire.
En arrivant chez moi, je constate que Julie a fait un grand ménage. Il n’y a plus rien qui traîne, pas même un grain de poussière sur la télé. Je la remercie chaleureusement avant d’aller m’affaler dans mon canapé douillet.
Je ferme mes yeux pour profiter du calme qui règne. Dans un hôpital, le calme, ça n’existe pas vraiment. Alors je savoure le silence.
Enfin, jusqu’à ce que j’entende, au loin dans la rue, une sirène de pompier. Je me redresse d’un seul coup.
Mon pompier…
Je n’ai qu’une envie : trouver ce camion et passer chaque occupant au peigne fin pour retrouver le propriétaire des yeux de celui qui m’a sauvé la vie. Mais il faut être réaliste, je ne trouverai jamais ce camion, le bruit est bien trop lointain…
Je sais que c’est complètement dingue, mais j’ai besoin de le retrouver, de le revoir, de le remercier et de m’excuser d’avoir mis sa vie en danger.
— Ça va, ils ne viennent pas pour nous cette fois, détends-toi, me dit Julie croyant que j’ai pris peur.
Je regarde mon amie et me demande si je dois lui révéler la vraie raison de mon sursaut. Elle me prendrait pour une folle si je le lui disais, alors je m’abstiens et prétends qu’elle a vu juste.
Les sirènes des camions de pompiers ne m’effraient pas, bien au contraire. Elles m’attirent. Elles me donnent envie de les suivre, de le retrouver.
Je sors sur mon micro balcon et regarde la rue qui s’étend à l’horizon. Aucune trace des gyrophares bleus ou d’un quelconque camion rouge. Je reste là, respirant l’air frais de l’extérieur. Julie me rejoint et sa caresse dans le dos m’arrache un sourire reconnaissant.
— Izy, il faut que je te parle d’un truc, me confie mon amie.
Vu sa mine embarrassée, je sens que ce n’est pas une bonne nouvelle. Je délaisse la vue pour lui faire face, inquiète.
— Pendant que tu étais hospitalisée, nous avons reçu une convocation.
Julie me tend une enveloppe blanche avec un bordereau d’accusé de réception. J’observe le courrier puis mon amie, perdue. Mes sourcils froncés l’incitent à m’expliquer.
— La tienne a été déposée pendant que je faisais le ménage, la factrice n’a pas demandé de carte d’identité et me l’a donné sans vérification. J’ai déjà ouvert la mienne et c’est la boîte qui nous demande de venir dans un local municipal.
— Pourquoi ? demandé-je.
Je ne comprends rien, qu’est-ce qu’on a bien pu faire pour être convoquées de la sorte ? Ensemble ?
— Lucas pense que nous allons tous être mis sur la touche. Tout a grillé en même temps que notre étage.
Des images de Maryse, étendue sur le sol, m’apparaissent par flashs. Je secoue la tête pour m’en débarrasser. S’y succèdent celles de mon pompier sous tout un tas de débris, pris au piège. Mon stress monte en flèche, me demandant si j’ai rêvé de l’avoir sauvé. J’ai besoin de le voir pour m’assurer qu’il va bien.
Julie me secoue le bras et me fait revenir sur terre. Son regard inquiet me touche et je la rassure en lui promettant que je vais bien.
— Mouais, me répond-t-elle pas du tout convaincue.
— Quand aura lieu notre pénitence ? lui demandé-je pour changer de sujet.
— Après demain.
Oh punaise. Je viens à peine de sortir de l’hôpital qu’on m’envoie déjà au purgatoire. Achevez-moi !
Je souffle d’agacement avant de faire à nouveau face à la ville qui s’étend à mes pieds. En tendant l’oreille, je remarque une nouvelle sirène résonner dans l’air. Je n’avais jamais remarqué combien les soldats du feu pouvaient être sollicités.
Après un dernier regard aux voitures qui circulent paisiblement, je rentre et m’affale sur mon canapé. Télécommande en main, je me mets à zapper compulsivement. Aucune image n’attire mon attention, aucun programme ne trouve grâce à mes yeux. Je finis par m’arrêter sur une rediffusion d’un épisode de Grey’s Anatomy . Un classique mais qui a le mérite de retenir mon attention.
***
Quand j’ouvre les yeux, la pièce est plongée dans l’obscurité totale. Je m’étire, détendant mes muscles mis à mal, recroquevillée sur le divan. Après un grand bâillement, je me frotte les paupières et cherche mon amie des yeux. Mon attention est attirée par un morceau de papier posé sur la table basse devant moi. Je m’en empare et reconnais l’écriture de Julie.
“Tu dormais si bien, je n’ai pas osé te réveiller. On se voit mercredi à la convoque.”
Je m’empare de mon téléphone et hallucine en voyant l’heure. Il est 4h du mat’ ! Je me lève, vacille, me rattrape au dossier de la banquette et prends la direction de ma chambre. Je ne cherche pas à réfléchir à quoi que ce soit, je retire tout et me glisse sous les draps. Je me préoccuperai de ma douche demain.
Je tourne dans le lit à la recherche des bras salvateurs de Morphée. Sur le dos. Sur le ventre. Sur le flanc droit. Gauche. De nouveau sur le dos. Rien à faire, ce traître m’a abandonné !
Je souffle en regardant le plafond. Qu’est-ce que je peux bien faire au beau milieu de la nuit pour m’occuper franchement ?
Une idée, stupide très certainement, me vient en tête. Je me lève, choppe un plaid et vais m’installer devant mon ordinateur. Je vais sur Google et tape dans la barre de recherche “incendie Annecy” dans l’espoir d’avoir une quelconque info sur ce qu’il s’est passé.
Des tas d’articles relatent l’événement. Tous disent la même chose sur les blessés : un employé mort, trois pompiers grièvement blessés. Aucune autre information sur ces soldats du feu.
Je file sur Facebook et cherche la page officielle de la caserne. Je déchante en m’apercevant qu’il n’y a pas une mais cinq casernes. Merde…
Je fais défiler le fil d’actualité de chacune d’elle, aucune ne parle de ces hommes blessés, aucune n’évoque le feu qui a ravagé un immeuble accueillant une multitude d’entreprises.
Je passe en revue les photos à la recherche des yeux de mon inconnu. Beaucoup ont les yeux bleus mais comment les reconnaître comme ça ? Impossible.
Agacée, je referme l’écran de mon ordinateur et pars prendre une douche. Faut que je me détende.
Le jet d’eau est froid, avant de se réchauffer progressivement. J’ai toujours aimé les douches brûlantes mais plus la température monte, plus je sens un malaise me gagner. Ma respiration se fait difficile, ma tête me tourne, mes jambes flageolent. La panique me gagne.
Je coupe l’eau d’un coup sec et ouvre la porte de la douche en la faisant claquer contre le mur. J’attrape ma serviette et m’écroule sur le sol, enroulée dans ma semi-protection. Tremblante, je reste là, assise. Sans bouger.


Chapitre 4
La salle municipale s’avère être un gymnase. J’entre dans l’édifice, accompagnée de Julie et découvre que tout un tas de nos collègues sont déjà présents dans le hall.
— On a tous été convoqué ? demande une secrétaire.
— Visiblement, lui répond un informaticien blasé.
Toujours à considérer les autres comme des décérébrés ceux-là. Je le regarde avec dédain, avant de sourire à la petite rousse à lunettes qui rougit à vue d’œil. La pauvre…
Nous attendons une bonne dizaine de minutes, tous agglutinés dans cet espace pas du tout prévu pour recevoir autant de monde. Je reçois des coups de coude, de genou et d’épaule. Merci ma taille de lilliputienne…
Quand enfin les portes s’ouvrent, nous avançons tel un troupeau de moutons sur le terrain en résine verte. Des buts encadrent la salle et des paniers relevés au plafond nous accueillent, espérant nous voir les utiliser.
— Installez-vous dans les gradins, nous ordonne quelqu’un dans un haut-parleur.
Je balaie l’espace des yeux et vois notre PDG au cœur de cet espace vide, un micro à la main et des amplis à ses pieds.
Je suis docilement ses ordres et m’installe avec ma collègue sur un des bancs du milieu. Je regarde Julie, lui demandant si elle comprend ce qu’il se passe. Son haussement d’épaules me prouve que je ne suis pas la seule paumée ici.
— Bonjour à tous, dit notre directeur une fois tout le monde assis.
Le silence se fait, plus personne ne prononce le moindre mot, ni n’ose respirer.
— Je vous ai convoqué aujourd’hui pour vous parler de l’incendie et de la suite des événements.
Nos locaux et nos ordinateurs, seuls instruments de travail de la société, ont tous été détruits. Les archives papiers sont sans doute parties en fumées elles aussi, nous sommes donc tous dans l’inconnu total sur notre avenir professionnel.
— En ce qui concerne l’incendie, poursuit l’homme en costume devant nous, il s’est déclaré dans la cage d’ascenseur, à notre étage. Un circuit électrique a provoqué le feu. Nous avons été les premiers touchés.
C’est un sacré truc à encaisser. Nous sommes les premières victimes de l’incendie et si nous avions suivis la procédure en cas d’alerte, comme la plupart des gens présents ici, nous n’aurions pas eu à subir de traumatisme.
— Des rumeurs courent et je voulais vous informer que, oui, Maryse Blano est décédée sur les lieux. Un pompier a été sévèrement blessé en tentant de la sauver.
Je me redresse, tous les sens en alerte. Mon pompier…
— Fort heureusement, il s’en est tiré. Je vous demanderais de respecter une minute de silence à la mémoire de notre collègue.
Un poids, que j’ignorais avoir, me libère d’un seul coup. Je respire à pleins poumons, profitant d’une puissance nouvelle. Les yeux fermés, je sens mes mains trembler de soulagement. Une larme de joie m’échappe quand je rouvre les paupières.
— Merci. En ce qui concerne notre avenir, il est bien sombre.
Je fronce les sourcils, me demandant ce qui va bien pouvoir nous tomber dessus cette fois.
— Nous fermons temporairement. D’ici à ce que l’assurance nous rembourse, nous aurons perdu bien trop de temps et d’argent. Vous êtes, tous, actuellement inscrits à Pôle Emploi. Ils assureront vos salaires en attendant que les choses se remettent en place.
Je cligne des yeux, essayant d’assimiler l’information. Je suis au chômage, virée par un feu…
— Je vous prie de bien vouloir nous excuser de ce désagrément, nous en sommes profondément désolés. Profitez de ces vacances forcées pour vous détendre, pour certains d’entre vous, continue-t-il en posant son regard sur chacun de ceux restés pendant l’incendie puis inclinant la tête respectueusement vers moi, remettez-vous de votre traumatisme.
Ses yeux plongés dans les miens, il poursuit.
— Vous avez vécu un moment atroce, vu des choses perturbantes. Il vous faudra certainement du temps pour vous en remettre et je suis de tout cœur avec vous.
Je hoche la tête en remerciement. Après un très bref sourire, son regard recommence à passer d’un employé à l’autre.
— Je tenais à remercier particulièrement les personnes restées auprès de Maryse, essayant de la faire sortir. Malheureusement, son dévouement au travail lui aura coûté la vie et aura mis les vôtres en danger.
Un frisson me parcourt de la tête aux pieds. Je me revois déposer l’extincteur et abandonner ma patronne. Si j’avais insisté davantage, peut-être serait-elle encore en vie…
— Sachez que rien n’est de votre faute, la mort de Maryse est de sa faute à elle et à elle seule, pas la vôtre, conclut-il comme s’il avait lu dans mes pensées.
Sur ces mots, notre PDG nous souhaite une bonne fin de journée et sort du gymnase. Tout le monde se regarde, ahuri. Un brouhaha commence à s’élever doucement, les plaintes de chacun se font entendre progressivement. Petit à petit, les voix de mes collègues résonnent tant sur les murs, qu’il m’est impossible de comprendre quoi que ce soit. Même les mots que Julie crie sont incompréhensibles.
Mon amie me tire par la main pour me faire sortir de cet endroit qui grouille de gens mécontents. De quoi se plaignent-ils franchement ? On garde notre salaire et nous restons à la maison. Ces gens sont complètement maso !
Dehors, l’air frais s’engouffre dans mes cheveux et détend mes muscles. Je n’avais même pas réalisé combien j’étais tendue pendant la réunion. Je renverse la tête en arrière et ferme les yeux, profitant des rayons de soleil.
“ Malgré ses blessures, il s’en est tiré”. Je me repasse les mots de mon directeur en tête, soulagée d’avoir enfin des nouvelles de l’homme qui m’a sauvée, de bonnes nouvelles. Maintenant que je sais qu’il est en vie, qu’il va bien, je dois aller le remercier en personne.



Chapitre 5
Je marche d’un pas lent jusqu’à la voiture, laissant mon esprit divaguer. Je me demande comment je vais bien pouvoir occuper mes journées. Comment je vais faire pour retrouver mon pompier ? Cinq casernes, ça fait combien de pompiers ça ?
Au loin, une sirène hurle et des gyrophares apparaissent au-dessus des voitures. Je m’arrête, attendant que le véhicule approche. J’ai toujours admiré le courage de ces soldats du feu, prêts à risquer leur vie pour sauver celle des autres. Mais aujourd’hui, cette admiration est devenue une véritable fascination.
Quand je vois une voiture de police en approche, je détourne le regard, très peu intéressée par eux. Non, moi ce que je veux...

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