Passé (pas si) simple
200 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Passé (pas si) simple , livre ebook

-

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
200 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Jeune kiné à Paris, Alix mène une vie morne et pour le moins ennuyeuse, jusqu'au jour où elle décide de changer radicalement cette routine. Tentant le tout pour le tout, elle postule dans une clinique en Suisse afin de se rapprocher de son frère Sam. Cependant, rien ne se déroule comme prévu à son arrivée. Et pour cause, elle qui avait l'habitude de s'occuper de jeunes enfants n'envisageait pas un seul instant devoir babysitter le trentenaire le moins coopératif et le plus sexy de la clinique Riddes. Cette rencontre extrêmement improbable annonce des étincelles, mais est-elle le fruit du hasard ou bien les fils du destin ont-ils été tirés sciemment ?

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 2
EAN13 9782493219312
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0037€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

PassÉ
(pas si)
simple
 
Linda Catherine
PassÉ
(pas si)
simple
 
 
« Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. L’auteur ou l’éditeur est seul propriétaire des droits et responsable du contenu de ce livre. Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon, aux termes des articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. »
©2021, Linda Catherine
Édition : Plumes de Mimi éditions, 122 rue de l’Argonne, 62117 Brebières.
Siret : 84469800100014
Dépôt légal : 12/2021
ISBN numérique : 978-2-493219-31-2
ISBN papier : 978-2-493219-32-9


Du même auteur
 
Passé (si) compose
 
Passé (plus que) parfait
 
 
 
 
 
 

 
Table des matières

Prologue
Chapitre   1
Chapitre   2
Chapitre   3
Chapitre   4
Chapitre   5
Chapitre   6
Chapitre   7
Chapitre   8
Chapitre   9
Chapitre   10
Chapitre   11
Chapitre   12
Chapitre   13
Chapitre   14
Chapitre   15
Chapitre   16
Chapitre   17
Chapitre   18
Chapitre   19
Chapitre   20
Chapitre   21
Chapitre   22
Chapitre   23
Chapitre   24
Chapitre   25
Chapitre   26
Chapitre   27
Chapitre   28
Chapitre   29
Chapitre   30
Chapitre   31
Chapitre   32
Chapitre   33
Chapitre   34
Chapitre   35
Chapitre   36
Chapitre   37
Chapitre   38
chapitre 39
Chapitre 40
Chapitre 41
Chapitre   42


Prologue
Alix
 
Jeudi 2 octobre 2014
 
 — Pourquoi te faut-il autant de temps pour boucler ton sac ? demanda Catherine exaspérée. Ce n’est pas si compliqué, tu l’ouvres et…
— Bas les pattes, Cate ! Je m’en charge ! s’exclama Daisy en m’arrachant la besace des mains. De toute façon, il n’y en a pas une pour rattraper l’autre, alors laisse faire la professionnelle.
Elle traversa la chambre comme une furie et se précipita vers ma commode. Je lançai un regard ahuri à Catherine qui haussa ses minces épaules en signe de compassion.
— Ma parole, Alix, c’est quoi ce merdier ? s’écria-t-elle en me montrant une culotte en coton qui avait perdu de sa splendeur.
— Hum ! Fiche-moi la paix, bon sang ! Que veux-tu que je te dise ? Je l’aime bien cette culotte et en plus elle est confortable.
— Eh bien ! Pour ton information, ma bichette, on n’attrape pas les mouches avec du vinaigre ! On parle de sexy boy là, tu vois. Et ça, en l’occurrence, c’est vinaigré… Désolée de devoir te l’apprendre.
Abasourdie, Catherine lui demanda pourquoi nous n’aurions pas le droit d’emporter nos vieilles culottes pour ce week-end.
— Écoute, Cate, tu peux prendre toutes les frusques que ta commode peut contenir puisque Seb a fini par se faire une raison, mais Alix doit d’abord avoir un « Seb » avant de pouvoir lui infliger ça. D’ailleurs, je ne comprends toujours pas pourquoi tu portes ce genre de choses à vingt-quatre ans.
Elle balança ma petite culotte sur le lit en signe de désapprobation.
En y réfléchissant bien, je ne portais jamais de dessous affriolants. Il fallait dire que les relations sérieuses n’avaient pas été nombreuses ces derniers temps. Non pas que je n’en aie pas eu envie, seulement j’avais préféré privilégier mes études. Pour Daisy, cela n’empêchait en rien de s’envoyer en l’air quand l’opportunité se présentait, puisque l’on n’avait qu’une vie…
Toutefois, je capitulai et la laissai décider du contenu de mon sac, sachant pertinemment que je n’aurais pas le dernier mot…
Catherine et moi la regardâmes fourrer dans la valise tout et n’importe quoi, pourvu que cela fût un tant soit peu attrayant ou comportant de la dentelle et de la soie. Même le seul string que je possédais y passa.
— Je constate que les vêtements de ta grand-mère se sont implantés dans ton dressing, et que tu n’as même pas pris la peine de m’en parler.
Soudainement, le rire aigu de Catherine résonna dans toute la chambre.
— Ma pauvre Alix, tu m’expliqueras comment tu fais pour garder ton sérieux, mais en attendant, sache que j’ai hâte de te voir habillée comme… Comment dit-on, Daisy ? Ah oui « une bombe anatomique ».
J’hallucinais, même ma grande perche de Catherine s’y mettait.
— Bon les filles ! Et si nous allions boire un bon café autour de succulents macarons pour faire passer tous ces préparatifs ! suggérai-je en me dirigeant vers la cuisine.
— Très bonne idée ! De toute façon, je ne supporte plus la misérable vue de ton dressing. Je suis affligée et mes yeux saignent, dit Daisy d’un ton guilleret.
Elles s’installèrent autour de la table de ma minuscule cuisine dans un vacarme assourdissant et commencèrent à refaire le monde le temps que je préparasse notre collation. Ce fut dans une ambiance apaisée et détendue que nous commençâmes à déguster nos gourmandises multicolores.
Perdue dans mes pensées, je me remémorais le coup de téléphone de mon frère Samuel, reçu dans la matinée.
— Salut, petite sœur ! Alors, bientôt une année de plus ? Prête à devenir une momie ? me taquina Sam.
— Merci à toi qui as deux ans de plus que la momie !
Puis il m’annonça sur un ton excité :
— J’ai une surprise pour ton anniversaire, petite sœur.
Oh mon Dieu, je craignais le pire. Mon frère était le champion toutes catégories confondues pour les surprises. L’an dernier, pour fêter mes vingt-trois ans, il m’avait organisé une sortie au zoo de Vincennes avec un accompagnateur totalement borderline pour notre groupe. Suivi d’un goûter bordé de tables pleines d’enfants surexcités venus fêter leurs anniversaires.
S’agissait-il du pire anniversaire ? Bien sûr que non !
Pour mon vingt-deuxième anniversaire, la meilleure soirée mousse de l’année s’était déroulée dans le salon de nos parents. Nous avions fichu en l’air la moquette qui avait absorbé toute la mousse. Ils avaient dû la remplacer, et il nous avait fallu une année pour les rembourser.
Autant vous dire que les surprises de Sam n’étaient pas toujours bonnes, même si cela partait d’une bonne intention.
Alors, sceptique et prudente, j’annonçai :
— Sam, je sais que tu te donnes du mal chaque année pour mon anniversaire, et je t’en remercie. Malgré cela, j’ai peur que cette journée finisse avec des mouflets qui braillent autour de nous ou avec une dette impossible à rembourser. Alors, si tu le veux bien, je t’invite au restaurant.
— Merci ! Néanmoins, je refuse ton invitation…
Il me sembla froissé et je devais le faire changer d’avis. C’est alors qu’il reprit…
— Je devine ce que tu penses, Alix. Tu crois que je t’ai de nouveau mijoté une surprise douteuse. Seulement, cette année ne sera pas comme les autres pour toi, nos amis et moi. Elle sera probablement très difficile, car il s’agit de la dernière ligne droite avant les examens de fin d’année et notre arrivée dans le monde du travail. C’est pour ça que nous allons décompresser, relâcher la pression et nous amuser tout au long de ce week-end.
Il avait raison, nous allions ramer au cours des prochains mois. Peut-être que se détendre un peu avant s’avérerait être une bonne idée après tout. Puis il continua…
— Demain, à cette heure, nous serons en Irlande, écumant tous les bars de l’avenue Temple Bar de Dublin. Sébastien et Cate feront partie du voyage, la peste de Daisy également. Alors, sœurette ? Douteuse, la surprise cette année ?
J’étais soufflée, complètement stupéfaite. En aucun cas je n’avais envisagé que Sam pouvait me faire un tel cadeau. Pourtant, c’était le cas. Il m’annonçait que nous partirions tous les cinq en Irlande nous éclater comme des bêtes. J’avais toujours rêvé de visiter Dublin, ses pubs, ses restaurants, la cathédrale St Patrick, ses ponts et bien plus encore… J’avais la sensation de rêver.
— Allô, ici la terre ! Alix est demandée au rayon remerciements…
Encore sous l’effet de la surprise, mon cœur se gonfla d’amour pour lui, je l’aimais tellement.
Je lui répondis simplement :
— Merci, Samuel, le remerciai-je, la gorge serrée d’émotions.
Il s’éclaircit la voix, probablement ému lui aussi.
— À nous l’Irlande et la gueule de bois. Réalisons ce que nous savons faire de mieux… S’éclater !
Et sur un ton plus sérieux :
— Profitons de ce moment ensemble, sœurette. Qu’il reste empreint dans nos meilleurs souvenirs, et cela, jusqu’à la fin de nos jours.
À cet instant précis, je ne mesurais pas à quel point ce moment resterait gravé dans ma mémoire et sur ma peau…
 
 
Chapitre   1
Alix
 
Quatre ans plus tard…
 
À la suite d’un après-midi riche en émotions, le chauffeur de taxi me dépose aux abords de mon quartier. J’ai envie de m’éclaircir les idées et de prendre l’air avant de rentrer chez moi, alors je remonte lentement le chemin orné de fleurs colorées qui conduit jusqu’à mon immeuble. C’est la fin du mois de septembre et les gens profitent encore des derniers moments de douceur pour se balader dans le parc joliment arboré. Je marque un temps d’arrêt pour les observer promener leur chien ou bavarder sur les choses de la vie. Tous ces visages me sont familiers et pourtant je me rends compte que cela fait cinq ans que je vis ici dans cette résidence et je ne connais personne. Enfin presque... il y a mes voisins de palier, Paul et Timothée, en couple depuis deux ans et complètement gagas de leur voisine célibataire et déprimée que je suis. Puis, M. Bertrand, le gardien et ami de longue date de mon père, qui veille sur moi comme sur sa propre fille, sinon les autres ne sont que des étrangers.
Ça craint quand on n’est même pas fichue de côtoyer son entourage…
Enfin, cela n’a plus vraiment d’importance, j’espère quitter les lieux rapidement, pouvoir commencer une nouvelle vie en rejoignant mon frère Samuel qui habite en Suisse. Perdue dans mes pensées, je ne remarque pas l’arrivée de Paul.
— Bonjour, Alix.
— Hey ! Salut, Paul, comment vas-tu ? lui demandé-je, toujours dans la lune.
— Je vais bien, je te remercie. Je profite de l’absence de Tim pour faire quelques emplettes.
Puis il m’inspecte scrupuleusement de la tête aux pieds et fronce les sourcils. Agacée, je demande :
— Quoi ? J’ai encore embarqué le rouleau de papier toilette sous mes semelles ? Si c’est le cas, arrête de me passer aux rayons X et dis-le-moi carrément.
Probablement embarrassé, il se racle la gorge.
— Tu portes des escarpins ? Alix !
— OK ! Je porte des escarpins et alors, ils ne te plaisent pas ? demandé-je, irritée.
— Bien sûr que si, c’est une superbe paire, ils sont splendides. Tu es magnifique, Alix, je suis seulement stupéfait de te voir en porter. Depuis qu’on se connaît, tu ne portes que d’anciens survêtements et de vieilles baskets défraîchies.
Le pauvre, c’est vrai qu’il a toutes les raisons d’être surpris. Ce matin même, je ne me suis pas reconnue dans le reflet du miroir. En m’observant, j’ai compris que cela faisait une éternité que je m’évertuais à ne pas porter de jupe, et qui plus est avec des escarpins aux talons vertigineux. Quatre ans sans chausser ces engins de torture, ça surprend… Rien que sur le parcours menant au taxi, j’avais manqué de m’étaler comme une crêpe plusieurs fois, avant d’avoir la possibilité de reprendre le contrôle de ces petits monstres fixés à mes pieds. Je lui explique rapidement la situation.
— Aujourd’hui n’est pas une journée ordinaire pour moi, au centre de rééducation, c’était le pot de départ organisé en mon honneur. Il fallait au moins ça pour leur laisser une bonne impression. Voilà pourquoi j’ai sorti le grand jeu, vois-tu ! feins-je un sourire.
— Et comment te sens-tu maintenant, Alix ? dit-il avec douceur.
En réalité, je suis triste et perdue, mais je ne le lui avouerai pas.
— Hum… Je suis soulagée, je crois. Toutefois, je suis prête à aller de l’avant.
Je mens, et je vois bien que Paul n’est pas dupe.
— Je suis très heureux pour toi et te souhaite d’accomplir tout ce que tu entreprendras. D’ailleurs, as-tu eu des nouvelles de cet entretien pour le poste en Suisse ?
Eh Bam ! La fameuse question. Juste en y pensant, j’angoisse. J’ai tout de même laissé mon poste actuel pour un autre que je n’aurai probablement jamais. Je lui réponds :
— Non, pas encore, ça ne saurait tarder.
— OK ! Tiens-nous informés quand tu auras une réponse, le champagne est au frais, nous espérons pouvoir le sabrer avec toi. Ah oui, j’ai oublié, M. Bertrand a réceptionné un colis en ton absence ce matin, je présume qu’il a également ton courrier. À bientôt, Alix.
— Merci Paul, bon shopping et embrasse Tim de ma part.
Cool, sabrer le champagne pourquoi déjà ? Ah oui, célébrer ma vie merdique, mon éventuel chômage, mes vieilles paires de tennis et mon long célibat… Et nous boirons le tout dans mes splendides escarpins, avant de les balancer aux ordures.

* * * * *
 
Sur la porte de mon cher gardien joufflu apparaît un petit écriteau « Absent pour le moment ». Je regarde ma montre qui m’indique bientôt dix-huit heures. Daisy arrive à vingt heures, ce qui m’offre le temps de me détendre. Toutefois, je laisse une note à M. Bertrand en l’informant de mon passage, puis me dirige vers l’ascenseur que je décide d’emprunter. Oui ! J’habite au deuxième étage, et habituellement, je prends les escaliers, mais pas aujourd’hui parce que j’ai les pieds en compote.
Incontestablement, cette journée m’a épuisée. Beaucoup d’émotions m’ont assaillie, et je suis toute chamboulée. Je pense qu’un bain chaud avant l’arrivée de Daisy me fera le plus grand bien. J’entre dans mon appartement, et d’un mouvement du pied, je fais valser mes escarpins à l’autre bout du salon, puis je balance mon sac sur le canapé. Je me précipite d’emblée vers le placard de la cuisine, en extirpe une bouteille de vin que je m’empresse d’ouvrir. Tout en savourant mon verre, j’avance vers la salle de bains, avec la ferme intention de me relaxer dans un bain moussant.
Quelques minutes plus tard, je me retrouve face au miroir, observant ce corps nu que je ne reconnais pas et que je ne veux plus désormais. Je glisse délicatement les doigts sur le renflement des cicatrices incrustées à l’intérieur de ma cuisse. J’ai la nausée, je tremble, mon cœur s’emballe aux souvenirs douloureux, à ce mal qui me ronge. Ma vision se brouille et je ferme si fort les yeux que je vois des étoiles. Mes oreilles bourdonnent, ma respiration s’accélère, il faut que je me reprenne. Je plonge alors dans l’eau brûlante, ce qui m’apaise aussitôt. La mousse me recouvre, dissimule mes blessures, enfin toutes ces marques gravées sur ma peau. Fermant les paupières, je tente d’imaginer ce que serait ma vie aujourd’hui si ce drame ne l’avait pas détruite.
Absorbée dans mes tourments, je ne perçois pas le temps passer ni la sonnerie de mon téléphone portable. Je sors de l’eau refroidie depuis longtemps, m’enroule rapidement dans mon drap de bain et emporte sur mon passage le verre vide que je m’empresse de remplir.
Je remarque que mon portable clignote, m’indiquant un appel en absence. Tout de suite, je pense à Daisy. Alors je me dépêche de l’attraper pour voir combien de fois elle a tenté de m’appeler. C’est avec étonnement que je découvre un numéro inconnu de mon répertoire. À l’évidence, ce n’est pas celui de mon amie… Mais alors, de qui provient-il ? Pas le temps d’y réfléchir, car au même instant, on sonne à la porte, on tambourine, puis de nouveau on frappe plus fort encore. Bon sang, à ce rythme-là, les voisins vont s’alarmer, puis j’entends crier derrière celle-ci.
— Alix, ouvre-moi vite, je t’en supplie, dépêche-toi !
Je reconnais Daisy qui martèle à nouveau la porte. En moins de temps qu’il m’en faut pour le dire, je dépose mon téléphone et me précipite, enroulée dans une serviette, pieds nus sur le sol froid de l’entrée. J’ouvre à la hâte. Mon amie, pourtant si menue, force le passage en me bousculant, me collant dans les bras un colis et des sacs, puis telle une tornade embarquant tout sur son chemin, traverse l’appartement en criant.
— Vite, vite, les toilettes !
Heu… Sérieusement ? pensé-je, complètement effarée. Elle a quasiment défoncé ma porte et ma figure au passage. Tout ça pour quoi ? Aller aux toilettes ! Bon sang, il va vraiment falloir qu’elle consulte rapidement. Agacée, je dépose ses affaires sur la table du salon et l’écoute pousser un soupir de soulagement si sonore que même les voisins l’ont sûrement perçu. Si bien que si c’était le cas, cela ne la dérangerait aucunement.
Me rejoignant dans le salon, d’un air désinvolte elle tend les bras pour que j’y plonge avant de m’enlacer avec douceur.
— Bonjour bichette ! Désolée pour l’arrivée catastrophique, dit-elle, soudainement embarrassée. Mais là, c’était devenu trop urgent. En arrivant, ton gardien d’immeuble m’a interpellée à cause d’un colis qu’il avait réceptionné pour toi ce matin. Puisque je te rendais visite, je me suis proposée pour te le remettre, mais le temps qu’il revienne avec ton merdier, il s’est écoulé un bon moment. Un véritable escargot celui-là ! Puis il s’est lancé dans un monologue épuisant et inintéressant à mon goût.
Je souris, car je sais mieux que personne comment M. Bertrand peut être envahissant et ma petite blondinette expéditive. Elle continue :
— Ne tenant plus en place, et avant que ma vessie n’explose, je l’ai gentiment remercié en accourant jusqu’ici.
J’observe ses escarpins aux talons hauts de dix centimètres.
— Ma pauvre chérie, ta vie n’est pas de tout repos. Heureusement que j’étais présente, sinon je n’imagine pas la situation dans laquelle tu serais, dis-je avec ironie.
— Ah ! Ah ! Trop drôle, tu as mangé un clown au petit-déj ?
Puis elle retire ses chaussures en poussant un soupir de soulagement.
— C’était trop tentant, en même temps, tu as failli me démolir le portrait, alors permets-moi d’en rire un petit peu.
Puis, je remarque l’heure, Daisy a bien quelques minutes d’avance. Cela n’est pas dans ses habitudes puisqu’elle a plutôt pour coutume de se pointer systématiquement en retard. D’ailleurs à ce sujet, notre amie Catherine a trouvé un subterfuge. Elle l’invite une heure plus tôt, pour s’assurer de sa présence au bon moment. Il est dix-neuf heures trente et je soupçonne que ce n’est pas innocent. J’ose toutefois lui poser la question.
— Que t’arrive-t-il ? Tu es très en avance, la miss.
Elle écarquille les prunelles comme si je lui demandais si un troisième œil me poussait sur le front. Franchement, elle commence à m’inquiéter.
— Quoi ? Tu as perdu ta langue ?
— Non ! Je suis juste une amie qui se préoccupe d’une personne qu’elle aime.
Elle pointe son doigt verni de rouge cerise dans ma direction.
— Une personne qui aujourd’hui a quitté son travail, qui n’est pas sûre de ses choix et qui a sûrement besoin d’une épaule sur laquelle s’appuyer. Alors oui, j’ai pris de l’avance, mais j’en avais autant besoin que toi. Et tout ça, accompagné de vin et de macarons, dit-elle en me désignant du menton les sacs que j’ai déposés sur la table.
— Je suis désolée, Daisy. Je ne sais pas à quoi je pensais, soufflé-je en baissant honteusement les yeux face à son regard perçant.
— Je peux comprendre, alors nous allons nous servir un bon verre puis tu vas me raconter ces adieux larmoyants. Mais avant, tu vas m’ouvrir ce colis qui a failli te coûter une chirurgie faciale.
Nous éclatons de rire en nous remémorant son arrivée, tout en savourant notre premier verre de la soirée.
Je devrais être détendue, mais le regard de mon amie sur moi me rappelle que je suis simplement couverte de mon drap de bain. Soudain, je ne me sens plus à l’aise. Je ne veux pas voir son regard se poser sur le peu de peau exposée ni affronter sa mine remplie de tristesse lorsqu’elle percevra les traces brunes et boursouflées, alors je me dégage brusquement. Elle saisit sans souci ce soudain changement d’attitude et hoche la tête pour m’indiquer qu’elle a compris puis sourit.
— Allez, va ! Je ne bouge pas d’ici, alors prends tout ton temps, dit-elle en s’installant confortablement dans le canapé et en prenant soin d’allonger ses petites jambes galbées.
Je file dans ma chambre aussi vite que ma tenue le permet, m’adosse contre la porte et essaie de retrouver une contenance. J’essaie de m’imprégner de sa fraîcheur et tente de contrôler ma respiration en fermant les yeux. J’inspire, j’expire, et renouvelle l’action plusieurs fois. Même devant ma meilleure amie, je n’ai pas la capacité de contrôler mes émotions. Pourtant, elle m’a toujours accompagnée. Elle seule peut me comprendre et voilà que ce soir, je fléchis à nouveau. Il faut croire que cette journée fait ressurgir les démons du passé.
Je décide de ne pas m’attarder plus longtemps et j’enfile rapidement un legging noir, un tee-shirt king size et remonte mes cheveux ébouriffés en une courte queue-de-cheval négligée, avant de rejoindre Daisy.
Celle-ci m’accueille avec un sourire chaleureux. Je vois dans son magnifique regard clair tellement de tendresse que je regrette aussitôt de la tenir à l’écart de mes tourments. Je m’approche, lui caresse la joue affectueusement, des larmes se forment dans ses beaux yeux azur. Je la rassure et la remercie silencieusement en recueillant une petite larme roulant sur sa pommette saillante.
 
Chapitre   2
Tu fantasmes, ma pauvre fille.
Alix
 
Nous avons vidé notre première bouteille et dévoré la plupart des macarons. Je décompresse enfin. Même quand mon amie me demande comment s’est passé mon après-midi au centre de rééducation, c’est avec sérénité que je lui raconte le moment le plus difficile de ce départ.
Installée confortablement sur le canapé, je remonte les genoux sous mon menton, les encerclant de mes bras. Je pousse un soupir et tente de me concentrer, car les effets de l’alcool se font sentir, puis je commence.
— Tu te souviens du petit Éliott ?
Un signe de la tête m’indique que oui.
— Il était présent aujourd’hui, à l’écart, la mine triste. Je suis allée à sa rencontre pour voir si tout allait bien. C’est alors que j’ai découvert qu’il pleurait. À cet instant, mon cœur s’est brisé, car je savais pourquoi il était dans cet état. Puis, c’est droit dans les yeux que ce bonhomme m’a demandé pourquoi je l’abandonnais, puisque tout se passait si bien. Il m’a totalement déstabilisée. J’ai essayé de le réconforter, mais il a repris aussitôt en me rappelant que cela faisait trois ans que je m’occupais de lui, qu’il était si mal, qu’il pensait ne plus pouvoir marcher. Puis, il m’a dit : « toi, Alix, tu m’as tendu la main, tu m’as dit de me lever, de regarder devant moi pour marcher et de voir loin pour y parvenir. Nous l’avons fait ensemble et maintenant, tu lâches cette main que tu m’avais pourtant tendue et à laquelle je me suis accroché ». J’étais soufflée, murmure ma voix.
Daisy pose alors une menotte chaleureuse sur mon bras. Sa subtile caresse m’encourage à continuer.
— Je me sentais tellement mal pour lui, jamais je n’aurais souhaité lui faire de la peine et pourtant, c’est le cas.
Celle-ci intervient sans tarder.
— Tu n’as pas à te sentir coupable, Éliott est fort maintenant, et cela, grâce à toi. C’est difficile pour lui aujourd’hui, mais il comprendra, j’en suis convaincue.
Elle a probablement raison et c’est en ce sens que j’ai expliqué à ce petit homme à quel point il était courageux ! Je lui ai aussi rappelé que nous avons gravi des montagnes ensemble, qu’il lui avait fallu énormément de force et qu’il était prêt maintenant à voler de ses propres ailes.
— Je suis tellement fière de l’avoir accompagné et je suis convaincue que maintenant tout ira bien pour lui.
Il demeurera toujours dans mon cœur et je lui ai fait la promesse d’être présente aussi longtemps qu’il le souhaitera.
Cette fois, Daisy prend ma main entre les siennes. Elle avait raison tout à l’heure lorsqu’elle me disait qu’elle se préoccupait des gens qu’elle aime. Je réalise maintenant que cette soirée en sa présence est ce dont j’avais le plus besoin. Ce petit bout de femme au visage angélique, tout en gaieté et dotée d’un sens de l’humour parfois déroutant, peut vous rendre le sourire en une fraction de seconde. Énergique, notamment dans ce qu’elle entreprend, travailleuse inépuisable, elle aime toujours avoir le dernier mot. Souvent maladroite, cette petite blonde est attentionnée et très patiente avec moi. Particulièrement durant ces quatre dernières années.
— Bon ! Si on l’ouvrait cette seconde bouteille de ce succulent vin pour fêter ce nouveau départ qui s’offre à nous ? s’exclame-t-elle avec joie.
Qui s’offre à nous ? remarqué-je. Je constate que l’alcool fait aussi son effet sur elle. Je ne m’étends pas, de toute façon, la sonnerie de mon portable m’interrompt.
D’un bond, elle se lève du canapé et s’empare du téléphone en s’écriant :
— C’est certainement Cate à cette heure-ci ! Elle m’avait prévenue qu’elle appellerait en début de soirée, essaie-t-elle d’articuler.
Manifestement, ce n’est pas Catherine, constaté-je, en voyant celle-ci secouer la tête et arquer les sourcils. Puis elle décroche.
— Allô, dit-elle d’une voix enrouée. Mademoiselle Moreau ? Naan…
Puis silence, elle écoute son interlocuteur, enfin le mien, je présume.
— Je vous la passe. Tiens Alisssque, c’est Monsieur… Heu…
Elle réfléchit, repousse ma main puis de nouveau demande à notre interlocuteur de se présenter.
Nom de Dieu ! Elle est complètement saoule au point de ne plus pouvoir articuler mon prénom.
— Qui ça ? beugle-t-elle. Vous dites ? Oh ! Monsieur le docteur Dubeeyyy ? insiste-t-elle sur la dernière lettre de ce nom.
Soudain, je réalise qui est l’interlocuteur mystérieux. Je dois absolument intercepter cet appel et arrêter les dégâts. Je lui saute brusquement dessus et lui arrache le portable des mains. Étonnée, elle tombe à la renverse, m’embarquant au passage. Je suis maintenant couchée sur le dos, la tête reposant sur le ventre de ma copine hystérique soudainement prise d’un fou rire incontrôlable. Je cherche des yeux le téléphone qui se trouve au pied de la table du salon. Il a dû y être projeté lors de mon assaut complètement raté. J’imagine que le Dr Dubey a dû nous prendre pour des déséquilibrées et a mis fin à cette mascarade au moment où il a compris à qui il avait affaire. J’essaie de ramper mollement, mais sûrement vers la chose que je convoite de toutes mes forces, pendant que ma camarade de beuverie me tire la jambe pour m’empêcher d’avancer.
Elle marmonne :
— Attends, Aliiiiix ! Tu m’écrases les seins. Non, mais fais attention, c’est mon arme secrète contre les râteaux.
J’explose de rire à l’instant où ma raison perçoit l’allusion de Daisy et j’oublie presque la quête que je m’échine à accomplir. Malgré mon état d’ébriété, j’espère encore que notre fameux docteur sera toujours au téléphone. Je tends difficilement le bras, saisis l’objet de malheur, m’assieds sur le sol dur et prie. Au moment où je porte celui-ci à mon oreille, je suis consciente de mon état. L’effet du vin bat son plein, mon cerveau est embrumé, malgré tout je prends l’appel.
— Allô, il y a quelqu’un ? demandé-je d’une voix pâteuse.
C’est le calme plat à l’autre bout du fil. Je reprends.
— ALLÔ, ALLÔ ! C’est Alix Moreau au téléphone. Il y a quelqu’un ?
Daisy glousse comme une dinde à côté de moi et je désespère. Puis, c’est avec hésitation que mon interlocuteur décide de se manifester.
— Mademoiselle Moreau, c’est bien vous ? tente-t-il embarrassé.
— Oui, elle-même, bredouillé-je lamentablement. 
...

  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents