Passion & Conséquences
156 pages
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Description

Azalée avait tout pour être heureuse : mari, enfants et situations. Mais quand elle découvre l’infidélité de Joël, son monde s’écroule. Pendant qu’il s’investit dans sa nouvelle relation, elle fait de nouvelles rencontres, profite de la vie et des plaisirs charnels. Mais peut-on oublier si facilement une relation de quinze ans ?

L’un comme l’autre peuvent-ils faire une croix sur un bonheur qu’ils croyaient acquis ?

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 3
EAN13 9791034816996
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0060€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Passion & Conséquences
 

 
 
 
 
 
 
Méline Darsck
 
 
Passion & Conséquences
 
 
Couverture : Chloé S.
 
 
Publié dans la Collection Enaé
 
 

 
 
© Evidence Editions  2021

 
Mot de l’éditeur
 
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Chapitre I

Azalée
 
 
 
Je m’appelle Azalée, oh, oui, allez-y, rigolez un bon coup, vous verrez, après, ça passe.
Moi, par exemple, cela ne me fait plus rire depuis que j’ai compris que j’étais comparée à une héroïne de dessins animés qui prenait la forme d’une vache ! Je vous laisse imaginer les moqueries dans la cour de récré. Vous vous souvenez de Pollux, Ambroise, Margotte dans le Manège enchanté  ? Un enfant de ma classe adorait cette série alors autant vous dire que mon prénom le passionnait.
Mon père aurait pu choisir Peggy et on m’aurait entendue grogner ou encore Maya et peut-être que j’aurais butiné, mais non, sa prédilection fut pour cette brouteuse, et hormis les chewing-gums, je n’ai pas souvent ruminé. J’aime bien la salade, mais, bon, il ne faut pas pousser non plus !
L’excuse de mes parents ? C’est qu’ils aimaient les fleurs et que j’étais la plus jolie. C’est mignon, n’est-ce pas ? Mais, à l’école, ça ne fait pas le poids ! Je vous assure.
 
Je disais donc…
Je m’appelle Azalée, je viens de m’offrir un divorce en guise de cadeau pour mes quarante ans et j’ai deux merveilleux enfants. Ouais, enfin là aussi il faut remettre l’église au milieu du village. Ils sont merveilleux quand ils dorment ou quand ils sont en visite, mais quand ils sont près de moi et que je les oblige à faire leurs devoirs ou ranger leur chambre, je vous assure qu’ils ne ressemblent plus vraiment à des petits anges. Mais je les adore, et ce n’est pas ironique, promis.
Laissez-moi vous les présenter :
Tina, quatorze ans, a la peau mate et les cheveux aussi noirs que son père. Ah, l’adolescence, période merveilleuse. Euh… enfin, ça dépend pour qui ! Forcément, tout ce que je dis est faux, je ne comprends rien à la vie, et surtout pas que les copains et la musique sont mille fois plus importants que l’école ou les devoirs !
Évidemment, ma fille, c’est bien connu, écrire des SMS ou faire des Snaps à longueur de journée pour parler de garçons, maquillage ou fringues, c’est le métier qui rapporte le plus. Alors que l’école, c’est fait pour planquer les enfants afin d’avoir la paix.
Et Kevin, mon bébé – il ne veut plus que je l’appelle comme ça –, a huit ans. Trop grand pour faire des câlins devant les copains, mais trop petit pour rester seul à la maison. Il me ressemble. Blond, la peau claire, ses yeux sont verts alors que les miens sont azur.
Nos deux enfants sont physiquement très différents et ne sont pas très complices. La différence d’âge, j’imagine. Cependant, ils sont d’accord sur un point ! Et pas des moindres ! Le divorce, c’est ma faute !
Ben voyons !
Et comme ils passent le plus clair de leur temps chez moi, forcément, ils ne manquent aucune occasion de me rappeler que si je n’avais pas fait ci ou ça, papa serait encore avec nous !
Et pourtant, ce n’est pas faute d’avoir essayé.
Je veux dire, essayé de me rabibocher avec mon ex. Mais comment rivaliser avec une pétasse sans obligation, prête à l’accueillir pour des cinq à sept chauds bouillants ? Forcément, moi avec mon job, la maison, et surtout les enfants, la spontanéité s’est un peu perdue en route.
 
Joël, je l’ai croisé un soir dans une boîte de nuit. Le truc banal comme le reste de ma vie, vous verrez. Je venais de fêter mes vingt et un ans, je n’étais plus vierge, mais les quelques expériences que j’avais eues n’avaient pas toutes eu un goût transcendant. Je venais de rentrer d’un séjour linguistique en Angleterre. La petite Suissesse que je suis ne devait pas être assez exotique pour les British, je suis revenue bredouille, sans une histoire de cœur ou de sexe à raconter à mon amie Liliane. Durant huit mois, ce fut le désert affectif. Au moins, j’étais parfaitement bilingue ! Et même trilingue, puisque l’allemand, presque indispensable chez nous, m’était acquis depuis plusieurs années.
 
Bref, je rentrais un peu chaude et désirais m’éclater, et pourquoi pas avec le premier venu ? Je n’allais pas faire ma difficile, je savais que je ne plaisais pas autant que mon amie. J’avais les hanches un peu trop rondes pour que les jupes me fassent un beau cul et mon ventre n’était pas assez plat pour que ma poitrine se dessine bien, mais j’avais un visage pas trop vilain et quand je souriais, le tableau était pas mal.
Donc, j’étais bien décidée à accepter une invitation, à condition que le mec me plaise un minimum et qu’il me traite avec un peu de respect.
 
Joël était avec sa bande de copains, bruyants, fêtant la victoire de leur équipe de hockey. Lui avait passé la soirée sur le banc des remplaçants puisqu’il s’était blessé lors d’un entraînement. Forcément, tous les clients de la boîte de nuit les avaient remarqués et les nanas passaient et repassaient près d’eux en tordant les fesses, riant fortement, balançant leur crinière dans le but qu’un les attrape par la taille et les installe sur leurs genoux.
Je trouvais le spectacle pathétique et, en même temps, j’enviais leur culot. J’observais la scène de loin alors que Joël pensait que je le dévorais des yeux. Il était loin d’être le plus moche, il faisait même assez capitaine du groupe, celui que les autres suivent. Si j’avais voulu jeter mon dévolu sur l’un d’entre eux, je crois que je n’aurais même pas osé poser mon regard sur lui. Forcément, il avait une petite amie, forcément, elle allait arriver et se pendre à son cou. Mais il resta les cuisses libres et le visage souvent tourné dans ma direction. J’observais partout autour de moi et, même si ses yeux semblaient suivre mes gestes, il y avait d’autres poupées dans la boîte.
Je terminais une bière panachée avant de me rendre sur la piste de danse. À cette époque, il y avait encore le quart d’heure des slows. Au moment où Joël se matérialisa devant moi, les chansons lentes où les couples se formaient pour des échanges langoureux commençaient.
Il ne fit aucun discours, à peine un geste de la tête et un « tu danses ? ». Mon sourire lui répondit.
J’avoue ne plus trop avoir compris la suite, mais sa langue s’enroula un nombre de fois incalculable dans ma bouche, j’avais le cœur en pagaille, le ventre noué et ma petite culotte tout humide. Je sentais ses muscles sous mes doigts, sa force contre moi et je ne pouvais m’empêcher de fantasmer sur son corps. J’étais dans un drôle d’état lorsque les musiques plus rythmées reprirent.
OK, je n’ai pas été farouche et je suis même partie très vite en pleins fantasmes, mais je vous ai dit que je n’avais que vingt et un ans, et surtout que j’étais en manque de mecs !
Il m’a pris la main et m’a chuchoté à l’oreille : « Tu viens ? »
Forcément, je l’aurais suivi jusqu’au bout de la nuit. De loin, je le trouvais mignon, de près, je le trouvais beau et sacrément bien foutu. On est sortis de la boîte, il a plaqué mon dos contre un mur et m’a embrassée encore longuement. Il était gourmand et commençait à vouloir mettre ses mains sous mon pull. Il fallait que je l’arrête.
Azalée ! On ne couche pas le premier soir ! me grondait ma conscience. Enfin, sauf si tu veux juste coucher.
J’avais attrapé ses doigts galopins et les avais replacés gentiment sur ma taille, mais il pressait toujours plus fortement son corps jusqu’à écraser ma poitrine. Je sentais son envie, et ça me rendait folle d’impatience.
Il m’avait demandé entre deux baisers si j’avais mon appart, j’avais secoué la tête. Je vivais encore chez mes parents. Sans pouvoir fournir plus d’explications, il m’avait embrassée à nouveau en marmonnant un « dommage ».
Oh oui, c’était dommage.
 
Je vivais à Lausanne, lui à La Chaux-de-Fonds. La T’chaux comme on dit ! L’une des villes les plus hautes de Suisse. Près d’une heure de route en voiture, une expédition en train ! Il s’était déplacé uniquement pour le match et repartait dans la nuit en car. Le coach avait bien voulu les laisser profiter de leur victoire, mais, n’ayant pas réservé d’hôtel, ils devraient rentrer avant le lever du jour.
Je ne sais pas trop ce qui m’avait décidé, si c’était mon manque de câlins ou le fait que jamais plus je ne devais le revoir, mais moins de trente minutes après, nous étions dans ma chambre, enfermés à double tour, les corps à moitié dénudés, nos bouches toujours scellées et les caresses ciblées. Nous devions rester discrets, jamais je n’avais ramené un mec à la maison et je sentais que mon père ne me féliciterait pas, surtout un mec d’un soir.
Mon lit n’était pas très grand et surtout il grinçait sous notre poids. On riait de ces bruits et, lorsque l’intensité augmenta, on tira le matelas par terre.
Ce fut la plus belle nuit de ma vie. Enfin, la première ! Mais comme toutes les premières fois, elle garde encore aujourd’hui une saveur particulière.
Finalement, il n’avait pas rejoint ses amis pour le départ et s’était endormi contre moi. Sur le coup, j’étais la plus heureuse. Au réveil, c’était un peu la panique. Ma chambre était en désordre. De nombreux vêtements jonchaient le sol, témoins de mes divers essayages de la veille et, comme j’avais oublié de fermer les stores, on se fit réveiller par les premières lueurs du jour.
Joël regardait d’un air amusé autour de nous alors que je me cachais sous la couette. Il contemplait aussi ma décoration, se moquait de mes goûts vieux de plus d’un an et je lui avais alors appris que je rentrais tout juste d’un séjour linguistique. Il était redevenu sérieux, avait dégagé ma silhouette de sous les draps et ses yeux parcouraient mon corps et mon visage, avant de fixer mon regard et de me demander si j’avais un petit ami. Incapable de répondre, subjuguée par le noir intense de ses pupilles, j’avais secoué la tête.
— Même à Londres ?
— J’étais à Manchester, avais-je répondu. Et non, personne.
Il avait grimacé et j’avais senti que la suite ne me plairait pas. Mon sixième sens ne m’avait pas trompée. Il avait une copine, et c’était apparemment sérieux. Je n’avais pas trop su quoi répondre. J’aurais pu, j’aurais dû lui demander de partir, mais je n’en avais pas envie. Il m’avait reprise tout contre lui et, en un baiser, un regard, je m’étais sentie la plus belle dans ses bras. Il avait réclamé mon attention, me caressant longuement, me demandant de profiter de l’instant présent. De toute façon, le mal était fait. Mais mon cœur allait souffrir. Pourtant, il avait raison, ça ne changeait rien que je le vire manu militari ou que je profite encore quelques minutes de son corps sublime. Ce mec était un fantasme à lui tout seul.
À la lumière du jour, il était juste parfait. Pas une beauté classique, mais il me plaisait, il me plaisait vraiment. Beaucoup de charme, un regard incroyable, et son corps athlétique était superbe. Il avait une manière de me sourire… Je craquais.
Sur le moment, j’avais décidé de m’éclater. En plus, il assurait sous la couette ! Il avait une copine, tant pis pour elle. Moi, je n’allais pas me priver. Oui, je sais, c’est moche, mais bon.
 
L’instant de quitter l’appartement avait été épique. Je refusais qu’il croise mes parents, vu que je ne le reverrais pas. J’étais partie en éclaireur, ou plutôt éclaireuse – je suis une nana quand même – lui faisant des signes, lui ordonnant soit de faire marche arrière et de regagner ma chambre, soit de me rejoindre en courant. Pire que dans un film.
Hors de l’immeuble, on était tombés dans les bras l’un de l’autre en laissant échapper un fou rire. Il m’avait pris la main le plus naturellement du monde et je l’avais emmené à la gare. Il m’avait demandé de ralentir, il voulait retarder le moment de la séparation. Mais il fallait se rendre à l’évidence. Cette nuit de plaisir arrivait à son terme et je n’en menais pas large sur le quai. Les yeux brillants, la tête baissée, il m’avait pris le visage entre les mains et m’avait demandé si je regrettais. Évidemment que non. Ce que je regrettais, c’était tout le reste, tout ce qui gravitait autour de nous, sa petite amie, la distance… Il me tenait serrée contre lui, mes mains dans son dos sous sa veste, les siennes à l’identique derrière moi, nous embrassant dans le cou avant d’échanger un dernier long baiser langoureux.
Vous allez me dire que, oui, c’est banal et, en même temps, terriblement mignon. Mais ce qui fut le plus chou arriva la semaine suivante.
Alors que je sortais de chez moi, je croisai le facteur devant les boîtes aux lettres. Il m’arrêta et me sourit.
— J’ai du courrier pour toi, Azalée.
J’étais au rez-de-chaussée alors que nous vivions au quatrième sans ascenseur. Je le remerciai en disant qu’il pouvait le mettre dans la boîte.
— Même cette lettre ? s’était-il étonné.
Intriguée, je l’avais saisie et avais lu l’adresse. Il y avait mon prénom en grand, ma rue sans le numéro et la ville. Ainsi qu’un petit mot à l’attention du facteur :
Cher facteur, j’ai rencontré une fille merveilleuse que je rêve de revoir, mais je ne connais ni son nom ni son adresse complète. Elle est belle, ses cheveux sont aussi blonds que le soleil, ses yeux pétillent de mille feux. Elle vit avec ses parents, au quatrième étage d’un immeuble sans ascenseur. S’il vous plaît, prenez votre temps, mais livrez-lui cette lettre. Vous ferez un heureux, peut-être même deux .
J’avais décacheté l’enveloppe sous le regard attendri de l’homme en uniforme et, après avoir parcouru rapidement l’ensemble de la lettre, j’avais tourné la tête en souriant vers lui et lui avais collé une bise sur une joue dans un élan spontané en lui criant :
— Il est libre et il veut me revoir !
Je n’ai jamais su les détails de sa séparation, mais il n’avait pas traîné. Cela faisait à peine une semaine que nous nous étions rencontrés. Dans l’enveloppe, il y avait donc la lettre, son adresse, son numéro de téléphone fixe – à l’époque, pas de mobile – et un billet de train « Lausanne – La Chaux-de-Fonds ».
Il m’avait invitée à le rejoindre le samedi suivant pour le voir jouer au hockey, passer la nuit avec lui dans son deux-pièces et la journée du dimanche avant de reprendre le train le plus tard possible sans que j’arrive au milieu de la nuit chez moi.
 
Et c’est ainsi qu’on se fréquenta quelques mois, passant de longues heures dans les transports en attendant d’avoir chacun notre permis de conduire. Puis lorsqu’il eut sa voiture, on réussit à se voir en semaine, puis de plus en plus souvent pour finir par ne plus se quitter. Je m’installai avec lui dans la ville la plus froide de Suisse romande, je renonçai au lac, à la plage, aux balades en bateau pour simplement vivre mon fantasme. Oui, Joël, Jo comme je le nommais, représentait mon fantasme.
 
Mais mon rêve avait une date de fin. On se marie pour le pire et le meilleur, le meilleur dura quinze ans, presque seize. Je n’avais pas signé pour un délai si court. Dans ma tête, l’amour toujours, ça signifiait : À VIE ! Apparemment, j’étais la seule à le penser.
 
Il faut dire que le quotidien, les enfants, la vie, tous ces éléments ont bouffé notre complicité, notre spontanéité, comme pour beaucoup de couples. On n’est pas une exception, je le sais bien. Parfois, quand on vit une situation délicate, on aimerait être la seule, pouvoir se plaindre sans entendre dans la seconde :
— Oh oui, c’est comme moi, comme ma sœur, comme ma mère.
Y a rien de plus banal que des conflits dans un couple !
Comme tant d’autres, on n’a pas su préserver notre histoire et ce que j’avais fait subir à cette pauvre fille, il y a près de vingt ans maintenant, je le subissais à mon tour. Mais eux n’avaient pas construit toute une vie. Je l’aimais, mon Jo. Encore plus qu’au premier jour. Je l’aimais et lui faisais confiance. Jamais je n’avais eu de raison de douter. Naïve ? Oui, sans doute un peu. Mais je suis tombée de haut ! Et pas qu’un peu !
 
 
 
 
Chapitre II

Quelle claque !
 
 
 
Le réveil douloureux, ce fut il y a environ deux ans ! Un peu moins.
C’était un mercredi soir, je devais passer chercher Kevin à son entraînement de judo et, sur le chemin, je reçus un appel de ma belle-mère.
— Azalée, enfin ! Je n’arrive pas à joindre Joël, dit-elle, paniquée.
— Que se passe-t-il, Corinne ?
— Robert a fait un malaise cet après-midi. Il…
Sa voix se coupa, et les sanglots envahirent le combiné. Je garai la voiture sur le bas-côté, sentant les larmes proches. Je l’entendais qui essayait de se reprendre sans y parvenir. Mes mains se mirent à trembler et je n’osais poser la question de l’état de santé de mon beau-père au moment où elle bredouilla :
— Il va bien, mais j’ai eu tellement peur.
— Ouais, ben moi aussi ! soupirai-je.
Mon état émotionnel venait de faire des pirouettes dans tous les sens.
— Il est stabilisé, les médecins disent que ça va, mais ils le gardent en observation cette nuit. Il voulait voir Joël, et les enfants. Tu le connais.
Ouais, Joël et les enfants ! Moi, il s’en fiche ! Bon, ce n’était pas le moment de jouer mon Caliméro . Et je savais que ce genre de remarque, ma belle-mère ne le faisait pas intentionnellement, quoique ! Je restais celle qui lui avait pris son fils unique.
Je lui proposai de passer au bureau pour avertir mon mari et la rejoindrais ensuite à l’hôpital avec les enfants. Elle me remercia et je repris la route. Le bureau était éclairé, la voiture de Joël garée à sa place. Je ne pouvais pas faire trop long, Kevin allait m’attendre. Je ne pris ni le temps de m’annoncer ni de frapper à la porte et je trouvai Clothilde, la secrétaire de mon mari, à califourchon sur ses cuisses, les seins à l’air et la bouche haletant son plaisir. Je ne sais plus si je suis restée une seconde ou une minute sans réaction, mais, ce dont je me souviens, c’est d’avoir plaqué une main sur ma bouche pour étouffer mon cri. Ils stoppèrent leurs gestes et restèrent inertes eux aussi, un instant.
Puis Joël, le premier, tenta d’apaiser la situation en priant la salope de se revêtir. Je les regardai reprendre une certaine allure sans bouger. J’attendis que Joël s’approche en me disant qu’il allait m’expliquer.
M’expliquer quoi ? Qu’il préférait les fesses rondes et la poitrine ferme de sa secrétaire ? Pour ça, j’avais compris, même si notre vie sexuelle était encore active, il ne fallait pas avoir fait Sciences Po pour comprendre que la chair fraîche et plus jeune de cette bimbo juchée sur des talons aiguilles était plus attrayante que la mère de famille en jeans et baskets que son mari connaissait par cœur depuis le temps qu’il lui faisait l’amour.
Une fois Jo près de moi, je ne pus m’empêcher de le gifler avant de lui dire que son père était à l’hôpital. OK, je n’ai pas pris de gants, mais je n’étais plus capable de compassion sur le moment. Je tournai les talons et courus me réfugier dans ma voiture.
Ne faites jamais ça, s’il vous plaît, soyez prudents, plus que je l’ai été ce soir-là ! Mais je ne sais plus comment j’ai rejoint le dojo. J’avais le sentiment d’être un zombi branché sur pilote automatique. Pour emmener Kevin se changer à la maison, prendre Tina et ramener tout ce petit monde à l’hôpital, je parcourus la ville dans tous les sens et je peux vous assurer que la T’chaux, c’est l’enfer comme ville, construite comme un quadrillage, elle n’est faite que de sens interdits. Il suffit de se tromper d’une rue pour devoir parcourir des centaines de mètres avant de pouvoir faire demi-tour.
Heureusement, le grand-père semblait en meilleure forme que moi. Joël était déjà là, il tenait sa mère dans ses bras et la rassurait. Les enfants coururent embrasser leur papy alors que je fusillais mon époux du regard. J’embrassai aussi tendrement que je pus mes beaux-parents, mais reculai lorsque mon mari voulut me saluer à son tour.
Oh ! Fallait pas pousser !
Je restai environ quinze minutes dans cette atmosphère tendue, écoutant d’une oreille distraite les informations que les médecins avaient bien voulu transmettre, puis je demandai à Jo de ramener les enfants à la maison.
— Oui, il y a école demain, renchérit Corinne. Va préparer le repas, ainsi, quand ils rentreront, tout sera prêt.
Ouais, c’est ça, la bonniche, quoi !
Je jetai un coup d’œil à ma montre et dis :
— Non, Corinne, j’ai un remplacement à faire ce soir. Jo, tu te charges des enfants. On se voit demain.
C’était un mensonge et Joël le comprit, mais, à ce moment-là, je ne pouvais pas assumer. Il fallait que je m’éloigne. Je collai un bec à mes bambins comme il m’arrivait de le faire lorsque j’étais pressée, puis embrassai le malade. Pour les deux autres, je leur fis simplement un signe de loin.
Ce soir-là fut le début de la fin !
Je vais vous épargner les discussions à rallonge où il promettait qu’il m’aimait, qu’il ne voulait pas détruire notre famille, sans jamais parler de la quitter, elle.
En gros, Monsieur voulait le beurre, l’argent du beurre, les cuisses de la crémière et le confort de la fermière ! Un gourmand, quoi ! Mais la fermière n’avait pas vraiment l’âme partageuse ! Et, contre toute attente, le jour où je le mis au pied du mur, espérant qu’il choisirait sa famille à défaut de sa femme, il préféra rompre avec moi.
— Je suis amoureux, Azalée. Tu peux comprendre, cela nous est arrivé à tous les deux, tu te souviens comment on était.
— Mais je suis toujours amoureuse de toi, avais-je sifflé, oscillant entre une crise de larmes et d’hystérie.
— Tu ne me le montres plus !
Les bras m’en tombèrent. J’étais toujours aux petits soins, je n’avais rien vu venir. Certes, on avait moins de moments à deux, mais quand même, ça nous arrivait de partir un week-end en tête-à-tête, de nous offrir des soirées au cinéma ou au restaurant et, surtout, on faisait l’amour très souvent. Inventant des scénarios, s’amusant avec des objets, des huiles, des vêtements aguicheurs. OK, en journée, je préférais le confort de mes baskets et de mes jeans, dès que je quittais mon tailleur strict obligatoire pour mon job, mais, dans la chambre à coucher, je portais de jolies nuisettes et des dessous affriolants. Zut ! Qu’est-ce que j’avais fait de faux pour que ça foire ?
 
Je lui en voulais de tout foutre en l’air. Je n’arrivais plus à me raisonner, à rester calme près de lui et, au moment où il prit sa décision, je le virai de la maison séance tenante. Donc, forcément, tout était de ma faute. Pour mes parents, mes beaux-parents, nos amis et nos enfants. Sans oublier que mon ex ne se gênait pas pour me rappeler de temps en temps que cette situation, c’était moi qui l’avais voulue ! J’avais envie de le baffer quand il sortait une connerie pareille.
Évidemment que je lui avais mis une poupée de chair avec le feu au cul entre les mains, évidemment que j’étais une épouse frigide qui repoussait les avances de son mari, oui, tout était de ma faute ! C’était trop facile !
Je n’avais pas voulu me lamenter trop longtemps, ce n’était bon ni pour moi ni pour les enfants, mais, surtout, ce n’était pas dans mon caractère.
J’avais donc pris les choses en main et décidé de la séparation officielle après quatre mois de cohabitation houleuse.
Nous étions passés devant un juge qui avait rapidement établi le versement des pensions, le partage de certains objets et les jours de visites. La garde alternée aurait été une bonne solution pour Tina et Kevin, mais, avec l’emploi de Joël, c’était difficile, apparemment.
C’est vrai qu’un agent immobilier indépendant se devait à son bureau pour satisfaire les visites de ses clients à toute heure du jour ou du soir, – heureusement qu’il n’avait pas dit de « nuit » – alors que moi, en tant que réceptionniste dans un hôtel cinq étoiles alternant les horaires de jour ou de nuit, je n’avais aucun souci pour m’occuper des enfants. C’était une évidence que seule moi, je ne voyais pas !
 
C’est à ce moment-là que je découvris une facette de mon mari que j’ignorais. Du moins, par rapport à moi, jamais il n’avait agi de la sorte. Manipulant les chiffres pour ne me laisser que les miettes, il avait une capacité d’embobiner les autres, c’en était hallucinant.
Il ne put changer le montant de la pension pour les enfants, mais, concernant la mienne, je n’avais plus que les yeux pour pleurer. Et comme je ne travaillais qu’à soixante pour cent, si la pension ne me suffisait pas, je n’avais qu’à augmenter mon temps de travail. C’est ce qu’il argumenta après que j’ai pu prouver noir sur blanc que jamais je ne m’en sortirais avec les peccadilles qu’il me laissait.
Ça paraissait si simple dit ainsi, n’est-ce pas ? Maman a mis papa à la porte et, en plus, comme papa est son propre patron, le pauvre ne peut plus assumer les deux foyers, sa nouvelle vie de couple ni surtout s’occuper de ses enfants. Il n’était pas un surhomme, n’est-ce pas ? Le problème le plus important pour mon mari était de se trouver un nouvel appartement. Quelle corvée pour un agent immobilier ! J’hallucinais de tant de mauvaise foi !
 
 
 
 
Chapitre III

S’organiser
 
 
 
Les premiers mois furent une angoisse de tous les instants. Recevant des rappels pour factures impayées et même une coupure de la connexion Internet et des abonnements de mobiles. Je ne vous dis pas la tête de ma fille ! J’étais devenue un monstre sans cœur la privant de son seul plaisir. Comment vivre tout un week-end pluvieux sans pouvoir surfer ou tchater ?
En lisant un livre ou en jouant à un jeu de société, avais-je proposé.
Bon, je vous fais l’impasse sur le soupir faramineux, les yeux au ciel, les talons qui tapent le sol et la porte de sa chambre qui claque alors que sa voix grinçait :
— En plus, papa n’est même pas là ! J’peux même pas fuguer chez lui !
Fuguer ? Euh, ma fille, il faut te calmer, là !
Mon cadet faisait son charmeur en me demandant si on pouvait manger la pizza devant la télévision, le soir même.
— Non, Kevin. Si Internet ne fonctionne pas, la télé non plus.
Il ouvrit la bouche pour protester alors que Tina apparaissait dans l’escalier en grognant :
— Rien fonctionne ici, c’est la loose ! Ma vie est foutue !
— Tina, n’exagère pas ! soupirai-je.
— Grand-maman vient nous chercher, prépare ton sac, Kev’.
Hein ? Mais…
Avant que j’aie pu réagir, ma belle-mère était passée prendre les enfants, me rassurant sur le fait que ça ne la dérangeait pas et qu’ainsi je pourrais me reposer.
En d’autres termes, je n’assurais pas et j’avais une mine de déterrée. Même si je ne le lui ai jamais dit, sa phrase eut l’effet d’une claque et, après ce week-end affreux, je décidai de remonter doucement la pente.
Ce fut le coup de pied qu’il me fallait.
 
Je remis de l’ordre dans ma vie et dans notre organisation. Cela ne pouvait plus continuer ainsi. J’avais le sentiment de brasser de l’air, que mes demandes n’aboutissaient jamais, que personne ne prenait en considération mon confort ou mes émotions. Joël profitait de ma culpabilité face aux enfants pour les prendre quand ça l’arrangeait et parfois sans prévenir, me laissant seule comme une cruche.
 
Le lundi suivant, je passai au bureau de mon ex. Clothilde, cette garce, semblait tendue. Je lui lançai un regard noir, espérant la faire trembler un peu, mais elle resta simplement sur ses gardes. Zut !
Je frappai deux coups à la porte de Jo et entrai sans attendre. Il avait la tête penchée sur un gros dossier, tout en fouillant le fond d’un tiroir. Il grogna qu’il n’avait pas le temps.
— Le temps, tu vas le prendre. Je bosse dans une heure, je ne serai pas longue, dis-je sans le laisser répondre.
Je pris un surligneur bleu et sur le calendrier suspendu, colorai le prochain week-end. J’inscrivis en bas de la page : « Papa » dans la même couleur, puis je fis de même avec un feutre rose et l’inscription « Maman ».
— Le juge a dit : un week-end sur deux et la moitié des vacances ! J’ai vérifié, ils seront avec toi pour ton anniversaire et avec moi pour le mien. Pour les six semaines d’été, comment veux-tu procéder ? Juillet ? Août ? Je dois poser mes vacances. Il faut que je m’organise.
— Mais euh, bredouilla-t-il. Je peux pas prendre trois semaines l’été.
— Ah non ? Tant pis, tu te débrouilleras ! Alors ? On fait comment ?
Il comprit enfin que je n’allais pas me laisser avoir par son baratin. Il ouvrit son agenda et marmonna :
— Juillet : Arola, début août : les fêtes de Genève, le dix : la Bourgogne. Je préférerais en octobre, c’est plus…
— Arola ? Parfait. Donc tu les prends les trois premières semaines des vacances, je me charge des trois dernières avec les achats pour la rentrée.
— Tu délires ! Jamais ils ne voudront venir en montagne avec nous.
— Parce que, la Bourgogne et les dégustations de vin, tu penses qu’ils vont préférer ?
Jo resta silencieux.
— Je ne serai pas la seule à devoir faire des concessions et des changements de vie. Tu as tes parents et une poupée Barbie qui peuvent faire du baby-sitting.
— Clothilde n’a pas à s’occuper de nos enfants, vociféra-t-il.
— Je suis ravie de l’entendre. Mais tu es un grand garçon, je suis certaine que tu trouveras une solution. En octobre ? Première ou seconde ?
— Azalée, je ne peux pas prendre six semaines de vacances par année.
— Moi non plus ! Alors ?
Il finit par choisir la première semaine, tout comme pour les fêtes de Noël. Je sentis un pincement au cœur. Ce serait la première année où je serais seule avec mon sapin décoré sans les enfants. Là, j’aurais bien voulu faire un compromis, mais pas après lui avoir aboyé dessus. Il semblait ravi de ne pas les avoir au Nouvel An, puis décréta en regardant sa montre qu’il avait un rendez-vous à l’extérieur. Il claqua l’écran de son ordinateur sur le clavier et m’ouvrit la porte pour m’inviter à quitter son bureau. Il s’approcha de sa secrétaire, parut gêné d’un coup, alors qu’elle se levait et l’embrassait à pleine bouche. Je retins avec peine un haut-le-cœur, fermai les yeux et tentai de dire sans trop d’émotions :
— À dimanche, Jo. Vendredi, Kevin finit à quinze heures trente, n’oublie pas.
Il abrégea son baiser, se retourna brusquement et grogna :
— Je ne peux pas aller le chercher en milieu d’après-midi !
J’avais déjà un pied hors de son agence, la porte ouverte, je me retournai et lui dis très lentement comme si je parlais à un gogol :
— D É M E R D E – T O I !
 
Et c’est ce qu’il fit.
Et les week-ends chez papa devinrent tous fabuleux  ! Sortie à ski ou à la patinoire l’hiver, bowling, cinéma ou piscine intérieure par temps pluvieux et il promettait le camping au bord du lac en plein été. Bref, c’était à chaque fois la fête, alors que chez moi, c’était la routine, la soupe à la grimace et les corvées : ménagères pour ranger leur chambre, scolaires pour les devoirs, ennuyeuses pour les réunions de famille. Comment rivaliser ?
Impossible !
Mais surtout, la toute première chose à faire, c’était d’arrêter de vivre dans le passé et de trouver de quoi avancer. Il fallait que je m’éclate au lit, le sexe me manquait. Que je retrouve un intérêt autre que mes enfants ou mon job et, surtout, que je fasse un trait sur Jo. Il restait l’homme de ma vie et, même si je lui en voulais à mort, j’étais toujours amoureuse de lui !
Mais, c’est pas si facile de draguer dans la ville qui t’a vue devenir mère et, même si la T’chaux, c’est trente-sept mille habitants, cela reste un grand village. Tout se sait, tout le monde parle à tout le monde, on se dit bonjour dans la rue, même si on ne se connaît pas, alors pour trouver de quoi satisfaire mes envies, mieux valait aller dragouiller ailleurs.
 
 
 
 
Chapitre IV

Bon anniversaire, Azalée
 
 
 
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